Skip to main content

Full text of "Philippe de Mézières, 1327-1405, et la croisade au XIVe siècle"

See other formats


h' 


t  '■  ' 

..:■.>'„■■'■: 

"  r! 


'i«^ 


,!i/ 


'Itij.!-:;;! 

';/''"  ■  '  " 
■'II-  >'■  ,  '' 

:±r,r:\ 

\"  lui  ■  ■  ' 

;tlfili<iH;i  M  ''(Ml  •!■•' 

li  ite'iv 


;'!;;m 


i! 


iiimili 


'■ - 


L- 


'     ('''i^Hi^^'- 
■'■•''',1, >,'*■■ 

i  mm 


M  I 


Vir'.'i'Mfiii 

I   1   P',!i    ■   l't! 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2011  with  funding  from 

Univérsity  of  Toronto 


http://www.archive.org/details/philippedemziOOiorg 


/  > 


PHILIPPE  DE  MEZIERES 


CHARTRES.     —     IMPRIMERIE    DURAND,    RUE     FULBERT 


PHILIPPE  DE  MBZIÈRES 


1327-1405 


LA  CROISADE  AU  XIV^  SIÈCLE 


N.   JORGA 


PARIS 

LIBRAIRIE    EMILE    BOUILLON,    ÉDITEUR 

67,  HUE  DE   lUCHELIEU,  AU   PREMIER 

1896 

Tous  droits  réservé» 


PONTIFICAL  INSTITUTE  OF  MFOIAEVAL  STUOIES 

59  QUEENS  PARK  CRESCENT 

TORONTO-5,    CANADA 

OCT     6 195t 


BIBLIOTHÈQUE 


DE  l'École 


DES  HAUTES  ÉTUDES 


PUBLIEE    SOUS    I,ES    AUSPICES 


DU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PUBLIQUE 


SCIENCES   PHILOLOGIQUES   ET   HISTORIQUES 


CENT-DIXIEME  FASCICULE 

PHILIPPE   DE   MÉZIÈRES,    1327-1405   ET   LA   CROISADE   AU   X1V°   SIECLE, 

PAR   N.    JORGA 


PAIUS 

LIBRAIRIE    EMILE    BOUILLON,   ÉDITEUR 

67,    HUE    DE   HICIIKLIEU,  AU    l'REMIEIl 

1896 

Tous  droits  réservés 


OCT     9 195\ 

\fe3.  Jfe 


Sur  l'avis  de  M.  Charles  Bémont,  maître  de  conférences 
d'histoire,  et  de  MM.  A.  Longnon  et  J.  Roy,  commissaires 
responsables,  le  présent  mémoire  a  valu  à  M.  Nicolas 
JoRGA  le  titre  à' élève  diplômé  de  la  section  d'histoire  et  de 
philologie  de  l'Ecole  pratique  des  Hautes  Eludes. 


Paris,  le  25  juin  1893. 


Le  Directeur  de  la  conférence, 
Signé:  Ch.  Bémont. 

Les  Commissaires  responsables, 
Signé:  A.  Longnon,  F.  Roy. 


Le  Président  de  la  Section, 
Signé:  G.  Paris. 


A  MONSIEUR  GABRIEL  MONOD 


HOMMAGE    RECONNAISSANT 


N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  -^ 


\1\ 


INTRODUCTION  BIRLIOGRAPHIQUE 


Nous  diviserons  cette  introduction  en  deux  parties:  dans  la  première 
nous  indiquerons  les  sources  imprimées  et  manuscrites  de  notre  tra- 
vail, dans  la  seconde  les  ouvrages  qui  nous  ont  fourni  des  renseigne- 
ments. 


PREMIÈRE  PARTIE  :  SOURCES. 

§  I.  OUVRAGES  DE  MKZIÈRES. 

Les  œuvres  de  Philippe  de  Mézières  étant  la  principale  source  pour 
l'histoire  de  sa  vie  et  de  ses  idées,  nous  les  indiquerons  tout  d'abord, 
en  les  rangeant  autant  que  possible  d'après  Tordre  chronologique  de 
leur  composition. 

Après  1365.  Quednm  scri'phtra  breviter  rocoUecln  de  laudahili  et  devota 
intencione...  régis  Pelri  de  Lizingniaco.  Bibliothèque  de  l'Arsenal, 
n»  499. 

V.  la  Revue  historique  de  1892  (XLIX,  l*"-  fasc),  Une  collection 
de  lettres  de  Philippe  de  Mézières. 

1366.  Vita  S.  Pétri  Thomasii.  Ms.  perdu  (?).  Imprimée  par  Henschen 
dans  les  Acta  Sanctorum  du  29  janvier  et,  par  le  même,  à  Anvers, 
1659. 

1366-82.  Lettres,  pièces   diplomatiques  et  discours.   Bibliothèque   de 
l'Arsenal,  n"  499. 
V.  l'article  cité  de  la  Revue  historique. 

1367-8.  Nova  religio  Passionis  (t'-«  rédaction).  Bibliothèque  Mazarine, 
n»  1943.  Bibliothèque  Bodléienne,  à  Oxford,  fonds  Ashmole,  n°^  813, 
865. 
V.  A.  Molinier,  dans  les  Archives  de  l'Orient  latin.  I. 

1372-3.  Lettre  sur  la  fête  de  la  Présentation,  office  et  mystère.  Biblio- 
thèque Nationale,  lat.  14511,  14454,  17330. 

1376.  Somnium  Viridarii  (te.xte  latin).  Bibliothèque  Nationale,  lat. 
3180  c,  3459  A.  Londres,  British  Muséum,  19  C  IV.  Vienne,  Biblio- 
thèque impériale,  n<>  2652  (fragments). 

llditions  :  Aureus  de  utraque  potestate  libcllus...  Somnium  Vi- 
ridarii vulgariter  nuncupntus.  Paris,  Galliot  du  Pré,  1516,  petit 
in-4;  Goldast  (Melchior).  Monarchia  romani  imperii.  I.  Hanovre; 


—  vnj  — 

1611  (l''<=  édition).  Traités  de  droit,  Lyon,  Georges  Regnault,  1544, 
in-fol..  X\ 

1376-8.  Songe  du  Verfjier  (traduction  française  du  précédent  ouvrage). 
Ribliothùque  Nationale,  franc.  537,  1066,  9195,  l'2442,  24290-1; 
nouv.  acq.  franc.  1048.  Turin,  liibliotlièque  Nationale,  M  VI,  7. 

Éditions  :  Le  sonçjc  du  Vergier,  qui  parle  de  la  dispulation  du 
clei'c  et  du  chevalier.  Lyon  (/),  J.  Maillet,  1491,  petit  in-fol.  ;  Paris, 
Jelian  Petit,  vers  1500,  in-fol.;  .\ngers,  Jehan  Alisot,  vers  1500, 
in-fol.;  Brunet,  Traitez  des  droits  de  l'Église  gallicane,  II,  Paris, 
1731,  in-fol. 

V.  P.  Paris,  Manuscrits  français,  IV;  Notices  et  extraits,  XXXI, 
l"""  partie  (article  de  M.  L.  Delisle). 

1382.  De  landibus  béate  Marie  Virginis  super  «  Salve  sancta  parens  ». 
Bibliothèque  Nationale,  lat.  14454. 

1384.  Nova  religio  Passionis  (deuxième  rédaction).  Bibliothèques  Ma- 
zarine  et  Bodléienne,  n"*  cités. 
V.  l'article  cité  de  M.  .\.  Molinier. 

1386-7.  Testament.  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  n°  408.  Bibliothèque  Na- 
tionale, n°  15077. 

1386-7.  Conlemplacio  hoi'e  mortis.  Ms.  cité  de  la  Bibliothèque  de  l'Ar- 
senal. 

1386-7.  Soliloquium  peccatoris.  Ms.  cité  de  la  Bibliothèque  de  l'Ar- 
senal. 

1389.  Songe  du  vieil  Pèlerin.  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  n"^  2682-3. 
Bibliothèque  Nationale,  no*  9200-1,  22542.  Bibliothèque  impériale 
de  Vienne,  n"  2251. 

1389-90.  Oratio  tragedica.  Bibliothèque  Mazarine,  n°  1651. 

1395.  Lettre  de  Charles  VI  à  Richard  IL  Publiée  dans  Kervyn  de 
Lettenhove.  Chroniques  de  Froissant,  XV. 

1395.  Epître  au  roi  Richard.  Londres,  British  Muséum,  Royal  B  IV. 
Cf.  Kervyn  de  Lettenhove,  ouvrage  et  volume  cités. 

1397.  Épislre  lamentable  et  consolatoire.  Bruxelles,  Bibliothèque  de 
Bourgogne,  n°  10486.  Ms.  Ashburnham,  perdu  (?).  Publiée  en  partie 
dans  Kervyn  de  Lettenhove,  ouvrage  cité,  t.  XVI. 
?      Livre  de  prières.  Bibliothèque  Mazarine,  n°  516. 

§  IL  AUTRES  MANUSCRITS  ET  DOCUMENTS  ORIGINAUX». 

Nous  rangerons  nos  indications  par  pays,  en  commençant  naturelle- 
ment par  les  bibliothèques  et  archives  de  Paris  qui  nous  ont  fourni  le 
plus  grand  nombre  de  manuscrits  et  de  documents. 

Paris. 

Archives  nationales. 

Série  .Ll  pour  le  xiv«  .siècle;  K  49,  54;  KK6;  LL  1505  ;  M  105;  P 
1189,  S  3757  A,  3758  A  et  3758  b,  3780,  3813,  3822;  X'^'^  13». 
Bibliothèque  Nationale. 

Ailly  (Pierre  d').  Contra  novos  Judeos.  Lat.  3122. 

1.  Pour  les  imprimés,  voy.  pp.  xi  (§  Ouvrages  cités). 


—    IX    — 

Amadi  (Fr.)-  Chronique  de  Chypre.  It.  387. 

Avis  du  Grand-Maître  des  Hospitaliers.  Lat.  7470. 

Avis  du  roi  de  Sicile.  Fr.  6049. 

Avis  de  rév^lque  de  Langres.  Lat.  7470. 

Bustron  (Florio).  Chronique  de  Chypre.  It.  833-4  et  Informatione 
di  Cipro.  It.  835. 

Cagnola  (G.  Pietro).  Chronique.  It.  261. 

Carmesson  (Jean).  Vila  S.  Pétri.  Lat.  5615. 

Caroldo.  Chronique  de  Venise. 

Cronica  veneziana  (depuis  Attila).  II.  16. 

Firmianus.  De  viris  illustribus  Cclestinorum.  Lat.  18330. 

Hayton.  Fleurs  des  histoires. 

Khalil-Dhaheri,  trad.  Ventura.  Nouv.  acq.  franc.  3160. 

Laon  (Chronique  de  Vabbé  de).  Fr.  10138. 

Sainte-Marthe.  Histoire  des  Lusiynan.  Franc.  24211. 

Miscellanées.  Lat.  1002.  Franc.  21447. 
Bibliothèque  de  l'Arsenal. 

V.  Ouvrages  de  Mézières. 
Bibliothèque  Mazarine. 

V.  Ouvrages  de  Mézières. 

Allemagne. 

Berlin.  —  Bibliothèque  royale  publique. 

Anonyme  arabe  sur  la  prise  d'. Alexandrie,  mss.  Wetzstein,  II, 
359-60.' 

V.  aussi  Ouvrages  de  Mézières. 
Dresde.  —  Bibliothèque  royale  publique. 

Cronaca  di  Venezia  (-1444).  F  160. 

Crona.ca  Zane. 
Hambourg.  —  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Chronicon  quorundam  regum.  Ms.  hist.  31'>. 
Leipzig.  —  Bibliothèque  de  la  Ville. 

Formulaire  de  lettres  de  Charles  IV.  Rep.  II,  fol.  171. 
Munich.  —  Bibliothèque  royale  publique. 

Chronica  di  Ferrara  ftno  al  1403.  Lat.  850. 

Lettre  apocryphe  sur  la  bataille  de  Smyrne.  Lat.  4149. 

Même  lettre.  Lat.  850. 

Angleterre. 

Londres.  —  British  Muséum. 

V.  Ouvrages  de  Philippe. 
—      Public  Record  Office. 

Aiiciennes  archives  de  la  Gar dérobe,  Comptes  de  Henri  Snayth 
(29  juin  37  Edouard  III  -29  juin  38). 
Oxford.  —  Bibliothèque  Bodléienne. 
V.  Ouvrages  de  Philippe. 

Italie. 

Bologne.  —  Bibliothèque  de  l'Université. 

Cronica  di  Caltanio  de'  Cattani  (-1406).  Ms.  n°  429. 


—  X  — 

Cronica  di  Floriano  di  Pier  Villola  {Memorie  istoriche)  (1163- 
1376).  Ms.  n°  1456. 
Cronica  di  Ramponi.  Ms.  n»»  112-113. 

—  Archives  d'État. 
Bolle  e  brevi. 

Ferrare.  —  Bibliothèque  de  l'Université. 

Cronaca  di  Ferrara. 
Gênes.  —  Archives  d'État. 

Magistrorum  ralionalium  introilus  et  exitus. 

Masser ia  di  Ca/fa. 

—  Archivio  notarile. 

Fogliuzzo  d'Anlonio  Credenza  (1375-1 418) et  Fogliazzo d'Antonio 
Foglielta  (1386). 
Milan.  —  Bibliothèque  Ambrosienne. 

Cronica  di  Venezia  fino  al  1362.  It,  85  inf. 
Bibliothèque  nationale  de  Brera. 

Cronica  di  Venezia,  delta  Zancaruola.  AG  x,  16.  2  vol.  in-fol. 
Modène.  —  Archivio  estese. 

Pergamene  di  Slalo  (Paci  e  tregue). 

—  Biblioteca  estese. 

Fragment  des  comptes  de  Vannée  1365  pour  la  cour  de  Savoie. 
Ms.  Campori,  n»  1245. 
Plaisance.  —  Bibliothèque  municipale. 

[Cesnola  (de)J.  Note  illustrative  di  varie  iscrizioni  morluarie, 
con  l'albero  genealogico  délia  reyia  Casa  Lusignana  e  17  tavole 
con  disegni.  Ms.  Campagna,  14. 
Rome.  —  Archives  du  Vatican. 

Registres  des  lettres  secrètes  et  de  la  chancellerie  sous  Urbain  V 
et  partie  du  règne  de  Grégoire  XI  (Secr.,  245-50,  263-4). 
Turin.  —  Archives  d'Etat. 

Comptes  de  l'expédition  d'Amédée  VI  en  Orient. 
Viaggio  in  Levante  (Mazzi). 
Bolle  e  brevi  (fnvenlario). 

—  Archives  cainérales. 

Comptes  des  trésoriers  généraux  de  Savoie  (Pierre  Gervais,  An- 
toine Barbier),  1360-70. 

—  Bibliothèque  nationale.  V.  Ouvrages  de  Philippe. 
Venise.  —  Archives  d'État. 

Bolle  e  brevi. 

Letlere  de'  rettori  sec.  XIV-  VI. 

Raspe. 

Senato  Misti  (31-33). 

—  Bibliothèque  de  S. -Marc. 

Chronique  attribuée  à  Daniele  Bai'baro  ou  à  Niccolù  Trevisan. 
It.  VII,  92,  126,  790. 

Cronica  di  tutta  la  provincia  di  Venezia  —  1455.  It.  VII,  788. 

Cronica  di  Venezia  (1327-425).  It.  VII,  662. 

Contarini  (Donato).  Cronica.  It.  VII,  64. 

Memorie  del  pjassaggio  per  lo  stato  veneto  di  principi  e  soggetli 
esteri  (1347-77).  It.  VII,  707. 

Mussi  (Gabriele  de').  Récit  sur  la  peste  de  1349,  Ms,  lat.  XIV, 


264  et  suiv.  V.  sur  les  éditions,  Heyd,  Hisl.  du  comm.  du  Levant, 
2e  éd.,  II,  p.  196,  note  1. 
Visconti  (Galéas).  Correspondance  avec  le  Soudan.  Même  ms. 


DEUXIÈME  PARTIE  :  OUVRAGES  CITÉS». 

Aboulféda  (Ismaël).  Géographie,  éd.  et  trad.  Reinaud  et  de  Slane. 

Paris,  1837-40,  2  vol.  in-4. 
Agostini  (Giov.   degli).    Notizie...   degli  scrittori  viniziani.  Venise, 

1752-4,  2  vol.  in-4. 
Amadi  (Fr.).  Chronique  de  Chypre,  éd.  René  de  Mas-Latrie  (Collection 

de  documents  inédits  sur  l'histoire  de  France,  1891,  in-4). 
Ammirato  (Scipione).  Islorie  florentine,  éd.  de  Florence,  1647,  3  vol. 

in-fol.,  et  de  Turin  1853  (L.  Scarabelli),  7  vol.  in-12. 
André  (J.-F.).  Ilist.   politique  de  la   monarchie  pontificale  au  xiv® 

siècle.  Paris,  1854. 
Anglure  (Oger,   sire  d').   Le  saint  voyage  de  Jhérusalem,    éd.  Bon- 

nardot  et  Longnon  (Société  des  anciens  textes).  Paris,  1880,  in-12. 
Annales  Mediolanenses,  dans   Muratori.  Rerum  Italicarum  scriptores, 

t.  XVI. 
Annales  Sanctae  Crucis  polonicae,  dans  Pertz,  Monumenta  Germaniae 

historica  medii  aevi,  t.  XIX. 
Ashmole  (Elias).  The  institution,  laws  and  cérémonies  of  the  most  noble 

Order  of  the  Garter.  Londres,  1672,  in-fol. 
Aumale  (duc  d').  Azotes  et  documents  relatifs  à  Jean,  roi  de  France,  et 

à  sa  captivité  en  Angleterre.  Londres,  1856,  petit  in-8. 
Azarii  (P.).  Chronicon,  dans  Muratori,  Rer.  It.  script.,  t.  XVI. 
Backer  (Louis  de).  L  Extrême  Orient  au  moyen  âge.  Paris,  1877,  in-8 
Baldelli  (Giov.-Battista).  Vita  di  Giovanni  Boccaccio.  Florence,  1806 

in-8. 
Baluze  (Etienne).  Vitae  paparum  Avenionensium.  Paris,  1693,   2  vol 

in-4. 
Bandini  (A.  M.).  Catalogus   codicum  latinorum    bibliothecae   Lauren 

lianae.  Florence,  1791-3,  3  vol.  in-4. 
Bar  (J.-Ch.).  Recueil  des  costumes  des  ordres  religieux  et  militaires 

Paris,  1778-98,  6  vol.  in-fol. 
Barbaro  (.Jos.).  Viaggio,  dans  Ramusio  (G.-B.),  Navigazioni  e  viaggi 

Venise,  1554-1606,  3  vol.  in-fol. 
Bazano  (J.  de).  Chronicon  Mutinense,  dans  Muratori,  XV. 
Becquet.  Elogia  Celestinorum.  Paris,  1719,  in-4. 
Belgrano  (L.  T.).  Seconda  série  di  documenti  riguardanti  la  colonia 

di  Fera,  dans  les  Atti  délia  società  ligure  di  sloria  patria,  XIII. 
—       Delln.  vita  privata  dei  Genovcsi.  2»  ediz.,  Genova,  1875. 
Beurier  (P.  Louis).  Histoire  des  Céleslins  de  Paris.  Paris,  1634,  in-4. 
Bibliotheca  Stoschiana.  Lucques,  1758,  pet.  in-4. 
BizARRUs  (P.).  Senatus  populique   Genuensis  Annales.  Anvers,   1579, 

in-4. 

1.  Ne  sont  pas  indiqués  les  livres  universellement  connus  ni,  sauf 
exception,  les  articles  de  revue. 


—  xij  — 

BcEiiMEH  (J.-Fr.)-  Jfie  Regeslen  des  Kaiserreichs  unler  Kaiser  Karl  IV 
(1347-78),  herausgcgeben  und  ergànzt  von  Alfons  Huber.  Inns- 
bruck,  1874-7,  gr.  in-4. 

BoETTiGEH.  Gcschichle  des  Kurstaates  und  Kônigreichs  Sachsen  (Collec- 
tion Heeren  et  Ukert.  Hambourg,  1830-1,  2  vol.  in-8). 

BoiSLisi.E  (A.  de).  Projet  de  croisade  du  premier  duc  de  Bourbon 
{Annuaire-bulletin  de  la  Société  de  l'histoire  de  France.  IX). 

BoLDENSLÈVE  (Guillaume  de).  Hodoeporicum  Terrae  Sanctae  ou  Liber 
deparlibus  quibusdam  ultramarinis  et  praecipue  de  Terra  Sancta, 
dans  Canisius,  Thésaurus...  sive  Lecliones  antiquae,  IV. 

BoNGARS  (Jac).  Gesta  Dei  per  Francos.  llanau,  1611,  2  vol.  in-fol. 

Bosio  (Giac).  Dell'  isloria  délia  sacra  religione  diS.  Giovanni  Geroso- 
limitano.  Rome,  1594-1602,  3  vol.  in-fol. 

BosTius  (Arn.).  Depatronalu  Beatae  Virginis,  dans  le  Spéculum  Gai'- 
melitanum.  Anvers,  1680,  2  vol. 

Brants  (V.).  Philippe  de  Mézières  cl  son  projet  de  banque  popu- 
laire, dans  la  Revue  catholique  de  Louvain,  I  (1881),  et  tirage  à 
part. 

Breidenbacii  (Bernard  de).  Reise.  V.  Lannoy  (Guillebert  de). 

Brèves  (de).  Relation  des  voyages...  faits  en  Jérusalem...  Paris,  1628 
et  1630,  in-4. 

Brown  (Edouard).  V.  Gratius  (Orthuinus). 

Bruce  (James).  Travels  to  discover  the  source  of  the  Nile.  Edimbourg, 

5  vol.  gros  in-4. 

Brygg  (Thomas).  V.  Swynrurne. 

BuciiON  (J.-A.).  Recherches  et  matériaux  pour  servir  à  une  histoire  de 
la  domination  française  en  Grèce.  Paris,  1811-40,  2  vol.  gr.  in-8. 

—  Nouvelles  recherches  historiques  sur  la  principauté  française 
de  Morée.  Paris,  1843,  2  vol.  gr.  in-8. 

BuLvîîUS  (Caes.-Eg.)  Jlisloria  universitatis  Parisiensis.  Paris,  1665-73, 

6  vol.  in-fol. 

BuLLARiUM  CAK.MELiTAMiM  a  fr.  E.  Monsignano.  Rome,  1715,  4  v.  in-fol. 
BusTRON   (Florio).    Chronique   de    Chypre,    éd.    René   de   Mas-Latrie 

(Collection  de  doc.  inéd.  sur  l'hist.  de  France,  1886). 
Bzovius(Fr.  Abr.).  Annales  ecclesiaslici post  Baronium.  Cologne,  1621- 

30,  8  vol.  in-fol. 
Campo  (Lucchino  de).  V.  Este  (Nicolas  II  d'). 
Canale  (M.  G.).  Storiadei  Genovesi.  Gènes,  1844,  5  vol.  in-12. 

—  Délia  spedizione  in  Oriente  di  Amadeo   VI  di  Savoia.  Gênes, 
1887,  in-8. 

Canestrim  (Gius.).  Documenti  spetlanti  aile  compagnie  di  ventura  ed 

ai  condottieri  stranieri,  dans  V Archivio  storico  italiano,  l'"^  série, 

t.  XV  (1851). 
Cantu  (Cesare).  Storia  universale.  7'"'=  édition,  de  Turin  (1848-54). 
Capitanovici  (G.  J.).   Die  Eroberung  von  Ale.rnndria.   Berlin,   1894, 

petit  in-8. 
Capitoii  del  comune  di  Firenze.  Invcnlario  e  reqeslo.  Florence,  1866- 

93,  2  vol.  in-4. 
Cap.many  (D.  Ant.  de).  Memorias  hisloricas  sobre...  Barcelona.  Madrid, 

1786-94,  4  vol.  in-4. 
Caracciulus  (Tristanus).  Joannae  I  Vita,  dans  Muratori,  XXII. 
Caresim  (Raphaini).  Chronicon,  dans  Muratori,  XII. 


—  xnj  — 

Carmessonius  (.J.)-  Vito,  S.  Pétri  Thomae,  patriarchae  Constantino- 
politani,  legati  apostolici,  ex  oi'dine  B.  Mariae  Virginis  (éd.  Da- 
niel de  Sainte-Marie).  Anvers,  Marcel  Parijs,  1666,  in-12  et  dans 
le  Spéculum  Carmelilanum  (v.  sous  le  nom  BosTius). 

Cahretto  (Gai.  de).  Chronicon  Montisferrati,  dans  les  Monumenla 
Ilistoriae  patriae  de  Savoie,  Scriptores,  III. 

Casati  (Luigi-Agostino).  La  gtierra  di  Cliioggia  e  la  pace  di  Torino. 
Florence,  Lemonnier,  1866,  in-8. 

Castile.  Apuntos  para  la  historia  de  Léon  Liisignan  V.  Madrid,  1893, 
in-8. 

Caumont  (N.  de).  Voyage  d'OuUre-mer,  éd.  du  marquis  de  la  Grange. 
Paris,  in-8. 

Ciiampeaux  (de)  et  Gaucmerv.  Les  travaux  d'art  exécutés  pour  Jean  de 
France,  duc  de  Berry.  Paris,  Champion,  1894,  in-4. 

CnAMPOLLiON-FiGEAC  (Aimé).  Louis  et  Charles  d'Orléans,  leur  influence 
sur  les  arts,   la  littérature  et  Vesprit  de  leur  siècle.  Paris,  1844, 

2  vol.  in-8. 

CnAUCER  (Geoffroi).  Poe^/ea/  Works,  éd.  Routledge.  Londres,  in-8. 

—  Canlerbury  Taies,  éd.  Skeat,  t.  IV  et  V.  1894. 
'CfiAZAUD  (A.  M.).  V.  Orville  (Cabaret  d'). 

CiiÉREST  (Aimé).  UArchipvêtre,  épisodes  de  la  guerre  de  Cent  ans. 

Paris,  1879,  in-8. 
Chevalier  (l'abbé  Ch. -Ulysse).  Documents  historiques  inédits  sur  le 

Dauphiné.  Montbéliard-Lyon,  1874,  in-8. 

—  Compte  de  Raoul  de  Louppy.  gouverneur  du  Dauphiné  de  1361 
à  1369.  Romans,  1886,  gr.  in-8. 

Chiesa  (Gioffredo  délia).  Cronica  di  Saluzzo,  dans  les  Mon.  hist.  patr. 

de  Savoie,  Scriptores,  III. 
Ciioisv  (de).  Histoire  de  Charles  VI,  roi  de  France.  Paris,  1695,  in-4. 
Christophe  (.1.  B.).  Histoire  de  la  papauté  au  xiv^  siècle.  Paris,  1853, 

3  vol.  in-8. 

Cronica  di Bologna,  dans  Muratori,  XVIII. 
Cronica  di  Ferrara,  Muratori,  ihid. 
Chronica  d'Orvieto,  dans  Muratori,  XV. 

Cronica  di  Pisa,  dans  les  fierum  Italicarum  Scriptores.  Florence, 
1748,  I. 

—  dans  Muratori,  XV. 

Chronicon  Angliae auctore  monaco  quodam  Snurti  Albani,  éd.  Thomp- 
son (Collection  du  Maître  des  H(Mes.  Londres,   1874,  in-8). 

Chronicon  Estense,  dans  Muratori,  XV. 

Chronicon  Livoniae,  dans  les  Scriptores  reruui  prussicarum.  Leipzig, 
1861-74,  t.  II. 

Chronicon  Placentinum,  ibid.,XVL 

Chronicon  Regicnse.  ihid.,  XVIII. 

Chronique  de  Bertrand  du  Guesclin,  dans  le  Panthéon  littéraire  de 
Buclion. 

Chroii iqiie  hourguignoniie,  dans  Froissart,  éd.  Korvyn  de  Lettenhove,  XV. 

Chronique  Martiniciine.  Vers  1503,  gr.  in-fol.  goth. 

Chronique  de  Mayence  et  Chronicon  Moguntinum,  dans  les  Chroniken 
der  deutschen  Stadie  i)n  Millelaltrr.  .Mayence,  II. 

Chronique  normande  du  .mv  siècle,  publiée  par  A.  et  E.  Molinier 
(Société  de  l'histoire  de  France.  Paris,  1882,  in-8). 


—    AlV    — 

Chronique  des  Pays-Bas,  de  France,  etc.,  dans  le  Corpus  chronicorum 

Flandriae,  Bruxelles,  1837-45,  III. 
Chronique  des  quatre  premiers  Valois,  éd.  S.  Luce  (Société  de  l'histoire 

de  France.  Paris,  1862,  in-8). 
Chronique  du  Religieux  de  Saint-Denis,  éd.  Bellaguet  (Coll.  de   doc. 

inédits  sur  l'histoire  de  France,  1839-52,  6  vol.  in-4). 
Chronique  de  Savoye,  dans  \es  Monnmenta  historiae  patriae  de  Savoie, 

Scriptores,  I.  Turin,  1840,  in-fol. 
Chronique  de  Strasbourg,  dans  les  Chroniken  der  deutschen  Sludte  im 

Mittelaller:  Die  Chroniken  der  obcrrheinischen  Slddle,  Strassburg, 

II.  Leipzig,  1871,  in-8. 
Chronographia  regum  Francorum,  éd.   II.  Moranvillé  (Société  de  l'his- 
toire de  France.  Paris,  1891-1893,  3  vol.  in-8). 
CiBRARio  (Luigi).  Délia  Economia  politica  delmedio  evo.  Turin,  1842, 

3  vol.  in-12. 

—  Origine  e  progressi  délia  casa  di  Savoia,  I.  Turin,  1855  ;  II 
(Specchio  cronologicd).  Turin.  1855,  in-8. 

—  Storia  délia  monarchia  di  Savoia.  Turin,  1840,  3  vol.  in-8. 
CicoGNA  (Emm.-Ant.).  Brève  nolizia  intoi'no  alla  origine  délia  confra- 

ternità  di  San  Giovanni  Evangelista  in  Venezia.  Venise,  1855,' 

in-12. 
CoMNENA  (Anna).  Alexias,  éd.  de  Bonn,  1839-78,  par  L.  Schopen,  2  vol. 

in-8. 
Continuatio  chronicorum  Guillelmi  de  Nangiaco,  éd.  Géraud  (Société 

de  l'histoire  de  France).  Paris,  1883,  in-8. 
CoRANCEZ.  Itinéraire  d'une  partie  peu  connue  de  V Asie-Mineure.  Paris, 

1816,  in-8. 
CoRio  (Bern.).  Storia  di  Milano.  Milan,  1503.  in-fol. 
CoRNARO  (Flam.).  Notizie  storiche  délie  chiese  di  Venezia.  V.  aussi 

Cornélius  (Flam.). 
CoR.NELius  (Flam.).  Creta  sacra.  Venise,  1755,  in-4. 
Crespetius  (Petrus).  Summa  catholicae  fîdei...  Lyon,  1598,  in-fol. 
Cromerus  (Martinus).  De  origine  et  rébus  gestis  Polonorum,  plus.  éd. 
CuYELiER.  Chronique  de  Bertrand  du  Guesclin,  éd.  É.  Charrière  (Collec- 
tion de  doc.  inédits  sur  l'histoire  de  France,  Paris,  1839,  2  vol.  in-4). 
Cyprien  (Archimandrite).  XpovoÀoyiy.r]  la-opîa  xtj;  v^dou  Kij::po'j.  Venise, 

1788,  in-4. 
Czarnkow  (Johannes  de).  Chronicon  Poloniae,  dans  Bielowski,  Monu- 

menla  Poloniae.  Lemberg,  1872. 
Dahlmann   (F.  C).   Geschichte  von  Daennemark.   Hambourg,  1840-3, 

3  vol.  in-8. 
Daniel  de   Sainte-Marie.  Dissertatio  apologetica  pro  revelatione   ac 

sponsione  Beatae  Virginis  Deiparae  Mariae  facta  S.  Petro  Tho- 

masio.  Anvers,  Meursius,  1659.  in-12. 

—  Epitome  Vitae  S.  Peiri  Thomasii...  et  scala  virtutum.  Anvers, 
Meursius,  1659,  in-12. 

Dati  (Goro).  Storia  di  Firenze  dal  1380  al  1405.  Florence,  1735,  in-4. 
Datta  (P.).  Spedizione  in  Oriente  di  Amedeo  Vf,  conte  di  Savoia, pro- 
vata  con  documenti  inediti.  Turin,  1826,  in-8. 

—  Storia  de'  principi  di  Savoia  del  ramo  d'Acaia.  Turin,  1832, 
2  vol.  in-8. 

Delaville-le-Roulx  (J.).   La  France  en  Orient  au  xiv  siècle.  Paris, 


—    XV    — 

1885-1886  (Bibl.  des  écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome),  2  vol. 

in-8. 
Delayto  (Jacobus  de).  Annales  Eslenscs,  dans  Muratori,  XVIII. 
Delisle  (Léopold).  Mandements  et  actes  divers  de  Charles  V  (1364-80). 

(Collection  des  documents  inédits,  1874). 
Demay  (G.).    Inventaire   des   sceaux   de   la   collection  Clairambault 

(Ibid.,  1885). 
Depping  (G.  B.).  Histoire  du  commerce  du  Levant.  Paris,  1832,  2  vol. 

in-8. 
Deschamps  (Eustache).  Œuvres  inédites,  éd.  Queux  de  Saint-Hilaire. 

Paris,  1879-86  (Société  des  anciens  textes),  4  vol.  petit  in-8. 
Detmar.  Chronik  von  1105-1386,  dans  les  Chron.  der  deutschen  Slàdle, 

Lilùccli,  I. 
Deville   (A.).  Histoire  du  château  et  des  sires  de  Tancarville.  1834, 

in-8. 
UiARio.  Ferrarese,  dans  Muratori,  XXIV. 
Douet-d'Akcq  (L.).  Comptes  de  l'hôtel  des  rois  de  France  aux  xiv  et 

x\o  siècles  (Soc.  de  1  hist.  de  France.  Paris,  1866,  in-8). 
DuBHAVius  (J.).  Historia  bohemica.  Hanau,  1602,  in-4. 
Du  Cangk.  Les  Familles  d'Outremer,  éd.  É.  Rey  (Collection  des  doc. 

inédits,  1869). 
DuCHESNE  (André).  Histoire  généalogique  de  la  maisonde  Chasteigners. 

Paris,  1643,  in-fol. 
DuciiESNE  (Fr.).  Histoire  des  cardinaux  français.  Paris,  1660-6,  2  vol. 

in-fol. 
DuLAURiEK  (Éd.).  Historiens  arméniens  des  croisades,  I.  Paris,  1869, 

in-fol. 
Du  Verdier  et  La  Croix  du  Maine  (Fr.).  Bibliothèque  françoise,  éd.  de 

la  Monnoye.  Paris,  1772-3,  6  vol.  in-4. 
Épinois  (Henri  de  1').  Le  gouvernement  des  papes  et  les  révolutions  dans 

les  .Etats  de  l'Église.  Paris,  1865,  in-8. 
Epiphania  (Pedro  de  la).  Vida  y  milagros  de  S.  Pedro  Thomas...  Sé- 

ville,  in-4. 
Ermiscii  (Hub.).   Ein  Besucli  des  Kunigs  Peter...  am  Hofe  des  Mar^j- 

grafen  Friedrich  des  Strengen  von  Meissen  (1364),  dans  le  Neues 

Archiv  fiir  sâchsischc  Geschichte,  I  (Dresde,  1880). 
Este  (N.  II  d').  Viaggio  di  Gerusalemme.  dansla.  M iscellanea  di  opus- 

coii  inediti  o  rari  nci  secoli  XIV e  XV.  Prose,  I  (Turin,  1861,  in-8). 
Eulogium  historiarum,  éd.  Haydon,  dans  la  Collection  du  Maître  des 

Rôles.  Londres,  1863,  3  vol.  in-8. 
Faiîuicius  (.loh.-Alb.).    Bibiiotheca  latina  mediae  et  infimae  aetatis. 

Hambourg,  1736-46,  6  vol.  in-8;  2<-'  édition  (Mansi),  Padoue,  1754, 

6  vol.  in-4. 
Faenza  (Jean  de).  V.  Carmessonius. 
Favre  et  Mandrot.  Vogage  en  Cilicie,  1874.  Paris,  1878  (Bulletin   de 

la  Société  de  géographie). 
Finot  (L).  La  dernière  ordonnance  de  Charles  V,  dans  la  Bibliothèque 

de  l'École  des  Chartes,  t.  L,  1889. 
FoGLiETTA  (Uberto).  Ifistoriae  Genuensis  libri  duodecim.  Gènes,  1585, 

in-4. 
Frescoraldi  (Leonardo).  Viaggio...  in  Egitloed  in  Terra  Santa.  Rome, 

1818,  in-8, 


—  xvj   — 

Fréville.  Des  r/randes  compagnies  au  XIV'' siècle,  dans  la  Bibliothèque 

de  l'École  des  Chartes,  t.  III,  1841-2. 
Friedjung  (Heinrich).  Kaiser  Karl  TV  vnd  sein  Antheil  am  geistigen 

Leben  scinev  Zeit.  Vienne,  1876,  gr.  in-8. 
FROissART(Jean).  Chroniques,  éd.  Buchon.  Paris,  1835-6,  3  vol.  gr.  in-8; 

—  éd.  Kervyn  de  Lettenhove.   Bruxelles,  26  vol.  in-8,  1867-1877  ; 

—  éd.  S.  Luce  et  G.  iJaynaud  (Société  de  l'histoire  de  France.  Paris, 
1869  et  suiv.  9  vol.  in-8). 

—      Œuvres  poétiques,  éd.  Aug.    Scheler.   Bruxelles,    1870  1872, 

3  vol.  in-8  (Académie  royale  de  Belgique). 
Fromentin  (A.).  Essai  historique  sur  Yvetot  et  ses  environs.  Rouen, 

1844,  in-8. 
Gabotto  (F.).  Uelà  del  conte  verde  in  Piemonle,  seconda  nuovi  docu- 

menti  (1350-83).  Rome,  1895. 
Gataro  (Andréa  di).  Chronicon  patavinum,  dans  Muratori,  XVII. 
Gazata.  V.  Chronicon  Regiense. 

Germain.  Histoire  du  commerce  de  Montpellier,  1861,  2  vol.  in-8. 
Gervinus  (G.  G.).  Geschichte  der  deutschen  Dichtung.  Leipzig,  1853,  5 

vol.  in-8. 
Gesta  episcoporum  Autissiodorensium,  dans  Migne,  Patrol.  lat.,  vol. 

138. 
Geste  des  ducs  de  Bourgogne,  dans  les  Chroniques  relatives  à  Vhistoire 

de  la  Belgique  sous  la  domination  des  ducs  de  Bourgogne,  I.  Bru- 
xelles, 1870,  in-4. 

GiBLET.  V.  LOREDANO. 

Giustiniani  (Mich.).  Annali  délia  repubblica  di  Genova.  Gènes,  1835, 

2  vol.  in-4. 
GoLDAST  (Melchior).  Monarchia  S.  Romani  imperii,  1"  éd.  Hanovre- 
Francfort,  1611-5,  3  vol.  in-fol. 
GoRRA  (Egidio).    Studi   di   critica   letteraria.    Bologne,    1892,    petit 

in-8. 
GoTTLOB  (Adolf).  Karls  IV  private  und  politische   Beziehungcn   zu 

Franhreich.  Innsbruck,  1883,  gr.  in-8. 
Gratius  (Orthuinus).  Fasciculus  rerum  expefendarum  et  fugiendarum, 

éd.  Éd.  Brown.  Londres,  1690,  2  vol.  in-fol. 
Gravina  (Domenico  de).  Chronicon,  dans  Muratori,  XII. 
Griffonibus  (Matthaeus  de).   Memoriale  historicum,   dans  Muratori, 

XVIII. 
GuGLiELMOTTi  (P.  Alb.).  Storitt  délia  marina  pontificia.  Florence,  1871, 

2  vol.  in-8. 
GuiCHENON  (Samuel).  Histoire  généalogique  de  la  royale  maison  de 

Savoie.  Turin,   1778  (2^  édition;  i",  Lyon,  1660,  2  vol.  in-fol.), 

4  parties  en  5  vol.  in-fol. 
GuiFFREY  (G.).  Histoire  de  la  réunion  du  Dauphiné  à  la  France.  Pa- 

ri.s,  1868,  in-8. 
Guignes  (J.  de).  Histoire  générale  des  Huns...  Paris,  1756-68,  5  vol. 

in-4. 
Hammer  (baron  Jos.  de).  Histoire  de  l'empire  ottoman,  trad.  italienne 

par  S.  Romanin.  Venise,  1828-31,  24  vol.  in-12. 
IIarduinus  (Joannes).  Collectio  regia  maxima  Conciliorum.  Paris,  1715 

12  vol.  in-fol. 
Hauréau  (B.).  Notice  sur  le  n°  8299  des  ms.  latins  de  la  Bibliothèque 


—    XVIJ    — 

Nationale,  dans  les  Notices  et  extraits  des  mss.  de  la  Bibliothèque 
Nationale,  XXXI,  2"  partio.  Paris,  1886. 

Hayton  (P.).  Flores  historiarum,  dans  Bergcron,  Voyages  faits  prin- 
cipalement en  Asie.  La  Haye,  1735,  2  vol.  in-4. 

Hellot  (A).  Essai  historique  sur  les  Martel  de  Basqueville.  Rouen- 
Dieppe,  1870,  in-8. 

HÉLYOT  (Pierre).  Histoire  des  ordres  monastiques.  Paris,  1714-9,  8  vol. 
in-4. 

IIeumilly.  Histoire  de  Majorque  et  de  Minorque,  Maëstricht,  1777,  in-4. 

HEiiQUET  (K.).  Ci/prische  Kunigsgestalten.  Halle-am-See,  1880,  in-8. 

—  J.-Fernandez  de  lleredia.  Miihlhausen-in-Thai,  1878,  in-8. 
IIerzsoiin  (l.-J.-P.)  Dcr  Ucberfall  Alexandricn's.  Bonn,  1886,  petit  in-8 

(publication  interrompue). 
Heyi)  (Guill.).  Histoire  du  commerce  du  Levant  au  moyen  âge,  trad. 
Furcy-Raynaud.  Leipzig,  1885-6,  2  vol.  in-8. 

—  Le  colonie  cominerciali  degli  Italiani  in  Oriente.  Venise,  1866-8, 
2  vol.  in-8  (traduction  G.  MûUer). 

HiGDEN  (Ranulphus  de).  Polychronicon,  dans  la  Collection  du  Maitre 

des  Rôles.  Londres,  1865-1886,  9  vol.  in-8. 
HùPF  (Charles).  Chroniques  gréco-romanes.  Berlin,  1873,  in-8. 

—  Griechenland  im  Mitlelalter,  dans   rF]ncyclopédie  d'Ersch    et 
Gruber. 

Huillard-Bréholles  (A.).  Titres  delà  maison  de  Bourbon.  Paris,  1867- 

74,  2  vol.  in-4. 
Jslorc  et  chroniques  de  Flandre,  éd.  Kervyn  de  Lettenhove,  1879-1880, 

2  vol.  in-4. 
Istoria  di  Parma,  dans  Muratori,  XII. 
Jarry  (É.).  La  vie  politique  de  Louis  de  France,  duc  d'Orléans  (1372- 

1407).  Paris,  1889,  in-4. 
Jauna  (Dom.).  Histoire  généalogique  des  royaumes  de   Chypre,   etc., 

Leyde,  1785  (1747),  2  vol.  in-4. 
JoRGA  (N.).  Une  collection  de  lettres  de  Philippe  de  Mézières,  dans  la 

Bévue  historique,  XLIX,  l""  fascicule. 

—  Une  lettre  apocryphe  sur  la  bataille  de  Smyrne  (1346),  dans  la 
Bévue  de  l'Orient  latin,  III  (1895). 

—  Thomas  III,  marquis  de  Saluées.  Paris,  1893,  in-8. 

Jourdain  (Ch.).  Nicolas  Oresme  et  les  astrologiens  de  la  cour  de  Char- 
les V,  dana  la.  Bévue  des  questions  historiques,  XVIII  (1875). 

Kervyn  de  Lettenhove.  Froissart,  étude  littéraire  sur  le  xi\'  siècle. 
Bruxelles,  1857,  2  vol.  gr.  in-12. 

Klingenberger  Chronik,  herausgegeben  von  Dr.  Anton  Henné  von  Sar- 
gans.  Gotha,  1861,  in-8. 

Koelhoffsche  Chronick  1358,  à.dSi%\ei%Chron.derdeutsch.  Stàdte,Côln,  III 

Kœiner  Jahrbïicher.  Ibid.,  II. 

Kraft  (Joh.).  Chronicon,  dans  Eckard,  Scriptores,  I. 

KuGLER.  Geschichte  der  Kreuzzilge.  Berlin,  1880,  in-8,  dans  la  collec- 
tion Oncken. 

KuNSTMANN  (Fr.).  Studicn  iiber  Marino  Sanudo  den  iilteren,  dans  les 
Abhandlungen  der  k.  Bayrischen  Akademie  der  Wissenschaften, 
historische   Classe,  VU,  l'""  partie. 

Le  Laboureur  (J.).  Becueil  des  tombeaux  des  Céleslins.  Paris,  1642, 
in-fol. 


—    XVUJ    — 

Le  Laboureur.  Histoire  de  Charles  F/.  Paris,  1663,  in-4. 

Lancei.ot  (Ant.).   Mémoire  sur  la  vie  et  les  oiivraffes  de   Haoul   de 

Prestes,  dans  les  Mémoires  de  l académie  des  inscriptions,  t.  XII I 

de  l'ancienne  série  (1740). 
Langlois  (V.).  Numismatique  de  V Arménie  au  moyen  âge.  Paris,  1855, 

in-4. 

—  Trésor  de  chartes  d'Arménie,  Venise,  1863,  in-8. 

—  Voyage  dans  la  Cilicie.  Paris,  1861,  in-8. 

Lannoy  (Guillebert  de).    Voyage,  éd.   J.   Webb,   dans  V Archœologia 

hrilannica.  XXI  (1826). 
Lateinischf,  Reimehronik,  dans  les  Chronihen  der  deulschen  Slddte- 

Cùln,  II. 
Lazzarini  (V.).  La  battaglia  di  Portolongo,  dans  le  Nuovo  Archivio 

veneto,  VIII  (1894)  et  tirage  à  part. 
Ledeuf  (abbé  Jean).  Dissertations  sur  l'histoire  de  Paris.  Paris,  1739- 

43,  3  vol.  in-12. 

—  Mémoires  concernant  l'histoire  ecclésiastique  et  civile  d'A  uxerre. 
Anxerre,  1848-51,  4  vol.  in-8  (2<' édition). 

—  Notice  des  ouvrages  de  Philippe  de  Mézières,  conseiller  du  roi 
Charles  V  et  chancelier  du  royaume  de  Chypre,  dans  les  Mémoires 
de  l'Acad.  des  inscriptions .  l""*  série,  t.  XVI  (1752). 

—  Mémoire  sur  Philippe  de  Mézières,  ihid.  t.  XVII  (1753). 

—  Histoire  de  la  ville  et  de  tout  le  diocèse  de  Paris,  éd.  Cocheris, 
1863,  3  vol.  in-8. 

Leclerc  (V.)  et  Renan  (Ernest).  Discours  sur  l'état  des  lettres  et  des 

beaux-arts  e7i  France  au  xiv^  siècle  (d'abord  publiés  dans  l'Histoire 

littéraire  de  la  France,  t.  XXIV,  Paris,  1863).  Paris,  1865,  2  vol. 

gr. in-8. 
Lecoy  de  la  Marche  (A.).  Les  relations  politiques  de  la  France  avec 

le  royaume  de  Majorque.  Paris,  1892,  2  vol.  gr.  in-8. 
Lenoir  (Albert).   Statistique    monumentale  de  Paris,    texte  et  atlas. 

Paris.  1839  et  suiv.,  40  vol.  in-fol. 
Leroux  (Alfr.).  Hechercfies  critiques  sur  les  relations  politiques  de  la 

France    avec   l'Allemagne  (1292-1378),    dans   la  Bibliothèque  de 

l'Ecole  des  Hautes-Etudes.  Paris,  1882,  in-8. 
Lévrier.  Chronologie  historique  des  comtes  de  Genevois.  Orléans,  1787. 

2  vol.  petit  in-8. 
Liber  jurium   reipublicae  Genuensis,  2  vol.  in-fol.  dans  les  Monum. 

hist.  Pati'iae  de  Savoie,  1854-7. 
Libri  Commemoriali  délia  rep.  di  Venezia.  V.  Predelli  (R.). 
Limburger  Chronik,  l'^éd.,  in-16. 

LiNGARD.  History  of  England,  éd.  Baudry.  Paris,  1840,  8  vol.  in-8. 
Le  livre  des  faits  et  gestes  du  mareschal  de  Boucicaut,  dans  la  collec- 
tion de  Michaud  et  Poujoulat.  II  (Paris,  1851,  gr.  in-8). 
Livre  des  trahisons  de  France  envers  la  maison  de  Bourgogne,  dans 

Kervyn  de  Lettenhove,  Chroniques  relatives  à  l'hist.  de  Belgique,  1. 1. 
Ljdbic  (Sime).  Monumenta  spectantia  historiam  Slavorum  meridiona- 

lium.  Agram,  1868-82,  10  vol.  in-8. 
LoRAY  (marquis  Terrier  de).  Jean  de  Vienne,  amiral  de  France  (1341- 

96),  étude  historique.  Paris,  1878,  in-8. 
LoREDANO  (G.  F.).  Histoire  des  rois  de  Chypre.  Paris,  1732,  2  vol.  in-12 

et  original  italien.  Bologne,  1647,  in-8. 


—   XIX    — 

LucE  (S.)-  La  mort  du  roi  Charles  V,  dans  le  Correspondant  du  10 
octobre  1892,  reproduit  dans  La  France  pendant  la  guerre  de 
Cent  ans.  Paris,  2"  série,  1893,  in-8. 

—  Histoire  de  B.  du  Guesclin.  La  jeunesse  de  Bertrand,  2»  édition. 
Paris,  1876,  in-8. 

—  Jeanne  d'Arc  à  Domrèmy.  Paris,  1886,  gr.  in-8. 

LuENiG  (Joann.  Christ.).  Codex  Ilaliae  diplomaticus.  Francfort-Leipzig, 

1725-35,  4  vol.  in-fol. 
LusiGNAN  (P.  Estienne  de).  Description  de  Chypre.  Paris,  1580,  in-4. 

—  Généalogie  des  rois  de  Chypre.  Paris,  1579,  in-4. 

M.\cnANEUS  (Dominicus).  Chronicon,  dans  les  Mon.  hisl.  Palriae  de 
Savoie,  Scriptores,  I. 

Machaut  (Guillaume  de).  La  piise  d'Alexandrie,  éd.  L.  de  Mas-Latrie. 
Société  de  l'Orient  latin.  Genève,  1877,  in-8. 

Mâcheras  (Léonce).  Chronique  de  Chypre,  éd.  Sathaset  Miller,  dans  les 
Publications  de  l'École  des  langues  orientales  vivantes.  Paris, 
1882,  2  vol.  (1,  texte,  II,  traduction  française),  in-8. 

Magnan.  Histoire  d' Urbain  V  et  de  son  siècle,  d'après  les  mss.  du  Va- 
tican. Paris,  1863  (2^  édition),  gr.  in-18. 

Mallet  (Gilles).  Inventaire  de  la  bibliothèque  de  Charles  V,  publié  par 
Van  Pract.  Paris,  1836,  in-8. 

Mannier  (E.).  Ordre  de  Malte.  Les  commanderies  du  grand  prieuré  de 
France.  1872,  in-8. 

Manonville  (Beauvau  de).  Relation  journalière  du  voyage  du  Levant. 
Nancy,  1619,  in-4. 

Marbourg  (Wigand  de).  Chronicon,  dans  les  Script,  rer.  prussic, 
Leipzig,  1861-74,  11. 

Marcel  (Léop.).  Analyse  du  Songe  du  Vergier,  suivie  d'une  Disserta- 
tion sur  l'auteur,  dans  la  Revue  de  législation  et  de  jurisprudence, 
XXI-II  (1862-3)  et  tirage  à  part. 

Marcotti  et  Te.mple  Leader.  Giovanni  Acuto.  Florence,  1889. 

Mariana  (J.)  Historiée  de  rébus  Hispaniœ.  Madrid,  1605,  in-4. 

Martin  (Henri).  Catalogue  des  mss.  de  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal. 
Paris,  1885-1892,  6  vol.  in-8. 

—  Fuldensis  Martini  Chronicon,  dans  les  Scriptores  rerum  germa- 
nicarum  d'Eckard,  I,  Leipzig,  1723. 

Mas  Latrie  (comte  Louis  de).  Les  archevêques  de  Nicosie,  dans  les 
Archives  de  l'Orient  latin,  II  (1884). 

—  La  chronique  d'Ernoul  (Société  de  l'histoire  de  France).  Paris, 
1871,  in-8. 

—  Commerce  et  expéditions  militaires  de  la  France  et  de  Vetiise 
ou  moyen  âge,  dans  la  Collection  de  documents  inédits  sur  l'his- 
toire de  France  (Mélanges  et  documents),  III  (1879),  et  tirage  à  part. 

—  Documents  nouveaux  servant  de  preuves  à  l'histoire  de  Vile  de 
Chypre,  ibid.,  IV,  1882. 

—  L'île  de  Chypre.  Paris,  1879,  petit  in-8. 

—  Documents  génois  concernant  Vile  de  Chypre,  dans  les  Archives 
de  l'Orient  latin,  W,  Paris,  1884. 

—  Histoire  de  l'île  de  Chypre  sous  la  Maison  de  Lusignan.  Paris, 
1852-5,  3  vol.  in-4  (t.  I,  récit;  II  et  III,  documents). 

Mas  Latrie  (René  de).  V.  Bustron,  Amadi,  Strambaldi. 
Meibomius.  V.  Persona  (Gobelinus). 


—    XX    — 

Metz  (Guillebert  de).  Description  dp  la  ville  de  Paris  au  xv»  siècle, 
éd.  Le  Roux  de  Lincy.  Paris,  1855,  in-t2. 

Meuiîisse  (évc'^ciue  de  Madaure).  Lettres  de  Charles  cinquième  et  de 
Philippe  de  Mnisières,  Metz,  1638,  in-12. 

MiCHAUD  (Jos.)-  Histoire  des  croisades,  édition  Huillard-Bréholles.  Pa- 
ris, s.  a.,  4  vol.  in-4. 

Michel  de  Saint-Esprit.  Vie  admirable  de  saint  Pierre  Thomas.  Paris, 
1652,  in  12. 

MiCHOVius  (Math.).  Chronica  Polononun.  Cracovie,  1521,  in-8. 

MiKLOsiCH  et  MuELLER.  Acta  et  diplornata  rjraeca,  Vienne,  1865, 1  vol.  in-8. 

Mii.LiN  (abbé  A.  L.).  Antiquités  nationales.  Paris.  1790-99,  5  vol.  in-4. 

.MiNEitBETTi  (Piero).  Cronica,  dans  les  Berum  Italicarum  scriptores. 
Florence.  1770,  II. 

Mira  (Gius.  M.).  Bibliographia  siciliana.  Palerme,  1875-84,  2  vol.  in-4. 

MoLiNiER  (A.  et  E.).  V.  Chronique  normande. 

—  (Aug.).  Catalogue  desmss.  de  labildiotlièque  Mazarine.  Paris, 
1885-1892,  4  vol.  in-8. 

—  (E.).  Arnold  d'Audrehem,  dans  les  Mémoires  présentés  par  divers 
savants  à  VAcad.  des  inscr.  et  belles-lettres,  VI.  Paris,  1883,  in-4. 

MoNACis  (Laurentius  de).  Chronicon.  Venise,  1758,  in  4. 

MoNGiTORE  (Ant.).  Bihliotheca  sicula.  Palerme,  1707-11,  2  vol.  in-fol. 

MoNSTRELET  (Eng.  de).  Chroniques,  éd.  Douët-d'Arcq  (Société  de  l'his- 
toire de  France.  Paris,  1857-61,  6  vol.  in-8). 

Monte  Croce  (Ricoldus  de),  dans  V Extrême-Orient  de  Backer.  V.  ce 
nom. 

MoNTFAUCON  (Bern.  de).  Diarium  itaticum.  Paris,  1702.  in-4. 

—  Monumens  de  la  monarchie  françoise.  Paris,  1729-33,  5  vol. 
in-fol. 

Monumenti  storici  pubblicati  dalla  R.  deputazione  veneta  distoriapa- 
tria,  l''"  série,  Documenti,  t.  V.  —  Diplomatarium  Veneto-Levan- 


tinum...a.  1300-1350.  Venise,  1880,  in- 


Mueller  (Giuseppe).  Documenti  suite  relazioni  délie  città  toscane  colV 

Oriente.  Florence,  1879,  in-4. 
MuENTER.  Om  Frankernes  Mijnter  i  Orienter.  Copenhague,  1806,  in-4. 
MuLLETTi  (D.  et  C).  Memorie  storico-diplom.  appartenenti  alla  città 

ed  ai  marchesi  di  Saluzzo.  Saluées,  1821,  6  vol.  in-8. 
MuNTANER  (Ramon).  Chronique  catalane,  traduction  Buchon,  dans  les 

Chroniques  étrangères  relal.  aux  expéd.  franc,  pendant  le  XIII" 

siècle.  Paris,  1840,  gr.  in-8. 
MuRATORi  (L.-Ant.).  Annali  d'Ilalia,  plusieurs  éditions. 

—  Antiquitates  italicae  medii  aevi.  Milan,  1738-42,  6  vol.  in-fol. 
(!■•«  édition). 

—  Berum  Italicarum  scriptores.  Milan,  1723-51,  28  vol.  in-fol. 
Mussis  (Jean  de).  V.  Chron.  Placentinum. 

Navagero  (André).  Cronica  di  Venezia,  dans  Muratori,  XXIII. 
NiEXi  (Theodoricus  de).  De  schismate.  Strasbourg,  1609,  in-8. 
NoLHAC  (P.  de).  Pétrarque  et  l'humanisme,  dans  la  Bibl.  de  l'Ecole  des 

Hautes-Études.  Paris,  1892,  in-8. 
NoRDEN  (Fréd.  L.).  Travels.  Londres,  1757-1792,  2  vol.  in-fol. 
Oldenburg  (Willibrandus  ab),  dans  Allatius  :  ï]jiJ.[j.r/.Ta  seu  opusculorum 

graecorum  et  latinorum  veterum  ac  recentiorum  collectio.  Cologne, 

1653.  in-8. 


—  xxj  — 

Olivier  (G.  A).  Voyage  dans  l'empire  oiloman,  Atlas.  Paris,  1801-7,  3 

vol.  in-4  et  Atlas,  in-4. 
Orville  (Cabaret  d').  La  chronique  du  bon  duc  Loys  de  Bourbon,  éd. 

Chazaud  (Société  de  l'histoire  de  France.  Paris,  1876,  in-8). 
Osio  (L.).  Documenli  diplomalici  tralli  dayli  archivi  Milanesi.  Milan, 

1865,  2  vol.  in-4. 
O.SSINGER  (.lo.  Fe.).  Bibliolheca  auyustiniana  hislorica,  crilica  et  chro- 

noloyica.  Ingolstadt,  1768,  in-fol. 
OuDi.N  (Cas.).   Commentarium  de  scriploribus  ecclcsiae  anliquis  illo- 

rumque  scriplis.  Leipzig,  1722,  3  vol.  in-fol. 

—  Supplemenlum  de  scriploribus  vel  scriplis  ecclesiasticis  a  Bel- 
larmino  omissis.  Paris,  1686,  in-8. 

Pagano  (Carlo).  Délie  imprese  e  del  dominio  dei  Genovesi  nella  Grecia. 

Gênes,  1846,  petit  in-8. 
Pannier  (Léopold).  Ilisloire  de  S .-Ouen-sur-Seine ,  la  Noble-Maison  et 

rOrdre  de  V Étoile.  Paris,  1872,  in-8. 
Paoli  (S.).   Codice   diplomatico  del  sacro  militar  Ordine    Gerosoli- 

viilano.  Lacques,  1773-7,  2  vol.  in-fol. 
Papon  (.J.-P.).  Ilisloire  générale  de  Provence.  Paris,  1777-86,  4  vol.  in-4. 
Paris  (Paulin).  Les  grandes  chroniques  de  France.  Paris,  1836-8,  6  vol. 

in-8. 

—  Les  mss.  français  de  la  bibliothèque  du  roi.  Paris,  1836-48,  7  vol. 
in-8. 

—  Nouvelles  recherches  sur  Vauleur  du  Songe  du  Verger,  dans  les 
Mémoires  de  V Académie  des  inscriptions,  nouv.  série,  XV  (1843). 

Parraud  (abbé  A.).  Vie  de  saint  Pierre  Thomas.  Avignon,  1895,  in-8. 
Pegolotti.  Pralica  délia  jnercalura,    dans    Pagnini  (G.    F.).    Délia 

décima  e  di  altre  gravezze  imposte  dnl  comune  di  Firenze,  délia 

moneta  e  délia  mercatura...  Lisbonne  et  Lacques,  1765-6,  4  vol. 

in-4. 
Persona  (Gobelinus).  Cosmodromium  dans  Meibomius,  Rer.  Germani- 

carum  scriptores,  I.  Helmstadt,  1688.  in-fol. 
Pétrarque  (François).  De  sui  ipsius  et  mullorum  ignorantia,  dans  les 

éditions  de  ses  œuvres  latines. 

—  Epislolarum  familiarium  libri,  dans  les  éditions  de  ses  lettres 
et  dans  la  traduction  annotée  de  Fracassetti.  Florence,  1863-70, 
in-8. 

—  Epislolarum  scnilium  libri  ;  Epistolarum  variarum  libri. 
Picot  (Emile).  Aveu  en  vers  rendu  par   Begnault  de   Paci  à  Pierre 

d'Orgemont  (1415),  dans  les  Mélanges  Julien  Ilavet.  Paris,  1895, 

in-8. 
PiSAN  (Christine  de).   Livre  des  faits  et  bonnes  mœurs  du   sage   roy 

Charles  V,  éd.  Petitot. 
Polislore  (Libro  del),  dans  Muratori,  XXIV. 
Polychronicon,  v.  IIigden. 
Possevinus  (Antonius).  Apparatus  sacer.  Cologne,  1608,  2  vol.  in-fol. 

Venise,  1603-6,  3  vol.  in-fol. 
Predelli   (R.).    /  libri   commemoriali  délia   repubblica   di    Vcnezia, 

Regesti.  Venise,  1876-83,  3  vol.  in-8. 
Primum  addilamenlum  ad  Cortusium,  dans  Muratori,  XII. 
Processus  S.  Pétri  de  Lu.remburgo,  dans  les  Acla  Sanctorum,  juillet,  I. 
Prou  (Maurice).  Etude  sur  les  relations  politiques  du  pape  Urbain  V 

N.  .TonGA.  Philippe  de  Mézières.  b. 


—  xxij  — 

avec...  Jean  II  et  Charles  V,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des 

Hautes-Etudes,  fasc.  76.  Paris,  1888,  in-8. 
Phutz  (llans).   Recimunqcn  iiher  Hcinrich  von  Dei-hya  Preussenfahr- 

ten.  Publication  des  Vereins  fiir  die  Gesch.  der  Provinzen  Ost-und 

Westpreussen.  Leipzig,  1893,  in-8. 
QUATREMÈRE.  Noiice  (Je  ronvraçie  qui  a  povr  titre  Mesnie/;,  etc.,  dans 

les  Notices  et  extraits  des  mss.  de  lu  Bibliothèque  nationale,  XIII, 


Paris,  1838,  in 


Raccolla  di  leggi  di  massima  e  di  disciplina  inromhenli  alli  capi- 
toli,  etc.,  délia  scuola  di  San  Giovanni  Evanyclisla.  Venise,  1780, 
in-12. 

Ramusio  (G.-Batt.).  V.  Barraho. 

Hatisiîonne  (André  de).  Chronicon,  dans  Pez,  Thésaurus  anecdolo- 
rum,  IV. 

RaYNALDUS.  V.   RlNALDI. 

liAYNAUD  (G.).  Gestes  des  Chiprois,  éd.  de  la  Société  de  TOricnt  latin. 

Paris,  1887,  in-8. 
Récits  d'un  bowf/eois  de  Valenciennes,  dans  Froissart,  éd.  Kervyn  de 

Lettenhove,  VI  et  Louvain,  1877,  in-8. 
Reiniiard.  Geschichte  des  Kd)iifjreichs  Cypcrn,  1766-68,  2  vol.  in-4. 
Res  (jestae  ab  anno  1383-li05,  dans  Kervyn  de  Lettenhove,  Chroniques 

relatives  à  Vhistoire  de  la  Belgique,  1870-1876,  3  vol.  in-4. 
Rey  (L.).  Recherches  géographiques   et  historiques  sur  la  domination 

des  Latins  en  Orient.  Paris,  1877,  in-8. 
Riant  (Comte  P.).  Six  lettres  relatives  aux  croisades,  dans  \e%  Archives 

de  l'Orient  latin,  I  (1881). 
RiCOTTi  (E.).  Storia  délie  compagnie  di  ventura.  Turin,   1844-5,  4  vol. 

in-8. 
RiNALDi  (Odorico).  Annales  ecclesiaslici.  Lucques,  1738-46,  éd.  Mansi, 

38  vol.  in-fol. 
RcEHRiciiT  (R.)   et  Meisner  (IL).    Deutsche  Pilgerreisen  im  Ileiligen 

Lnnde.  Berlin,  1880,  in-8. 

—  Die  Eroberung  Akims  durch  die  Moslimcn,  dans  les  Forschungen 
zur  Deutschen  Geschichte,  XX  (1879). 

—  Etudes   sur  les  derniers  temps  du  royaume  de  Jérusalem,  dans 
les  Archives  de  l'Orient  latin,  I  (1881). 

Roman  (J.).  Charte  de  départ  du  dauphin  Humbert  II,  dans  les  Archives 
de  l'Orient  latin,  l  (\SSÏ). 

RoMANiN  (Samuele).  Storia  documentata  di  'Venczia.  Venise,  1853-61, 
10  vol.  in-8. 

Sabellicus  (M.  Ant.).  Rer.  Venetarum  libri  XXXIII,  dans  DegV 
istorici  délie  cose  veneziane  che  scrissero  per  pubblico  décréta, 
I.  Venise,  1718,  in-4. 

Sacy  (Silvestre  de).  Chrestomathie  arabe,  2>' édition.  Paris,  1827,  3  vol. 
gr.  in-8. 

Saint-Martin  (M.-J.).  Mémoires  historiques  et  géographiques  sur  l'Ar- 
ménie. Paris,  1818-19,  2  vol.  gr.  in-8. 

—  Recherches  sur  Léon  VI,  dans  les  Mémoires  de   l'Académie  des 
Inscriptions,  XIP. 

Sancto-Georgio  (Benvenuto  di).  Chronicon,  dans  Muratori,  XXIII. 
Sanudo   (Marino  Torsello).    Sécréta    fulelium  crucis,    dans   Bongars, 
Ge.sta  Dei  per  Erancos,  I. 


—  xxiij  — 

Sanudo  (M.)-  Vitedeiduchi,  dans  Muratori,  XXII. 

Saiuceno  (Filij)po).  BcgoMo  dei   principi  di  Casa  dWcaja,  dans  les 

Misccllanea  di,  sloria  ilaliana,  XX,  2«  série,  5  (1882). 
Sarnicius  (Stanislaus).   Annales  sive  de  origine  et  rébus  gestis  Polo- 

norum  et  Ulhuanoruin  lihri  oclo.  Cracovie,  1587,  in-fol. 
Sarradin  (A.).  Kuslache  des  Champs,  sa  vie  et  ses  œuvres.  Versailles, 

1879,  in-8. 
Satiias  (N.).  Bibliolheca  graeca  medii  aevi.  Venise,  1872-7,  fi  vol.  in-8. 
Sauval  (II.).  Histoire  et  recherche  des  Anliquitez  de  la  ville  de  Paris. 

Paris,  172'i,  3  vol.  in-fol. 
SciiEKEU  (Charles).  Etude  sur  la  devise  des  chemins  de  Babiloine,  dans 

les  Archives  de  VOrienl  latin,  11  (1884). 

SCI1E11AI$-1m)I)I.N.   V.  QUATHEMÈHE. 

SciiiLTiJERGER  (Jean).  Reiscn,  éd.  K.  Fr.  Neumann.  Munich,  1859,  in-8. 
SciiMJMiiERGEi!  (G.).    Numismatique    de    l'Orient   latin.    Paris,    1878, 

in-'i. 
—  Bulles  d'or  et  sceau  des  rois  Léon  II  et  Léon  VI  d'Arménie,  dans 

la  licvue  de  l'Orient  latin,  I  (1893). 
Secousse  (Denis-François).  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de  Char- 
les II,  roi  de  Navarre  et  coinle  d'J-Jvreux,  surnommé  le  Mauvais. 

Paris,  1755-8,  2  vol.  in-4. 
Sepulveda  (J.  Ginez  de).  liistoria  de  bello  adminislralo  in  Italia,  éd. 

de  1521,  1522,  etc. 
Sercambi    (Giov.).  Cronirhe,    publ.    par   Salv.    Bongi   pour   Ylstitulo 

storico  ilaliano.  Rome,  1892,  3  vol.  in-8. 
Serra  (Giroiamo).  Sloria  delta  antica  Liguria  e  di  Genova,  4  vol.  petit 

in-8.  Capolago,  1835. 
SiGOLi  (Simone).    Viaggio  al  monte  Sinai,   2*  édition.    Milan,   1841, 

in-lG. 
SisMONDi  (S.  de).  Histoire  des  républiques  italiennes  du  moyen  âge, 

5»  édition.  Bruxelles,  1840-44,  10  vol.  in-8. 
Smith  (Lucy  Toulmin).  Expéditions  ta  Prussia  and  the  Iloly  Land, 

made  bg  Ilenrg,  earl  of  Derby,  éd.  de  la  Camden  Society.  Londres, 

1894,  in-8. 
SozoMENUS.  Spécimen  historiae,  dans  Muratori,  XVI. 
Sperone  (Carlo).  Real  grandeza  délia  Ser.  republica  de  Genova  (avec 

traductions  italienne  et  latine,  en  regard).  Gênes-Madrid,  1665, 

in-fol. 
Spondanus   (H.).    Continuatio   Annalium  ecclesiasticorum   Daronii. 

Paris,  1659,  2  vol.  in-fol. 
Stella  (Georgius).  Annales  Genuenses,  dans  Muratori,  XVII. 
Storie  pistolesi  (^Annales  pistorienses),  dans  Muratori,  XI. 
Slorie  pistolesi.  Prato,  1835,  in-16. 
Storie  (Istorie)  pistolesi  ovvero  dellc  cose  avvcnute  in  Toscana  (1300- 

1348).  Milan,  1845,  in-16. 
Strambaloi  (D.).  Chronique  de  Chypre,  éd.  R.  de  Mas-Latrie,  dans  la 

Collection  de  documents  inédits,  1893,  in-fol. 
STunns  (W.).  Sevenleen  Lectures  on  the  study  of  médiéval  and  modem 

history.  Oxford,  1886,  gr.  in-8. 
SuciiENWUîT  (Peter).  Wer/;e,  éd.  .Mois  Primisser.  Vienne,  1827,  in-8. 
SuDiiEiM  (Lu(lolphe  de).  Libellus  de  itinere  ad  Terram  Sanclam,  s.  1. 
et  a.,  in-4  et  édition  F.  Deycks.  Stuttgart  (1851). 


—    XVIV    — 

SuDFiEiM  (L.  de).  De  itùiere  térrae  sanctae,  publié  par  G.  A.Neumann, 

dans  les  Archives  de  VOrient  latin,  H-  (188'i). 
SvvYNBURNE  (Thomas  de).  Ilinerariimi  in  Terra  Sancla;  ibid. 
Taccoli  (N.).  Parle  seconda  di  alcune  memorie  sloriche  délia  ciltà  di 

Jieygio.  Parme,  1748,  in-fol. 
Tankerville  (J.  Chamberlayne).  Lacrimœ  Nicossienses.  Paris,  1894, 

t.  I,  in-fol. 
Teisserius  (Ant.).  Catalogits  auctorrim.  Genève,  1G86,  in  fol. 
Thalamus  pnrvus  ou  le  Petit  Thalamus  de  Montpellier,  publié  par  la 

Société  archéologicjue  de  Montpellier.  Montpellier,  1836,  in-4. 
TiiEiNER  (P.  Aug).  Codex  diplomaiicus  dominii  lemporalis  S.   Sedis. 

Rome,  18Ô1,  2  vol.  in-fol. 

—  Vetera    monumenta    Slavorum  meridionalium   historiam  illns- 
tranlia.  1863,  Rome,  2  vol.  in-fol. 

—  Vetera  monumenta  hislorica  Ilungariam  sacram   illuslrantia. 
Rome,  1859-60,  2  vol.  in-fol. 

TiRABOSCHi  (abbé  G.)-  Bihlioteca  modenesc.  Modène,  1781,  2  vol.  in-fol. 

—  Storia  délia  badia  di  S.  Silveslro  di  Noitantola.  Modène,  1784-5, 

2  vol.  in-fol. 

—  Storia  délia  letleratura  italiana,  éd.  de  Florence-Pise,  1805-13, 
20  vol.  in-8. 

TosTi  (Louis).  Storia  délia  badia  di  Monte-Cassino.  Naples,  1842-3, 

3  vol.  gr.  in-8. 

TscnACKERT  (Dr.  Paul).  Peler  von  Aillij,  znr  Geschichte  des  r/rossen 

abendlàndischen  Schisma.  Gotha,  1877,  gr.  in-8. 
TuDELA  (Benj.  de),  dans  Bergeron  (P.),    Voyages  faits  principalement 

en  Asie.  La  Haye,  1735,  2  vol.  in-4. 
Tylicii  (Joli.),  dans  Mencken,  Scriptores  rerum  Germanicarum,  prae- 

cipue  Saxonicarum.  Leipzig,  1728-30,  in-fol.,  II. 
Ursins  (J.-Juvénal  des).  Histoire  de  Charles  VL  dans  Michaud  et  Pou- 

joulat,  IL 
Valbonnais  (Bourchenu,  marquis  de).  Histoire  de  Dauphiné,  2«  éd., 

Genève,  1722,  2  vol.  in-fol. 
Valentinelli  (abbé  J.).  Bibliotheca  mnnuscripta  ad  S.  Marci  Vene- 

liarum.  Venise,  1868-73,  G  vol.  in-8. 
Valois  (Noël).  Le  conseil  durai.  Paris,  1888,  in-8. 
Varese  (C.).  Storia  délia  republica  di  Genova  dalla  sua  origine  fîno 

al  1814,  Venise,  1840-2. 
Vayra  (P.).  //  museo  storico  délia  casa  di  Savoia,  dans  les  Curiosità 

di  storia  subalpina,  IV  (et  tirage  à  part.  Turin,  1880, in-8). 

—  Le  lettere  e  le  arti  alla  corte  di  Savoia  (Inventaire).  Turin,  1883, 
in-8. 

Venette  (Jean  de).  V.   Continuatio  chronicorum  Guillelmi  de  Nan- 

GIACO. 

Verci  (G.-B.).  Storia  délia  marca  trevisana  e  veronese.  Venise,  1786-90, 

15  vol.  in-8. 
Verri  (P.).  Storia  di  Milano.  Florence,  Lemonnier,  1854,  2  vol.  in-8. 
Vertot  (abbé  R.-A.).  Histoire  des  chevaliers  de  S.  Jean.   Paris,   1726, 

4  vol.  in-4;  éd.  de  Lyon,  1779,  5  vol.  pet.  in-8. 
Vii.LANi  (G.,  M.  et  P.).  Cronica,  éd.  Dragomanni,  in-8. 
Vita  Caroli  Zeni,  dans  Muratori,  XIX. 

Vita  Sanctae  Catherinae  Senensis,  dans  les  Acta  Sanctorum  d'avril,  III. 


—    XXV    — 

Vùa  démentis  VI  et  Vita  Urbani  V  (1",  2a,  3^),  dans  les  Vilae  papa- 

rum  Avcnionensium  de  Baluze. 
Vila  de/,  fjloriofio  San  Giovanni  apostolo  ed  evangelista,  con  alcuni 

miracoli  delta  santissima  croce,  che  conservasi  nelta  scuola  fjrande 

di  dcllo  santo,  avuta  in  dono  fino  dalV  anno  1370.  Venise,  1752, 

in-4. 
Vossius  (Ger.-Joann.).  De  historicis  latinis.  Leyde,  1651,  in-4. 
Waddingus  (Luc).  Annales  minorum  seu  historia  trium  ordinum  a 

S.  Francisco  institittorum.  Lyon,  1625-48,  8  voL  in-foL 

—  Vita  et  res  geslae  b.  Pétri  Thomae  Aquitani.  Lyon,  1637,  petit 
in-8. 

Weil  (G.).  Geschichle  der  Khalifen.  Mannheim,  1846-51,  3  vol.  in-8. 
Wenck  (C).    Die    Welliuer    im  A7V''<="   Jahrhundert,    insbesondej-e 

Marhgraf  Wilhelm  und  Konig  Wenzel.  Leipzig,  1877,  in-8. 
Wenzel  (G.).  Monumenta  Hungariae  historica.  Actaextera.  3  vol.  in-8. 

Pest,  1874-76. 
WissEGRAD  OU  PuNDENnouRG  (Guill.  de).  Vita  Arnesti  Pragensis,  dans 

Hôfler,  Fontes  rerum  austriacarum,  l""^  partie,  t.  VL  Vienne,  1865, 

in-8. 
Wyss  (Arthur).  Ueber  die  Chronicon  quorumdam  regum. 
Xenopol  (A.  D.).  Isioria  Rominilor.  Jassy,  1888-93,  6  vol.  gr.  in-8. 
Yakouti  (Abdorraschid).  Exposition  de  ce  qu'il  y  a  déplus  remarquable 

sur  la  terre,  dans  les  Notices  et  extraits  des  mss.  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  11(1789). 
Zagata  (P.).  Cronica  délia  città  di  Verona.  Vérone,  1745,  3  vol.  in-4. 
Zeno   (Apostolo).   Dissertazioni    Vossiane   cioc  giunte  e  osservazioni 

intorno  agli  istorici  italiani.  Venise,  1752-3,  2  vol.  in-4. 

—  Giornale  de'  letterati  d'Italia.  Venise,  1710-28,  20  vol.  in-16. 
ZuRiTA  (Ger.).  Anales  de  la  corona  de  Aragon  desde  el  aùo  1516. 

Saragosse,  1610-21,  7  vol.  in-fol. 
ZuRLAUBEN  (baron  de).  Abrégé  de  la  vie  d'Engucrrand    VII  du  nom, 
sire  de  Couci,  avec  un  détail  de  son  expédition  en  Alsace  et  en 
Suisse,  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions,  1'"=  série, 
t.  XXV. 


ERRATA'  ET  ADDENDA 


Page  10,  n.  9,  1.  4  d'en  haut.  Rapportez  la  citation  des  Annales  d'Ou- 
tremer à  l'édition  des  Familles  d'Outremer,  donnée  par  É.  Rey  dans 
la  Collection  des  documents  inédits.  De  même  ailleurs. 

Page  15,  n.  6.  Le  nombre  de  12  pourrait  être  cependant  une  allusion 
biblique,  vestra  paternitas  s'expliquer  par  la  position  ecclésiastique 
de  Gérard  et  mei  domini  par  la  haute  situation  des  frères  utérins 
de  Mézières.  La  carrière  des  frères  Dainville  n'exclut  pas  leur  nais- 
sance après  l'année  1328. 

Page  20,  1.  12  d'en  haut.  Lisez  1319  au  lieu  de  1320  (pour  les  raisons, 
V.  p.  397,  n.  3). 

Page  29,  n.  1,  1.  2  d'en  haut  :  six  au  lieu  de  quatre. 

Page  30,  n.  3.  Il  n'est  pas  question  de  Virgile  dans  le  texte  même  de 
Roquetaillade,  donné  dans  l'édition  de  Brown. 

Page  35,  n.  5,  1.  3  d'en  haut  :  lisez  I,  546,  au  lieu  de  1546. 

Page  36,  1.  8  d'en  bas  :  lisez  Charles  de  France  au  lieu  de  Charles  de 
Valois. 

Page  36,  n.  1.  Ajoutez  :  H.  Omont,  Projet  de  réunion  des  Églises  grecque 
et  latine  sous  Charles  le  Bel  en  1327  dans  la  Bibl.  de  VEc.  des  Ch. 
(1892),  pp.  251-7. 

Page  36,  n.  5.  Ajoutez  :  Bourel  de  la  Roncière,  Une  escadre  franco-pa- 
pale (1318-20),  dans  les  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire  de  l'école 
française  de  Rome,  XIII«  année,  déc.  1893,  pp.  397-418. 

Page  38,  n.  3.  Sur  les  combats  livrés  par  Cépoy  ou  Chepoix  en  Orient, 
V.  l'article  de  Kunstmann  sur  Marine  Sanudo  (v.  Bibliographie)  et 
C.  de  la  Roncière  et  Léon  Dorez,  dans  la  Bibl.  de  l'Éc.  des  Ch.  (1895), 
pp.  21  et  suiv.  Le  livre  de  Guglielmotti  sur  la  marine  pontificale  em- 
ploie sans  aucune  critique  des  matériaux  abondants,  souvent  mal  à 
propos,  mais  il  met  en  œuvre  des  chroniques  et  pièces  d'archives  iné- 
dites et,  pour  la  première  fois,  les  chroniques  allemandes  des  anciens 
recueils.  Voir  le  vol  l'''',  pp.  16  et  suiv. 

Page  41  et  suiv.  V.  Guglielmotti,  l.  c.  Je  n'ai  pas  employé,  tout  en  la 
connaissant,  la  chronique  du  xiy  siècle  qui  précède  dans  quelques 


1.  Quelques  erreurs  d'impression  dans  les  noms  géographiques  et 
historiques  peuvent  être  corrigées  par  les  tables.  On  n'a  pas  signalé 
les  fautes  d'impression  faciles  à  reconnaître  et  quelques  erreurs  insi- 
gnifiantes de  pagination  dans  les  citations.  —  Enfin  on  a  ajouté 
quelques  articles,  livres  ou  documents  parvenus  à  la  connaissance  de 
l'auteur  durant  l'impression  du  volume. 


—    XXVIJ    — 

mss.  la  Vie  do  Cola  de  Rienzo  et  que  Muratorl  a  publiée  dans  les  An- 
tiquilales  medii  acvi  (t.  III  de  l'éd.  in-fol.,  353-75).  Elle  est  complè- 
tement opposée  aux  autres  sources  sur  la  croisade  du  Dauphin  et 
écrite  dans  un  style  qui  étonne  pour  cette  époque.  La  question  méri- 
terait une  étude  spéciale. 

Page  42,  n.  3.  Au  lieu  de  «  celui  des  Génois  »  lisez  :  «  en  fait  un 
noble  Génois  ». 

Page  43,  1.  26  :  «  Asie  »  au  lieu  de  «  Syrie  ». 

Page  52,  n.  3.  La  lettre  latine  sur  la  bataille  de  Smyrne  a  été  publiée 
depuis  dans  la  Revue  de  l'Orient  lalin,  111,  pp.  27-31. 

Page  54,  n.  1.  Lisez  «  p.  193-5  »  au  lieu  de  «  93-5  »;  n.  3  ;  supprimez 
«  inédits  »  (les  comptes  de  Piloti  se  trouvent  dans  Valbonnais). 

Page  59,  n.  1.  Lisez  «  p.  22  »  au  lieu  de  «  42  ». 

Page  G2,  1.  15  d'en  haut,  «  qui  s'élevaient  »  au  lieu  de  «  qui  s'élevait  »; 
1.  18  «  jiar  les  »  au  lieu  de  «  les  ». 

Page  67,  n.  l.  A  été  employé  aussi  le  récit  que  donne  Sismondi  dans 
son  Ilist.  des  répiihliciues  italiennes,  5*  édition,  111,  219-22. 

Page  78,  1.  10  d'en  haut.  Sur  Niccolino  Fieschi,  grand  négociateur  dans 
.son  temps,  v.  Serra,  III,  297  et  IV,  loi,  155  (paix  d'Angleterre, 
1336-44). 

Page  80.  Un  autre  allié  du  roi  Hugues  se  trouvait  à  Londres  en  1350, 
quand  il  combattit  contre  Thomas  de  la  Marche,  bâtard  de  France 
(v.  Revue  historique  de  1805,  LLX,  p.  3G). 

Page  88,  n.  3,  1.  9  d'en  haut,  «  silence,  il  »  pour  «  silence;  il  ». 

Page  91,  1.  4  d'en  haut,  «  Denis  »  au  lieu  d'  «  Antoine  ».  V.  p.  90.  n.  4. 

Page  102  n.  2  (sous  la  page  103,  1.  5  d'en  haut),  «  xà  '^i'/.ta  »  au  lieu  de 

«  Ta  [y.'.QL  ». 

Page  lOG.  Intervertir  les  notes  4  et  5. 

Page  108,  n.  4  (sous  la  p.  109,  1.  3  d'en  haut),  «  prédécesseur  »  au  lieu 
de  «  successeur  ». 

Page  110,  n.  2,  1.  4  d'en  haut,  «  Héthoumiens  »  au  lieu  de  «  Léthou- 
niens  ». 

Page  1 12,  1.  9  d'en  haut,  au  lieu  de  «  six  milles  »  lisez  «  un  mille  en- 
viron ». 

Page  112,  n.  8.  Au  lieu  de  «  l'autre  château  se  trouvait  à  un  «  trar 
d'arco  »  (ou  de  baliste...)  de  la  mer  »,  lisez  «  le  castel  rotto  (de 
recueil?)  se  trouvait  à  un  trait  de  baliste  du  port  ». 

Page  120,  1.  10  d'en  haut  :  Malgré  l'affirmation  implicite  de  Macliéras, 
il  parait  bien  que  Jean  de  Sur  ne  fut  jamais  amii'al  de  Chypre. 

Page  128,  n.  4.  Jacques  de  Saint-Michel,  le  futur  chancelier  de  Chypre, 
as.sistait  d'après  Carmesson  à  l'exhumation  de  Pierre  Thomas.  Un 
privilège  du  roi  F'ierre  II,  accordé  le  13  mai  1374  à  Clément  de  Pre- 
mentorio,  est  rédigé  à  Famagouste,  «  per  manuni  Jacobi  de  Sancto 
Michèle,  vice-cancellarii  dicti  nostri  regni  Cipri  ».  Archives  d'Htat 
de  Gènes,  Fofjlin::-o  di  Antonio  Foolietta  (1386),  f-^  91  v".  Cf.  f"  90 
v  (29  mai). 

Page  l.'îl.  Pierre  Thomas  écrivit  «  De  Virginis  Mariae  conceptione  ejus- 
que  excellentia  »  (Fabricius,  Bihl.  lai.  m.  aevi,  V  (Padoue,  1754),  p. 
282;  Acta  Sanctorum  de  janvier,  II,  §  33,  introduction). 

Page  131,  n.  2.  Un  livre  récemment  paru  de  l'abbé  i'arraud.  Vie  de  S. 
Pierre  Thomas,  est  une  paraphrase  de  la  Vie  écrite  par  Mézières. 

Page  134.  Le  renvoi  6  doit  être  rapporté  à  la  ligne  suivante. 


—    XXVllj    — 

Pape  136,  n.  6.  Nicolas  Sigerosfut  un  des  correspondants  de  Pétrarque. 
Famil.,  IX,  2. 

Page  136-7.  Le  passage  qui  comnacr.ce  par  c  Le  légat  »  a  été  mis  par 
erreur  de  composition  à  cette  place.  Il  faut  le  remettre  à  la  p.  137, 
avant  la  ligne  6  d'en  bas. 

Page  142,  n.  4.  Depuis,  M.  de  Mas  Latrie  a])ublié  dans  la  Bihl.  de  fÈc. 
des  Ch.  de  1894,  p.  791,  l'épitaplie  de  la  femme  de  Renier  de  Giblet 
(t  1351).  —  La  bibliothèque  municipale  de  Plaisance  possède  (cod. 
Campagna,  14)  un  ms.  intitulé  :  Noie  illustralive  di  varie  iscrizioni 
morluarie,  con  lalbero  gencalogico,  délia  regia  casa  Lusignana  e  17 
tavûle  con  disegni.  L'auteur  est,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  le  récit, 
le  consul  de  Sardaigne  en  Chypre,  de  Cesnola.  Le  ms.  contient  aussi, 
comme  le  livre  du  major  Tankerville,  la  reproduction  graphique  des 
pierres  tombales.  Il  semble  n'avoir  été  vu  jusqu'à  présent  que  par 
Paulin  Paris  (si  je  lis  bien  une  signature  au  crayon). 

Page  144,  n.  1.  Parmi  les  exécuteurs  du  testament  de  Gui  do  Reggio 
se  trouve  le  «  Georgius  de  Syativo  »  mentionné  à  la  page  400  («  do- 
minum  Georgium  Scutinam  {sic)  »).  11  dépose  ses  biens  chez  Fantin 
Cornaro. 

Page  145,  n.  4,  1.  3  d'en  haut,  «  1374  »  au  lieu  de  «  1334  ». 

Page  147,  1.  4  d'en  haut,  «  1362  »  au  lieu  de  «  1361  ».  Le  récit  de  la 
chute  dans  l'eau  a  été  remis  à  sa  place  ailleurs  et  doit  être  supprimé 
ici. 

Page  147,  I.  8  d'en  bas.  «  Rodolphe  »  au  lieu  d'  «  Albert  ». 

Page  149,  1.  5  d'en  bas,  1362  est  la  date  more  venelo. 

Page  153,  n.  4.  Ernest  de  Prague  est  un  des  correspondants  de  Pé- 
trarque. V.  Famil.,  XII,  1. 

Pages  154  et  suiv.  Ajoutez  à  la  bibliographie  sur  Urbain  V  :  Magnan, 
Histoire  d  Urbain  V  (Paris,  1863),  d'après  les  Archives  du  Vatican. 

Page  154-5.  Sur  le  passage  d'Urbain  V  à  Gênes,  v.  une  anecdote  rap- 
portée (d'après  son  père)  par  Stella,  l.  c,  c.  1101  C  —  1102  B. 

Page  155.  Rapporter  la  n.  4  une  ligne  plus  haut. 

Page  156,  n.  1,  «  178  »  au  lieu  de  «  1178  ». 

Page  158,  n.  2,  «  1363  »  au  lieu  de  «  1362  ».  —  Pierre  Giustiniani  Re- 
canelli  ou  Racanelli  était  le  gendre  de  Gabriel  Adorno  (Stella.  1099  c) 
et  avait  été  nommé  précédemment  gouverneur  de  la  Nouvelle-Phocée 
(Serra,  II,  374,  et  Hopf,  Chron.  gréco-romanes,  I,  502). 

Page  159,  1.  1  d'en  haut.  1362  est  la  date  d'après  l'ancien  style,  celle 
que  donnent  les  chroniques. 

Page  160,  I.  3  d'en  haut,  «  1362  »  au  lieu  de  «  1363  ». 

Page  164.  D'après  des  renseignements  donnés  par  la  Direction  des  Ar- 
chives, c'est  bien  de  l'année  11  d'Urbain  V  que  sont  datées  l'une  et 
l'autre  bulle  du  l'-'''  avril;  l'erreur  de  calcul  de  Datta  se  retrouve  dans 
toutes  les  dates  fournies  par  VInventaire  des  bulles  et  brefs. 

Page  165,  n.  4.  C'est  Jean  d'Artois  (ju'il  faut  lire  :  il  reçut  le  comté  d'Eu 
en  1352;  n.  6.  La  date  de  la  mort  de  Tancarville  (1362),  d'après  les 
généalogistes,  exclurait  l'idée  que  Jean  II  de  Melun  pût  être  le  croisé 
de  1363. 

Page  170,  n.  4;  171,  I.  8  d'en  haut  et  n.  3,  1.  1  d'en  haut,  remplacer 
«  !«'' juin  »  par  «  24  mai  ». 

Page  175,  n.  3,  1.  2  d'en  haut,  «  1363  »  au  lieu  de  «  1364  ». 

Page  178,  n.  2,  «  29  novembre»  au  lieu  de  «  27  novembre  ». 


—    XXIX    

Page  180,  n.  3.  Un  sauf-conduit  fut  accordé  à  Waldemar  IV  et  sa  suite 
de  300  chevaliers  avec  leurs  gens,  le  l^""  février  1364  (Rymer,  11^  85). 

Page  188,  1.  11  et  suiv.  Par  une  interversion  de  phrase,  on  a  fait  de  la 
duchesse  d'Orléans,  et  non  de  Marie,  future  duchesse  de  Bar,  la 
belle-sœur  de  la  reine  Jeanne. 

Page  201,  ajoutez  un  renvoi  1  à  la  ligne  l  d'en  haut. 

Page  202,  n.  3.  L'évêque  Tinensis  est,  non  celui  de  Témesvar,  mais 
l'évéque  de  Tinen  ou  Tnena,  qui  était  précisément  à  cette  époque 
Jean. 

Page  203  et  n.  1.  L'évêque  Malfiensis  ou  Melfiensis  est  celui  de  Melfi, 

Page  204,  1.  2  d'en  bas,  «  10  juillet  »  au  lieu  de  «  8  juin  ». 

Page  205,  1.  2  d'en  haut,  «  15  février  »  au  lieu  de  «  5  »;  1.  7  d'en  bas, 
«  1374  »  au  lieu  de  «  1364  ». 

Page  209,  1.  5  d'en  haut  et  n.  2,  «  Léopold  »  au  lieu  d'  «  Albert  d'Au- 
triche »  ;  1.  6  d'en  bas.  Liinig  donne  (p.  1597)  une  fausse  date  (1362): 
l'acte  est  daté  de  la  neuvième  année  d'Innocent  VI  (donc  1361).  Du 
reste,  Aldobrandin  mourut  en  septembre  1361. 

Page  210,  1.  12  d'en  haut,  «  1362  »  au  lieu  de  «  1361  ». 

Page  211.  Pour  la  bataille  do  Solaro,  v.  aussi  J.  de  Bazano,  dans  Mura- 
tori,  XV,  634  C-E. 

Page  213,  n.  1,  «  janvier  »  au  lieu  de  «  février  »  ;  n.  2.  Les  Spinelli  et 
Spinola  sont  deux  familles  différentes.  Remplacer  aussi  le  f°  95  v 
par  45  v.  François  Spinola  combattit  contre  les  pirates  catalans  en 
1361. 

Page  214,  n.  3.  La  chron.  mss.  de  Bologne  par  Floriano  di  Pier  Villola 
(Bibl.  de  l'Université  à  Bologne,  n°  1456)  nomme  l'évêque  de  Nevers 
«  el  veschovo  de  Universa  (Niversa)  ».  Le  cardinal  dont  il  est  ques- 
tion est  Gilles  Aycelin  de  Montaigu  dont  le  frère  occupa  le  siège  de 
Nevers  de  1361  à  1371.  Le  comte  de  Mileto,  sénéchal  de  Provence  et 
Forcalquier  pour  la  reine  Jeanne,  est  cité  dans  les  registres  du  Va- 
tican, dont  la  partie  relative  à  Jeanne  l"  vient  d'être  publiée  par 
M.  Carasoli  dans  ÏArchivio  slorico  délie  provincie  napolelane  de  1895 
(v.  pour  le  mariage  de  la  reine,  pp.  73-4,  74-5,  78-9).  Voir  pp.  90-1. 

Page  218, 1.  4  d'en  haut.  Au  lieu  de  «  comme  dans  ces  fonctions  »  lisez 
«  comme  podestat  »  (Gualfredini  arriva  en  novembre,  après  des  né- 
gociations :  il  dut  donc  être  nommé  vers  le  commencement  d'octobre); 
1.  5  d'en  bas,  «  duc  »  est  un  lapsus  pour  «  seigneur  »  (les  Visconti 
ne  devinrent  ducs  qu'en  1395). 

Les  deux  ambassadeurs  («  Nos  frater  Petrus,  Dei  gratia  archiepis- 
copus  Cretensis  et  Philippus  de  Maçeriis,  miles  ac  serenissimi  prin- 
cipis,  domini  régis  et  regni  Cipri  cancellarius,  ipsius  domini  régis 
ambaxiatores  ad  pacem  tractandam  inter  Sanctam  romanam  Eccle- 
siam  cum  dominis  coUegatis  suis,  ex  parte  una,  et  magnificum  virum 
dominum  Bernabonem  de  Vicecomitibus  de  Mediolano,  ex  alla,  des- 
tinati  »)  concluent  à  Césène,  dans  la  maison  d'Albornoz,  le  27  août 
1363,  un  projet  de  traité,  qu'ils  se  réservent  de  soumettre  àBernabô, 
et  une  trêve.  Le  cardinal-légat  promet  de  parler  au  pape  sur  les  dé- 
dommagements demandés  par  Visconti  et  sur  l'absolution  ;  sur  le  fait 
des  châteaux  et  sur  la  nomination  d'un  nouveau  légat,  «  recipiunt 
super  se  ambaxiatores  quod  concordabunt  cum  domino  Bernabone  ». 
Les  deux  parties  devront  envoyer  des  représentants  à  la  Curie  «infra 
octavam  diem  Octobris  ».  Les  châteaux  ne  pourront  pas  être  fortifiés 


—    2XX    — 

pendant  la  trêve  (cf.  sur  ce  point,  qui  s'étendait  même  à  l'approvision- 
nement, Cronica  di  Bologna,  Muratori,  XVIIl,  c.  470).  C'est  cette 
trêve  qui  fut  proclamée  par  les  ambassadeurs  à  leur  passage  par 
Bologne  (v.  p.  217  de  cet  ouvrage).  11  est  intéressant  de  remarquer  ce 
passage,  dans  l'exposé  des  motifs  :  «  et  impedimento  maximo  quod 
exinde  provenitpassagio  ultramarino  quod  iirmiter  crédit  a  Ueo  ins- 
piratum  cordibus  multorum  regum,  principum  et  magnatum  et 
nobilium  tidelium  christianorum  »  (c'est  Albornoz  qui  parle). 

Bernabo  était  représenté  par  Gualdrisio  de  Lovesellis.  On  trouve, 
parmi  les  assistants,  Lupus,  archevêque  de  Saragosse,  le  doyen  de 
Négrepont,  chapelain  apostolique,  deux  autres  chapelains  et  deux 
bourgeois. 

Cette  pièce  intéressante  est  conservée  en  copie  à  YÂrchivio  estese 
de  Modène,  Pcrgarnene  di  stalo,  paci  e  Iregue. 
Page  219.  Je  viens  de  retrouver  la  procuration  donnée  par  Androuin 
aux  deux  amba.ssadeurs,  pour  le  représenter  dans  le  gouvernement 
de  Bologne.  Elle  se  trouve,  en  original,  aux  Archives  d'Etat  de  Bo- 
logne, dans  la  catégorie  des  Bolle  et  brevi,  6/33.  La  voici  : 

Andruynus,  miseratione  divinatituli  sancti  Marcelli  pre.sbyter  car- 
dinalis,  apo.stolice  sedis  legatus,  reverendo  in  Christo  patri  domino 
Petro.  archiepiscopo  Cretensi,  et  dilecto  nobis  in  Christo  nobili  vire 
domino  Philippe  de  Maseriis,  oancellario  regni  Cypri,  salutem  in  Do- 
mino. Cum  nuper  sanctissimus  in  Christo  pater  et  dominus  Urbanus, 
divina  providentia  papa  quintus,  ad  partes  Lombardie,  civitatem  Bo- 
noniensem  et  nonnullas  alias  terras  in  iicteris  apostolicis  super  hu- 
jusmodi  legatione  nostra  expressatas  nos  destinans.  regimen  et  gu- 
bernationem  civitatis  Bononien.sis,  Castrifranchi  castrorumque  Lugl 
et  Crepacorii  ac  quorumcumque  aliorum  castrorum,  fortalitiorum,  ro- 
charum  et  bastitarum  que  per  raagnificum  virum,  dominum  Bernabo- 
nem  de  Vicecomitibus  de  Mediolano  seu  e  jus  nomine  tenentur  in  dis- 
trictibus  Bononie  et  Mutine  ac  provincie  IJomandiole  nobis  totaliter 
duxerit  committendum,  sicut  in  apostolicis  litteris  super  hoc  confectis 
plenius  continetur,  et  certis  ex  causis  ad  partes  predictas  personaliter 
accedere  ita  cito  prout  cupimus  nequeamus,  nos,  de  vestra  et  cujus- 
libet  vestrum  circumspecta  providentia  et  sincera  fidelitate  plenam 
in  Domino  fiduciam  obtinentes,  vobis  et  vestrum  cuilibct  in  solidum 
regendi  et  gubernandi  nostro  nomine  civitatem,  castra,  fortalitia, 
rochas  et  bastidas  predictas  acloca  alla  quecunque,  quorum  regimen 
et  gubernatio,  virtute  legationis  nostre,  ad  nos  pertinet,  et  faciendi 
alias  que  circa  hec  oportuna  fuerint,  tenore  presentium  concedimus 
plenariam  potestatem,  quoad  hoc  vobis  committendo  vices  nostras, 
donec  aliud  super  hoc  duxerimus  ordinandum.  Datum  Avinione, 
VIII  idus  Decembris,  pontificatus  dicti  domini  nostri,  doraini  Urbani, 
anno  secundo. 

Au  même  fonds  de  Modène,  on  trouve  l'acte  séparé  de  la  trêve 
(même  date).  Elle  s'étendra,  sous  peine  de  200  mille  florins  d'or  pour 
les  contrevenants,  du  l*^""  septembre  jusqu'à  1'  «  octavam  post  festum 
Omnium  Sanctorum  ».  (Cf.  J.  de  Ba^ano,  Chronique  de  Modène,  dans 
Muratori.  XV,  c.  634.)  L'introduction  est  intéressante  :  «  per  quam 
(guerram),  prêter  alla  multa  mala  et  discrimina  exinde  provenien- 
tia,  idem  d.  rex  (Cipri)  cernebat  impediri  sanctum  ultramarinum 
passagium,  in  ejus  corde,  ut  creditur,  divinitus  inspiratum.  pro  quo 


—  xxxj   — 

idem  dominus  rex  ad  cismarinas  partes,  et  usque  ad  Romanam  cu- 
riam,  valut  zelo  fidei  et  devotionis  accensus,  se  presentialiter  contu- 
lerat,  ab  eodem  domino  rege  specialiter  destinât!,  tractatum  pacis 
hujusmodi  ferventibus  animis  assumentes  et  longo  satis  tempore  pro- 
sequentes,  demum  tractatum  ipsum  ad  certa  capitula  reduxerunt.  » 
Est  intercalée  la  procuration  donnée  par  Bernabo  à  Guaidrisio  et 
Caymbasilica,  le  14  juillet,  ce  qui  donne  la  date  approximative  du 
'      départ  des  quatre  ambassadeurs  vers  Césène. 
Page  221.  Le  6  janvier,  Gomez  Albornoz  aurait  demandé  à  être  nommé 
citoyen  de  Bologne,  déclarant  qu'il  voulait  y  élever  une  chapelle 
sur  la  grande  place.  Il  désirerait  être  enseveli  dans  cette  ville  (Chro- 
nique de  Bologne  par  Ramponi,  Bibl.  de  l'Université  à  Bologne,  n» 
113,  II,  sans  numérotation);  1.  6  d'en  bas.  La  chronique  de  Bologne 
par  Cattanio  de'  Cattani  fait  de  ce  Carretto  un  Templier,  ce  qui  est 
évidemment  impossible  («  di  fradi  del  Tempio  »). 
Page  222,  n.  1,  1.  6  d'en  bas,  «  2  juin  »  au  lieu  de  «  3  ». 
Page  224,  1.  1  d'en  haut,  «  remit  »  au  lieu  de  «  réunit  ». 
Page  226,  n.  13.  La  date  de  7  février  pour  l'arrivée  d'Androuin  est  aussi 
donnée  par  la  chronique  ms.  de  Bologne  de  Cattanio  de'  Cattani, 
déjà  citée  plus  haut. 
Page  227.  On  n'a  pas  distingué  jusqu'à  présent  (v.  Verci,  Storia  délia 
marca  trevisana,XlW,  p.  18,  n.l)  entre  !'«  in.strumentum  pacis»  publié 
par  Theiner  d'après  l'original  qui  est  aux  Archives  du  Vatican,  et  celui 
que  donne  Verci,  d'après  le  RegUlrum  grossum  de  Bologne,  /.  c, 
n"  1609,  pp.  15  et  suiv.  Ce  dernier,  qui  m'avait  d'abord  échappé,  n'est 
à  proprement  parler  que  les  préliminaires  de  la  paix,  préliminaires 
à  la  conclusion  desquels  interviennent  aussi  les  membres  de  la  ligue, 
par  leur  plénipotentiaire,  Barthélémy  de  Plaisance  {de  Placenlinis). 
Bernabô  est  représenté  par  Sagramors  (/e  Pomer^'ù',  Gualdisio,  Fran- 
çois Caymbasilica  et  Bruno  ou  Brunoro  de  Giussano  (Gluxiano).  On 
n'y  trouve  que  des  généralités  relatives  à  la  paix  et  l'amnistie.  L'acte 
a  été  rédigé  à  Bologne  le  3  mars  1364,  dans  la  maison  du  légat  en 
Italie,  en  présence  de  Petrocino,  archevêque  de  Ravenne  (v.  p.  222, 
n.  1),  de  Pierre  Thomas  et  de  Philippe  de  Mézières.  Ce  dernier  accom- 
pagna donc  l'archevêque  à  Bologne,  et  leur  lettre  au  roi  de  Hongrie 
(2  mars.  V.  p.  239)  paraît  avoir  été  écrite  avant  la  date  qu'elle  porte 
(v.  cependant  des  doutes  sur  l'authenticité  de  cette  date  dans  la  note 
6,  même  page). 
Page  228,  n.  4,  1.  5  d'en  bas,  au  lieu  de  »  17  décembre  1366  »  lisez 

«  15  novembre  1367  ». 
Page  244,  1.  6  d'en  bas,  «  1364  »  au  lieu  de  «  1363  ». 
Page  245,  1.  7  d'en  haut,  «  1389  »  au  lieu  de  «  1387  ». 
Page  253, 1.  12  d'en  bas,  «  évêché  »  au  lieu  d'  «  archevêché  ». 
Page  258,  n.  7,  «  Varcse  »  au  lieu  de  «  Garessio?  ». 
Page  263,  n.  5.  Guy,  archevêque  de  Gênes,  fut  un  des  correspondants 

de  Pétrarque. 
Page  267.  Voici  quelques  nouveaux  détails  sur  le  voyage  de  Charles  IV, 
d'après  un  fragment  des  Comptes  de  Savoie,  échoué  à  la  bibliothèque 
d'Esté,  de  Modène,  après  avoir  fait  partie  de  la  collection  de  Cam- 
pori  (Campori,  A  pp.  1245). 

Samedi,   10  mai,  arrive  à  Chambéry  la  comtesse  de  Savoie  pour 
préparer  la  réception.  Le  lendemain,  dimanche,  l'empereur  fait  .son 


—    XXXIJ    — 

entrée,  avec  une  suite  brillante  :  cinq  ducs,  cinq  comtes,  un  arche- 
vêque, trois  évoques,  environ  deux  mille  chevaliers.  Il  partie  13,  se 
dirigeant  vers  Avignon. 

Au  retour,  Charles  IV  s'arrête  au  Bourget,  le  17  juin,  dans  la  soi- 
rée («  sero  »)  :  il  est  reçu  par  la  comtesse  Bonne,  les  bâtards  de  Sa- 
voie, Humbert  et  Ogier,  Pierre  Gervais,  le  trésorier,  et  d'autres.  Le 
comte  l'accompagne  à  son  départ,  le  18,  après  dîner,  après  lui  avoir 
prêté  hommage  et  en  avoir  reçu  un  diplôme.  Le  César  allemand  prit 
le  chemin  de  Vaud,  Genève  et  Fribourg. 

Page  268,  n.  2.  Ajoutez  à  la  bibliographie  des  Grandes  Compagnies 
l'ouvrage,  déjà  ancien,  de  Ricotti  (Sloria  délie  comparjnie  di  venlura) 
et  la  publication  plus  récente  de  Marcotti  et  Temple-Leader  sur  llawk- 
wood  (Florence,  1889). 

Page  271,  n.  10, 1.  1  d'en  bas,  «  18  »  au  lieu  de  «  19  ». 

Page  272,  1.  4  d'en  bas,  «  26  mai  »  au  lieu  de  «  26  ». 

Page  286,  n.  5.  La  date  du  21  de  Miiharram,  donnée  par  Maqrizi,  pour- 
rait s'expliquer  par  le  fait  que  des  vaisseaux  de  la  flotte  chrétienne 
dispersée  par  la  tempête  parurent  devant  Alexandrie  dès  le  mercredi 
précédent  (v.  p.  302,  n.  4). 

Page  297,  n.  3.  Il  est  intéressant  de  remarquer  que  le  témoignage  de  la 
chronique  anglaise  est  corroboré  par  celui  d'une  chronique  inédite 
de  Bologne.  «  Et  per  questa  chasone  incharè  la  speçiaria  et  altre 
merchantie.  »  On  y  retrouve  l'affirmation  qu'Alexandrie  ne  pouvait 
pas  être  conservée.  Pierre  I'"'  aurait  eu  environ  3,000  hommes.  —  V. 
aussi  :  «  disevasi  che'  1  papa  et  lo  imperadore  gli  haveano  profcrto 
assai,  benchè  lui  era  non  troppo  savio  »  (Chron.  de  Ramponi  à  la 
Bibl.  de  l'Université  de  Bologne,  n"  113,  II,  sans  pagination). 

Page  302,  n.  1,  «  p.  301  »  au  lieu  de  «  302  ». 

Page  303,  n.  8.  Il  ne  peut  pas  être  question  de  Turenne  qui  mourut, 
d'après  V Art  de  vérifier  les  dates,  le  22  mars  1395. 

Page  309,  1.  1  d'en  haut.  Pierre  Baseio  était,  le  4  août  1363,  capitaine 
de  Trévise  (Verci,  XIV,  p.  1 1  des  documents). 

Page  313.  Rapporter  le  renvoi  5  après  le  mot  patriarche,  ligne  14  d'en 
haut. 

Page  323,  n.  5.  Il  y  eut  un  consul  entre  les  deux  :  André  Venier,  pen- 
dant la  prise  d'Alexandrie. 

Page  332,  I.  10-11  d'en  bas:  d'après  Corio  (v.  Datta,  l.  c.)  c'est  de  la 
pelile-fi\\Q  de  Galéas,  la  future  duchesse  d'Orléans,  qu'il  est  question  : 
celle-ci  dut  naître,  en  effet,  à  cette  époque. 

L'historien  de  Gênes,  Canale,  a  publié  aussi,  en  1887,  un  opuscule 
sur  l'expédition  en  Orient  d'Amédée  VI.  Un  juge  très  compétent 
assure,  avec  parallèles  à  l'appui,  que  c'est  une  reproduction,  parfois 
littérale,  du  livre  de  Datta  (Ûelgrano,  dans  le  Giornale  liguslico  di 
archoologia,  storia  e  litlernlura,  XIV,  1887,  136-8.) 

Page  333.  Malgré  l'affirmation  de  Lévrier  (1,  235),  il  paraît  bien  qu'il  faut 
rayer  le  comte  de  Genève  de  la  liste  des  croisés  :  les  Chr.  de  Savoie 
parlent  d'Amédée  d'Anthon  et  du  frère  de  ce  dernier,  Pierre. 

Page  340,  I.  12  d'en  haut,  «  22  octobre  1366  »  au  lieu  de  «  22  octobre  ». 

Pages  353  et  suiv.  (chap.  \i).  La  Chr.  de  Bologne  parle  en  1367  (Mu- 
ratori,  XVIII,  481  C)  d'une  paix  conclue  entre  le  roi  Pierre  et 
«  il  gran  Cane  »,  qui  aurait  été  assassiné  pour  cette  raison  par  ses 
sujets. 


—    XXXUJ    — 

Page  354,  1.  9  d'en  bas.  C'est  Siméon  Thénouri  qu'il  faut  lire  partout 
ailleurs,  et  non  Sinnon  de  Norès. 

Page  357,  n.  6  d'en  bas,  «  Jacques  de  Norès  »  au  lieu  de  «  Jean  de 
Norès  ». 

Page  361.  1.  10  d'en  bas  :  «  11  »  au  lieu  de  «  4  ». 

Page  363,  1.  7  d'en  bas.  La  famille  dell'  Orto  est,  en  effet,  génoise.  La 
Masseria  di  Caffa,  aux  Archives  d'État  de  Gênes,  en  cite  souvent 
des  membres,  au  xv"  siècle. 

Page  369,  1.  13  d'en  haut,  «  Constant  »  au  lieu  de  «  Léon  ». 

Pages  371  et  374.  Ne  faudrait-il  pas  faire  une  seule  des  deux  ambas- 
sades à  Rome  do  Nicolas  Faliero  et  de  François  Bembo?  Mais  Caroldo, 
qui  mentionne  la  première,  ne  parle  pas  du  roi  de  Chypre  :  il  dit  de 
plus  qu'avant  d'envoyer  les  ambassadeurs  à  la  Curie,  on  s'était  en- 
tendu avec  Pierre  I»""  séparément  (p.  370,  n.  6). 

Page  378,  n.  1,  «  Tartarotti  »  au  lieu  de  k  Muratori  »;  n.  3.  Nous 
venons  de  revoir  la  citation  sur  l'original  de  Bandini.  Elle  se  trouve 
dans  la  préface  aux  Vilae  nonnullorum  fratrum  domus  S.  Mariae 
Novellae,  par  Fr.  Jo.  Carolus  (ms.  du  xv  siècle;  l'auteur  vivait  en 
1479).  On  nous  permettra  de  reproduire  ce  passage  à  cause  de  son 
importance  : 

«  Memini  vero  me  in  hoc  ipso  templo  lanceam  Cyprorum  régis  auro 
argentoque  ac  signis  nostrae  civitatis  ornatissime  pictam  vidisse 
coronulamque  argenteam  in  illa  appensam,  qua,  in  campo  ludens, 
ejus  filius  fuerat  a  civitate  donatus  et  item  superhumerale  adhuc  in 
manibus  est,  quod  ille,  voto  potitus,  in  memoriam  gestae  rei,  nos- 
tris  donavit,  totum  Cyprio  auro  rigens  et  veteri  arachnes  arte  con- 
textum  suisque  ac  filii  imaginibus  et  gemmis  plurimis  exornatum. 
Appensibiiia  ([uoque  vexillula,  que  drapellones  vocant,  ejusdem  régis 
signa  fercntia,  apud  nos  in  hanc  ipsam  diem  servata  cernuntur,  que 
omnia  ad  maximam  nostrae  familiae  gloriam  credimus  attinere.  » 

La  chroni(iue  inédite  de  Cattanio  de'  Cattani  donne  la  date  de  l'ar- 
rivée de  Pierre  à  Bologne  :  «  E  adi  .vm.  de  luyo,  el  rè  de  Cipri  vene 
in  Bologna. . .  c  avea  cum  lui  un  suo  figluoiode  .x.  anni.  »  La  visite 
fut  suivie,  le  jour  môme  du  départ  du  roi,  de  celle  de  «  la  fille  du  roi 
Charles,  empereur»  (la  mar(iuise  Anne  de  Brandebourg),  qui  fut  lo- 
gée à  San-Domcnico  aussi  (Bibl.  de  l'Univ.  à  Bologne,  n°  429,  f°  28; 
Chi'.  de  Bol.,  dans  Muratori,  c.  486  E). 

Page  379.  Une  chronique  inédite  de  Ferrare  (Bibl.  de  l'Université,  l, 
67,  sans  pagination)  parle  des  joutes  qu'on  offrit  au  roi  dans  cette 
ville. 

Page  389, 1.  6  d'en  haut.  Ici  et  partout  ailleurs  on  a  adopté  la  leçon 
.Moustry  et  non  Monstry.  Cette  dernière  est  donnée  seulement  par 
quelques  pièces  diplomatiques,  dont  la  lecture  peut  avoir  été  erronée, 
tandis  que  la  transcription  grecque  constante  par  ou  appuie  la  pre- 
mière. 

Page  390,  n.  5,  sous  la  p.  391,  1.  4  d'en  bas.  Supprimer  si.  Sur  Alix, 
fille  de  Ferrand  de  Majorque  et  de  Chive  de  Lusignan,  devenue  dame 
d'ibelin,  voyez  Mas  Latrie,  Documents  génois,  dans  les  Archives  de 
varient  latin,  H^  175-6. 

Page  391.  Voici  des  renseignements  sur  quelques-uns  des  preux  du 
roi  Pierre  : 
Le  21  mai  1375,  Pierre  de  Campofregoso  nomme  un  procurateur 


—    XXXIV   — 

en  Chypre,  pour  les  biens  entièrement  cédés  à  lui  par  Janot  de  Sois- 
sons  (Sassani),  fils  du  «  quondam  domini  Johannis  >>  (mort  à  Rhodes) 
et  de  Janot  de  Norés,  «  filii  quondam  domini  Jacobi»  (le  turcoplier). 
L'instrument  de  cession,  rédigé  par  le  notaire  Hadin  «  de  Rames  » 
est  fait  en  1374.  Janot  de  Soissons  était  à  Gènes  le  21  mai  1375  (Fo- 
gliazzo  di  Antonio  Credenza  (1375-418),  f"  4). 

11  paraît  presque  certain  que  Pierre  Marocello  trouva  la  mort  dans 
les  événements  qui  suivirent  l'assassinat  de  son  maître.  Un  Maro- 
cello de  Chypre  fut  tué,  en  effet,  dans  la  querelle  vénéto-génoise  de 
1372  (Stella,  /.  c,  c.  1104  D). 

Page  395,  1.  7  d'en  bas,  Pierre  de  Raonis  est  Pierre  de  Boane,  et  non 
de  Boïanoj'n.  1.  Le  Frignano  de  1382  paraît  être  Urbain,  successeur 
de  Thomas  au  patriarcat  de  Grado.  Thomas  serait  mort  en  mai  1381. 

Page  397,  n.  2  d'en  bas,  c'est  Caroldo  qui  se  trompe,  et  il  faut  lire  (v. 
p.  398,  n.  1)  :  «  llliono  »,  famille  connue  à  Gênes. 

Page  400,  n.  1,  1.  5  d'en  haut,  «  1366  »  au  lieu  de  «  1367  »  et  dans  la 
citation  de  Tosti  qui  suit,  «  vol.  111  »  au  lieu  de  «  IV  ». 

Les  papes  qui  succédèrent  à  Grégoire  XI,  dans  les  cours  d'Avignon 
et  de  Rome,  négligèrent  presque  tous  la  croisade.  On  accorda  des 
dispenses  si  nombreuses  pour  le  commerce  avec  l'Orient  qu'elles 
constituèrent  un  revenu  très  important  pour  les  finances  pontifi- 
cales. A  Rome  surtout  on  ne  se  souciait  nullement  des  préoccupa- 
tions d'un  autre  âge.  Le  15  janvier  1386,  Urbain  VI  accordait,  motn 
proprio,  à  tous  les  habitants  de  Famagouste  et  même  aux  marchands 
étrangers  qui  s'arrêteraient  dans  son  port  le  privilège  de  commerce 
pour  cinq  ans  (Arch.  de  Gênes,  Fogliazzo  di  Antonio  Foyiietta 
(1386),  fo«59  v°-60). 

Je  me  bornerai  à  signaler  le  livre  du  P.  Léon  Alishan  (L'Armeno 
veneto,  compcndio  slorico  e  documcnli  délie  relazioni  degli  Armeni 
con  Venezia,  Venise,  1893,  2  parties)  que  je  ne  connais  que  par  les 
comptes  rendus. 


Je  ne  peux  pas  clore  ce  livre  sans  remercier  premièrement  mes 
commissaires  responsables,  MM.  Bémontet  Roy, ensuite  M.Gaston  Paris, 
auquel  je  dois  de  très  importantes  modifications  dans  le  premier  cha- 
pitre. La  plupart  des  matériaux,  imprimés  et  manuscrits,  ont  été  ras- 
semblés à  Paris,  et  j'y  ai  rencontré  l'accueil  le  plus  bienveillant  auprès 
du  personnel  de  ses  bibliothèques  et  archives.  Ainsi,  M.  Viard  m'a 
signalé  les  registres  des  comj)tes  sous  Philippe  de  Valois,  pour  Jean  de 
Mézières  ;  M.  Legrand,  la  pièce  qui  contient  l'arrêt  relatif  à  la  terre  de 
Mézières  en  Picardie;  MM.  Funck  Brentano  et  H.  Moranvillé  se  sont 
chargés  maintes  fois,  après  mon  départ  de  Paris,  de  chercher  de  nou- 
veaux renseignements  dans  les  sources  inédites;  le  regretté  Siméon 
Luce,  enfin,  s'intéressant  à  mon  travail,  m'a  donné  des  conseils  et 
quelques  indications  bibliogra])hiques. 

J'ai  pu  visiter  ensuite,  à  différentes  époques,  un  grand  nombre  des 
bibliothèques  de  l'Europe,  qui  ont  accru  le  nombre  des  renseignements 
dc^à  acquis  sur  Mézières  et  son  époque.  J'ai  puisé  ainsi  —  grâce 
quehiucfois  à  la  libéralité  du  Ministère  de  l'instruction  publique  de  Rou- 
manie —  ,  aux  Archives  du  Vatican  et  aux  différentes  bibliothèques  de 
Rome,  aux  Archives  et  à  la  Bibliothèque  de  Saint-Marc,  où  j'ai  trouvé 
l'alfable  accueil  de  M.  le  comte  Soranzo,  à  Milan  et  à  Gênes,  à  Ferrare 
et  à  Bologne,  à  Turin,  à  Modène.  En  Allemagne,  les  bibliothèques  de 
Berlin,  Munich,  Dresde,  Leipzig,  Hambourg  ont  été  explorées,  au  milieu 
d'autres  recherches,  pour  ce  livre.  J'ai  pu  travailler  aussi  au  British 
Muséum  et  au  Public  Record  Office  de  Londres,  à  la  Bodléienne  d'Ox- 
ford. Des  renseignements  par  lettre  m'ont  été  fournis  par  l'obligeance 
des  savants  qui  se  trouvent  à  la  tète  des  bibliothèques  de  Bruxelles, 
Vienne  et  Florence,  par  des  particuliers,  comme  MM.  V.  Lazzarini, 
L.  Dorez,  A.  Molinier.  M.  Ulysse  Robert  m'a  communiqué  les  bonnes 
fouilles  de  son  édition  de  Dardel,  qui  m'a  épargné  bien  des  erreurs, 
dans  les  dernières  pages,  au  moins.  Je  leur  en  exprime  publiquement 
ma  reconnaissance. 


PREFACE 


On  considère  généralement  l'expédition  de  1270  comme  la 
dernière  des  croisades  \  L'enthousiasme  qui  avait  inspiré  les 
premières  est,  dit-on,  tout  à  fait  épuisé  à  cette  fin  du  treizième 
siècle,  où  quelque  chose  des  temps  modernes  apparaît  avec 
la  politique  de  Philippe  le  Bel  et  l'avènement  de  la  bourgeoisie 
aux  affaires.  La  papauté,  qui  n'est  plus  ce  qu'elle  fut  jadis, 
sous  les  Grégoire  VII  et  les  Innocent  III,  va  perdre  l'autorité 
qui  lui  reste  encore,  en  quittant  Rome  pour  la  captivité  d'Avi- 
gnon. Les  deux  expéditions  de  saint  Louis  môme  ne  sont 
que  l'ombre  des  anciennes  croisades.  La  foi  des  masses, 
cette  grande  foi  qui,  à  la  fin  du  onzième  siècle,  jeta  des  popu- 
lations entières  vers  l'Orient,  n'y  est  plus  pour  rien  :  après  les 
croisades  européennes,  auxquelles  prit  part  toute  la  chré- 
tienté occidentale,  les  dissensions  nationales  disparaissant 
devant  la  nécessité  de  délivrer  la  Terre-Sainte,  il  se  forma  des 
croisades  partielles,  bornées  à  un  seul  pays,  telles  que  celles 
de  Frédéric  II,  d'André  de  Hongrie  et  quelques  autres. 
Quelque  chose  de  la  première  ardeur  subsistait  encore  :  si 
les  chefs  furent  inspirés  souvent  par  des  causes  étrangères  à 
la  foi,  les  sentiments  des  soldats  étaient  les  mêmes  que  jadis. 
Puis,  la  piété  d'un  seul  homme  tenta  de  ressusciter  des  temps 
qui  n'étaient  plus  ;  les  deux  expéditions  de  saint  Louis  finirent 

1.  Cantù,  Storia  univet^sale,  t.  IV  de  l'édition  de  Turin  (1851), 
p.  213  :  «  Qui  (à  Tunis)  si  chinde  il  gran  dramma  délie  crociate.  » 
L'opinion  contraire  a  été  développée  avec  force  par  M.  Delaville  le 
Roulx,  dans  la  préface  de  la  Fi'nnce  en  Orient  au  xiv"  siècle. 

N.  JoHGA.  P/iiiippe  de  Mézières.  1 


—  2  — 

comme  une  avontiire.  Le  saint  roi  v  mourut,  et  l'ère  des  croi- 
sades  finit  avec  lui.  Quoique  assez  généralement  admise, 
cette  opinion  n'est  pas  tout  à  fait  juste.  A  la  vérité,  après  le 
drame  d'Egypte  et  de  Tunis,  l'Occident,  la  chrétienté  grande 
et  puissante,  ne  prit  plus  en  masse  la  croix  et  ne  partit  plus 
pour  l'Orient.  Le  découragement  en  fut-il  la  seule  cause? 
Sans  doute,  le  résultat  de  tant  d'efforts  n'était  pas  de  nature 
ù  tenter  de  nouveaux  combattants  :  pendant  deux  siècles,  la 
Terre  Sainte  et  la  Syrie  avaient  reçu  la  fleur  de  la  chevalerie 
occidentale,  et  il  n'en  était  revenu  que  quelques  fuyards. 
Jérusalem  resta  sous  le  joug  des  Infidèles  :  les  musulmans 
demeurèrent  dans  la  ville  sainte,  sans  que  jamais  une  restau- 
ration du  royaume  éphémère  de  Godefroi  de  Bouillon  y  fut 
possible.  Acre  fut  bientôt  prise,  et  les  Hospitaliers,  dernière 
milice  des  princes  chrétiens,  se  réfugièrent  à  Rhodes.  Le 
royaume  d'Arménie,  seul  représentant  en  Asie  de  la  foi  catho- 
lique, après  sa  prospérité  passagère  sous  les  Roupénides,  allait 
finir  par  des  guerres  intérieures,  autant  que  par  les  armes  du 
Soudan.  On  pourra  dire,  au  quatorzième  siècle,  que  pas  un 
pouce  de  terre  ne  restait  aux  chrétiens  pour  débarquer  on 
Orient.  L'époque  des  croisades,  ou  ce  qu'on  est  convenu 
d'appeler  de  ce  nom,  finit  par  la  victoire  incontestée  des  In- 
fidèles. 

Le  peu  d'espoir  que  l'on  avait  de  reconquérir  la  Terre 
Sainte  explique,  sans  doute,  l'indifférence  qui  accueillit  doré- 
navant les  tentatives  de  croisade.  Une  autre  cause  devait 
bientôt  les  rendre  à  jamais  impossibles.  Les  guerres  entre 
chrétiens  commencèrent,  ces  grandes  guerres  de  la  fin  du 
moyen  âge  dans  lesquelles  les  nationalités  modernes  se  re- 
connurent. Un  autre  but  fut  donné  aux  efforts,  un  autre 
champ  aux  chercheurs  d'aventures,  et  la  croisade,  la  grande 
préoccupation  des  époques  précédentes,  fut  définitivement 
oubliée.  Quelque  petit  roi  oriental,  quelque  empereur  famé- 
lique parvenait  parfois  à  entraîner  par  compassion  et  par 
cupidité  quelques  chevaliers  désireux  de  gagner  argent  et 
réputation  dans  ces  contrées  devenues  presque  fabuleuses  ; 
ainsi  il  y  eut  des  Français,  des  Allemands,  des  Italiens  dans 
l'armée  d'Alexandrie,  toute  l'Europe  fournit  sa  part  à  l'équipée 
malheureuse  de  Nicopolis  ;  mais  les  masses  restèrent  indif- 


-  3  - 

férentes  à  leur  appol;  on  aimait  mieux  des  profits  moins  dan- 
gereux et  plus  certains  dans  les  guerres  occidentales.  Tel  qui 
aurait  combattu  au  douzième  siècle  contre  les  soldats  de  Sa- 
ladin  se  résigna  facilement  à  entrer,  au  quatorzième,  dans 
les  grandes  compagnies. 

Si  l'Occident  s'habitua  à  voir  les  lieux  saints  sous  le  joug 
de  ceux  qui  ne  devinrent  pour  lui  une  menace  directe  que 
beaucoup  plus  tard,  l'Orient  ne  pouvait  pas  souffrir  tranquille- 
ment l'accroissement  terrible  d'un.ennemi  qui  était  son  voisin. 
Quand  les  derniers  restes  du  royaume  de  Jérusalem  dispa- 
rurent, quand  l'Arménie,  déchirée  par  des  dissensions  in- 
térieures et  par  des  guerres  religieuses,  fut  limitée  à  quelques 
ports,  encore  florissants,  ce  fut  l'ile  de  Chypre  qui  dut  conti- 
nuer la  défense.  Les  chrétiens  chassés  de  la  Syrie  et  ceux  du 
royaume  voisin  s'y  réfugièrent.  Hugues  IV  reçut  la  famille 
royale  des  Arméniens,  la  branche  cadette  des  Lusignan,  qui 
revenait  :  leurs  sujets,  les  colonies  franques  qui  s'y  étaient  reti- 
rées, les  suivirent  bientôt'.  En  1361,  meurt  Constantin  IV,  vain- 
queur des  Égyptiens,  qui  avaient  laissé  l'Arménie  tranquille 
pendant  presque  tout  son  règne  de  dix-huit  ans  ;  son  successeur, 
reconnu  par  une  partie  du  peuple  seulement,  dépourvu  d'énergie 
et  tout  à  fait  incapable  de  remplir  son  rôle  si  dangereux,  finira 
ses  jours,  après  de  longues  aventures,  au  château  des  Tour- 
nelles.  Déjà  de  son  vivant,  le  trône  ne  lui  appartenait  plus  : 
la  partie  de  la  nation  vraiment  saine  et  prête  à  combattre 
avait  appelé  un  autre  chef  pour  la  défendre,  un  homme  d'ini- 
tiative, Pierre  de  Chypre. 

Les  espérances  des  Arméniens  étaient  fondées.  Leur  élu  de 
1368  s'était  déjà  couvert  de  gloire  en  combattant  contre  les 
Infidèles  avec  autant  d'énergie  que  de  bonheur.  Sans  argent 
et  sans  appui  de  la  part  de  ses  frères  de  l'Occident,  il  con- 
quit d'abord  à  Gorigos,  puis  à  Satalie  des   points  de  débar- 


1.  Jacques  de  Berne  vit  arriver  à  Famafcouste,  le  30  juin  \2\C^,  plu- 
sieurs grands  vaisseaux  qui  apportaient  en  Chypre  plus  de  1,500  fuyards, 
ce  qui  restait  des  liabifants  de  Lajazzo,  qui  venait  de  succomber  devant 
les  armées  du  Soudan  :  «  Vil  grosses  sclief  und  galein  aus  dem  lannd 
Armenia  von  der  stat  Lagaze  galaden  mit  allten,  jungen,  frawon.  cliinn- 
den,  witifen  und  waisen».  Voy.  Rohricht  et  Meisner,  Deutsche  Pilger- 
reisen,  (Berlin,  1880)  p.  51.  Les  Sarrasins  avaient  fait  plus  de  12,000pri- 
sonniers  «  an  die,  die  si  mit  dem  scluvertt  erschlagen  liettcn  »  (ibid.). 


—  4  — 

qiiemont  sur  le  territoire  même  de  l'ennemi.  Les  petits  princes 
musulmans  de  l'Asie  Mineure  se  soumirent  après  cette  première 
conquête,  qui  n'était  pour  lui  que  le  commencement  d'une 
grande  série  d'expéditions.  Tandis  que  la  prise  de  Smyrne 
avait  été  considérée,  quelques  années  auparavant,  comme  une 
digne  conclusion  de  la  croisade,  il  continua  la  guerre  plus 
vigoureusement  encore  après  ses  victoires.  Plein  de  confiance 
dans  ses  projets,  il  partit  pour  ces  pays  chrétiens  qu'il  devait 
trouver  si  différents  de  se^  rêves.  Il  y  gagna,  par  sa  parole 
éloquente,  par  le  prestige  de  sa  beauté^  et  de  sa  force,  les 
quelques  enthousiastes  qui  s'y  trouvaient  encore.  Quand  il 
partit  enfin  de  Venise,  au  mois  de  juin  1365,  trop  tard  et 
après  de  nombreuses  désillusions,  quand  la  croisade  fut 
commencée,  l'énergique  roi  de  Chypre  ne  douta  plus  qu'il 
allait  réaliser  prochainement  son  grand  idéal  et  recouvrer 
ces  lieux  saints  qui  devaient  appartenir  aux  chrétiens  et  que 
ses  ancêtres  avaient  possédés.  Il  surprit  Alexandrie  et  la 
conquit,  après  une  grande  bataille.  C'était  le  premier  pas 
pour  arriver  à  son  but  :  sa  retraite  forcée,  devant  son  armée 
mécontente  et  saisie  de  panique,  fut  la  première  grande 
défaite.  Il  revint  dans  l'île  de  Chypre,  attristé,  mais  espérant 
encore.  De  nouveaux  projets  se  formaient  dans  sa  tête  d'en- 
thousiaste :  ce  qui  avait  échoué  en  Egypte  serait  possible  en 
Syrie. 

Il  combattit  trois  ans  contre  des  circonstances  contraires. 
Ses  alliés  le  quittèrent  tour  à  tour  :  d'abord  Venise,  frappée 
dans  ses  intérêts  par  l'interruption  du  commerce  avec  l'Orient, 
puis  les  aventuriers  attirés  par  le  butin,  et  le  pape  lui-même, 
cet  Urbain  V,  qui  parut  ressusciter  un  moment  les  temps 
glorieux  de  la  papauté  ;  mais  ce  furent  trois  ans  d'une  confiance 
inébranlable,  qu'accroissaient  encore  des  victoires  :  toute  la 
côte  de  la  Syrie  fut  dévastée,  le  commerce  du  Soudan  ruiné, 
la  force  des  musulmans  affaiblie  par  cet  homme  d'action,  qu'on 
nomma  plus  tard  «  un  pirate  »  ^  Un  dernier  effort  pour 
obtenir  des  secours  l'amena  à  Rome  :  le  pape  lui  conseilla 

1.  Il  était,  s'exprime  un  chroniqueur  arabe,  «  de  haute  taille..., 
aux  yeux  bleus,  au  teint  brun.  »  J.  J.  P.  Herzsohn,  Der  Ueberfall 
Alexandrierîs,  l^"  brochure,  p.  5  (Bonn,  1886). 

2.  Stubbs,  Sevenlee/t  lectures  on  the  sludy  of  médiéval  and  modem 


une  paix  nécessaire  avec  le  Soudan.  Il  revint  en  Chypre, 
désespéré  pour  la  première  fois,  ayant  perdu  son  enthousiasme 
antérieur,  ne  respirant  que  la  haine  contre  tous  ceux  qui  ne 
l'avaient  pas  compris  et  secouru.  Cela  finit  par  une  catastrophe: 
Pierre  P""  fut  tué  par  ses  barons  indignés. 

Il  y  eut  quelques  faibles  efforts  sous  ses  successeurs  :  Jean 
de  Lusignan  hasarda  une  petite  expédition  au  commencement 
de  sa  régence.  Puis,  devant  l'attaque  injuste  des  Génois,  Satalie 
fut  restituée  à  Tacca  et,  au  milieu  des  malheurs  qui  l'assail- 
lirent bientôt,  Chypre,  dévastée  et  ruinée,  ne  pensa  plus  à 
cette  croisade,  qui  était  pour  elle  «  une  question  de  vie  ou  de 
mort  »  '.  Quand  les  Sarrasins  se  montrèrent  do  nouveau  devant 
l'île,  rien  ne  leur  résista:  le  roi  Janus,  prisonnier,  fut  renvoyé 
dans  son  royaume,  qui  n'était  plus  un  obstacle  pour  les  repré- 
sentants de  l'Islamisme. 

Sous  Amurat  I",  les  Turcs  avaient  attaqué  pour  la  pre- 
mière fois  les  états  chrétiens  des  Balkans  :  les  Byzantins 
furent  complètement  annulés.  SousBajazet,  la  dernière  croisade 
offensive  des  chrétiens  finit  d'une  manière  tragique  à  Nico- 
polis.  Mais  la  résistance  contre  les  vainqueurs  fut  très  vive  et 
se  prolongea  assez  loin  dans  les  temps  modernes;  elle  sauva 
peut-être  l'Occident  d'une  conquête  musulmane.  Les  guerres 
de  la  chrétienté  occidentale  contre  les  Sarrasins,  en  Asie  et 
en  Afrique,  furent  suivies  d'une  longue  série  de  croisades  dé- 
fensives dans  l'Europe  orientale. 

Quand  les  Turcs  pénétrèrent  jusqu'au  Danube,  la  barrière 
des  Carpathes  fut  défendue  par  les  princes  roumains  d'abord, 
puis,  après  que  le  torrent  les  eut  submergés,  par  les  îlongrois 
et  par  l'Empire,  qui  brisa  enfin,  après  des  siècles  de  combat, 
la  force  de  l'invasion.  La  lutte  entre  les  deux  religions  était 
terminée. 

C'est  à  ces  croisades  défensives  que  se  rattache  l'avant- 
dernière  des  expéditions  chevaleresques,  la  croisade  de 
Pierre  I*""  ^  Ce  ne  fut  pas  la  faute  du  roi  si  elle  ne  réussit 
pas. 


Uislorii  (1886),  p.  190  :  «  It  is  triie  tbnt  thèse  successes  wcar  to  modem 
eyes  the  look  of  mère  piratical  exploits.  » 

1.  A.  Molinier,  dans  les  Archives  de  l'Orient  lalin,  I.  p.  337. 

2.  Qui  ne  fut  pas  par  conséquent  la  dernière.  Voy.  Ileyd,  le  Colonie 


—  6  — 

Pondant  ses  dix  années  de  combats,  Pierre  eut  pou  de  com- 
pagnons fidèles,  et  surtout  peu  d'hommes  supérieurs,  à  sa 
suite.  Parmi  les  croisés  qu'assembla  la  cupidité  seule  et  les 
chevaliers  chypriotes  qui  se  résignèrent  à  cette  guerre  qui  les 
ruinait,  d'autant  plus  lumineux  apparaît  Philippe  deMézières. 

C'est  certainement  une  des  plus  intéressantes  figures  du 
siècle,  et  des  plus  nobles.  Jeune  encore,  dans  son  village  de 
Picardie,  il  lisait  les  anciennes  chroniques  de  Terre  Sainte, 
les  récits  des  pèlerins,  qui  lui  inspirèrent  l'ardent  désir 
de  délivrer  les  lieux  de  la  Passion.  A  peine  âgé  de  vingt 
ans,  il  part  pour  l'Orient  qu'il  devait  visiter  tant  de  fois, 
rassemblant  des  connaissances  sur  le  pays  et  les  hommes, 
gagnant  des  adhérents  à  ses  projets.  Après  la  fin  déplorable 
de  la  croisade  de  Humbert,  à. laquelle  il  semble  s'être  rallié, 
il  passe  en  Chypre,  où  il  forme  une  amitié  sincère  et  durable 
avec  le  comte  de  Tripoli,  qu'il  considérait  comme  le  bras 
destiné  à  réaliser  son  idéal  pieux.  Chancelier  du  prince, 
quand  celui-ci  fut  devenu  roi  de  Chypre  et  de  Jérusalem, 
il  est  continuellement  auprès  de  lui,  traversant  pendant  des 
années  l'Europe  entière,  de  la  Norvège  aux  bords  du  Danube, 
s'exposant  à  tous  les  dangers  possibles,  aux  menaces  et  aux 
naufrages,  pour  chercher  des  secours  et  des  appuis. 

Alexandrie  fut  pour  lui,  beaucoup  plus  que  pour  son  roi, 
un  coup  de  foudre.  Le  troisième  grand  facteur  de  la  croisade, 
le  carmélite  Pierre  Thomas,  mourut  au  retour.  Quand 
Pierre  P""  finit  sa  vie  d'une  manière  si  tragique  et  que  le 
chancelier  dut  recommencer  sa  vie  errante,  le  hasard  l'amena 
à  la  cour  de  Charles  V. 

C'est  l'écrivain  qui  combattra  désormais.  Conseiller  du  roi 
pieux  et  lettré,  au  milieu  d'une  vie  honnête  et  laborieuse 
inspirant  de  sages  mesures  à  celui  qui  fut  presque  son  ami, 
il  n'oublie  pas  cependant  son  idéal  de  jadis.  Contraint  à 
quitter  la  «  vie  active  »,  il  défend  avec  la  plume  la  grande 
idée  de  la  croisade. 

Sa  retraite  aux  Célestins  lui  laisse  plus  de  temps  encore 


comnierciali  degli  Ilalianiin  Oriente...^  (Venise,  1 1868;  tr.  G.  MûUer), 
p.  212  :  «  corne  un  epilogo  aile  cruciate  »  ;  Herquet,  J.-F.  de  Hcredia 
(Mùhlhausen  i.  Th.,  1878).  p.  52  :  «  der  letzte  Kreuzzug.  » 


pour  ses  travaux  littéraires.  Depuis  1380  jusqu'à  sa  mort,  en 
1405,  il  écrit  sans  cesse,  en  français  et  en  latin,  pour  le  même 
objet.  C'est  tantôt  un  nouvel  appel  pour  son  ordre  de  cheva- 
lerie, celui  de  la  Passion  du  Christ,  tantôt  des  traités  allégo- 
riques dans  le  plus  parfait  goût  de  l'époque,  tantôt  des 
épîtres  aux  grands  princes  de  la  chrétienté  :  toujours  cepen- 
dant et  sous  toutes  les  formes  possibles,  c'est  le  même 
projet  qui  fait  l'unité  de  sa  vie  aventureuse.  Il  ne  se  décou- 
rage pas  devant  les  défaites  ;  toute  circonstance  politique 
favorable  le  trouve  prêt  à  combattre.  Dans  tous  les  grands 
événements  du  siècle,  il  a  sa  part,  et  une  part  principale  \ 
Même  après  la  terrible  catastrophe  de  Nicopolis,  il  rêve 
une  nouvelle  expédition  de  la  chrétienté,  plus  forte  et  plus 
sage  surtout. 

Si  l'homme  est  intéressant  et  sympathique,  l'écrivain  est 
un  des  plus  féconds  en  idées  originales  et  des  mieux  doués 
du  xiv"  siècle.  Un  vigoureux  esprit  satirique  (personne  n'a 
flétri  plus  énergiquement  la  désastreuse  minorité  de  Charles 
VI),  une  imagination  ardente,  une  raison  très  droite  et  très 
sage,  un  enthousiasme  communicatif  sous  le  plus  naïf  et  plus 
délicieux  des  styles,  tels  sont  les  traits  qui  caractérisent 
Mézières  considéré  comme  écrivain. 

Cependant  l'homme  qui  a  donné  la  direction  à  son  siècle 
dans  tant  de  graves  circonstances,  cet  homme  véritablement 
supérieur,  est  resté  dans  l'obscurité  jusque  vers  les  derniers 
temps.  Ses  œuvres  se  perdirent  en  partie,  sa  biographie  par 
Bonaventure  Baudry  eut  le  même  sort.  Il  y  avait  au  commen- 
cement du  siècle  un  seul  article  sur  lui,  et  encore  est-il  sec 
et  étroit,  erroné  souvent,  celui  de  l'abbé  Lebeuf  ^  Depuis  lors, 
les  données  sur  sa  vie  et  ses  ouvrages  se  sont  multipliées. 
Paulin  Paris  publia  d'abord  deux  articles  dans  les  Mémoires 
de l' Académie  des  Inscriptions^,  corrigeant  parfois  les  fautes 

1.  Les  ordonnances  de  Charles  V,  par  exemple,  la  paix  entre 
Chariots  VI  et  Richard  II,  plus  tard.  11  contribua  à  la  croisade  de  Mco- 
polis,  probalileinent,  comme  il  avait  été  précédemment  le  promoteur 
de  celles  do  Pierre  h'""  et  d'Amodée  de  Savoie.  La  croisade  de  Barbarie 
(IIM)O),  où  l'on  a  voulu  voir  aussi  son  influence  (Delaviile  le  Roulx,  Ln 
France  en  Orient  an  XIV"  siècle,  p.  1 1;{),  semble  lui  avoir  été  étrangère. 

2.  Mémoires  de  l'Académie  des  Inscrii)lions,  première  série,  tomes 
XVI  et  XV II. 

3.  T.  XV  de  la  nouvelle  série. 


—  8  — 

d'inferprctation  de  son  prédécesseur.  Vinrent  ensuite  de  vé- 
ritables révélations  sur  quelques-uns  de  ses  ouvrages,  com- 
plètement oubliés  '.  Deux  thèses  lui  furent  consacrées  à 
l'École  des  chartes  ^  et  tout  récemment  M.  Siméon  Luce  traita, 
avec  sa  grande  compétence,  un  point  relatif  à  ses  œuvres  ^  Si 
le  présent  travail,  fondé  sur  de  nombreuses  recherches  qui 
n'ont  pas  toujours  été  couronnées  de  succès,  peut  mettre 
davantage  en  lumière  ce  précurseur  de  la  prose  française, 
cet  homme  politique  d'une  si  haute  valeur,  s'il  peut  contribuer 
à  provoquer  de  nouvelles  et  plus  heureuses  recherches,  le 
but  de  l'auteur  sera  complètement  atteint  \ 

1.  Dans  l'édition  de  Froissart  par  M.  Kervyn  de  Lettenhove,  t.  XI 
(épitre  à  Richard  II;  lettre  de  Charles  VI  à  ce  dernier)  et  XV'I  {Epislre 
coiisolaloire),  et  dans  l'article  de  M.  A.  Molinier  (Archives  de  lOrienl 
latin,  I). 

2.  M.  LefouUon  en  1866  et  M.  Froment  en  1887.  Les  «  Positions  » 
seules  ont  été  imprimées. 

3.  Correspondant,  1892,  n"  du  10  octobre. 

4.  La  rédaction  de  cet  ouvrage  a  été  terminée  en  août  1892:  on  a 
cherché  à  y  faire  entrer  les  renseignements  trouvés  après  cette  date, 
autant  qu'il  a  été  possible  sans  que  l'économie  en  fût  dérangée. 


PHILIPPE  DE  MEZIERES 

(1327-1405) 
ET   LA   CROISADE  AU  XIV^  SIÈCLE 


CHAPITRE  I. 


FAMILLE    DE    MEZIERES. 


C'est  une  véritable  histoire  que  celle  de  l'origine  de  Mé- 
zières'.  Les  auteurs  d'encyclopédies  théologiques  et  littéraire^ 
des  dix-septième  et  dix-huitième  siècles  en  firent  tour  à  tour 
un  Vénitien  et  un  Sicilien.  La  ressemblance  entre  la  forme 
latine  corrompue  de  son  nom  et  le  nom  de  la  famille  bien 
connue  des  Masserii  de  Venise  fut  la  cause  de  la  première 
confusion.  L'hypothèse  fut  présentée  avec  beaucoup  de  ré- 

1.  Nous  adoptons  cette  orthographe,  proposée  pour  la  première  fois 
par  M.  Aug.  Molinier  dans  les  Arch.  de  VOrieul  latin,  Philippe  étant 
certainement  originaire  de  la  ville  inème  de  Mézières,  en  Picardie.  — 
Ses  quittances  ])ortent  toutes  la  forme  Maisières,  qu'il  écrit  parfois, 
en  latin,  de  Maizeriis  (procuration  de  Pierre  1"  à  ?es  ambassadeurs  à 
Gênes,  28  janvier  1365,  Mas  Latrie.  Histoire  de  Chypre,  II,  25'»)-  Les  ma- 
nuscrits de  la  lettre  sur  la  Présentation  (Bibl.  nat.,  mss.  lat.  14454,  i°  2  ; 
17330,  f"  4  et  14511,  f"  182  vo)  portent  comme  signature  Philippus  de 
Maiseriis,  ce  qui  est  plus  correct.  La  brochure  de  Dom  Meurisse  (un 
exemplaire  à  la  Bibliothèque  nationale,  fonds  Colbert,  \%  t.  IV,  pp.  44-58) 
donne  la  leçon  de  Maseriis,  qui  est  la  plus  répandue  dans  les  ency- 
clopédies théologiques.  Les  corruptions  abondent  :  on  trouve  quelque- 
fois les  versions  Mazeriiis,  Mezerius  (Becquet,  p.  101),  Macerius 
(Possevinus,  Apparotus  sacer,  éd.  de  Cologne,  1608,  t.  II,  p.  2"'J), 
de  Mnnscriis,  de  Maiseriis.  Ilcnschen  publia  la  Vie  de  Pierre  Thomas 
sous  le  nom  de  Philippus  Mazzeritis.  Les  auteurs  italiens  en  firent 
Macerio,  Mazerio.  Masserio.  Mazzerio(\oy.  Zeno.  Giornale  de'letterati 
dltalia,  Venise,  t.  I.\  (1712),  p.  154).  La  version  Maizières  est  la  plus 
répandue  (articles  de  Lebeuf,  de  Paulin  Paris,  articles  d'encyclo- 
pédie, etc.).  Nous  l'avions  adoptée,  dans  l'incertitude  où  nous  étions 
encore  sur  l'origine  du  chancelier  île  Chypre,  dans  un  article  de  la 
Bévue  historique  (t.  XLIX,  l"  fasc). 


-   10  - 

serve  par  les  deux  seuls  écrivains  qui  la  mentionnent,  Ca- 
simir Oudin  '  d'abord,  puis  Apostolo  Zeno  -;  ils  ne  tardèrent 
pas  à  changer  d'opinion*.  L'autre  erreur  fut  beaucoup  plus 
durable.  Dans  sa  Bibliotheca  Mariana'",  Maraccio  avait  rap- 
proché déjà  le  nom  de  notre  auteur  de  celui  d'un  Philippus 
Siculus,  écrivain  théologique  aussi  ;  avant  et  après  lui  An- 
toine Teissier'*,  Vossius^  Possevinus^  Zeno  encore,  avec 
quelques  restrictions  comme  toujours  *,  la  présentèrent.  Elle 
eut  enfin  l'honneur  d'être  ressuscitée,  après  les  travaux  de 
Lebeuf,  par  un  bibliographe  sicilien,  M.  Mira".  Inutile  d'a- 
jouter que  ces  opinions  fantaisistes  n'ont  jamais  été  appuyées 
par  des  arguments. 

Aujourd'hui  l'opinion  contraire  ne  peut  pas  soulever  de 
doutes.  Déjà  Oudin  lui-même,  Spondanus'",  Becquet,  qui  avait 
à  sa  disposition  les  manuscrits  de  Philippe  et  la  biographie 
de  Bonaventure  Baudrj,  Beurrier,  du  Boulay  ",  Ducange'^ 
étaient  de  cet  avis.  Lebeuf  apporta  des  preuves,  assez  faibles, 
«il  faut  le  reconnaître,  pour  quelqu'un  qui  connaissait  les  ou- 


1.  «  Philippus  Mazerius  seu  de  Mazeriis,  nobilis  venctus,  aliis  Sicu- 
lus »  (C.  Oudin,  Supplemcntum  ad  Bellanninum,  p.  637). 

2.  «  La  famiplia  Wasscria  fiori  veramente  nella  nostra  cittadinanza, 
e  un  Francesco  Masserio  viveva  e  scriveva  nel  1485;  ma  ciô  non  basta 
astabilirlo  per  nostro  »  (Zeno,  Disscrtaziuni  Vosaiane,  1,  21).  Cf.  Gior- 
nale  de'  lett.,  IX,  p.  154. 

3.  «  Philippus  de  Mazeriis,  natione  Gallus,  patria  seu  ortu  Ambia- 
nensis,  quamvis  nonnuUi  nobilem  Venetum,  alii  Siculum  velint  ».  (C. 
Oudin,  Commcular.  de  scriptoribus  et  script.  eccL,  III,  p.  1127).  Zeno 
se  déclare  satisfait  de  cette  explication,  dans  le  même  ouvrage  (Diss. 
Voss.,  I,  22). 

4.  Rome,  1648. 

5.  Catalogiis  auctorum,  Genève,  1686,  au  nom  de  Mézières. 

6.  De  hisloricis  latinis,  Leyde,  1651,  p.  528. 

7.  Apparalus  sace7\  éd.  de  Venise,  III,  181,  de  Cologne,  1608,  t.  II, 
p.  279  :  «  Philippus  Macerius,  Siculus.  »  Il  cite  à  l'appui  de  son  opinion 
un  certain  .Julianus  Nasart. 

8.  «  Filippo  Macerio,  Siciliano,  gran  canceliere  del  regno  di  Cipro  » 
(Giorn.  de'  lett.,  IX,  153-4).  Puis  il  ajoute  :  «  Non  v'ha  sicurezza  che 
fosse  Siciliano  »  (p.  154). 

9.  iMira,  Bihliorp-afin  Sicih'ana  (1875),  art.  Philippe  de  M.  Cf.  Ant. 
Mongitore,  liibliotlieca  Sicula  {Mdl),  ibid.  On  en  fit  même,  grâce  à 
la  même  hypothèse,  un  Mazarini(Rocch.  Pirrus,t.Il,p.  403, ap.  Ducange, 
Annales  d'Oulre-Mcr,  ms.  de  la  B.  N.,  f»  226  v). 

10.  «  Miles  Picardiae  et  regni  Cipri  cancellarius  »,  Ânn.  Eccles.,  I, 
806. 

11.  «  Philippus  de  Mascriis,  nobilis  Picardus  »  {Ilisl.  Univ.  Par.,W, 
985);  «  nobilis  Picardus  ex  agro  Sangterrensi  ortus  »  {ibid.,  IV,  p.  441). 

12.  L.  c. 


vrages  deMézières:  d'après  lui,  Philippe  est  un  Picard,  né 
dans  le  diocèse  d'Amiens,  il  se  nomme  lui-même  «  chevalier 
de  Picardie'  »,  les  statuts  de  son  ordre  de  la  Passion  no  font 
que  reproduire  les  usages  de  sa  province  natale,  certaines 
pratiques  religieuses  même  de  l'église  d'Amiens  ^  Sauf  les 
deux  exceptions  citées,  ce  fut  un  point  gagné  pour  la  bio- 
graphie de  Mézières. 

En  effet,  un  examen  même  superficiel  de  ses  ouvrages  est 
décisif.  Dans  sa  lettre  aux  chanoines  d'Amiens  il  parle  de  cette 
ville  comme  de  colle  où  il  avait  passé  sa  jeunesse  :  il  est  un  brin 
de  paille  que  le  vent  emporta  en  Orient,  loin  de  sa  province 
natale '.  11  s'appelle  miles  Picardus  dans  sa  lamentation  sur 
la  mort  de  Pierre  Thomas,  son  ami  '*.  Dans  sa  lettre  à 
l'évêque  Jean  Roland,  il  parle  au  peuple  d'Amiens,  comme  à 
des  compatriotes  :  «  Écoute-moi,  écoute-moi,  peuple  élu  des 
Amiénois,  écoute  ton  compatriote,  qui  brûle  du  désir  de 
parler  avec  Bernard  et  ne  peut  pas  se  taire  '\  »  Il  est  trans- 
planté du  sol  natal,  dit-il  plus  loin,  et  ne  peut  plus  produire 
de  fruit ''.  La  vision  qui  lui  apparaît  auparavant,  cette  vieille 
femme  en  haillons,  torturée  par  la  roue  infatigable,  c'est  sa 
mère,  et  il  est  saisi  douloureusement  de  la  retrouver  ainsi  : 
«  Que  j'aurais  voulu  être  enterré,  s'écrie-t-il,  ônia  mère,  dans 
le  champ  des  pèlerins,  en  Arabie,  ou  au  pays  des  Grecs,  en 
Hongrie  ou  dans  le  pays  des  Espagnols  ou  des  Allemands  ou 
en  Egypte,  et  ne  pas  voir  ma  mère  afiligée  de  la  sorte'  !  ». 
Amiens  est  son  refuge,  de  même  que  Bethléem  fut  celui  de  Marie 
et  de  Joseph:  ses  pères  y  venaient  jadis,  c'est  dans  cette  ville 
qu'on  lui  apprit  la  grammaire  dans  les  années  de  son  enfance, 


1.  Méra.  de  l'Ac.  des  inscrip.  et  b.  l.,  t.  XVII,  p.  492. 

2.  Ibid..  t.  XVI,  p.  220. 

3.  Lellrcs  de  Mézières,  Ms.  499  de  l'Arsenal,  f°  144. 

4.  JReviie  hislorique,  t.  XLIV,  I'''  fasc,  p.  45. 

5.  «  Audi,  audi,  plebs  electa  Ambianensium,  me  compatriotam 
tuum,  qui  loqui  trépidât  cuin  IJornardo  et  tacere  non  potest. . .  Vigeor 
etcnim  ad  loquendum  spirituali  al'fectione,  nativa  compassione  et 
caritate  Domini»  (Salve  S.  Parens,  IMbl.  nat.  mss.  lat.  14454,  f»  19  v). 

6.  «  l'rovidonte  nempe  (ms.  neppe  ;  P.  Paris,  Mèm.  Ac.  hiscr..  18'i3. 
p.  372,  lit  nnmque)  sumnio  agricola,  q  ucdam  virgula(.sjr)  condam  sumpta 
fucrat  de  agro  Arnbianensi  ettraiisplantata  in  diversis  regionibusmundi, 
maxime  ad  orieiiteni  »  (/6.,  f»  21  v). 

7.  «  Outinam.  mater  niea,  in  agro  peregrinorum.  in  .\rabia  seu  terra 


—  12  - 

et  (le  plus,  c'est  à  l'église  cathédrale  (rAiiiiens  qu'il  reçut  le 
baptême'.  Il  peut  dire  à  chacun  des  habitants  :  «  Tu  es  mon  os 
et  ma  chair,  parce  que,  de  même  que  le  pouls  travaille  inces- 
samment dans  une  veine  et  que,  pendant  la  vie  de  l'homme, 
la  respiration  ne  cesse  pas  dans  ses  narines,  la  douce  cha- 
rité représente  habituellement  dans  mon  cœur  ma  mère,  la 
ville  d'Amiens  ;  bien  que  j'eusse  été  absent  de  cette  grande 
cité  pendant  longtemps  corporellement,  j'y  fus  présent  malgré 
tout,  je  le  suis  et  je  le  serai  de  tout  mon  cœur  [tota  mente), 
selon  ce  proverbe  d'un  certain  docteur,  qui  dit  :  «  La  diversité 
«  des  lieux  ne  peut  pas  séparer  ceux  que  lient  la  charité  et 
«  l'ardeur  de  la  foi.  »  Je  ne  suis  donc  pas  séparé,  continue-t-il, 
de  ma  mère  l'Eglise,  mais  uni  devant  le  Seigneur,  et  pendant 
toute  ma  vie,  je  chanterai  à  la  ville  d'Amiens  :  «  Salut,  Sainte 
«  Mère^  !».  Enfin,  si  cette  preuve  peut  être  nécessaire  encore, 
son  épitaphe  française  aux  Célestins  commençait  par  ces  mots, 
sur  lesquels  s'accordent  toutes  les  versions  :  «  Cy  git  Mon- 
seigneur Philippes  de  Maisières  en  Sangters  (en  Santerre), 


Grecorum  in  Hongaria  seu  in  terra  Yspanorum  aut  Germanorum, 
vel  super  ollas  carnium  in  Egypto,  in  Domino  fuissem  sepultus,  nec 
vidissem  malrem  meam  sic  aftlictam  »  (26.,  f°  27  v°). 

1.  Salve  S.  Parens,  Bibl.  nat.  lat.  14454,  f°22  r">:  «Sic et  ego  homuncio 
ad  civitatem  Ambianensem,  ad  quam  patres  mei  confluebant,  in  qua 
puerilibus  annis  in  grammaticalibus  fui  nutritus,  et,  quod  plus  est,  cris- 
mate  sancto  a  matrice  ecclesia  Ambianensi  sumpto,  in  baptismate  per- 
unctus.  »  Cependant  Becquet  {Elogia  Celestinorum,  Paris,  1719, 
pp.  101-2;  c'est  la  meilleure  sourcepourla  vie  de  Mézière.^,  quoi  qu'en 
dise  Lebeuf,  Mnn.  Ac.  Inscr.,  XVIII,  p.  491.  Lebeuf  connaissait 
encore  de  Becquet  des  mémoires  mss.  sur  les  Célestins)  et  après 
lui  iMoréri  (v.  aussi  Arch.  de  l'Or,  latin,  I,  336,  note,  Millin,  .In^î- 
qidtés  nationales,  Paris,  lldO-^d,^",  I,  154;  cf.  Jôcher,  Gelehrten-Lexicon, 
art.  (le  Mazeriis,  Delaville  le  Roulx,  0.  c,  I,  202).  croyaient  que  Philippe 
naquit  au  château  de  Mézières.  Les  arguments  cités  dans  le  te.xte,  et 
surtout  le  dernier,  nous  paraissent  concluants. 

2.  «  Os  meum  et  caro  mea,  quia,  sicut  puisus  in  vena  sine  intermis- 
sione  laborat  et  flatus  in  naribus,  homine  vivente,  non  cessât,  siccaritas 
dulcis  matricem  meam,  civitatem  Ambianensem,  habitualiter  in 
corde  meo  continue  repre.sontat,  et  quamvis  a  tanta  civitate  absens 
diu  fuerim  corpore,  nichilominus  tamen  presens  fui,  sum  et  ero  tota 
mente,  juxta  illud  proverbium  cujusdam  doctoris  dicentis  :  Quos  caritas 
fideique  ardor  connectit  adstrictos,  diversitas  locorum  dispares  non 
facit  esse  divisos.  Igitur  non  divisus  a  matrice  mea  ecclesia,  sed  in 
Domino  unitus,  pro  civitate  .ambianensi,  quamdiu  fuero  vivens,  tota 
mente  decantabo':  Salve  sancta  parens  (f"  22  r")-  »  Cf.  encore  :  «0  patres 
mei,  fratres  et  domini  Ambianenses   utriusque  sexus   et  cujuslibet 

status, compatriote  vestri.  licet   inutilis,   obsecro,   meinentote  !  » 

(f° 21  T°).  «  Audite me, Ambianenses, dilectissimi compatriote (f" 21  v")  ». 


—  13  — 

chevalier,  chancelier  de  Chypre,  conseillier  et  banneret  de 
l'hostei  du  roy  de  France*». 

C'est  donc  un  Français,  descendant  d'une  famille  assez 
obscure  de  Picardie,  dont  l'origine  était  ce  château  mênne  de 
Mézières,  d'où  Philippe  partit  en  quête  d'aventures  ^  gens  de 
noblesse  médiocre  et  passablement  pauvres.  Ils  habitaient 
leurs  terres,  quand  ils  n'étaient  pas  quelque  part  à  se  battre'': 
Philippe  y  laissa,  en  partant,  une  nombreuse  parenté.  Ils 
venaient  quelquefois,  dit-il,  à  Amiens,  le  chef-lieu  de  leur 
province*. 

Cette  famille  picarde  n'a  rien  de  commun  avec  celles  qui 
se  distinguèrent  plus  tard  au  dix-septième  et  au  dix-huitième 
siècle  en  Champagne  et  en  Normandie.  Il  faut  éviter  surtout 
(car  la  confusion  serait  plus  facile)  de  la  confondre  avec 
d'autres  Mézières  qu'on  rencontre  au  xiv"  siècle  auprès  de 
Philippe  de  Valois,  de  Jean  II  et  de  Charles  V.  Sur  celle  qui 
nous  occupe,  nous  possédons  d'ailleurs  peu  de  renseigne- 
ments ;  Philippe  de  Mézières  lui-même  ne  nous  en  fournit  pas. 

Dans  plusieurs  endroits  de  ses  œuvres,  et  presque  dans 
les  mêmes  termes,  il  se  représente  seulement  comme  le  dernier 
né  d'une  famille  très  nombreuse  :  il  était  le  douzième  de  ses 
frères  et  sœurs,  dont  il  ne  donne  pas  les  noms^  Il  ne  parle 
jamais  de  son  père®. 


1.  V.  les  deux  épitaphes  dans  Becquet  (p.  102),  Beurrier  (Ifist.  des 
Cri.  de  Paris,  Paris,  1634,  p.  392),  Le  Laboureur,  p.  215,  Meurisse  de 
Madaure  (Lettres  de  Chm'les  V  et  de  Ph.  de  Maisicres.,  p.  21). 

2.  «  De  modico  Castro  et  semiruptis  maseriis  Ambiansensis  (sic) 
exiens,  ac  domum  patris  et  cognationem  suam  relinquens,  ad  partes 
orientales  peragravit  ».  (Oralio  trwjedica,  Bibl.  Mazarine,  n°  1651, 
f"  129  V"). 

3.  «  Mon  très  doulz  dieu  »,  s'écrie  Philippe  dans  sa  Chevalerie  de  la 
Passion  (lUbl.  de  V Arsenal,  n»  2251,  f"38  v°),  «je  recongnois  que  je  ne 
suis  pas  meilleur  de  mes  pères  trespassez,  qui  par  les  guerres  mor- 
telles ont  esté  nouris  du  sang  de  leurs  frères  crestiens.  » 

4.  V.  plus  haut,  p.  12,  note  1. 

5.  Soliloquium  peccaloris  (\i[b\.  de  l'Arsenal,  n"  408,  f°  227):  «  Crea- 
turatua  miiiima  (il  s'adresse  à  Dieu),  qui  abortivum  et  duodecimum 
fratrum  meorum  et  sororum,  participem  me  fecisti,etc.  Quidam  juvenis 
duodecimus  iVatruni  suoruui  et  sororuui  »  (Oratiu  Irnfjedira,  î"  129  v°). 
Cet  abortivus,  qualification  que  se  donne  souvent  notre  auteur,  ne 
représente  pas  autre  chose  qu'une  comparaison  de  goût  douteux,  ins- 
pirée par  son  humilité  chrétienne. 

6.  Dans  une  quittance  de  la  collection  Clairamhault,  Maisières,  69, 
p.  10,  un  certain  Simon  de  Maisières,  chevalier,  déclare  avoir  reçu  de 
Geffroy  Cocatrix  la  somme  de  48    livres  parisis  «  pour   nn  septisme 


—  14  — 

Parmi  les  nombreux  frères  de  Philippe,  il  y  en  eut  un  (jui 
l'accompagna  en  Chypre,  et  peut-être  môme  dans  les  expédi- 
tions de  Pierre  P''  :  c'est  Guillaume  de  Mézières,  qui  avait 
embrassé  la  carrière  des  armes.  Il  entra  d'abord  au  service 
de  l'Église,  sous  Innocent  VI  probablement,  et  y  resta  pendant 
longtemps,  jouant  un  rôle  actif  dans  des  affaires  difficiles  ^ 
Quand  Urbain  V  arriva  à  la  papauté,  Guillaume  revit  son  frère, 
revenu  en  France  à  la  suite  du  roi  de  Chypre  en  1362.  Deux 
années  plus  tard,  le  pape  le  recommande  à  Pierre  I*""  (16 
octobre  1364),  en  indiquant  en  sa  faveur  les  services  que  lui 
avait  déjà  rendus  Philippe.  Il  était  certainement  à  la  croisade 
de  1365,  dans  cette  familia  de  Philippe  qui  ne  prit  pas  sa  part 
du  butin  sacrilège  au  pillage  d'Alexandrie  ^  11  assistait  avec 
son  frère,  en  1366,  à  l'exhumation  de  Pierre  Thomas''.  Puis 
on  perd  sa  trace*. 

Dans  une  lettre  à  son  frère,  l'évêque  d'Arras  (1366),  Philippe 
parle  en  outre  de  deux  neveux  qu'il  a  ou  qu'il  «  croit  avoir  »  \ 


armeures  de  fer  »  (sept.  1302).  Serait-ce  le  père  de  Philippe?  On  serait 
tenté  de  le  penser  à  première  vue  ;  mais  le  sceau  apposé  à  la  quittance 
porte  un  blason  tout  à  fait  différent  de  celui  de  Philippe.  C'est  un 
«  écu  à  la  fasce  accompagnée  de  six  annelets,  trois  en  chef  et  trois  en 
pointe  ».  Voy.  Demay,  Inventaire  des  sceaux,  n°  6087. 

1.  Arch.  du  Vatican,  reg.  247,  f"  149. 

2.  Oralio  traQedic.a  (f°  195  \°)  :  «  De  dictis  spoliis,  que  in  dicta  civi- 
tate  in  habundancia  possidebat,  nec  ipse  nec  familia  sua,  reminiscens 
Datham,  Abiron  et  Chore.  unum  iotha  a  civitate  non  extraxit.  »  Cette 
familia  semble  avoir  été  assez  nombreuse  :  beaucoup  des  parents  de 
Philippe  auraient  cherché  ainsi  fortune  en  Chypre  auprès  du  chan- 
celier. 

3.  Carmesson,  Vila  S.  Pétri,  p.  82  :  «  Guillelmum  de  Maseriis, 
fratrem  dicti  domini  cancellarii.  » 

4.  L'éditeur  de  Carmesson,  frère  Daniel  de  Sainte  Marie  (a  Sancla 
Maria),  croit  pouvoir  donner  le  nom  d'un  autre  frère  de  Philippe  : 
ce  serait  (Carmesson,  p.  105,  note  6)  Pelnis  Mazzerius.  Une  citation 
de  la  Gallia  Chrisliana  accompagne  cette  affirmation  erronée.  Le 
tome  II  de  cette  publication  (p.  218)  contient  la  biographie  d'un  per- 
sonnage tout  à  fait  différent,  Pierre  Masucrius  (dans  la  table...  mau- 
suerins),  docteur  es  lois  et  archidiacre  d'Anvers,  pédagogue  de  Gré- 
goire XI  et  évêque  en  1373  (f  1391).  La  vraie  forme  de  son  nom  paraît 
être  Mazoerius,  ainsi  que  la  donne  le  décret  pontifical  par  lequel  on 
lui  confère  l'archidiaconé  d'Anvers,  à  condition  de  quitter  son  cano- 
nicat  et  sa  prébende  à  l'église  d'Attigny.  Il  est  qualifié  de  chanoine  à 
Cambrai  et  docteur  es  lois,  te  27  novembre  1364  (Arch.  du  Vatican, 
Reg.  chanc,  Urbain  V,  111,  fo  319).  Un  Geraldus  Masuc.rii  fut  anobli 
en  1379  (Archives  nat.,  JJllô,  n"  102). 

5.  Bibl.  de  l'Arsenal,  n°  499,  f"  147  v:  «  Insuper  r.  p.  ûxxo^  jvvcnes 
nepotcs  habco  vol  credo  habere.  »  Cf.  f°  155  :  «  (Urbanus)  nepotes 


—  15  — 

Les  personnages  mentionnés  de  cette  curieuse  façon  ne  nous 
sont  connus  que  d'une  manière  assez  vague.  Le  seul  dont  on 
sache  le  nom,  est  Jean  de  Mézières,  auquel  son  oncle  dédia 
en  1381  un  de  ses  opuscules,  perdu  aujourd'hui  \  Le  titre, 
conservé  par  Becquet,  le  qualifie  de  prêtre,  chanoine  à  Noyon  ; 
il  était,  son  nom  le  montre  suffisamment,  le  fils  d'un  des  frères 
du  chancelier.  La  lettre  s'étendait  sur  les  devoirs  des  ecclé- 
siastiques et  commençait  par  une  citation  de  saint  Bernard ^ 
Jean  de  Mézières  survécut  à  son  oncle  :  on  le  retrouve  en 
1405  parmi  les  exécuteurs  testamentaires  de  ce  dernier,  comme 
chanoine  de  Noyon  ■'.  L'autre  neveu  nous  est  inconnu  \ 

Philippe  eut  une  sœur  qui  épousa  un  personnage  du  nom  de 
Pont-l'Évèque,  dont  elle  eut  ce  «  Jehan  du  Pont-l'Évèque  m, 
qui  fut,  avec  Jean  de  Mézières,  l'héritier  de  son  oncle,  en  1405^ 
Il  eut  aussi  des  frères  utérins  ^  avec  lesquels  il  entretint  des 
relations  amicales  pendant  une  grande  partie  de  sa  vie.  Trois 
d'entre  eux  sont  seuls  connus  :  Gérard  de  Dainville,  tour  à 
tour  évoque  d'Arras,  de  Térouanne  et  de  Cambrai,  puis 
Michel  et  Jean  de  Dainville. 


meos  quamplures  ecclesiasticis  beneficiis  pinguibus  dotavit »; 

Sur  la  date  de  la  première  lettre,  voyez  plus  loin. 

1.  Il  ne  faut  pas  confondre  ce  Jean  avec  un  homonyme,  qui  fut 
clerc  et  plus  tard  conseiller  de  Philippe  de  Valois,  et  sur  lequel  les 
Archives  nationales  nous  ont  fourni  de  fréquentes  mentions.  Il  n'y  a 
aucune  présomption  que  ces  deux  personnages  appartiennent  à  la 
même  famille. 

2.  Becquet,  /.  c,  p.  103. 

3.  «  Ilonnorable  et  discrète  personne,  messire  Jehan  de  Maisieres, 
chanoinne  de  Noyon,  nepveu  de  par  père  de  feu  noble  homme  messire 
Philippe  de  Mézières.  »  (Arch.  nat.,S.  3758  A,  sans  numéro.) 

4.  Serait-ce  un  certain  Guy  de  Maisieres,  au  diocèse  de  Térouanne, 
licencié  en  décrets  et  chanoine  de  Chàlons,  puis  de  Térouanne,  qui 
fig'Jire  parmi  les  témoins  au  procès  en  canonisation  de  Pierre  de  Luxem- 
bourg, 25  janvier  1390?  Voy.  Acta  Sanctonim,  ]a\l\et,  I,  525.  Nous 
savons  par  ailleurs  qu'il  eut  d'étroites  relations  avec  Philippe  quand 
celui-ci  se  fut  retiré  aux  Gélestins  (Acla  SS.;  ibid.,  p.  528,  531,  540, 
545,  549). 

5.  «  Jehan  du  Pont-l'Evesque,  escuier,  nepveu  de  par  mère  d'icellui 
feu  messire  Philippe. . .  »  (Arch.  nat.,  S.  3758  A,  sans  numéro). 

6.  Philippe  était-il  né  du  premier  mariage  de  sa  mère  et  les  Dain- 
ville du  second  ?  Rappelons  que  Philippe  dit  être  le  dernier  de  douze 
frères  et  sœurs  ;  comme  on  va  le  voir,  il  appelle  Gérard  de  Dainville 
vestra  paternilna  et  traite  ses  autres  frères  utérins  de  domini  mei\  ce 
qui  fait  croire  qu'ils  étaient  plus  âgés  que  lui  ;  enfin,  Philippe  étant  né 
en  1327,  aucun  des  frères  du  second  lit  n'aurait  pu  naitre  avant  1328 
ou  1329,  ce  qui  pourrait  paraître  trop  tard  pour  leur  carrière,  telle 
que  nous  allons  l'esquisser. 


—  16  - 

Michel  est  mentionné  uniquement  dans  un  acte  royal  du 
23  août  1378,  réglant  des  affaires  relatives  à  la  succession  de 
son  frère  Jean.  Il  était  à  cette  époque  archidiacre  d'Ostrevent 
dans  le  diocèse  d' Arras  et  conseiller  du  roi  ;  Jean  le  nomma 
parmi  ses  exécuteurs  testamentaires*. 

Ce  dernier  commença  sa  carrière  comme  «  écuyer  de  la 
cuisine  »  du  duc  de  Normandie  :  il  restitua  en  cette  qualité 
un  cheval  à  la  aciitiferia  dudit  seigneur  ^  en  l'année  1346. 
Trois  années  plus  tard,  le  30  juin  1349,  Guillaume  de  Pin, 
maître  delà  chambre  des  deniers  du  duc,  lui  délivra  30  livres 
parisis  et  deux  sous,  pour  plusieurs  sommes  qui  lui  étaient 
dues  '.  Devenu  chevalier  et  maître  de  l'hôtel  du  roi,  après 
l'avènement  de  Jean  peut-être  (1350),  il  fut  pris  «  au  service  » 
de  ce  prince  à  la  bataille  de  Poitiers  (1356),  et  suivit  son  maître 
et  souverain,  à  Bordeaux  d'abord,  puis  en  Angleterre.  Il 
occupait  encore  sa  fonction  le  24  juillet  1361,  quand  le  roi, 
eu  égard  à  ses  longs  et  fidèles  services,  lui  renouvela  le  don 
d'une  maison  appartenant  à  feu  maître  Roger  de  Viscrebet, 
recteur  de  l'église  de  Saint-Jean  en  Grève,  à  Paris,  et  valant 
800  «  royaulx  d'or  ou  environ  »\  Il  lui  avait  fait  déjà  d'autres 
donations,  qui  ne  sont  pas  mentionnées  dans  cette  lettre. 

Il  devint  riche  dans  ses  différentes  fonctions,  grâce  aux 
dons  que  lui  accordèrent  ses  protecteurs.  Pieux  comme  toute 
sa  famille,  il  laissa  par  son  testament,  pour  des  œuvres  de 
piété,  «  ses  villes  et  terres  de  Vouillj  et  de  Vuyres  (?),  avec  leurs 
attenances^  »,  qu'il  tenait  en  fief  du  roi.  Gérard,  son  frère, 


1.  «  Dilectus  quoque  et  fidelis  consiliarius  noster,  magister  Michael 
deDainvilla,archidiaconusOstrevanensis,  inecclesiaAttrebatensi,frater 
quondamet  executor  dicti  defunctimilitis))  (Arch.  nat.,  JJ  113,  n°  286). 

2.  Archives  nationales,  KK6,  f°  123-4. 

3.  Ibid. 

4.  «  Johan,  ...  savoir  faisons  ...  que,  comme  pour  considération  des 
bons  et  loyaulx  services  que  nostre  amé  et  féal  chevalier  Jehan  de 
Dainville,  maistre  de  nostre  hostel,  nous  a  faiz  avant  nostre  prise 
devant  Poitiers,  ou  il  fu  pris  en  nostre  service,  et  depuis  à  Bourdeaux 
et  en  Angleterre,  ou  il  nous  a  servi  continuelment  au  dit  office  et 
fait  encore  chascun  jour,  nous  li  ayons  donné  par  noz  autres  lettres 
la  maison  qui  fut  maistre  Rogier  de  Viscrebet,  ...  séant  en  la  rue  de 
ia  viez  Texerranderie, ...  laquelle  maison  tient  d'une  part  a  la  maison 
Pierre  la  Parqueté,  d'autre  part  a  la  maison  Jehan  de  Meaux,  faisant 
le  coing  de  la  rue  du  Martelet  saint  Jehan...  o  (Arch.  nat.,  JJ  89,  n»651), 

5.  «  Villas  et  terras  de  Voucly  et  de  Vuyres  {sic),  cum  suis  pertinen- 
tiis.  »  (Arch.  nat.,  JJ113,  n»  286). 


—  17  — 

bâtit  avec  ses  biens  des  chapelles  pour  le  salut  de  l'àmo  du 
défunt,  de  sa  femme  et  de  ses  bienfaiteurs  ;  Charles  V  leur 
créa  un  revenu  annuel  de  deux  cents  livres  parisis  *.  Au  moment 
de  sa  mort,  qui  est  antérieure  au  23  août  1378,  époque  à 
laquelle  les  lettres  royales  de  donation  furent  renouvelées, 
il  était  maître  d'hôtel  du  nouveau  roi'. 

Gérard  de  Dainville,  le  futur  cardinal  de  Térouanne, 
n'était  encore  en  1350  que  maître  Gérard  de  Tainville  (sic), 
clerc  et  notaire  du  roi'';  il  reçut  le  16  janvier  de  cette  même 
année,  de  Pierre  de  Berne,  le  trésorier,  32  livres  parisis  et  six 
sous  pour  les  gages  des  mois  d'avril,  mai  et  juin  1348  et 
pour  un  habit'.  11  changea  bientôt  de  position,  et  sa  vie  est 
assez  bien  connue:  évêque  d'Arras  dès  1362,  il  passa  ensuite 
à  Térouanne  et  à  Cambrai,  où  il  finit  ses  jours  en  1378  ^ 

Il  fut  en  relations  suivies  avec  son  demi-frère  après  que 
celui-ci  se  fut  établi  en  Chypre  :  on  ne  possède  que  deux  des 
lettres  que  dut  lui  écrire  Philippe.  La  première  '''  date  de 
1366  ;  le  chancelier  de  Chypre  y  parle  de  ses  efforts  pour 
gagner  les  princes  occidentaux  à  une  nouvelle  croisade.  Il 
était  à  Avignon  et  le  roi  venait  de  lui  annoncer,  à  lui  et  à 
son  compagnon  de  voyage,  l'amiral  de  Chypre,  son  prochain 
départ  contre  les  Sarrasins.  Elle  est  très  respectueuse  pour 
son  frère  qui  y  est  appelé  vestra  po.ternitas  ;  il  lui  envoie 
sa  lettre  par  un  rex  heraldorimi,  dont  il  fait  l'éloge,  et  qui 
devait  lui  exposer  de  vive  voix  les  affaires  du  roi  et  son 
propre  état.  Gérard  est  prié  de  lui  accorder  sa  protection 
«  dans  les  affaires  qui  lui  ont  été  confiées  par  le  roi  ».  Après 


1.  Ibid. 

2.  «  Defuncti  Johannis  de  Dainvilla  militis,  quondam  magistri  hospicii 
clarissime  ineinorie  carissiiiii  doiuini  genitoris  nostri  »  {ibid.).  11 
vivait  encore  le  24  juillet  1374,  quand  le  roi  lui  accorda  «  decem  et 
scptem  modiosetoctojaletosbladi  et  deceinmodios  et  très  aissinosavene 
vel  circa,  ad  meiisuram  laudunensem,  annui  et  perpetui  redditus  » 
pour  des  services  rendus  à  lui  et  à  son  prédécesseur  (Arch.  nat.,  JJ, 
105,  n°  467). 

3.  «  Magistro  Girardo  de  Tainvilla,  clericoet  notario  régis.  »  (Ibid., 
KK6,  f»281). 

4.  «  Pro  vadiissuisAprilis,  Mail  et  Junii  cccxLvui,  et  pro  pallie  suo... 
xxxn  1.,  VI  s.  p.  » 

5.  Le  roi  conlirma  en  mars  1362  l'adjudication  de  plusieurs  héri- 
tages, qui  lui  fut  faite  cette  même  année  (Arch.  nat.,  JJ91,  n"  426). 
Sur  sa  vie.  voyez  Gnllia  clirislinna.  III,  c.  46-7,  339. 

6.  Ms.  499  de  l'Arsenal,  f»  147. 

N.  JoROA.  P/iilippe  de  Mézières.  2 


—  18  — 

avoir  parlé  de  ses  neveux  qu'il  lui  recommande  chaleureu- 
sement, il  lui  offre  ses  services  en  Orient,  s'il  en  a  besoin,  et 
lui  demande  ses  prières. 

Quelques  années  plus  tard,  la  carrière  de  Philippe  était 
finie  en  Chypre  :  Pierre  P'  avait  été  tué  le  17  janvier  1369  et 
son  chancelier  n'osait  pas  quitter  Venise,  où  il  se  trouvait  au 
moment  du  crime.  Il  annonça  ses  malheurs  à  son  frère  ',  qui 
paraît  l'avoir  consolé  dans  sa  réponse.  Philippe  lui  écrivit  en 
1369  ou  l'année  suivante,  en  lui  faisant  savoir  son  état  pré- 
sent et  celui  de  l'île  qu'il  ne  devait  plus  revoir.  Il  le  remercie 
pour  la  bienveillance  qu'il  lui  a  témoignée  tant  de  fois'^  et  se 
recommande  à  ses  prières,  tout  en  s'excusant  sur  la  prolixité 
d'une  lettre  trop  longue  pour  les  brefs  loisirs  du  prélat. 

Le  recueil  de  ses  lettres  ne  contient  plus  rien  de  relatif  à 
la  personne  de  Gérard.  Revenu  bientôt  en  France,  le  chance- 
lier de  Chypre  dut  revoir  son  demi-frère  dans  une  position 
bien  différente  de  celle  de  ses  débuts.  Avec  Jean  de  Dainville 
et  Michel,  le  conseiller  du  roi,  ses  relations  furent  probable- 
ment plus  étroites  encore.  Peut-être  même  l'influence  de  cette 
famille,  apparentée  à  la  sienne  de  si  près,  aida-t-elle,  en 
quelque  sorte,  les  débuts  de  Mézières  à  la  cour  de  France. 

Ces  renseignements,  assez  incertains  et  peu  abondants,  sont 
tout  ce  que  nous  avons  pu  trouver  sur  une  famille  dont  Phi- 
lippe fut  la  seule  illustration. 


1.  «  Sicutvestrereverendissimepaternitati alias  scripsi  >->,ibid.J°  143. 

2.  «  Vestram  paternalem  dulcedinem  mihi  indigno  tociens  in  effectu 
hilariter  ostensam  de  corde  meo  nunquam  eradicabo  »  (ibid.). 


CHAPITRE  II. 

NAISSANCE    DE    PHILIPPE.   —  SA  .JEUNESSE.   —  SON  VOYAGE 

EN   ORIENT. 

L'année  de  la  naissance  de  Philippe  a  été  beaucoup  dis- 
cutée :  Becquet  l'avait  fixée,  d'après  ses  abondantes  sources 
et  avec  beaucoup  de  raison,  vers  1326'.  Cette  date  fut  admise 
par  la  plupart  de  ceux  qui  s'occupèrent,  en  passant,  de  sa 
biographie.  Lebeuf  fut  le  premier  qui  exprima  des  doutes,  se 
fondant  sur  un  passage  d'une  de  ces  lettres  qu'il  était  si  fier 
de  connaître.  Or  cette  lettre  a  été  très  mal  datée.  L'abbé,  qui 
ignorait  l'histoire  de  Chypre^  au  point  de  faire  de  Pierre  I*"" 
le  frère  de  celui  qui  fut  réellement  son  père,  de  Hugues  IV, 
la  déclara  écrite  en  1362,  sans  se  donner  la  peine  d'apporter 
des  preuves,  qu'il  n'aurait  pas  trouvées  facilement.  Elle  est 
certainement  bien  postérieure,  comme  il  est  facile  de  s'en 
assurer  du  premier  coup  d'œil.  Le  jeune  roi,  juvenculus  rex,  lit- 
on  dans  cette  lettre,  va  bien,  il  progresse  en  âge  et  en  sagesse, 
expression  bien  singulière,  on  en  conviendra,  pour  désigner  un 
prince  qui,  même  en  i36'2,  était  arrivé  depuis  longtemps  à  l'âge 
d'homme.  Puis  il  y  est  question  du  prince  d'Antioche,  «  l)ailli  » 
du  royaume,  d'une  ambassade  au  Soudan,  qui  était  revenue  sans 
résultat,  à  la  grande  honte  de  la  chrétienté,  et  des  grands  mal- 
heurs qui  l'avaient  éprouvé  lui-même  l'année  passée,  allusion 
évidente  à  l'assassinat  du  roi  Pierre  (1369).  Au  commencement 
se  trouve  une  phrase  allégorique  qui  a  causé  toute  l'erreur  : 

1.  Recquet,  Eloffia,  p.  102  :  «  circa  Redemtoris  annum  mcccxxvi  ». 
Les  calculs  qui  suivent  dans  notre  texte  paraissent  établir  la  date  de 
rj-27. 

2.  Qu'il  aurait  pu  connaître  cependant,  trois  histoires  de  l'île 
étant  publiées  à  cette  épocjue;  celles  de  Lorodan  (traduction  française 
contemporaine,  sous  le  nom  de  Giblot),  d'Htienne  de  Lusignan  et  de 
Jauna.  Môme  ce  (iornier,  <|ui  abonde  en  erreurs  des  plus  divertis- 
santes, ne  pouvait  pas  lui  fournir  ce  renseignement. 


—  20  — 

«  l'année  passée  entière,  dit-il,  dut  être  un  jubilé  pour  moi, 
le  Très  Haut  ayant  rempli  mon  cœur  d'amertume  multiple  et 
jusqu'à  mon  propre  sang\  »  Lebeuf  crut  qu'il  s'agissait  tout 
bonnement  d'une  période  de  cinquante  ans,  ce  qui  le  porta  à 
faire  remonter  la  naissance  de  Mézières  jusqu'à  l'année  1312\ 
L'intention  de  l'écrivain  est  évidente,  cependant,  surtout 
pour  quelqu'un  qui  se  piquait  de  connaître  sa  manière  d'écrire 
souvent  si  peu  naturelle  :  il  était  très  gai,  le  pieux.  Philippe, 
dans  cette  année  de  malheur,  quand  il  perdit  son  ami  et  sa 
fortune  :  Dieu  l'avait  éprouvé  sévèrement  comme  il  éprouve 
toujours,  d'après  l'Écriture,  ceux  qu'il  aime  le  plus''.  Du 
reste,  en  corrigeant  l'erreur  de  date,  on  arriverait  à  1320, 
huit  années  plus  tard  par  conséquent. 

.Paulin  Paris  protesta  dans  un  de  ses  articles''  contre  cette 
manière  d'employer  les  sources;  il  objecta  d'abord  que  le  pas- 
sage n'était  pas  cité,  bien  qu'il  fût  d'une  si  grande  importance 
pour  la  vie  de  Philippe  :  puis,  pour  faire  concorder  cette  affir- 
mation de  l'écrivain,  si  elle  était  jamais  prouvée,  avec  la 
date  fournie  par  Becquet,  il  parla  du  second  voyage  de  Phi- 
lippe en  Italie,  quand  il  pouvait  bien  avoir  écrit  une  lettre 
datée  de  Venise,  comme  celle  que  Lebeuf  avait  connue.  Ce 
second  voyage  aurait  eu  lieu  en  1376  :  on  sait  aujourd'hui  que 
Mézières  n'alla  pas  plus  loin  que  Milan.  Un  passage  du  tes- 
tament fut  cité  aussi  contre  l'hypothèse  de  l'abbé  :  Philippe 
était  sexagénaire  quand  il  l'écrivit,  ainsi  qu'il  l'affirme  lui- 
même  ;  avec  la  première  date  on  arriverait  à  un  chiffre  de 
soixante-cinq^  ou  plutôt  de  soixante-six  ans,  ce  qui  est  tout  à 


1.  «  Totus  annus  preteritus  mihi  jubileus  debuit  esse,  quia  Altis- 
simus  animam  meam  replevit  multiplici  amaritudine,  ot  usque  ad 
sanguinem  proprium.  »  Bibl.  de  l'Arsenal,  n°  408,  f"  l'i'i. 

2.  «  A  l'égard  du  temps  de  sa  naissance,  dit-il,  le  manuscrit  qui 
contient  se^  lettres,  en  renienne  une  de  l'an  1362,  où  il  déclare  que 
c'était  alors  son  année  jubilaire:  d'où  il  s'ensuit  (]u'il  faut  placer  sa 
naissance,  non  en  1327,  mais  en  1312  «(Lebeuf,  Écrn.  de  tAcad.  des 
insc7-i/jt.,  Wll.  p.  'i92). 

3.  Voyez  Bévue  historique,  XLIX,  l'''"fasc.,  pp.  43-44.  Ce  qui  est  plus 
curieux  encore,  c'est  que  Philippe  déclare  emprunter  cette  expression 
aux  Ecritures. 

4.  Mém.  de  VAc.  des  inscr.  el  beUes-leltres,  T  série,  année  1843, 
p.  370. 

5.  Voici  le  passage  (Arsenal,  ms.  408,  f"  241)  :  «  car  il  approce  {sic) 
fort  au  terme  de  son  pèlerinage  et  a  la  tin  de  son  grant  travel,  qui  a 
duré  plus  de  lx  ans,  es  quelz  par  la  miséricorde  de  Uieu  il  a  passé  maint 


—  21  — 

fait  admissible,  tandis   qu'autrement  il  aurait  été   presque 
octogénaire. 

On  pourrait  multiplier  les  arguments  :  si  Philippe  ne  donne 
jamais  lui-môme  l'année  de  sa  naissance,  il  la  laisse  deviner 
assez  facilement.  Il  déclare  avoir  navigué  sur  la  mer  du 
monde  pendant  soixante  ans  environ,  dans  son  Soliloquivm 
peccatoris  écrit  vers  l'année  1387'.  Il  avait  plus  de  cinquante 
ans  (|uand  il  écrivit  la  ConLemplatio,  qui  semble  dater  pres- 
que de  la  même  époque\  Il  était  né,  dit-il  ailleurs,  dans  des 
temps  bien  différents  de  ceux  qu'il  voit  aujourd'hui  :  tout  le 
royaume  était  en  paix,  toute  chose  abondante  «  et  le  peuple 
menu»  si  «  cras  et  si  très  reveleus,  qu'il  avoyent  aussy  comme 
oublié  Dieu'^  ».  «  Et  si  estoit  le  royaume  lors  comme  en  pais, 
riche  et  plain  comme  un  œuf'.»  Cela  dura  «un  bon  temps  aprèsS). 
Or,  si  la  France  était  riche  et  en  paix  pendant  les  dernières  années 
de  Philippe  le  Bel,  l'espace  de  temps  qui  s'écoula  jusqu'au  com- 
mencement de  la  guerre  avec  les  Anglais  (1340)  était  trop 
grand  pour  pouvoir  être  représenté  par  l'expression  approxi- 
mative de  Philippe.  Les  personnages  et  les  événements,  qu'il 
mentionne  dans  son  Songe  du  vieil  pèlerin,  appartiennent 


grant péril  et  aventure  sans  nombre.  »  Il  ne  peut  pas  être  question  de  ce 
(lui  fut  le  but  de  sa  vie,  son  autre /î^/e?-?n(7^^.  ses  efforts  pour  la  croisade, 
l'n  autre  passap;e,  assez  difficile  à  exjjliciuer,  ne  peut  |)as  appuyer  non 
plus  l'hypothèse  de  Lebeuf  (//yn/.,  f"  242  v")  :  «  c'est  assavoir  qu'il  (Dieu) 
t'a  donné  espace  plus  de  ,\xx  ans,  voire  de  xl,  et  tant  convenable,  ou 
darrain  quartier  de  ta  vie,  de  recognoistre  tes  defautes,  et  la  bonté  de 
dieu  en  toy  »,  etc.  Si  on  applique  le  ternie  de  «  darrain  quartier  de  sa 
vie  »  aux  30  et  40  ans  mentionnés  plus  haut,  Philippe  devait  avoir />/ms 
de  160  ans  en  1392  ! 

1.  Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  408  :  «  ferc  lx  annis. . .  navigavi  «(f"  228). 
('f.  sur  la  date  de  cet  ouvrage  le  testament,  ihid.,  f"  241  v".  Le  SoH- 
loquinm  est  cité  le  second  {)armi  l(>s  livres,  qui  précédèrent  ce  dernier. 

2.  i5il)l.  de  l'Arsenal,  ibid..  f"  197:  «  quianon  solumxx.wiii  annis,  quin 
ymo  quinquaginlnel  ultra  in  lecto  peccatorum  paraliticus  jacuisti».Une 
autre  mention,  plus  obscure,  au  f"  188  :  «  (\\\\  (Dieu)  sua  pietate,  non 
solum  XV  annos  pueritie  mee  ad  vitam  crescendo  adjun.xit,  quamvero 
XXX  et  ultra  ad  juventutem  meain  multiplicavit  »,  ce  qui  revient  au 
même.  La  ConlvmpUino  ne  peut  pas  être  celle  qui  est  citée  dans  la  Che- 
valerie de  la  Passion  (Ms.  2251  de  l'Arsenal,  f'^  7  v°,  «  ou  livre  secret 
de  sa  povre  contemplacion  »),  la  comparaison  dont  il  est  question 
ici  ne  s'y  trouvant  pas. 

3.  Siinge  du  vieil  pèlerin.  Ms.  de  l'Arsenal  2682,  f"  131  v«.  V.  sur  la 
prospérité  générale  vers  cette  époque,  S.  Luce,  Jlisl.  de  li.  Du  Guesclin. 
La  jeunesse  de  Bertrand,  Paris,  1876,  pp.  55-83. 

4.  Ms.  2683,  f»  !)3. 

5.  Ms.  2682,  f»  131  v". 


—  22  — 

tous  ;ï  une  époque  beaucoup  plus  réconte,  au  temps  qui  s'é- 
coula entre  sa  première  jeunesse  et  son  départ  définitif  pour 
l'ile  de  Chypre  (  1345-1 3G1).  Il  ne  parle  jamais  de  la  cour 
des  fils  de  Philippe  le  Bel,  dont  il  ne  pouvait  pas  connaître 
les  règnes  par  lui-même.  On  trouve,  au  contj'aire,  un  certain 
nombre  d'anecdotes,  qui  révèlent  le  témoin  oculaire,  sur  le 
règne  des  deux  premiers  Valois,  dont  il  servit  le  second 
dans  ses  guerres:  ^3i  jeunesse,  ce  sont  les  premières  grandes 
batailles  avec  les  Anglais — il  mentionne  Crécy\  — la  guerre  de 
Bretagne  ^  les  règnes,  en  Bohème,  de  Jean  de  Luxembourg  et 
do  Charles  IV.  Jamais  il  ne  dépasse  ces  limites  dans  ses  sou- 
venirs. Il  quitta  le  château  paternel  en  1345  et  le  manque 
complet  de  renseignements  sur  sa  vie  antérieure  nous  montre 
que  son  âge  l'empêchait  déjouer  quelque  rôle.  Avant  1345,  il 
étaitencore,  peut-être,  à  l'école  des  bons  chanoines  d'Amiens. 
Enfin,  —  et  c'est  ce  qui  me  paraît  décisif,  —  dans  le  récit  du 
premier  voyage  fait  par  Pierre  I'''  en  Europe,  il  déclare 
qu'il  avançait  lui-même  déjà  dans  l'âge  d'homme,  au  moment 
où  le  roi  se  décidait  à  commencer  seul  cette  guerre  contre 
les  Infidèles,  que  ne  voulaient  pas  entreprendre  ses  frères 
d'Occident '\  Il  avait  alors  trente-huit  ans,  ce  qui  justifie 
assez  bien  les  termes  emploj-és  :  si  on  adoptait  l'hypothèse 
de  Lebeuf,  c'est  un  homme  de  cinquante-trois  ans,  qui  s'ex- 
primerait de  la  sorte. 

11  fut  baptisé  à  Amiens,  dans  la  belle  église  de  Notre-Dame\ 
On  n'a  pas  de  données  sur  son  enfance,  dont  il  ne  parle  jamais 
dans  ses  écrits  ;  il  dut  la  passer  dans  ce  vieux  château  de 
Mézières,  qu'il  décrit  si  noir  et  si  ruiné;  cadet  d'une  nom- 
breuse famille,  il  vécut  dans  l'obscurité  et  dans  la  pauvreté 


1.  Crécy  et  le  comte  Jean  de  Hainaut,  ot  d'autres  exemples  encore, 
contemporains  et  bibliques,  pour  montrer  que  «  aler  en  l'ost,  et  legie- 
rement  combatre,  n'est  pas  un  jeu  de  courre  ou  paale  (.s/r).  11  y  fault 
aler  meurement  »  (Ms.  2683,  f°  172). 

2.  «  Anciennement,  et  ou  temps  du  viel  pèlerin,  les  grans  princes 
et  pers  du  royaume  de  Gaule  en  la  guerre  servoient  le  roy  à  leurs 
propres  despens,  si  comme  le  duc  Jehan  de  Bretaigne  »  {ibid.^  f"  174). 

3.  Il  partageait,  dit-il,  aussi  l'opinion  du  roi,  lui  le  «juvenis...  sepe 
tactus,  jam  in  étale  pleniludinis  procedens  »  (Oratio  tragédien,  Bibl. 
Mazarine.  1651,  f»  191  V). 

4.  V.  plus  haut. 


-  23  — 

même,  s'il  faut  l'en  croire',  bien  que  sa  famille  fût  noble 
«  selon  l'opinion  de  ce  monde ^  ».  Quoiqu'il  paraisse  avoir  ha- 
bité le  château  même  de  Mézières,  ce  n'est  pas  son  père  qui 
en  était  le  seigneur.  En  effet,  un  arrêt  du  parlement,  daté  du 
13  juillet  13G2,  nous  donne  le  nom  du  seigneur  de  Mézières, 
«  enSancters  »  à  cette  époque,  et  Mahieu  de  Séchelles,  frère 
et  successeur  do  Pierre  de  Séchelles,  ne  paraît  pas  avoir  été 
le  parent  bien  proche  de  Philippe^  Est-ce  de  son  père  qu'il 
veut  parler  quand  il  nous  représente,  dans  son  Songe  du  vieil 
pèlerin^  ce  vieux  seigneur  picard  faisant  la  leçon  à  ses  en- 
fants :  «  Mes  enfans,  disoit-il,  aprenés  tant  a  dire  voir,  que  se 
en  cas  de  nécessité  vous  avérés  mestier  d'une  mensonge,  elle 
vous  soit  comptée  pour  voir?*  »  Philippe  suivit  fidèlement  ce 
précepte  de  son  père  :  par  malheur  ce  fut  la  seule  chose  que 
ce  dernier  aurait  pu  lui  donner.  Malgré  ses  nombreux  pa- 
rents nobles,  il  commença  bien  difficilement  sa  fortune. 
De  bonne  heure,  le  jeune  «  Benjamin,  le  dernier  de  ses 
frères^  «,  fut  envoyé  à  l'école  des  chanoines  de  Notre- 
Dame,  à  Amiens.  Il  y  fit  les  études  habituelles  avec  beaucoup 


1.  «  Moyjooi^rcet  dénué  enfant,  le  maisné  de  mes  frères  »  (Chevalerie 
de  la  Passion,  ms.  2251  de  l'Arsenal,  f»  10). 

2.  «  Secundum  famam  hujus  mundi  nobilis  »  (Or.  trag.,  f"  129  v"). 

3.  Cet  arrêt  (Airh.  nationales,  X'«  13  a.  143)  était  dû  à  l'inter- 
vention d'un  conseiller  du  roi,  le  «  noble  homme  et  puissant  monsei- 
gneur »  Simon  de  Bucy  ;  il  mit  fin  à  deux  procès  :  entre  Pierre  de 
Séchelles  et  Guillaume  de  Raineval  (Renneval)  d'abord,  pour  la  terre 
de  Séchelles,  dont  le  premier  était  seigneur;  entre  Mahieu  et  le  même 
ensuite,  pour  la  terre  de  Mézières  même,  qui  était  dans  la  dépen- 
dance de  Guillaume,  à  cause  de  son  château  de  Pierrepont.  En  ce 
qui  concerne  cette  seconde  aflaire,  Mahieu  avait  offert  vainement  à 
son  suzerain  le  tiers  des  revenus  de  cette  terre  pendant  trois  ans  ;  il 
consentit  à  recevoir  enfin  trois  cents  royaux  d'or  à  payer  en  trois 
termes,  pendant  cette  même  année.  Le  procès  avait  été  plaidé  précé- 
demment devant  \e  prévôt  de  Monldidier  et  le  bailli  du  Vermandois. 
Nous  devons  l'indication  de  cette  pièce  à  M.  Legrand,  bibliothécaire 
aux  Archives.  —  Soixante  ans  plus  tard,  les  terres  de  Démuin  et  de 
«  Maisiêres  en  Santers  »  étaient  données  par  Henri  VI,  d'après  la 
recommandation  du  duc  de  Bedford,  à  Antoine  de  Lorraine,  comte  de 
Vaudemont  et  châtelain  de  Boves  en  Picardie  (c.  Sains,  ar.  Amiens), 
l^lles  avaient  été  confisquées  par  le  roi  anglais  à  «  feu  Charles  d'Esneval, 
jadis  chevalier,  et  sa  femme  «,  pour  s'être  rendus  coupables  de 
rébellion  (2'i  septembre  l'i25).  (S.  Luce,  Jeanne  d'Arc  à  Domrémy, 
Paris.  1886,  p.  162). 

4.  Ms.  de  l'Arsenal,  n"  2682,  f»  78  v". 

5.  Contemplacio  hore  mortis,  Bibl.  Arsenal,  n"  408,  f° 208  :  «hune  Benja- 
min, ultimum  fratrum  suorum  duodecimum  »  {Soliloquium,  f"  227). 


—  24  — 

do  zèle,  à  ce  qu'il  paraît.  Les  œuvres  de  cet  homme  de  guerre 
abondent  en  citations  :  il  connaît  beaucoup  de  choses  sur  la 
philosophie  ancienne  et  contemporaine,  il  cite  Aristote  et  son 
fameux  commentateur,  Albert  de  Cologne  \  sans  compter  un  des 
plus  grands  parmi  ses  propres  contemporains,  «  le  soUempnel 
maistre  en  théologie  et  digne  evesque  de  Lisieux  ^  », 
maître  Nicole  Oresme.  11  connaît  le  Livre  des  moralités  '\ 
qui  lui  fournit  de  merveilleuses  anecdotes  et  comparaisons, 
le  Cat.holicon\  un  de  ses  ouvrages  favoris  et  «  le  livre  moult 
sollempnel,  apelé  dicionaire^  ».  Il  n'est  pas  moins  savant  sur  la 
théologie,  bien  qu'il  proteste  souvent  de  sa  grande  ignorance 
sur  les  choses  de  la  foi  et  ses  profonds  mystères,  qu'il  se 
borne  à  croire,  more  bubulcorum^ .  Il  sait  à  fond  toute  l'his- 
toire des  guerres  des  Troyens  et  les  exploits  des  douze  preux, 
les  victoires  d'Alexandre,  d'après  ce  fameux  livre  d'Alexandre" 
si  répandu  au  moyen  âge,  et  les  grandes  conquêtes  du  «  très 


1.  .S.  (L  V.  p.,  t.  II,  (nous  désignons  ainsi  le  ms.  2683  de  l'Arsenal 
qui  contient  la  seconde  partie  du  Songe;  le  ms.  2682  de  la  même 
bibliothèque  sera  représenté  par  le  tome  I«'),  f"  39  v.  Epilre  au  roi 
Richard,  British  7nuseum,  Hoyal  H.  IV,  f"  Il  v°;  Oralio  tragedica,  î° 
162  v°.  II  cite  une  seule  fois  Platon,  comme  un  modèle  de  vertu.  ^S. 
d.  V.  p.,  iind.,  f»  210  \°.  Cf.  aussi  sa  lettre  au  cardinal  d"Albano,  sur 
la  mort  d'Urbain  V.  (v.  plus  loin). 

2.  5.  d.  v.p.,  t.  II,  f"  40  v"  II  recommande  «  le  romant  de  maistre 
Jehan  de  Meun  »,  et,  aussitôt  après,  les  œuvres  de  S.  Bernard  (ibid. 
fo  43  v<'-44).  L'œuvre  de  Nicole  Oresme,  qu'il  cite  dans  son  ouvrage, 
c'est  «  le  biau  traictié  »  sur  l'astrologie,  qu'il  combat  aussi  de  toutes 
ses  forces.  II  en  est  tellement  enthousiasmé  qu'il  l'appelle  «  le  très 
subtil  et  real  phillozofe,  des  meilleurs  qui  fust  depuis  Aristote  » 
(fo  40  yo).  Il  admire  aussi  «  le  noble  phillozufe  Boesce  »  (dans  la  trad. 
de.I.  de  Meung:'')(cf.  f"  99).  Il  cite  encore  d'Oresme  les  livres -(d'etiques 
et  de  politiques  »,  ibid. 

3.  «  Livre  des  moralitez»;  il  en  tire  l'histoire  des  deux  rois  Malavisé 
et  Vigilant  (Epilre  à  Richard,  f»  28).  II  cite  aussi  le  «  Livre  de  la  pro- 
priété des  choses  »  (ibid.,  f"  55). 

4.  Songe  du  vieil  pèlerin,  t.  11,  f"  69  v"  :  «  livre  de  cathoHcon.  »  Il  le 
cite  aussi  pour  le  prix  du  talent  biblique  :  «  vide  in  catholico  »  (Oratio 
trag.,  f»  159). 

5.  Cité  pour  éloigner  Richard  de  la  guerre  :  il  est  question  de 
l'oiseau  indien  Arpia  de  Slragopales,  qui  ressemble  aux  chrétiens 
(Epilre,  f»^  50-51). 

6.  «...  Et  credo  in  Deumcotidie  dicendoetfirmitercredendo,  more  bu - 
bulcorum  »  (Contempla Ho,  f"  204).  V(ur 'pour  ses  connaissances  en  tliéo- 
logie  la  réponse  qu'il  fit  à  S.  Pierre,  qui  l'interrogeait  sur  la  foi  (ibid., 
f"  203  v").  Il  cite  surtout  la  Civitas  Dei,  S.  Grégoire  et  Isidore  de 
Séville,  Guillaume  de  Paris  (Or.  tr.,  f"  179),  Hugues  de  S.  Victor  et 
son  auteur  favori,  «le  bon  bourguignon  saint  Bernard»  (S.  d.v.p..  I.  f"5). 

7.  Ibid.,  fo  52  v°. 


—  25  — 

preu  Julius  César,  qui  à  très  grand  paine  et  batailles  périlleuses, 
mist  à  conquerre  x  ans,  et  France  et  Angleterre,  et  grant 
partie  d'Almaigne'  ».  Lesnoms  de  Théodose^etd'«  Éracle*», 
d'((  Ottovian'*  »,  qui  mourut  sans  postérité,  et  de  «  Constan- 
cieux''  »,  qui  eut  le  malheur  de  donner  naissance  à  «  Julius 
Apostata  »,  lui  sont  familiers  et  lui  fournissent  plus  d'une 
belle  comparaison.  Il  aime  à  voir  dans  Charles  VI  et  Richard, 
devenus  amis,  «  Roilant  le  vaillant  et  le  très  débonnaire 
Olivier"  »;  dans  le  prince  de  Galles  se  choisissant  une  femme 
au-dessous  do  son  rang,  Constantin  le  Grand  épousant  Hé- 
lène, «  lors  une  hostoiière  très  sage  et  aournéo  de  grans 
vertus'  ».  L'histoire  du  moyen  âge  lui  est  tout  aussi  bien 
connue  :  il  parle  de  la  bataille  de  Fontenoy^  qu'il  fait 
peindre  sur  los  murs  de  son  temple  do  la  guerre,  de  Char- 
Icmagne  et  d'Artus,  le  grand  conquérant''',  d'Henri  V  d'Alle- 
magne, auquel  il  attribue  les  actes  de  haute  moralité  de 
Louis  le  Débonnaire  ^",  de  Godefroi  de  Bouillon,  son  héros  de 
préférence,  qui  vainquit  les  Sarrasins  par  la  seule  force  de 


1.  Chevalerie  de  la  Paasioii,  f"  .'^5.  Suit  l'exemple  de  Cliarlemagne. 

2.  Epislre,  f"  18.  En  passant  par  Pavie,  la  reine  Vérité  regrette 
S.  Ambroise,  Luitpraiid  (S.  d.  v.  p.,  1,  f"  76). 

3.  S.  .'.r.séne  le  cite  dans  le  Sonfj/e  {ibid.,  i"  38).  Son  combat  avec  le 
fils  de  Cliosroès  (Chev.  de  la  Passion,  f"  23  v). 

4.  Epilre  à  Richard,  f"  43.  Un  exemple  sur  lui,  qui  «  se  lit  es 
estoyres  ronimaines  »  (5.  d.  v.  p.,  t.  Il,  f°  85). 

5.  Il  est  nommé  «  frère  de  l'empereur  Constantin.  »  {Epilre  à  Ri- 
chard, f"  44). 

6.  Epilre,  f"  81.  11  les  compare  aussi  à  S.  Edouard  et  S.  Louis  (f°  34). 

7.  Ibid.,  f°  48  V".  Il  cite  aussi  la  légende  dorée  (Chevalerie  de  la 
Passion.  P  68  \o). 

8.  Epitre  à  Richard,  f"*  66-66  v".  Il  est  question  aussi  d'Hannibal 
«  roy  d'Aufricjue  »  (ibid.),  qui  fut  frappé  —  les  chrétiens  devraient  en 
prendre  exemple  dans  leurs  saintes  guerres  —  «  en  la  teste  et  non  pas 
en  la  queue  »  (Epit.  lamentnhle  et  consolai.,  ap.  Froissart.  éd.  Kervyn. 
XVI,  p.  4'J4)  par  le  «  très-vaillant  prince  Cypion  Aufricain  »  (Epitre 
à  Richard,  f"  3  v"),  d'après  «  les  croniques  autentiques  »  (ibid.).  II 
voudrait,  dit-il  ailleurs,  (jue  ce  dernier  ressuscitât  pour  venger  les 
chrétiens  (A''owa  relir/io  Milicie  Passionis.  Bibl.  Mazarine.n"  1943,  fo20). 

9.  Aux(piels  il  compare  les  jeunes  rois  de  France  et  d'Angleterre, 
pour  les  animer  à  combattre  contre  les  Infidèles  (Epilre  à  Richard. 
i"  81).  11  connaissait  sur  le  premier  des  chroniques  («  selonc  ses  cro- 
niques )),  Songe  du  vieil  Pèlerin,  t.  II,  f"  114  v").  Il  connaît  aussi  la 
piété  de  Robert  de  France  (j/>îV/..  f"  117)  et  de  Philippe-Auguste,  «  qui 
commença  sa  sainte  chevalerie  a  deslruire  hérésie  »  \(ibid.,  f"  62). 

10.  Pupitre  à  Richard,  f"  42.  Il  cite  aussi  Henri  IV  et  Louis  le  Dé- 
bonnaire (ibid.,  f»  44).  Cf.  6'.  d.  v.  PeL,  t.  H,  f"  109. 


-  26  — 

sa  chasteté  '.  Il  recommande  une  bibliothèque  entière  à 
Charles  VI,  son  élève  :  la  littérature  sacrée  et  la  profane  s'y 
mêlent  d'une  manière  assez  originale;  les  seuls  «  dittiés  » 
profanes  doivent  être  évités  par  le  jeune  prince,  qui  ne  doit 
pas  écouter  les  mensonges  effrontés  des  trouvères".  Après 
chaque  fait,  il  cite  sa  source,  quelques  «  croniqucs  et  es- 
tovres  anciens"  »,  les  livres  de  «  Titilivius  »,  de  «  Valerius  » 
et  de  «  Maximus,  »  dont  il  fait  deux  personnages  différents,  de 
Végèce,  sur  la  «  chose  chevalereuse»,  le«  noble  »  livre  sur  le 
gouvernement  des  princes*,  ensuite  les  dialogues  de  saint 
Grégoire  et  les  chroniques  de  Terre  Sainte,  les  prophéties  de 
Merlin%  et  les  «  hystoires  autentiques  des  ix  preuz  ^  ».  Comme 
compositions  littéraires,  il  aime  les  ouvrages  d'Orose  et  de 
Claudien,  «  souverains  poètes''  »,  le  roman  de  la  Rose  '  surtout, 
qui  a  des  similitudes  avec  quelques-unes  de  ses  œuvres,  et  les 
poésies  d'Eustache,  son  ami,  la  chronique  rimée  du  ((poure 
homme  appelé  Cuvelier  »  '.  Il  admire  la  faconde  de  «  Tulle*'», 
qu'il  voudrait  tant  posséder,  et  ne  manque  pas  de  lire  —  en 
original,  peut-être  —  «  la  cronique  autentique  du  dessus  dit 
marquis  de  Saluce  et  de  Griseldis,..  escripte  par  le  solempnel 
docteur  et  souverain  poète,  maistre  François  Petrac  de  Puis"». 


1.  «  Qui  par  la  vertu  de  chasteté  trencha  parmi  le  Sarrasin  à  la 
bataille  d'Antioche  »  (Fpitre  à  Richard^  f»  42). 

2.  5.  d.  V.  Pel.,  t.  II.  f"*  98  et  suiv. 

3.  Il  cite  des  «  cronicas  autentiquas  terre  sancte  »,  pour  montrer 
que  les  croisades  continuèrent  après  la  prise  de  Jérusalem  (Orat.trag., 
f"  192).  «  Es  hystoires  autentiques  des  ix  preuz,  de  la  bataille  de  Troyes, 
d'Alixandre  etdes  Romains...  »  (S.  d.  v.  P.,t.  II,  f"  170  v»);  «  croniques 
et  estoyres  anciens  »  (ib.,  f"  98).  Il  se  goumet  au  jugement  de  l'Eglise 
s'il  a  écrit  quelque  chose  dans  son  livre,  qui  soit  «  autrement  que  es 
hystoires  et  croniques  anciennes  »,  dans  les  écrits  des  docteurs  et  les 
saintes  Ecritures  (ibid.,  f"  210  v"). 

4.  S.  d.  V.  P.,  t.  II,  f"  170  v°;  cf.  f"  99.  II  cite  encore  les  Antiquités 
de  Josèphe  (f"  99)  elles  relations  de  Pythagore  avec  «  Pampelion,  res- 
gnant  à  Romme  »  et  y  donnant  des  lois  (ibid.,  t.  II,  f"  33),  d'après 
Tite-Live. 

5.  Pour  montrer  que,  depuis  60  ans,  la  chevalerie  anglaise  est  de- 
venue une  «  aguille  ou  aguillon  de  fer  »  (Epitre  à  Richard,  f"  15  v"). 

6.  V.  note  8,  page  précédente. 

7.  S.  d.  V.  P.,  t.  II,  f"  196. 

8.  «  Le  livre  de  la  Hose  »  (Jbid..  t.  I,  f"  100  v«). 

9.  S.  d.  V.  P.,  t.  H,  f"  99  V";  108  v». 

10.  «  0  si  rectoricam  et  eloquentiam  haberemTulii  »  (Contemplntio, 
f"  210). 

11.  Epitre  à  Richard,  f"  49. 


-  27  — 

Il  avait  sur  l'éducation  de  très  bonnes  idées,  qu'il  devait  ex- 
poser dans  ce  traité  sur  sa  chevalerie  de  la  Passion,  dont  on 
n'a  mallioûreusement  que  les  rubriques'. 

Il  avait  sans  doute  acquis  la  plupart  de  ses  connaissances 
beaucoup  plus  tard,  dans  ces  voyages  d'aventures  pendant 
lesquels  il  eut  tant  d'occasions  de  s'instruire,  et  surtout  dans 
sa  retraite  paisible  aux  Célestins.  Son  tempérament  curieux 
de  savoir  dut  beaucoup  l'aider  à  compléter  son  instruction  : 
il  recueillait  partout  des  informations  sur  les  sujets  les 
plus  différents.  Il  posait  aux  phijsiciens,  pendant  son  séjour 
à  la  cour  des  rois  et  des  papes,  dit-il,  des  questions  «  touchans 
à  medicine  et  à  astrologie,  pour  aprendre  tousjours  et  retenir 
aucune  conclusion  de  medicine-».  C'est  en  agissant  de  la  sorte 
qu'il  devint,  sans  contredit,  un  des  écrivains  les  plus  cultivés 
de  son  temps.  Il  dut  cependant  beaucoup,  surtout  le  maniement 
facile  du  latin,  aux  leçons  des  chanoines  d'Amiens.  Nous 
n'avons  pas  de  données  sur  cette  partie  de  sa  vie,  sur  le  temps 
même  qu'il  employa  à  ses  études  :  il  ne  les  compléta  pas  d'ail- 
leurs, décidé  à  embrasser,  comme  toute  sa  famille,  la  carrière 
des  armes.  On  a  fait  de  lui,  mais  à  tort,  un  docteur  en  droit ^, 
car  il  ne  connut  jamais  très  bien  cette  matière.  Quant  à  la 
théologie,  il  déclare  lui-même  n'avoir  été  ni  «  docteur  en 
décrets  ni  licencié  dans  le  conventus  des  théologiens*  ». 

Philippe  garda  toujours  de  la  reconnaissance  à  ses  premiers 
maîtres.  En  Orient  encore,  après  les  événements  de  13G5\  il 


1.  [iibl.  Mazarine,  n»  19'»3.  f"'^  103  et  suiv. 

2.  Epilre  à  Bichard,  i"  31».  11  savait  le  grec,  par  exemple,  qu'il 
apprit  en  Chypre,  sans  doute  (il  cite  le  mot  ;:avay;a),  et  peut-être 
môme  quelques  rudiments  de  ces  langues  orientales  qu'il  voulait  faire 
apprendre  aux  fils  de  ses  chevaliers. 

3.  .\.  Bostius,  Dp.  palronalu  H.  Virg.  Marine,  c.  XII:  «  nobilis  vir 
Philippiis  de  Mazzeriis,  regnorum  Jérusalem  et  Cypri  cancellarius, 
doclor  Leijinn  et  eques  auratus.  »  P.  Paris  l'avait  déjà  qualifié  de 
«  chevalier  os  lois  »,  M.  Rrants  exprime,  d'une  manière  plus  précise, 
cette  hy])othèse  :  «  Maizières  devint  jurisconsulte,  chevalier  es  lois  et 
fut  attaché  comme  chancelier  de  Chypre  à  la  personne  du  roi  Pierre  l'""» 
{Rev.  calh.  de  Louvain,  1,  p.  592). 

'i.  11  n'est  pas.  dit-il,  «  doctor  decretorum  nec  licenciatus  in  conventu 
theologorum  »  (Contemplnlio,  f"  204). 

5.  Le  ton  général  de  la  lettre  est  assez  vague  :  Pierre,  l'athlète  de  la 
foi,  le  second  Machabée,  a  remporté  déjà  plusieurs  victoires  merveil- 
leuses sur  les  Sarrasins,  sans  avoir  trouvé  pourtant  aide  et  consolation 
parmi  ses  frères  de  l'Occident.  11  est  cependant  toujours  prêt  à  com- 
battre pour  l'accroissement  de  la  foi  catholique.  11  a  lui-même  beau- 


-  28  — 

leur  écrivit,  leur  demandant  des  prières  pour  le  roi  -vain- 
queur. Il  gardait  auprès  de  lui  un  de  leurs  diocésains,  le 
curé  Jean  Honoré,  pour  se  souvenir,  dit-il,  de  leurs  p'crsonnes  : 
il  demande  dans  sa  lettre  leur  protection  pour  les  bénéfices  que 
ce  dernier  avait  laissés  en  Occident.  La  lettre  est  très  affec- 
tueuse pour  sa  ville  natale  et  son  pays  :  il  est  lui-même,  dit-il, 
un  pauvre  petit  a,rhre{nr  buse  nia),  transplanté  en  Orient  pour  le 
service  de  la  foi  chrétienne.  Il  n'oublie  pas  cependant,  au  milieu 
deses travaux,  samère,  «rimmaculéeViergeglorieused'Amiens 
et  sa  maison  merveilleusement  élevée  au-dessus  des  autres, 
et  son  jardinier,  le  martyr  Saint  Firmin'w.  Ce  «  jardin  fleuri  » 
est  toujours  présent  à  sa  mémoire,  et  toute  chose  accroît  la 
douleur  de  la  séparation,  «  de  sorte  que,  dit-il,  quand  le  frêle 
arbrisseau  se  souvient  [contemplationepresentantur]  des  chants 
de  Sion,  des  voix  de  louanges  sonores,  d'exultation  et  de  joie, 
du  divin  office  de  jour  et  de  nuit,  que  vous  célébrez  en  l'hon- 
neur [exJtibetis)  do  l'époux  et  de  l'épouse  et  du  très  dévot  jar- 
dinier, dans  la  maison  de  notre  mère  susdite,  vous,  mes 
seigneurs  et  mes  pères,  son  esprit  exulte  dans  le  Seigneur, 
son  Dieu  salutaire,  et,  s'il  convient  de  l'écrire,  son  àme  défail- 
lit du  désir  de  voir  et  d'entendre  des  choses  pareilles,  parce 
qu'une  seule  journée  à  ton  foyer,  ô  étoile  du  matin  et  remède 
des  pécheurs,  vaut  plus  que  mille  autres  ))^  Il  se  recommande 
à  leurs  prières;  certain  d'être  aimé  encore  par  ses  pères,  il 
leur  offre  ses  services,  en  Orient  ou  ailleurs,  et  se  recom- 
mande à  son  «  très  vénérable  père,  l'évêque  d'Amiens,  son  pré- 
lat naturel  »,  Jean  de  Cherchemont  (1325-73).  La  lettre  finit 
par  une  fervente  prière  pour  la  paix  et  le  bonheur  de  sa  pre- 
mière patrie:  «  que  Dieu  éloigne,  dit-il,  de  mon  premier 
champ  lacrimable,  »  c'est-à-dire  de  la  France,  «  les  ronces,  les 
épines,  les  sauterelles  et  tout  malheur,  par  sa  miséricorde^  ». 
C'est  peut-être  le  ton  familier  de  la  lettre,  qui  a  fait  croire  à 


coup  d'affaires  sur  les  bras.  La  lettre  serait-elle  antérieure  au  départ 
de  Pierre  pour  l'Occident?  Je  préférerais  la  date  de  i365-1366  (départ 
de  Philip})e  pour  Venise),  comme  justifiant  beaucoup  mieux  le  mécon- 
tentement envers  la  chrétienté  occidentale.  Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  499 
f"  144. 

1.  Ihid. 

2.  Ihid. 

3.  Ihid. 


-  29  - 

Becquet,  qu'il  fut  chanoine  à  Amiens,  après  son  retour  de 
Jérusalem,  hypothèse  peu  probable  et  que  rien  dans  ses 
ouvrages  ne  vient  appuyer '. 

Nourri  des  chroniques  de  Terre  Sainte  et  des  récits  dou- 
loureux, des  pèlerins,  l'enfant  devint  d'une  ardente  piété, 
qui  touchait  au  mysticisme.  Il  prit  la  Vierge  pour  patronne 
et  lui  voua  pendant  toute  sa  vie  une  dévotion  spéciale,  qui 
apparaît  dans  tous  ses  ouvrages  :  c'est  son  «  espérance  depuis 
sa  jeunesse  »''^  ;  il  se  nomme  «  son  dévot  continuel*  »  ;  c'est 
elle  qui  le  défend  devant  le  tribunal  du  Christ*.  Il  em- 
ploiera plus  tard  des  années  entières  pour  obtenir  la  célé- 
bration de  cette  nouvelle  fête  de  la  Vierge  qu'il  avait  rapportée 
de  l'Orient. 

En  môme  temps,  commençait  à  se  former  dans  l'esprit  du 
jeune  homme  une  idée  qui  fut  l'étoile  de  sa  vie  aventureuse. 
Il  avait  lu  dans  les  chroniques  l'histoire  des  croisades, 
l'enthousiasme  premier  des  multitudes,  le  pape  prêchant  lui- 
môme  la  croix  à  Plaisance  et  à  Clermont,  ces  masses  innom- 
brables que  conduisit  en  Orient  un  simple  moine,  son  compa- 
triote, Pierre  l'IIermite.  Sa  communauté  de  patrie  avec  le 
promoteur  de  la  première  croisade  le  fit  pensera  la  possibilité 
d'une  nouvelle  expédition,  dont  il  serait,  bien  qu'indigne, 
l'inspirateur.  Il  était,  il  le  savait,  un  simple  cadet  de  Picardie, 
sans  pouvoir  et  sans  argent,  mais  c'était  Dieu  qui  allait 
combattre  sous  son  nom  :  son  prédécesseur,  n'était  guère  de 
plus  grandes  aptitudes,  ni  de  noblesse  plus  haute  ^ 


1.  Je  n'y  verrais  qu'une  seule  difficulté  :  Becquet  est  très  ;)reVis,  il 
le  fait  rester  à  Amiens,  dans  cette  qualité,  pendant  quatre  ans.  Cepen- 
dant, revenu  de  rOrient,  il  eut  des  occupations  beaucoup  moins  pieuses, 
faisant  le  mercenaire  au  service  d'Alphonse  de  (  astillc  d'abord,  puis 
dans  l'armée  contre  les  Anglais,  sous  les  ordres  d'Audrehem.  On  ne 
voit  pas  trop  ce  qui  lui  aurait  fait  quitter  le  service  pour  prendre  l'habit 
de  chanoine.  \'oir  encore  sur  ses  relations  avec  l'égliîse  cathédrale 
d'Amiens,  le  Salve  sanclaparens,  où  il  déclare  y  avoir  été  élevé  (v.  plus 
haut).  «  U  vos  patres  mei  venerandi,  in  famulatu  imperatricis  Ambia- 
nensium,  in  templo  ejus  miritico  solempniter  dedicati  »  (f"  24). 

2.  «  Spes  niea  a  juventute  »  (Conlemplalio,  P  208  v"). 

3.  «  Devotus  tuus  a  juventute  sua  sernper  e.vtitit  »,  dit  Saint  Jean  à  la 
Vierge,  dans  le  même  ouvrage  (f'^  203).  «  liic  devotus  mi  commissus  a 
sua  juventute  »,  s'exprime-t-elle  ailleurs  {ibid.,  218  v'). 

4.  Ibid. 

5.  «  Sequendo  desiderium  militie  Machabeorum,  et  ultime  militiam 


-  30  — 

Des  prophéties  contemporaines  \  de  ces  illusions  enfantines, 
si  fécondes  au  moyen  âge,  firent  une  profonde  impression  sur 
son  âme  superstitieuse  et  l'affermirent  dans  ses  espérances. 
La  puissance  des  Infidèles  n'était  plus  à  craindre,  malgré 
leurs  victoires.  Si  leurs  armées  étaient  innombrables,  leur 
organisation  solide  et  leurs  possessions  étendues,  ils  étaient 
à  la  veille  de  périr.  Dieu  les  avait  condamnés,  et  ils  le  savaient 
eux-mêmes.  Les  Francs,  leurs  parents,  descendants  de  ce 
Francio,  frère  de  Turcus,  qui  prit  part  à  la  guerre  de  Troie, 
devaient  recueillir  leur  héritage -,  on  s'en  était  occupé  au  grand 
conseil  du  Soudan,  où  les  astrologues  avaient  révélé  la  catas- 
trophe prochaine^.  Peut-être  même,  croyait- il,  leur  mission 
était-elle  remplie,  les  chrétiens  ayant  été  ramenés  à  Dieu  par 
le  danger  de  l'invasion ^ 

L'ambition  se  mêlait  aussi,'  bien  qu'il  ne  s'en  rendît  pas 
compte,  dans  son  enthousiasme,  à  ces  projets  pieux.  C'était 
une  race  très  énergique  que  celle  de  ces  Picards,  dans  le  pays 
desquels  commença  la  guerre  de  Cent  ans,  et  à  toutes  les 
époques  l'étranger  les  rencontra  dans  son  chemin  et  leur  résis- 
tance fut  désespérée  devant  l'envahisseur.  Au  xiv"  siècle,  avec 
lesGascons  et  les  Bretons,  ce  furent  ceux  qui  fournirent  le  plus 
grand  nombre  d'aventuriers.  Dans  ces  familles  nobles,  assez 


sanctam  venerabilis  Pétri  heremite,  compatriote  sui,Ambianensis » 

{Or.  Irag.,  f"  129  v») 

1.  Il  parle,  plus  tard,  dans  le  Songe  du  vieil  Pèlerin,  de  ces  pro- 
phéties sur  un  roi  franc,  qui  devait  conquérir  .Jérusalem;  c'est  à 
Charles  VI  qu'il  les  applique  (t.  I,  f"  3)  :  «  Selonc  l'escripture  et  d'au- 
cunes visions  et  d'aucunes  projjhesies,  grant  temps  a,  révélées  »,  surtout 
en  ce  qui  concerne  la  croisade. 

2.  S.  d.  V.  P.,  II,  f°  190  V"  :  «  pour  ce  que  le  souldain  et  son  grant 
conseil  sont  infourmés  par  leurs  astrologiens,  que  la  loy  de  Mahommet 
briefment  doit  estre  destruite,  et  si  doubtent  fort  en  ce  cas  de  ta  royale 
Magesté  ». 

3.  Il  avait  une  conception  semblable  sur  les  guerres  occidentales  : 
les  Anglais  devaient  châtier,  par  mission  divine,  leurs  ennemis,  cor- 
rompus par  la  paix.  Cette  mission  remplie,  la  guerre  n'avait  plus  de 
raison,  et  ils  devaient  y  renoncer,  sous  peine  de  s'attirer  la  colère  de 
Dieu.  On  retrouve  la  même  idée  dans  un  écrivain  antérieur,  Guillaume 
Curti,  auteur  d'un  mémoire  adressé  à  Benoît  XII.  Jean  de  Hoque- 
taillade  aurait  attribué  la  môme  mission  aux  Anglais  :  «  N'est-il  pas 
écrit  par  Virgile,  que  les  Anglais  ne  sont  qu'un  fléau,  dont  dispose  la 
main  de  Dieu  pour  châtier  le  peuple  français?»  (Froissart,  éd.  Kervyn, 
VI,  494).  L'ouvrage  a  été  publié  par  Ed*.  Brown,  dans  l'app.  à  Or- 
thuinus  Gratius,  Fasciculus  rerum  expetendarum  et  fugiendarian, 
Londres,  1690,  p.  496. 


—  31  — 

pauvres,  qui  habitaient  les  nombreux  petits  châteaux  de  la 
province,  les  enfants  n'attendaient  guère  longtemps  pour  partir. 
Dans  une  famille,  dit  Mézières  lui-même,  il  y  avait  des«  cou- 
sins » — tout  le  monde  y  était  quelque  peu  parent — qui  combat- 
taient en  Provence  ou  en  Normandie,  d'autres  au  service  des 
tyrans  lombards,  sans  compter  les  plus  aventureux,  qui  reve- 
naient au  pays  après  un  voyage  en  Terre  Sainte,  assez  fréquent 
encore'.  Aussitôt  parvenus  à  l'âge  d'homme,  avant  ce  temps 
môme,  ils  quittaient  leur  manoir  pour  chercher  la  fortune 
et,  comme  ils  étaient  braves  pour  la  plupart  et  très  habiles, 
ils  la  trouvaient  souvent,  très  loin  de  leur  patrie ,  en 
Italie  ou  dans  les  pays  presque  fabuleux  de  l'Orient.  Phi- 
lippe avait  les  qualités  de  sa  province  et  de  sa  ville,  de  ces 
habitants  d'Amiens,  dit-il,  «  curieux  de  leur  nature  et  disposés, 
d'après  l'interprétation  de  leur  nom,  à  briguer  les  honneurs  ^  » 
(ambire  honores). 

Du  reste,  jamais  temps  ne  fut  plus  favorable  aux  aventures 
que  ce  commencement  du  quatorzième  siècle,  qui  est  peut- 
être  le  bon  temps  de  la  chevalerie.  Les  distinctions  nationales 
ne  s'étaient  pas  encore  établies  d'une  manière  précise:  ce 
qu'on  cherchait  en  combattant,  ce  n'était  pas  la  défense  de 
son  pays,  mais  bien  la  gloire  d'abord,  puis  ensuite  ce  qu'on 
appelait  «  faire  fortune  ».  Cette  fortune,  on  la  cherchait  par- 
tout, au  prix  de  beaucoup  de  fatigues  :  on  la  trouvait  plus 
souvent  et  avec  plus  de  facilité  dans  les  pays  éloignés,  où  la 
guerre  était  presque  continuelle  entre  les  chrétiens  de  l'Orient 
et  les  Infidèles.  Des  Allemands,  dos  Français,  des  Italiens 
allaient  combattre  pour  la  croix  d'abord,  puis,  quelque  peu 
aussi,  pour  leur  propre  profit;  beaucoup  se  fixaient  dans  les 
îles  qui  y  représentaient  encore  la  chrétienté,  Chypre  et 
Rhodes.  Chaque  année,  de  nouvelles  troupes  y  arrivaient,  et 
le  bruit  des  richesses  amassées,  des  grands  exploits  accom- 


1.  «  Toutefois  il  est  comme  impossible  que  cotte  cognoissance  de  la 
dicte  guerre  emprinse  puisse  parvenir  à  tous  ceulx  (pii  s'appellent 
cousins,  car  Tun  sera  en  France  et  l'autre  en  Noruiendie,   l'autre  en 

Provence  et  l'autre  en  Lombardie »  ^S.  d.  v.  P.,  11,  f"  186-6  v".  Puis, 

plus  loin  :  «  Et  que  pis  est,  un  vaillant  preudomme  chevalier  vendra 
d'oultre  mer n(ilnd.).  11  est  question  des  guerres  civiles  en  Picardie. 

2.  «  Ambianenses  namquc  a  natura  curiosi  et,  secundum  interpre- 
tacionem  nominis,  ambire  honores  »  {Salve  S.  Paren.s,  i"  20  v"). 


—  32  — 

plis  dans  la  guerre  avec  les  Sarrasins  ou  les  Turcs  de  la  côte, 
attirait  de  l'Occident,  où  les  grandes  guerres  n'avaient  pas 
encore  commencé,  de  nouvelles  recrues. 

Philippe  en  avait  entendu,  lui  aussi,  de  ces  histoires  sur 
rOrient,  où  tant  de  ses  compatriotes  devinrent  riches  et  puis- 
sants. Il  se  décida  à  partir  pour  ce  pays  des  merveilles,  où 
de  grandes  choses  pouvaient  être  encore  accomplies.  Son  cœur 
saignait  au  récit  des  souffrances  des  chrétiens  orientaux,  il 
se  révoltait  à  l'idée  que  des  Infidèles  profanaient  par  leur  pré- 
sence les  lieux  qu'avaient  sanctifiés  la  vie  et  les  souffrances 
du  Christ'.  Ils  devaient  en  être  chassés,  à  tout  prix,  et  le 
royaume  de  Jérusalem  rétabli,  plus  puissant  et  plus  grand  que 
jadis.  Quant  aux  moyens,  ils  lui  paraissaient  assez  simples: 
toute  guerre  devait  cesser  entre  les  chrétiens,  une  réforme 
générale  des  mœurs  précéderait  le  passage;  toute  la  chré- 
tienté occidentale,  si  riche  et  si  forte,  aurait  bien  raison  de 
quelques  armées  d'Infidèles^.  Une  nouvelle  expédition  allait 
finir,  quand  Philippe  quitta  son  pays  d'origine:  il  sortit  du 
château  de  Mézières  en  1347,  à  peine  âgé  de  vingt  ans.  Il 
ne  devait  pas  y  revenir  bientôt. 

1 «  Quadam  devotione  singulari  et  injuria  crucifixi  Jherusalem, 

terra  sancta  ab  Agarenis  facta  et  in  quarto  gradu  ibidem  régnante  », 
dit-il  en  parlant  de  ce  qu'il  vit  à  Jérusalem  {Or.  Ira  g-,  f"  1^9  v). 

2.  «  Desiderabat  etenim  idem,  juvenis  ille  tune  et  nunc  veferanus,  ut 
videlicet  predicatione  sua  militari  et  aliorum  inediante,  principes 
cathulici  et  populi  cliristiani  ad  pacem  et  dilectionem  inter  se  reiio- 
varentur  et  ad  sanctum  belluin  Dei  devocius  animarentur,  et  finaliter 
terra  sancta  per  virtutem  sancte  crucis  de  manibiis  Agarenoruin  féli- 
citer eriperetur »  (Or.  trag.,  l.  c).  On  ne  s'imagine  pas  la  facilité 

avec  laquelle  on  })artait  à  cette  époque,  pour  guerroyer  dans  lespai/s 
(le  croisade,  l'Urient  et  la  Prusse.  Sur  le  grand  nombre  de  ceux  qui 
se  trouvaient  en  Prusse  vers  la  fin  du  xiv''  siècle,  voir  Chronique  du 
bon  duc  Loya  de  Bourbon,  éd.  Chazaud  (Soc.  de  l'hist.  de  France), 
pp.  6;)-6;  et  les  comptes  des  deux  expéditions  du  comte  de  Derby,  plus 
tard  Henri  IV  d'Ar.gleterre,  en  Prusse,  dans  les  années  1390-91  et  i;{92, 
publiés  par  M'i«  Smiih  (Camden  society,  189i)  et  par  M.  Prutz  (Publi- 
cation des  Vereins  fiir  die  Geschichte  der  Provinzen  Ost-und  West- 
preussen,  189:}). 


CHAPITRE  III. 


LA  CROISADE   AU  XIV*  SIECLE.   —  EXPEDITION   D  HUMBERT  II. 


Bien  que  les  grandes   expéditions  eussent  cessé,  jamais 
l'idée  de  la  croisade  ne  fut  plus  agitée,  ni  les  tentatives  pour 
mettre  sur  pied  une  nouvelle  armée  chrétienne,   plus  nom- 
breuses qu'au  commencement  du  quatorzième  siècle.  La  chré- 
tienté jouit  pendant  de  longues  années  d'une  paix  presque 
complète  et  sa  prospérité  ne  fit  que  s'accroître,  tandis  que  de 
grands  changements,  désastreux  pour  la  puissance  des  Infi- 
dèles, se  produisirent  en  Orient.  Les  Mongols,  plutôt  favorables 
à  une  alliance  avec  les  chrétiens,  avaient  soumis  la  Perse  : 
l'empire  d'Iconium,  si  florissant  jadis,  était  en  pleine  déca- 
dence,   quand   ces    nouveaux   conquérants   le    traversèrent, 
dans  leur  vigoureuse  expansion.   Il  se  démembra  bientôt,   et 
tous  ces  petits  émirs  qui  se  partageront  son  héritage,  auront 
bien  de  la  peine  pour  résister  à  une  armée  chrétienne,  assez 
faible  cependant,  celle  de  Pierre  I"  de  Chypre.  Le  centre  de 
l'Asie  Mineure  formait  néanmoins  un  État  compact,  capable  de 
se  défendre  et  de  vaincre,  celui  de  Kermian;  tel  aussi,  au  Sud, 
celui  qu'on  appelait  communément  en  Occident,  le  pays  du 
Grand-Caraman.  L'Egypte  était  encore  dans  la  plénitude  de  sa 
force  :  Acre,  dernière  possession  des  chrétiens  en  Syrie,  finit 
sans  doute  par  succomber  devant  les  armées  des  Sarrasins,  et 
l'Arménie  ne  tarda  pas  à  subir  le  môme  sort.  Mais  la  flotte  du 
Soudan  était  notablement  inférieure,  ses  soldats,  ramassis  des 
peuples  les  plus  différents,  étrangers  au  pays  et  sans  attaches 
durables,  étaient  prêts  à  servir  les  intérêts  du  premier  émir 
populaire  qui  leur  proposerait  une  révolte.  Pendant  tout  le 
quatorzième  siècle,  l'Egypte  ofi'ritle  spectacle  de  révolutiohs 
incessantes,    destinées  à  produire  des   gouvernements  tout 
aussi  éphémères  que  ceux  qu'elles  viennent  de  faire  tomber. 

N.  JoRGA.  Pfiilippe  de  Mézières.  3 


-  34 


La  plupart  des  soudans  périrent  en  prison  ou  sous  le  couteau 
des  assassins  *. 

En  présence  d'une  telle  situation,  la  chrétienté  pouvait  son- 
ger à  reprendre  la  guerre  séculaire  qu'avait  interrompue  le 
désastre  de  Tunis.  Dès  l'année  1293,  Jacques  II  d'Aragon 
conçut  le  projet  de  recommencer  la  croisade  :  il  envoya 
Pierre  Desportes  pour  obtenir  le  secours  des  Mongols  de  Perse 
et  demander  l'alliance  des  rois  de  Chypre  et  de  la  petite  Ar- 
ménie^. Ces  projets  n'eurent  pas  de  suite.  —  Vers  le  même 
temps,  la  croisade  recommençait  en  Chypre  :  les  chevaliersde 
Henri  II  attaquèrent,  avec  quinze  galères,  Candelore,  qu'ils  ne 
purent  pas  prendre,  et  Alexandrie^;  le  pape,  effrayé  par  la 
chute,d'Acre,  avait  envoyé  pour  la  défense  de  l'île  dix  galères, 
armées  à  Anc(3ne,  et  dix  autres,  qui  partirent  de  Gènes  \  Le 
Soudan  Malik-al  Aschraf  s'en  émut:  il  fut  question  de  soumettre 
ces  nouveaux  ennemis  si  acharnés  à  le  combattre  ;  des  révo- 
lutions intérieures  empêchèrent  l'invasion  sarrasine  ^  Bientôt 
une  alliance  contre  le  soudan  réunit  les  Mongols,  l'Arménie, 
la  Géorgie,  Chypre  et  les  deux  ordres  de  chevalerie  établis 
en  Orient;  Ghazan,  Khan  des  Tatars,  demanda  quelques 
années  plus  tard,  en  1299,  le  concours  des  chrétiens  de 
l'Orient  (21  octobre)  ^  Si  l'ile  n'envoya  que  trop  tard  son 
contingent  à  l'armée  de  Syrie,  à  cause  des  mésintelligences 
qui  régnaient  entre  les  chefs  des  chrétiens,  le  roi  des  Géor- 
giens et  trois  mille  Arméniens  sous  leur  ancien  roi  Héthoum, 
devenu  le  frère  mineur  Jean,  prirent  part  à  la  bataille  de 
Hèms,  qui  décida  de  la  campagne  :  les  Tatars  furent  com- 
plètement vainqueurs  et  le  soudan  s'enfuit  vers  Damas,  avec 
les  débris  de  son  armée  ^  Bientôt  deux  galères  et  deux 
«   tarides  »    chypriotes   partirent   pour    Batroun    et    atta- 

1.  Vingt  soudans  régnèrent  pendant  un  siècle. 

2.  Cf.  une  seconde  ambassade  au  pays  des  Mongols,  en  mai  1300,  Cap- 
many,  Mem.  hisl.  sobre  Barcelona.  Madrid,  1792,  IV,  28  et  suivantes. 
(\ég.  avec  le  Soudan  en  1292,  p.  18).  Sur  les  gestes  des  Catalans  en 
Orient,  R.  Muntaner,  chap.  199  et  suiv.  (Valbonnais),  Hisl.  du  Dau- 
phiné,  II,  151-52. 

3.  Gestes  des  Chyprois,  éd.  de  la  Société  de  l'Orient  latin  (G.  Ray- 
naud).  p.  261. 

4.  Ibid.,  pp.  261-3;  Amadi,éd.  René  de  Mas  Latrie,  Coll.  des  Doc.  iné- 
dits, 189),  229;  Bustron,  édit.  du  même,  même  collection,  1886,  128-9. 

5.  Bustron,  pp.  129-30;  Amadi,  235;  Gestes  des  Chyprois,  298-9. 

6.  Voyez  la  note  précédente. 


-  35  — 

quèrent  même,  sans  succès,  le  Port-Pèlerin,  que  venaient  de 
perdre  les  chrétiens  \  Enfin,  le  gros  de  l'expédition,  com- 
posé de  seize  galères  et  cinq  «  saïties  »,  qu'accompagnaient 
aussi,  dit  la  chronique,  «  aucuns  pamfiles  »*,  partit  de  Fama- 
gouste  le  20  juin  1300.  Raymond  Visconti  commandait 
les  troupes^.  Ils  rencontrèrent  près  de  Rosette  cinq  galères 
sarrasines  qui  se  retirèrent  dans  larivière'.  Lacôtefut  dévas- 
tée et  brûlée  :  la  flotte  se  présenta  même  encore  une  fois 
devant  Alexandrie  qu'elle  trouva  préparée  à  la  résistance'. 
Acre  fut  attaquée,  puis  Maraclée,  mais  les  Hospitaliers  durent 
se  retirer  eu  désordre  devant  la  garnison  sarrasine^  Ils  abor- 
dèrent à  Tortose  aussi,  avec  quelque  succès.  Enfin,  une  nou- 
velle ambassade  du  Grand  Khan  annonça  la  reprise  des 
hostilités  pour  l'hiver  ;  Amaury  de  Lusignan,  frère  du  roi 
et  connétable  de  Chypre,  alla  l'attendre  à  Tortose,  avec  six 
cents  chevaliers.  Son  allié  ne  vint  pas  au  terme  fixé  :  le 
froid  dans  les  montagnes  et  les  maladies  le  retinrent  pendant 
longtemps.  Son  général  Koutlouk-Schah,  arriva  seul  avec 
40,000  hommes,  beaucoup  plus  tard  :  les  environs  d'Alep 
furent  dévastés  pendant  cette  campagne^.  Quelques  années 
après  ces  victoires  passagères,  l'Arménie  était  ruinée  par 
les  Sarrasins,  qui  brûlèrent  Sis,  sa  capitale,  pendant  qu'une 
flotte,  partie  de  Tunis,  chassait  les  Hospitaliers  de  l'île  de 
Ruad(1302)\ 

1.  Amadi.  pp.  255-6;  Bustron,  130-31. 

2.  Gestes  (les  Chi/prois.  p.  303.  Amadi  les  appelle  «  pamfletti  » 
(p.  236),  cf.  Bustron.  pp.  130-31. 

3.  «  l^aimon  Visconte  »  (Gesles.  p.  303).  L'n  personnage  do  même 
nom,  Jean  le  Vicomte,  fut  tué  par  ordre  du  roi  Pierre  en  1368;  «  Ber- 
mondo  Visconte  »  (Amadi,  p.  236).  Cf.  Bustron,  130-31. 

4.  «  Contra  el  tiume  »,  Amadi,  p.  236;  «  ccntremont  le  flum  », 
Gesles,  p.  303. 

5.  Ihid.  V.  encore  sur  ces  événements,  Sanudo,  Secr.  fld.  crucis,  dans 
Bongars,  Gesta  Dei  par  Francos,  II,  242,  Ilist.  arm.  des  croisades, 
1546,  Rohricht,  dans  les  Forsch.  zur  deutsch.  Gesch.  XX,  116,  et  les 
Arch.  Or.  Int.,  I,  647-8. 

6.  Gestes  des  Chi/prois.  p.  304;  Amadi,  237;  Bustron.  132. 

7.  «  De  Calepo  iino  a  la  Camélia»  (Héms),  .\madi,  238-9;  Bustron. 
132-3;  Gestes  des  Chi/prois,  305-6. 

8.  Gestes,  pp.  308-9;  Amadi,  239-41:  Bustron,  13.3-4.  Le  pape  défen- 
dait, le  3  avril  1304,  le  commerce  des  Vénitiens  avec  les  pays  musul- 
mans {Mon.  storic.  publ.  dalla  /?.  Dep.  Veneta  di  st.  pat.,  première 
série  :  DociimeuttW ,  Diplomatariuni  Veneto- Levant i num. . .  a.  1300- 
1350,  Venise,  1880,  pp.  19-20).  Il  confirme  les  décisions  du  concile  de 
Lyon  contre  les  «mauvais  chrétiens».  (Diplomat..  20-21).  Pour  la  croi- 


—  3G  - 

En  même  temps  l'Occident  s'agitait  aussi.  En  1306, 
Charles  de  Valois  se  disposait  à  partir  pour  l'Orient  au  mois 
de  mars  de  l'année  suivante,  par  Brindisi.  Venise  lui  offrait, 
pour  son  compte  à  lui,  des  vaisseaux  de  transport  :  une  flotte 
devait  croiser  dans  les  mers  orientales  *.  Des  mésintelligences 
avec  les  Catalans  empêchèrent  l'expédition  de  ce  prince, 
qu'on  croyait  appelé  à  restaurer  l'empire  latin  de  Constan- 
tinople^  L'agitation  recommença  en  1309  :  on  préparait  déjà 
des  vaisseaux  dans  les  ports  de  la  Méditerranée,  le  pape 
invitait  le  roi  de  France  à  prendre  la  croix  comme  ses  ancê- 
tres. Le  concile  de  Vienne,  qui  devait  se  réunir  bientôt,  allait 
proclamer  cette  nouvelle  croisade.  De  nouveaux  mémoires 
apparurent  :  le  roi  de  Chypre  en  envoya  un,  très  pratique  et 
très  détaillé  ^  Il  fut  présenté  au  concile  par  Jacques  de  Ca- 
siatis,  chanoine  d'Ancône,  et  Simon  de  Carmadino  (1311-12)*. 
L'expédition  ne  partit  pas  encore. 

Les  troubles  intérieurs  empêchèrent  la  croisade  en  1316, 
quand  on  croyait  qu'elle  allait  commencer  enfin:  Louis,  fils  du 
comte  de  Clermont,  et  Jean  de  Charolais,  son  frère,  se  dis- 
posaient à  partir  déjà  avec  l'avant-garde  des  croisés,  quand 
éclata  la  révolte  des  Pastoureaux.  Charles  de  Valois  avait 
pris  la  croix  lui-même  depuis  trois  ans,  à  cette  époque;  de- 
venu roi  (1322),  il  continua  ses  efforts:  il  était  question 
d'une  flotte  sous  le  vicomte  de  Narbonne,  d'une  armée  de 
terre  sous  le  commandement  du  même  Louis,  plus  tard  duc 
de  Bourbon.  On  ajourna  sans  cesse  le  départ.  La  cession  de 
Jérusalem  aux  Francs,  qu'on  croyait  possible  en  1327,  n'était 
qu'une  illusion''. 

sade  à  cette  époque,  voy.  encore  Kohler  et  Langlois,  Lettres  inédites 
concernant  les  croisades  (dans  Bibl.  Ec.  des  Ch.,  LU,  1891,  p.  46). 

1.  Delaville  le  Roulx,  p.  45.  Diplom.,  pp.  48-55.  Heyd,  Le  colonie, 
tr.  G.  Mùller,  I,  3i4-5.  II.  Moranvillé,  Les  projets  de  Charles  de  Valois, 
dans  la  Bihl.  éc.  ch.,  \890  (LI),  pp.  63-86.  Le  départ  fut  sans  cesse  ajourné 
(Delaville  le  Roulx,  75-6  ;  76-8).  V.  sur  une  expédition,  que  projetaient  les 
Hospitaliers  à  la  même  époque,  ibid.,  II,  pp.  3  et  suiv.  Foulquesde  Villaret 
s'excuse  (27  janvier  1311)  envers  le  roi  de  France  de  ne  pas  lui  avoir 
annoncé  des  intentions  qu'il  devait  connaître  par  le  pape  et  par  des 
lettres  qu'on  avait  envoyées  à  Guillaume  de  Plaisians.  On  armait  par- 
tout à  grands  frais  des  galères,  on  achetait  des  chevaux  et  des  provisions. 

2.  Gestes  des  Chyprois,  p.  305. 

3.  Delaville  le  Roulx,  I,  pp.  58-9. 

4.  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  II,  118-25;  Heyd,  l.  c,  345,  note  2. 

5.  Delaville  le  Roulx,  I,  pp.  79-85.  Lot,  Essai  d'intervention  de  Charles 


—  37  - 

La  tentative  suivante  fut  la  plus  sérieuse  ;  Philippe  de  Va- 
lois était  tout  à  fait  disposé  à  entreprendre  cette  expédition 
tant  de  fois  interrompue.  Jean  XXII,  l'âme  de  ces  derniers 
efforts,  lui  accorda  des  privilèges  en  1330  et  1331  \  On 
demanda  le  concours  de  Venise,  qui  offrit  des  vaisseaux 
de  transport  pour  une  nombreuse  armée  et  des  mariniers 
pendant  six  mois  à  la  solde  de  la  République.  En  1332,  le  roi 
prit  la  croix,  et  des  commissaires  furent  nommés  pour  pré- 
parer le  départ.  Philippe  avait  à  sa  disposition  la  dîme 
ecclésiastique  pour  six  ans,  les  annates,  le  rachat  des  vœux 
faits  pour  la  croisade,  les  dons  accordés  aux  églises  sous 
certaines  conditions,  les  amendes,  indulgences  et  confis- 
cations". Le  médecin  de  la  reine-douairière,  Jeanne,  Guj 
de  Vigevano,  le  célèbre  Brocard  lui  adressèrent  des  mé- 
moires :  il  devait  partir  par  mer,  pour  ne  pas  laisser  deviner 
son  but,  prendre  les  devants  avec  ses  hauts  barons  et  le 
clergé,  se  réunir  à  Naples  avec  Robert  d'Anjou  et  attaquer 
les  Sarrasins,  après  avoir  reçu  les  troupes  parties  après 
lui  \  On  traitait  d'une  ligue  à  faire  avec  les  Vénitiens 
en  1333,  l'année  même  oi^i  Philippe  fut  nommé  général  de 
la  croisade*.  L'empereur  byzantin  y  adhéra:  on  demanda 
de  Venise  le  consentement  du  roi  de  Chypre  (18  no- 
vembre 1333),  en  l'invitant  à  envoyer  à  cette  fin  des  ambas- 
sadeurs à  Rhodes  ou  à  Négrepont^  Puis, pour  fortifier  en- 
core la  position  des  chrétiens,   la  Sainte  Union  fut  formée 


le  Bel  en  faveur  des  chrrtiens  d'Orient,  tenté  avec  le  concours  du  pape 
Jean  XXII,  dans  la  Dibl.  de.  ch.,  XXXVI,  pp.  588-600. 

1.  Delaville  le  Roulx,  I,  pp.  86-102.  Lot,  Projets  de  croisade  sous 
Charles  le  Bel  et  sous  Philippe  de  Valois,  Bibl.  éc.  ch.,  4»  série,  1859 
(XXV),  pp.  50-1-9.  Boislislc,  Projet  de  croisade  du  premier  duc  de  Bour- 
bon. Ann.-Bull.  de  la  Soc.  de  l'histoire  de  Fr.,  IX.  230-6,  2'i6-55. 

2.  Delaville  le  Roulx,  I,  pp.  87-88.  Les  Vénitiens  lui  envoyèrent  à 
cette  occasion  (le  11  mai)  des  ambassadeurs,  qui  exposèrent,  entre 
autres  :  «  Quod  dictum  passagium  fiât  cum  tanta  provisione  tantoque 
exfortio  et  quantitate  militum  et  peditum  armatorum  et  bellatorum, 
ac  sic  furnitoram  expensis  et  aliis  oportunis,  quod  possit  viriliter  et 
audacter  impugnari  et  resisti  fortie  et  potentic  inimicorum  tidei  chris- 
tiane,  et  quod  id  quod  recuperaretur,  defendi  et  manuteneri  par 
futura  tempora  valeat.  »  (Dijuamatarium.  p.  220.) 

3.  Mas-Latrie,  Ilist.  de  Chiipre.  III,  pp.  725-6.  La  pièce  a  été  publiée 
depuis  par  Delaville  le  Roulx,  II,  pp.  7  et  suiv. 

4.  Delaville  le  Roulx,  o.  c,  I,  p.  99. 

5.  Mas-Latrie,  Nouvelles  prcxives  de  l'histoire  de  Chypre,  Bibl.  de 
l'éc.  ch.,  XXXIV,  p.  65,  note. 


—  38  — 

k  Avignon,  le  8  mars  1334.  Philippe  y  avait  envoyé  Hugues 
Quiéret  et  maître  Guy  Baudet,  doyen  de  Paris  ;  des  am- 
bassadeurs rhodiens,  chypriotes  et  vénitiens  assistaient  aux 
délibérations,  que  présidait  le  pape\  Quarante-six  galères 
devaient  se  réunir  à  Négrepont  au  mois  de  mai  suivant 
et  combattre  pendant  cinq  mois  contre  les  Turcs  :  Rhodes 
en  donnerait  dix,  Venise  le  même  chiffre;  Chypre  et  l'em- 
pereur byzantin  figuraient  avec  six  galères  seulement  ;  le 
reste  aurait  été  fourni  par  le  pape  et  le  roi  de  France, 
L'année  suivante,  la  ligue  devait  déployer  des  forces  plus 
imposantes  :  800  hommes  d'armes,  32  galères  et  32  vaisseaux; 
le  roi  de  Sicile,  et  peut-être  aussi  les  Génois  et  les  Pisans, 
participeraient  à  l'expédition'.  L'époque  avancée  de  l'année 
empêcha  tout  mouvement  de. troupes  sérieux  pour  le  premier 
terme.  La  mort  de  Jean  XXII  (4  décembre  1334)  fut  un  grand 
coup  porté  aux  préparatifs.  Cependant,  malgré  l'inac- 
tivité de  la  ligue,  l'idée  de  la  croisade  était  encore  très 
vivace.  Il  fut  question  de  partir  en  1335:  on  arma  des  vais- 
seaux pour  l'avant-garde,  Philippe  fut  confirmé  dans  sa  fonc- 
tion de  chef  des  croisés  par  Benoît  XII.  Les  rois  de  France, 
de  Bohême  et  de  Navarre  s'étaient  réunis  à  Villeneuve-lès- 
Avignon,  la  flotte  de  Venise  et  les  Hospitaliers  attendaient 
en  Crète,  lorsque  survint  la  guerre  avec  l'Angleterre  ^  :  l'ère 
des  croisades  était  entravée  pour  longtemps  en  Occident. 

1.  Commem.,  III,  n°  321  (le  résumé  dans  le  second  vol.  de  la  publi- 
cation du  même  nom  [R.  Predeili],  /  libri  commemoriali  délia  Hepub- 
blica  di  Venezia,  rerjesli,  ^'e^ise,  1876-83.  8",  p.  54). 

2.  Le  pape  et  le  roi  devaient  fournir  quatre  cents  lances  et  seize 
vaisseaux,  Rhodes  six  galères  et  huit  vaisseaux  de  transport,  deux 
cents  lances,  Chypre  six  galères,  quatre  vaisseaux  etmille  lances  (sîc), 
le  roi  Robert  de  Sicile  probablement  quaire  galères  et  quatre  vaisseaux, 
^'enise  dix  galères,  l'empereur  grec  six  et  les  Génois  et  les  Pisans 
d'autres  contingents  peut-être.  Le  pape  ne  s'engaj^e  pas  à  remplacer 
les  vaisseaux  qui  ne  seraient  pas  prêts  à  temps,  ni  à  payer  ses  gens 
d'armes  plus  de  douze  florins  par  mois  ;  il  ne  se  considère  comme 
engagé  qu'autant  que  la  ligue  contiendra  la  France,  Venise  et  Rhodes. 
V.  plus  haut  note  1.  C'est  dans  une  réponse  donnée  à  l'ambassadeur 
de  Venise  à  Avignon  par  le  cardinal  de  St-Etienne  sur  le  Caelius  que 
se  trouvent  ces  renseignements  précieux.  Romanin  (Sioria  docum.  di 
Venezia,  III,  p.  113)  parle  de  40  vaisseaux  seulement  pour  l'année  1334. 
Chypre  est  taxée  en  1335  pour  100  gens  d'armes,  ce  qui  est  évidem- 
ment le  vrai  chiffre  (ibid.,  114). 

3.  Delaville  le  Roulx,  o.  c,  I,  pp.  100-102.  11  y  eut  cependant  des 
combats  sur  mer  entre  les  chrétiens,  sous  Jean  de  Cepoy,  et  les  Turcs, 
en  1334  (v.  sources  et  récit  ap.  Ileyd,  o.  c,  I,  376  et  suiv.). 


—  39  — 

Néanmoins  la  ligue  ne  s'était  pas  dissoute,  bien  qu'elle  ne 
tentât  plus  rien  pendant  de  longues  années.  Au  mois  de  sep- 
tembre 1338,  André  de  Molino,  bailli  des  Vénitiens  en  Chypre, 
accuse  réception  d'une  somme,  qui  lui  a  été  envoyée  par  la 
République,  pro  dobilo  Sarace7iorum\  L'année  précédente, 
Hugues  IV  s'était  signalé  par  une  grande  victoire  sur  les 
Turcs  et  leurs  alliés,  «  les  ennemis  de  la  foi  catholique,  les 
chrétiens  abâtardis  »  ^  victoire  qu'on  ne  connaît  guère  que 
par  la  lettre  de  félicitation  du  pape.  Benoît  XII  parle  de  ses 
grandes  pertes,  qui  ne  doivent  pas  lui  causer  de  décourage- 
ment, mais,  bien  au  contraire,  le  rendre  plus  fort  et  plus 
vigoureux,  dans  la  poursuite  de  ses  projets. 

La  position  du  vainqueur  était  cependant  assez  difficile  : 
pressé  par  les  Turcs,  Hugues  demanda  en  1341  le  secours 
des  Hospitaliers.  On  lui  promit  d'entretenir  le  pape  de  ce 
sujet,  et  le  roi  lui-même  envoya  Lambert,  évèque  de  Li- 
raassol,  pour  demander  du  secours  contre  les  embûches  de 
ses  ennemis,  qui,  dit-il,  menaçaient  de  ruine  la  chrétienté 
orientale.  Dans  son  chemin,  il  devait  demander  l'intervention 
des  Vénitiens  ^ 

Le  pape  fit  tous  ses  efforts  pour  amener  une  entente  entre 
les  deux  puissances  chrétiennes  de  l'Orient  :  une  ligue  fut 
formée  entre  le  roi  de  Chypre  et  les  Hospitaliers,  par  l'in- 
termédiaire de  Henri,  patriarche  de  Constantinople.  Le  même 
fut  envoyé  à  Venise  avec  des  lettres  pontificales,  demandant 
l'assentiment  de  la  République,  qui  souffrait  aussi  dans  ses 
intérêts  à  cause  des  pirateries  des  Turcs.  Guillaume  Curti, 
cardinal-prètre  des  quatre  Couronnés,  fut  nommé  légat  apos- 
tolique à  Venise  :  il  devait  gagner  à  l'idée  de  la  croisade  une 
quatrième  puissance,  Robert,  roi  de  Naples*. 


1.  Commem.,  IH,  n^  421;  t.  II,  73.  L'explication:  per  pagare  il 
Irihnlo  al  soldano?  n'est  pas,  semble-t-il,  fondée. 

2.  Les  chroniques  chypriotes  (Amadi,  Bustron)  ne  contiennent  pas 
de  renseignemenis  sur  les  guerres  d'Hugues  IV.  Les  rjestes  s'arrêtent 
au  commencement  du  siècle.  Mâcheras  commence  sa  chronique  avec  le 
règne  de  Pierre  I<■^  ainsi  que  son  traducteur,  Strambaldi.  Sur  la  lettre 
du  pape,  voy.  lîinaldi,.l?jnc//('srrc/e.s/ff.>î//r/. XXV.p.  l'uS,  ann.  I;{:î8,5i72. 

3.  Commem..  111,  n»  563;  t.  11,  p.  'Ji);  cf.  .Mas-Latrie,  Ilist.  Chtjp.. 
II,  p.  180.  Il  est  question  de  Lambert  Haldoino  della  Cecca,  évèuuè  de 
Limassol,  |  1348,  (Delaville  le  Roulx,  I,  p.  104). 

4.  Commem.,  IV,  n"  18;  t.  II,  p.  117. 


—  40  — 

La  politique  des  Vénitiens  est  alors  la  même  que  pendant 
leur  histoire  entière:  tout  en  gardant  de  bons  rapports  avec  les 
Infidèles,  ils  verraient  cependant  avec  plaisir  la  destruction 
d'une  puissance  dont  ils  espéraient  hériter.  Ils  offrent  leur 
concours  au  pape,  après  la  mission  deCurti',  tout  en  envoyant 
leur  grand  chancelier  au  Caire,  pour  y  traiter  avec  le  Soudan  \ 
Le  8  août  1343,  Clément  VI  leur  annonce  la  formation  d'une 
nouvelle  ligue  entre  les  Hospitaliers,  Chj'pre  et  lui-même:  les 
Vénitiens  devaient  contribuer  avec  cinq  ou  six*  galères  à  la 
flotte  de  20  gros  vaisseaux,  qui  devait  se  réunir  à  Négrepont, 
à  la  Toussaint.  Les  habitants  de  Négrepont  devront  fournir 
leur  contingent  spécial  \  ainsi  que  les  seigneurs  de  Milo  et 
de  Paros".  Il  avait  demandé  vainement,  parait-il,  le  concours 
du  roi  de  France".  L'empereur  byzantin  se  rallia  à  l'expédi- 
tion plus  tard  '  :  les  Génois,  les  Pisans  et  le  roi  d'Aragon  louè- 
rent quelques  vaisseaux  au  pape^  La  ligue,  qui  devait  durer 
trois  ans,  avait  pour  but  de  chasser  les  Turcs  de  la  Grèce  et  de 
défendre  ^Arménie^ 

Aussitôt  Clément  VI  prit  les  mesures  propres  à  assurer  le 
succès  de  l'expédition.  11  déclare  dévolue  à  la  croisade  la 
dîme  de  tous  les  revenus  ecclésiastiques,  en  France,  en 
Espagne,  en  Angleterre  et  ailleurs,  sauf  sur  les  possessions 
des  Hospitaliers.  Il  détermine  la  manière  dont  on  devra  la 
percevoir  et  l'administrer,  menaçant  des  censures  ecclésias- 
tiques, du  séquestre  des  revenus,  du  bras  séculier  enfin,  ceux 
qui  voudraient  s'y  opposer.  Ceux  qui  emploieront  d'une  autre 


1.  V.  la  réponse  de  Clément  VI  (8  août  1343),  Commem.,  IV,  n°  53; 
t.  II,  p.  124.  1000  ducats  furent  accordés  par  Venise  au  Dauphin  le 
10  nov.  1346  (Sanudo,  Muratori,  XXII,  c.  777  d-e). 

2.  Nicolas  Zeno  (Chron.  vénitienne  depuis  Attila,  Bibl.  nationale, 
Italien,  16,  f"  llOV  Cf.  Romanin,  111,  148. 

3.  Eu  égard  aux  avantages  de  l'entreprise.  Commem.,  IV,  n°  53. 

4.  Ihid. 

5.  Les  héritiers  de  Niccolô  Sanudo  (Bosio,  DelVistoria  délia  sacra  reli- 
gione  di  S.  Giovanni  Gerosolimitano,  Rome,  1594,  11,  39). 

6.  «  Delli  quali  (Venise,  Rhodes,  Byzance,  Chypre  et  le  roi  de  France) 
faceva  maggior  stima,  che  de  gli  altri,  per  le  loro  maritime  forze  » 
(Caroldo,  ms.  Bibl.  nat.,  f^^  123-3  v").  Cf.  sur  les  motifs  des  efforts  de 
Clément  VI,  Heyd,  o.  c,  I,  383. 

7.  Caroldo,  /.  c. 

8.  Mas-Latrie,  L'île  de  Chypre,  Paris,  1879,  p.  253,  note  2. 

9.  Rinaldi,  XXV,  ann.  1344,  §  2;  Bosio,  11,  39.  Les  Turcs  infestaient 
surtout  la  Remanie  et  Négrepont  (Comm.,  IV,  n°  66;  t.  II,  p.  127). 


—  41  — 

manière  l'argent  recueilli,  seront  excommuniés'.  Il  ordonne 
aux  prélats  do  prêcher  la  croix  dans  les  églises  et  de  la  dis- 
tribuer à  ceux  qui  voudront  la  prendre  :  il  accorde  aux 
croisés  et  à  ceux  qui  aideront  l'expédition  les  privilèges  des 
pèlerins  en  Terre  Sainte  ^  Le  général  des  Mineurs  fut  invité 
à  la  faire  prêcher  par  les  frères  mendiants''.  Il  écrivit  à 
Hugues,  pour  lui  demander  son  contingent,  en  lui  montrant 
le  danger  qui  le  menaçait  du  côté  de  l'Orient  \  Des  demandes 
de  secours  furent  adressées  à  Jeanne,  reine  de  Naples,  à 
Robert,  prince  d'Achaïe,  plus  tard  empereur  de  Constan- 
tinople,  à  Sanudo,  duc  de  l'Archipel,  qui  envoya  une  tri- 
rème, aux  Génois,  aux  Pisans,  aux  Florentins  et  aux  Siénois, 
aux  Ancônitains  et  aux  habitants  de  Pérouse,  à  Jean  Vis- 
conti,  archevêque  de  Milan,  et  à  Lucchino,  son  parent,  aux 
délia  Scala,  Albert  et  Mastino,  à  Thaddée  Pepoli,  préfet  du 
fisc  pontifical  à  Bologne  et  aux  habitants  de  Pera".  La  paix  fut 
négociée,  par  son  intermédiaire,  entre  Gautier,  duc  d'Athènes, 
et  les  Catalans®.  On  écrivit  aux  prélats  de  France,  d'Angleterre, 
d'Allemagne,  de  Bohême,  de  Livonie,  de  Pologne,  de  Nor- 
vège etc.,  pour  leur  donner  des  instructions  relatives  à  la 
croisade^. 

Les  armements  se  firent  séparément.  Les  quatre  galères 
du  pape  partirent  de  Gènes  sous  le  commandement  de  Martin 
Zaccaria,  leur  propriétaire ^  avec  Henri,  patriarche  de  Cons- 
tantinople,  chef  de  l'expédition  au  nom    de   Clément  YV  ; 


1.  Bulle  au  patriarche  de  Grado  et  à  ses  suffragants  (déc.  1343). 
Comm.,  IV,  n«  100;  t.  II,  p.  134. 

2.  Bulle  au  même  (20  sept.  1343).  Comm.,  IV,  n"  66;  t.  II,  p.  127. 

3.  Wadding,  Annales  Minorum,  VII,  p.  322. 

4.  «  Prudenter  considerans  quantum  tibi  et  subditis  tuis,  si  dic- 
torum  paganorum  feritas  ulterius  invalescat,  possit  periculum  immi- 
nere.  »  Rinaldi,  XXV,  p.  311.  11  devait  envoyer  ses  vaisseaux  directe- 
ment à  Négrepont  (ibid.). 

5.  Rinaldi,  XXV,  p.  311. 

6.  Ibid. 

7.  Ibid.,  pp.  308-9. 

8.  Bosio,  p.  42. 

9.  11  était  encore  à  Venise,  quand  il  fut  déclaré  citoyen  de  la  répu- 
blique, le  1"  août  1343  (Comm.,  IV,  n"  52  ;  t.  II,  p.  124).  Je  croirais 
plutôt  qu'il  partit  de  Venise;  c'est  Caroldo  qui  l'affirme  (f"  123  v").  Cf. 
Vila  Caroli  Zeni,  Muratori,  XIX,  209  n.  Benoît  Zaccaria  présenta  au 
concile  de  Vienne  un  mémoire,  qui  n'est  pas  cependant  relatif  à  la 
croisade,  Delaville  le  Roulx,  I,  60,  note  i. 


—  42  — 

Venise  envo3a,  à  Rhodes  peut-être  ',  cinq  galères  que  con- 
duisait un  homme  de  grande  autorité,  Pierre  Zeno,  le  capitaine 
de  la  croisade.  Les  galères  catalanes  et  les  cinq*  vaisseaux 
de  Gênes  s'y  rendirent  probablement  aussi.  Rhodes  donna  six 
galères  sous  le  frère  Jean  de  Biandrà  et  Hugues  de  Chypre 
quatre  autres,  sous  le  commandement  d'Edouard,  sire  de 
Beaujeu  ^ 

Cela  faisait  une  flotte  assez  importante,  une  trentaine  de 
galères  bien  armées  et  commandées  par  un  capitaine  expé- 
rimenté. Elle  partit  de  Négrepont  au  printemps  de  l'année 
1344  :  la  mer  fut  débarrassée  des  pirates  turcs  qui  infestaient 
les  côtes  de  la  Grèce  et  les  îles  *  ;  les  principautés  d'Aïdin  et 
de  Sarou-khan,  leur  repaire,  furent  attaquées  ensuite  '\  Leur 
flotte  fut  brûlée  enfin  dans  le  port  de  Smyrne  et,  profitant  de 
l'absence  de  l'émir  d'Aïdin,  Umurbeg®,  les  chrétiens  se 
saisirent  de  la  forteresse  :  la  ville  fut  prise  ensuite  et  les 
habitants  massacrés  sans  distinction  ',  le  jour  de  la  fête  des 
saints  Simon  et  Jude  (28  octobre)*.  Cette  grande  cité,  cédée 
jadis  par  Michel  Paléologue  aux  Génois,  perdue  par  ces  derniers 
vers  1300*,  revenait  aux  chrétiens,  qui  auraient  pu  l'employer 
comme  un  excellent  point  de  débarquement  pour  une  nouvelle 
expédition.  La  joie  fut  universelle  en  Occident:  cette  con- 


1.  Point  de  ralliement?  Il  le  fut  en  1365.  Les  vaisseaux  du  pape  y 
auraient  abordé  (Bosio,  l.  c,  p.  42). 

2.  Delaville  le  Roulx,  I,  p.  104. 

3.  Hinaldi,  XXV,  année  1344,  passim.  Après  la  prise  de  Smyrne,  Clé- 
ment VI  félicita  sur  sa  bravoure  sa  femme,  Marie  (ibid.,'^  3).  Bosio  et, 
d'après  lui,  M.  Delaville  le  Roulx  (p.  104)  font  de  Conrad  Piccamiglio, 
le  commandant  des  galères  chypriotes  ;  Serra  (Storia  di  Genova  e  délia 
Liguria,  II,  p.  298),  celui  des  Génoiso.  V.  Vila  Car.  Zeni,  l.  c.  Des 
Siciliens,  des  Français,  des  Chypriotes  prirent  part  à  l'expédition. 

4.  Bosio.  /.  c. 

5.  Mas-Latrie,  L'île  de  Chijpre,  p.  252. 

6.  Morhassan  est  dans  G.  Villani  le  nom  de  l'émir  (1.  XII,  ch.  39, 
éd.  Dragomanni,  IV,  68).  Jean  Cantacuzène  le  nomme  Amour,  ce 
qui  est  une  mauvaise  manière  d'écrire  le  nom  de  sa  dignité  (1.  III, 
ch.  68).  Mézières  donne  ce  nom  à  un  des  trois  grands  émirs  qui 
régnaient  pendant  sa  jeunesse  (Epi/re  consolnloire.  PYoîssart,  éd. 
Kervyn,  XVI,  p.  510).  —  Sur  la  prise  de  Smyrne,  v.  Hammer,  Ifist.  de 
Vempire  ottoman,  trad.  Romanin  (Venise,  1828).  II,  279-81,  et  Baluze, 
Vilae  pap.  Aven.,  I,  269;  Rinaldi,  ad  ann. 

7.  Caroldo,  f"«  123-3  v.  Des  vaisseaux  byzantins  se  trouvaient  dans 
la  flotte  chrétienne  le  28  octobre  (ibid.). 

8.  Rinaldi,  t.  XXV,  année  1344. 

9.  Ileyd,  I,  318. 


-  43  — 

quête  heureuse  pouvait  être  le  commencement  d'une  nouvelle 
guerre  sainte,  telle  que  les  siècles  précédents  en  avaient  vu.  Le 
pape  ordonna  des  processions,  il  félicita  le  doge  et  lui  demanda 
de  persévérer  dans  cette  voie'.  Il  félicita  aussi  sans  doute  les 
autres  promoteurs  de  la  croisade,  et  jusqu'à  Humbert  II 
de  Viennois  \  dont  le  rôle  ne  semble  pas  avoir  été  bien 
grand  dans  cette  expédition.  Edouard  III  fut  invité  à  inter- 
rompre ses  guerres  avec  la  France  pour  faciliter  la  for- 
mation d'une  nouvelle  armée '.  Plusieurs  seigneurs,  en  quête 
d'aventures,  paraissaient  disposés  à  partir  pour  Smyrne'  : 
on  put  se  croire,  un  moment,  au  temps  des  grandes  croisades 
européennes. 

On  s'occupait,  en  même  temps,  de  conserver  cette  conquête 
si  facilement  acquise.  Le  Grand-Maitre  y  envoya  aussitôt  des 
machines,  des  munitions  et  des  vivres  pour  pouvoir  se  main- 
tenir dans  le  château'  :  on  s'attendait  à  un  retour  offensif 
d'Umurbeg.  Quelque  temps  après  la  prise  de  Smyrne,  l'émir 
arriva  en  effet  devant  la  ville  avec  une  grande  armée  et 
l'assiégea.  Une  sortie  des  chrétiens  la  mit  en  déroute:  on 
pillait  déjà  et  le  légat  rendait  grâces  à  Dieu  dans  l'église  voi- 
sine de  Saint-Jean-Baptiste  pour  cette  nouvelle  victoire, 
lorsque  les  Turcs  revinrent.  Le  légat  lui-même,  Zaccaria, 
Zeno  et  vingt  autres  parmi  les  chefs  furent  tués  ;  on  put  con- 
server cependant  la  ville,  confiée  ensuite  à  la  garde  des 
Hospitaliers",  qui  revenaient  de  la  sorte  dans  cette  Syrie  dont 
ils  avaient  été  chassés  en  1302. 

Le  pape  envoya  un  nouveau  légat,  l'évêque  de  Bologne  ;  Ber- 
trand de  Baux  devait  remplacer  le  capitaine  pontifical  tué, 
Martin  Zaccaria.  Jusqu'alors  ces  offices  avaient  été  remplis  par 
l'archevêque  de  Candie  et  Conrad  Piccamiglio  ;  Jean  de 
Biandràeutle  commandement  sur  les  galères'.  Puis,  ému  par 

cette    défaite  des    chrétiens,   qui   rendait  leur    position   si 

*• 

1.  Comm.,  IV,  n»  174;  II,  p.  149. 

2.  Rinaldi,  /.  c. 

3.  Ihid. 

4.  BosiO,   0.  c,   p.    43.  ^  ,■    rr        ■     i 

5.  Ihid.  V.  encore  sur  la  bataille  qui  suivit,  Vita  Caroli  Zeni,  l.  c, 
209  E-210  D.  .   .„     „  „„ 

6.  Bosio,  II.  42;  G.Villani,!.  XII,  ch.  39,  éd.  Dragomanni,  IV,  68-/0. 
Le  combat  eut  lieu  en  janvier  1345. 

7.  Bosio,  II,  43. 


—  44  - 

dangereuse  devant  un  ennemi  nombreux  et  infatigable.  Clé- 
ment VI  renouvela  ses  efforts  auprès  des  princes  et  des  com- 
munes chrétiennes.  Il  écrivit  aux  Pisans  et  aux  Florentins,  aux 
habitants  de  Pérouse  et  de  Bologne:  il  n'obtint  rien  par  ses 
prières'. 

Il  n'y  avait  donc  personne  pour  reprendre  en  Orient  le  rôle  de 
cette  ligue  si  difficilement  formée,  qui  s'était  dissoute  devant 
la  première  défaite.  La  guerre  entre  la  France  et  l'Angle- 
terre occupait  l'Occident  ;  les  communes  italiennes  étaient 
trop  absorbées  par  leurs  intérêts  pour  les  sacrifier  à  des 
expéditions,  dont  l'inutilité  devenait  de  plus  en  plus  évidente; 
les  Vénitiens  n'avaient  jamais  interrompu  ce  commerce  avec 
les  Infidèles,  qui  était  une  des  grandes  sources  de  leur  ri- 
chesse. A  la  veille  de  la  croisade,  ils  avaient  demandé  au 
pape  des  privilèges  pour  trafiquer  avec  le  Soudan^  ;  trois 
grandes  galères  étaient  parties  aussitôt  pour  Alexandrie, 
portant  le  nouveau  consul,  Pierre  Giustiniani^  On  leur  avait 
accordé  quatre  galères  d'abord,  le  nombre  en  fut  accru 
jusqu'à  sept,  à  cause  des  dangers*.  Bientôt  une  autre  guerre 
commença  entre  Venise  et  le  roi  de  Hongrie,  et  il  ne  fut  plus 
possible  d'attendre  aucun  secours  de  ce  côté.  Ce  fut  en  vain 
que  Clément  VI  ordonna  des  prières  pour  le  rétablissement  de 
la  concorde  entre  les  princes  chrétiens  ''\  la  guerre  devint  de 
plus  en  plus  favorable  aux  Vénitiens  qui  recommençaient  la 
conquête  de  la  Dalmatie.  Le  12  décembre  1345,  le  pape,  eu 
égard  à  l'utilité  de  la  ligue,  la  prorogea  pour  deux  ans  :  per- 
sonne ne  partit  cependant  pour  l'Orient®. 

Pendant  ce  temps  la  position  de  Smyrne  devenait  de  plus 


1.  Delaville  le  Roulx,  I,  pp.  104-5. 

2.  Cronica  venez.,  Bibl.  nat.,  Italien,  16,  f"  110.  Deux  ambassadeurs 
spéciaux  furent  envoyés  dans  ce  but  à  Avignon,  Marin  Faliero  et 
André  Cornaro.  Le  privilège  date  du  27  avril  (Comm.,  IV,  n"122;  t.  II, 
p.  137). 

3.  Cron.ven.,  l.  c.  Avant  et  non  pas  après  Smyrne,  ainsi  que  parait 
le  croire  Romanin  (III,  148).  Il  parle  de  deux  galères  de  commerce 
{ihid.). 

4.  Comm.,  IV,  n"  172  ;  t.  II,  p.  149.  Le  pape  leur  donnait  en 
même  temps  les  dîmes  ecclésiastiques  pendant  trois  ans,  pour  con- 
tinuer à  défendre  la  chrétienté  et  la  sécurité  des  mers  (Romanin,  III, 
148). 

5.  Comm.,  IV,  n"  179;  t.  II,  p.  150. 

6.  Comm.,  IV,  n°  182;  t.  II,  p.  151. 


—  45  — 

en  plus  critique  :  les  petits  États  chrétiens  de  l'Orient  com- 
mençaient aussi  à  s'inquiéter.  Pour  obtenir  peut-être  un 
secours,  Hugues  IV  annonça  au  pape  que  le  Soudan,  effrayé 
par  la  prise  de  Smyrne,  avait  l'intention  de  faire  tuer  «  tous 
les  princes  catholiques  du  monde  »,  par  des  sicaires,  qu'il 
avait  engagés  dans  ce  but  \  Le  pape  nomma  un  nouveau  com- 
mandant pour  l'armée  de  Smyrne,  Jacques  de'  Priuli,  prieur 
de  Lombardie  ^  Peu  de  temps  après,  quelqu'un  s'engagea 
enfin  k  porter  du  secours  aux  assiégés,  c'est  Humbert  II  de 
Dauphiné. 

Dès  le  commencement  de  l'année  1345,  il  avait  demandé 
la  dignité  de  capitaine  de  la  croisade  «  contre  les  Turcs 
et  contre  les  non  feauls  à  l'église  de  Rome  ».  Il  offrait  d'entre- 
tenir à  ses  dépens  300  hommes  d'armes  et  mille  arbalétriers 
pendant  toute  la  durée  de  l'expédition,  paraît-il,  «  par  mer 
et  par  terres  »^  :  il  y  aura  dans  cette  armée  cent  chevaliers  et 
douze  bannières.  Il  armera  en  plus  cinq  galères  «  qui  seront 
siens,  dit  sa  demande,  pour  nagier,  aler  ou  séjourner  à  sa 
ordenance  ».  En  échange,  tous  les  autres  chefs  des  croisés 
devaient  lui  être  soumis,  à  moins  que  le  roi  de  France  lui- 
même  ne  prît  la  croix*.  De  plus,  le  pape  lui  donnera  le 
«  plein  pardon  »,  à  lui  et  à  ses  hommes  :  les  frais  de  l'ex- 
pédition seront  payés  par  l'Église,  qui  emploiera  dans  ce  but 
le  produit  des  amendes  («  les  deniers  séquestrez  »)  et  les 
aides,  qui  seront  imposées  sur  la  chrétienté.  Le  Dauphin  aura 
aussi  la  dîme  de  ses  États  et  de  ceux,  «  esquels  le  dit  dau- 
phin ou  ses  subgiez  ont  terre,  hors  du  royaume  de  France  ». 
Les  conquêtes  lui  appartiendront,  et  il  pourra  les  aliéner  à 
son  gré,  à  moins  que  quelque  chrétien  n'y  eût  des  droits  anté- 
rieurs. A  ces  conditions,  il  se  proposait  de  partir  dans  le  cours 
de  cette  même  année,  à  la  Saint-Jean. 


1.  Rinaldi,  XXV,  p.  500  (ann.  1349).  Ne  serait-elle  pas  antérieure  à 
cette  date?  Le  Soudan  aurait  employé  bien  du  temps  à  s'effrayer,  si  on 
devrait  admettre  la  date  donnée  par  Rinaldi. 

2.  Abbé  C.-Ul.  Chevalier,  Documents  sur  le  Dauphiné  (Montbéliard- 
Lyon,  1874),  p.  106. 

3.  (Valbonnais],  Histoire  du  Dauphiné,  éd.  de  Genève,  II,  p.  507. 
Réimpr.  dans  Paoli,  Codice  diplomatico  del  sacro  militar  ordine 
Gerosolimitano,  Lucques,  \11Z-1 ,  11,  pp.  154-5. 

4.  Dans  ce  cas,  et  dans  ce  cas  seul,  «  le  dit  Dauphin  et  sa  compagnie 
seront  dessous  lui  »  (ibid.). 


-  4()  - 

La  nominaiion  par  le  pape  suivit  de  bientôt  cette  de- 
mande. La  bulle  de  Clément  VI  est  du  25  mai  1345  ^  Hum- 
bert  s'était  présenté  à  Avignon  et  avait  reçu  des  mains  du 
pape,  après  avoir  accepté  les  conditions  de  ce  dernier,  la 
croix  et  l'étendard  de  la  sainte  Église  romaine.  Il  devait 
partir  le  plus  tôt  possible,  le  2  août  de  cette  même  année,  au 
pis  aller,  et  arriver  à  Négrepont  vers  le  milieu  du  mois 
d'octobre,  avec  cent  cbevaliers  et  écuyers  au  moins,  qu'il 
devait  entretenir  pendant  toute  la  durée  de  la  ligue  ou  pen- 
dant trois  ans,  en  tout  cas.  Son  but  devait  être  le  môme  que 
celui  de  l'expédition  qui  partit  l'année  suivante  :  empêcher 
les  pirateries  des  Turcs  en  Remanie  et  leurs  attaques 
contre  l'île  même  de  Négrepont.  Personne  ne  pouvait  mieux 
remplir  cette  mission,  croyait  le  pape,  que  «  sa  personne, 
illustre  par  la  noblesse  de  sa  famille,  douée  de  puissance, 
insigne  par  ses  vertus*  »,  et  surtout  profondément  dévouée  à 
l'Église. 

Des  brefs  avaient  été  envoyés  aussitôt  à  l'archevêque  de 
Crète  et  à  d'autres  prélats  de  l'Orient,  pour  leur  annoncer 
la  proclamation  de  la  croisade.  Clément  VI  écrivit  vers 
la  même  époque  au  doge  Dandolo  ;  il  déplore  les  calamités 
des  chrétiens,  dont  les  souffrances  s'accroissent  continuelle- 
ment, et  lui  annonce  la  nomination  de  «  l'illustre  »  prince 
Hurabert  de  Viennois,  comme  capitaine  général  des  armées 
chrétiennes  réunies  contre  les  Infidèles  ^  Le  doge  est  invité 
à  lui  prêter  secours,  surtout  en  ce  qui  concerne  les  moyens 
de  transport*.  Humbert  espérait  le  concours  d'une  grande 
partie  de  la  chrétienté,  des  chevaliers  de  France  —  avec  le 
roi  peut-être — ,  d'Angleterre,  d'Allemagne,  de  Sicile  etd'Ita- 


1.  Valbonnais,  o.  c,  If,  p.  511.  Repr.  dans  Paoli,  o.  c,  pp.  87-8.  Il 
prêta  serment  le  l*:""  mai,  et  prit  la  croix  le  jour  suivant. 

2.  «  Personam  tuam,  generis  nobilitate  praeclaram,  potentia  prae- 
ditam,  virtutibus  insignitam  »  (ihid.).  Il  devait  empêcher  aussi  la 
conquête  de  Cal'fa  par  les  Tatars.  Rinaldi,  ann.  1344,  §  6. 

3.  «  Capitaneum  sanctae  sedis  apostolicae,  et  ducem  exercitus 
Christianorum  contra  Turcos  »  (Valbonnais,  II,  p.  511).  Cf.  Arch.  de 
rOr.  lai.,  I,  538. 

4.  Commem.,  IV,  n"  161;  t.  II,  p.  146;  Rinaldi,  §  6;  cf.  Caroldo,  f" 
127  v.  D'après  ce  dernier,  vers  la  même  époque,  Pancrace  Giustiniani 
avait  remplacé  Zeno  comme  capitaine  de  la  ligue  (Capitano  délia 
legà). 


—  47  - 

lie\  Un  plan  secret  avait  été  formé  à  Avignon  pour  assurer 
la  victoire  delà  ligue:  quelque  temps  après,  le  pape  demanda 
l'avis  des  anciens  du  couvent  de  Rhodes,  et  surtout  du  chef 
des  galères  de  l'ordre  à  Smyrne,  Jean  de  Biandrà^ 

Cette  même  année  1345,  Humbert  II  envoya  à  Venise  Nicolas 
d'Astribort  pour  annoncer  son  prochain  départ.  Il  devait 
s'embarquer  à  Marseille,  au  commencement  du  mois  d'août 
suivant  et  arriver  vers  la  fin  de  septembre  à  Brindisi,  où  les 
galères  vénitiennes  du  golfe  étaient  invitées  à  venir  pour  le 
recevoir.  L'envoyé  du  Dauphin  devait  s'informer  aussi  du  prix 
pour  le  transport  des  chevaux  de  l'expédition  à  Clarentza^. 
Trois  patrons  de  Marseille  lui  fournissaient  des  vaisseaux  pour 
quatre  mois  ou,  à  sa  demande  spéciale,  pour  un  an  ;  outre 
la  somme  convenue,  ils  recevraient  la  moitié  du  butin  fait 
en  mer  par  les  croisés.  La  flotte  devait  être  prête  à  partir 
dans  la  dernière  semaine  du  mois  de  juillet,  il  s'embarquerait 
lui-même  au  commencement  du  mois  suivant''.  Le  Dauphin 
fut  très  exact  :  après  avoir  laissé  l'administration  du  pays  à 
Henri  de  Villars,  archevêque  de  Lyon,  il  arriva  à  Marseille, 
au  terme  fixé,  avec  sa  femme,  Marie  de  Baux,  et  ses  troupes  \ 

Humbert  II  se  faisait  des  illusions  sur  le  résultat  de  cette 
expédition,  qui  devait  finir  d'une  manière  si  misérable.  Ses 
forces  n'étaient  pas  assez  nombreuses  et  la  ligue,  presque 
dissoute,  ne  pouvait  pas  aider  beaucoup  au  succès  de  cette 
nouvelle  croisade.  Enfin,  la  personne  même  de  son  chef  devait 
être  une  des  causes  principales  de  la  défaite. 

Humbert  II  avait  succédé  à  son  frère,  le  Dauphin  Guignes, 
en  1333.  Il  signala  son  arrivée  au  pouvoir  par  un  traité  avec 
le  comte  de  Savoie  (7  mai  1334),  qui  ne  fut  pas  très  glorieux 
pour  lui,  et  par  des  mesures  financières  contre  les  officiers 
de  son  prédécesseur^  Des  querelles  entre  les  nobles  de  ses 


1.  Des  chevaliers  de  ces  nations  se  seraient  décidés  à  faire  le  pas- 
sage :  ils  en  furent  empêchés  par  les  guerres  (Bref  de  Clément  VI  à 
Humbert,  28  novembre  1346,  Valbonnais,  II,  536,  repr.  par  Paoh,  II, 
89-90  et  Rinaldi,  1344,  §  6). 

2.  Bosio,  0.  c,  II,  47. 

3.  Cotnm.,  IV,  n"  183;  t.  II,  p.  151. 

4.  Valbonnais,  II,  510. 

5.  J.  Homan,  dans  les  Arch.  de  l'Or.  Int.,  I,  p.  537. 

6.  liihl.  de  l'éc.  des  Charles.  I«  série,  t.  I,  p.  264-5. 


—  48  — 

domaines  suivirent,  et  le  Dauphin  ne  s'en  mêla  pas  trop, 
plongé  lui-même  dans  des  démêlés  incessants  avec  tous  ses 
voisins.  Il  eut  des  difficultés  avec  la  France  pour  Sainte- 
Colombe,  avec  Eudes  de  Bourgogne  (133G),  et  avec  l'Église. 
Bien  qu'il  fût  très  pieux  (il  fonda  plusieurs  établissements 
religieux  pendant  son  règne  '  et  autorisa,  dès  le  commencement, 
l'exercice  delà  juridiction  ecclésiastique  dans  ses  Etats ^),  il  se 
trouva  sans  cesse  en  guerre  avec  les  prélats  et  avec  le  Pape. 
Après  un  voyage  à  Avignon,  en  1336,  il  révoqua  les  actes  de 
sa  minorité,  entre  autres  celui  par  lequel  il  se  reconnaissait 
vassal  de  l'Église  pour  quelques  fiefs^  A  la  suite  d'une  que- 
relle entre  l'archevêque  de  Vienne  et  son  chapitre  (1337),  il 
prit  les  armes  et  se  saisit  de  la  ville''.  Il  eut  de  nouveaux 
démêlés  avec  le  même  prélat,  quand  une  émeute  éclata  à 
Romans,  en  1341  ^  Il  devait  au  Pape  seize  mille  florins,  qu'il  ne 
voulait  pas  payer,  mais  il  y  fut  contraint  par  l'excommunica- 
tion, et  Romans  fut  réclamée  par  l'archevêque,  que  soutenaient 
les  menaces  pontificales.  L'archevêque  de  Vienne  l'avait  ex- 
communié, et  ce  fut  à  Clément  VI  qu'il  dut  son  absolution^ 

Ce  prince,  brouillon  et  faible  en  même  temps,  rêvait  de 
grandes  conquêtes  dans  les  pays  lointains".  Il  inspira  peut- 
être  la  création  de  cet  ordre  de  Sainte-Catherine,  que  fondè- 
rent sous  son  règne  les  seigneurs  du  Dauphiné^  S'il  refusa  le 
titre  de  roi  de  Vienne,  que  lui  offrait  l'empereur  Louis  de 
Bavière,  en  demandant  la  reconnaissance  préalable  de  ce 
dernier  par  le   pape^  il  s'engageait,   par   une    convention 


1 .  Il  fonda  douze  chapellenies  au  chapitre  de  S.  André  de  Grenoble,  en 
1345,  et  fit  des  donations  au  Prieuré  des  Bénédictins  de  S.  Robert(Val- 
bonnais,  o.  c,  1,333).  11  fit  encore  des  donations  aux  Augustinsde  Cré- 
mieu,  aux  Chartreux  de  Chalais(?6ù/.,  1,317),  et  fonda  une  congrégation 
defilles  nobles  dans  son  château  de  Montfleury(Z/<6i.  ec.  c/i.,/.  c.,p.268). 

2.  Valbonnais,  I,  p.  304. 

3.  Ibid.,  pp.  309-10. 

4.  Ihid.,  pp.  310-11. 

5.  Ibid.,  p.  323. 

6.  Ibid.,  p.  326.  Clément  VI  succéda  le  7  mai  1342  à  l'ennemi  du 
dauphin,  Benoit  XII. 

7.  De  sorte  que  ce  n'était  pas  la  première  fois  que  se  réveillaient  dans 
ce  prince,  fùt-il  même  «  flasque  »,  «  les  étincelles  de  l'ardeur  belli- 
queuse... »  (André,  Histoire  de  la  papauté  au  xiv^  siècle,  p.  238). 

8.  Dans  le  but  de  défendre  leur  suzerain,  de  se  défendre  entre 
eux,  etc.,  Chevalier,  o.  c,  pp.  35-9. 

9.  Valbonnais,  I,  306-7. 


-  49  — 

avec  Louis  d'Espagne,  l'année  même  de  son  départ  pour  la 
croisade,  à  construire  un  certain  nombre  de  vaisseaux,  pour 
conquérir  les  Iles  Fortunées  que  le  Pape  venait  de  constituer 
en  royaume  pour  ce  prince'. 

Depuis  longtemps,  cette  idée  de  la  croisade  l'attirait.  Il 
avait  ordonné  qu'elle  fût  prèchée  à  Grenoble,  dès  l'année 
1335^  Un  nouveau  voyage  à  Avignon  l'affermit  dans  ses 
dessoins  :  il  alla  à  iMarseille,  où  il  visita  les  reliques  de 
saint  Louis  d'Anjou,  son  parent  et  son  patron.  Puis,  à  la 
demande  du  pape,  il  défendit  dans  ses  Etats  joutes  et 
tournois,  pour  ne  pas  distraire  les  chevaliers  qui  vou- 
draient partir  pour  la  Terre  Sainte  ^  Son  fils  unique  étant 
mort  d'accident  en  L335,  il  se  décida  à  se  défaire  de  ses 
domaines  et  à  partir  pour  cet  Orient,  où  de  grandes  choses 
l'attendaient  :  il  les  ofi"rit  d'abord  au  roi  de  Sicile,  qui  ne 
consentit  pas  à  ce  marché,  peut-être  à  cause  de  ses  préten- 
tions trop  élevées*.  Il  réussit  cependant  à  vendre  ses  posses- 
sions de  Normandie  ''  d'abord,  tout  son  héritage  ensuite,  que 
Philippe  de  Valois  réunit  à  la  France  (1343)  ^  Plus  tard,  quand 
la  croisade  fut  déclarée,  il  s'adressa  à  Robert  de  Sicile,  pour 
en  obtenir  30.000  florins,  lui  offrant  en  échange  les  terres 
qui  lui  restaient  encore  ;  Guillaume  Roger  lui  acheta  enfin 
ses  possessions  d'Auvergne  et  celles  qui  lui  avaient  été  assi- 
gnées par  le  roi  pour  le  paiement  de  sa  rente^ 

Son  caractère  explique  pourquoi  ses  demandes  avaient  été 
accueillies  assez  froidement  à  Avignon.  Un  ambassadeur  qu'il 
envoya  auprès  du  Pape,  «  Guillaume  de  Rhuin  »,  no  réussit 
pas,  devant  l'opposition  des  cardinaux ^  On  le  trouvait  trop 
peu  sérieux  pour  cette  grande  entreprise,  dont  l'insuccès  pou- 
vait compromettre  les  tentatives  ultérieures  et  discréditer 
l'idée  de  la  croisade.  Ce  ne  fut  que  devant  ses  off'res  réité- 
rées que  Clément  VI  consentit  à  le  nommer  chef  de  la  ligue 

1.  Valbonnais,  o.  c,  334.  Cf.  t.  II,  p.  502. 

2.  HjùL,  I,  p.  307. 

3.  Ibid.,  p.  311. 

4.  Ibid. 

5.  Ihid.,  pp.  321,  330,  .332. 

6.  Ihbl.  PC.  ch.,  1"  série,  t.  I.  pp.  269  et  suiv.  ;  Guiffrey,  Hist.  de  la 
réunion  du  Dauphiiié  à  la  France,  Paris,  1868,  8°. 

7.  Valbonnais,  1,  pp.  330-2. 

8.  Ibid.,  335. 

N.  JoROA.  P/iilippe  de  iléziéres.  4 


—  50  — 

chrétienne  :  encore,  en  fixant  le  nombre  des  chevaliers  qui 
devaient  le  suivre  et  le  terme  précis  de  sa  mission,  prit-il 
toutes  les  précautions  possibles  contre  cette  incurable  légè- 
reté. Elles  ne  devaient  pas  être  bien  utiles'. 

Le  faible  prince  partit  de  Marseille  le2  septembre  et  se  dirigea 
vers  Gênes  (où  il  passa  les  14  et  15  de  ce  mois),  après  s'être  arrêté 
dans  une  île  voisine  ^  pour  régler  certaines  affaires.  L'Italie, 
qu'il  traversa  par  Livourne,  Florence  et  "Venise,  ne  lui  fournit 
que  quelques  centaines  de  chevaliers,  400 Florentins  et350  Sien- 
nois,  malgré  les  lettres  exhortatoires  du  Pape,  qu'il  apportait 
avec  lui^  Il  arriva  à  Venise  quelque  temps  après  le  12  sep- 
tembre, date  où  lui  fut  accordé  le  privilège  de  citoyen  hono- 
raire*, et,  plus  tard,  mille  ducats;  il  fut  très  bien  reçu  par  le 
dogeDandolo  et  la  noblesse.  On  acheta  pour  lui  des  chevaux  à 
Trévise  et,  après  un  séjour  assez  court,  il  partit  pour  Négrepont 
avec  sa  suite ^  Il  y  trouva  sa  flotte,  qui  s'était  formée  pendant 
ce  temps  à  Céphalonie  :  un  grand  nombre  des  chevaliers  les 
plus  illustres  de  l'Occident  l'y  attendaient  :  Hugues  de  Genève 
avec  sa  suite,  le  chancelier  du  Dauphiné,  Pierre  de  Loye, 
amiral  delà  mer  et  seigneur  de  Ligniers,  le  maréchal  de  l'ar- 
mée, Aimon  Brunier,  frère  de  Jacques,  Jean  Allemand,  Re- 
naud de  Revel,  Etienne  de  Lucinges,  le  bâtard  de  Baux,  etc.  *. 


1.  L'évêque  de  Grenoble  et  quelques  autres  parmi  ses  •fidèles,  qui  le 
connaissaient  suffisamment,  cherchèrent  à  le  dissuader  de  partir 
(Valbonnais,  o.  c,  I,  p.  335).  Il  n'avait  pas  l'argent  nécessaire  :  les 
sommes,  que  lui  avait  données  Roger,  étant  insuffisantes,  il  fut  réduit 
à  vendre  par  proclamation  des  privilèges  particuliers  ou  «  corporels  », 
en  échange  d'une  contribution  volontaire.  Il  mit  des  impôts,  que 
ses  sujets  épuisés  ne  payèrent  qu'après  son  retour  (le  «  cas  impérial  » 
de  six  gros  par  famille),  il  fit  appel  au  clergé  et  aux  chevaliers  (ibid.). 
Déjà,  à  Marseille,  il  demanda  encore  une  fois,  au  roi  de  France,  les 
100,000  florins  qu'on  devait  lui  payer  pour  le  Daupliiné  (ibid.). 

2.  11  fit  une  donation  de  130  florins  d'or  sur  la  galère  même  de  la 
sainte  croix  (in  galea  srmcle  Crucis),  le  2  septembre  1345  (J.  Roman, 
Arch.  de  l'Or.  Int.,  I,  538). 

3.  Stella,  Muratori,  XVII,  1085-6.  Valbonnais.  I,  p.  337.  Son  inten- 
tion était  de  débarquer  a  Porto  pisano  V.  la  lettre  de  recommandation 
de  son  envoyé  à  Venise,  et  Villani,  p.  70. 

4.  Comm.,  IV,  n"i73;  t.  Il,  p.  149.  Passage  à  Ferrare,  Muratori,  XV, 
424  E-5  A.  V.  p.  40,  note  1  du  présent  ouvrage. 

5.  Valbonnais,  I,  p.  337.  Composée  presque  exclusivement  de 
chevaliers  français:  on  rencontre  cependant  quelques  Italiens  aussi 
(Pierre  de  Carmignano,  Buonaccorso,  Paul  de  Parme).  V.  Chevalier, 
pp.  95-9. 

6.  Ibid.,  pp.  99-105. 


—  51   — 

Six  galères  dos  alliés  l'y  rejoignirent,  quatre  armées  par  le 
pape,  deux  autres  par  le  Grand-Maître  et  Venise'. 

L'hiver  finit  sans  actions  d'éclat  :  le  Khan  des  Tatars 
continua  le  siège  de  Caffa^  sans  être  inquiété  par  le  Dauphin. 
On  ne  fit  que  saisir  les  vaisseaux  qui  faisaient  le  commerce 
avec  le  soudan  sans  licence  spéciale  :  les  galères  du  légat  de 
Constantiiiople,  Henri,  s'emparèrent  ainsi  de  deux  vaisseaux, 
l'un  génois,  l'autre  grec,  qui  faisaient  surtout  le  commerce 
du  blé  ^ 

Une  chronique  italienne  cite  une  victoire  remportée  dès  le 
commencement,  à  Métélin,  par  ses 3,000  hommes  de  troupes*. 
Tout  ce  grand  appareil  de  guerre,  inutile  dans  les  eaux  de 
l'Archipel ',  coûtait  cependant  de  l'argent.  Humbert  pressura 
les  Juifs  de  sou  pays,  les  Lombards  et  les  autres  usuriers:  il 
en  tira  mille  florins  d'or.  Le  pape  lui-même  imposa  la  dîme 
en  France,  en  Angleterre,  en  E^spagne.  On  décida  de  choisir 
l'île  de  Chio  comme  lieu  de  retraite  pour  les  chrétiens,  ce  qui 
amena,  malgré  les  efforts  du  Pape ^  des  collisions  avec  les 
Génois,  qui  parvinrent  à  l'emporter  le  16  juin  1346.  Les  évé- 
nements qui  suivirent  sont  assez  obscurs.  Une  bulle  de  Clé- 
ment VI,  citée  par  Bosio,  parle  d'une  grande  victoire  à  Im- 
bros,  remportée  par  le  Grand -Maître,  avant  le  24  juin  1347  "  : 
la  flotte  ennemie  fut  incendiée  dans  le  port  de  l'île,  et  un 
corps  de  Turcs,  qui  avait  débarqué  à  Imbros,  aurait  été  ré- 
duit à  se  rendre.  D'autre  part,  une  pièce  des  Archives  natio- 
nales que  Michelet   publia  en  partie  dans  son  Hùtoi7'e  de 

1.  Valbonnais.  I,  p.  337.  Il  y  avait  aussi  des  galères  de  Chypre. 
Cf.  Valbonnais,  II,  537. 

2.  Le  siège  dura  trois  ans,  et  la  grande  peste  y  parut  (V.  le  récit 
de  Gabriel  dc'Mussi  dans  le ms.  lat.  XIV,  264,  f"*42  vetsuiv.  de  laBibl. 
de  S.  Marc,  à  Venise). 

3.  Le  vicaire  en  rendit  compte  aux  maîtres  d'hôtel  du  Dauphin,  le 
13  février  1346  (Chevalier,  0.  c,  pp.  105-6).  Cf.  sur  Calïa,  Bibl.  éc. 
ch.,  1'''  série,  t.  I,  p.  276,  et  Stella,  1080  et  suiv. 

4.  Isl.  ((elle  cose  avvenule  in  Toscana  (1300-48),  Florence,  1578, 
p.  198,  et  Muratori,  R.  II.  Scr.,  XI,  514;  nouvelles  éd.  (Istorie  pistoiesi), 
Pralo,  1835,Milan,  1845. 

5.  D'après  la  chron.  de  Toscane  citée,  le  Dauphin  aurait  pris  en 
dix-liuit  mois  (s/c),  jusqu'au  10  fév.  1346,  Thèbes,  /-'op^ie  «oi't- (nouvelle 
Phocée),  la  petite  Smyrne,  .\dramytti  et  «  CoIIace  »  (/.  c). 

6.  Le  pape  aurait  promis  à  Ilunibert  de  demander  l'ile  à  «  l'Impé- 
ratrice veuve  .\nne  »,  s'offrant  à  la  lui  rendre  après  trois  ans  (Valbon- 
nais, 0.  c,  I,  p.  339).  Cf.  lleyd,  o.  c,  I,  384  et  suiv. 

7.  Bosio,  o.  c,  II,  ann.  1347,  p.  48. 


—  52  - 

France^,  et  qui  a  été  analysée  plus  tard  par  M.  de  Pëligny*, 
mentionne  d'une  manière  excessivement  fabuleuse  une  vic- 
toire que  les  chrétiens  auraient  remportée  la  môme  année 
«  en  un  plain,  entre  Smyrne  et  Haut  Lieu  ))^ 

La  pièce  a  l'apparence  d'une  lettre.  «  Hue,  roy  de  Cypre  », 
(Hugues  IV)  écrit  à  Jeanne  de  Naples,  «  trez  sainte  dame  de 
la  réal  lingniée  des  Françoiz  »,  le  récit  de  cette  grande  vic- 
toire, pour  qu'elle  s'en  réjouisse  avec  lui  et  avec  tous  «  lez 
autrez  crestienz,  portans  le  singne  de  Ja  croix  ».  La  bataille  fut 
livrée  près  de  Smyrne,  le  24  juin  1347  :  les  Chypriotes  se  trou- 
vaient rassemblés,  avec  les  autres  croisés,  dans  la  plaine*,  au 
nombre  imposant,  qu'ils  n'atteignirent  jamais  du  reste  en 
réalité,  de  deux  cents  mille  hommes  :  douze  cent  mille  Turcs 
vinrent  les  y  attaquer.  On  combattit  pendant  toute  la  journée, 
et  les  chrétiens,  écrasés  par  le  nombre,  allaient  se  retirer  vers 
le  soir,  devant  les  ennemis,  aussi  «  désireux,  dit  Hugues, 
de  boire  nostre  sanc,  comme  chienz  sont  désireux  de  boire 
le  sanc  des  lièvrez  ».  Désespérés,  ils  demandèrent  le  secours 
du  ciel,  en  criant  énergiquement  de  leurs  «  voiz  enroueez 
de  leur  grant  labeur  et  de  leur  grant  feblesce  ».  Alors 
apparut,  sur  un  cheval  blanc  d'une  merveilleuse  grandeur,  un 
homme  portant  «  baniere  en  champ,  plus  blanche  que  nulle 
rienz,    à   une  croiz   vermeille,   plus  rouge    que  sanc  ».    11 


1.  Michelet,  liist.  de  France  (éd.  de  1837),  t.  III,  p.  190,  note. 

2.  liihl.  (le  Véc.  des  Cha7'les,  I»  série,  t.  I,  pp.  275-8. 

3.  Ilaut-lieu  est  évidemment  Allologo,  sur  la  côte  de  l'Asie  Mineure, 
résidence  d'un  émir  qui  se  soumit  à  Pierre  I"  après  la  prise  de  Satalie 
(v.  pi.  loin).  La  place,  située  à  9  milles  de  mer,  était  une  des  plus  im- 
portantes échelles  des  Francs  au  Levant.  Son  vrai  nom  était  "Ay;os 
OcoXôyo;  ;  on  en  fit  Altologo,  Aïtologo  (cf.  Mas-Latrie,  Vile  de  Chypre, 
p.  25i,  note  2),  Alto-Lloch  (Muntaner)  Haut-lieu  (seul  exemple  dans 
cette  pièce).  Schiltherger  en  parle  dans  ses  voyages  «  Die  erst  (parmi 
les  300  châteaux  qui  appartiennent  aux  Turcs  de  Brousse)  ist  gênant 
Asia,  darinne  ist  sant  Johaniis  des  evangelisten  grab....aber  die  zu 
land  heist  es  hohes  »  (éd.  .\eumann,.  p  9'/).  Elle  était  située,  du  reste, 
à  10  lieues  seulement  au  sud  de  Smyrne  (Mas-Latrie,  l.  c,  ihid.).  M.  de 
Pétigny  croit  au  contraire  que  la  bataille  eut  lieu  au  nord  de  la  ville 
de  Smyrne  (25  lieues)  prés  du  golfe  d'Adramytti.  Quant  à  la  lettre  elle- 
même,  elle  e.st  trop  fabuleuse  pour  qu'on  puisse  l'attribuer  à  «  la  cour 
d'Avignon  »  {Bib.  éc.  ch.,  1,  p.  276).  —  .Nous  avons  découvert  depuis, 
à  la  l)ibliothèque  royale  de  Munich,  un  texte  latin,  en  double  copie,  de 
celle  lettre  :  nous  espérons  le  publier  bientôt  en  entier  (lat.,  4.149,  f° 
300  et  lat.  850,  f"''  124-5,  xv«  siècle). 

4.  Cf.  «  Nous. . .  estions  assemblez;  nous  n'en  poyons  plus  »,  etc. 


—  53  — 

portait  un  vôtement  de  peau  de  chameau,  sa  barbe  était  «  très 
grant  et  très  longue  »  ;  son  visage  émacié  brillait  comme  le 
soleil.  Il  les  encouragea  à  combattre  les  Turcs  pendant  la  nuit, 
sous  les  rayons  de  la  lune,  qui  brillait  aussi  «  comme  le  soleil 
resplendissant».  A  l'aurore,  les  ennemis  s'enfuirent,  tandis  que 
les  forces  des  chrétiens  paraissaient  plus  grandes  qu'au  com- 
mencement de  la  bataille.  On  célébra  une  messe  en  l'honneur 
de  la  Vierge  et  de  la  sainte  Trinité  et,  comme  on  voulait 
séparer  les  morts  des  chrétiens  de  ceux  des  Infidèles,  on  de- 
manda l'aide  du  mystérieux  personnage.  Il  apparut  de  nou- 
veau et,  quand  on  lui  demanda  son  nom,  il  déclara  être  «  ce- 
lui qui  dit  :  Ecc(^  agnus  Dei.  Eccc  qui  tollit  peccata  mundi. 
Celui  de  cui  aujourd'huy  vous  célébrez  la  feste  ».  Quand  on 
alla  relever  les  cadavres,  les  chrétiens  portaient  tous  un  si- 
gne près  de  leur  tète  :  une  tige  terminée  par  une  grande  fleur 
blanche,  toute  ronde,  comme  la  sainte  hostie,  avec  ces  let- 
tres d'or  tout  autour:  «  Je  suy  crestien  '  ».  Des  voix  célestes 
chantèrent  l'office  des  morts,  qui  furent  enterrés,  au  nombre 
de  3,052,  «  jouste  la  cité  de  Tesbayde^  ».  Les  Turcs  perdi- 
rent 73,000  hommes  [sic]  dans  cette  merveilleuse  bataille  ^ 

La  légende  semble  avoir  été  assez  répandue  vers  cette 
époque.  Bzowski  donne  le  récit  semblable  d'une  victoire 
qu'aurait  remportée  le  fils  du  roi  de  Chypre  dans  la  Tliébaïde, 


1.  Cf.  Bzovius,  Annales  ecclesiastici  posl  Daronium,  II,  958.  V.  plus 
bas,  p.  5'i  et  note  1. 

2.  Deux  villes  de  ce  nom  se  trouvent  en  Asie  Mineure  :  l'une  près  de 
Milet,  l'autre  dans  la  plaine,  qui  s'étend  du  golfe  d'Adramytti  au  pied 
de  rida  (Pétigiiy,  BUd.  ce.  ch.,  l'^  série,  t.  I,  p.  277,  n.  2).  (j'est  ce  qui 
fait  dire  à  M.  de  Pétigny  que  c'est  làquc  la  bataille  fut  livrée  et  non 
à  Smyrne.  Le  témoignage  de  Méziéres  (v.  plus  loin)  est  décisif  et,  du 
reste,  celui  qui  bâtit  la  légende  sur  le  fait  réel  de  la  victoire,  pouvait 
bien  se  permettre  une  petite  erreur  de  géographie.  On  pourrait  observer 
encore  que  cette  ville  de  Thèbes  ne  se  trouve  pas  précisément  entre 
Smyrne  et  les  montagnes,  puisqu'une  autre  chaîne  s'étend  à  Magnésie 
entre  elles  :  puis,  la  lettre  parle  de  la  Thébaidc,  qui  pourrait  avoir  un 
sens  plus  large.  La  place  avec  les  environs  avait  été  occupée  par  les 
chrétiens  «  laquelle,  avecquez  le  pays  d'ileuc  environ,  nous  tenonzpour 
nous  et  pour  loiaulx  crestiens  »  Michelet,  192  ;  Pétigny,  ibid.,  pp. 
227-8.  M.  de  Pétigny  rapproche  (/AïW.,  note)  la  Tesbai/de  de  la  lettre  du 
nom  de  Thébaïde  que  donne  Etienne  le  Géographe  à  la  ville  d'Asie 
Mineure. 

3.  Arck.  mit.,  M.  105.  La  pièce  provient  de  l'abbaye  des  dames  de 
Longchamp.  Michelet  la  donnait  dans  sa  note  comme  «  un  échantillon 
des  merveilleux  récits  par  lesquels  on  tâchait  de  réchauffer  le  zèle  du 
peuple  pour  la  croisade  »  (ibid.). 


—  54  — 

en  citant  comme  autorité  un  «  chroniqueur  contemporain  de 
Pistoie  M,  qui  a  été  publié  en  1578,  puis  dans  Muratori'  et 
séparément  ;  il  n'y  eut  pas  moins  do  700,000  Turcs  tués.  Elle 
ajoute  quelques  autres  faits  tout  aussi  fabuleux  :  dans  une 
église  d'Aquila,  dit-on,  la  Vierge  apparut  précédemment  sur 
Fautel  portant  le  Christ  d'une  main  et  la  croix  de  l'autre, 
avec  le  corps  brillant  de  lumière.  Les  enfants  nés  ce  jour-là 
portaient  le  signe  de  la  croix  sur  leur  épaule  droite.  Plusieurs 
Italiens,  émus  par  tant  de  miracles,  partirent  pour  ^Orient^ 

Il  y  a  un  fait  réel  dans  cette  légende,  qu'attestent  deux 
sources  différentes,  contemporaines  toutes  les  deux  :  il  y  eut 
une  victoire  des  chrétiens  près  de  Smyrne,  victoire  qui  trouva 
un  grand  retentissement  en  Occident.  Le  vaincu  fut  proba- 
blement l'émir  même  d'Altologo,  Zalabi,  ou,  pour  lui  donner 
son  vrai  nom,  celui  qu'il  porte  dans  le  traité  de  1348,  «  Ze- 
labi  Hiturbequi  (TschélébiChidrbeg),  fils  de  l'émir  Mahabut 
Mahamutbegh  Aituni».  C'est  lui  qui  demanda,  en  effet,  une 
trêve  aux  chrétiens  et  qui  envoya  ensuite  un  ambassadeur  au 
pape,  c'est  enfin  avec  ce  seigneur  d'Altologo,  que  fut  conclu  le 
traité  du  18  août  1348.  On  ne  s'expliquerait  pas  toutes  ces 
circonstances,  si  Zalabi  n'avait  pas  été  le  vaincu  de  Smyrne. 

Cette  bataille  fut  livrée,  à  la  vérité,  près  de  la  ville,  et 
c'est  à  une  faute  de  transcription  qu'est  dû  le  nom  de  Suiure 
que  lui  donne  Mézières  dans  sa  Chevalerie  de  la  Passion. 
Elle  eut  lieu  en  1346,  et  non  pas  en  1347,  ainsi  que  le  ferait 
croire  la  prétendue  lettre  de  Hugues  IV^  Philippe,  qui  y  prit 
part  et  gagna  même  ses  éperons  de  chevalier  dans  le  combat 
suivant,  la  date  de  cette  année.  Un  grand  nombre  de  chevaliers 
de  l'Occident  y  assistaient,  sous  le  commandement  de  Hum- 

1.  «  Pistoriensis  historiarum  auctor,  qui  hoc  tempore  vivebat,  memo- 
rabat  «  (Bzovius,  II,  958).  V.  le  titre  de  la  chr.  p.  5J,  note  4.  Le  récit  se 
trouve  aux  pp.  511  E-12  li  de  l'éd.  de  Muratori,  aux  pp.  93-5  do  la 
première.  Il  est  fait  évidemment  d'après  la  lettre,  que  l'auteur  con- 
naissait en  latin  ou  en  italien. 

2.  Ibid. 

3.  M.  de  Pétigny  déclarait  déjà  que  la  date  de  1346  était  la  seule 
vraie  («  il  y  a  évidemment  ici  une  erreur  de  date....  »,  p.  278),  se 
fondant  sur  ce  qu'une  trêve  fut  conclue  au  printemps  de  Tannée  1347 
entre  les  Turcs  et  les  chrétiens,  ce  qui  n'empêcha  pas  cependant  la 
bataille  d'Imbros.  Ce  qui  est  très  intéressant  aussi,  c'est  que  les  mé- 
moires inédits  de  Pilati,  secrétaire  du  Dauphin,  parlent  de  la  nouvelle  de 
cette  victoire  (près  de  Smyrne),  qui  arriva  en  France  au  mois  de  septem- 
bre, ce  qui  revient  à  la  date  de  moisdonnéepar  la  lettre  (cf.  ïbid.,i\.  2). 


—  55  — 

bert  II  probablement,  et  non  sous  celui  de  Hugues  IV,  qui 
n'y  fut  pas  môme  présent,  ou  d'un  de  ses  fils  aînés.  Les  chro- 
niques chypriotes  représentent  généralement  le  règne  du  roi 
Hugues  comme  celui  d'un  prince  très  pacifique,  et  c'est  contre 
cette  politique  de  son  père  que  s'irritait  le  jeune  comte  de 
Tripoli,  plus  tard  Pierre  I".  Ses  galères  prirent  part,  il  est 
vrai,  à  la  prise  de  Smyrne  et  à  cette  seconde  bataille  près 
de  la  ville,  mais  le  roi  lui-même  ne  se  signala  jamais  par 
une  action  d'éclat,  en  prenant  lui-même  les  armes,  ainsi  que 
le  fit  plus  tard  son  fils  et  il  ne  l'aurait  pas  permis  à  ce  dernier. 
Enfin,  Philippe,  qui  dit  dix o\y  servi  le  roi  à  Jérusalem,  n'au- 
rait pas  manqué  de  parler  de  ce  fils  de  Hugues  IV,  ainsi  qu'il 
l'a  fait  du  «  dauphin  de  Vienne  »,  auquel  il  n'avait  cependant 
aucune  obligation. 

Si  des  centaines  de  mille  de  cadavres  ne  restèrent  pas  sur 
le  champ  de  bataille,  ainsi  que  le  ferait  croire  la  légende,  ce 
fut  cependant  une  action  très  importante.  UmurbegS  l'émir 
de  Smyrne,  un  des  plus  grands  parmi  les  chefs  turcs,  dit 
Mézières  dans  son  Epître  consolatoire ,  prince  peu  fanatique, 
«  large  et  libéral  »,  était  l'allié  de  son  voisin  et  frère  à  cette 
bataille  de  VEsmire^,  que  gagna  le  Dauphin  lui-même^  La  fleur 

1.  C'est,  dit-il,  le  même  Morbaissanl  qui  conquit  les  îles  de  l'Ar- 
chipel, ce  qui  aurait  rapport  à  ses  attaques  sur  Négrepont  et  la  Ro- 
manie,  attaques  barbares,  que  décrit  énergiquement  le  pape  dans  ses 
bulles  sur  la  croisade  :  les  habitants  étaient  tués  ou  vendus  comme 
esclaves,  on  les  contraignait  à  embrasser  le  mahométisme(v.  Mézières, 
Epislre,  dans  Froissart,  éd.  Kervyn,  XVI,  p.  510).  Mézières  énumére 
encore  parmi  les  chefs  turcs  «  en  celluy  temps,  cinquante  ans  a  passés  » 
(1346),  le  Soudan  d'abord,  qui  régna  «  non  pas  longuement  »  (Hadji, 
134«j-47),  «  Careman  »,  plus  faible,  en  guerre  avec  l'Arménie,  et  l'émir 
de  «  Carmien  »,  beaucoup  plus  fort.  Ces  notions  géographiques  mon- 
trent l'attention  avec  laquelle  Philippe  étudia  l'état  de  l'Orient,  dès 
sa  jeunesse:  l'émir  de  «  Careman  »  (Krmenek),  le  grand  Caraman,  fut, 
en  effet,  avec  les  Egyptiens,  le  principal  ennemi  de  l'Arménie  au  xiv« 
siècle,  bien  qu'on  s'étonne  de  voir  déprécier  de  la  sorte  un  prince,  qui 
disposait  d'une  armée  de  presque  50,000  hommes  (Schehâb-Eddin  ap. 
Quatremère,  Notices  et  extraits  des  mss.  de  In  Bibliothèque  nationale, 
t.  XIII,  342,  373).  Le  second  émir  est  celui  de  Kermian  ou  de  Kerminan 
(capitale  :  Kutayeh)  qui  mérite  de  tout  point  les  éloges  de  Philippe:  il 
avait  40,000  cavaliers  aguerris,  700  villes  et  forteresses  ;  les  Byzantins 
lui  payaient  tribut.  Ibid.,  (pp.  340,  354-5). 

2.  La  «  Suiure  »  de  Mézières  (Chevalerie  de  la  Passion,  Bibl.  de  l'Ar- 
senal, f°5  12VO-13  v°)  n'est  évidemment  qu'une  mauvaise  leçon  du 
copiste  pour  Smyrne.  Cf.  a  la  suiure,  alesuiure.  ala  suiure  (ibid.). 
Il  la  nomme  ailleurs  {Epistre  lamentable,  p.  hO'i)lesmire  (de  VEsmire). 

3.  Épistrc  cons..  p.  509.  Pour  l'année,  cf.  «  à  la  Suiure,  qui  estoit  lors 
l'an  de  grâce  MCCCXL'VI  ou  environ  »(Chev.  delà  Pass-j"^  12v«-13  v»); 


—  5G  — 

de  la  chevalerie  chrétienne  y  combattit  vaillamment.  Mézières 
cite  parmi  les  combattants  «  Monsieur  de  Biauj,  qui  fu  mares- 
chal  de  France  »,  Geoffroi  de  Charny,  le  premier  Boucicaut, 
qui  fut  aussi  maréchal  de  France,  Jean  de  Saintré  et  «  Mon- 
sieur Thomas  de  Waudenaj*  »  ;  le  bâtard  de  Lucingcs^  (qui 
s'était  embarqué  avec  son  frère  Etienne  ou  Estevenin^)  y  fut 
«  vaillamment  mors  ».  Suivit,  «  assez  tost  après  »,  un  second 
combat,  que  Mézières  appelle  «  unç  autre  chevauchie  et  envaïe 
des  Turs  »,  où,  bien  qu'indigne,  il  reçut  lui-même  l'ordre  de 
la  chevalerie*. 

Ce  fut  probablement  la  dernière  action  de  la  croisade. 
Comme  dans  toutes  ces  expéditions,  on  se  battit  très  bien  et 
on  remporta  la  victoire  dans  toutes  les  rencontres  avec  les 
Infidèles.  Puis,  le  manque  de  plan  et  d'argent  et  l'incapacité  des 
chefs  rendirent  ces  succès  inutiles  :  on  s'empressa  d'accepter 
les  propositions  des  vaincus,  qui  voyaient  leur  commerce  mis 
en  danger  par  l'expédition. 

Ce  fut  le  cas  de  la  croisade  d'Humbert  II.  L'été  se  passa 
sans  de  nouveaux  combats  :  ver.s  l'automne,  le  Dauphin  écri- 
vit au  pape  pour  lui  demander  son  avis  sur  une  trêve  qu'a- 
vaient demandée  les  Turcs  ^  La  réponse  du  Pape  porte  la  date 
du  28  novembre  1346  :  il  parle  des  guerres  qui  troublent 
toute  la  chrétienté,  en  France,  en  Angleterre,  en  Sicile  et 
en  Italie  ;  ceux  qui  seraient  disposés  à  accourir  à  son  secours 
ne  peuvent  partir.  Il  lui  est  impossible  de  recueillir  les  dîmes 
et  les  subsides  qui  permettraient  de  continuer  la  croisade. 
La  trêve  lui  paraît  donc  dans  ces  conditions,  non  seulement 
utile,  mais  nécessaire  [yion  solum  expediens,  sed  etiam  ne- 
cessarium)  ;  son  seul  souci  doit  être  d'obtenir  les  meilleures 
conditions  possibles  pour  les  chrétiens.   Qu'il  consulte  sur 

lequel  (le  bâtard  de  Z,cssm^e)  l'année  devant  avoit  esté...  mors  à  laSuiure 
(l'année  précédant  la  création  de  son  Ordre  de  la  Passion,  1347)  (ibid.). 

1.  Ils  ne  se  trouvent  pas  parmi  les  chevaliers  de  l'hôtel  du  prince  à 
Venise  (Chevalier,  /.  c,  96-î)).  ni  parmi  ceux  qui  devaient  recevoir 
«  gagia  a  domino  »  (ibid.,  p.  100).  Philippe  lui-même  parait  bien  être 
venu  de  Chypre. 

2.  «  Vaillant  et  renommé  chevalier  et  baron,  appelle  le  bastard  de 
Lessinge  »  (C/iev.  de  la  Pas.,  l.  c). 

3.  Stephaninus  de  Lucinr/io,  chambellan  du  Dauphin  (Chevalier,  /.  c, 
102,  119). 

4.  Chevalerie  de  la  Passion,  l.  c. 

5.  Bosio,  II,  47. 


—  57  — 

ce  point  le  vice-légat,  François,  archevêque  de  Crète,  le 
Grand-Maître,  Isnard  d'Albarno,  prieur  de  Capoue,  que 
Clément  VI  avait  envoyé  quelque  temps  auparavant  à  ce 
dernier  pour  lui  annoncer  son  grand  projet,  les  patrons  des 
Chypriotes  et  des  Vénitiens.  Il  est  libre  d'agir  comme  capitaine 
général  ou  do  conclure  uniquement  des  préliminaires  que 
le  pape  ratifierait  ensuite.  Les  négociations  doivent  être 
cependant  secrètes  :  ses  propres  ambassadeurs  ne  les  con- 
naissent pas  encore  ;  la  trêve  ne  doit  durer  en  outre  que  dix 
ans,  les  circonstances  pouvant  changer  jusqu'alors.  Les  sub- 
sides seront  payés  pour  toute  la  durée  de  la  ligue  et  pour  les 
deux  années  de  prorogation,  en  plus;  il  ne  peut  rien  débourser 
ensuite,  ses  revenus  mêmes  ne  rentrant  pas.  Ce  qu'il  a 
donné  jusqu'à  présent,  il  l'a  tiré  en  grande  partie  de  ses 
ressources  privées'. 

Clément  VI  écrivit  vers  la  même  époque  au  Grand-Maître 
dans  des  termes  semblables.  Il  exposait  les  propositions  des 
Turcs  et  son  propre  dénûment.  Les  revenus  des  chevaliers 
mêmes  ne  pouvaient  plus  rentrera  cause  des  guerres  occiden- 
tales :  malgré  la  mission  d'Isnard,  envoyé  antérieurement 
pour  lui  exposer  ses  desseins,  la  trêve  s'imposait  dans  ces  cir- 
constances. Il  devait  commencer  les  négociations,  aidé  par 
le  Dauphin  et  les  autres  chefs  de  la  Ligue  ^ 

Humbert  dut  être  assez  content  de  la  réponse  du  pape. 
Son  enthousiasme  avait  disparu  déjà  :  de  nouveaux  projets 
se  formaient  dans  son  imagination  fertile.  Jean  Cantacu- 
zène  lui  demanda  peut-être  son  secours  pour  détrôner  son 
parent,  Jean  V,  Paléologuc,  et  se  saisir  du  trône  de  Cons- 
tantinople,  ce  qu'il  fit  en  effet,  l'année  suivante  (1347).  Le 
pape  l'en  dissuada  dans  sa  lettre,  en  des  termes  assez  mépri- 
sants pour  l'alliance  qu'on  lui  offrait^  Enfin,  un  pèlerinage  à 
Jérusalem  devait  finir  d'une  manière  plus  digne  la  croisade. 
Clément  VI  lui  conseilla  d'attendre  jusqu'à  la  conclusion  de  la 
trêve,  quand  les  prohibitions  pontificales  seraient  annulées*. 


\.  Valbonnais,  II,  536,  reproduite  dansPaoli,  II,  89-90 et  dans  Vertot, 
éd.  in-4",  t.  H,  p.  565. 

2.  Lettre  mentionnée  par  Bosio,  II,  pp.  47  et  suiv. 

3.  «  Et  Graecis  aliis  ».  Valbonnais,  /.  c. 

4.  Ibid. 


—  58  — 

En  attondant,  le  Dauphin  partit  pour  Rhodes,  où  il  devait 
passer  l'hiver  ;  des  maladies  se  déclarèrent  dans  son  armée  et 
lui-même  fut  attaqué  et  pillé  par  les  Génois  '.  Il  arriva  dans  l'île 
vers  la  fin  du  mois  de  novembre,  avec  le  vice-légat,  arche- 
vêque de  Crète,  Pancrace  Giustiniani,  le  nouveau  commandant 
vénitien  de  la  mer,  et  les  autres  chefs  :  le  grand-maître,  Déodat 
de  Gozon,  les  reçut  honorablement  ;  le  Dauphin  fit,  pendant  ce 
séjour  à  Rhodes,  son  testament,  avec  des  donations  à  l'abbaye 
de  Montfleury  qu'il  avait  fondée^  La  réponse  du  Pape,  approu- 
vant la  trêve,  l'y  trouva:  il  ne  semble  pas  cependant  l'avoir 
conclue  lui-même'.  Le  Grand-Maître  paraît,  en  effet,  avoir 
été  seul  chargé  des  négociations  \ 

On  était  encore  à  Rhodes  quand  Marie  de  Baux  mourut  au 
commencement  du  printemps^  et  le  Dauphin,  après  avoir 
licencié  ses  troupes  ^  se  décida  à  revenir  en  Europe,  sans  avoir 
visité  les  Lieux-Saints,  ainsi  qu'il  se  l'était  proposé".  Une  bulle 
spéciale,  permettant  à  son  confesseur  de  l'absoudre  pour 
n'avoir  pas  rempli  le  terme  de  trois  ans,  d'après  son  serment, 
lui  fut  accordée  pour  calmer  ses  scrupules  ^  Il  arriva  à  Venise 
vers  la  fin  du  mois  de  mai  et  traversa  le  nord  de  l'Italie  muni 

1.  Fin  d'août  1346  (Delaville  le  Roulx,  I,  108).  Cf.  une  pièce  très 
curieuse,  publiée  par  M.  de  Pétigny  {Bibl.  éc.  ch.,  série  I,  t.  I,  pp. 
284-5).  Ceux  qui  volèrent  au  Dauphin  «  certains  chevaux,  joiaulx, 
harnois  et  autres  pluseurs  biens  »  auraient  été,  d'après  la  requête  du 
sergent  Michel  (11(64-5),  «  les  pyrates  et  Janevois  qui  li  avoient  esté 
députez  par  le  commun  de  Jannes  pour  lui  conduire  en  .x.xix.  ga- 
lées  »  (I)  Deux  évêques,  envoyés  par  le  Dauphin,  re.stérent  trois  mois 
à  Gènes  sans  résultat.  Le  sergent  Jean-Michel,  qui  arriva  ensuite  pour 
traiter,  au  nom  du  roi  de  France,  héritier  d'ilumbert,  fut  battu  à  Gènes 
par  la  populace.  La  plainte  donne  la  date  de  l'affaire  :  «  après  .vni. 
jours,  il  prindrent  et  gaingnèrent  Lille  de  Soi  (ou  Sic,  Chics)  »  (le  château 
tomba  le  12  sept.  [p.  285]). 

2.  Valbonnais,  1.  341;  IL  541  et  suiv.  Ce  fut  un  vrai  testament,  le 
Dauphin  n'espérant  pas  arriver  vivant  dans  ses  états  (29  janvier  1347). 
Pétigny,  /.  c,  p.  279.  Jacques  Rrunier  et  son  ancien  ennemi,  l'arche- 
vêque de  \'ienne,  étaient  parmi  les  dix  exécuteurs  testamentaires. 
Ses  sujets  furent  recommandés  au  roi  de  France  et  au  duc  de  Norman- 
die (p.  280). 

3.  Ainsi  que  l'affirme  Valbonnais,  qui  ajoute  que  ses  troupes  furent 
congédiées  (L  343). 

4.  Bosio,  II,  47  et  suiv. 

5.  La  nouvelle  en  arriva  à  Grenoble  vers  le  commencement  du  mois 
de  mai  (Valbonnais,  L  c,  p.  343). 

6.  Ibid. 

1.  Ce  qui  serait  un  argument  de  plus  contre  la  trêve  (Voy.  note  3,  et 
p.  57). 
8.  Valbonnais,  l.  c,  pp.  343-4  (19  mars  1347);  II,  541  et  suiv. 


—  so- 
dé lettres  de  recommandation  envoyées  par  le  Pape  :   il  fut 
très  bien  reru  partout,  surtout  en  Lombardie,  par  Jean  et 
Lucchino  Visconti'. 

La  défaite  n'avait  pas  changé  son  caractère  :  il  fit  de  nou- 
velles dettes  à  Avignon,  afin  d'acheter  des  bijoux  et  des  orne- 
ments pour  sa  chapelle ^  La  haute  position  qu'il  avait  occupée 
pendant  la  croisade,  avait  accru  encore  ses  goûts  magnifi- 
ques et  sa  vanité  :  aussitôt  arrivé  dans  ses  États,  il  créa  une 
nouvelle  garde  de  seize  sergents  d'armes,  d'origine  noble  et 
richement  armés''.  Puis  il  se  mit  à  recueillir  les  impôts 
arriérés.  Le  reste  de  sa  vie  ne  nous  intéresse  plus  :  il  chercha 
à  se  remarier,  puis,  renonçant  à  ses  grands  rêves  de  con- 
quête, il  se  fit  dominicain  au  couvent  de  Beauvoir,  et  reçut 
bientôt  les  ordres  de  la  main  du  pape  lui-même  (Noël  1350" .  Il 
devint  ensuite  patriarche  d'Alexandrie  etadministrateurde  l'é- 
glise de  Reims.  Ayant  demandé  sa  nomination  comme  évêque 
de  Paris,  il  mourut  en  chemin,  à  Clermont,  le  22  mai  1355. 
On  le  représente  comme  aimant  les  lettres  et  doué  de  goûts 
assez  élevés  :  la  légèreté  incurable  de  son  caractère  le  rendit 
cependant  tout  à  fait  incapable  de  mener  à  bonne  fin  la  grande 
mission  qui  lui  avait  été  confiée  en  1345. 

Après  son  départ,  ce  fut  le  Grand-Maître  qui  conduisit  les 
hostilités.  Les  offres  de  Zalabi  avaient  été  destinées,  paraît- 
il,  à  tromper  les  chrétiens,  pendant  qu'on  se  disposait  à  les 
attaquer.  Cent  cinquante  vaisseaux  furent  rassemblés  par  les 
émirs  pour  surprendre  quelque  île  chrétienne,  ce  qui  aurait 
rendu  leurs  vainqueurs  plus  conciliants.  Ils  débarquèrent  à 
tmbros,  dont  les  habitants  se  retirèrent  dans  une  place  forte. 
Le  Grand-Maître  en  informa  Pierre  Arnaud  dp  Parietihus 
tortis,  prieur  de  Catalogne  et  nouveau  commandant  des  ga- 
lères de  l'ordre.  La  flotte  fut  brûlée  presque  entièrement  et 
l'armée  débarquée,  contrainte  de  se  constituer  prisonnière. 
Ce  fut  peut-être  la  plus  grande  victoire  des  croisés  :  le  pape 
en  félicita  chaleureusement  le  Grand-Maître  (24  juin  1347), 

1.  Avec  lesquels  il  conclut  uti  traité,  le  16  août.  Publié  dans  Val- 
bonnais,  II,  563  et  suiv.  Cf.  mon  Thomas  de  Saiiices {Paris,  1893,  p.  42, 
note  1. 

2.  Il  était  (le  retour  à  Grenoble  vers  la  fin  de  septembre  (Pétigny, 
l.  c,  p.  280). 

3.  Valbonnais,  I,  3'ii-5. 


—  60  — 

qui  se  disposa  à  continuer  les  hostilités.  Le  Soudan  avait 
envoyé  de  nouveau  des  troupes  en  Arménie  ;  Lajazzo  et 
Alexandrette  furent  prises  par  les  Égyptiens,  qui  avançaient 
dans  le  pays  sans  défense*.  Le  roi  Constantin  IV  envoya  des 
ambassadeurs  aux  Vénitiens  pour  obtenir  leur  médiation.  Il 
voulait  la  restitution  de  Lajazzo  ou,  au  moins,  la  paix  avec 
ses  ennemis  ■\  Déodat  do  Gozon  envoya  ses  chevaliers  en  Ar- 
ménie :  ses  troupes,  réunies  aux  Arméniens,  chassèrent  les 
Sarrasins  et  reprirent  Alexandrette^  Cependant  l'île  de  Rhodes, 
qui  ne  pouvait  plus  recevoir  ses  revenus  de  l'Occident,  était 
tellement  affaiblie,  qu'on  se  h:\ta  d'accepter  les  nouvelles  offres 
des  Infidèles.  Le  frère  Dragonet  de  Joyeuse  et  le  chanoine 
Barthélémy  des  Tomarî,  de  Smyrne,  furent  chargés  de  négo- 
cier avec  les  deux  émirs*.  La  défaite  et  la  mort  d'Umurbeg 
pressèrent  les  choses ^  La  trêve  fut  signée,  sous  réserve  du 
consentement  du  pape,  par  les  ambassadeurs  chrétiens,  au  nom 
du  Grand-Maître  et  de  François,  archevêque  de  Crète  et  vice- 
légat  apostolique.  Les  conditions  étaient  assez  humiliantes 
pour  les  Turcs  :  les  membres  de  la  ligue  pouvaient  percevoir 
la  moitié  des  droits  de  douane  à  Altologo  et  dans  tous  les  ports 
de  Zalabi,  la  garnison  du  château  de  Smyrne  devra  être  bien 
traitée,  l'émir  s'engageait  à  brûler  dans  un  mois  tous  ses 
vaisseaux,  si  le  pape  l'exigeait.  Tout  acte  de  piraterie  sera 
sévèrement  puni  et  les  dommages  restitués.  Les  pirates  chré- 
tiens ne  seront  pas  reçus  ni  aidés  dans  les  domaines  de  l'émir; 
il  fermera  ses  ports  même  aux  barques  des  Turcs,  qui  seront 
aussi  arrêtées,  si  elles  y  entraient  par  hasard,  chassées  par 
les  vaisseaux  des  alliés.  Ses  sujets  secourront  les  vaisseaux 
chrétiens  naufragés,  dont  la  propriété  est  garantie  par  l'émir. 
L'évêque  de  Smyrne  pourra  oftîcier  dans  les  églises  de  la 
ville  occupée  par  les  Turcs,  ainsi  que  celui  d'Éphèse,  et  ils 
seront  protégés  tous  les  deux  par  les  émirs.  Les  créances  des 
chrétiens  seront  payées  et  l'on  n'augmentera  pas  les  droits 
de  douane.  Les  Vénitiens,  les  Chypriotes  et  les  Hospitaliers 

1.  Bosio,  l.  c,  p.  48. 

2.  Comm.,  IV,  n°  214;  t.  II,  p.  158. 

3.  Bosio,  l.  c. 

4.  «  Calabi  d'Âltoiuogo  e  Marbasano  (sic),  capitani  Turchi,  detentori 
délia  vecchia  e  superiore  Smirna  ».  Bosio,  II,  p.  49. 

ô.  Rinaldi,  i:i48,  §  27.  Cf.  Ilammer,  /.  c,  289. 


—  61  — 

auront  un  consul  spécial  dans  leurs  Etats,  avec  le  droit  de 
juridiction  sur  leurs  nationaux;  les  galères  de  la  ligue  auront 
la  libre  entrée  dans  les  ports  turcs.  Enfin,  si  les  esclaves 
d'une  partie  s'échappent  dans  les  possessions  de  l'autre,  on 
accordera  un  dédommagement  à  leurs  maîtres  '.  Des  ambassa- 
deurs furent  envoyés  au  pape  pour  obtenir  la  ratification  du 
traité  au  nom  de  l'émir  d'Altologo.  Ces  ambassadeurs  arri- 
vèrent à  Avignon  vers  le  mois  de  juillet  1349^:  le  traité  lui- 
même,  au  moins  entre  l'émir  d'Éphèse  et  quelques  membres  de 
la  ligue,  avait  été  conclu  l'année  précédente,  à  Altologo  (18 
août  1348)*.  Le  pape  y  fît  quelques  modifications,  puis,  comme 
le  traité  n'était  pas  encore  reconnu  par  deux  des  principaux 
membres  de  l'Union,  Venise  et  le  roi  de  Chypre  —  le  légat 
et  les  Hospitaliers  étant  les  seuls  qui  traitèrent  en  1348  — 
il  envoya  Barthélémy  desTomarî,  un  des  ambassadeurs  auprès 
des  émirs,  pour  consulter  le  doge  et  le  roi,  leur  porter  le 
traité  et  demander  l'envoi  de  plénipotentiaires  à  Avignon  *. 
Il  engageait  les  Vénitiens  à  ne  pas  attaquer  Zalabi",  auquel 
il  avait  ofïert  une  trêve,  qui  durerait  depuis  l'arrivée  de  ses 
lettres  jusqu'à  la  fèto  de  Noël  prochain,  et  pendant  une  année 
ensuite  ".  Des  lettres  pareilles  furent  envoyées  au  Grand- 
Maître'. 

Les  ambassadeurs  de  la  ligue  arrivèrent  à  Avignon  l'année 


1.  Com7n.,  IV,  n"  239,  260;  t.  II,  p.  162,  167.  Repr.  par  M.  de  Mas- 
Latrie  dans  la  Coll.  des  doc.  inôdlls,  Mélarif/es  et  documpiils,  III,  112-20. 
11  n'y  est  question  que  de  Dragonet  de  Joyeuse.  On  mentionne  un  traité 
avec  Rhodes,  qui  est  confirmé.  Le  document  porte  la  date  du  18  août  LJ  j8. 
Suivent  les  oblif^ations  des  chrétiens.  Sur  le  nom  de  l'émir,  Uopf,  Grie- 
chvnland  im  Milleldller  (Ei\cycl.  d'Ersch  et  Gruber),  I,  465. 

2.  yVutrement  on  ne  s'ex])li<[uerait  pas  comment  le  ti-aité  a  été  conclu 
le  18  août  13'»8,  tandis  que  les  ambassadeurs  de  l'émir  se  trouvaient 
déjà  à  Avignon,  le  l^f  juillet  1349.  La  lettre  du  pape  au  doge,  lui 
annonçant  leur  arrivée,  est,  de  plus,  datée  du  5  octobre  1349  (Comm., 
IV,  n»  295;  t.  II,  p.  174). 

3.  Comni.,  IV,  /.  c. 

4.  Il  devait  aller  aussi  à  Rhodes.  Comm.  IV,  no  297;  t.  II,  p.  174. 
Lettre  du  cardinal-évêque  d'Ostie  et  de  Velletri,  Pierre  de  Colombiers, 
annonçant  son  départ  (10  oct.  1349). 

5.  La  trêve  aurait  été  conclue  pour  une  seule  année.  Comm.,  IV, 
no  295;  t.  II,  p.  174.  V.  plus  haut,  note  2. 

6.  Bosio,  II,  151.  Zalabi  y  e.st  appelé  Cnlahi  et  Calahis. 

7.  Ihid.  La  guerre  durait  encore  en  1348,  (juand  le  pape  ordonna 
que  ceux  qui  feront  le  commerce  avec  les  Infidèles,  malgré  sa  défense, 
rachèteraient  leurs  fautes  en  consacrant  une  partie  du  gain  à  la  guerre 
contre  les  Turcs  (Rinaldi,  XXV,  474). 


—  62  — 

suivante.  Bien  que  les  cardinaux  eussent  été  disposés  à 
accorder  la  paix  aux  émirs  à  cause  de  l'année  jubilaire  qui 
approchait',  on  refusa  la  ratification  dans  une  forme  que  l'on 
considérait  comme  peu  honorable  pour  les  chrétiens.  Du 
reste,  la  fidélité  des  Turcs  à  leurs  engagements  était  assez 
bien  connue.  Cependant,  comme  les  ressources  étaient  épui- 
sées, les  ambassadeurs^  conclurent  une  ligue  défensive  pour 
dix  ans,  qui  remplaça  l'ancienne.  Une  flotte  composée  de  huit 
galères  seulement,  trois  appartenant  aux  Vénitiens,  trois 
autres  aux  Hospitaliers  et  les  deux  dernières  au  roi  de  Chypre, 
devait  se  réunir  le  1"  janvier  prochain,  à  Négrepont:  un  légat 
du  pape,  ou  celui  qu'il  nommerait  à  sa  place,  devait  présider 
un  conseil  de  guerre,  que  composeraient  les  capitaines  des 
galères.  Le  pape  fournirait  le  quart  des  dépenses  pour  la  flotte 
et  pour  la  défense  de  Smyrne,  qui  s'élevait  à  la  somme  de 
douze  mille  florins  d'or  par  an.  Pour  la  première  année  sa  part 
devait  être  payée  par  les  trois  autres  membres  de  la  ligue  ^ 

Des  protestations  furent  aussitôt  formulées,  les  ambas- 
sadeurs de  Chypre,  qui  prétendaient  n'avoir  pas  les  ins- 
tructions nécessaires.  Dandolo  s'excusa  ensuite  sur  la  guerre 
avec  Gènes,  qui  pouvait  mettre  en  danger  ses  trois  galères 
et,  bien  que  le  Pape  exhortât  Hugues  IV  et  le  Grand-Maître 
à  envoyer  leur  contingent,  en  leur  faisant  espérer  que  le  doge 
lui-même  reviendrait  sur  sa  décision,  la  ligue  de  1350,  renou- 
velée encore  pour  cinq  ans  en  1357,  n'arriva  jamais  à  mettre 
de  vaisseaux  en  ligne  \ 

1.  Bosio,  II,  47-51. 

2.  Ces  ambassadeurs  étaient  Simon,  évêque  de  Laodicée,  et  Simon 
le  Petit,  chevalier,  de  la  part  de  Hugues;  Raymond  Bérenger,  maître 
de  l'ordre  en  Roussillon,  de  la  part  des  Hospitaliers;  Nicolas  Pisani, 
Pancrazi  Giorgio  et  Giovanni  Sténo  de  la  part  du  doge  {Comm.,  \\\ 
n°  352;  t.  II,  p.  184). 

3.  Bosio,  II,  51-3.  Rinaldi,  XXV,  517  (fragments  de  deux  lettres  pon- 
tificales). 

4.  Ibid.  V.  pp.  96  et  suiv.  du  présent  ouvrage.  Mas-Latrie,  Hisl.  de 
Ch.,  218-9,  221-2;  Comm.,  pp.  217,  218,  246,  261,  note  5. 


CHAPITRE   IV. 


PREMIERES     ARMES    DE    PHILIPPE.    TOYAGE   EN    ORIENT 
ET    CRÉATION    DE    l'oRDRE  DE  LA   PASSION. 

Par  quelles  circonstances  Philippe  de  Mézières  se  trouvait- 
il  à  la  bataille  de  Smyrne  et  à  celle  qui  suivit  bientôt?  Fai- 
sait-il partie  des  chevaliers  et  écuyers  qui  se  rassemblèrent 
à  Céphalonie,  ou  même  de  ceux  qui  accompagnèrent  le  Dau- 
phin à  Marseille  et  ensuite  à  Venise?  Les  renseignements 
assez  peu  nombreux  qu'il  donne  lui-même  dans  ses  ouvrages 
nous  permettent  cependant  jusqu'à  un  certain  point,  de  re- 
constituer cette  première  partie,  assez  obscure,  de  sa  vie. 

Quand  il  partit  de  Mézières  en  1347'  ce  n'était  pas  pour  la 
première  fois.  Très  jeune  encore,  il  avait  quitté  sa  patrie 
pour  apprendre  ailleurs  le  métier  des  armes.  Il  ne  parle  que 
d'une  manière  assez  vague  de  cette  première  jeunesse,  on 
pourrait  cependant  fixer  cet  événement  vers  l'année  1345  ; 
la  Franco  était  alors  en  paix  ;  après  la  bataille  de  l'Ecluse 
et  les  guerres  de  Bretagne,  les  hostilités  avaient  presque 
cessé  des  deux  côtés.  Elles  devaient  recommencer  l'année 
suivante.  Philippe  se  rendit  en  Lombardie'. 

Lucchino  Visconti  y  était  le  maitre  :  des  aventuriers  de 
tous  les  pays  accouraient  au  service  de  cet  homme  éuergi- 


1.  «  In  illo  tempore,  videlicet  circa  annum  Domini  millesimum 
.CGC  et  .XLVii.  quidam  juvenis,  duodecimus  fratrum  suorum  et  soro- 
rum,  secundum  famam  hujus  muiidi  nobilis.  ot  utinam  vita  et  moribus, 
de  modico  Castro  et  semiruptis  maserijs  .•\inbianensis  exiens,  ac  domum 
patris  et  co[g]nationein  suam  reliiiquens,  ad  partes  orientales  per- 
agravit »  {() ratio  trcvjedica.  f"  129  v"). 

2.  «  Ardant  désir,  lors  jeune  homme  et  petitement  fondez  en  prudence 
et  en  science  ne  en  la  pratique  du  monde,  combien  qu'il  eust  esté  un 
bon  temps  soudoyer  en  Lombardie,  pour  aprendre  le  fait  d'armes. ...» 
(^Chevalerie  de  là  Passion,  f**  12  v°). 


—  64  — 

que,  comme  toute  sa  famille,  et  continuellement  en  guerre 
avec  ses  voisins.  Le  jeune  Picard  se  mit  à  sa  solde'. 

Ce  fut  une  année  très  agitée  dans  presque  toute  l'Italie. 
Lucchino  combattit  en  même  temps  en  Lombardie  contre  le 
marquis  d'Esté,  Obizzo,  et  son  allié,  Mastino  délia  Scala, 
seigneur  de  Vérone.  Philippin  Gonzaga,  le  protégé  du  tyran 
lombard,  entra  dans  le  Véronaisle  22  janvier  et  se  disposait  à 
avancer,  malgré  l'intervention  d'un  légat  du  pape,  quand  il  fut 
envoyé  en  Toscane  par  son  allié,  qui  combattait  depuis  quelque 
temps  contre  Pise.  La  paix  fut  conclue  par  les  Pisans  ruinés, 
qui  payèrent  à  Lucchino  quatre-vingts  ou  cent  mille  florins  d'or, 
un  tribut  annuel  en  nature  et  rendirent  leurs  biens  aux  enfants 
de  Castruccio.  La  guerre  dura  pendant  toute  l'année  en 
Lombardie,  où  Obizzo  s'était  allié  avec  Mastino  et  Thaddée 
Pepoli  pour  la  défense  de  Parme.  Ils  entrèrent,  le  16  mars, 
sur  le  territoire  de  Reggio,  pendant  que  Lucchino  excitait 
(4  avril)  une  révolte  à  Parme  qui  fut  facilement  apaisée  par 
le  vicaire  d'Obizzo  dans  la  ville,  François  d'Esté.  Ils  essayè- 
rent de  s'emparer  de  Reggio  (26  juin),  qui  leur  était  favo- 
rable et  furent  surpris  par  les  troupes  de  Philippin,  qui  mas- 
sacrèrent les  soldats  des  alliés  dans  les  fossés  mêmes  de  la 
ville.  Visconti,  après  l'arrivée  des  renforts  de  Toscane,  prit 
ensuite  l'offensive,  en  se  saisissant  de  la  place  de  Soragna  et 
de  Castelnuovo  :  il  rencontra  les  alliés  à  Colecchio  et  se  re- 
tira, après  avoir  attendu  quelque  temps  leur  attaque,  devant  le 
marquis  François,  leur  commandant  ".  Philippe  prit  part  pro- 
bablement à  CCS  guerres  de  Lombardie. 

Il  y  resta,  dit-il  lui-même,  «  un  bon  temps  ».  Le  terme  est 
assez  vague  :  probablement  ce  «  bon  temps  »  ne  fut  pas  très 
long;  il  dura  tout  au  plus  un  an.  Philippe  devait  être  en 


1.  Il  était  assez  pauvre  à  cette  époque  et  le  métier,  qu'il  faisait, 
l'aidait  à  vivre  :  «    Visitasti  me,  bone  Jhesu,  dit-il  dans  sa  Contcmplacio 

hore  mortis,  aliquando  in  crebris  infirmitatibus visitasti  in  morte 

videlicet  regum  terre....  item  quoque  pauperlate,  in  juvenlute  rnea  ». 
(Bibl.  Arsenal  n"  408,  f"  199  v») 

2.  Muratori,  Annali  d'Italia,  XII,  357-60.  C'est  bien  en  1345  qu'il  dut 
servir  Lucchino,  puisque  l'année  précédente  le  tyran  n'eut  d'autres 
guerres  déclarées  qu'avec  les  Pisans,  c'est-à-dire  hors  de  la  Lombardie 
même.  Il  n'eut  pas  ae  guerres  en  1343,  après  le  23  mars.  Si  on  descen- 
dait encore  la  date  de  son  service,  la  mention  de  VOralio  Inujedica  sur 
l'âge  de  Philippe  en  1365  ne  serait  plus  exacte. 


—  65  - 

Sicile  avant  le  18  septembre  1345*,  quand  le  roi  André,  dont 
il  déplore  la  perte,  fut  assassiné. 

Il  parle  plus  tard  avec  horreur  de  cette  vie  de  guerre,  au 
milieu  des  gens  d'armes  sans  discipline^  :  il  se  reproche  de 
n'avoir  pas  distingué  entre  les  guerres  justes  et  les  guerres 
criminelles',  d'avoir  versé  le  sang  depuis  sa  jeunesse,  comme 
David'*,  il  est  vrai,  bien  qu'il  soit  indigne  de  lui  être  com- 
paré*. Dans  son  jugement,  qu'il  prévoit  dans  la  Contempla- 
tion de  l'heure  de  la  mort,  les  démons  le  qualifient  de  chef 
de  pirates,  de  commandant  dans  les  guerres  et  les  dissen- 
sions, de  spoliateur  des  églises*.  S'il  se  rendit  coupable  de 
ces  graves  péchés,  s'il  méprisa  tant  de  fois  les  signes  par 
lesquels  Dieu  voulait  réveiller  son  âme  malade  et  endormie'', 
il  en  fut  puni  par  dos  maladies  et  des  blessures  :  on  le  laissa 
même  pour  mort  sur  le  champ  de  bataille ^  Il  connaît,  pa- 
raît-il, toutes  les  misères  du  métier,  la  fatigue,  les  jeûnes,  les 
veilles,  les  innombrables  blessures,  la  pauvreté,  les  embû- 
ches et  les  dangers  de  mort  sur  mer  et  en  chemin  et  mille 
morts  apparentes  qui  sont,  dit-il,  l'apanage  de  cette  «  vaine 
milice^  ».  Deux  choses  seules  peuvent  l'excuser  de  ses  cri- 
mes :  sa  pauvreté  d'abord,  qui  le  contraignait  à  prendre  ser- 

1.  D'après  Villani,  la  Chronique  de  Duhnicza  et  V Anonymus  de 
ohsidione  Jadrensi  contre  Gravina  (iMuratori,  Rer.  II.  Script.,  XII, 
c.  562),  qui  donne  la  date  du  20  août.  Cf.  Chronicon  Eslense,  ihid.,  XV, 
ann.  1345,  c.  421.  Muratori  (.Annali  d'Italia,  XII,  356)  admet  aussi  la 
première  date. 

2.  Contemplalio,  î"  207  v". 

3.  Oratio  trarfedicn.  f"*  154  v°-5  :  « prout  tu,  veterane,  aliquando 

fecisti,  non  ventillando  prius  utrum  belliim  justum  indictum  fuerit, 
videlicet  pro  republica,  pro  fide,  pro  ecclesia,  pro  viduis  et  orphanis, 
pro  equitate  et  justicia.  » 

4.  «  Et  quia  in  sua  juventute,  et,  ut  ita  dicam,  pro  sustentacione  sui 
status  et  vite  proprie,  discrimina  bellorum,  in  obsequium  doininorum 
suorum  et  alibi,  socutus  fuerat,  de  maie  actisinde  agendo  peniteutiam, 
non  soluin  septenallem,  set  septenam  in  trigonum,  ut  tactum  est, 
transfretavit  »  {Contemplalio,  f"  219  v°). 

5.  «  Vir  bellator  sum  cum  David  a  juventute,  non  tamen  pari  equa- 
litate.  Et  heu  me  miserum,  ego,  vir  sanguinis,  multipharie  terram 
maculavi  »  (Contempl.ntio.î"  225  v"-6). 

6.  Contemplalio,  f"  219. 

7.  «  Intirmamet  torpentem  »,  ibid.,  f"  188. 

8.  «  Quam  pluiies  in  bellis  volneratum,  et  quoque  semivivum  re- 
lictum  »  {ihid.,  f"  199  v)  ;  «  habandoiiné  au  champ,  comme  mort, 
d'amis  et  d'ennemis  »  {Epistre  lamenlahle.  p.  445). 

9.  «  Labores.  jejunia,  vigilias,  vulnera  plurima,  paupertates,  insidia 
et  mortis  pericula  in  mari  et  in  via,  et  mille  mortes  apparentes,  tali 
vane  milicie  aderentes  »  {Oral,  trag.,  f"  155). 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  6 


-  G6  - 

A'icG,  et  ensuite  sa  fidélité  envers  ses  maîtres.  Dans  ses  ou- 
vrages de  vieillesse,  il  mentionne  parfois  les  choses  de  Lom- 
bardie,  qu'il  connaissait  ainsi  par  lui-même,  et  son  jugement 
n'est  pas  favorable  pour  l'avarice  des  tyrans  et  leur  manière 
de  recevoir  les  grands  seigneurs  étrangers,  qui  «  ne  scèvent 
jugier,  de  tant  qu'il  y  ont  demeuré,  quil(5«c)  jour  il  ont  esté 
mains  hounouré  »  '. 

Comme  on  le  voit,  il  n'aimait  pas  trop  son  premier  sei- 
gneur, ce  Lucchino,  qui  n'est  pas,  du  reste,  plus  sympathique 
que  toute  sa  famille  avide  et  rusée.  Le  premier  pour  lequel 
il  conçut  une  profonde  affection,  parmi  les  six  rois  chrétiens 
qu'il  dit  avoir  servis  ^  fut  André  de  Naples. 

Il  entra  au  service  de  ce  dernier  peu  de  temps  avant  sa  mort. 
Tout  dans  le  caractère  du  jeune  prince  était  de  nature  à  lui 
plaire:  il  était  impétueux  et  brave,  son  imagination  ardente 
le  rendait  accessible  aux  projets  pieux,  qui  formaient  déjà 
la  grande  préoccupation  de  Mézières^  Il  avait  les  mêmes  qua- 
lités et  les  mêmes  défauts  quo  Pierre  de  Chypre,  et  devait 
avoir  aussi  le  même  sort.  Philippe  devint  son  confident,  son 
(c  singulier  et  indigne  serviteur  »,  dira-t-il*.  Sa  faveur  ne  dura 
pas  longtemps  :  venu  trop  jeune'',  dans  un  pays  dont  il  igno- 
rait les  mœurs,  André  s'attira  des  ennemis  par  la  hauteur  de 
son  caractère  et  par  l'intention  qu'on  lui  prêtait  de  changer,  à 
son  avènement  prochain,  l'état  des  choses  à  Naples.  Son  plus 
grand  ennemi  fut  sa  propre  femme,  cette  Jeanne,  qui  devait 
finir  aussi  d'une  manière  tragique  :  quand  Robert,  qui  avait 
fait  prêter  serment  à  Jeanne  seule,  mourut,  André  ne  put 
obtenir  d'être  couronné  avec  la  nouvelle  reine.  Il  ne  fut 
pendant  toute  sa  vie  que  le  duc  de  Calabre  :  son  orgueil  en 


1.  Songe  du  vieil  Pèlerin,  II,  f»  155. 

2.  «  Avoit,  servi  à  .vi.  roys  crestiens,  sans  le  blanc  faucon  au  bec  et 
pies  dorés  ».  {S.  ci.  v.  P.,  t.  I,  f"  3).  Ce  furent  André  de  Hongrie, 
Alphonse  XI  de  Castille("?),  Hugues  IV  de  Chypre.  Pierre  I'''' et  Pierre  11 
(il  parle  do  trois  rois  de  Chypre  qu'il  aurait  servis  «  l'un  après  l'antre  », 
Episire  lamentable,  p.  478)  et  enfin  Charles  V.  On  pourrait  ajouter 
Jean  II,  qu'il  servit  dans  ses  guerres  avec  les  Anglais.  V.  plus  loin. 

3.  Cf.  les  éloges  de  Pétrarque  (Petrarchae  Ép.  l'ami liar . ,  1.  VI, 
cp.  v):  «  Mitissirnum.  innocentissirnum  hominum,  . . .  .rarae  indolis 
puerum.  magnae  ipei  regem.  » 

4.  Episire  lamentable,  p.  «i45. 

5.  A  six  ans,  en  1333  (26  sept.);  il  épousa  la  même  année  Jeanne, 
âgée  de  sept  ans. 


-  67  - 

souffrit.  Il  demanda  au  pape  le  droit  de  recevoir  aussi  la  cou- 
ronne; l'étendard  qu'il  avait  préparé  pour  cette  cérémonie, 
portait  un  billot  et  une  hache  en  même  temps  que  ses  armes 
royales  :  il  no  cachait  à  personne  son  intention  de  châtier, 
aussitôt  couronné,  les  personnages  qu'il  soupçonnait  d'avoir 
éloigné  de  lui  la  reine.  Ils  le  prévinrent  :  Louis  de  Tarente 
excita  les  haines  latentes  par  ses  intrigues,  une  favorite 
de  Jeanne,  Philippine  Cabane,  la  Catanaise,  prépara  le 
complot.  André  se  trouvait  au  couvent  d'Avcrsa  avec  sa 
femme  et  la  cour  :  on  l'appela  pour  lui  faire  savoir  des 
nouvelles  de  Naples,  puis,  quand  on  l'eut  attiré  sur  un  bal- 
con, des  assassins  lui  jetèrent  une  corde  au  cou,  tandis  qu'un 
des  conjurés,  Bertrand  Artus,  le  retenait  par  les  cheveux.  Il  fut 
tué  d'une  manière  atroce  :  on  se  vengea  sur  son  cadavre  môme. 
La  reine,  qui  fut  peut-être  la  complice  des  conjurés',  dut  or- 
donner cependant  des  poursuites  ;  accusée  par  Louis  de  Hon- 
grie, frère  de  la  victime,  elle  se  fît  absoudre  par  le  pape, 
en  1346,  puis  elle  épousa  cette  même  année  (20  août)  Louis 
de  Tarente,  son  amant. 

Philippe  quitta  le  royaume  après  l'assassinat  de  son  maître, 
pour  la  mémoire  duquel  il  garda  toujours  de  l'affection.  Il  le 
met  auprès  de  Pierre  P'"  dans  ses  souvenirs,  comme  les  deux 
seuls  princes  dont  il  devient  presque  l'ami.  C'est  pour  lui  «  le 
noble  roi  de  Sicile  Andrieu  ».  Il  pleura  sa  mort,  «  sans  cause 
et  par  grant  traïson  »,  comme  celle  du  roi  de  Chypre  plus 
tard;  il  en  accuse  formellement  Jeanne".  Plus  tard\  quand 


1.  Tristan  Caracciolo  chercha  plus  tard  à  défendre  Jeanne  contre 
cette  accusation  :  il  y  réussit  mal  (v.  sa  Viln  Johonnis  /.  Muratori, 
lier.  II.  Scripl.,  t.  XXII).  Muratori  (Ann.  dit..  XII,  p  o56)  croit  que 
("harles  de  Durazzo  fut  le  principal  iiistiji:ateur  de  l'assassinat.  La 
plupart  des  écrivains  du  temps  font  l'éloge  de  ce  jeune  homme  mort  à 
dix  neuf  ans,  d'une  manières!  misérable  (v.  Pétrarque.  I:p.  Familiar.. 
VI,  ép.  V;  la  Vila  démentis  VI,  ap.  Baluze,  Vitae  paparitm  Aviniunen- 
sivm,  Paris,  1693,  c.  2'i6).  Sur  l'assassinat,  Dom.  de  (uavina.  Muiatori, 
Xlll,  c.  559;  r.iov.  Villani.  1.  Xll,  ch.  L.  é  i.  Dragomanni.  111,  88-90: 
Chron.  h'steiisr,  Muratori,  XV,  c.  421;  ,1.  do  Bnzano.  ihid..  XV.  612-;i, 
et  la  letii'e  de  Jeanne  (Aversa,  2'2  septembre  l.'{'i5),  publiée  par  Chris- 
tophe, Histoire  du  goiivernemenl  temporel,  II,  'i64-5. 

2.  «  Lesquels  roys  (Pierre  et  Andrieu)  sans  cause  et  par  grant  tra'ison 
furent  mors  et  murdris  de  leurs  prochains  pareils,  barons  et  subgiés, 
c'est  assavoir  le  roy  Andrieu,  frère  du  vaillant  roy  Louis  de  Hongrie 
et  mari  de  laroyne  Jehanne  de  Naples.  »  (Épistre  lamentable,  p.  445). 

3.  Son/je  du  vieil  Pèlerin,   t.   II,  f"  85.  Le  duc  e.st  proposé  comme 


—  68  — 

il  voudra  recommander  quelque  modèle  de  justice  à  Charles 
VI,  il  pensera  aussi  à  un  autre  personnage  de  la  même  fa- 
mille, à  ce  duc  de  Calabre,  Charles,  fils  du  roi  Robert,  qui  ne 
monta  jamais  sur  le  trône,  qu'il  aurait  occupé  dignement. 
«  Il  te  souviegne,  dit-il,  du  duc  de  Calabre,  père  de  la  royne 
Jehenne  de  Sesille  et  de  Naples,   et  de  sa  bonne  justice  ». 

On  ignore  ce  que  devint  Philippe,  après  son  départ  de  Sicile. 
Est-ce  à  cette  époque  qu'on  doit  assigner  son  voyage  en 
Espagne  et  ses  relations  avec  Alphonse  XI  de  Castille  ?  Il 
parle  d'une  manière  très  vague  d'un  séjour  en  Espagne,  dont 
il  ne  donne  pas  la  raison'  :  il  ne  nomme  pas  non  plus  le  roi 
qu'il  y  servit.  Becquet'^  croit  que  ce  fut  Alphonse  XI,  ce  qui 
est  assez  probable  à  cause  des  grandes  guerres  de  ce  prince. 
Des  chevaliers  de  toute  l'Europe  accoururent  en  effet  à  Algési- 
ras,  pendant  qu'il  en  faisait  le  siège.  Mais  la  ville  se  rendit 
en  1344,  et  Philippe  était  probablement  encore  à  Amiens 
ou  au  château  de  Mézières,  à  cette  époque.  Après  cette  action 
d'éclat,  le  roi  de  Castille  n'attaqua  plus  les  Maures,  auxquels 
il  avait  accordé  une  trêve  de  dix  ans,  avant  l'année  1349 
où  il  la  rompit.  Il  mourut  le  26  mars  de  l'année  prochaine, 
au  siège  de  Gibraltar,  et  c'est  peut-être  à  cette  autre  expé- 
dition du  roi  que  se  rallia  Philippe,  revenu  d'Orient. 

Il  demeura,  dit-il,  dans  le  Songe  du  vieil  pèlerin,  «  un 
temps  »  avec  les  «  Espaignos  »,  ce  qui  paraît  désigner  les  Cas- 
tillans, et  aurait  appris  chez  eux  les  sciences  occultes,  si 
dangereuses  pour  l'âme.  «  Josne  et  fol  »,  il  s'était  laissé  en- 
doctriner ainsi  par  ses  camarades  superstitieux  et  hérétiques, 
et  ce  n'est  qu'après  de  longues  années  d'efforts  —  «  x  ans 
ou  XII  après  qu'il  se  fu  parti  des  Espaignes  »  —  qu'il  par- 
vint à  oublier  cette  «  grant  folie  »,  si  répandue  parmi  les  gens 


exemple  aux  clercs,  au  f"  115  v  du  t.  I"  (sur  André,  v.  aussi  Chev.  de 
la  Passion,  f"  12  v»).  C'est  bien  de  ce  duc  Charles  qu'il  est  question.  Ce 
ne  peut  pas  être  Charles  de  la  Paix,  père  de  Jeanne  II,  puisque  le  Songe  fut 
écrit  en  1387,  longtemps  avant  Tavènement  de  cette  reine  (1414).  Du 
reste,  il  parle  dans  des  termes  assez  méprisants  de  ce  prince  qui  ne  fut 
rien  moins  que  pacifique  (ibid..  f"  67  v").  Il  ne  connut  jamais  Robert,  roi 
de  Naples  et  //mwrf-père  de  la  première  Jeanne,  qui  mourut  avant  son 
arrivée  (1343). 

1.  «  In  terra  Hyspanorum  »  (^Salve  S.  Parens,  î°  25). 

2.  FAogia,  p.  102  :  Mariana,  Hisl.  de  reb.  Hispaniae  (éd.  de  1605), 
II.  66.  73-5. 


-  69  — 

d'armes'.  Ailleurs,  le  Songe  mentionne  «  le  destroii  de 
Maroch  (Gibraltar),  qui  aucune  fois  a  fait  suer  de  paour 
le  viel  pèlerin^  ».  Il  ne  cite  jamais  néanmoins  comme  son  maître 
le  roi  Alphonse,  qui  n'entrerait  que  difficilement  parmi  les  six 
rois  chrétiens,  qu'il  déclare  avoir  servis  pendant  sa  vie  active. 

Il  paraît  être  revenu  en  France  après  ces  premiers  faits 
d'armes  en  Lombardie,  après  ces  relations  avec  le  roi  «  An- 
drieu  »  et  l'Espagne.  Il  n'y  devint  pas  chanoine,  certainement  ; 
peut-être  prit-il  du  service  dans  l'armée  de  Philippe  de  Valois. 
En  tout  cas,  certaine?  anecdotes  inédites  sur  Philippe  et  sur 
les  rois  contemporains,  qui  n'étaient  plus  vivants  à  son  retour, 
comme  celui  de  Bohême,  Jean  de  Luxembourg,  semblent  mon- 
trer un  témoin  oculaire.  Il  y  en  a  une  surtout ',  dans  laquelle 
il  recommande  à  Charles  VI  la  manière  de  vivre  de  son  aïeul, 
où  les  détails  sur  la  table  de  Philippe  de  Valois,  sur  ses 
dépenses,  sur  les  princes*  qu'il  réunissait  à  ses  repas,  semblent 
assez  significatifs:  peut-être  même,  c'est  encore  une  hypothèse 
qu'il  faut  ajouter  à  celles  qui  malheureusement  composent 
trop  souvent  sa  biographie,  peut-être  fut-il  attaché  à  la 
personne  ou  à  l'hôtel  du  roi  après  son  retour. 

Il  n'y  resta  pas  longtemps,  s'il  y  entra  jamais.  Vers  l'an- 
née 1346^  il  partit  pour  l'Orient.  Il  ne  semble  pas  s'être 
trouvé  dès  le  commencement  dans  l'armée  du  Dauphin  :  pour 
être  nommé  chevalier  après  la  bataille  de  Smyrne,  il  est 
probable  que  Philippe  devait  être  écuyer  à  son  départ. 
Or,   dans  les  listes  des  croisés,  qui  étaient  à  la  solde  du 


1.  Songe  du  vieil  Pèlerin,  t.  I,  f»  158  v"  :  «  l'escripvain  de  cestiii 
songe  demoura  un  temps  aveuc  les  dis  Espaignos,  et  participa  aveuc 
eulx,  comme  josne  et  fol,  en  la  dicte  science,  par  telle  manière  que  ledit 
escripvain  .x.  ans  ou  .xn.,  après  qu'il  se  fu  partis  des  Espaignes,  à  sa 
volonté  ne  pooit  pas  bien  extirper  de  son  cuer  les  dessusdis  signes  et 

l'effectd'iceulx  contre  Dieu,  qui  (version:  Ja  soit  que )  plus  souvent 

failloit  que  voir  ne  demonstroit,  et  toutefois  par  la  bonté  de  Dieu,  en 
confessant  et  résistant,  ledit  escripvain  fu  délivrés  de  ceste  grant  folie, 
qui  est  à  l'ame  crestienne  anémie  ». 

2.  Ibid.,  t.  I,  f"  54  V". 

3.  Songe  du  vieil  Pèlerin,  t.  II,  f"^  144  i  v.  Cf.  aussi  sur  Jean  de 
Luxembourg,  ibid.,  t.  II,  f"  106  v". 

4.  Les  rois  d'Ecosse,  de  Majorque  (v.  plus  loin)  de  Bohème  et  de 
Navarre  (ibid.,  f"^  144-4  v.) 

5.  Bien  qu'il  déclare  lui-même  être  parti  de  Mézières  «  circa  annum 
Domini  millesimum  .ccc.  et  .xlvii.'"  »  (Oralio  tragédien,  f"  129  v").  Il 
n'aurait  pas  pu  assister  alors  à  la  bataille  de  «  l'Esraire  »,  en  1346. 


—  70  — 

prince,  on  ne  retrouve  pas  son  nom,  bien  qu'elles  contiennent 
celui  de  tous  les  écuyers.  Il  aurait  pu,  il  est  vrai,  se  trouver 
à  la  suite  de  quelque  grand  personnage,  tel  que  Geoffroy 
de  Charny  ou  Boucicaut,  mais  il  semble  bien  qu'il  n'en 
fut  rien. 

Une  autre  raison  serait  peut-être  la  suivante.  En  parlant 
à  Providence  divine  de  ses  projets  pieux,  il  déclare  avoir  eu 
la  première  idée  de  son  ordre  de  la  Passion,  «  estant  au 
service  d'un  grant  prince  oriental  catholique  »,  qui  est  évi- 
demment Hugues  IV  \  Ce  qui  est  certain,  c'estqu'il  combattit 
à  SmjTue  avec  l'armée  du  Dauphin,  soit  qu'il  fût  arrivé  dans 
ses  troupes,  soit  qu'il  fût  parti  de  Chypre  avec  les  galères  de 
Hugues  IV.  Dans  une  bataille  suivante  il  fut  armé  chevalier. 
Il  combattit  trop  mal,  dit-il,  pour  mériter  cette  récompense 
qu'il  reçut  sans  en  avoir  le  droit  [arroganter]- .  Il  n'avait  pas 
montré  du  reste,  ajoute-t-il,  assez  de  bravoure,  en  résistant 
jusqu'alors  à  ses  mauvais  penchants. 

Cette  première  croisade,  à  laquelle  il  prit  part,  dut  produire 
une  profonde  impression  sur  son  esprit.  Ses  illusions  s'éva- 
nouirent. Malgré  les  avantages  remportés  dans  ces  dernières 
expéditions,  les  Turcs  étaient  évidemment  les  plus  forts,  et 
ils  le  devaient  surtout  à  leur  organisation  militaire.  Tandis 
que  les  capitaines  des  croisades  amenaient  avec  eux  une 
multitude  désordonnée  et  prête  aux  révoltes,  les  émirs  de  la 
côte  disposaient  d'excellentes  troupes  permanentes,  qui  ne 
s'épuisaient  pas  après  une  défaite.  De  l'autre  côté  do  la  mer, 
celui  qui  tenait  les  clefs  du  Saint  Sépulcre,  le  Soudan  de 
Babylone,  avec  ses  innombrables  armées  de  Mamelouks,  pou- 
vait tenir  tête  à  toute  la  chrétienté. 

Pour  atteindre  le  grand  but,  pour  lequel  tant  d'efforts 
avaient  été  dépensés  en  vain  jusqu'alors,  la  délivrance  des 
Lieux-Saints,  délivrance  qui  n'avait  rien  d'impossible  pour 
Mézières,  il  aurait  fallu  avoir  des  armées  semblables.  Si  les 


1.  Chevalerie  de  la  Passion,  f"  10. 

2.  «  Et  licet  dignitate  milicie  ibidem  ab  ipso  juvene  indigno  nomine, 
non  pro  meritosuo  obtenta,  sed  pocius  arrogantur(.9/tf)  usurpata,  contra 
vicia  et  peccata,  ut  tactum  est  in  prima  distinctione  milicie.  viriliter 
non  certaverit,  ut  debuit  »  (Orolio  trag.,  f"  129  v").  Cf  Chevalerie, 
f«  13  v»  :  «  Le  jeune  et  povre  ardant  désir  avoit  la  pris  l'ordre  de  cheva- 
lerie, duquel  il  n'estoit  pas  digne  ». 


chevaliers  de  rOccident,  que  la  cupidité  seule  et  le  désir  de 
la  gloire  rassemblaient,  étaient  incapables  de  combattre 
ainsi  qu'il  le  fallait,  si  l'Arménie,  presque  anéantie,  et  le  fai- 
ble royaume  de  Chypre  ne  pouvaient  pas  non  plus  se  montrer 
dignes  de  leur  mission,  si  les  anciens  ordres  de  chevalerie 
étaient  bien  déchus  de  leur  ancienne  vertu,  il  restait  encore 
un  moyen  pour  former  une  armée  chrétienne  digne  de  ce 
nom.  On  pouvait  ranimer  le  vieil  enthousiasme  qui  avait 
amené  la  création  des  ordres  de  chevalerie,  en  fondant  un  or- 
dre nouveau,  qui  aurait  toutes  les  qualités  de  ses  prédéces- 
seurs, sans  en  posséder  les  défauts.  Bien  organisés  et  nom- 
breux, éloignés  de  toute  préoccupation  mondaine  et  décidés 
à  employer  leur  vie  entière  à  la  guerre  sainte,  les  membres 
de  cet  ordre  seraient  évidemment  en  état  de  réaliser  bientôt 
leur  grand  idéal. 


Depuis  longtemps  déjà  cette  idée  germait  obscure  dans  son 
cerveau.  Les  chroniques  qu'il  avait  lues  '  à  Amiens  lui  avaient 
inspiré,  avec  le  désir  ardent  de  reconquérir  la  Terre  Sainte, 
la  pensée  vague  des  moyens  par  lesquels  il  pourrait  y  arri- 
ver. Elle  ne  se  précise  dans  son  esprit  que  pendant  ce 
voyage  en  Orient,  duquel  il  date,  dans  tous  ses  ouvrages,  la 
création  première  de  l'ordre  de  la  Passion. 

Après  la  bataille  de  Smyrne  et  celle  qui  la  suivit  de  près, 
il  semble,  en  effet,  avoir  accompagné  Humbert  II  à  Rhodes, 
puis,  quand  au  printemps  le  Dauphin,  malade  et  décidé  à  re- 
venir en  Europe,  eut  licencié  ce  qui  restait  encore  de  son 
armée,  il  partit  pour  Jérusalem.  C'était  son  véritable  but,  en 
quittant  le  château  de  Mézières  :  on  s'imagine  ce  que  dut 
ressentir  cet  homme  à  l'imagination  exaltée,  sur  les  lieux 
mêmes  où  le  Christ  vécut  et  souffrit.  Il  connaissait  déjà  par 
ses  lectures  les  souffrances  intolérables  des  chrétiens  de 
l'Orient  ;  il  les  vit  maintenant  de  ses  propres  yeux  et  son 
àme  fut  remplie  de  honte  et  de  douleur.  Il  fut  «  ému,  dit-il 
plus    tard,    d'une   singulière   dévotion  par  l'injure  faite  au 

1.  «  Cronicas  autentiquas  terre  sancte  »  {Oral,  tragedica,  f"  192  r"). 


—  72  — 

Dieu  crucifié  à  Jérusalem,  en  Terre  Sainte,  par  les  Agarènes, 
injure  faite  au  Dieu  vivant,  qu'il  avait  vue  lui-même,  de  ses 
propres  yeux,  non  sans  pleurer,  et  qu'il  avait  touchée  de  ses 
mains».  Blessé  d'une  amère  douleur,  il  fut  inspiré,  ainsi 
qu'il  le  croit  pieusement,  parle  doux  Jésus  lui-même,  pendant 
son  pèlerinage,  et  voulut,  au  lieu  des  richesses,  honneurs  et 
délices  de  ce  monde,  «  exercer  sa  faible  milice,  telle  quelle, 
surtout  pour  venger  l'injure  de  la  croix  et  amener  la  déli- 
vrance de  la  Terre  Sainte  '  ». 

Son  intention  était  d'abord  quelque  peu  différente.  S'inspi- 
rant  de  l'exemple  fourni  par  la  milice  des  Macchabées  et  celle 
de  Pierre  l'Ermite,  son  compatriote,  il  voulait  consacrer  sa  vie 
à  prêcher,  avec  quelques  pieux  compagnons,  la  croisade.  Les 
princes  chrétiens  et  les  peuples  devaient  être  exhortés  à  faire 
la  paix  et  à  renouveler  entre  eux  l'amour  qu'ils  doivent  res- 
sentir les  uns  pour  les  autres.  Puis,  la  chrétienté  étant  réu- 
nie contre  les  Infidèles,  la  Terre  Sainte  serait  conquise  sur 
les  Sarrasins,  le  culte  du  vrai  Dieu  restauré  sur  la  place 
même  de  ses  souffrances,  et  cette  Passion  de  Jésus,  si  long- 
temps et  si  injustement  oubliée,  pourrait  être  de  nouveau 
célébrée  dignement  par  les  vainqueurs,  à  Jérusalem, 

Cette  mission  qui  n'était,  comme  on  le  voit,  que  celle  de 
tous  les  promoteurs  de  croisades  jusqu'alors,  il  se  proposa 
de  la  remplir  pendant  les  voyages  qui  remplirent  sa  pre- 
mière jeunesse. 

En  Lombardie,  à  Naples,  en  France,  à  son  retour,  il  aurait 
annoncé  son  «  grand  désir  »  aux  princes  qu'il  servait.  On 
pense  bien  que  la  parole  de  ce  pauvre  cadet  de  Picardie  ne 
fît  pas  de  miracles,  dans  un  siècle  qui  n'y  était  guère  dis- 
posé :  il  trouva  partout  des  dissensions,  des  guerres  et  des 


1.  ...  «  Nichilominus  tamen,  quadam  devotione  singulari  et  injuria 
Crucifix!  in  Jérusalem,  terra  sancta.  ab  Agarenis  facta  et  in  quarto 
gradu  ibidem  régnante,  quam  injuriam  Dei  vivi  idem  juvenis  oculis 
propriis  non  sine  lacrimis  viderat  et  palpaverat,  amarissime  ipse  com- 
motus  ac  doloris  cordis  intrinsecus  tactus  et  totus  pro  modulo  suo 
gladiatus,  in  ecclesia  dominici  sepulcri  et  aliis  locis  sanctis  terre 
sancte,  ipso  peregrinante,  a  dulci  Jhesu,  ut  pie  crédit,  inspiratus,  pro 
omnibus  diviciis,  honoribus  et  deliciis  hujus  mundi,  Deus  scit,  desiderio 
desideravit  debilem  miliciam  suam  talem  qualein  exerceri  debere, 
principaliter  in  vindictam  injurie  Crucifixi  et  liberationem  terre  sancte  » 
{Oralio  Irag..  f"  129  v";  suite  du  passage  publié  p.  70,  n^). 


-  73  - 

«  malédictions  ».  C'était  le  fléau  du  Seigneur,  qui  frappait  les 
chrétiens  dégénérés.  Personne  ne  répondit  à  son  appel,  car 
«  chacun,  dit-il,  cherchait,  dans  sa  condition,  ce  qui  lui  con- 
venait à  lui  et  non  ce  qui  convenait  à  Jésus-Christ  »'. 

S'il  renonça  à  devenir  le  Pierre  l'Ermite  d'une  nouvelle 
croisade  européenne,  une  autre  idée  se  forma  dans  son  esprit 
et  ne  tit  que  se  fortifier  avec  les  années,  survivant  aux  dés- 
illusions nombreuses  et  au  découragement  de  la  vieillesse. 
A  Jérusalem  même,  dans  l'église  du  Saint-Sépulcre,  il  reçut 
de  Jésus-Christ  les  «  tables  de  la  loi  »^  Ce  fut  en  1347''  qu'il 
arriva  ainsi,  après  de  longues  fatigues,  par  le  désert  d'Ara- 
bie, soutenu  seulement  par  le  pain  d'Hélie  au  mont  Sinaï*. 
Ces  tables,  qu'il  devait  à  l'inspiration  divine,  contenaient  les 
premières  lignes  de  sa  chevalerie  de  la  Passion.  En  voici  le 
plan  tel  qu'il  le  conçut  alors  et  qu'il  l'exprime  dans  la  qua- 
trième partie  de  son  Oratio  tragedica. 

Les  chroniques  des  croisades  lui  avaient  montré  le  défaut 
de  ces  expéditions,  pendant  que,  tout  jeune  encore,  il  étudiait 
les  causes  des  malheurs  de  la  chrétienté,  comme  le  médecin, 


1.  ...  «  Ut  videlicet,  predicatione  sua  militari  et  aliorum  median^e, 
principes  catholici  et  populi  cliristiani  ad  pacem  et  dilectionem  iriter 
se  renuvai'entur  et  ad  sanctuiii  beliuin  Dei  devocius  aniinarentur  et 
finaliter  terra  sancta  per  virtutcm  sancte  crucis  de  manil)us  Agare- 
norum  féliciter  eriperetiir,  et  per  consequens  terra  sancta,  divino  cultui 
restituta,  passio  doinini  nostriJhesu  Christi,  a  fideiibus  diu  neglecta  et 
quasi  oblita,  in  Jhcrusalem  quasi  recens  cuin  gratiarum  actione  et  gra- 
tiUuline  restituta,  noviter  devocius  recenscretur.  Quia  vero  idem  juve- 
nis,  discurrendo  ac  pro  module  suo  anunciando  desiderium  suum 
principibus  cathoiicis,  ecclesiasticis  et  seculai'ibus,  ipsos  invenit  maie 

dispositos quia  occupati  gucrris  et  maledictionibus,  virga  Dei  per- 

cussiente,   (luilibet  in  gradu  suo  querebat  ([ue  sua  erant,  et  non  que 
Jhesu  Christi.  »  {Oratio,  i'"-^  129  vo-i;iO  r"). 

2.  «  Unde,  sic  peregrinando,  date  suntPhilipino  a  Domino  cum  Moyse 
due  tabule  lapidée,  in  quibus  erant  scripte,  non  solum  x  precepta,  sed 
quedam  constituciones  sacre  legis  divine,  inscripte  digito  Dei,  videlicet 
substancia  presentis  régule  miiicie  passionis  Jhesu  Christi.  »  {Militia. 
î"  45  v). 

3.  «  Circa  annos  Domini  .M.CCC.XLVII  »  {Militia.  f»  45  v")  «  fere 
viginti  anni  elapsi  sunt  »,  dit-il  dans  la  première  rédaction  (1367-8), 
f"  9  V".  C'est  ce  qui  lui  fit  donner,  par  confusion,  cette  date  à  son 
départ  en  Orient  {Orat.  iragcdira,  f"  129  v").  Cf.  Chevalerie  de  la 
Passion,  f"  73  :  «  la  substance  de  ccste  chevalerie  et  le  bon  fruit  en  Dieu 
d'icelle  à  venir  en  esperit  oultre  mer  H  furent  révélés,  voire  environ 
l'an  de  grâce  .M.CCC.  et  .Xi^VlI.  »  Cf.  Ibid..  {"  14:  «  sa  longue  messa- 
gerie, qui  a  duré  dès  l'an  de  grâce  .M.CCC.XLVII.  » 

^,  Milicia,  f"  45  v". 


74 


dit-il,  s'occupe  de  celles  de  la  maladie  qu'il  veut  guérir.  Il 
découvrit  deux  grandes  «  infirmités  »,  la  mésintelligence  en- 
tre les  chefs  Ulivisio)  et  la  désobéissance  des  soldats,  ou, 
pour  employer  ses  propres  termes,  leur  propria  voluntas.  Pour 
les  faire  disparaître,  les  «  guerriers  de  Dieu  »  devaient  être 
unis  «  dans  un  amour,  qui  ne  fût  pas  feint  »  et  leur  volonté 
«  obéissante  et  bien  réglée  ».  Pour  arriver  à  ce  but,  les  an- 
ciens ordres  militaires  et  religieux,  les  Templiers,  les  cheva- 
liers Teutons,  les  Hospitaliers  et  les  chevaliers  de  Saint- 
Jacques  en  Espagne,  même  réunis  (projet  qui  fut  souvent 
agité  par  les  auteurs  de  mémoires  sur  la  croisade,  au  xiv° 
siècle),  n'auraient  pas  été  suffisants  :  la  pureté  première  de 
leur  vie  était  définitivement  perdue,  dit-il  ailleurs,  par  la  cu- 
pidité et  la  paresse  :  les  richesses  qu'ils  avaient  en  Occident  leur 
avaient  fait  oublier  Jérusalem  et  la  mission  qu'ils  devaient 
remplir  encore  en  Orient.  Un  nouvel  ordre  les  remplacera  dans 
cette  mission  :  la  Chevalerie  de  la  Passion  de  Jésus-Christ, 
formée  de  quelques  chevaliers  choisis,  des  cadets  de  faible 
noblesse,  de  quelques  bourgeois  icivibus)  riches  et  honnêtes, 
et  enfin  des  sergents  de  l'ordre,  ouvriers  et  artisans  [artis 
mecanice  et  Inboratorle),  relèvera  le  drapeau  des  croisades. 
Ils  renouvelleront  par  leur  exemple  le  souvenir  de  la  Passion 
du  Seigneur,  bien  oubliée  aujourd'hui,  ils  convertiront  à 
une  vie  pure  et  agréable  à  Dieu  les  chevaliers  errants,  qui 
dépensaient  vainement  leurs  forces,  et  arriveront  enfin  par  de 
longs  efi'orts,  bien  concertés,  à  délivrer  la  Terre  Sainte. 
Ils  n'auront  pas  de  prieurés  ni  de  commanderies en  Occident' 
pour  ne  pas  oublier  leur  devoir  dans  la  mollesse. 

Telle  —  ou  même  moins  bien  précisée  encore —  dut  être  au 
commencement  la  grande  idée  de  Mézières,  celle  qui  forme 
l'unité  de  sa  vie  aventureuse.  Dès  le  début  de  sa  carrière, 
son  idéal  était  formé  :  depuis  cette  année  1347,  si  importante 
pour  sa  personnalité  morale,  jusqu'à  sa  mort,  il  devait  lui 
sacrifier  toutes  ses  forces  et  tous  ses  désirs. 

Il  s'occupa  bientôt  de  trouver  des  adhérents.  Son  en- 
thousiasme —  sa  vie    entière  le  témoigne  —  était  commu- 


1.  Or.   trag.,  f»  193  r°  :  «  nec  prioratus  et  commendatorias  seu  ali- 
quas  possessiones  in  partibus  occidentalibus  personaliter  possidendo.  » 


10 


nicatif  :  partout,  en  Chypre  et  en  France,  il  gagna  à  ses 
idées  pieuses  des  hommes  illustres,  que  leur  nom  et  leur  po- 
sition sociale  mettaient  beaucoup  au-dessus  du  simple  che- 
valier picard.  Deux  grands  personnages  se  rallièrent  à  ses 
projets,  à  Jérusalem  même. 

Il  venait  à  peine  de  se  voir  confier  la  mission  de  délivrer  la 
Terre  Sainte,  par  le  moyen  de  sa  chevalerie-,  les  «  roynes 
divines  »,  Prédestination  et  Dispensation,  et  les  «  vénérables 
dames  »,  leurs  conseillères,  Sainte-Foi,  Espérance  et  Pa- 
tience, des  qualités  bien  nécessaires  à  celui  qui  entreprenait 
un  pareil  travail,  s'étaient  montrées  au  jeune  chevalier  pour 
lui  donner  leurs  instructions.  Il  les  avait  écoutées  pieusement, 
couché,  «  povre  enfant  à  leurs  piez  »,  et  avait  demandé  leur 
secours.  Elles  lui  parlèrent  tour  à  tour.  Sainte-Foi  lui  vanta 
la  récompense  qui  attend  toujours  une  bonne  volonté,  Espé- 
rance s'offrit  à  l'accompagner  dans  sa  «  legacion  et  longue 
messagerie  »,  pour  chasser  la  «  vile  beste  »  du  Désespoir, 
et  lui  conseilla  de  se  recommander  aux  deux  reines,  sans  les- 
quelles ses  efforts  seront  comme  la  lumière,  qui  brûle  et  se 
consume.  La  demande  qu'il  fit,  la  tête  dans  la  poussière, 
«  comme  font  les  hommes  d'Orient  »,  fut  agréée  :  elles  lui 
donnèrent  toutes  les  deux  leur  besant,  qu'il  devait  garder 
fidèlement  pendant  toute  sa  mission.  Puis  les  deux  reines, 
leurs  conseillères,  et  la  chancelière  «  Doulce  Amour  Charité  » 
lui  firent  la  leçon  dans  cette  môme  église  du  Sépulcre  et 
le  quittèrent.  C'est  le  récit  allégorique  qu'il  donne  dans  sou 
troisième  traité  sur  la  chevalerie'. 

Il  continue  ensuite  en  racontant  ce  qui  suivit  «  non  pas  en 
esperit,  ou  en  contemplacion,  mais  reaument  et  de  fait  ». 
Réconforté  par  l'idée  de  cette  mission,  qu'il  croyait  devoir 
remplir,  il  entra  dans  la  chapelle  du  Sépulcre  et  fit  célébrer 
une  messe  par  le  chapelain  «  sur  la  tumbe  de  la  sépulture  du 
doulx  Jhesu  ».  Il  remercia  le  Seigneur  de  l'inspiration  qui  lui 
était  venue  et  recommanda  ensuite  «  à  la  divine  bonté,  et  sin- 


1.  V"^  10-14.  Dans  le  commencement  du  traité,  il  relie  en  esprit 
son  état  présent  à  celui  où  il  se  trouvait  dans  sa  jeunesse,  quand  !a 
mission  lui  fut  confiée.  Après  le  récit  de  cette  merveilleuse  allégorie, 
il  retournera  donc  «  en  la  chambre  de  parlement  »,  pour  y  rendre 
compte  devant  les  reines  de  sa  messagerie. 


-  76  — 

gulièrement  à  la  sainte  Passion  du  doulz  Jhesu  sa  messa- 
gerie, son  corps,  son  âme  et  tout  ce  qu'il  aA'oit  à  faire  »  '. 
Cette  messe  fut  célébrée  au  nom  du  «  prince  oriental  »  qu'il 
servait  alors*,  et  c'est  encore  une  preuve  que  Philippe  séjourna 
quelque  temps  en  Chypre  avant  de  partir  pour  la  croisade. 

C'est  après  la  célébration  de  la  messe,  qu'il  conféra  l'ordre  de 
chevalerie  à  deux,  nobles  et  leur  fit  promettre  par  serment 
d'en  accomplir  <(  à  leur  pouvoir  l'effet  ».  Ces  deux  nobles, 
dont  le  second  est  assez  connu,  furent  Albert  Pachost,  «  grant 
baron  du  royaume  de  Polaine,  lequel  avoit  esté  parmi  ix  ans 
sans  mengier  ne  boire  en  séant  »  espèce  de  chevalier  errant, 
s'il  faut  l'en  croire,  et  le  frère  du  bâtard  de  Lucinge,  qui 
fut  tué  à  la  bataille  de  Smyrne,  Estevenin  ou  Etienne  de  Lu- 
cinge, originaire  du  Dauphiné  et  chambellan  de  Humbert  II  ^ 

Après  avoir  ainsi  donné  un  corps  à  son  rêve,  il  revint  en 
Chypre^  auprès  du  roi  Hugues  et  de  ce  comte  de  Tripoli, 
dont  il  devait  partager  le  sort  pendant  si  longtemps. 


1.  Chevalerie  de  la  Passion,  î"  13  v". 

2.  «  Après  la  messe  célébrée  par  le  commandement  et  au  nom  de  la 

personne  du  grant  prince  oriental,  son  raaistre  cy  dessus  recité » 

(C/ievalerie,  ibid.).  On  ne  s'explique  pas  bien  ce  commandement  d'un 
prince,  qui  ne  pouvait  être  que  le  comte  de  Tripoli  (plus  loin  il  parle 
de  l'ordre  de  l'Epée,  créé  par  ce  prince  oriental).  Pierre  de  Chypre 
n'accompagna  pas  Philippe  à  Jérusalem  et,  de  plus,  quelques  lignes 
plus  loin.  Mézières  déclare  être  revenu  de  Jérusalem  auprès  de  ce 
prince.  Philippe  fut  probablement  chargé,  par  le  comte,  à  son  départ, 
de  célébrer  cette  messe  à  Jérusalem  même. 

3.  Chevalerie  de  la  Passion,  ibid. 

4.  Les  termes  sont  exprès  :  «  Le  povre  et  jeune  ardant  désir  retourne 
de  la  sainte  cité  de  Jherusalem,  a  son  maistre,  le  prince  oriental.  » 
(Chevalerie  de  la  Passion,  i"  15  v°).  Ailleurs,  il  dit  être  parti  de  la 
Terre  sainte  pour  l'île  «  d'Engaddi  »,  nom  ordinaire  de  l'île  de  Chypre 
dans  ses  ouvrages  (Contemplatio.  f"  218  v»). 


CHAPITRE  V. 

MÉZIÈRES  EN  CHYPRE.  HUGUES  IV.  VOYAGES  EN  OCCIDENT. 

Hugues  IV  régnait  alors  en  Chypre  et  c'est  à  sa  cour  que 
Philippe  semble  avoir  trouvé  un  bon  accueil  dès  l'année  1346. 
Comme  tous  ses  prédécesseurs,  il  cherchait  à  renouveler 
l'élément  latin,  qui  faisait  la  force  de  son  île,  où  la  population 
indigène  était  complètement  éloignée  des  affaires.  Aussi  des 
chevaliers  de  toute  l'Europe  y  accouraient-ils,  attirés  par  la 
réputation  de  grande  prospérité  dont  jouissait  en  Occident,  et 
avec  raison,  le  petit  royaume  chrétien.  Philippe  y  séjourna 
quelque  temps  avant  de  passer  en  Syrie,  il  devait  y  revenir 
bientôt. 

Le  roi  lui-même  n'était  pas  fort  accessible  aux  idées  mys- 
tiques et  guerrières  du  chevalier  picard.  Malgré  ses  fréquentes 
guerres  avec  les  Turcs,  il  n'y  prit  jamais  de  part  personnelle  : 
c'était  un  prince  énergique,  il  est  vrai,  dans  sa  jeunesse  sur- 
tout, mais  de  mœurs  très  pacifiques.  «  Il  était  adonné  aux 
études  sacrées,  dit  Florio  Bustron,  et  administra  son  royaume 
avec  une  merveilleuse  capacité...  Il  était  d'un  caractère  doux 
et  d'une  félicité  royale  digne  d'éloges  »'. 


1.  «  Il  quale  era  dato  a  sacri  studii,  et  con  maravigliosa  virtù  am- 
ministrô  il  suo  regno...  Era  de  benigno  ingegno  e  lodevole  per  félicita 
reale  »  (Florio  Bustron,  p.  258).  Lems.de  la  Bibl.  nationale,  contenant 
la  chronique  de  FI.  Bustron  (ital.  n"  832),  porte  «  lodevole  félicita 
reale  »  ce  qui  sennbic  la  vraie  leçon  (f"  5  v").  Cf.  Jacques  de  Berne 
(1346-7),  dans  Rôhricht  et  Meisner,  Deutsche  Pilfierreisen,  p,  50  :...  «  und 
sucht  haim  herren  Haugen  (IV),  chunig  zu  Cippern,  einen  tugent- 
hafîtigen  geniidigen  undandachtigen  herren,  der  ail  suntag  und  heilig 
tag  in  seiner  Cappelien  hôrt  dy  predig  von  geistlichen  lewten,  und  ich 
habauch  vor  im  gepredigt  und  er  hat  zehen  capplàn  gaistlich  und  lays- 
cher  briester,  dy  ail  tag  vor  im  mess  halltent.  »  D'après  Jauna  {flisl.  gén. 
des  rot/,  de  Chypre...,  Leyde,  178o),  il  aurait  été  surnommé  le  Père 
Commun  par  les  Chypriotes,  pour  les  secours  qu'il  leur  donna  pendant 
la  famine  de  1330  ou  1351(11,  811).  Par  sa  manière  de  traiter  l'histoire, 
Jauna  est  trop  sujet  à  caution  pour  qu'on  puisse  prêter  confiance  aux 
faits  inconnus  par  ailleurs  et  qu'il  est  seul  à  mentionner. 


-  78  - 

Son  règne,  assez  prospère,  le  plus  prospère  peut-être  de  la 
domination  latine,  fut  troublé  cependant  par  des  démêlés  in- 
cessants avec  les  puissances  maritimes  de  l'Italie  et  par 
d'autres  malheurs.  Les  Génois,  qui  méditaient  déjà  la  con- 
quête de  l'île,  furent  ses  ennemis  les  plus  tenaces.  Dès  le 
commencement  de  son  règne,  Hugues  IV  fut  menacé  par  la 
République  et  par  Robert,  l'empereur  titulaire  de  Constanti- 
nople.  Le  pape,  consulté,  lui  recommanda  une  politique  de 
conciliation.  Un  ambassadeur  génois,  Nicolino  Fieschi,  dit 
Cardinale,  vint  en  Chypre  pour  s'entendre  avec  le  nouveau 
roi  '  :  il  amena  la  conclusion  d'une  paix  avec  les  Génois  en 
1329\  Les  pirateries  des  Génois  continuèrent  cependant, 
suivies  de  nouvelles  réclamations  de  la  part  des  Chypriotes  : 
un  nouveau  traité  fut  conclu  en  1338^  Bientôt,  les  préten- 
tions recommencèrent  et,  devant  l'opposition  de  Hugues,  il 
fut  question  un  moment  d'une  expédition  génoise  en  Chypre*  ; 
l'intervention  de  Clément  VI  amena  la  signature  des  prélimi- 
naires de  1344.  Les  Chypriotes  durent  céder;  ils  permirent 
aux  Génois  d'avoir  leurs  prisons  dans  l'ile,  d'entrer  dans  les 
ports  sans  l'autorisation  des  officiers  du  roi,  et  de  cuire  le  pain 
nécessaire  à  leurs  marchands,  étrangers  à  la  colonie  génoise, 
dans  le  four  de  cette  même  colonie.  En  échange,  ils  promi- 
rent de  payer  un  impôt  sur  les  contrats  de  vente  faits  entre 
des  Génois  et  des  étrangers  et  admirent  la  juridiction 
royale  pour  leurs  nationaux,  qui  se  trouvaient  au  service  du 
roi  ou  en  avaient  reçu  des  fiefs \  La  paix  définitive  ne  fut 
cependant  peut-être  pas  conclue  '. 


1.  Rinaldi,  XXV,  365  (1328,  §86). 

2.  Heyd,  llUl.  du  commerce  du  Levant,  2»  éd.,  II,  16,  note  4;  Le  Co- 
lonie, II.  229. 

3.  Mas-Latrie,  //.  de  Chypre,  II,  166  et  suiv. 

4.  Les  ambassadeurs  de  Hugues  furent  éconduits  d'une  manière 
honteuse  (licentialis  minus  honesle).  Le  pape,  sollicité  par  les  envoyés 
du  roi.  pria  la  république  d'envoyer  des  amba>sadeurs  à  Avignon. 
Devant  les  prétentions  des  Génois,  les  ambassadeurs  chypriotes  décla- 
rèrent leurs  pouvoirs  insuffisant.s.  Le  pape  les  décida  néanmoins  à  céder. 
Des  officiers  du  roi.  cause  du  conflit,  furent  changés  (Arch.  nat.  Bul- 
laire  L.  ap.  Mas  Latrie.  Bihl.  èc.  ch..  t.  XXXW,  1873,  pp.  65-8).  Me- 
liano  Cattaneo,  fils  de  feu  Mallone,  fut  envoyé  enfin  à  Avignon  «  pro 
negociis  Cipri  »  le  30  mars  1344  (Gènes,  Arch.  d'Etat,  Rat.  intr.  et  exi- 
tus,  1343,  f'^  61  V"). 

5.  Cf.  Heyd,  Ilist.  du  comm.,  II,  p.  17. 

6.  Hevd,  ibid. 


—  70  — 

Vers  la  même  époque  (1340)  les  déA-astations  du  coseigneur- 
corsaire  de  Nisjros,  Ligorio  Assanti,  vassal  de  Tordre,  ame- 
nèrent un  conflit  entre  les  Hospitaliers  et  le  roi;  leurs  revenus 
furent  confisqués  par  Hugues  IV  \  mais  il  n'y  eut  pas  d'autres 
conséquences.  Enfin  les  Vénitiens  eux-mêmes,  dont  la  con- 
duite fut  si  bienveillante  pour  ses  successeurs,  cherchèrent 
à  étendre  leurs  privilèges  au  commencement  de  son  règne: 
Pierre  Zeno,  l'envoyé  de  la  République,  après  avoir  félicité 
le  roi  sur  son  avènement,  lui  exposa  ses  demandes  sans  lui 
offrir  une  compensation.  Le  roi  n'ayant  pas  répondu  d'une 
manière  précise,  le  sénat  défendit  le  commerce  avec  l'île  et 
ordonna  à  ses  sujets  de  la  quitter  immédiatement^  Le  traité, 
assez  pou  important,  no  fut  conclu  qu'en  1328.  On  accorda 
aux  Vénitiens  un  nouvel  établissement  à  Paphos,  mais  l'at- 
taque de  la  loge  de  Famagoustc  par  une  bande  de  Siciliens  et 
de  Chypriotes  (1349)  et  la  guerre  qui  éclata  bientôt  entre 
Gênes  et  Venise,  guerre  qui  sauva  peut-être  l'île  d'une  inter- 
vention plus  énergique  des  Génois,  ne  durent  pas  contribuer 
beaucoup  à  favoriser  le  commerce  vénitien  en  Chypre,  sous 
le  règne  de  Hugues  IV'.  Enfin  Guy,  roi  d'Arménie,  son  pa- 
rent, lui  demanda  de  délivrer  à  Bohémond  et  Jean  de  Lusi- 
gnan  les  fiefs  qui  avaient  appartenu  à  leur  père,  Amaury, 
prince  de  Tvr  :  Bohémond  alla  même  jusqu'à  Avignon  pour 
demander  justice  au  Pape*.  Le  règne  de  Hugues  IV  futattristé 
par  des  inondations  (1330),  par  la  peste  et  les  sauterelles^ 

Ces  malheurs  et  le  tempérament  pacifique  du  roi,  autant 
que  ses  démêlés  avec  les  voisins,  empêchèrent  Hugues  IV  de 
prendre  une  part  décisive  dans  les  croisades  de  1344  et 
1345.  Il  adhéra  aux  ligues  de  1334,  1350  et  1357,  mais  son 
rôle  fut  assez  effacé  dans  les  expéditions  qui  furent  organisées. 

1.  Bosio,  II,  an.  1340,  p.  38  de  l'éd.  de  1594;  Ilopf,  Chron.  gréco- 
romaines  (Borlin,  1873),  table  VII,  n»  4. 

2.  Archirio  Venelo,  XVllI,  pp.  319  et  suiv.  ;  Mas-Latrie,  II,  135.  137 
et  suiv.,  142  et  suiv. 

3.  Heyd.  iht'd..  p.  21.  Le  colonie,  II,  301  et  note  5. 

4.  Arch.  Or.  Int.,  t.  II,  p.  5.  Depuis.  la  chronique  dont  on  y  donnait 
les  rubriques,  a  été  publiée  dans  le  t.  II  des  Hist.  arm.  des  croisades, 
qu'il  nous  a  été  imjiossible  de  consulter.  Sur  Guy,  v.  Rinaldi,  1345,  §  7. 

5.  L.  .Mâcheras,  Chr.  de  Chypre,  éd.  Sathas  et  Miller.  (Publ.  de 
l'éc.  des  langues  orient,  viv.,  Paris.  1882),  I,  3fi-7;  .\madi,  404-5.  407; 
Bustron,  254-5,  257  :  Lorédan,  (trad.  franc.),  I,  341-5,  352-4;  Et.  de  Lusi- 
gnan,  Description  de  Chypre  (Paris,  1580),  f"  144. 


-  80  — 

Co  n'était  pas  l'homme  que  cherchait  Philippe  de  Mézières  : 
il  ne  serait  pas  resté  en  Chypre,  il  n'y  aurait  pas  habité  pen- 
dant une  grande  partie  de  sa  vie,  la  plus  belle,  s'il  n'y  avait 
trouvé  que  le  bon  sens  pratique  et  la  sagesse  réservée  du 
vieux  roi.  Celui  auquel  il  pensait  dans  ses  projets  d'avenir, 
le  vaillant  «  prince  oriental  »,  dont  il  attendait  la  délivrance 
de  la  Terre  Sainte,  n'était  pas  Hugues  IV,  même  en  1346, 
mais  son  second  fils,  celui  qui  devait  être  plus  t.ird  Pierre  le 
vaillant  et  qui  n'était  encore  que  le  comte  de  Tripoli. 

Pierre  de  Lusignan  naquit  le  9  octobre  1329,  le  jour  de 
saint  Denis  \  Toutes  les  planètes  se  rassemblèrent,  dit  allé- 
goriquement  son  biographe,  Guillaume  de  Machaut,  autour 
du  berceau  de  cet  enfant  destiné  à  de  si  grandes  choses. 
«  Li  clers  solaus  »  s'y  trouvait  avec  la  lune  et  «  des  estoiles 
la  commune  »,  les  nymphes  y  étaient  venues  aussi,  les  dieux 
et  les  déesses,  les  «  satireaus  »  et  leurs  compagnes,  les  «  tra- 
gédianes  ».  Circé  seule  manquait  à  cette  solennelle  assemblée. 
Mars  prit  la  parole,  il  déplora  la  perte  de  ses  grands  amis  : 

...Li  bon  roy  Alixandres, 
Qui  conquit  Angleterre  et  Flandres, 
Et  tant  qu'est  terre  et  mer  parfonde, 
Qu'il  fut  seigneur  de  tout  le  monde, 

Hector  et  César,  Judas  Machabée  et  David,  Josué  et  Char- 
lemagne,  Artus,  «  qui  ot  mult  de  peine  »  et  Godefroi  de 
Bouillon.  On  s'accorda  à  reconnaître  la  justice  de  ses  plain- 
tes :  une  «  créature  »  merveilleuse  devait  être  formée  pour 
persévérer  dans  leur  voie.  Mars  et  "Vénus  présidèrent  à  sa 
naissance,  Vesta  sacrifia  à  son  berceau,  Saturne,  le  père 
des  Dieux,  demanda  pour  lui  «  li  présent  »  de  la  bra- 
voure, les  autres  s'empressèrent  d'imiter  sa  libéralité.  «  For- 
tune »  ne  se  trouva  pas  peut-être  dans  la  divine  assemblée  : 

Car  en  la  fin  on  le  sara, 
Selonc  ce  qu'elle  li  fera. 


1.  Machaut,  La  prise  d'Alexandrie,  Genève,  1877,  éd.  L.  de  Mas- 
Latrie,  p.  5.  .\zario  (Muratori,  /?.  //.  Scr.,  XVI,  410  d.)  le  croit  âgé  de 
vingt-cinq  ans  en  1363  ;  il  aurait  eu  onze  ans  an  moment  de  sa  fuite  en 
Occident  (13'»9),  ce  qui  est  inadmissible.  Cf.  Mas-Latrie,  ïhid..  note  1. 


I 


—  81  — 

Trois  déesses  se  chargèrent  d'élever  cet  enfant  extraordi- 
naire: Hébé,  ((  des  cieux  boutiliière  »,  pendant  son  enfance, 

Jusque  à  Testât  de  congnoissance, 
Ou  plus  avant,  se  me.stier  yere, 

puis  Minerve  et  Junon,  auxquelles  Saturne  recommanda 
chaleureusement  son  protégé.  Vénus  devait  «  l'entroduire  en 
amours  »,  Mars  demanda  pour  lui  une  armure  à  Vulcain, 
qui  déclara  vouloir  lui  en  fabriquer  une  meilleure  que  celle 
de  feu  Ajax,  quand  il  combattit  contre 

...Ulixes,  duc  d'Uhxie. 

Vesta  enfin  lui  donna  son  nom,  que  le  poète  anagrammatise 
avec  délices,  en  y  retrouvant  le  sien  propret 

Le  jeune  comte  de  Tripoli  fit  honneur  à  cette  merveilleuse 
éducation.  Depuis  l'âge  de  neuf  ans,  à  peine  «  de  norrice... 
exiens  »,  il  manifesta  les  qualités  qu'il  devait  développer  plus 
tard.  Il  faisait  le  plaisir 

De  dames  et  de  demoiselles, 

et  montrait  des  dispositions  évidentes  pour  le  métier  des  armes. 
Il  était  brave  et  pieux,  tel  qu'il  le  fut  pendant  toute  sa  vie. 

Et  avoit  armes  et  honneur 
Seur  tout,  après  nostre  Signour, 
Car  en  ses  œuvres  et  ses  fais 
Estoit  en  l'amour  Dieu  parfait  '^. 

Il  eut  bientôt  des  visions,  qui  enflammèrent  encore  d'en- 
thousiasme mystique  son  ardente  imagination.  Il  était  à 
Famagouste  peut-être,  ou  au  couvent  des  bénédictins  de 
Stavro-Vouni,  près  de  Larnaca'\  lorsque  la  croix  du  bon 
larron  lui  apparut  dans  l'air.  Le  jeune  prince  l'adorait  dévo- 
tement, quand  une  voix,  lui  annonçant  sa  mission,  se  fit 
entendre  quatre  ou  cinq  fois,  lui  disant  : 

Fils,  entrepron  le  saint  passage. 
Et  conqueste  ton  héritage. 
Que  Dieus  aus  sains  pères  promist, 
Et  ou  pour  toy  son  corps  tout  mist. 

1.  Machaut,  o.  c,  pp.  1-9. 

2.  Machaut,  p.  9. 

3.  Cf.  ibid.,  note  3. 

N.  JoRG.v.  Philippe  de  Mézières.  6 


-  82  — 

Ce  fut  une  révélation  pour  Pierre  ;  dorénavant  cette  pen- 
sée seule  dirigera  ses  actions  ;  aussitôt  après,  dit  le  poète- 
chroniqueur,  il  se  mit  à 

penser  durement 

Et  souvent  et  parfondement 
A  la  chose  qui  li  fu  dite^ 

Il  n'était  pas  encore  l'héritier  de  son  vieux  père  :  Guy,  son 
frère  aîné,  connétable  de  Chypre^  (1329),  et  plus  tard,  paraît- 
il,  maréchal  de  Jérusalem  aussi  (1336)  ^  marié  déjà  (1330)  à 
Marie  de  Bourbon,  fille  de  Louis  de  Bourbon,  devait  lui 
succéder;  il  était  décidé  cependant  à  emploj'er  toutes  les 
forces  du  royaume  pour  cette  croisade  qui  devait  lui  rendre  son 
héritage,  si  jamais  les  couronnes  de  Chypre  et  de  Jérusalem 
devenaient  siennes.  «  Depuis  sa  jeunesse,  dit  Philippe  de 
Mézières,  Pierre  désirait  ardemment  [desiderio  desiderabat.)  la 
délivrance  de  son  patrimoine  et  sa  purification,  se  proposant 
dans  son  cœur,  que  si  le  sceptre  du  royaume  de  Chypre  lui 
revenait  jamais,  grâce  à  Dieu,  il  exposerait  pour  l'acquisition 
de  la  Terre  Sainte  sa  personne,  ses  biens  et  ses  Etats  »'\ 

Hugues  IV  ne  vit  pas  avec  beaucoup  de  plaisir  ces  dispo- 
sitions de  son  fils  ;  il  voulait  aussi  la  croisade,  mais  une 
croisade  défensive,  très  prudente  et  sans  ces  actions  d'éclat 
qui  pouvaient  amener  des  désastres.  11  prit  part  aux  ligues 
formées  par  les  papes,  parce  que  c'était  presque  leur  but.  11 
voulait  un  royaume  paisible  et  prospère,  des  mers  ouvertes 
au  commerce  de  l'Occident  et  débarrassées  des  pirates  turcs 


1.  Machaut,  p.  11. 

2.  FI.  Bustron,  p.  2f)4. 

3.  C'est  le  titre  que  lui  donne  une  liste  des  membres  de  la  cour 
royale  de  Chypre  en  \'A'M->  (Commem..  lll,  n"  393;  t.  II,  p.  69).  11  signe 
cependant  comme  connétat)le  en  1338  (Mas-Latrie,  II,  178).  Le  poste 
de  maréchal  de  Jérusalem  était  le  seul  vacant  alors.  Pouvait-il  réunir 
les  deux  titres?  .le  n'ose  l'affirmer  ou  le  nier. 

4.  Viln  S.  Pelri  Thomae.  Acla  sanctorum  de  Janvier,  11,  p.  1007  : 
«  Petrus....  a  juventute  sua  desiderio  desiderabat  liberationem  hae- 
reditatis  suae  paternae,  regni  Jérusalem,  necnon  liberationem  civitatis 
sanctae  et  mundationem  ejus,  in  corde  suo  proponens,  quod  si  a  Deo 
sceptrum  regni  Cypri  sibi  eveniret,  in  acquisitione  terrae  sanctae 
personam,  bona  et  regnum  exponeret.  »  On  retrouve  presque  les  mêmes 
paroles  dans  la  lettre  du  roi  aux  Florentins  (15  juin  1362)  ap.  G.  .Miiller. 
Docum.,  sulle  relaz.  délie  cilla  Toscane  coWUrienle,  Florence,  1879, 
in-4«,  p.  108. 


—  8.*',  — 

et  chrétiens  ;  il  ne  pensa  jamais  sérieusement  à  reconquérir 
ces  États  de  l'Asie  qui  avaient  appartenu  à  sa  famille  et  qu'il 
regrettait  peut-être.  Pendant  tout  son  règne,  Pierre  dut  ca- 
cher ses  grands  projets  de  conquête. 

Bientôt  la  mortde  son  frère  (1346^)  lui  assurant  lasuccession 
au  trône,  l'encouragea  encore  dans  sa  résolution.  Il  pensa  à 
préparer  les  moyens  par  lesquels  il  pourrait  délivrer  plus 
tard  la  Terre  Sainte.  Très  jeune  encore  (avant  1.346^),  il  avait 
conçu  déjà  l'idée  de  son  ordre  de  ÏEpée,  que  Philippe  lui 
suggéra  peut-être.  C'était  une  époque  très  favorable  à  la 
création  de  nouveaux  ordres  de  chevalerie.  Partout,  dans 
ce  quatorzième  siècle  si  fécond  en  aventures  et  en  per- 
sonnages curieux,  des  ordres  pareils  se  formaient  :  les  nobles 
de  Dauphiné  en  avaient  fondé  un  pour  se  défendre  eux- 
mêmes  et  pour  soutenir  leur  suzerain.  D'autres,  dont  le  but 
était  plus  semblable  à  celui  de  l'ordre  de  l'Épée,  ne  tardèrent 
pas  à  apparaître  ;  Louis  de  Bourbon  créa  l'ordre  de  «  VEscu 
d'or  »,  pendant  qu'il  se  préparait  à  partir  pour  la  croisade  ; 
Amédée  de  Savoie,  prince  enthousiaste  et  guerrier,  qui  res- 
semble beaucoup  à  Pierre  P"",  son  contemporain,  créa,  àla veille 
de  son  expédition  de  1366  peut-être,  l'ordre  de  V Annonciade'^ 
et  Jean,  roi  de  France,  était  le  chef  de  celui  deïEfoile^. 

D'après  Machaut,  l'ordre  de  l'Épée  date  de  l'époque  à  la- 
quelle Pierre  de  Lusignan  eut  sa  vision  au  couvent  des  béné- 
dictins. 11  ne  donne  pas  de  renseignements  plus  détaillés  sur 
son  but,  qui  était  celui  de  délivrer  la  Terre  Sainte.  Il  avait 
vu  lui-même  des  chevaliers  de  l'ordre  et  cela  «  mille  fois  »^ 
Leur  devise  était  «  entre  toute  gent  »  une  épée  d'argent,  à 
la  poignée  en  forme  de  croix  et  sur  un  champ  d'azur,  tout  au- 
tour, cette  devise  :  C'est  pour  loiauté  maintenir^ .  Les  mem- 

1.  Arch.  Venelo,  XXI 2,  324. 

2.  En  revenant  de  Jérusalem  en  1347,  Mézières  mentionne  cet  ordre 
comme  existant  déjà  et  en  état  de  faciliter  ses  projets  {Chevalerie  de  la 
Passion,  f"  15  v")  :  «  et  par  le  moyen  de  son  gracieux  ordre  de  l'espée 
devant  Dieu...  ». 

3.  Marquis  de  Loray,  Jean  de  Vienne,  amiral  de  France,  Paris,  1878, 
8°,  p.  36  note;  Muletti,  Memorie  slorico-diplomatiche  di  Saluzzo, 
Saluces,  1829-;{3,  IV.  60. 

4.  Fondé  en  1351  (Léopold  Pannier,  La  noble  maison  de  Saint-Ouen, 
pp.  88-106). 

5.  Machaut,  p.  11. 

6.  Machaut,  ibid.  On  voit  aujourd'hui  encore,  dit  M.  de  Mas-Latrie 


—  84  — 

bres  de  l'ordre,  dit  Félix  Fabri  dans  ses  voyages,  portaient 
une  épée  d'argent  à  la  poignée  d'or,  dont  on  a  vu  la  forme, 
et  une  bande  bleue  avec  l'inscription  citée.  Ils  portaient 
aussi  au  cou  une  chaîne  d'or  en  forme  d'S,  ce  qui  signifiait 
silence.  Le  grand  maître  était  le  roi  de  Chypre  ;  les  cheva- 
liers devaient  quitter  toute  autre  guerre  pour  accourir  à  son 
appel. 

Des  chevaliers  étrangers  venus  de  France,  d'Espagne,  de 
Rome,  de  Lombardie,  d'Allemagne  et  de  Sardaigne  furent 
affiliés'  par  le  jeune  prince  à  son  ordre  qui  fut  peut-être  un 
facteur  important  dans  la  croisade  de  1366.  Les  chevaliers 
s'engageaient  à  mener  une  vie  pure,  l'épée  signifiant,  d'après 
Machaut,  «  purté  de  cuer  et  nette  vie  »,•  et  la  pointe  étant 
destinée  à  écarter  les  paresseux  \ 

L'ordre  prospéra,  même  après  la  mort  de  son  fondateur, 
avec  la  même  organisation.  En  1396,  Jacques  I"',  son  frère, 
arma  chevalier  de  l'Épée  un  pèlerine  Ceux  qui  recevaient 
à  Jérusalem  l'ordre  de  la  chevalerie  du  Saint-Sépulcre,  dont 
parle  Gumppenberg  (1483)*,  étaient  affiliés  en  Chypre,  à  cet 
autre  ordre  peut-être.  Nicolas  d'Esté  et  quatre  des  seigneurs 
de  sa  suite  furent  armés  par  le  roi  Janus,  en  1413,  et  le  ré- 
dacteur du  récit  que  nous  possédons  de  son  voyage  parle  de 
«  sa  devise  de  l'Épée,  avec  la  brève  inscription  [attorno)  qui 
dit  :  Pour  le  aiut  [sic)  maintenir  ».  Le  marquis  revint  du  pa- 
lais, portant  au  cou  «  une  chaîne  [collana)  d'or  sculptée,  très 
belle,  avec  un  grand  saphir  sur  la  devise  du  roi^  Frédéric  III 


(ibid.,  pp.  277-8),  ces  insignes  sur  un  des  écussons  qui  décorent  la 
façade  du  palais  du  Municipe  (à  Venise),  ancienne  résidence  des  Cor- 
nari  de  Piscopi,  sur  le  grand  canal.  Pierre  y  habita  pendant  son  pre- 
mier voyage  en  Europe.  C'est  alors  qu'il  arma  chevalier  de  son  ordre 
Frédéric  Cornaro.  Coronelli  dédia  la  carte  de  Chypre  à  Jean-Baptiste 
Cornaro  de  Piscopi,  chevalier  de  l'Ordre  de  l'Epée,  et  en  reproduisit  sur 
la  feuille  l'écusson  (ibid,  278)  Cf.  sur  l'Ordre  de  l'Epée  Hist.  de  Chypre, 
II,  p.  250,  note,  et  p.  433,  note;  III,  p.  7,  815,  817  et  Bibl.  de  l'école 
des  chartes,  U"  série,  t.  V,  p.  421. 

1.  Machaut,  ibid. 

2.  Machaut,  pp.  13-15. 

3.  Mas-Latrie,  Ilist.  de  Chypre,  t.  II,  p.  433. 

4.  Rôhricht  et  Mcisner,  Deutsche  Pilgerreisen  nach  dem  hciligen 
Lande,  Berlin,  1880,  8",  p.  118. 

5.  N.  da  Este,  Viaygio  a  Gerusalemme,  dans  les  Miscellanea  di 
oposcoli  inediti  o  rari  nei  secoli  XIV  et  XV,  Prose,  1,  Torino,  1861, 
p.  138  «  la  sua  divisa  délia  spada,  con  lo  brève  attorno  che  dice  :  Puor 


—  85  — 

d'Allemagne  fut  affilié  aussi  à  cet  ordre  comme  pèlerin, 
en  1436*. 

Philippe  de  Mézières  fut  peut-être  un  des  premiers  cheva- 
liers do  l'Épée.  Dès  sa  première  arrivée  en  Chypre,  des  rela- 
tions amicales  durent  s'établir  entre  le  jeune  prince  et  le 
chevalier  picard,  venant  de  cet  Occident,  qui  apparaissait  si 
brillant  à  l'imagination  du  comte  de  Tripoli  et  vers  lequel 
il  devait  s'enfuir  quelques  années  plus  tard,  incapable  de 
retenir  plus  longtemps  son  désir.  Le  tempérament  mystique 
et  guerrier  de  Philippe  était  fait  pour  lui  plaire  aussi  :  dans 
cette  cour  de  son  père,  si  paisible  et  si  monotone,  il  avait 
trouvé  enfin  quelqu'un  auquel  il  pût  confier  sans  crainte  et 
avec  plaisir  ses  rêves  de  guerres  pieuses  et  de  conquêtes 
lointaines. 

Un  peu  plus  âgé  que  son  maître  et  plus  savant  que  lui,  Mé- 
zières lui  communiqua  probablement  son  intention  de  prêcher 
une  nouvelle  croisade  et  les  moyens  par  lesquels  il  espérait 
réussir.  Aussi,  bien  qu'il  quittât  l'ile  en  1346  pour  gagner  ses 
éperons  à  la  croisade,  il  resta  toujours  le  serviteur  du  prince. 
Quand,  après  la  fin  de  l'expédition,  il  eut  accompli  son  pèle- 
rinage à  Jérusalem,  il  se  hâta  de  revenir  en  Chypre,  où 
l'attendait  ce  «  jeune  roi  oriental,  énergique,  magnanime  et 
élégant  de  sa  personne  )>^  auquel  il  pensait  confier  le  nouveau 
projet  qu'il  venait  de  former  sur  les  lieux  mêmes  de  la 
passion  du  Seigneur^ 

lo  aiut  mantenir  »,  «  una  collana  d'oro  lavorata,  bellissima,  e  con  un 
grosso  zaffirosopra  alla  divisa  del  re  ». 

1.  Herquet,  Cyprische  Kônigsgestallen,  p.  31:  «  wodurch  uns  nocli 
die  Statuten  erhalten  sind  ».  La  fondation  de  l'Ordre  de  l'Epée  par 
Pierre  ^'''  expliquerait  la  différence  entre  ses  monnaies  et  celles  de  son 
fils  :  les  premières  représentent  un  roi  barbu,  portant  dans  sa  main 
droite  une  grande  épée  nue  ;  les  autres  remplacent  cette  épée  par  un 
sceptre  (cf.  Schlumberger,  Numismatique  de  l'Orient  latin,  p.  194). 
L'épée  était  gravée  aussi  sur  son  sceau  (Mas-Latrie,  Bibl.  éc.  chart., 
l'e  série,  t.  V,  p.  423).  Pagano  {Délie  imprese  e  del  dom.  dei  Genov. 
nella  Grecia,  *Gènes.  1852,  p.  223)  parle  d'une  épée  nue  que  le  roi 
portait  habituellement  à  son  cou  par  naine  des  Sarrasins  (!). 

2.  «  Quemdam  regem  orientalem  juvenem,  s.  strenuum,  magnani- 
mum  et  in  persona  elegantem,  calculo  utique  et  igné  hujus  desiderii 
non  mediocriter  percussum  et  accensum  »  {Oratio  Iragedica.  f"  191). 

3 «  Visitavit  terramsanctam,  ipsamquepromoduloexplorando, 

quo  facto,  transfretavit  ad  Engadi  insuiam,  ubi  moram  non  modicam 
cum  rege  insuie  (c'est  évidemment  Pierre,  bien  qu'il  ne  fût  pas 
encore  roi)  elegit,  et  mores  infidelium  orientalium,  et  maxime  terrara 


-  86  - 

Il  rosta  pendant  longtemps,  dit-il,  auprès  des  deux  rois, 
le  père  et  le  fils.  Si  Hugues  ne  devint  pas  plus  favorable  à 
ses  idées,  Pierre  lui  accordait  toute  sa  confiance.  Il  n'avait 
pas  l'intention  de  passer  sa  vie  cependant  en  Chypre,  et  ce 
n'est  pas  à  cette  époque  qu'il  prêta  serment  au  prince,  qu'il 
devint  son  homme  lige  et  son  collateralis\ 

Ce  séjour  en  Chypre  lui  fut  très  utile.  Il  profita  de  la 
proximité  des  différents  états  musulmans,  de  la  présence  des 
innombrables  pèlerins  et  marchands  qui  s'arrêtaient  en 
retournant  de  l'Orient  dans  cette  île,  qui  était  une  étape  pour 
toutes  les  expéditions,  militaires  et  commerciales,  de  ses 
relations  avec  les  chevaliers  chypriotes  mêmes  qui  avaient 
combattu  avec  les  Infidèles  sous  Hugues  IV  et  son  prédéces- 
seur, pour  obtenir  les  renseignements  les  plus  nombreux  et 
les  plus  précis  sur  l'état  où  se  trouvaient  les  pays  de  l'Orient. 
Il  rapportait,  dit-il,  tout  ce  qu'il  entendait  dire  à  la  cour  des 
princes  et  des  grands,  à  son  idée  de  prédilection,  le  passage'. 
«  Pour  lequel  désir  du  dit  solitaire,  ajoute-t-il  ailleurs,  être 
mis  en  l'euvre  par  la  chevalerie  de  la  chrestienté,  en  sa  jeu- 
nesse demeurant  au  service  des  deux  roys  de  Chippre,  le 
père  et  le  fils,  il  demandoit  continuelment  et  enquéroit 
ardemment  à  ceulx  du  pais  en  Surrie  et  ailleurs,  à  merchans 
et  anciens  chevaliers  et  aux  Sarrasins  convertis,  c'est-assa- 
voir  de  Testât  des  princes  de  Egipte,  de  Surrie,  de  Turquie 
et  de  Tartarie  »'.  C'est  alors  qu'il  apprit  la  force  des  émirs 
turcs  de  l'Asie  et  celles  du  Soudan  et  ces  données  curieuses 
sur  le  «  grantcaan  »  de  Tartarie,  sur  la  Nubie  et  les  pays  fabu- 
leux de  l'extrême  Orient  qui  rendent  si  intéressante  la  lecture 
du  Songe  du  vieil  pèlerin.  Les  équipées  chevaleresques,  sans 
organisation  et  sans  but,  lui  firent  toujours  horreur  ;  si  la 

sanctam  occupancium,  vigilanter  inquisivit,  ut  videlicet,  in  posterum 
exercitatus,  ac  de  pratica  (sî'f)  acquirendi  terram  sanctam  competenter 
instructus,  catholicis  regibus  ad  tam  sanctum  opus  annunciando,  invi- 
taret,  ac  fratribus  suis  catholicis  vituperium  christianorum  et  passagium 
sanctum  suo  modo  predicaret  »  (Co7iteinplatio,  î°  218  v»). 

1.  Oratio  tragedica,  i°  191. 

2.  Nova  religio  (Milicia),  f"  10. 

3.  Epistre  lamentable,  p.  508,  cf.  Contemplatio,  f<>218v".  Il  nomme, 
dans  le  Songe  du  vieil  Pelei-in,  un  de  ses  informateurs,  un  certain 
Bargadin,  né  à  Metz,  qui  passa  huit  ans  à  Cambalech  (I,  f°  52  v").  Sur 
les  récits  d'un  marchand  génois,  qui  passa  cinquante  ans  dans  l'Inde, 
V.  f»  50  V. 


—  87  — 

chrétienté  devait  partir  encore  une  fois  pour  délivrer  les  Lieux- 
Saints,  elle  devait  connaître  l'état  des  pays,  où  allait  se  livrer 
la  bataille. 

Pierre  de  Lusignan  suivait  avec  intérêt  les  recherches  de 
son  anrii.  Puis,  quand  l'Orient  lui  fut  suffisamment  familier 
pour  qu'il  pût  mesurer  les  chances  d'une  nouvelle  expédi- 
tion, il  se  décida  définitivement  à  l'entreprendre.  Ceux  qui 
connaissaient  en  Chypre  ses  projets,  approuvèrent  aussi'  le 
plan  de  Philippe  de  Mézières*. 

Les  difficultés  étaient  trop  grandes  cependant,  pour  que  le 
seul  royaume  de  Chypre  pût  remplir  la  grande  mission  de  la 
délivrance.  Pour  la  première  fois,  le  jeune  comte  de  Tripoli 
se  proposa  de  demander  le  secours  de  ses  frères  de  l'Occident, 
dont  les  pays  étaient  si  étendus  et  si  riches.  En  attendant 
son  avènement  au  trône,  qui  le  rendrait  libre  de  commencer 
l'expédition  proposée,  et  pendant  la  vie  de  son  père  trop  pru- 
dent, qui  «  se  courroussait  ^i  durement,  »  en  apprenant  les  in- 
tentions de  son  fils  et  héritier,  c'était  l'œuvre  que  devait  rem- 
plir son  conseiller.  Philippe  lui-même  lui  proposa  peut-être 
ce  voyage,  content  de  jouer  enfin  ce  rôle  de  nouveau  Pierre 
l'Ermite  auprès  des  princes  et  des  communes  de  l'Occident. 

Il  devait  s'adresser  d'abord  au  Pape,  le  chef  des  ligues 
défensives  formées  jusqu'alors,  puis  ensuite  à  un  jeune 
prince  français,  dont  le  tempérament  chevaleresque  et 
enthousiaste,   destiné  à  lui  causer  bien  des  malheurs,  était 


1.  Epistre,  l.  c.  «  Et  fu  trouvé  tel  conseil  notable  et  autentique  dès 
lors,  en  la  présence  du  vaillant  roy  Pierre...  que  la  confirmation  de 
l'emprinse  de  la  dicte  chevalerie  par  bonne  volonté  et  par  veu  fu  dés 
lors  détei'minée  »  (p.  508).  Cf.  Chevalerie  de  la  Passiox,  f°  1. 
«  Laquelle  chevalerie  pour  estre  produite  en  lumière  de  la  crestienté, 
un  roy  oriental  très  vaillant  et  très  catholique,  par  le  conseil  des  plus 
sages,  vaillans  et  preudommes  clers,  chevaliers,  bourgois  et  marchans 
crestiens  des  parties  d'Orient an  l'espace  de  temps  de  .XL.  ans  dé- 
votement ont  receue »  Cf.  ibid.,  f"  15  v<>  :  «  Lepoureet  jeuneardant 

désir,  retourne  de  la  sainte  cité  de  Jherusalem  a  son  maistre...  et 
faite  sa  relacion  pour  la  sainte  chevalerie  estre  mise  en  lumière  en 
son  temps  par  le  dit  prince,  par  veu  et  par  promesse  et  par  le  moyen 
de  son  gracieux  ordre  de  VEspée  devant  Dieu,  elle  fu  par  lui  dévotement 
accordée,  et  vaillament  déterminée,  comme  il  appert  plus  clerement 
en  l'espitre  de  la  première  invencion  et  inspiracion  de  la  dicte  cheva- 
lerie. »  Si  Philippe  fait  allusion  à  la  première  rédaction  de  son  ou- 
vrage (1367-8),  il  se  trompe  sur  le  nombre  des  détails  qu'il  y  donne 
sur  cet  événement. 


—  88  — 

fait  pour  plaire  au  comte  de  Tripoli  et  à  son  ardent  ami. 
Peut-être  même  Jean,  duc  de  Normandie,  avait-il  manifesté 
déjà  son  désir  de  passer  la  mer  pour  délivrer  les  Lieux-Saints 
et  était-ce  Philippe  de  Mézières,  qui  en  avait  apporté  le 
message  en  Orient.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  Jean,  devenu 
bientôt  roi  de  France,  fut  toujours  très  disposé  à  entre- 
prendre une  nouvelle  croisade  :  de  plus,  en  1362,  quand  il 
prit  enfin  la  croix  avec  Pierre  I"  et  quelques  autres  sei- 
gneurs, il  déclara  au  pape  qu'il  ne  faisait  que  remplir  un 
vœu  conçu  depuis  longtemps,  dans  sa  jeunesse'. 

On  ne  connaît  pas  l'époque  précise  du  départ  de  Philippe; 
on  pourrait  cependant  en  fixer  les  limites  approximatives.  Il 
dut  revenir  de  Jérusalem  vers  la  fin  de  l'année  1347^  ;  il 
n'était  plus  en  Chypre  vers  le  mois  de  septembre  de 
l'année  1349,  quand  Pierre  de  Lusignan  quitta  l'île  pour 
s'enfuir  en  Occident.  Il  n'aurait  pas  manqué  de  suivre  son 
maître  dans  cette  escapade  ou  plutôt  de  l'en  dissuader,  et 
les  chroniques  qui  donnent  le  récit  très  détaillé  de  la  fuite 
ne  le  mentionnent  pas.  C'est  donc  en  1348  ou  en  1349,  au 
commencement  de  l'année,  qu'il  dut  se  séparer  du  comte  de 
Tripoli,  et  peut-être  les  nouvelles  qu'il  lui  envoya  sur  la  dis- 
position des  esprits  en  Occident  ne  furent-elles  pas  étran- 
gères à  la  décision  violente  et  assez  inexpliquée  du  jeune 
prince'. 

La  mission  ne  fut  pas  heureuse. 


1.  Chevalerie  de  la  Passion,  f"  15  v°.  «  Encores  ledit  jeune  prince 
oriental,  lors  appelle  conte  de  Triple,  manda  ledit  ardant  désir,  pour 
anoncier  la  dicte  chevalerie  au  pape  Innocent  et  aux  autres  princes 
d'Occident,  et  par  especial  au  filz  ainsné  de  Philippe  de  Valois,  roy  de 
France,  Jehan,  lors  duc  de  Normendie.  » 

2.  11  déclare  avoir  visité  minutieusement  la  Terre-Sainte  (cf.  Con- 
templalio,  fo  218  v»),  et  les  croisés  de  Humbert  II  ne  furent  licenciés 
que  vers  le  commencement  du  printemps  de  l'année  1347. 

3.  Ce  premier  séjour  de  Philippe  de  .Mézières  en  Chypre  est  tout  à 
fait  certain.  Il  parle  des  habitudes  pieuses  de  Hugues  IV  «  de  veue  et 
douye  »  (5.  du  vieil  Pèlerin,  t.  Il,  f»  113  v").  Le  passage  a  été  reproduit 
par  M.  de  Mas-Latrie  dans  ses  notes  à  YHist.  de  Chypre  (11,207  note). 
Philippe  garda  toujours  un  bon  souvenir  de  ce  prince,  dont  il  admirait 
la  piété.  Après  avoir  raconté  la  manière  violente  dont  il  imposait  le 
silence  à  ses  chevaliers  pendant  l'office  divin,  il  ajoute  :  (/.  e.)  «Quel 
merveille?  car  il  se  faisoit  ray.sonnablement  doubter,  et  comme  vray 
catholique,  a  grant  révérence  et  silence;  il  faisoit  célébrer  l'office  divin 
devant  lui,  et  par  la  vertu  de  la  foyet  révérence  sustouchée,  en  milieu 
des  mecreans,  il  régna  grandement  et  puissament...  »  Cf.  P.  Paris 


1 


—  89  — 

Le  pape  Clément  MV,  bien  que  partisan,  comme  tous  ses 
prédécesseurs,  de  l'idée  de  la  croisade,  et  promoteur  des 
ligues  qui  amenèrent  les  deux  victoires  de  Smyrne,  était  trop 
affaibli  dans  ses  ressources  par  les  guerres  qui  ruinaient  la 
chrétienté  entière,  pour  pouvoir  mettre  sur  pied  une  nouvelle 
expédition.  Quant  au  duc  de  Normandie,  qui  ne  tarda  pas  à 
succéder  à  son  père  —  que  Philippe  devait  visiter  aussi  — 
les  guerres  avec  les  Anglais  le  contraignirent  bientôt  à  res- 
ter dans  ses  États.  Ces  guerres  devaient  d'ailleurs  faire  avorter 
pendant  tout  le  xiv"  siècle  les  tentatives  de  croisade. 

Pierre  voulait-il  essayer  lui-môme  là  où  son  envoyé  avait 
échoué?  Était-ce  uniquement  le  désir  de  voir  l'Occident,  qu'il 
se  représentait  si  brillant,  avec  ses  fêtes  chevaleresques  et 
ses  tournois?'^  Était-il  plus  mécontent  que  de  coutume  de  la 
conduite  de  son  père  envers  lui?  Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il 
se  décida  à  partir,  sans  qu'on  sache  le  but  de  son  voyage. 

Il  prit  le  conseil  de  quelques  chevaliers  et,  après  s'être  en- 
tendu avec  son  frère  Jean,  déjà  connétable  de  Chypre,  il 
partit  vers  la  côte,  avec  deux  de  ses  intimes,  Simon  de  Norès 
et  Pierre  de  Couches  ^  qu'on  retrouve  plus  tard  parmi  ceux 


(mémoire  cité,  p.  375)  :  «  rien  dans  la  vie  du  chancelier  de  Pierre  I" 
n'indiquant  qu'il  ait  pris  la  moindre  part  aux  affaires  sous  le  règne  de 
Hugues  IV...  »  C'est  très  probable;  mais  il  y  résida,  et  même  à  deux 
reprises. 

1.  Ce  ne  peut  pas  être  Innocent  VI,  élu  en  1352,  ainsi  que  le  croit 
Mézières,  puisqu'à  cette  époque  il  y  avait  déjà  deux  ans  que  Jean  n'était 
plus  duc  de  Normandie.  Chevalerie  de  la  Passion,  f"  15  v".  La  fuite 
de  Pierre  en  1349,  la  manière  dont  Philippe  raconte,  dans  la  Vita, 
l'arrivée  de  Pierre  Thomas  en  Chypre  (sans  mentionner  leurs  relations 
à  cette  éj)oque)  nous  font  admettre  que  le  départ  de  I^hilippe  ne 
dut  pas  arriver  en  1352.  Il  y  a  évidemment  une  confusion  dans  le 
rapprochement  des  deux  noms  d'Innocent  \'l  et  de  Jean,  duc  de  Nor- 
mandie, et,  bien  que  Philippe  eût  pu  plus  facilement  se  tromper 
sur  la  qualité  du  prince,  qu'il  visita,  que  sur  le  nom  du  pape  auprès 
duquel  il  fut  envoyé,  la  seconde  hypothèse  serait  plus  probable.  Il  ne 
mentionne  jamais  en  effet  (|ue  quatre  papes  l'ayant  connu  et  ayant 
approuvé  ses  projets:  Clément  VI,  Innocent  VÎ,  Urbain  V  et  Gré- 
goire XI.  Cf.  Chevalerie  de  la  Passion,  f"*  1  et  5.  La  Chevalerie  fut 
écrite  en  1396  et  il  n'eut  pas  de  relations  avec  Avignon,  après  son 
voyage  de  1375  (le  schisme  et  par  conséquent  l'élection  de  Clément  VII. 
auquel  il  se  rallia,  date  de  1378),  mais  «  le  pape  Uenedic  »  demanda 
son  livre  sur  la  chevalei'ie  «  de  son  propre  mouvement  »  (ihid.,  1 14  v). 

2.  C'est  l'opinion  de  M.  de  Mas-Latrie  (Machaut,  p.  xi.\).  Cf.  «  lus- 
trandi  orbis  cupiditate  »,  dans  la  lettre  de  Clément  VI  au  roi  (Rinaldi, 
1349,  §31:  cf.  Mas-Latrie,  //.  de  Ch.,  IL  p.  206). 

3.  Sur  la  famille,  v.  Mas-Latrie,  L'ile  de  Chypre,  p.  351. 


—  90  — 

qui  l'accompagnèrent  dans  ses  expéditions.  Un  troisième 
chevalier,  Jean  Lombard,  qu'il  aimait  spécialement,  mécon- 
tent du  salaire  que  lui  donnait  le  roi',  lui  demanda  la  permis- 
sion de  quitter  l'île  :  il  devait  se  réunir  aux  deux  princes  et 
s'enfuir  avec  eux.  Un  page  du  comte  de  Tripoli  informa  le 
roi  de  ce  qu'on  avait  décidé^:  Jean  Lombard,  arrivé  à  Fa- 
magouste,  avait  trouvé  ses  maîtres  déjà  partis  sur  deux 
petites  galères  du  port  de  Stelaria  ou  de  Stelargia;  Thomas 
de  Montolif,  lieutenant  du  bailli  de  Famagouste,  arrêta  leur 
confident  et  le  mit  à  la  torture  pour  lui  faire  confesser  sa 
participation  au  complot.  On  l'envoya  ensuite  à  Nicosie,  où 
il  fut  enfermé  dans  le  palais  même  du  connétable.  Deux  vais- 
seaux furent  armés  pour  chercher  les  fugitifs:  le  premier'^ 
explora  la  mer  jusqu'à  Chio,  sans  les  trouver;  puis  tous  deux, 
sous  le  commandement  de  messire  Denis ^  et  de  Louis"  de 
Norès  partirent  pour  l'Occident,  portant  des  lettres  pour  le 
Pape  et  pour  les  autres  princes,  leur  demandant  de  retenir 
les  fugitifs.  Le  23  avril,  pour  se  venger  de  sa  complicité, 
Hugues  IV  fit  couper  la  main  et  le  pied  de  Jean  Lombard  qui 
ensuite  fut  pendu^ 


1  800  perpères  par  an.  Le  roi  refusa  d'auc:menter  son  revenu. 
Machoras,  Chronique  de  Chypre,  éd.  Sathas  et  Miller,  Paris.  1886,  dans 
la  Bibliothèque  de  l'école  des  langues  orientales,  I  (texte),  p.  44.  Loré- 
dan  le  nomme  «  chevalier  aux  gag-es  du  prince  et  son  premier  favori  » 
{l.  c,  p.  357);  il  était  chevalier  stipendié  du  roi. 

2.  Lorédan,  ihid.  Le  roi  serait  accouru  aussitôt  à  la  marine,  ce  qui 
aurait  causé  le  départ  précipité  des  princes,  qui  ne  purent  pas  attendre 
l'arrivée  de  Lombard.  Lorédan  avait  écrit  beaucoup  de  romans. 
Nous  ne  connaissons  pas  le  port  de  Stelaria  (SrT)Xap;a.  STriXâpyia,  Mâ- 
cheras, p.  44,  et  n.  6.  Stelaria,  ap.  Strambaldi.) 

3.  Mâcheras,  p.  45  :  Ka';  è'-S'^sv  xo  sva  (■/.^t'tspyov)  àroù  to'tiov  e!;  to'tïov... 
•/al  £-fiyav  to;  Tr,'/  Xi'Jv...  y.a'i  xô  aXXov  y.âxEpyov  èyor/exov  si;  xôv  X'.jAiovav  ttj; 
'A[jLao'/oj(Txoj.  D'après  Amadi,  les  deux  vaisseaux  partirent  d'abord  pour 
Chio  (p.  407).  Cf.  Lorédan,  /.  c,  p.  364. 

4.  !\iachéras  (p.  45)  le  nomme  Tsv^;  (n.  6)  et  Nsv^;,  ce  qui  est  évi- 
demment une  erreur.  Strambaldi  écrit  :  Tenes.  Dans  sa  traduction.  M. 
Miller  croit  que  ce  nom  correspond  à  Antoine  (II,  p.  49).  Amadi  le 
nomme  «  messer  denis.sa  »  («  nisso»  en  marge  du  Ms.  de  Paris,  f"  12, 
édition,  p.  407;  Denisia,  408,  Deni.ssa);  Bustron  :  «  di  Nissa  (Ms.  de 
Paris,  f"  4  v»,  édition  René  de  Mas-Latrie,  p.  257  :  de  Nizza).  Lorédan 
en  fait  .lean  de  Nice  !  /.  c  p.  364. 

5.  Alvise.  Un  autre  Alvise  de  Norès  (et  non  Thénouri)  vivait  vers 
l'époque  d'Etienne  de  Lusignan  (p.  13  «  Àloyse  Denores  »).  Notre  per- 
sonnage mourut  le  12  octobre  1369  (Mas-Latrie,  Vile  de  Chypre,  p.  362; 
cf.  p.  363). 

6.  Mâcheras,  p.  45. 


—  91  — 

On  les  retrouva  enfin,  vers  le  mois  de  septembre  1349,  en- 
tre les  deux  Siciles  et,  malgré  leur  résistance',  les  deux  prin- 
ces furent  ramenés  en  Chypre.  Hugues  IV  récompensa  ma- 
gnifiquement les  patrons  des  galères  :  Antoine  eut  une  rente 
annuelle  de  1,000  besants  pour  lui,  de  1,000  lijperpères  pour 
ses  héritiers  ;  Louis  de  Norès  fut  autorisé  à  lever  2,000  be- 
sants par  an,  lui  et  ses  héritiers,  sur  les  meilleurs  revenus 
du  roi.  Toute  l'affaire  coûta  à  Hugues  IV  quelques  dizaines 
de  mille  de  besants  ^ 

Les  coupables  furent  amenés  à  Cérines,  où  Hugues  les  atten- 
dait :  on  les  enferma  dans  le  château  où  se  trouvait  le  roi 
lui-môme.  On  s'imagine  bien  que  cela  ne  dura  pas  longtemps  ; 
après  une  prison  de  trois  jours,  Pierre  et  son  frère  revinrent 
avec  lui  à  Nicosie  et  furent  rétablis  dans  leurs  dignités^ 


1.  Lorédan  bâtit  un  roman  entier  sur  leur  prise  ;  c'est  lui  qui  en 
fixe  la  place  (/.  c,  pp.  364-6). 

2.  Ci.  Lorédan,  l.  c.  ;  Bustron,  p.  257  ;  Amadi,  p.  408. 

3.  Un  nouveau  roman  dans  Lorédan.  Lo  roi  aurait  voulu  tuer  le 
prince  qui  aspirait  peut-être  à  la  couronne  et  qui  insulta  son  père  pour 
se  venger  de  la  mort  de  Lombard.  11  aurait  été  converti  par  la  mort 
arrivée  par  accident  de  Thomas  et  d'Isabelle,  ses  enfants,  et  par  les 
conseils  de  son  confesseur.  Pierre  serait  resté  en  prison  jusqu'en  1352 
(cf.  pp.  370  et  siiiv.)  Il  attribue  la  fuite  à  une  intrigue  d"auiour(pp.  357 
et  suiv.),  ce  qui  est  admis  par  le  seul  archevêque  Cyprien  dans  .son 
histoire  de  Chypre  (Venise,  1788,  en  grec,  p.  156).  V.  pour  le  vrai 
motif,  Mâcheras,  pp.  43-4. 


CHAPITRE  VI. 

MÉZIÈRES    EN   OCCIDENT.    —    DERNIERES    ANNEES   DU    REGNE    DE 
HUGUES  IV.   —  AVÈNEMENT  DE  PIERRE  l". 

Sa  mission  achevée,  Mézières  ne  revint  pas  en  Chypre  et, 
pendant  quelques  années,  on  le  perd  de  vue.  Peut-être  la  fuite 
du  comte  de  Tripoli  indisposa-t-elle  contre  lui  le  vieux  roi, 
qui  le  soupçonnait  d'avoir  trempé  dans  cette  affaire  et  qui 
lui  aurait  interdit  le  retour. 

Il  ne  continua  même  pas  les  voyages  destinés  à  faire  con- 
naître ses  projets  en  Occident.  Après  ces  premières  années 
d'activité  heureuse  au  service  de  .''idée  de  la  croisade,  il  se 
résigna  à  recommencer  sa  vie  de  guerres  et  d'aventures.  S'il 
ne  fut  pas  chanoine  à  Amiens,  ainsi  que  le  croyait  Becquet', 
si  l'on  ne  trouve  plus  de  traces  de  son  séjour  dans  cette 
ville ,  il  se  pourrait  bien  qu'il  eût  servi  en  Espagne 
Alphonse  XI,  roi  de  Castille^ 

On  pourrait  croire  aussi  que  Jean  II,  devenu  roi  de  France, 
le  prit  à  son  service  et  qu'il  l'attacha  à  sa  personne,  car 
Philippe  de  Mézières  connaît  bien  ce  roi  ;  il  donne  sur 
lui  dans  ses  ouvrages  des  détails  très  minutieux  que  tout 
le  monde  ne  pouvait  pas  connaître.  Il  cite  à  Charles  VI 
la  manière  dont  son  grand-père  traitait  les  rapporteurs, 
manière  blâmable,  qui  amena  «  pluseurs  maulz...   en  la  nave 


1.  «  Rediens  ad  propria  (après  ses  guerres  en  Lombardie  et  à  Naples) 
obtinuit  canonicatum  in  ecclesia  Ambianensi,  quo  per  sexennium  rite 
defunctus,  anno  1357  (erreur  pour  1347?)  peregrinationem  in  Palaes- 
tinam  aggressus  est.  Inde  ad  Cyprum  insulam  ad  Hugonem...»  (p.  102). 
Faut-il  y  voir  l'indication  d'un  nouveau  voyage  en  Terre-Sainte?  Je  ne 
le  crois  pas,  bien  qu'il  y  soit  allé  plusieurs  fois,  d'après  son  propre 
témoignage.  5.  d.  v.  p.,  I,  f"  7  :  «  J'aye  esté  pluseurs  fois  oultremer  » 
(dans  les  guerres  de  Pierre  !'=■■  évidemment).  Il  semble  être  revenu  en 
Chypre  après  la  mort  de  Hugues,  qui  serait  mort  au  contraire  paulo 
post,  d'après  Becquet,  ibid.  Cf.,  p.  29  du  présent  ouvrage,  note  1. 

2.  V.  pages  68-69  du  présent  ouvrage. 


^  93  — 

françoise,  qui  ne  sont  pas  à  reciter,  pour  la  révérence  des 
personnes  »'.  Plus  loin,  en  critiquant  les  réceptions  qu'on 
faisait  en  France  aux  grands  princes  étrangers,  réceptions 
trop  enthousiastes  au  commencement  pour  que  cette  «  vaine 
gloire  »  pût  durer  longtemps,  il  cite*  l'exemple  des  visites 
que  firent  au  roi  Jean  le  duc  de  Lancastre  et  Charles  IV,  roi 
de  Bohème.  Peut-être  est-ce  à  lui-même  qu'il  pense,  quand, 
dans  ce  même  ouvrage,  il  parle  de  la  coutume  qu'avaient 
les  rois  de  France  d'accorder  des  présents  aux  vaillants 
chevaliers  revenant  d'outre-mer  :  «  le  roy  li  faisoit  donner 
.c.  livres  tournois,  et  à  un  bon  escuier  cinquante.  '  »  Mais 
cette  hypothèse  se  heurte  à  un  fait  certain,  c'est  qu'il  n'était 
plus  au  service  du  roi  de  France  en  1349,  quand  on  le  retrouve 
à  Avignon.  Jacques  II,  le  roi  détrôné  de  Majorque^,  préparait 
une  dernière  expédition  contre  Pierre  d'Aragon,  qui  lui  avait 
pris  ses  États.  Il  avait  vendu  au  roi  de  France,  pour  avoir 
l'argent  nécessaire  (avril  1349),  la  seigneurie  de  Montpellier 
et  le  château  de  Lattes  ;  le  contrat  fut  signé  à  Vilieneuve-lès- 
Avignon,  le  18  avril  1349.  Jacques  devait  recevoir  en  échange 
pour  ces  États  120,000  écus  d'or  à  payer  en  trois  termes 
jusqu'à  la  Saint-Jean  de  l'année  prochaine  \  Il  garda  cepen- 
dant, —  bien  qu'on  l'appelât  à  la  cour  de  son  ennemi  Jacques 
de  Clarence  tout  court,  d'après  le  nom  de  sa  mère,  —  le 
titre  de  baron  de  Montpellier.  Aussitôt  après  avoir  reçu  le 
premier  terme  (20  juillet),  il  commença  ses  préparatifs  pour 
attaquer  en  même  temps  Majorque  et  Roussillon. 

1.  Sonçie  du  vieil  pèlerin,  t.  II,  f"  105  v°. 

2.  Ibid.,  f"  155. 

3.  Ibid.,  f"*  108-108  V". 

4.  Songe  du  v.  pel.,  t.  II,  f"  40  :  «  Ou  temps  du  viel  pèlerin,  lui  estant 
a  Avignon.  *  Pierre  d'Aragon  prit  le  titre  de  roi  de  Majorque  en  1343. 
Le  21  juillet,  le  Koussillon  fut  attaqué  et  soumis.  Jacques  essaya  vaine- 
ment de  résister.  L'intervention  du  roi  de  France  amena  seulement  la 
restitution  de  la  famille  royale  (Ilermilly,  Histoire  de  Majorque, 
309-10).  Une  flotte  qui  se  présenta  devant  Majorque,  sous  Charles  Gri- 
maldi  (juin),  ne  réussit  pas  :  le  Roussillon  fut  recouvré  et  perdu  de 
nouveau.  Le  pape,  auprès  duquel  Jacques  s'était  réfugié,  lui  donna 
les  moyens  de  vivre.  Les  dernières  espérances  s'évanouirent  en  1348, 
quand  Pierre,  ayant  reconnu  Ferdinand,  son  frère,  comme  héritier, 
huit  la  guerre  civile  en  Aragon  (p.  323).  Cf.  Lecoy  de  la  Marche,  Les 
relations  politiques  de  la  France  avec  le  royaume  de  Majorque  {iles 
Baléares,  Houssillon,  Montpellier,  etc.),  t.  II  (1892),  pp.  159-60. 

5.  Hermilly,  /.  c,  pp.  313-4.  Le  roi  d'Aragon  protesta  contre  cette 
vente  (Baluze,  Vit.  pap.  Aven.,  t.  II,  c.  636). 


-  94    - 

C'était,  dit  Oresme,  un  prince  «  très  enclin  à  l'astrologie  »'. 
Il  consulta  sur  son  expédition  les  plus  grands  maîtres  en  cet 
art^;  il  y  eut,  d'après  Mézières,  «  grant  conseil  et  longue 
determinacion  ))^  pour  choisir  l'heure  du  départ,  heure  mer- 
veilleuse qui  devait  lui  assurer  la  victoire.  Les  conseillers  lui 
donnèrent  de  grandes  espérances,  et  ce  pauvre  roi  sans  États, 
qui  vivait  des  libéralités  du  pape,  «  se  tenoit  à  seur  de  recou- 
vrer son  royaume  »  *. 

Tout  en  consultant  les  mouvements  des  astres,  Jacques 
prenait  cependant  des  mesures  plus  pratiques  pour  rendre 
plus  certain  le  succès  de  son  expédition.  La  reine  Jeanne  de 
Naples,  qui  devait  épouser  plus  tard  son  fils,  Jacques  III,  lui 
permit  de  faire  des  armements  sur  la  côte  de  Provence  et  d'y 
embarquer  des  troupes.  Le  roi  d'Aragon  craignit  pour  ses 
nouvelles  conquêtes''  :  on  lui  annonça  que  l'armée  de  son 
ennemi  s'élevait  à  1,500  chevaliers  et  11,000  fantassins. 
Jacques  n'avait  que  1,400  chevaliers  et  3,000  gens  d'armes 
à  pied.  II  offrit  aux  aventuriers  qui  voudraient  le  suivre,  de 
leur  partager  son  pays  ;  Charles  Grimaldi,  noble  génois,  qui 
accepta  ses  propositions,  devint  baron  de  Manacor,  de  Soller 
et  d'Alcudia;  un  autre  Grimaldi  fut  nommé  comte  de  Ba- 
gnols".  Philippe  fut  tenté,  lui  aussi,  par  ses  propositions  ;  la 
sympathie  que  devait  lui  inspirer  le  roi,  si  indignement  traité 
par  son  voisin,  son  penchant  pour  les  aventures,  le  firent  hési- 
ter un  moment  sur  la  conduite  qu'il  devait  tenir,  a  Et  paou 
failli,  dit-il  dans  lo  Songe,  que  le  viel  pèlerin  n'ala  avec 
lui  ))^  Il  ne  partit  pas  avec  le  roi  de  Majorque,  malgré  les 
brillantes  prédictions  des  astrologues.  II  n'aurait  pas  fait 
sa  fortune,  en  combattant  pour  la  cause  de  ce  prince  mal- 


1.  «  Multum  erat  astrologie  inclinatns  ».  Oresme,  ms.  lat.  Bibl. 
nat.,  n"  10709,  f"53  r".  Cité  par  Charles  Jourdain:  A'icolns  Oresme  cl  les 
aslroloques  de  la  cour  de  Charles  V,  dans  la  Rev.  des  Questions  histor. 
t.  XVIl'l  (1875),  p.  153,  note. 

2.  Ibid.  :  «  qui  cura  semel  horam  recedendi  de  Avinione  per  hanc 
.scientiameleiii>sent...  »  (et  non  .1  mmone  =:  Elne,  Jourdain,  /.  c.  p.  15'i). 

y    Songe  du  vieil  pèlerin,  t.  II,  f'  40. 

4.  Ibid. 

5.  Hermilly,  o.  c,  p.  327. 

6.  Ibid.,  p.  328. 

7.  Sonf/e  du  vieil  pèlerin,  t.  II,  f°  40. 


-  95  — 

heureux.  Jacques,  parti  de  Fos  en  Provence,  le  3  octo- 
bre', réussit,  il  est  vrai,  à  débarquer  secrètement  dans  son  île^, 
mais  son  armée  était  trop  faible  pour  lui  assurer  la  victoire. 
Le  gouverneur,  don  Giiabert  do  Centelhas,  sortit  do  Palma 
trois  jours  plus  tard,  avec  20,000  fantassins  et  800  chevaux. 
La  bataille  fut  livrée  dans  la  plaine  de  Lluchmajor,  le  diman- 
che 25  octobre,  à  l'aube.  Jacques  chargea  avec  sa  cavalerie 
française.  11  fut  bientôt  entouré  par  les  Aragonais,  qui  lui 
demandèrent  de  se  rendre  ;  il  refusa,  tomba  de  cheval  en 
combattant,  et  un  soldat  lui  coupa  la  tête.  Son  fils  Jacques, 
sa  tille  Isabelle,  plus  tard  comtesse  de  Montferrat,  et  sa 
seconde  femme  tombèrent  au  pouvoir  de  l'ennemi  ^ 

Pour  la  suite,  on  n'a  pas  de  données  certaines  sur  la  per- 
sonne de  Philippe,  jusqu'en  1354.  11  était  à  Pontorson  le 
22  avril  de  cette  même  année,  servant  dans  les  guerres  de 
Normandie,  sous  Arnoul  d'Audrehem,  maréchal  de  France 
(depuis  1351)  et  lieutenant  du  roi  «  es  dictes  parties  ».  Il 
s'était  lié  pendant  cette  campagne  à  Mermet  d'Arue,  écujer, 
qui  employa  le  sceau  de  son  ami,  en  l'absence  du  sien,  pour 
sceller  une  lettre  de  reconnaissance  *.  11  s'y  trouvait  encore 
le  21  septembre,  dans  une  «  compaignie  »  formée  de  trois 
chevaliers,  cinquante-deux  écuyers  et  vingt-six  arbalétriers 
génois  ;  c'est  lui  qui  reçoit  pour  ses  compagnons  660  livres 
5  sols  et  qui  en  donne  quittance  à  Jean  Chauvel,  trésorier  du 
roi.  La  somme  était  en  partie  leur  solde,  en  partie  un  prêt 
sur  leur  salaire  à  venir".  Il  dut  prendre  une  part  assez  insi-» 


1.  Thalamus  Parviis  ou  le  Pclil  Thalamus  de  Montpellier,  publié  par 
la  Société  archéologique  de  Montpellier,  Montpellier,  1836,  4",  p.  349 
(«  Fors  »). 

2.  Le  11  du  même  mois  (ibid.). 

3.  llcrmilly,  o.  c,  p.  330;  Lecoy  de  la  Marche,  o.  c.  II,  162-63.  Il 
avait  régné  vingt-cinq  ans.  Son  tils  mourut,  peut-être  empoisonné, 
en  févr.  1375.  Hinaldi,  XXV,  pp.  499-500.  Pctil  Thalamus  de  Mont- 
pellier, l.  c.  ;  Oresme,  /.  c.  ;  Méz'ères,  /.  c.  11  était  le  frère  do  ce  Fernand 
ou  Ferrand  de  Majoniue,  vicomte  d'Aumelas,  qui  épousa,  en  1338, 
Echive,  tille  de  Hugues  IV,  et  qui  eut  de  si  grands  et  de  si  comiques 
chagrins  à  souffrir,  h  cause  de  son  beau-pere  (.Mas-Latrie,  Uist.  de 
Ch.,  Il,  p.  179).  11  finit  par  s'enfuir,  et  Ecliive,  restée  seule,  mourut 
en  Chypre  en  1341  (ilj.,  203,  note  2).  Cf.  Muntaner,  tr.  Buclion, 
535-6. 

4.  Bibl.  nationale,  cabinet  des  titres,  pièces  originales,  1940,  n"  4. 

5.  Hibl.  nationale,  cabinet  des  titres,  pièces  orig.,  1957,  n"  2. 


-  9G  — 

gnifiante  aux  joutes  qui,  patronnées  par  lo  sire  d'Audrehcra 
et  organisées  par  Bertrand  du  Guesclin  et  Baudouin  de  Lens, 
sire  d'Annequin',  occupèrent  le  temps  des  chevaliers  des 
deux  armées  pendant  cette  longue  trêve  de  Guines,  qui,  plu- 
sieurs fois  renouvelée,  dura  du  mois  de  mars  1353  jusqu'au 
!*■■  avril  de  l'année  suivante*.  Il  fut  commis  cependant  à 
garder  le  champ,  à  Pontorson,  dans  un  combat  singulier 
entre  deux  chevaliers,  dont  l'un  est  assez  connu,  le  seigneur 
de  Woincourt,  un  des  nombreux  Quiéret  de  Picardie  ^  et  un 
homme  d'armes  allemand  au  service  d'Angleterre,  Éric 
[Cric/i)  àeRiedehourg  [Rideboiirc)'';  ce  dernier,  qui  avait  rai- 
son, dit-il  dans  le  Songe  du  vieil  pèlerin,  était  vainqueur, 
et  son  adversaire  venait  de  confesser  sa  faute,  quand,  «  par 
orgueil  et  outrecuidance  »,  Éric  «  proposa  une  petite  acces- 
soire »,  que  Quiéret  nia.  Le  combat  continua,  au  détriment 
du  vainqueur,  qui  fut  tué,  à  cause  de  l'injustice  de  ses  pré- 
tentions. «  La  bataille  fu  grant  et  longue,  et  toutefois  par  la 
sentence  divine  ledit  Crich,  appelant,  de  sa  propre  espée,  par 
ledit  Quiéret  fu  occis  »  "  (1354). 

Pendant  ce  temps,  comme  on  l'a  vu,  le  pape  faisait  de 
vains  efforts  pour  venir  au  moins  au  secours  de  Smyrne,  me- 


1.  Chronique  normande  du  xiv^  siècle,  publ.  par  A.  et  E.  Molinier  (Soc. 
de  l'hist.  de  France),  p.  108. 

2.  Ryraer,  Fœdera.  3«  éd.  (de  Holmes),  IIP,  pp.  83-4,  85-6,  87,  91, 
94,  95-6:  cf.  S.  Luce,  Du  Guesclin,  p.  121  et  notes.  Le  gouverneur  de 
Pontorson  était  à  cette  époque  Pierre  de  Villiers,  le  conseiller  et  l'ami 
du  duc  d'Orléans  (/6îrf.,  pp.  120-1). 

3.  Quiéret  de  Woincourt  était  chevalier  dès  l'année  1349  (Luce,  ibid., 
p.  122,  n.  4).  Sur  la  famille,  voy.  Luce,  o.  c,  pp.  121  et  suiv.  et  les 
notes  correspondantes. 

4.  Chronique  normande,  l.  c.  :  «  Et  tantost  après  combati  Eriq  de 
Ridebourc,  qui  estoit  Alemant  et  e.stoit  du  costé  devers  les  Englois, 
à  Quiéret  de  Voincourt,  qui  estoit  François,  et  fut  la  bataille  en  champ 
clos  à  Pontorson  devant  le  maréchal  d'cMenehen  (dont  Pliilippe  fait  un 
court  éloge  dans  le  Sonf/e  du  vieil  pèlerin).  Et  combati  Eriq  de  Ride- 
bourc moult  vaillamment  et  pourchaçoit  fort  son  ennemi,  car  il  estoit 
appclleur,  mais  en  la  fin  il  fust  desconfit  et  mort  en  champ  »  (p.  108). 
Les  renseignements  du  chroniqueur,  qui  concordent  si  bien  avec  ceux 
de  Mézieres,  sont  d'une  parfaite  exactitude.  11  y  assistait  probablement 
lui-même  (CVu*.  norm..  p.  xv).  Éric  de  Riedbourg  était  peut-être  ori- 
ginaire du  bourg  de  Ried,  en  llaute-.\utriche.  Le  combat  eut  lieu, 
d'après  la  chronique,  après  celui  de  Dinan,  dont  les  proportions  furent 
plus  grandes  («  tantost  après  »),  et  ces  joutes  elles-mêmes  suivirent 
l'affaire  de  Moritmuran  (10  avril  1354). 

5.  Songe  du  vieil  pèlerin,  t.  Il,  f"*  125  vo-126  :  «  come  il  avint  du 
champ  à  Pontorson  que  le  vieil  pèlerin,  ad  ce  commis,  garda.  » 


-  97  - 

nacée  par  les  Infidèles.  Venise,  en  guerre  avec  Gènes,  refusait 
de  remplir  les  conditions  du  traité  de  1350  '.  Les  trois  ambas- 
sadeurs de  la  république,  Nicolas  Pisani,  Pancrazio  Giorgi 
et  Giovanni  Sténo,  s'excusaient  à  Avignon  sur  l'impossibilité 
où  elle  se  trouvait  de  secourir  la  ville,  à  cause  de  la  guerre 
avec  Gènes  d'abord,  puis  par  suite  des  dépenses  qu'entraînait 
sa  querelle  avec  l'évêque  de  Castello,  auquel  Venise  devait 
payer  28,000  ducats  pour  les  «  dîmes  des  morts  ».  Le  car- 
dinal de  Bologne  ne  parvint  que  difficilement  à  mettre  les 
deux  parties  d'accord".  Le  pape  ne  se  découragea  pas  cepen- 
dant :  il  avait  écrit  déjà  au  doge,  le  11  septembre  1350,  lui 
demandant  de  contribuer  à  la  défense  de  Smyrne^  Il  lui 
écrivit  encore,  le  13  janvier  de  l'année  suivante  ;  il  s'étonne 
de  le  voir  refuser  les  trois  galères  destinées  à  secourir  la 
ville,  à  cause  des  hostilités  avec  Gênes.  Il  ne  peut  pas  violer 
les  traités  de  la  sorte  :  Chypre  et  Rhodes  pourraient  se  décou- 
rager aussi,  et  la  position  du  légat  apostolique  deviendrait 
difficile.  Ses  trois  galères  n'ont  rien  à  craindre,  elles  seront 
sous  la  protection  du  Saint-Siège,  qui  écrira  à  Gènes.  Il 
envoie  sa  part,  trois  mille  florins  d'or,  à  un  marchand 
de  Lucques,  qui  devait  la  remettre  au  doge^.  Il  le  remercie 
cependant  pour  l'envoi  de  sa  propre  cotisation  en  argent  ^ 
Clément  VI  proposa  sa  médiation  pour  mettre  fin  à  cette 
malheureuse  guerre  entre  les  deux  grandes  puissances  mari- 
times; il  ne  réussit  pas.  Il  s'en  excuse  le  6  juillet  1351, 
tout  en  envoyant  comme  légat,  pour  ce  même  but,  l'évêque 
de  Capodistria^  Ce  fut  en  vain  :  si  le  château  de  Smyrne 
résista  aux  attaques  des  émirs,  —  il  ne  tomba  que  beau- 


1.  Voyez  page  62.  Ce  qui  est  curieux,  c'est  que,  en  1349,  le  doge  de 
Gènes,  Giovanni  da  Murta,  proposa  à  Dandolo  la  réunion  de  leurs  forces 
contre  les  Turcs  (Romanin,  l.  c,  t.  111,  p.  158). 

2.  Romanin.  ihid.,  p.  161;  pp.  163-4.  Cependant,  pendant  tout  le 
quatorzième  siècle,  la  politique  de  Venise  fut  assez  favorable  à  la  croi- 
sade, mais  à  une  croisade  très  sérieuse.  V.  plus  loin. 

3.  Covim.  IV,  f"  180.  Cf.  Mas-Latrie.  Archives  des  Missions  scienti- 
fiques, t.  I  (1850),  p.  104. 

4.  Comm.  IV,  n"  366,  t.  II,  p.  187;  ibid.,  n°367,  sur  les  combats  entre 
Génois  et  Vénitiens  en  Orient,  v.  V.  Lazzarini,  La  battaglia  di  Porto- 
longo.  Venise,  1894,  extrait  de  VArchivio  venelo,  VIII  '. 

5.  Ibid. 

6.  Comm.  IV,  n"  384;  t.  II,  p.  192.  V.  les  propositions  faites  par  le 
patriarche  de  Grado,  la  même  année  (ibid.,  IV,  n"  403;  t.  II,  p.  196). 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  7 


—  98  - 

coup  plus  tard,  au  commencement  du  xv"  siècle,  devant  les 
armées  de  Tamerlan,  —  il  n'y  eut  pas  de  grand  effort  en 
Occident  pour  rendre  sa  position  plus  assurée.  Le  successeur 
de  Clément,  Innocent  VI,  réitéra  les  demandes  déjà  faites  aux 
membres  de  la  ligue  ;  on  pensa  à  se  rendre  favorable  l'em- 
pereur byzantin  Jean  Cantacuzène,  qui  donnait  des  espé- 
rances de  conversion  ;  il  fut  recommandé  chaleureusement 
par  le  pape  à  Hugues  IV'  au  commencement  de  l'année  1353 
(avril).  Puis,  Smyrne  étant  en  danger,  il  écrivit  au  doge 
pour  lui  demander  le  paiement  anticipé  de  sa  part.  Il  a  en- 
voyé déjà  lui-môme  la  sienne  au  Grand-Maître,  chargé 
spécialement  de  la  défense.  Un  bon  commandant  serait  néces- 
saire pour  empêcher  la  chute  de  cette  avant-garde  des  chré- 
tiens, si  utile.  Il  écrira  aux  autres  membres  de  la  ligue, 
l'Église  étant  trop  appauvrie  pour  pouvoir  soutenir  seule  les 
dépenses  ^  Enfin,  la  situation  s'aggravant,  une  nouvelle  lettre 
adressée  par  le  pape  à  Dandolo,  annonce  le  départ  de  deux 
vaisseaux  nolisés  par  l'Église,  Chypre  et  les  Vénitiens,  pour 
porter  des  provisions  à  Smyrne  :  il  lui  demande  sa  cotisation 
et  un  sauf-conduit  pour  ces  navires^. 

Bientôt  Smyrne,  que  continuaient  à  assiéger  les  Turcs,  eut 
besoin  de  nouveaux  secours,  et  le  pape  continua,  sans  beaucoup 
de  succès,  ses  efforts.  IlreprocheauxHospitaliersleur  inaction: 
les  chevaliers  Teutoniques  leur  sont  de  beaucoup  supérieurs. 
S'ils  continuent  à  vivre  de  la  sorte,  leurs  biens  leur  seront  ôtés 
et  un  nouvel  ordre  sera  formé.  Il  leur  conseille  de  transférer 
leur  résidence  en  Asie  pour  pouvoir  être  à  même  de  reconqué- 
rir les  Lieux-Saints  et  de  favoriser  une  révolte  de  ces  chré- 
tiens de  l'Orient  qui  se  plaignent  de  leur  inaction.  Un  chapitre 


1.  Il  lui  demanda  de  l'aider  à  revenir  dans  le  sein  de  l'Eglise  catho- 
lique :  «  auxiliis  et  favoribus  opportunis  »  (liinaldi.  XXV,  p.  587;  cf. 
pp.  500-1). 

2.  Comm.  IV,  n"  21,  d'après  M.  de  Mas-Latrie,  V,  f"  21,  cf.  Arch.  des 
missions  scient.,  t.  I  (1850),  p.  104;  t.  II,  p.  217.  Cf.  Mas-Latrie,  Hist. 
Chypre,  t.  II,  p.  221,  note  1.  Je  ne  crois  pas  qu'un  autre  traité  ait  été 
conclu  en  1353;  la  cotisation  de  3,000  fl.,  d'après  le  traité  d'Avignon, 
est  mentionnée  déjà  en  1350  (v.  page  62).  Cf.  Wadding,  Ann.  minorum, 
t.  VIII.  pp.  88-9. 

3.  Comm.  IV.  n»  23;  t.  II,  p.  218;  cf.  Mas-Latrie,  Ilist.  Chypr.,  l.  cit.; 
Arch.  des  missions  scient.,  î.  c.  Des  dîmes  triennales  d'abord,  puis 
biennales,  furent  recueillies  en  Chypre  par  l'évêque  de  Paphos  (Rinaldi, 
XXV,  p.  500-1).  Cf.  p.  13'i,  note  6. 


-  99  — 

tenu  à  Montpellier  ou  à  Nîmes  devait  décider  la  ques- 
tion (1355)'.  Il  écrivit  ensuite  au  Grand  Maître,  Pierre  de 
Corneilhan,  pour  lui  demander  sa  part  en  argent:  il  devait 
envoyer,  outre  le  capitaine  et  le  gouverneur,  des  gens  connus 
par  leur  probité  pour  surveiller  le  paiement  de  la  solde. 

L'évèque  de  Paphos  avait  été  chargé  de  recueillir  et  d'en- 
voyer l'argent  du  préside  :  c'est  lui  qui  lui  donnera  les  som- 
mes nécessaires^.  Cette  même  année,  Hugues  IV  offrit  enfin  de 
payer  les  3,000  florins  d'or  promis  par  le  traité  de  1350, 
ou  de  les  échanger  contre  deux  galères  armées^.  Le  pape  en 
informa  (27  octobre)  le  Grand-Maître  auquel  il  demande  son 
avis  :  il  devait  donner  au  roi  la  réponse  qu'il  trouvera  rai- 
sonnable'*. La  proposition  fut  peut-être  admise  et  la  guerre  au- 
rait été  conduite  d'une  manière  plus  vigoureuse  :  au  parlement, 
que  tint  à  Rouen,  l'année  suivante,  Charles,  duc  de  Norman- 
die, on  remarquait,  dit  la  Chronique  des  quatre  Valois, 
«  monseigneur  de  Binville,  le  bon  chevalier,  qui  fit  le  beau 
COUD  d'armes  en  Turquie.  Car  il  fendi  ou  couppa  et  trancha 
ung  Turcq  tout  au  long  parmy  devantde  roy  de  Cypre^  ». 

Ce  qui  était  impossible  aux  grands  princes,  réussissait 
ainsi  aux  petits  dynastes,  et  même  aux  pirates.  Les  Catalans 
livrèrent  au  xv"  siècle  des  batailles  rangées  aux  Turcs  ;  au 
xiv°,  et  justement  à  cette  époque  (oct.-nov.  1350),  un  vaisseau 
franc,  de  nationalité  inconnue,  entra  dans  l'ancien  port 
d'Alexandrie,  attaqua  un  transport  turcoman,  échappa  sans 
avaries  aux  flèches  des  gardes  de  la  côte,  qui  s'embarquèrent 
pour  le  défendre,  passa  dans  le  nouveau  port,  y  séjourna  à  son 
aise,  réclama  avec  succès,  par  le  moyen  des  consuls  envoyés 
pour  l'éloigner,  de  l'eau,  du  poisson,  des  bananes  et  des  grenades 


1.  Rinaldi,  année  1355,  §  38;  Paoli,  II,  91-2. 

2.  Bosio,  t.  II,  p.  57. 

3.  D'après  Lorédan,  Ilupues.  dont  les  galères  étaient  ruinées  par  les 
tempêtes  et  qui  n'avait  pas  l'équipage  nécessaire  pour  en  armer  de 
nouvelles  {sic),  offrit  de  ])ayer  3,000  florins  en  échange.  La  proposition 
fut  acceptée  par  le  pape,  et  l'argent  aurait  été  employé  à  armer  deux 
vaisseaux  auxquels  Venise  fournit  les  agrès.  C'est  évidemment  une 
erreur  (t.  I,  pp.  35i-7  de  la  traduction  française). 

4.  liosio,  t.  II.  p.  57.  La  lettre  de  Hugues  suivit  de  près  la  visite  de 
Charles  IV  à  Rome  (135'.). 

5.  Chronique  des  quatre  Valois,  édition  Luce,  1862,  in-8°  (Soc.  de 
rHist.  de  Fr.).  p.  35. 


—  100  — 

et  partit,  sans  empêchement  aucun,  après  s'être  saisi  d'un 
navire  syrien!'.  Quelque  temps  après  peut-être  ^  une  galère 
débarqua  des  troupes  sur  la  péninsule  opposée  à  Rosette  '',  et 
le  poète  sarrasin,  qui  nous  raconte  ces  faits,  dut  inventer  les 
exploits  d'une  vache  qui  arrêta  les  chrétiens  jusqu'à  l'ar- 
rivée des  troupes,  pour  sauver  l'honneur  de  ses  coreligion- 
naires \ 

En  même  temps,  la  guerre  entre  Gênes  et  Venise  cessa: 
une  trêve  fut  conclue  en  1355.  On  pouvait  s'attendre  à  une 
reprise  plus  énergique  des  hostilités  contre  les  Infidèles  :  il 
n'en  fut  rien.  Innocent  VI  s'adressa,  en  effet,  aux  membres 
de  la  ligue  le  P'"  avril  1356,  leur  rappelant  les  succès  rem- 
portés précédemment  par  les  alliés,  avant  cette  malheureuse 
guerre  qui  avait  rendu  confiance  aux  ennemis.  Il  les  invi- 
tait à  envoyer  leurs  vaisseaux,  à  Smyrne  peut-être,  qui 
remplaça,  pendant  quelque  temps,  Négrepont,  comme  point 
de  ralliement,  le  P""  juillet  prochain.  L'archevêque  de 
Crète,  légat  apostolique  pour  la  croisade,  devait  mettre  un 
homme  expérimenté  à  la  tête  des  troupes  qui  défendaient 
le  château.  Enfin,  des  plénipotentiaires  allaient  se  réunir  à  Avi- 
gnon, le  P""  novembre,  pour  renouveler  l'alliance". 

C'est  alors  qu'éclata  la  guerre  entre  Venise  et  le  roi  de 
Hongrie,  allié  aux  comtes  de  Goritz  et  au  patriarche  d'Aquilée. 
Louis  traversa  le  Frioul  et  vint  mettre  le  siège  devant  Trévise:  le 
nouveau  doge,  Giovanni  Delfin,  qui  remplaça  Gradenigo  (13 


1.  Bibl.  royale  de  Berlin,  mss.  Wetzstein,  II,  359-60  (numérotation 
unique),  f"^  95-5  ^  C'est  une  espèce  de  pot-pourri  littéraire  et  historique, 
qui  emprunte  son  titre  à  la  prise  d'Alexandrie  par  le  roi  Pierre  de 
Chypre,  mais  qui  contient  bien  d'autres  choses,  pour  la  plupart  (il 
compte  538  feuillets  d'écriture  fine)  inutiles.  —  Le  style  naïf  et  pit- 
toresque rachète  le  désordre  dans  l'exposition  des  faits.  —  Nous  devons 
une  traduction  des  passages  relatifs  à  la  croisade  à  M.  Marc  Lidz- 
barski,  un  des  plus  savants  parmi  les  jeunes  orientalistes  allemands. 

2.  Ce  récit  suit  le  précédent  (f"^  95  v"-96),  mais,  eu  égard  à  la  manière 
de  raconter  de  notre  auteur,  il  ne  faut  pas  trop  s'y  fier. 

3.  Il  est  question  probablement  de  la  langue  de  terre  qui  limite,  à 
l'est  de  la  ville,  le  lac  Burlus.  Les  Francs  y  firent  des  prisonniers, 
parmi  les  bergers  qui  habitaient  la  côte  sans  doute. 

4.  L'auteur  s'étend  très  longuement  sur  le  meurtre  de  la  bête,  qui 
excita  cette  action  d'éclat,  et  sur  les  insultes  qu'on  fit  subir  au  cadavre 
du  Franc  tombé. 

5.  Comm.  IV,  n°  153;  t.  II,  p.  246;  Rinaldi,  XXVI,  pp.  19-20;  cf. 
Mas-Latrie,  IJist.  de  Chypre,  t.  Il,  pp.  221-2;  Arch.  miss,  scient.,  t.  I 
(1850),  7.  c. 

PONTIFICAL  IN8TITUTE  OF  MFDIAEVAL  STUDIES 

59  QUEEN'S  P.^!^.:.  C^-SCENT 
TORUNTU— 5,   CmNaDA 


—  101  — 

août  1356),  revint  en  fuyard  à  Venise.  Des  défaites  et  des 
révoltes  menaçaient  de  toutes  parts  la  puissance  de  la  répu- 
blique. Pour  cette  année  encore,  tout  effort  commun  était 
impossible.  Innocent  VI  se  plaignait  à  son  prédécesseur 
(10  août  1356)  de  cette  nouvelle  guerre  qui  entravait  la  croi- 
sade'. Il  envoya  des  ambassadeurs  au  roi  de  Hongrie  pour 
amener  la  conclusion  de  la  paix:  il  ne  réussit  qu'à  imposer 
une  trêve  pour  cinq  mois,  depuis  le  16  novembre  1356  jus- 
qu'au 9  avril  de  l'année  suivante  ^ 

Les  plénipotentiaires  se  réunirent  enfin  à  Avignon,  en 
mars  1357.  Rhodes,  Chypre  et  Venise  y  étaient  repré- 
sentés :  une  nouvelle  ligue  fut  conclue  pour  cinq  ans  ;  chaque 
membre  devait  fournir  deux  galères  qui  se  réuniraient  à 
Smyrne  vers  la  Notre-Dame  de  septembre.  La  flotte  devait 
rester  dans  les  eaux  de  la  Romanie  pendant  toute  la  durée 
de  cette  nouvelle  union.  Si  les  Hospitaliers  se  décidaient  à 
porter  à  trois  le  nombre  de  leurs  galères,  Venise  était  obligée 
de  s'y  conformer  aussi''.  Un  légat  apostolique  devait  comman- 
der la  flotte.  Aussitôt  après,  le  pape  écrivit  au  doge  Delfin 
pour  lui  demander  sa  cotisation  de  3,000  florins  pour  la  défense 
de  Smyrne,  «  d'après  l'obligation  prise  précédemment  par 
Sa  Sainteté,  le  roi  de  Chypre  et  la  seigneurie  de  Venise*  »,  et 
la  demande  fut  réitérée  le  20  juin  de  cette  même  année,  aucun 
des  membres  de  la  ligue  n'ayant  envoyé  la  somme  que  leur  impo- 
sait le  traité^  Une  nouvelle  lettre,  datée  du  30  juin  de  l'année 
suivante,  montre  encore  les  mauvaises  dispositions  des  alliés  qui 
n'avaient  pas  versé  leur  part  du  subside:  le  pape  y  engage 
Delfin  à  intervenir  auprès  des  autres  membres  de  la  ligue  pour 
empêcher  une  catastrophe  ^  L'eff"et  produit  par  cette  nouvelle 
sommation  dut  être  médiocre:  la  ligue  de  1357  ne  dura 
pas  plus  que  les  précédentes  ^   Mais  déjà  celui  qui   devait 


1.  Comm.  IV,  n"  182;  t.  II,  p.  251. 

2.  Ses  alliés  y  étaient  compris.  Romanin,  /.  c,  pp.  200-1. 

3.  Paoli,  Codice  diplom..  t.  II,  p.  93;  Caroldo,  f"*  121-1  v.  Hugues  IV 
avait  envoyé  à  Avignon  l'archevêque  de  Mcosie;  Venise,  Marin  Grade- 
nigo.  Cf.  ilist.  Cil..  Il,  218  et  p.  62  du  présent  ouvrage. 

4.  Caroldo,  fol.  121  v».  Il  semble  bien  qu'il  soit  ici  question  de  la 
ligue  de  1350,  qui  n'aurait  pas  été  abolie. 

5.  Comm.  IV,  n"  2'il;  t.  Il,  p.  264. 

6.  30  juin  1358,  Paoli,  t.  Il,  pp.  93-4. 

7.  Estienne  de  Lusignan  {Généalogies,  p.    19;   Description,   Paris, 


—  102  — 

relever  le  drapeau  des  croisades  apparaissait.  Affaibli  par 
l'âge,  le  vieux  roi  Hugues  se  décida  à  faire  couronner  son 
fils  comme  roi  de  Chypre,  gardant  pour  lui-même  la  couronne 
de  Jérusalem.  La  cérémonie  eut  lieu  à  Nicosie,  le  24  novembre 
1358,  dans  l'église  de  Sainte-Sophie.  Guy  d'ibelin  mit  la 
couronne  sur  la  tète  de  Pierre  P'^  Le  même  jour  peut-être ^ 


1580,  f°  144  V");  Bosio  (t.  II,  64),  l'inimitable  Jauna  (t.  II,  836-40), 
Reinharà  (Geschichle  voH  Cypern,  1. 1,  p.  236)  et  Michaud  (éd.  Ilouillard, 
t.  IV,  p.  447)  s'accordent  à  faire  venir  Hugues  IV  luiinèrne  en  Europe 
pour  demander  le  secours  des  rois  chrétiens.  11  aurait  eu  l'intention  de 
recouvrer  son  patrimoine  :  Ptolémaïs,  Tyr  et  surtout  le  comté  de  Tri- 
poli (Lusignan,  f"  144  v"  de  l'ouvr.  cité).  On  date  ce  voyage  fantastique 
de  l'année  1357  parfois,  quand  le  vieux  roi  était  sur  le  point  de  résigner 
son  pouvoir,  ou  bien  de  l'année  1359,  quand  il  mourut  (Hosio,  11,  64). 
La  ressemblance  de  nom  entre  le  roi  de  Chypre  et  son  petit- fils,  le 
prince  de  Galilée,  est  la  cause  de  l'erreur,  et  comme  ce  dernier  devint 
ensuite  sénateur  de  Rome,  on  accorde  ce  titre  à  Hugues  IV  lui-même! 
11  aurait  mis  à  profit  ce  voyage  pour  marier  son  fils,  Guy  (Reinhard,  I, 
p.  236,  d'après  Jauna,  II,  808),  qui  épousa  Marie  de  Bourbon  dès  l'année 
1330.  Enfin,  Jauna  se  surpasse  lui-même  en  pariant  des  derniers  de- 
voirs, rendus  (avant  de  partir)  par  le  vieux  roi  «  à  la  reine,  son  épouse, 
dont  la  perte  lui  fut  d'autant  plus  sensible,  qu'ils  avaient  toujours  vécu 
dans  une  parfaite  union...  »  Or,  Alix  d'ibelin,  reine  de  Chypre,  sur- 
vécut à  son  mari  et  à  son  fils  même,  remariée  à  Philippe  de  Bruns- 
wick. De  plus,  il  accuse  Lorédan  d'«  inexactitude  «  (pp.  839-40). 

1.  Mâcheras,  p.  47,  donne  cette  date  de  24  novembre  1358.  11  revient 
quelques  lignes  plus  loin  pour  en  donner  une  nouvelle,  qu'il  aurait 
trouvée  ailleurs  (-/.al  àXXoj  tupa  Ypa[j.;jL£vov,  p.  48),  et  qui  diffère  d'une 
année  (24  nov.  1359)  de  la  première.  Il  est  évident,  cependant,  qu'elle 
se  rapporte  au  couronnement  de  Pierre  comme  roi  de  Chypre  con- 
trairement à  ce  que  croit  M.  Miller  (t.  II,  p.  51,  note  1  :  «  Anniversaire 
de  son  premier  couronnement  »),  il  ne  fait  que  mentionner  une  seconde 
version  du  fait  qu'il  exposait  déjà  d'après  une  autre  source  (ippa. 
Ypaau^vov)  à  la  page  47,  et  rnutre  date  qu'il  donnerait  plus  loin 
(5  avril)  est  la  seule  sur  son  couronnement  comme  roi  de  Jérusalem, 
la  seule  et  la  vraie.  Ce  qui  a  causé  l'erreur,  c'est  qu'aussitôt  après  cette 
seconde  mention  du  couronnement  à  Nicosie  (puisque  c'est  dans  cette 
ville  que  se  trouve,  et  uniquement  dans  cette  ville,  l'église  bien  connue 
de  Sainte-Sophie,  dont  la  Bibl.  i\at.  de  Paris  possède  le  cartulaire  :  lat. 
10189)  commence  une  digression  sur  P'amagouste.  —  Strambaldi  ne 
donne  que  la  tiaduction  de  ces  renseignements.  FI.  Bustron  (p.  257)  et 
Amadi  (p.  408)  ne  mentionnent  l'événement  que  d'une  manière  très 
brève;  le  second  donne  la  date  de  24  novembre. 

2.  Mâcheras,  p.  53.  Cette  distribution  des  offices  aurait  eu  lieu  après 
son  couronnement  (âviav  ÈaTscpO/jv),  le  dimanche  17  octobre  1360.  D'autre 
part,  il  dit  ailleurs  que  le  prince  fut  couronné  à  Fauiagouste  (comme 
roi  de  Jérusalem)  le  5  avril  1360  (p.  48).  Tous  les  officiers  nommés 
appartiennent  au  royaume  de  Chypre  cependant,  et  il  est  très  pro- 
bable que  la  première  date  est  complètement  fausse  :  d'abord  le  17  oc- 
tobre de  l'année  1360  est  un  samedi  et  non  un  dimanche  (zupia/.f)). 
L'année  même  est  une  erreur  de  la  part  du  chroniqueur:  dont  le  récit 
est  assez  confus  pour  tout  le  règne  de  Hugues  IV;  les  dignitaires 
durent  être  nommés  aussitôt  après  le  couronnement,  et,  si  on  admet 


—  103  - 

il  nomma  ses  officiers  :  Philippe  d'Ibelin'  devint  sénéchal  de 
Chypre,  Raymond  Babin,  bouteiiler^  Pierre  MaloseP,  cham- 
bellan, et  le  médecin  Hugues  Ognibono,  chancelier  *.  Hu- 
gues IV  se  retira  au  monastère  de  Strovili,  qu'il  avait  fait 
bâtir  et  y  mourut  bientôt,  un  an  après'  avoir  résigné  la 
couronne,  le  10  octobre  1359  \  Il  fut  enterré  comme  toute 


la  date  de  1360,  sept  mois  le  séparent  de  la  distribution  des  offices. 
11  se  pourrait  que  la  distribution  eût  été  faite  le  jour  môme  du  couron- 
nement (24  novembre).  Cf.  la  phrase  même  de  Mâcheras  :  «  /.al  âvTxv 

ÈaT£cpOr)v  ô  pi^Y*?  ô  pÈ  Htàp,  zaOwç  avfoOsv  SriXoT,  rjpxev  10  izpS.yu.oi.w  x^  xuptay.-fî 

'0    aùxo;  pÈ  lï'Àp  ti'jpoivi'aaev  /al  à'Sw/.sv  xa  i/.ia.  xoij  priyàxou  xà  yrjpâxa » 

(p.  53).  11  aurait  créé  aussi  à  la  même  date  son  frère  Jean,  prince 
(TAntioche,  connétable  de  Chypre,  et  son  autre  frère  Jacques,  conné- 
table de  Jérusalem.  Mais  nous  avons,  dans  la  chronique  même  de 
Mâcheras,  des  preuves  du  contraire  :  Jean  est  nommé  déjà  connétable 
à  l'occasion  de  sa  fuite,  et  la  même  qualification  est  donnée  au  «  petit 
seigneur  Jacques  »  (ô  Ti^ouàv  xè  Ao-j^ouvla;  7:p;vx^7)?  xfjç   'Avxtoysiîa;  -/.al 

•/.ovxoaxauXT];  K'JT:pou,   /al  ô   [xr/.po?  atp  TÇazèx xovxoaxaûXr];  xôJv   'lepoao- 

ÀûijLwv,  p.  43,  cf.  61).  D'après  les  deux  chroniqueurs  italiens  (Bustron. 
p.  257  ;  Amadi,  p.  408),  Hugues  lui-même  aurait  donné  les  deux  titres  de 
prince  et  de  connétable  à  Jean,  en  résignant  la  couronne  de  Chypre. 

1.  Le  texte  de  Mâcheras  le  nomme  Tou[j.à;;  le  vrai  nom  du  seigneur 
d'Arsur  (de  Sur,  d'après  FI.  Bustron)  est  cependant  Philippe.  Il  prit 
part  au  meurtre  de  Pierre  1"^'' (Bustron,  p.  276.  Amadi,  p.  426).  Mâcheras 
lui-même  lui  donne  son  vrai  nom  (p.  156)  quand  il  raconte  le  meurtre. 
Tout  le  passage  est  reproduit  à  la  page  127.  Son  père  (?)  était  «  sinescardo 
de  Cypro  »  en  1315  (Amadi,  p.  397  et  ailleurs).  V.  sur  lui  et  sa  famille 
un  récent  article  de  M.  de  Mas-Latrie,  dans  la  Bévue  des  quest.  hist., 
XXVlll  ({"■  avril  1894),  pp.  585  et  suiv. 

2.  C'est  dans  sa  maison  que  fut  décidé,  d'après  Mézières  (Or. 
trag.,  f"  97),  l'assassinat  de  Pierre  l*""".  11  était  «  molto  intrensico  »  du 
prince  d'.\ntioche  en  1373  (Bustron,  p.  308).  V.  la  table  de  Mâcheras 
(p.  413  du  t.  11). 

3.  Bustron  l'appelle  Malocello,  Malosello,  Marocello  (V.  table,  p.  521). 
Cf.  Amadi,  p.  428.  11  était  génois  d'origine  (Malocello)  et  joua  un 
grand  rôle  en  Chypre.  11  fut  parmi  les  magnâtes  qui  en  1366  visitèrent 
Pierre  Thomas  mourant  (A.  S.  jan.,  II,  108).  11  y  est  appelé  Petrus 
Marcelli,  chambellan  du  roi  (camerarius régis).  Sur  sa  famille,  v.  Arcli. 
st.  liai.,  1876,  p.  475. 

4.  V.  Table  de  Mâcheras:  «  Knebès  ou  plutôt  Ommebon  ou  Nimbé  »  (/). 
Mâcheras,  p.  53  et  127  :  «  xôv  alp  "Oy^t)  EvcarjÈv  (Ognibuono)  xov  ïaxpov 
x^avaeXXis'pTjv  xoD  aùxoù  priyâxou  xr);  Kû;:pou.  »  Philippe  ne  se  trouvait  pas 
encore  en  Chypre  par  conséquent.  Le  médecin  inconnu  qui  le  précéda 
semble  être  mort  bientôt  ou  avoir  quitté  l'île.  Pendant  son  premier 
voyage  en  Europe,  Pierre  I<""  avait  déjà  comme  médecin  Guy  de  Heggio. 
V."  Mâcheras,  p.  80. 

5.  Lorédan,  se  souvenant  de  ses  premières  œuvres  d'imagination, 
traite  ces  derniers  jours  de  Hugues  IV  comme  un  roman.  Il  parle  de  la 
prospérité  générale  de  ces  années  avec  beaucoup  de  détails,  nous  re- 
l)résente  le  vieux  roi  «  accablé  d'années  et  d'intirmitez  »,  des  intrigues 
du  confesseur  royal,  qui  amenèrent  l'abdication,  qu'il  décrit  d'une 
manière  très  Imaginative  et  pathétique.  C'est  lui  qui  parle  de  .sa  retraite 
à  Strovili,  qui  paraît  être  un  fait  réel;  il  cite  des  mots  de  Hugues  IV, 


—  104   — 

sa  famille,  au  couvent  des  Dominicains  de  Nicosie,  d'une 
manière  très  modeste.  «  Sa  tombe,  dit  Etienne  de  Lusignan, 
est  contre  terre,  seulement  d'un  simple  marbre,  mais  beau 
toutefois,  et  vis  à  vis  y  a  une  autre  pierre  dedans  le  mur,  qui 
contient  son  épitaphe*.  » 

Son  règne  fut  le  plus  paisible  et  le  plus  prospère  parmi 
ceux  des  Lusignan  en  Chypre.  S'il  sut  défendre  son  royaume 
et  sa  foi  contre  les  Infidèles  et  contre  les  chrétiens  avides  de 
conquêtes,  il  ne  prit  jamais  part  à  une  bataille,  et  semble  avoir 
été  pendant  toute  sa  vie  l'ennemi  des  expéditions  aventureuses. 
Les  dispositions  de  son  fils  aîné,  dans  lequel  tout  le  tempéra- 
ment énergique  et  violent  de  sa  race  semblait  revivre,  ne 
pouvaient  pas  lui  plaire  :  il  les  combattit  de  toutes  ses  forces  ;  tant 
que  son  père  vécut,  Pierre  de  Lusignan  dut  cacher  ses  projets 
de  croisade  et  de  grandes  victoires  lointaines.  Il  réprima  sévè- 
rement sa  tentative  de  fuite  en  Occident,  et  le  pape  lui-même 
dut  intervenir  pour  réconcilier  le  père  si  prudent  et  le  fils  si 
aventureux^.  Dans  les  dernières  années  de  sa  vie,  il  semble 
s'être  habitué  au  caractère  ardent  de  son  fils  et  héritier  ;  il 
lui  avait  laissé,  avant  de  mourir,  cette  couronne  de  Chypre 
que  Pierre  devait  porter  d'une  manière  si  brillante. 

Bien  que  ses  droits  à  la  couronne  ne  fussent  pas  hors  de 
doute,  puisque  son  frère  Guy  avait  laissé  un  fils,  Hugues  de 
Lusignan,  et  que  son  contrat  de  mariage  avec  Marie  de  Bour- 
bon stipulait  expressément  que  les  enfants  nés  de  cette  union 
seraient  préférés  à  leurs  oncles^,  Pierre  fut  universellement 
reconnu  comme  roi  de  Jérusalem,  ainsi  qu'il  l'était  déjà  pour 
le  royaume  de  Chypre.  Hugues  était  absent  et  ses  protestations 


dégoûté  des  affaires  (tr.  fr.  I,  374-81).  Vient  ensuite  le  récit  de  l'avè- 
nement de  Pierre,  qui  aurait  dédaigné  d'accepter  la  couronne  de  Jéru- 
salem comme  de  peu  d'importance  (Hugues,  on  le  sait,  la  retint  jusqu'à 
sa  mort)!  11  attribue  la  modicité  de  ses  funérailles  à  l'avarice  de  Pierre, 
qu'il  traite  assez  durement  dans  son  ouvrage.  11  signale  son  véritable 
règne  par  des  violences;  les  officiers  qu'il  avait  retenus  d'abord,  par 
crainte  de  son  père,  auraient  été  destitués  (pp.  380-4). 

1.  Description,  p.  19.  Sur  la  date  de  sa  mort,  voir  Mâcheras,  p.  47; 
Amadi,  p.  408;  Bustron,  p.  257. 

2.  Innocent  VI  invita  l'archevêque  de  Nicosie,  en  1350,  à  intervenir 
dans  les  querelles  de  la  famille  royale  et  à  réconcilier  le  plus  tôt  pos- 
sible le  comte  de  Tripoli  et  son  père.  Rinaldi,  t.  XXV,  p.  517. 

3.  Peut-être  même  était-ce  la  cause  de  cette  abdication  de  Hugues  IV, 
dont  on  ne  pénètre  pas  bien  les  motifs. 


—  105  - 

furent  assez  tardives,  paraît-il.  On  ne  le  connaissait  pas  en 
Chypre,  caril  avait  quitté  l'île  tout  enfant,  avec  sa  mère,  tandis 
que  son  oncle,  par  son  élégance  physique  et  par  son  carac- 
tère enthousiaste,  jouissait  des  sympathies  de  tout  le  monde. 

Pierre  P''  ne  fut  pas  couronné  roi  de  Jérusalem  aussitôt 
après  la  mort  do  son  père,  bien  que  les  compilateurs  italiens 
des  chroniques  de  Chypre  le  laissent  croire'.  Deux  sour- 
ces, dont  la  première  est  contemporaine,  nous  donnent,  par 
comparaison,  la  vraie  date  de  ce  couronnement:  Philippe  de 
Mézières,  dans  sa  Vie  de  Piéride  Thomas  d'abord,  puis  la 
chronique  de  Mâcheras,  dont  les  renseignements  pour  le 
règne  de  Pierre  sont  généralement  très  exacts,  bien  qu'ils 
soient  exprimés  parfois  d'une  manière  assez  confuse,  ce  qui 
est  peut-être  la  faute  des  copistes. 

Mâcheras  semble  donner  deux  dates.  En  parlant  de  l'arrivée 
du  légat  Pierre  Thomas  en  Chypre,  il  fixe  comme  jour  de 
son  débarquement  à  Cérines,  ce  qui  n'est  pas  très  exact  non 
plus,  le  20  décembre  de  l'année  1359,  qui  serait  —  nouvelle 
erreur-  —  un  lundi.  Or,  il  est  tout  à  fait  certain  que  Pierre  P"" 
fut  couronné  par  le  légat  :  les  détails  si  nombreux  et  si  précis 
que  donne  Philippe  de  Mézières,  la  manière  dont  il  pouvait 
les  savoir  (c'était  le  doyen  de  Nicosie,  Bérenger  Grégoire, 
son  compagnon,  qui  les  lui  avait  certainement  racontés),  ne 
laissent  pas  de  doutes  sur  ce  point;  ce  qu'on  pourrait  prendre 
pour  une  indication  contraire  dans  le  texte  de  Mâcheras,  se 
rapporte,  en  effet,  au  premier  couronnement,  à  Nicosie  et  dans 
l'église  de  Sainte-Sophie  :  ce  n'est  qu'une  seconde  version, 


1.  Bustron,  p.  258  :  «  dopo  morto  »;  Amadi,  p.  408  :  «  mon  il  re  Hugo, 
et  alhora  si  corono...  » 

2.  C'était  un  veudredi.  L'erreur  serait  due  peut-être  au  copiste,  qui 
aurait  écrit  K  '  (2u)aulieude  /.y'  (23).  Tn  autre  ms.  donner)',  date  qu'ad- 
met Amadi  (p.  409  :  «  A  di  8  di  Decembrio  »).  Bustron  se  contente  de 
déclarer  que  les  deux  événements,  le  couronnement  et  l'arrivée  du 
légat,  furent  contemporains  (p.  258  :  «  In  detto  tempore  »). 

3.  «  Herengarius  Gregorensis  »  A.  Sancl.  Janvier,  II,  p.  1004.  On 
le  retrouve  au  chevet  de  Pierre  Thomas  mourant;  il  était,  à  cette 
époque,  collecteur  des  dîmes  au  nom  du  pape  (Papae  collectorem) 
(/l.  S.,  p.  1018).  Il  fut  son  exécuteur  testamentaire  avec  Philippe  et 
l'archevêque  de  Nicosie  (ibid.).  Il  assista,  d'après  Carmesson  (Vita  S. 
Pétri,  éd.  par  Daniel  de  Sainte-Marie,  Anvers,  1650,  in-12,  p.  102), 
avec  quelques  amis  du  défunt,  à  l'exhumation  du  saint  {Berengarius 
Gregorij,  doyen  de  l'église  de  Nicosie  et  docteur  es  lois). 


-  106  — 

erronée  comme  date,  qu'ajoute  le  chroniqueur,  d'après  do 
nouvelles  sources,  à  ce  qu'il  avait  dit  précédemment'.  On 
sait  encore  que  le  couronnement  du  roi  suivit  de  près  l'arrivée 
du  légat  ^  ce  qui  est,  du  reste,  très  logique,  le  légat  n'ayant 
aucune  raison  pour  perdre  des  mois  entiers  en  Chypre.  Or, 
d'après  une  seconde  indication,  Pierre  de  Lusignan  partit  pour 
Famagouste  et  s'y  fît  couronner  comme  roi  de  Jérusalem,  le 
5  avril  1360^.  C'est  la  vraie  date,  puisque  ce  fut  le  jour  môme  de 
Pâques  1360  qu'eut  lieu  le  couronnement.  Pierre  1"'  connaissait 
Pierre  Thomas  depuis  son  premier  voyage  en  Chypre,  en  1357, 
quand  son  père,  qui  régnait  encore,  reçut  avec  de  si  grands  hon- 
neurs le  saint  personnage  :  il  lui  confia  peut-être  ses  projets  de 
croisade  et  le  Carmélite  enthousiaste,  qui  employa  toute  sa  vie 
à  défendre  cette  cause,  dut  l'encourager  chaleureusement  dans 
ses  desseins.  Après  la  mort  de  Hugues,  devenu  roi  de  Jérusalem 
«  réellement  et  par  héritage  »,  ajoute  Mézièrcs,  il  invita  le 
légat,  qui  se  trouvait  alors  à  Rhodes'',  à  venir  le  couronner. 
Pierre  Thomas  était  très  malade  à  cette  époque  et  sa  maladie 
dura  depuis  les  fêtes  de  Noël  jusqu'à  celles  de  Pâques  de  l'an- 
née suivante  ■\  Ce  dernier  terme  que  Pierre  P""  avait  fixé  pour 
son  couronnement  approchant,  il  ordonna  qu'on  le  portât  dans 
une  galère  et  partit.  Ses  forces  s'épuisèrent  pendant  le  trajet  : 
on  crut  qu'il  allait  mourir  avant  d'arriver  en  Chypre.  Quand 
enfin  le  vaisseau  aborda  à  Paphos^  son  compagnon  de  voyage, 
le  doyen  de  Nicosie,  descendit  à  terre  pour  préparer  la  mai- 
son oii  le  cadavre  du  légat  être  devait  déposé  bientôt.  Quand 
il  revint,  il  fut  bien  étonné,  dit  Mézières,  de  voir  le  malade 


!.•  Voyez  note  1,  p.  102. 

2.  A.  S.,  p.  1004. 

3.  Mâcheras,  p.  48  :  «  Ètc^yev  s'h;  T7]v  Afifioyouatov  xai  laze'oOrjv  ^rîya;  tàiv 
'l£poaoXû[j.tjjv  TT)  e'  àjiptXiou  aiÇ'  Xota-ou...  »  cf.  p.  55. 

4.  Les  termes  sont  assez  clairs  :  il  parle  d'abord  de  la  fête  qui  appro- 
chait, puis  il  ajoute  :  «  et  termino  coronationis  régis  imminente  »  (^4.  «S^. 
II,  p.  1004).  Mâcheras  est  plus  clair  encore.  Le  roi  partit  de  Nicosie  le 
mercredi  23  mars  1360  (c'était  un  lundi);  il  traversa  le  pays  en  chas- 
sant et  arriva  à  Famagouste  le  27.  Le  dinnanche  suivant  (des  /?a- 
meaux,  29  mars),  il  nomma  quelques  officiers,  et  fut  couronné  par 
Pierre  Thomas  le  5  avril  (Mâcheras,  p.  55). 

5.  «  Rodura  »  (yl.  S.,  l.  c). 

6.  Mâcheras  (p.  53)  et  Bustron  (p.  409)  parlent  du  port  de  Cérines, 
et  non  de  celui  de  Paphos.  Cf.  ^.5.,  /.  c.  et  Strambaldi,  ms.  de  Rome 
(ap.  Mas-Latrie.  //.  C.  II,  282,  n.  1),  f"  34  v".  Pour  Strambaldi,  il  m'a 
été  impossible  d'employer  la  récente  édition  de  M,  R.  de  Mas-Latrie. 


i 


—  1U7  — 

«  gai  et  souriant  »  '  qui  l'attendait  sur  la  proue.  La  fièvre 
l'avait  quitté  par  miracle.  Il  partit  aussitôt  pour  Nicosie,  où 
l'attendaient  le  roi  et  les  deux,  reines,  Alix,  sa  mère,  et  sa  femme, 
Éléonore  d'Aragon ^  Il  fut  reçu  tout  aussi  bien  que  jadis, 
sous  le  règne  de  Hugues  IV,  et  prêcha  plusieurs  fois  avant  le 
jour  du  couronnement,  puis,  ce  jour  arrivé,  «  à  la  demande 
de  tous  les  barons  et  les  nobles  du  royaume,  ainsi  que  de  tout 
le  peuple,  qui  n'avaient  qu'une  voix  pour  l'acclamer  »,  il  mit 
la  couronne  de  Jérusalem,  en  grande  pompe,  sur  la  tête  de 
Pierre  I*"",  roi  de  Chypre  \  Les  fêtes  durèrent  plusieurs  jours 
à  Famagouste  et  à  Nicosie,  puis  le  légat  se  mit  à  prêcher  de 
nouveau,  excitant  le  roi  et  son  peuple  à  commencer  la  grande 
œuvre  delà  délivrance  des  Lieux-Saints*.  Pierre,  maitre  enfin 


1.  Ibid.  :  «  laetus  ethilaris  ». 

2.  C'était  sa  seconde  femme.  Il  avait  épousé  la  première,  Echive  ou 
Chive  de  Montfort,  fllle  de  Rupin  de  Montfort,  vers  l'année  1,342, 
(Mas-Latrie  dans  VArch.  Venelo,  a.  c,  333  ;  Machaut,  note  1). 
Comme  elle  était  sa  parente.  Clément  VI  lui  accorda  les  dispenses  né- 
cessaires, dans  une  lettre  à  Elle  de  Nabineaux  (Nabinaud),  archevêque 
de  Nicosie  {Ann.  eccles.,  t.  II,  p.  658;  Bzovius,  année  1342,  §  23; 
Wadding,  Ann.  Minor.,  t.  VII,  p  254),  datée  du  28  juin  1342.  Iln'eut 
pas  d'enfants,  parait-il.  Ducange  se  demande  {Ann.  d'Outremer,  ms. 
I5ibl.  nat.,  f»  29  v^)  si  Mariette  de  Lusignan  ne  fut  pas  sa  fille.  On  ne  con- 
nait  pas  plus  l'époque  de  sa  mort.  II  épousa  Eléonore  ou  AIix.(v.  Amadi, 
p.  408,  ou  même  Constance,  {Ann.  d'Outremer,  l.  c.  :  «  quelques  titres 
la  nomment  encore  Constance  »),  fille  de  Pierre  d'.\ragon,  comte  de 
lîibagorça,  quatrième  fils  de  Jacciues  II,  et  plus  tard  frère  mineur 
(après  là  mort  de  sa  femme  ;  mort  lui-même  à  Barcelone,  en  1398)  et  de 
Blanche  d'Anjou-Sicile  (Mas -Latrie,  Généalogies,  dans  VArch.  Venelo. 
pp.  325-26).  On  en  a  fait  la  fille  «  d'un  roi  d'Aragon  »  (Descr.  di  Cipro, 
ms.  de  la  Bibl.  nationale,  f"  5),  de  Pierre  IV  (Sainte-Marthe,  Hisl.  des 
Lusignans,  f"  22  v"),  et  enfin  celle  de  «  Pierre  le  Cérémonieux  ou  le 
Cruel  »!  (Jauna,  t.  IL  815).  Vm  passage  du  Rubriquaire  de  Druniquer 
(Arch.  municipales  de  Barcelone,  t.  I,  p.  130,  i^  xiii,  cité  par  M.  de 
Mas-Latrie,  Généalogies,  pp.  25-6)  donne  la  date  de  son  départ  pour 
Chypre  :  elle  arriva  à  Barcelone  le  vendredi  1"  février  1353  et  en  partit 
le  mercredi  21  août  pour  se  rendre  dans  l'île  «  en  la  coca  de  très 
cubert.es  de  la  compania  de  Barcelona...  »  (ibid.).  Guy,  frère  aine  de 
Pierre,  était  déjà  mort  en  1346  (Mas-Latrie,  Généalogies,  L  c,  p.  16), 
en  tout  cas  avant  1347,  quand  sa  veuve  épousa  Bobert  de  Sicile  (Du 
Cange,  Annales  d'outremer,  f"  27).  Elle  lui  apportait  la  dot  de  42,000 
besants  ou  talents,  qui  lui  fut  restituée  en  biens  par  son  fils,  à  son 
départ  (Mas-Latrie,  I/ist.  Ch..  t.  III,  p.  778).  Je  ne  crois  pas  que  ce 
mariage,  qui  n'était  pas  si  brillant,  eût  assuré  à  Pierre  «  une  plus 
haute  place  que  celle  dont  jouissaient  ses  prédécesseurs  dans  l'estime 
des  rois  de  l'Occident  »  (Stubbs,  Lectures,  p.  196). 

3.  «  Ad  requisitionem  omnium  baronum  nobilium  necnon  et  totius 
populi,  una  voce  clamantium  »  (.1.  .S.,  l.  c,  p.  1004). 

4.  Jbid.  Les  fêtes  durèrent  huit  jours  (Mâcheras,  p.  55). 


—  108  — 

de  toutes  les  forces  du  royaume,  n'attendait  que  le  moment 
favorable  pour  partir. 

En  attendant,  le  légat  commença  par  convertir  les  schis- 
matiques.  Les  prêtres  grecs  furent  rassemblés,  avec  la  per- 
mission du  roi,  à  Sainte-Sophie,  la  cathédrale  do  Nicosie  ;  le 
légat,  accompagné,  dit  Mézières,  par  «  une  foule  de  Latins 
savants'  »,  leur  prêcha  pendant  quelque  temps  avec  succès. 
Plusieurs  clercs  —  un  seul  prêtre,  dit  Mâcheras,  un  certain 
Mantzas,  qui  fut  contraint  d'âhinver — consentirent  à  faire  une 
conversion  complète,  grâce,  ajoute  plus  loin  Philippe,  «  à  sa 
douce  doctrine,  qui  employait,  tantôt  des  menaces,  tant(3t  de 
bonnes  paroles  ^  ».  La  foule  s'était  rassemblée  devant  l'église, 
attirée,  dit  encore  le  chroniqueur  grec,  par  les  cris  des  vic- 
times :  les  portes  furent  enfoncées  par  la  multitude  indignée, 
aux  cris  de  :  périsse  le  légat  !  tandis  que  d'autres  y  mettaient 
le  feu.  Le  légat,  que  le  martyre  n'effrayait  pas,  attendait,  dit 
son  ami,  devant  l'autel,  tenant  la  croix  dans  la  main.  Le  prince 
d'Antioche,  l'amiral  Jean  de  Sur  et  le  vicomte  de  Nicosie^ 
accoururent  avec  une  troupe  de  chevaliers  et,  selon  la  cou- 
tume, les  assaillants  furent  dispersés  à  coups  de  bâton.  11 
aurait  continué  sa  mission,  aidé  par  le  roi  lui-même,  et  une 
grande  partie  du  clergé  grec  aurait  consenti  à  se  soumettre  à 
l'archevêque  de  Nicosie*.  Des  Arméniens  et  des  Nestoriens 

1.  «  Sapientum  latinorum  turba  associatus  »  (.4.  S.,  l.  c,  p.  1004). 

2.  Mâcheras,  pp.  53-4.  Il  semble  que  quelque  fragment  ae  la  chro- 
nique manque,  puisque  Mâcheras  déclare  qu'il  revient  sur  les  affaires 
du  légat  (p.  53).  Cf.  A.  Sanct.,  l.  c,  :  «  modo  cum  minis,  modo  cum 
bonis  verbis.  » 

3.  Peut-être  Henri  de  Giblet,  qui  occupait  cette  charge  vers  la  fin  du 
règne  de  Pierre  I".  Cf.  Mâcheras,  p.  54. 

4.  C'est  la  version  de  Mézières,  bien  entendu  :  «  Quod  autem  per 
legatum,  aut  prselatum  nunquam  factum  fuerat  et  usque  hodie  per 
manus  archiepiscopi  Nicosiensis  confirmati  sunt,  et  Papœ  et  Romanae 
EcclesiaB  obediunt  »  (.4.  5..  /.  c),  tandis  que  premièrement  il  y  avait 
de  fréquentes  conversions  à  la  religion  grecque  {ibid.).  D'après  Mâ- 
cheras, le  résultat  des  efforts  faits  par  le  légat  aurait  été  bien  diffé- 
rent; on  recommanda  aux  prêtres  grecs  de  continuer  à  servir  Dieu  à 
leur  manière.  «  Quant  au  légat,  il  reçut  l'ordre  de  quitter  l'île.  Ainsi 
finit  le  scandale  »  (tr.  de  M.  Miller,  p.  57).  Le  résultat  pouvait  être  en 
effet  douteux,  mais  ce  serait  se  tromper  étrangement  sur  le  caractère 
de  Pierre  li""  (cf.  Sathas,  Dibliotlieca  rjraeca  medii  aevi,  II,  Venise 
1873,  in-8°,  préface  p.  95,  «  Ata/pw;  à:io5[w/0eî;  t^ç  KÛTipou,  »  etc.)  Ce 
n'était  pas,  du  reste,  une  tentative  sans  exemple  en  Chypre  :  en  1231 
déjà,  Grégoire  IX  ordonna  à  l'archevêque  de  Nicosie  d'excommunier 
les  moines  grecs  qui  attaqueraient  la  doctrine  catholique  sur  les  azymes 


—  109  — 

furent  convertis  aussi  par  le  zèle  du  légat.  Puis  il  quitta  l'île 
pour  aller  à  Rhodes  et  ensuite  en  Turquie  '. 

Philippe  de  Mézières  n'était  pas  encore  arrivé  en  Chypre. 
Un  autre  occupait  en  1360,  peut-être,  la  charge  de  chancelier 
de  Chypre,  le  médecin  Hugues,  et  il  semble  bien  que  Philippe 
obtint  cette  dignité  aussit(jt  après  son  arrivée  en  Chypre, 
sous  le  règne  de  Pierre  ^  En  outre,  il  parle  de  ce  voyage  du 
légat  avec  beaucoup  de  détails,  il  est  vrai  —  ses  sources  d'in- 
formation étaient  nombreuses  et  excellentes,  —  mais  sans 
mentionner  ni  sa  propre  personne  ni  les  relations  qu'il  aurait 
eues,  à  cette  époque,  avec  le  saint.  Au  contraire,  quand,  après 
la  conquête  de  Satalie,  Pierre  Thomas  reviendra  pour  la  troi- 
sième fois  en  Chypre,  il  s'exprimera  dans  les  termes  les  plus 
enthousiastes  sur  l'amitié  qui  commençait  à  se  former  entre 
eux^ 

Son  arrivée  en  Chypre  ne  dut  pas  tarder  cependant:  s'il 
n'assista  pas  lui-même  à  la  prise  de  Satalie,  ce  qui  serait 
assez  possible  (il  n'en  parle  jamais  avec  beaucoup  de  détails 
dans  ses  ouvrages,  où  il  la  mentionne  souvent),  il  se  trouvait 
dans  l'île  après  le  retour  du  roi.  Aussitôt  revenu  auprès  de 
son  ancien  maître,  leurs  relations  d'amitié,  autrefois  si  étroites, 
furent  renouées.  Il  devint  son  collatornlis ;  le  roi  l'appelait 
toujours  pour  discuter  avec  lui  les  affaires  importantes.  Il 
prêta  bientôt  le  serment  et  devint  l'homme  lige  de  Pierre  I". 
En  même  temps.  Dieu  seul  aidant  et  sans  qu'il  eût  rien  fait, 
dit-il,  pour  obtenir  cette  dignité,  le  roi  lui  confia  son  sceau  et 
le  nomma  chancelier  de  Chypre,  en  ordonnant  «  que  tous  les 
habitants  du  royaume  obéissent  à  sa  voix  comme  à  celle  de 
Joseph  en  Egypte  *.  » 


(Mas-Latrie,  //.  C,  III,  629-30).  Philippe  de  Chamberlhac,  archevêque 
de  Nicosie,  essaya,  au  xiv"  siècle,,  de  convertir  les  Arméniens  (Mas- 
Latrie,  Arch.  Or.  lat.,  II,  p.  271).  Élie  de  Nabineaux,  son  successeur 
(1332-44),  convoqua  un  concile  provincial  à  Nicosie  pour  amener  la 
conversion  des  Arméniens  et  des  Jacobites;  un  symbole  en  huit  articles 
fut  adopté  (Hardouin,  Conc.il.,  t.  Vil,  p.  1753;  Rinaldi,  ann.  1338,  cf. 
Arch.  Or.  lat.,  l.  c,  p.  264).  Jean  XXII  lui  en  avait  donné  l'idée  en 
1326  (Rinaldi,  ann.  1326);  Benoit  XII  l'en  félicita  en  \m(ibid..  XXV, 
p.  148). 

1.  Act.  Sanct.,  l.  c 

2.  Oratio  trogedica,  f"  191. 

3.  Act.  Sanct.,  II,  p.  1006. 

4.  Oratio  tragédien,  l.  c. 


-  no  — 

Pendant  ce  temps,  Pierre  Thomas  était  en  Achaïe,  où  il 
se  proposait  de  visiter  sou  diocèse  de  Coron.  Ses  amis  lui 
conseillèrent  de  ne  pas  s'exposer,  en  y  allant,  à  la  colère  de 
la  princesse,  Marie  de  Bourbon,  qui,  «  mal  conseillée  par 
certaines  gens  »,  pourrait  se  venger  sur  sa  personne  de  ce 
qu'il  avait  couronné  ce  Pierre  P""  qu'elle  accusait  d'avoir  usurpé 
le  trône  de  son  fils.  Il  fut  cependant  très  bien  reru  par  les 
barons,  et  on  le  voit  recommencer  bientôt,  contre  les  nou- 
veaux schismatiques,  l'œuvre  de  conversion  qui  lui  avait 
réussi  si  bien  en  Chypre.  Il  fit  môme  des  miracles  :  le  seigneur 
d'Arcadie  eut  un  fils,  paraît-il,  grâce  à  ses  prières,  et  Philippe 
nous  raconte  ensuite  un  autre  miracle  qu'il  aurait  opéré  en 
vaisseau,  à  Paphos'.  Bientôt  la  guerre  sainte  réunira  ces  trois 
hommes  qui  devaient  lui  consacrer  toute  leur  vie. 

Elle  avait  commencé  déjà  si  l'on  veut  considérer  comme 
telle  l'occupation  de  Gorigos  prise  sans  coup  férir. 

«  Le  royaume  d'Arménie,  dit  Mâcheras,  était  alors  occupé 
par  le  roi  Livon  qui  était  pauvre.  Il  y  avait  deux  cents 
villes  et  châteaux  forts,  mais  il  les  avait  perdus..  »  S'il  n'avait 
pas  encore  quitté  ses  États  pour  se  réfugier  en  Occident,  sa 
situation  était  désespérée.  Arrivé  au  trône  grâce  à  beaucoup 
d'efforts,  après  la  mort  de  Constantin  IV.  qui  n'était  pas  un 
Lusignan^  le  dernier  des  rois  d'Arménie  eut  un  des  règnes 
des  plus  désastreux,  même  dans  ce  pays  qui  était  habitué 
cependant  aux  malheurs.  Il  ne  fut  pas  reconnu  par  toute  la 
nation  et  des  troubles  religieux,  des  dissensions  civiles,  accé- 
lérèrent encore  la  chute  de  ce  royaume  agonisant,  le  dernier 
des  états  chrétiens  sur  la  terre  d'Asie,  Les  émirs  de  la  côte,  les 
Sarrasins  de  l'Egypte  s'étaient  partagé  ses  États  :  le  port  de 
Lajazzo  et  Tarse,  la  capitale;  les  villes  principales:  Adana, 
Malmistra,  Pilerga,  avaient  succombé  déjà^  et  les  Lusignan 


1.  Acta  aanct.,  l.  c. 

2.  Historiens  arméniens  des  croisades,  p.  713-15.  Il  était  le  fils  d'une 
mère  arménienne.  Sur  sa  prétendue  parenté  avec  Constantin  IV, 
V.  Hinaldi,  année  1365,  §  xxi  :  le  pape  le  déclare  le  roi  légitime  du 
pays.  Des  Roupénides,  des  Léthouniens  de  Lampron  lui  disputaient 
la  succession  (ï/ist.  Arm.,  ibid.)  V.  la  Chronique  arménienne  publiée 
dans  le  2"  vol.  de  la  publication  citée. 

3.  Saint-Martin,  Mémoires  sur  U Arménie,  t.  I,  pp.  198-203;  cf.  Mâ- 
cheras, p.  58. 


—  111  — 

(l'Arménie  ne  possédaient  plus  que  quelques  châteaux,  conti- 
nuellement menacés  par  les  Égyptiens  :  Gaban,  Pardserpert, 
et  le  plus  important  des  trois,  Gorigos.  Léon  VI  était  trop  faible 
et  trop  pauvre  pour  pouvoir  défendre  longtemps  les  derniers 
restes  de  ses  états  :  déjà  les  Turcomans  avaient  dévasté  Gori- 
gos, dont  la  population  s'était  réfugiée  dans  la  citadelle.  Bien 
que  cette  dernière  résistât  encore  énergiquement  aux  assail- 
lants, elle  ne  devait  pas  tarder  à  se  rendre,  si  elle  était  aban- 
donnée à  ses  propres  ressources.  C'est  alors,  le  8  janvier  1359, 
qu'une  ambassade  composée  de  Michel  Psararis  et  de  Costas 
Filitzis,  grecs  de  Gorigos,  se  présenta  devant  le  roi  de  Chypre, 
lui  demandant  son  secours'. 

Une  semblable  demande  avait  été  faite,  quelque  temps  au- 
paravant, au  roi  Hugues  qui  refusa,  par  amour  de  la  paix 
probablement,  et  aussi,  d'après  ses  propres  paroles,  pour  ne  pas 
prendre  un  château  qui  était  à  son  neveu ^  Pierre  P''  n'eut 
pas  de  tels  scrupules.  Gorigos  était  pour  lui  une  conquête 
nécessaire  :  avec  une  garnison  chrétienne  dans  sa  citadelle, 
une  nouvelle  croisade  aurait  retrouvé  enfin  ce  point  de  débar- 
quement qu'elle  avait  perdu  par  la  chute  d'Acre.  L'origine  de 
Léon  VI  n'était  pas  pour  lui  un  empêchement,  et  l'Arménie, 
que  se  disputaient  d'innombrables  prétendants,  se  serait  ralliée 
peut-être  à  la  branche  aînée  des  Lusignan,  si  une  armée  chy- 
priote, assez  puissante  pour  la  secourir,  s'était  présentée 
devant  une  de  ses  forteresses.  La  réunion  de  ce  royaume 
si  riche,  avec  ses  grandes  voies  commerciales,  aurait  accru  les 
forces  de  l'île  et  sa  prospérité  :  c'était  peut-être  le  rêve  de 
Pierre  I*""  que  cette  union  des  deux  derniers  Etats  chrétiens 
de  l'Orient,  union  qu'il  pensait  accomplir,  devenu  roi  d'Ar- 
ménie, dans  ses  dernières  années  de  combat,  et  que  sa  mort 
rendit  pour  toujours  impossible. 

Situé  sur  le  bord  de  la  mer,  entre  la  Cilicie  trachée  et  la 
Cilicia  campestris^,  entre  le  Sélef  et  le  Lamas,  près  de  l'an- 


1.  Mâcheras,  p.  59. 

2.  Ibid.  :  «  Ms  to  OeXrfar)  ô  Gsô;  va  7:âpw  tô  xiatpov  tou  àvT)(|<ioS  {loCÎ  !  » 

3.  On  lui  donnait  au  moyen  âge  les  noms  de  Gorigos,  Curchi  (Lan- 
glois,  Trésor  des  chartes  de  l'Arménie,  p.  149\  Curco  (Géof/r.  d'Aboul- 
fédn,  tr.  Reinard,  t.  H,  p.  i,  p.  277),  Korghos  (Mas-Latrie,  La  prise 
d'Alex.,  note  38),  Cure,  le  Coure  et  le  Court,  syrien  Kurikus  (Mas- 
Latrie,  Ilist.  Ch..  t.  II,  p.  75,  note  1),  Corkos  (Tudela,  tr.  Bergeron, 


—  112  — 

cien  Korykos',  Gorigos  occupait  une' des  positions  les  plus 
fortes  du  littoral.  La  ville  s'étendait  sur  la  côte  et  sur  un  écueil 
qui  s'avançait  dans  la  mer^;  c'était  un  des  ports  les  plus 
importants  au  xiv"  siècle^;  les  Génois  le  préféraient*  comme 
étant  le  mieux  situé  pour  le  commerce  avec  Iconium".  En 
1375,  sa  douane  produisait  un  revenu  de  3,000  florins  ^  Les 
environs,  bien  que  très  fertiles,  sont  montagneux  et  faciles  à 
défendre:  un  voyageur  italien  les  comparait  avec  l'Istrie^ 

Le  château  lui-même,  le  Karak,  se  trouvait  à  six  milles  du 
littoral,  un  second  défendait  l'écueil  :  il  était  en  ruines  lors- 
que Barbaro  le  vit,  mais  paraissait  avoir  été  «  fort  beau  et 
bien  bâti  ».  Des  inscriptions  arméniennes,  d'un  caractère  très 
ancien,  dit  le  même  voyageur,  étaient  sculptées  sur  les  murs^ 
Hayton,  puis  Schaban^  l'ambassadeur  de  Léon  VI  en  Occi- 
dent (1380),  furent  comtes  de  Gorigos. 

Pierre  P""  n'hésita  pas  à  y  envoyer  une  garnison  chypriote 
le  15  janvier  1359.  11  continuait  à  fournir  des  vaisseaux  pour 
la  défense  de  Smyrne'",  ainsi  que  l'avait  fait  son  père.  Les 
deux  vaisseaux  furent  mis  sous  le  commandement  de  Robert 
de  Lusignan",  chevalier  anglais,  appartenant  sans  doute  à  la 


p.  l'j),   Corico,  ap.  Ramusio  (t.  II,  99-100),   Qurc  (Caumont,   Voy.  en 
Terre-Sainte,  p.  79). 

1.  Langlois,  Trésor  des  chartes,  p.  126;  Voyage  en  Cilicie,  pp.  197- 
199.  V.  les  ruines  dans  le  Voyage  en  Caramanie,  de  Favre  etMandrot. 

2.  Barbaro,  ap.  Ramusio,  pp.  99-100. 

3.  Mas-Latrie,  L'ile  de  Chypre,  pp.  297-8. 

4.  Mas-Latrie,  Des  relations  de  l'Asie  mineure  avec  l'île  de  Chypre, 
Bib.  de  l'éc.  des  ch.,  2«  série,  t.  I,  p.  303. 

5.  Heyd,  o.  c,  t.  I,  p.  370. 

6.  Mas-Latrie,  LHle  de  Chypre,  p.  298.  Les  Turcs  y  revinrent  comme 
marchands  après  la  conclusion  de  la  paix.  Il  était  important  déjà  sous 
la  domination  byzantine,  AnneComnène,  éd.  Bonn,  t.  II.  pp.  120-21. 

7.  Barbaro,  il>id.,  «  montuosi  esassosi».  Le  territoire  de  Gorigoss'é- 
tendait,  dit  Mâcheras  (p.  58),  de  l'église  de  la  Sainte-Trinité  jusqu'à 
Pilerga,  où  se  trouvait  la  douane  :  «  xal  va  y.a-on^jr,  È;-à  'ESpaî-z.a  (oSpaîxa; 
Strambaldi  :  Zueca)  vàixr)  £■.;  to  Koupîxoç,  ToOrtsaTiv  t6  xaateÀÀ'v  Tou  Koj- 
pi/.ou.  »  Barbaro  cite  parmi  ses  productions,  du  blé,  du  coton, 
du  bétail  et  de  très  beaux  fruits  ;  l'air,  dit-il,  y  est  tempéré  (ibid.). 
Cf.  Machaut,  p.  136. 

8.  Barbaro,  ibid.  L'autre  château  se  trouvait  à  «  un  trar  d'arco  » 
(ou  de  baliste,  dit-il  ailleurs),  de  la  mer. 

9.  «  Cornes  de  Curco  »  (Langlois,  Trésor  des  chartes  d'Arménie,  p.52). 

10.  KaTepya  t^ç  MûpvTjÇ,  Machéras,  p.  59.  Cf.  Strambaldi,  «  le  galère 
de  Smirne  »,  et  non  de  Myra,  que  Pierre  ne  possédait  pas  encore 
(Machères,  t.  II,  p.  63). 

11.  Machéras,  TeXqu^S,  Strambaldi  (seul)  :  de  Lusignan,  cf.  Bustron 


—  113  — 

branche  de  Poitou.  Il  partit  à  cette  date,  de  Srnyrne 
môme,  peut-être.  Les  habitants,  heureux  d'échapper  enfin  aux 
dévastations  périodiques  des  Turcomans  et  des  Sarrasins, 
sortirent  à  sa  rencontre.  Robert,  que  Pierre  avait  nommé 
capitaine  de  la  ville',  entra  avec  cinq  compagnies  d'arbalé- 
triers et  leur  fit  prêter  le  serment  dans  la  cathédrale,  où  se 
conservait  cette  image  miraculeuse  de  la  vierge  de  Gorigos 
qui  avait  tant  contribué  à  la  défense  de  la  citadelle ^  Le  roi 
annonça  au  pape  cette  conquête  facile,  si  importante  pour 
ses  projets  futurs,  et  le  pria  de  l'autoriser  à  envoyer 
chaque  année  à  Gorigos  les  deux  vaisseaux  qu'il  était  tenu 
de  fournir  pour  la  défense  de  Smyrne^  Sa  proposition  fut 


et  Amadi.  M.  de  Mas-Latrie  serait  disposé  à  y  voir  un  Lusignan  du 
Poitou,  venu  pour  faire  sa  fortune  au  service  de  ses  parents  {L'ile  de 
Chypre,  p.  161).  Il  y  avait  cependant,  en  Italie,  un  village  de  Lucignano, 
cité  dans  la  (.'hronique  de  Minerbetti  {Rer.  It.  Scr.  de  P'iorence,  col. 
100),  et  une  famille  de  Lusignano,  en  Lombardie  (Chron.  Berg.,  Mur., 
XVI,  900  I)).  (3e  qui  plaide  pour  la  première  hypothèse,  c'est  que  Robert 
était  un  chevalier  «  anglais  ». 

1.  «  Ka7:cTavov  toû  ajToj  xâaTpou  »,  p.  .59.  Il  semble  Cependant  que  la 
ville  elle-même  n'était  plus  occupée  par  les  Turcs;  leurs  expéditions, 
qui  avaient  pour  but  principal  la  prise  de  la  citadelle,  se  bornaient  à 
dévaster  les  environs  de  Gorigos,  qu'ils  quittaient  ensuite.  Mâcheras 
(p.  58)  parle  du  territoire  de  Gorigos  (r)  y.wpa  toù  Kouoixo;)  qui  n'était 
pas  encore  soumis  aux  émirs,  conquérants  de  presque  toute  l'Ar- 
ménie. Les  habitants  s'étaient  cependant  retirés  de  la  ville  (dans  une 
île  près  du  port  ëÇoj  'ç  tô  vrialv  et  dans  la  citadelle),  pour  ne  pas  être 
surpris  par  de  nouvelles  invasions,  d'autres  s'étaient  enfuis  en  Chypre. 

2.  Mâcheras,  p.  60  «  xf^c,  Oauixaax^;  S'.y.ovo;  xr];  Ko'jpoj/.i(oT;aaa;  sî/ovo; 
(y  a-t-il  une  erreur?)  toû  Oeou.  Elle  se  montra  dans  une  vision,  au  grand 
Caraman,  qu'elle  rendit  aveugle  pour  quelques  jours.  L'émir  se  retira 
et  chercha  a  l'apaiser  par  des  cadeaux.  Un  morceau  de  coton  frotté  à 
l'image  le  guérit  (ihid.). 

3.  La  plirase  est  assez  obscure.  Kat  ètîoîxîv  -o  vrja'tv  toCî  r^i-Ka, 
xa'i  Èî^rjxrjaî'v  tou  p'  xâxîpya  xà  rf-:o'/  xo  vr)a';v  xf);  K'jrcpO'J  xpaxrjaiva  va 
-£t];r)  cïçxrjv  [ilér^riaiv  xi^;  Mupvr];  (Machéras,  p.  60.  Strambaldi  traduit  le 
passage»  alla  guardia  délia  Smirne»,  ce  qui  est  la  vraie  leçon.  M.  Miller 
admet  la  version  KupTÎvT]ç,  où  il  voudrait  voir  Gorigos  (II,  j).  63).  II  est 
bien  question  des  galères  de  Smyrne,  dont  c'est  le  nombre.  Le  récit 
de  Machéras,  d'après  les  papiers  de  la  cour  royale  (KaOw;  x6  r,Zjav 
Ypa(^rj.cvov  £1?  xr)v  aùXr]v  x^v  pr(Yâxtx7]v,  p.  58),  est  très  circonstancié  et 
parait  exact.  Les  informations  de  Macliaut  sont  complètement  fausses: 
la  pitadelle  n'étant  pas  occupée  par  les  Turcs,  les  troupes  du  roi  n'eu- 
rent pas  à  la  prendre  de  vive  force  (p.  20)  ;  cf.  «  Tout  fu  mort  quan 
qu'il  trouva  »  (ibid.).  Personne  ne  fut  tué  certainement,  puisqu'il  n'v 
avnil  pas  d'ennemis.  La  version  est  admise  par  M.  Herquet  (p.  9). 
La  date  est  bien  1859  et  non  1361  (Delaville  le  Roulx,  p.  119).  Le  récit 
de  Lorédan  est  fantaisiste  (I,  o87-9).  Cf.  les  récits  très  courts  de  Bus- 
tron  (p.  259)  et  d'Amadi  (411)  qui  abrègent  Machéras,  etJIisl.  Annén., 
I,  639,  711. 

N.  JonG.\.  Philippe  de  Mézières  8 


-  lli  — 

acceptée  par  Innocent  VI,  et  Gorigos  se  défendit  vaillamment 
contre  les  Turcs  jusqu'en  1448. 

Une  garnison  chrétienne  dans  Gorigos  était  une  menace 
perpétuelle  pour  les  États  du  grand  Caraman,  qui  ne  pouvait 
pas  souffrir  tranquillement  cette  agression  des  chrétiens,  depuis 
si  longtemps  paisibles.  Il  comptait  réunir  toute  l'Arménie, 
dont  il  était  le  principal  ennemi,  à  ses  possessions,  et  la  ten- 
tative heureuse  de  Pierre  P'"  le  menaçait  de  lui  faire  perdre  sa 
sécurité.  Ibrahim  Bey,  prince  énergique  et  actif,  était  sans 
doute  parmi  les  plus  puissants  des  émirs  qui  s'étaient 
partagé  l'ancien  empire  d'Iconium,  dont  la  capitale  Konieh 
allait  devenir  la  sienne.  Ilpossédait  toute  l'ancienne  Cappadoce 
et  une  partie  de  Lycaonie';  ses  forces  étaient  imposantes. 
II  avait  sous  ses  ordres  40,000  hommes  au  moins  ^  Son 
territoire  contenait  150  forteresses  et  14  villes ^  parmi  les- 
quelles Alaiïa  «  que  le  vulgaire  nomme  Alaïa^«,  ou  Candelore, 
l'ancien  Coracesium  peut-être,  sur  la  frontière  de  la  Cilicie 
trachée^  (ville  dont  on  voyait  encore  les  ruines  importantes 
au  siècle  passé  '^  et  qui,  surplombant  le  bras  de  mer  qui 
sépare  Chypre  de  l'Anatolie,  dominait  le  bassin  oriental  de  la 
Méditerranée;,  Larendah,  qui  donna  jadis  son  second  nom  de 
Caraman  à  la  principauté,  et  la  capitale  de  l'émir,  Ermenek. 

Le  grand  Caraman  n'entretenait  pas  de  très  bonnes  rela- 
tions avec  ses  voisins.  Tout  en  recherchant,  avec  beaucoup 
d'habileté,  l'amitié  des  Mongols  et  celle  du  Soudan  d'Egypte, 
il  pensait  à  s'agrandir  aux.  dépens  de  ses  voisins  de  même 
religion.  L'Asie  Mineure,  démembrée  après  la  chute  de 
l'empire  des  Seldjoucides,  le  tentait:  aussi  était -il  sans 
doute  craint  et  haï,  ainsi  que  l'affirme  Schehàb-Eddin  pour 
son  voisin  de  Kermian,  par  tous  les  autres  émirs  plus  faibles^ 


1.  Hist.  Armmiens  des  croisades,  p.  711. 

2.  Schehàb-Eddin,  d'après  les  récits  du  scheïk  Haïder-Orian  (tr. 
Quatremère,  dans  les  Notices  et  extr.,  Xlll,  p.  342). 

3.  Ibid.,  p.  373. 

4.  Ihid. 

5.  Sur  son  identification  avec  Coracesium,  v.  Corancez,  Ilinéraire 
d'une  partie  peu  connue  de  l'Asie  mineure,  Paris,  1816,  8",  p.  369-70. 
«  11  est  certain  que  Coracesium  ne  pouvait  estre  éloigné  d'Alaïa  »  (ibid.). 

6.  Corancez,  l.  c,  p.  365. 

7.  «  Les  émirs  turcs  le  (l'émir  de  Kermian)  haïssent  et  font  tout  ce 


—  115  — 

Cependant,  devant  le  danger  d'une  invasion  chrétienne, 
l'inimitié  entre  Musulmans  disparut  :  une  ligue  se  forma  entre 
Ibrahim-Bey  et  deux  émirs  de  la  côte,  celui  de  Satalie  et  de 
Monavgat,  sur  les  bords  de  l'ancien  Mêlas  '.  Des  vaisseaux 
furent  rassemblés  dans  les  ports  de  l'Asie  Mineure  pour  châtier 
cet  ennemi  si  entreprenante 

Pierre  1*"'  prévint  leur  attaque.  Il  aurait  commencé  plus  tôt 
la  guerre  sainte,  si  les  affaires  de  l'île  ne  l'avaient  retenu  pour 
quelque  temps.  Il  donna  la  chasse  aux  pirates  catalans  qui 
infestaient  les  eaux  de  Chypre  (1359)*,  puis  une  querelle 
éclata  à  Famagouste  entre  les  troupes  qu'il  rassemblait  pour 
la  croisade,  et  ses  anciens  soldats,  chypriotes  et  syriens,  que- 
relle sanglante  qui  fut  terminée  par  des  pendaisons*.  Enfin, 
sa  position  même  fut  ébranlée  par  les  plaintes  qu'adressa  son 
neveu,  Hugues,  au  pape  et  au  roi  de  France.  Celui-ci  prit  cha- 
leureusement sa  défense.  Hugues  vint  demander  justice  à 
Avignon  avec  des  lettres  de  Jean  11  et  de  l'empereur  Robert, 
à  qui  sa  mère  s'était  remariée  ë  II  trouva  le  pape  bien  dis- 
posé en  sa  faveur,  sans  doute  par  le  souvenir  des  démêlés 
du  comte  de  Tripoli  avec  son  père,  démêlés  où  Innocent  VI 
avait  été  contraint  d'intervenir.  Il  écrivit  au  nouveau  roi 


qu'ils  peuvent  pour  le  détruire  »  (Schehâb-Eddin,  ap.  Quatremère, 
/.  c,  p.  340). 

1.  Aupurd'hui  Manavgat,  sur  les  bords  de  la  rivière  de  Manavgat-Sou 
(Mêlas?).  H.  de  Mas-Latrie,  Citron,  d' Amadi,  p.  411,  note  3.  Cf.  Mâcheras: 
Tot  àpEvxriv  Tov  MovoGyâxriv  (ce  qui  ferait  croire  que  c'était  le  nom  même 
de  l'émir,  p.  61)  et  Strambaldi:  «signer  Monungati  »,  Amadi:  «  Monov- 
gati  »  (p.  4tl),  Bustron,  «  Monogati  »  (p.  259),  ms.  de  Paris  :  «  Monan- 
gati  »,  Méziéres,  Vila  S.  Thomae,  A.  6'.,  Janv.,  11,  p.  1006,  «  Monon- 
gati  »,  Lorédan  (1,  389):  «  Monoaguti  ».  Ce  n'est  pas  en  tout  cas  le 
«  seigneur  Monougati  »  (Dclavillele  Roulx,  I,  p.  130,  n"  3),  L'alliance  ne 
fut  pas  conclue  non  plus  entre  les  émirs  de  Lajazzo  et  d'Alaïa  (Can- 
delore,  ihid.,  119).  Alaia  appartenait  au  grand  laraman,  à  l'époque  de 
Schehâb-Eddin  («  principauté  d'Ermenek  »,  dit-il).  Cf.  Ilisl.  A}-m.  l, 
p.  711  :  Monavgal. 

2.  L'archimandrite  Cyprien,  dans  son  Ilisloire  de  Chypre,  croit  pou- 
voir donner  le  nombre  des  vaisseaux  turcs  (30  phystes,  fnsle.,  it.),qui 
auraient  dévasté  les  côtes  de  l'ile  (ÈxaxâTfc/^av  Ta  TOftyiséXia  -^;  vrjaou, 
p.  159).  L'archimandrite  est  ordinairement  assez  exact,  et  avait  de  très 
bonnes  sources,  inconnues  peut-être. 

3.  Mâcheras,  p.  54.  Un  certain  Lucas  le  Catalan  les  commandait. 
Les  commandants  des  galères  chypriotes,  François  Spinola  et  François 
Cattaneo,  deux  génois,  s'en  plaignirent  au  roi  d'Aragon  (ibid.). 

4.  Mâcheras,  p.  58. 

5.  Maciiéras,  p.  57.  Bustron,  pp.  258-9.  Amadi,  p,  410,  Buchon, 
Nouv.  rcch.  sur  la  Morée,  II*,  Paris,  1843,  pp.  131-4, 


—  116  — 

de  Chypre,  dès  le  23  juin  1360,  une  lettre  très  sévère, 
qu'il  envoya  par  un  sergent  d'armes,  son  familier  Angelo 
de  Lucques  \  Il  objecte  le  droit  de  succession  du  premier 
né,  Hugues,  fils  du  premier  né  de  Hugues  IV,  Guy,  repré- 
sentant la  personne  du  mort^  De  plus,  une  clause  formelle 
insérée  dans  le  contrat  de  mariage  de  Marie  de  Bourbon 
attribuait  à  son  premier  né  la  succession  aux  couronnes 
de  Chypre  et  de  Jérusalem  l  Hugues  de  Lusignan  était 
donc  le  légitime  héritier-,  il  aurait  pu  poursuivre  ses  droits 
d'une  tout  autre  manière  :  il  a  préféré  le  jugement  de 
l'Église.  Qu'il  pense  donc  à  la  guerre  qui  le  menace,  son 
compétiteur  ayant  des  parents  et  des  amis  qui  l'aideront  à 
recouvrer  son  héritage  :  il  doit  sacrifier  ses  intérêts  à  la  jus- 
tice, ne  pas  vouloir  «  ce  qu'il  veut,  mais  ce  qu'il  doit  vou- 
loir* ».  Il  serait  digne  d'être  nommé  usurpateur^  s'il  refusait 
d'écouter  ces  conseils:  Hugues  de  Lusignan  serait  du  reste 
assez  bienveillant  pour  lui  accorder  sa  faveur  s'il  renonce  au  trô- 
ne. Il  lui  demande  enfin,  puisqu'il  se  pourrait  aussi  que  la  justice 
fût  de  son  côté,  de  lui  envoyer  des  ambassadeurs  solennels 
pour  décider  sur  cette  affaire.  Les  ambassadeurs  envoyés  par 
Pierre  pour  annoncer  à  Innocent  VI  son  avènement,  arrivèrent 
bientôt  ;  ils  furent  interrogés  par  le  pape  sur  les  droits  qu'avait 
leur  maître  pour  se  saisir  de  la  couronne.  Leur  réponse,  assez 
belle,  mérite  d'être  citée  :  «  Seigneur  »,  répondirent  les  envoyés, 
Raymond  Babin,  Pierre  Thénouri  et  Jean  de  Carmadino',  «  que 

1.  Rinaldi,  XXVI,  55-6. 

2.  «  Qui  dicti  sui  patris  noscitur  repraesentare  personam  et  pruno- 
genitus  dicti  Guidonis  extitit  »  ibid.,  p.  55. 

3.  «  Ac  praeterhoc  temporetractatus  matrimonii...  contrahendi,  pro 
parte  et  nomine  dicti  Kegis  conventum  fuerit  soleinniter  et  tîrmatum, 
quod  priinogenitus  exipsisGuidone  et  Maria  nasciturus  in  regno  succe- 
deret  praelibato  »,  ibid. 

4.  «  Gonsiderantes,  quod  idem  Hugo  generosis  et  potentibus  valla- 
tum  se  invenit  consanguineis  et  amicis,  qui  ad  prosequendum  ejus 
jura  tam  favorabiliter  quam  potenter  sua  eidem  praestare  valerent 
auxilia  et  favores  (ibid.). 

5.  «  Non  régis  titulum  meruisse  apud  homines,  sed  occupatons 
nomen  »,  ibid. 

6.  Trouàv  Kaptxaf;v,  génois  (Machéras,  p.  54).  Cf.  Rinaldi,  XXVI,  p.  54 
«  de  Carmayriô  ».  Carmadino  est  son  vrai  nom  (et  non  Carmadin, 
Machéras,  I.  p.  58,  cf.  note  1).  Quant  à  Pierre  Thénori,  la  forme 
grecque  est  Tevoj.o^v  et  TcvoJp  ;  Strambaldi  :  Tcnor.  C'était,  sans  doute, 
un  parent  de  Simon  Thénouri.  La  lettre  mentionnée  du  pape  n  en 
parle  pas. 


—  117    - 

Ta  Sainteté  sache  que  nos  parents  n'ont  abandonné  leurs 
maisons,  leurs  parents  et  leurs  biens  et  qu'ils  ne  sont  venus 
habiter  un  rocher  jeté  au  milieu  de  la  mer,  qu'à  la  condition 
de  faire  des  traités  et  de  rédiger  des  assises  pour  garantir 
leur  sécurité.  Si  un  chevalier,  un  baron  ou  un  roi  a  plusieurs 
enfants  qui  meurent,  les  enfants  des  morts  n'hériteront  pas, 
ce  droit  appartenant  aux  enfants  qui  vivent  encore,  Guy 
étant  mort  sans  avoir  pris  possession  du  royaume,  comment 
son  fils  Hugues  pourrait-il  hériter  ?  '  » 

Le  pape  ne  fut  pas  convaincu  cependant  par  cette  fîère  ré- 
ponse :  il  objecta  le  droit  que  ne  peuvent  pas  détruire  les  lois 
particulières,  et  demanda  au  roi  de  se  justifier  en  cour  de 
Rome,  dans  le  délai  d'un  an  après  la  réception  des  lettres.  Ce 
fut  probablement  sa  réponse  orale  aux  ambassadeurs  :  les 
lettres  elles-mêmes  sont  de  beaucoup  plus  bienveillantes  ; 
en  effet.  Innocent  VI  y  remercie  le  roi  pour  ses  offres  bien- 
veillantes à  l'égard  de  l'Église  ^  il  l'engage  à  continuer,  imi- 
tant ainsi  l'exemple  de  son  père.  Il  doit  être  juste  cependant 
et  surtout  envers  son  neveu,  ainsi  qu'il  l'a  déclaré  à  ses  am- 
bassadeurs''. —  On  pense  bien  que  ces  nouvelles  ne  furent 
pas  agréables  à  ce  roi  si  pieux,  qui  aurait  voulu  commencer 
son  règne  d'une  tout  autre  manière  ;  il  pensa  partir,  et  de- 
manda l'avis  des  barons,  qui  lui  conseillèrent  d'offrir  une  pen- 
sion au  prétendant.  Deux  nouveaux  ambassadeurs  furent  en- 
voyés à  Avignon,  Jean  du  Morf,  comte  de  Rochas,  et  Thomas 
de  Montolif,   auditeur  de  Chypre*.  Ils  partirent  de  Fama- 


1.  Mâcheras,  p.  56.  Nous  avons  reproduit,  avec  quelques  change- 
ments, la  traduction  de  M.  Miller,  II,  pp.  59-60.  Il  nous  semble  que 
c'est  la  traduction  la  plus  raisonnable  du  passage  assez  obscur  de  Mâ- 
cheras dans  lequel  xoù;  à;io6a;x£vou;  est  répété  pour  la  seconde  fois,  par 
erreur  du  copiste  :  Ka!  av  Tioîar)  xaSaXXàoT);,  îj  :rapouvT];,  T)  prjya;  TUoXXà 
Jtaioia  -/.où  àpaacjTOÙ'v  /.a:  ':ïaiOxvo'jv  Ta  7iat8;a,  xâ  'y^ovia  toj;  à7:oOa[i.£vou;  va 
[/.Èv  (lisez  :  ;i.r) [v ])  !tX£povO[ji.(ao'JV,  ruapâ  xa  ra;S'!a  xoù;  àjroOaaî'vouç,  xà 
euptixoù'vxai  Çwvxavâ  »  (p.  56). 

2.  «  Ceterum  de  eo  quod  tam  per  dictos  ambasiatores,  quam  literas 
easdem,  te  ad  omnem  reverentiam  sanctae  Romanae  ecclesiae  atque 
nostram,  liberaliter  obtulisti,  »  etc. 

3.  «  In  causa  dilocti  Hlii,  nobilis  viri  Hugonis  de  Lusignano,  nepotis 
tui,  benignus  tui  censor  existas,  prout  requirere  videatur  ipsa  ius- 
titia...  »  (Hinaldi,  t.  X.WI,  p.  55). 

4.  Et  maréchal  de  Chypre,  p.  57.  Cf.  Amadi,p.  410;  Bustron,  p.  259. 
Les  premiers  ambassadeurs  étaient  partis  de  Chypre  le  18  sept.  1359  (?) 
d'après  Mâcheras  (p.  54)  ;  les  seconds  le  9  avril  (Mâcheras,  p.  57)  ou  le 


—  118  - 

goiisle  le  18  septembre  1360  et  opposèrent  à  la  Curie  de  nou- 
velles raisons,  les  assises  et  une  attestation  des  membres  de 
la  haute  cour,  qui  déclaraient  la  succession  de  Pierre  légale'. 
Le  pape  continuait  cependant  à  défendre  les  droits  de  Hugues. 
Les  ambassadeurs  intervinrent  alors  auprès  de  ce  dernier  qui 
consentit  à  renoncer  à  ses  prétentions  pour  un  revenu  annuel 
de  50  mille  aspres^ 

Cette  somme  ne  fut  pas  payée,  paraît-il,  et  pendant  long- 
temps encore,  Marie  de  Bourbon  réclamera  pour  son  fils,  à 
Avignon  et  ailleurs.  Innocent  VI  écrivit  de  nouveau  au  roi  pour 
s'en  plaindre,  mais  sa  lettre  resta  sans  réponse '^  Des  ambas- 
sadeurs de  la  part  de  Marie  et  de  son  fils  se  présentèrent 
devant  le  nouveau  pape,  Urbain  V,  le  29  novembre  1362.  Urbain 
envoya  à  Pierre  I"  une  copie  de  ces  réclamations*  et  lui  de- 
manda de  se  rendre  favorables  ses  parents,  ainsi  que  l'exigent 
l'union  qui  doit  exister  dans  les  familles  royales,  sa  position 
difficile  («  in  faucibus  hostium  Ihesu  Christi  »),  son  honneur  de 
chevalier  et  l'obéissance  envers  l'Eglise.  Hugues  est  «  l'os  de 
ses  os  et  la  chair  de  sa  chair  »  :  il  doit  lui  servir  de  père  et 
prendre  soin  de  lui,  pour  mériter  les  remerciements  du  pape. 
Il  off're  enfin  d'être  médiateur  entre  eux,  si  des  ambassadeurs 


10  avril  1360  (Amadi,  p.  1310).  Les  deux  dates  sont  impossibles  :  Pierre 
ne  pouvait  pas  annoncer  la  mort  de  son  père  avant  le  10  octobre  1359, 
donc  c'est  de  l'année  1360  qu'on  doit  dater  le  départ  des  premiers 
ambassadeurs.  D'autre  part,  ces  ambassadeurs  étaient  arrivés  à  Avignon 
avant  le  28  juin  1360,  quand  Innocent  VI  répondit  au  roi  en  men- 
tionnant leur  arrivée.  //  faut  changer  donc  les  deux  dates  entre  elles  : 
la  première  ambassade  partit  le  9  ouïe  10  avril  1360  de  Chypre  ;  après 
quelques  semaines  de  traversée,  elle  arriva  à  Avignon,  aussitôt  après 
renvoi  de  la  lettre  pontificale  du  23  jtiin  qui  ne  les  mentionne  pas  (23 
iuin-28  juin);  ils  retournèrent  en  Chypre  vers  la  fin  du  même  mois  et 
durent  arriver  vers  le  commencement  de  septembre  1360.  Le  roi  eut 
quelques  jours  pour  se  décider  et  l'envoi  d'une  nouvelle  ambassade  le 
18  septembre  est  dans  ce  cas  très  logique.  Autrement  il  faudrait  re- 
tarder jusqu'en  1361  l'envoi  de  la  seconde  ambassade,  après  quelques 
mois  de  réflexion  de  la  part  du  roi  :  et  la  première  serait  assez  tardive 
pour  annoncer  le  couronnement  de  Pierre  I  (5  avril). 

1.  Bustron,  p.  259. 

2.  Mâcheras,  p.  57;  Amadi,  p.  410;  Bustron,  p.  259. 

3.  «  Non  miserit,  quod  vix  credere  possumus,  responsivam  »  (Arch. 
du  Vatican,  Sécréta,  245,  f"'  16  v"-7). 

4.  «  Presentibus  interclusum  ».  C'était,  dit  la  lettre,  «  des  suppli- 
cations accompagnées  d'arguments  et  de  très  humbles  prières  »,  /.  c. 
Suivent  des  lettres  adressées  dans  le  même  sens  au  prince  d'Antioche 
(f°  17)  et  à  Pierre  Thomas  qui  se  trouvait,  dit  le  pape,  en  Chypre, 
pour  «  les  affaires  de  sa  légation  »  (f°s  17-18  v"). 


( 


—  119  — 

compétents  étaient  envoyés  à  Avignon.  Pierre  ne  reçut  proba- 
blement pas  cette  lettre  :  il  était  déjà  parti  pour  l'Occident. 

Si  l'accord  de  1361  ne  fut  pas  définitif,  il  assura  la  position 
de  Pierre  l"  envers  le  pape  et  le  roi  de  France,  mit  fin  aux  in- 
trigues qui  auraient  pu  se  tramer  en  Chypre,  et  lui  permit  de 
tourner  ses  forces  vers  l'Orient.  11  se  décida  à  prévenir  l'attaque 
des  émirs  par  une  invasion. 

11  avait  cherché  dès  son  avènement  à  accroître  ses  forces. 
Les  chevaliers  et  les  troupes  chypriotes  ou  syriennes*,  que  lui 
avait  laissées  son  père,  étaient  insuffisants  pour  combattre 
des  ennemis  aussi  puissants  et  aussi  aguerris.  Jean  de  Vé- 
rone fut  envoyé  pour  lever  des  troupes  en  Lombardic  ;  Morf 
et  Thomas  de  Montolif  l'accompagnèrent  :  ils  prirent  un  grand 
nombre  de  gens  d'armes  à  la  solde  du  roi\  Des  Florentins, 
attirés  peut-être  par  leurs  offres  ou  par  la  renommée  de 
Pierre,  vinrent  en  Chypre  vers  la  mêmeépoque^  Les  troupes 
étrangères  se  trouvaient  à  Famagouste,  le  22  avril  1361*. 
quand  éclata  une  querelle  sanglante  avec  les  anciens  soldats. 

Bientôt  les  chevaliers  furent  avertis  de  se  tenir  prêts 
pour  une  expédition  :  des  galères  furent  demandées  aux  Hos- 
pitaliers, qui  en  envoyèrent  quatre,  sous  le  commandement  de 
l'amiral  de  l'ordre,  Jean  Forbin,  du  gouverneur  militaire  de 
Rhodes  et  de  plusieurs  frères.  Le  roi  lui-même  rassembla  qua- 
rante-six vaisseaux  :  le  pape  lui  en  envoya  deux,  et  douze  vais- 
seaux de  corsaires  se  rallièrent  à  l'expédition.  Le  tout  formait 
plus  de  cent  voiles,  dont  la  moitié  était  composée  de  galères^. 


1.  Mâcheras  «  xooc  Xa;  xwv  àpfxotTWV,  toÙ;  ve'ou;  [xè,  TOÙ;  jîaXi^ou;,  Toù; 
KuTtpttÔTai;  (sic),  xoù;  Suptavou;  »,  p.  58. 

2.  Mâcheras,  p.  57.  C'est  bien  Jean  de  Vérone  (T^ouàv  T£6£poùv£;), 
ainsi  que  le  nomme  Strambaldi,  et  non  Jean  de  Verni  (trad.  t.  Il,  p.  61, 
cf.  note  1).  C'était  probablement  un  Lombard,  qui  fut  envoyé  dans 
son  /i(i>/s  pour  y  lever  des  troupes. 

3.  Mâcheras  cite  un  certain  Galiot  Tapères  (TaTXc'pai;)  qui  nous  est 
inconnu,  et  Barthélémy  Traré  (p.  57). 

4.  rind. 

5.  Mâcheras  en  compte  ll'i,  y  compris  les  vaisseaux  du  pape  et  des 
Hospitaliers  (p.  61).  Les  vaisseaux  chypriotes  n'étaient  pas  composés 
exclusivement  de  galères  (ijnzpà  [jLsyaXa).  Ceux  qu'envoya  le  Grand- 
Maitre  sont  nommés  d'une  manière  générale  y.izzz^x  (ibid.).  D'après 
Bustron,  la  flotte  (de  nouveaux  vaisseaux  avaient  été  ajoutés  à  Fama- 
gouste, après  l'arrivée  du  roi,  «  érspa  ÇJXa  »,  Mâcheras,  p.  61),  était  forte 
(le  'i6  galères,  20  vaisseaux  (nove)  et  12  «  fustes  ».  Des  «  petits  navires  » 
(navigli  picoli)  la  faisaient  montera  106  voiles,  y  compris  le  contingent 


—  120  — 

Sauf  le  pape,  personne,  parmi  les  princes  de  l'Occident, 
n'avait  envoyé  do  troupes  ni  de  secours  en  argent  '  ;  les 
dépenses  furent  supportées  par  Pierre  P""  seul  et  ses  barons  \ 
On  ne  connaît  pas  le  nombre  des  soldats  :  des  chevaliers  de 
l'Épée  s'étaient  embarqués,  paraît-il,  pour  l'expédition''. 

Le  roi  lui-même  arriva  à  Famagouste  le  lundi*  12  juillet 
1361,  ayant  avec  lui  la  plupart  de  ses  officiers  et  barons: 
Philippe  d'Ibelin,  sénéchal  de  Chypre  et  son  fils,  Jean  d'Ibelin, 
connétable  de  Jérusalem,  Jean  de  Lusignan%  son  propre  frère, 
Jean  de  Sur,  amiral  de  Jérusalem,  et  Jean  de  Montolif,  amiral 
de  Chypre,  son  fils  Thomas  de  Montolif  et  Hugues,  Phi- 
lippe de  Brunswick,  Jean  de  Morf,  Raymond  Babin,  Guy  de 
Mimars,  Jean  de  Carmadino  (Cremeno),  le  turcoplier  Jacques 
de  Norès,  Henri  de  Giblet,  etc/.  Des  étrangers  montèrent 
aussi  sur  les  galères  :  un  «  fils  du  comte  de  Savoie  », 
qu'on  n'identifierait  pas  facilement',  le  soigneur  de  Passit 
ou  de  Passes  (?),  le  commandant  de  Rhodes,  neveu  d'Inno- 
cent VI,  etc.    Si    le    légat  était  encore  en   Achaïe,   Pierre 


du  pape  el  la  galère  du  légat  (pp.  259-60).  Les  chiffres  que  donne 
Amadi  sont  quelque  peu  différents  :  il  compte  46  galères,  20  navires, 
12  «  gripparie  »  et  six  brigantins  ;  avec  les  petits  navires,  cela  faisait 
106  voiles,  y  compris  les  vaisseaux  que  mentionne  aussi  Bustron  («  la 
gallia  che  venue  il  legato  »,p.  44).  Cette  dernière  n'est  pas  mentionnée 
par  Mâcheras  :  d'après  Mézières,  le  légat  ne  vint  à  Satalie  qu'après 
avoir  ctr  informé  de  la  victoire  (/.  c.  p.  1006;  «  Legatus  vero  talem 
victoriam  inauditam  cum  gaudio  andienx,  Sathaliam  venit...  »),  ce  qui 
est  très  probable.  Villani  donne  des  chiffres  impossibles  :  24  «  galères 
armées»  seulement,  3  galères  de  l'ordre,  ce  qui,  avec  les  autres  voiles 
(Jegni),  et  les  vaisseaux  de  transport  {di  carico),  arriverait  au  chiffre 
de  100  voiles  (Villani,  1.  X,  c.  ixu:  éd.  Dragomanni,  v.  c,  p.  359). 
Lorédan,  et  d'après  lui  Cyprien,  mentionnent  20  vaisseaux  catalans 
(les  y.ouoaao'.y.â  de  Machéras)  et  50  galères  (et  12  barques),  Lor.,  I, 
389-91, 'Cypr.,  p.  159. 

1.  «  Per.sonalibus  laboribus  et  expensis  »  (Rinaldi,  XXVI,  p.  89). 

2.  Machéras,  p.  61  :  «  àr.ô  ttjv  Kû~pov.  ■/.«'•  ixtzô  ôcàXqjç  â^c'vTaw  »;  tr.  : 
«  Aux  frais  du  royaume  et  des  seigneurs ("?)»  (t.  11,  p.  65).  Il  y  avait  aussi 
deux  vaisseaux  génois  qui  avaient  amené  le  podestat  (Machéras,  p.  62). 

3.  Mézières,  Chevalerie,  f°  15  v"  :  «  par  la  grâce  de  dieu  mist  main 
à  l'espèe  de  son  ordre  ». 

4.  Ce  n'était  pas  un  dimanche,  ainsi  que  le  croit  Machéras,  p.  61. 
Cf.  Bustron,  p.  259,  Amadi,  p.  411.  C'est  le  24  juillet  qu'il  serait  parti, 
d'après  Matteo  Villani  (I.  X,  c.  Lxn,  éd.  Dragomanni,  p.  359). 

5.  C'était  le  prince  (d'Antioche),  Machéras,  p.  61. 

6.  Machéras,  pp.  61-2. 

7.  A  moins  qu'on  n'y  veuille  voir  un  des  trois  frères  illégitimes 
d'Amédée  VI.  V.  Guichenon,  Ilist.  généal.  de  la  roy.  maison  de  Savoie 
(réimpr.  de  Turin,  1778),  I,  398. 


—  121  - 

de  Chambcrlhac,  archevêque  de  Nicosie,  avait  armé  lui- 
môme  une  galère.  Celles  que  l'île  devait  fournir  pour  la 
défense  de  Smyrne  se  réunirent  à  la  flotte. 

Pierre  I"""  s'embarqua  le  môme  jour  avec  ses  troupes.  On  ne 
connaissait  pas  la  destination  de  l'expédition,  qui  fut  enve- 
loppée d'un  secret  tout  aussi  grand  que  celle  d'Alexandrie  K 
On  s'arrêta  à  Salines  pour  prendre  200  chevaux  de  guerre  ^ 
puis  à  Myloi'',  où  on  embarqua  les  provisions  et  le  fourrage. 
Des  envoyés  du  seigneur  de  Satalie,  qui  prévoyait  le  but  de 
l'attaque,  se  présentèrent  devant  le  roi  avec  des  lettres  et 
des  présents  :  Pierre  prit  avec  lui  les  vaisseaux  des  ambas- 
sadeurs et  se  dirigea  vers  la  ville*. 

Satalie  est  située  en  face  du  cap  de  Saint-Épiphane,  qui 
termine  l'île  de  Chypre  au  nord-ouest,  au  fond  de  ce  golfe  si 
effrayant  et  si  dangereux  pour  les  navires,  avant  l'arrivée 
bienfaisante  de  Sainte-Hélène \  Le  port  est  à  l'orient  de  la 
rade,  une  rade  étroite,  creusée  dans  les  dernières  ramifica- 
tions du  Taurus.  De  hautes  montagnes  le  surplombent  à 
l'ouest:  il  est  défendu  par  une  double  muraille,  que  termi- 
naient jadis  des  tours,  aujourd'hui  en  ruines*.  Au-dessus  de 
la  mer  s'étend  une  très  belle  plaine  que  la  chaleur  rend  in- 
salubre; on  y  remarquait  d'admirables  bosquets  d'orangers 
et  de  limons  doux.  Plus  haut  s'élevaient  des  platanes  et  des 
groupes  d'arbres  de  l'Occident".  Pour  arriver  à  la  ville",  on 


1.  Au  moins  d'après  Villani,  /.  c.  :  «  non  sapendo  dove  si  dovesse 
andaro  »,  mais  Maclioras  déclare  que  l'émir  connaissait  ses  projets  :  il 
envoya,  du  reste,  des  ambassadeurs  pour  apaiser  le  roi  (p.  62). 

2.  Bustron,  p.  260. 

3.  «  Eî;  Toj;  MjIou;  »,  Machéras,  p.  62. 

4.  Machéras,  pp.  62-3. 

5.  Et.  de  Lusignan.  «  l'espouvantable  goulTrc  de  Sathalie  »  (f"  'i  v), 
d'après  les  chroniques.  Cf.  lieauvau  de  .Manonville  et  M.  de  Brèves, 
Relation  d'un  voyage  en  Asie  mineure.  1610,  pp.  113-4. 

6.  «  11  (le  port)  est  petit  et  défendu  par  une  double  muraille...  Les 
deux  extrémités  du  mur  étoient  autrefois  garnies  de  tours  qui  tombent 
aujourd'hui  en  ruines  »  (Corancez.  o.  c.  p.  385). 

7.  u  Assez  forte  (ville)  et  ancienne,  mais  bien  plaisante,  à  cause  de 
plusieurs  fontaines  et  ruisseaux  qui  passent  par  la  ville,  et  aussi  beau- 
coup de  jardins  pleins  de  citrons  et  d'oranges  «(Beauvau,  o.c  .p.  llo-I'i). 
Cf.  Corancez,  l.  c,  p.  387  :  «  Des  eaux  courantes  les  arrosent  dans 
tous  les  sens,  les  orangers,  les  limons  doux  et  les  citronniers  y  forment 
des  bosquets.  En  dessus  s'élèvent  des  platanes  magnifiques,  et  tous  les 
grands  arbres  de  nos  climats  ».  Cf.  le  voyage  Lebruyn,  p.  522. 


—  122  — 

prenait  un  escalier  taillé  dans  le  roc'  :  la  porte  qui  le  terminait 
donnait  accès  au  quartier  habité  par  les  Turcs  seuls.  On  voyait 
encore  au  xviif  siècle  des  croix  de  Jérusalem  sculptées  sur  ces 
premiers  murs  et  même  «  un  escusson  avec  une  croix...  et 
trois  aliénons^  ».  Puis  une  seconde  muraille  séparait  cette 
ville  fortifiée,  d'un  autre  quartier  ou  de  deux  autres  même, 
situés  plus  au  nord,  sur  la  cime  même  du  rocher*:  les  mar- 
chands chrétiens  et  juifs  y  habitaient  séparément,  et  Ludolphe 
de  Sudheim  parle  d'une  église  célèbre  où  se  trouvait  une  de.s 
trois  images  de  la  Vierge  peintes  par  saint  Luc. 

Au  quatorzième  siècle,  la  ville  était  la  capitale  d'une  prin- 
cipauté turque  assez  puissante.  Tacca  (l'émir  du  Tekké-IU), 
le  prince  qui  s'était  allié  avec  ses  voisins  contre  les  armes 
des  chrétiens,  possédait  douze  villes  et  vingt-cinq  forteresses. 
Ses  troupes  se  composaient  de  8,000  cavaliers^,  de  40,000, 
d'après  d'autres  sources.  C'était  une  forteresse  presque  im- 
prenable^ et  en  même  temps  un  des  ports  les  plus  riches  de 
la  côte  d'Asie.  Les  vaisseaux  vénitiens,  revenant  de  l'Egypte, 
s'y  arrêtaient.  Elle  échangeait  les  productions  de  la  Cara- 
manie  et  du  centre  de  l'Asie  Mineure,  l'adragante  solide  entre 
autres,  pour  les  draps  de  Chàlons,  de  Narbonne,  de  Perpignan 
et  de  Lombardie^.  La  ville  devait  être  très  peuplée  à  cette 


1.  «  Lorsqu'on  va  de  là  (le  port)  à  la  ville,  on  rencontre  d'abord  une 
rue  qui  va  en  montant,  au  bout  de  laquelle  est  une  des  portes,  où  l'on 
voit  encore  les  armes  de  Jérusalem  »  (Lebruyn,    Voyage  au  Levant, 

p.  522).  «  La  ville  en  (du  port)  est  séparée  par  une  muraille qui 

forme  son  enceinte,  et  on  n'arrive  dans  l'intérieur  qu'en  montant  un 
escalier  taillé  dans  le  roc  »,  Corancez,  /.  c,  pp.  388-9. 

2.  Beauvau,  o.  c,  114  :  «  Armoiries  chargées  de  croix  »  et  pp.  114-15. 
Cf.  Lebruyn,  p.  522. 

3.  Corancez  mentionne  un  «  faubourg  assez  étendu  »  au  nord  de  la 
ville  :  il  était  habité  par  les  Juifs  et  les  chrétiens  (p.  388).  D'autre  part, 
la  ville  était  bâtie  sur  le  penchant  et  la  cime  d"un  rocher  qui  domine 
le  port.  Cf.  Ludolphus  de  Sudheim,  c.  XLir  :  «  Scacalie  eciam  tria  gênera 
diversorum  hominum  degunt.  In  prima  parte...  Greci...  In  secunda 
parte...  Thurci...  In  parte  qua  degunt  Greci  est  ymago  béate  Marie  in 
tabula  depicta.  quarum  très  sunt  in  mundo,  una  Rome,  alla  Constanti- 
nopoli,  tercia  Scacalie  ».  Cf.  Mas  Latrie,  Vile  de  Chypre,  pp.  263-4, 
Villani,  p.  82,  Arck.  Or.  latin,  II,  347. 

4.  Schehâb-Eddin,  o.  c,  pp.  371-2.  On  la  nommait  aussi  Antaliah, 
Adalia,  Scctalia,  Seplalia,  Antalia  (ihid.).  «  Les  troupes  du  souverain 
d'Antalia  s'élèvent  environ  à  40,000  (sic)  cavaliers  »  (Schehâb-Eddin, 
d'après  le  scheïk  Haïder-Orian,  p.  338). 

5.  «  Civitatem  invictissimam  »  (.4.  S.,  l.  c,  p.  1006). 

6.  Depping,  Hisl.  du  comm.  du  Levant,  1832,  t.  I,  p.  lit. 


—  123  — 

époque',  mais  les  habitants  étaient  loin  de  pouvoir  opposer 
quelque  résistance  à  une  armée  d'invasion.  «  Sa  population 
n'est  nullement  belliqueuse,  dit  Schehàb-Eddin,  et  peu  capable 
d'inspirer  de  l'effroi  à  ses  ennemis^  »  Ce  n'était  pas  la 
première  fois  qu'elle  était  attaquée  par  des  chrétiens  :  la  flotte 
de  Louis  Vil  s'y  était  déjà  réunie  pour  cette  conquête  de 
la  Syrie  qui  finit  d'une  manière  si  lamentable.  Les  Chy- 
priotes  avaient  dirigé  une  expédition  contre  elle  dès  le  com- 
mencement du  règne  de  Hugues  P'"^. 

L'émir  ne  se  trouvait  pas  à  Satalie  même,  à  l'arrivée  des 
vaisseaux  chrétiens,  qui  abordèrent  à  Tétramili,  le  23  août 
1361  ^.  La  ville  n'était  pas  préparée  à  se  défendre  et  la 
conquête  fut  facile.  On  débarqua  d'abord  deux  cents  chevaux, 
les  engins  et  quelques  troupes  sous  le  commandement  du 
frère  du  roi,  le  prince  d'Antioche^  Il  mit  le  siège  devant  la 
ville,  qui  ne  tarda  pas  à  se  rendre.  Pierre  P""  arriva  lui-même 
le  24,  et  la  forteresse  fut  prise  d'assaut*  le  soir  du  même 
jour.  Le  roi  y  entra  «  glorieusement  ^  »,  dit  Mézières,  tandis 
que  ses  soldats  mettaient  à  sac  la  ville  et,  probablement,  le 
port.  Les  cruautés  ordinaires  dans  les  guerres  entre  chré- 
tiens et  musulmans  se  répétèrent,  s'il  faut  en  croire  Froissart 
et  Machaut  :  d'après  le  premier,  les  habitants  auraient  été 
tués  sans  distinction  d'âge  ;  le  second  raconte  avec  enthou- 
siasme l'incendie  de  la  ville  qui  fut  «  arse  et  brûlée  », 
tandis  qu'on  pillait  les  draps  de  soie  et  d'or  qui  s'y  trou- 
vaient   en   abondance  ^    Ces   informations    paraissent  assez 


1.  Elle  n'avait,  on  1816,  que  trois  à  quatre  mille  maisons  et  de  quinze 
à  vinst  mille  hal)itants,  Corancez,  /.  c. 

2.  P.  372.  Cf.  Villani,  l.  c. 

3.  Mas-Latrie,  L'île  de  (Ihi/pn-,  pp.  212-3.  Elle  fut  restituée  aux 
Turcs  après  l'assassinat  de  F'ierre  I'"'".  Elle  était  célèbre  au  xv"  siècle 
encore  pour  les  aromates,  les  épices  et  les  autres  produits  de  l'Asie  {ibid. 
212-3).  Les  Francs  en  avaient  fait,  au  xviii"-"  siècle,  une  échelle  pour  le 
commerce  des  cuirs  et  des  tapis  de  Caranianie  (Fieauvau,  o.  c.  p.  1 14-5). 

4.  Mâcheras,  p.  62  (TexpaijLiXtv);  Strambaldi  :  Tramil.  L'èmxv  se  serait 
retiré  devant  les  chrétiens,  d'après  Villani  (/.  c):  «  il  signore  che  v'era 
con  poca  gente,  se  ne  usci.  »  Cf.  Amadi,  p.  411. 

5.  Mâcheras,  ibid..  xov  ::p!v-:rr,v. 

6.  «  Personaliter  adiit,  eteam /bWmme  expugnando...  »  C'est  ce  qui 
explique  la  férocité  des  troupes  {Act.  SancL.  .Jan.,  II,  p.  1006). 

7 «  Adeo  gloriose  triumphavit. ..  »  (ibid.). 

8.  Machaut,  pp.  20-21. 


—  124  — 

exactes  :  des  chevaliers  de  l'Occident,  des  Français  môme 
avaient  pris  part  à  cette  expédition  '. 

Tacca  revint  bientôt  de  Stenon,  où  il  s'était  retiré  :  il  avait 
rassemblé  une  armée  de  trois  mille  cavaliers  et  fantassins  et 
Satalie  allait  être  reprise,  si  les  chevaliers  de  Rhodes,  qui 
connaissaient  la  manière  de  combattre  des  Turcs,  n'avaient 
pas  été  sur  leur  garde.  Ils  soutinrent  l'attaque  des  Turcs 
jusqu'à  l'arrivée  des  autres  troupes  et  Tacca  dut  se  retirer. 
Il  allait  revenir  bientôt,  et,  pendant  tout  le  temps  de  la  domi- 
nation chrétienne,  la  garnison  eut  à  combattre  contre  les 
armées  de  l'énergique  émir^ 

La  prise  de  Satalie  anéantit  la  ligue  de  1360:  l'émir  de 
Monovgat,  puis  celui  d'Alaïa  ou  de  Candelore,  qui  repré- 
sentait dans  la  ville  l'autorité  du  grand  Caraman,  envoyèrent 
au  roi  des  ambassadeurs  pour  demander  la  paix.  Ils  offraient 
de  payer  un  tribut,  de  recevoir  ses  drapeaux  et  de  reconnaître 
sa  suzeraineté.  Ces  conditions  furent  acceptées  et  Pierre,  ayant 


t.  «  Plusieur.s  autres,  tant  du  royaume  de  France  comme  d'ail- 
leurs »,  Les  grandes  chroniques  de  France,  édition  P.  Paris,  t.  VI, 
p.  225.  M.  Stubbs  croit  que  c'est  à  la  pri.se  de  Satalie  qu'assistait  cet 
énipmatique  Robert  de  Lusi^nan  ou  de  Toulouse  qui  serait  «  an  En- 
glishman  by  courtesy,  a  Knight  of  Rhodes  of  the  langue  of  England, 
which  would  contain  Knights  drawn  from  the  continental  estâtes  of  the 
Plantagenets  »  (p.  193).  Ce  n'était  pas  évidemment  un  chevalier  de 
Rhodes,  mais  bien  un  nf/icier  du  roi  de  Chypre,  quelle  que  fût,  du 
reste,  sa  nationalité.  Voir  sur  la  prise  de  Satalie,  Lorédan,  t.  1,  pp.  385- 
91.  Les  grandes  chroniques (VI.  p.  225)  donnent  une  fausse  date  («celuy 
jeudi,  premier  jourde  juillet  »),  tandis  qu'on  la  trouve  exacte  dans  la 
Chronographia  regum  Franconnn  :  «  die  sancti  Bartholomei  appostoli 
anno  Domini  .m".ccc".lx"[i].  »  Ed.  Moranvillé,  Société  de  l'Histoire  de 
France,  II  (1894).  p.  300.. laun  a  reporte  cet  événement  jusqu'après  la  prise 
d'Alexandrie  (II,  848).  Il  traite  très  sévèrement  Lorédan  qui  donnait 
la  vraie  date.  «  Cependant,  comme  il  y  a  apparence  que  cet  auteur  a 
écrit  sur  de  mauvais  mémoires,  ou  qu'il  a  manqué  d'exactitude,  on 
ne  doit  pas  s'étonner  si,  après  avoir  bien  examiné  tous  les  autres,  qui 
parlent  des  affaires  de  Chypre,  et  môme  de  celles  des  Turcs,  je  suis 
obligé  de  le  réfuter  si  souvent  »  (ibîd.).  Lebeuf  donne  des  détails 
quelque  peu  différents,  empruntés  à  une  Qucdam  scriplura  breviler 
recoÙecla  de  laudabili  et  devota  inlencione...  régis  Pétri  de  Lizin- 
gniaco..,  qui  précède  dans  le  ms.  499  de  la  bibl.  de  l'Arsenal  les  lettres 
de  Philippe  (f"  134.  La  première  partie  (f"^  134-5),  est  autre  que  le 
récit  de  la  Vita  ;  le  reste  fournit  des  corrections  importantes  au  texte 
des  Acla  Sanclorum. 

2.  Une  autre  version  est  donnée  par  Mâcheras  (p.  63).  Tacca  aurait 
tenté  une  surprise  en  entrant  dans  la  ville,  «  àroù  £vav  totîov  -/.pusov  » 
(un  couloir  souterrain  ?)  (cf.  Lebruyn,  p.  523);  il  se  serait  retiré  en 
voyant  la  citadelle  occupée  par  les  chrétiens. 


—  125  — 

pris  conseil  de  ses  barons,  décida  de  retenir  Satalie.  Le 
turcoplier  Jacques  de  Norès  fui  nommé  capitaine  de  la  ville  ; 
on  lui  laissa  trois  galères,  deux  cents  chevaliers,  écuyers  et 
gens  d'armes  et  cinq  cents  soldats.  Puis,  après  avoir  fait 
prêter  serment  aux  habitants,  qui  eurent  la  permission  de 
rester  ou  de  se  retirer  en  Chypre,  Pierre  1"  partit,  après  deux 
semaines  de  séjour,  le  8  septembre,  avec  le  reste  de  l'armée  '; 
voulant  s'assurer  cependant  des  dispositions  de  l'émir  d' Alaïa, 
il  débarqua  devant  la  ville  avec  ses  troupes  :  le  seigneur  sortit 
à  sa  rencontre  avec  ses  hommes  et  des  présents.  Il  offrit  même 
les  clefs  de  sa  capitale  au  vainqueur.  Pierre  les  lui  rendit  ; 
il  ne  prit  qu'un  rubis  parmi  les  présents,  mais  il  exigea  la 
conclusion  d'un  traité.  L'émir  dut  prêter  serment  au  roi  de 
Chypre  et  devenir  son  vassal  «  comme  un  esclave  soumis^  ». 
A  vrai  dire  il  s'engageait  à  peu  de  chose,  car  les  princes  musul- 
mans ne  se  faisaient  pas  scrupule  d'enfreindre  les  traités 
qu'ils  venaient  à  peine  de  conclure  ^  L'émir  de  Monovgat 
refusa  cependant  inôme  ce  serment  qui  ne  lui  coûtait  guère  : 
il  fut  profondément  attristé \  dit  la  chronique,  à  la  nouvelle 
de  l'arrivée  de  Pierre,  et  lui  envoya  des  ambassadeurs  et  des 
présents,  tout  en  s'excusant  de  ne  pouvoir  pas  venir  lui- 
même  à  sa  rencontre.  Le  roi  se  borna  à  déclarer  qu'il  le 
considérait  tout  de  môme  comme  son  vassal ''  et  partit  ensuite. 
Passa-t-il  par  Satalie  à  son  retour^  ?  C'est  peu  probable.  11 


1.  Mâcheras,  pp.  63-i;  Amadi,  pp.  411-2;  Bustron,  p.  260;  Villani, 
l.  c,  p.  83. 

2.  Mâcheras,  p.  64,  «  ooùXoç  tou  ôouXwjjlevo;  ». 

3.  En  1408,  par  exemple,  l'émir  de  Satalie,  cédant  à  quelqne  intérêt, 
promettait  aux  Vénitiens  de  se  baptiser,  de  leur  confier  ses  trésors  et 
leur  léguait  ses  états  (Sanudo,  Muratori,  XXI,  840-41  A). 

4.  «    "Htov  r.olXx  r-spilu-oç,  »,  ibid.,  p.  65. 

5.  Il  répondit  aux  ambassadeurs,  d'après  Mâcheras  (p.  65)  :  «  /  a'.pETrjasTe 

Tov   Kai   ïyix)  "Ov  o;à  èôty.ov  [i.O'J.  » 

6.  C'est  la  version  que  donne  Villani  (/.  c).  Le  roi  aurait  laissé 
même  une  garnison  à  Candelore,  ce  qui  ne  paraît  pas  être  possible, 
Lorcdan  parle  de  voyages  faits  par  le  roi  dans  quelques  autres  villes  de 
Cilicie,  qu'il  ne  nomme  pas  (t.  I,  pp.  391-2).  Ludolphe  parle  d'une  cer- 
taine ville  du  nom  de  «  Scalanwa  »,  qui  payait  tribut  au  roi  de  Chypre  : 
«  Multa  eciam  loca  et  civitates  et  insulai  regni  {sic)  Cypri  danttributum 
scilicet  Sandalor  (Candelore,  .\la'ia),  .Sca/a/mm  (.\namour?),  Satalia,  et 
alla  Turcorum  loca  »,  Arch.  Or.  lai.,  t.  Il,  p.  337;  cf.  dans  le  texte 
même  de  Ludolphe,  ch.  xui  :  «  Item  maritima  Turchie  régi  Cipri  dant 
tributum,  scilicet  Candelor,  Scabinir  sive  Scacalia  et  alia  certa  loca  et 


—  12G  — 

était  à  Cérines,  le  22  septembre  1361.  La  flotte  fut  envoyée 
à  Famagouste  et  licenciée'. 

Le  légat  ne  tarda  pas  à  revenir,  lui  aussi,  dans  l'île  : 
aussitôt  qu'il  fut  informé  de  la  prise  de  Satalie,  Pierre  Thomas, 
rempli  de  joie  pour  cette  «  victoire  inouïe  »^  s'était  hâté 
d'aller  voir  cette  nouvelle  conquête  des  chrétiens.  Il  consacra 
l'église,  nomma  des  prêtres  et  des  religieux  pour  la  célébration 
du  divin  office,  distribua  des  privilèges  parmi  les  habitants 
et  leur  fit  de  pieuses  exhortations.  Puis,  de  retour  en  Chypre, 
il  félicita  le  roi  victorieux  et  remercia  Dieu  «  pour  la  mort  des 
ennemis  de  la  foi  ».  11  y  eut  des  processions  et  des  messes 
solennelles,  et  la  parole  enthousiaste  de  l'ascète  «  anima 
merveilleusement  le  roi,  les  barons  et  le  peuple  de  Chypre, 
pour  la  destruction  des  ennemis  de  la  foi  »  '. 

Les  temps  qui  suivirent  furent  assez  difficiles  :  le  roi,  qui 
se  proposait  de  partir  pour  l'Occident,  en  fut  empêché  par  des 
troubles  en  Asie  et  par  la  peste,  qui  arriva  bientôt  en  Chypre. 

Tacca  ne  pouvait  pas  se  résigner  à  voir  sa  capitale  au 
pouvoir  des  chrétiens.  Aussitôt  après  le  départ  du  roi,  il  y 
eut  une  nouvelle  tentative  de  sa  part,  qui  ne  réussit  pas.  En 
se  retirant,  il  défendit  à  ses  Turcs  d'approvisionner  la  ville, 
qu'il  comptait  réduire  par  la  famine.  En  effet,  pendant 
l'hiver,  les  galères  de  Chypre  n'arrivant  plus  pour*  apporter 
des  vivres,  les  chevaux  furent  réduits  à  manger  des  feuilles 
d'oranger  '*.  Au  commencement  du  printemps,  13  avril  1362, 


castra.  »  Mézières  mentionne  (C/ieî;a/e?'î>,  fol5v°)  parmi  les  conquêtes 
de  Pierre  1"'  le  «  chasteau  »  de  «  Saint  Nicolas  de  Ftamirre  »  (c'est 
Myra,  où  saint  Nicolas  fut  évèque),  «  Stanauiur  »  (Anaraour)  et 
«  Antiocete  »  (Antiochette,  près  d".\namour). 

1.  Mâcheras,  p.  65;  Amadi,  p.  412;  Bustron,  p.  260. 

2.  «  Talem  victoriam  inauditam  »  (AcL  Sanct.,  Janv.,  11,  p.  1006). 
Pendant  son  premier  voyage  en  Occident,  Pierre  I'^'"  demanda  au  pape 
de  restituer  à  Satalie  son  ancien  évèché.  Urbain  V  demanda  des  infor- 
mations sur  l'existence  de  ce  dernier  aux  patriarches  de  Grado  et  de 
Constantinople  et  à  larchevêque  de  Nicosie,  1"'  sept.  13G8.  (liibi.  nat., 
ms.  lat.  898'i,  f"  219,  ap.  E.  Rey,  Recherches  gcofjraphiqucs  et  his- 
toriques sur  la  domination  des  Latins  en  Orient.  Pans,  1877,  in-8", 
p.  61). 

3.  «  Et  postea  venit  in  Cyprum  et  manus  régis  pie  confortans,  necem 
inimicorum  fldei  Deo  iaudabiliter  regratiari  fecit,  processiones  et 
missas  solemnes  pro  Victoria  Satiialiae  instituit,  et  regem  et  nobiles 
populumque  Cyprium  in  destructionem  inimicorum  hdei  mirabiliter 
in  IJeum  animavit  »  {Vita  H.  Pétri,  A.  S.,  Janvier,  11,  c.  1006). 

4.  Mâcheras,  p.  65  :  «  •/.«';  ti  àXoya  oèv  ii/jx  va  ©av  7:apà  xà  ziTpofxïjXo- 


—  127  - 

Tacca  se  présenta  de  nouveau  devant  la  citadelle  :  Jacques 
de  Norès,  sommé  de  se  rendre,  déclara  fièrement  qu'il  voulait 
se  battre  et  qu'il  ne  lui  permettrait  jamais  de  remettre  le 
pied  à  Satalic.  Les  Turcs  furent  repousses  pour  la  troisième 
fois,  et  comme  les  pillards  infestaient  les  environs,  voulant 
détourner  l'eau  d'après  l'ordre  de  l'émir,  il  fit  démolir  les 
vieilles  maisons  qui  environnaient  la  forteresse  et  couper  les 
bosquets  qui  couvraient  leurs  tentatives  \  La  citadelle  fut 
fortifiée  encore,  les  murs  réparés  et  garnis  de  tours. 

Puis  les  Turcs  du  littoral  furent  attaqués  de  nouveau. 
Jean  do  Sur,  amiral  de  Jérusalem,  partit  de  Chypre  avec 
quatre  galères,  six  taforesses  et  quatre  vaisseaux  corsaires^, 
pour  prendre  le  commandement  de  Satalie,  à  la  place  du 
turcoplier.  Il  rallia  en  passant  les  trois  galères,  qui  se 
trouvaient  ordinairement  dans  le  port  de  cette  ville,  et 
débarqua  à  Mvra,  la  patrie  de  saint  Nicolas.  La  ville,  qui 
faisait  partie  des  États  de  Tacca,  fut  assiégée  et  prise  : 
on  suivit  la  même  ligne  de  conduite  qu'à  Satalie  ;  tout 
fut  détruit  et  pillé  par  les  chrétiens,  qui  se  retirèrent  en 
brûlant  la  ville,  où  ils  laissèrent,  paraît-il,  une  garnison. 
Tacca,  surpris  pour  la  seconde  fois,  offrit  de  racheter 
Satalie,  proposition  qui  fut  repoussée  avec  indignation  par 
l'amiral.  Le  roi,  dit-il,  ne  voulait  rien  vendre,  il  achèterait 
plutôt.  Ses  menaces  sont  vaines  :  il  a  tenté  trois  fois  la 
fortune,  sans  rien  gagner.  «  Si  tu  veux  .recommencer,  je  suis 
à  tes  ordres,  et.  Dieu  aidant,  je  te  réserve  de  beaux  présents  n'\ 
L'image  de   saint  Nicolas  fut  prise   par   les  vainqueurs  et 


cpuXXa.  »  Les  hommes  ne  partagèrent  pas  cette  nourriture  frugale 
(cf.  trad.,  11,  p.  69). 

1.  Les  fossés  mômes  furent  comblés;  ibid.,  p.  66:  «  Toù;  yoû^i-ou; 
£Yc[jLtoaev.  » 

2.  Ce  sont  les  chiffres  donnés  par  Mâcheras,  p.  66.  Cf.  Araadi,  p.  '»12 
(6  fustes,  4  galères  et  4  gripparie);  Bustron ,  p.  260  (8  galères, 
4  «  fustes  »  et  les  3  galères  de  Satalie).  La  Smin'a  de  Bustron  et 
d'Amadi,  c'est  Myra,  la  ftamirrc  de  Mczières.  Myraest  située  sur  une 
petite  rivière  qui  débouche  à  l'ouest  de  la  baie  que  le  cap  Chélidoni 
sépare  du  golfe  de  Satalie.  (andelore  et  iMonavgat  (Menougat,  Allas  </u 
voyage  d'Olivier  (lîjOG),  3^  livraison)  se  trouvent  plus  près  (le  la  mer, 
sur  la  côte  orientale  du  golfe  même  de  Satalie,  Menongat  plus  au  nord 
sur  la  rivière  du  même  nom. 

3.  Mâcheras,  p.  67;  traduction,  p.  70. 


—  128  — 

apportée  en  Chypre,  où  on  la  plaça  dans  l'église  de  Saint- 
Nicolas-des-Latins  \ 

Pendant  que  la  nouvelle  conquête  des  Chypriotes  étendait 
la  domination  chrétienne  à  l'ouest  du  cap  Chelidoni,  la  peste 
dévastait  l'île.  La  maladie,  venue  de  Syrie,  était  arrivée 
bientôt  dans  les  États  des  émirs  turcoraans^  et  peut-être 
Pierre  P''  l'avait-il  apportée  avec  lui  en  revenant  de  ses 
conquêtes.  Famagouste  était  le  centre  du  fléau  :  il  y  eut, 
dit  Mézières,  jusqu'à  trente  et  quarante  morts  par  jour.  La 
peste  se  déclara  bientôt  à  Nicosie  même  '. 

Philippe  se  trouvait  maintenant  en  Chypre  où  il  était 
devenu  le  chancelier''  et  l'ami  intime  du  roi.  Il  fut  le  témoin 


1.  Ibid. 

2.  Acla  Sanct.,  janv.  II,  p.  1006. 

3.  Ilnd..  pp.  1006-7. 

4.  Les  chanceliers  de  .Jérusalem  cessent,  paraît-il,  après  le  xii»  siècle, 
avec  Guillaume  de  Tyr  {Annales  d'Outremer.  Bibl.  nat.,  n.  c,  f"  221  v"); 
Philippe  ne  porte  dans  ses  actes  et  sur  son  sceau  que  le  titre  de  cancel- 
larius  Ci/pri.  Le  premier  chancelier  de  Chypre  dont  on  connaisse  le 
nom  est  Alain,  évêque  élu  de  Nicosie  (20  février  1196,  3  janv.  1197, 
l"""  nov.  1197)  :  «  A.  cancellario  Cypri.  »  (Mas-Latrie,  Hist.  Cliypr., 
t.  III,  pp.  599-601,  605-6,  606-7).  Celui  qui  occupait  cette  dignité  au 
mois  d'octobre  1217  était  Raoul,  archidiacre  de  Nicosie  :  «  data  per  ma- 
num  Rad(ulfi),  venerabilis  cancellarii  régis  Cipri,  archidiaconi  Nico- 
siensis  ».  (Mas-Latrie,  l.  c,  111,  p.  609).  Le  même,  en  mars  1220,  sous 
Henri  1""'(/6(V/.,611),  etcnoctobrel220(/i'j/â?.,614).  Bon  vassal  d'Aude  était 
chancelier  de  Chypre  le  4  octobre  1232  (Mas-Latrie,  ibid.,  t.  III,  p.  636), 
au  mois  de  juillet  1234  {ibid.,  p.  638),  au  mois  d'août  de  la  même  année 
(«  Bonvassalus  de  Aida,  »  ibid.,  p.  639)  et  en  décembre  1239  {ibid., 
p.  643).  Un  simple  notaire,  «  Guido  Burgundus,  deSancto  Leodegario», 
signe  un  acte  daté  d'Acre  le  27  juin  1286  {ibid.,  p.  673).  Le  chancelier 
de  Chypre  était  peut-être  encore  «  Pierre,  evesque  de  Baphe  (Paphos) 
et  cancelier  du  reaulme  de  Cipre  »,  mentionné  en  octobre  1270  (Mas- 
Latrie,  Hist.  Chypre,  t.  III,  p.  662).  Henri  de  Byblos  {de  Biblio),  archi- 
diacre de  Nicosie,  porte  ce  même  titre  en  septembre  1328  (Mas- 
Latrie,  0.  c,  t.  II,  p.  143),  le  15  janvier  {ibid.,  p.  162)  et  le  31 
janvier  1330  (/6?'(/.,  164).  Ct  Anna/es  d'Outremer,  f"  226  v»,  d'après  ces 
mêmes  titres  de  la  mai.son  de  Bourbon.  Philippe  de  Mézières  (nommé 
en  1361)  porta  ce  titre  toute  sa  vie,  même  après  son  départ  pour  la  France. 
Les  affaires  étaient  régies,  en  son  absence,  par  un  vice-chancelier 
d'abord,  .Jacques  de  Saint-Michel  (Mas-Latrie.//.  Ch.,t.  III,  p.  781, note  1); 
puis  on  nomma  un  chancelier  à  sa  place  (avant  le  16  aoîit  1395),  Manuel 
«  de  Valente»,  qui  signe  àcetteépoque«imperialiauctoritatenotarius  et 
sujjradicti  serenissimi  domini  régis  cancellarius  »  (Mas-Latrie,  II, 
p.  428).  M.  Léon  Dorez  nous  signale  un  ms.  de  l'ancienne  bibliothèque 
du  baron  Stosch  {Bibliotheca  Stoschiana,  pet.  in-4o,  Lucques,  1758, 
p.  82),  qui  contient  une  collection  de  privièges  de  l'église  du  Saint- 
Sé})ulcre  d'abord,  puis  d'autres  pièces  {alin)  relatives  au  royaume  de 
Jérusalem  et  aux  Hospitaliers.  Le  ms.,  qui  se  trouve  peut-être  au 
Vatican,  appartenait  à  «  Philippe  de  Mézières,  chancelier  du  royaume 


—  129  — 

des  souffrances  des  habitants  et  des  efforts  pieux  du  légat. 
Pierre  Thomas  ordonna  des  processions  et  des  messes  d'ex- 
piation. Il  prêcha  la  pétiitence  devant  le  roi  et  la  foule.  La 
maladie  continuant  ses  ravages,  il  y  eut  une  grande  assem- 
blée des  prêtres  de  toute  confession  dans  l'église  cathédrale 
de  Nicosie  :  le  légat  lui-même  pria  pour  le  salut  du  peuple. 
Puis  toute  l'assemblée  traversa  la  ville  pour  aller  au  cime- 
tière où  elle  écouta  avec  admiration  un  grand  discours  du 
légat,  discours  digne  de  saint  Augustin,  dit  son  ami  et 
disciple.  On  célébra  ensuite  une  seconde  messe  à  Sainte- 
Sophie  ;  quand  Pierre  Thomas  eut  déposé  ses  lourds 
habits  pontificaux,  il  était  presque  mort  de  fatigue.  Un  peu  de 
pain  et  d'eau,  sa  nourriture  habituelle,  lui  rendirent  des 
forces  ^ 

Il  partit  ensuite,  accompagné  peut-être  par  Mézières,  à 
Famagouste  «  le  foyer  de  la  maladie  »'\  Des  processions 
générales  furent  organisées,  avec  des  flambeaux.  Des  Sarra- 
sins, des  Turcs,  des  Juifs,  effrayés  par  le  danger,  suivaient 
avec  piété  le  légat  qui  était,  comme  toujours,  inimitable.  Un 
nouveau  sermon,  qu'il  prononça  devant  le  peuple,  lui  gagna  le 
cœur  de  tout  le  monde,  sans  distinction  de  religion.  Le 
miracle  ne  tarda  pas  à  suivre  ses  prières.  Deux  cents  malades 
étaient  mourants  à  son  arrivée,  un  seul  succomba^. 

C'était  la  première  fois  que  se  rencontraient  dans  des  circons- 
tances si  tragiques,  ces  deux  hommes  énergiques  et  pieux,  si 
bien  faits  pour  s'entendre.  Pierre  Thomas  exerça  dès  le  com- 
mencement une  influence  décisive  sur  le  jeune  chevalier.  Il 
voyait  et  il  entendait,  dit-il,  les  actions  admirables  du  légat, 
le  roi  l'envoyait  souvent  auprès  de  lui  pour  lui  communiquer, 
bien  qu'indigne,  des  secrets  politiques  et  «  de  hautes  affaires  »  *. 

4 

de  Chypre  »,  et  sa  découverte  mettrait  en  lumière  peut-être  bien  de 
points  obscurs  relatifs  à  l'hisioire  de  Chypre  à  cette  époque  et  peut-être 
môme  à  la  biofj;raphie  de  Philippe. 

1.  Acta  Sanrlorum,  l.  c.,  pp.  1006-7. 

2.  «  Fornacem  pcstilentie  »  (ibid.). 

3.  Ibid.,  p.  1007. 

4.  «  Eiîo  cancellarius  regni  Cipri  indignus,  pn-edicta  mirabih'a 

per  manum  legati  sui  videns  et  audiens,  et  sanctifatem  ejus  conside- 
rans,  aliquando  et  communiter  referendarius  mei  domini  régis  ad 
legatum,  et  legati  ad  meiim  dominum.  in  secretis  et  altis  negotiis 
ipsorum  indignus  eram  «  (ibid.,  p.  1007). 

N.  JoHGA.  Philippe  de  Mézières.  ,  9 


^  130  — 

«  Je  confessai  au  légat,  ajoute-t-il,  mon  état  et  mon  intention,  et 
je  trouvai  un  tel  amour  dans  sa  douce  paternité  que,  si  je 
voulais  le  raconter,  le  temps  me  manquerait  et  ma  raison 
serait  trop  faible  pour  l'écrire.  Je  ne  dirai  qu'une  chose,  c'est 
que,  depuis  cette  époque,  je  le  choisis,  grâce  à  Dieu,  comme 
mon  père  très  singulier  et  lui-même  me  considéra  comme 
son  fils  indigne'.  »  Philippe  décrit  ailleurs  ces  commencements 
de  leur  amitié.  Dans  son  discours  sur  la  mort  de  son  ami,  il 
parle  de  ces  <(  épîtres  divines  »,  qu'il  lui  envoyait  jour  et 
nuit,  écrites  de  sa  propre  main,  «  épîtres  que  peu  de  gens 
auraient  pu  lire  »  ^  Il  était  «  enivré  de  son  amour  »  '*  et 
pouvait  en  pénétrer  le  sens,  lui  seul.  Il  comprit,  pour  la  pre- 
mière fois,  grâce  aux  paroles  révélatrices  du  saint,  «  que 
l'homme  ne  vit  pas  de  pain  seulement,  mais  de  toute  parole 
qui  vient  de  la  bouche  divine*  ».  C'était  sa  nourriture  spiri- 
tuelle et,  «  en  entendant  tes  discours,  ô  mon  père  bien-aimé, 
j'étais  consolé,  s'écrie-t-il,  réchauffé  [refovehar],  protégé  et 
je  m'instruisais  dans  la  voie  du  Seigneur  ».  L'amour,  que  lui 
témoignait  son  ami  était  comme  celui  du  maître  pour  son 
disciple,  du  docteur  pour  son  élève,  de  celui  qui  voit  pour 
l'aveugle,  de  celui  qui  parle  pour  le  sourd,  du  père  pour  son 
fils  adoptif.  Il  n'était  qu'un  publicain  indigne,  qu'un  pauvre 
cadet  de  Picardie  auprès  de  ce  prélat  de  langue  «  occitane  », 
si  savant  et  si  grand  par  la  mission  qui  lui  était  confiée. 
«  Qu'as-tu  vu  dans  ce  malheureux  pécheur,  continue-t-il  en 
«'adressant  au  mort,  pour  lui  témoigner  ton  amour  bien- 
faisant, puisque  tant  de  fois  tu  me  disais  secrètement  du  fond 
de  ton  cœur  aimant:  «  0  mon  frère  très  aimé,  le  chancelier,  il 
est  vrai  que  nos  corps  sont  différents,  mais  nous  n'avons 
qu'une  âme,  qui  ne  peut  jamais  se  séparer,  grâce  au  Christ?  » 
Tu  te  vantais  même,  en  disant  que  Paul  et  Barnabas  durent 
avoir  plus  de  discordes  entre  eux  que  ta  paternité  et  ma  per- 
sonne infime,  et  tu  terminais  toujours  tes  discours  en  disant 
que  tu  m'aimais  entre  tous  les  hommes  du  monde  et  plus  que 


1.  Acta  Sanct-,  l.  c. 

2.  Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  499,  f°  137  v°  :  «  quas  pauci  légère  pote- 
rant». 

3.  «  Ego  vero  amore  tuo  inebriatus...  »  {A.  S.,  l.  c). 
\.  Ms.  cité.  ibid. 


-  131  - 

tous  ces  hommes  et  ce  qui  est  plus  encore,  tu  me  recomman- 
dais à  moi,  le  pécheur,  ton  Ame  très  heureuse,  ô  mon  doux 
amour.  »  Il  entendit  pendant  trois  années  entières  ces  paroles 
aimantes  et«  enflammées  »  [igiiita);  son  cœur  et  ses  entrailles 
en  étaient  pénétrées  et  «  alors,  ajoute-t-il,  je  ne  pouvais  plus 
savoir,  ni  comprendre  clairement '.  » 

Pierre  Thomas  était  un  fervent  défenseur  de  la  croisade, 
à  laquelle  il  avait  consacré  sa  vie  entière  et  c'était  la  cause 
première  de  son  amitié  pour  ces  deux  hommes,  que  le  hasard 
aussi  avait  mis  en  contact  et  que  la  mort  seule  devait  séparer, 
le  roi,  dont  il  fut  la  main  droite,  et  le  chancelier,  qui  défendit 
avec  la  plume  et  la  parole  leur  idéal  commun. 

Nous  nous  arrêterons  quelque  temps  sur  la  biographie  de 
ce  prélat  actif  et  enthousiaste  ",  qui  fut  un  des  trois  promo- 
teurs de  la  croisade  de  1365,  qui  la  prépara  par  ses  efforts  en 
Occident  et  qui  mourut  de  désespoir,  en  voyant  la  défaite 
suivre  de  si  près  le  grand  succès  d'Alexandrie.  Plus  expéri- 
menté que  le  roi  de  Chypre  et  plus  prudent  que  lui,  plus 
savant  que  le  chancelier  et  jouissant  d'une  grande  considé- 
ration due  à  sa  piété  et  aux  services  qu'il  avait  rendus  à 
l'Église,  Pierre  Thomas  joua  un  très  grand  rôle  pendant  la 
première  partie  des  expéditions  de  Pierre  P""  et  peut-être,  s'il 
avait  vécu  plus  longtemps,  serait-il  arrivé  à  convaincre  le 
pape  de  l'utilité  de  cette  guerre,  qui  se  serait  terminée  alors 
d'une  tout  autre  manière. 

Pierre  Thomas  ou  Thomashis''  naquit  dans  le  Périgord. 
dans  un  village  de  la   paroisse  de    Salles-de-Belvès\  d'une 


i.  Ibid.  Il  se  dit  (^l'bid.)  «  super  omnes  ab  ipso  specialiter  magis 
dilectus  ». 

2.  Cette  biographie  a  été  faite  une  première  fois  (après  W'addin<r) 
par  l'abbé  Christoplie  dans  le  tome  II  de  son  Histoire  de  la  Papauté 
pendant  le  xiv»  ,<?/Vr/^  (Paris,  18'»5).  L'auteur  n'emploie  que  la  vie  écrite 
par  Mézières.  qu'il  parait  connaître  seule.  On  peut  ajouter  encore  la 

Vie  admirable  de  saint  Pierre  Thomas.  Paris,  1652.  et  Pedro  de  la 
Epifania,  Vida  y  niHaqros  de  S.  Pedro  Thomas...,  Sevilla,  165'i, 
in-'i. 

3.  «  Thomas  seu  Thomasius  »  serait  la  vraie  leçon  (et  non  Thomae), 
d'après  le  père  Daniel  de  Sainte-Marie,  qui,  dans  son  édition  de  la 
vie  du  saint,  écrite  par  Carmesson  (v.  plus  loin),  cite  «  le  registre  de 
l'église  de  Sarlat  «  :  «  An  proprium  hoc  cognomen,  vel  Thomae  filius 
indicatur?  »  se  demandait  déjà  Wadding,  dans  sa  biographie  (p.  66). 
Mézières  donne  la  forme  Thomae. 

4.  «  De  Sehreil  (.</>)  parochiae  de  Sales  de  Caravet.  prope  urbem  de 


—  132  — 

famille  obscure;  son  père  était  serf,  il  élevait  des  bestiaux  et 
Mézières  le  déclare  «  très  pauvre,  même  pour  sa  position  '.  »  Il 
avait  eu  deux  garçons  et  une  fille:  un  des  premiers  mourut; 
le  second,  Pierre,  quitta  son  village,  contraint  par  la  misère 
et  se  rendit  à  Montpazicr,  où  il  se  mit  à  l'étude  avec  beau- 
coup de  zèle  et  de  patience  :  il  mendiait  et  étudiait,  dit  son 
biographe".  Il  devint  bientôt  maître  d'école  dans  cette  ville,  mais 
sa  curiosité  et  son  ambition  peut-être  n'étant  pas  satisfaites, 
il  partit,  après  trois  ans  de  travail  courageux',  pour  Agen, 
où  il  continua  la  même  vie  d'efforts  et  de  misère.  Son  père 
ne  lui  envoyait  rien  ''  ;  il  dut  travailler  et  mendier  de  nouveau, 
pour  apprendre  la  grammaire,  la  logique  et  la  dialectique, 
(ju'il  enseignait  à  ses  camarades  plus  riches.  Telle  fut  sa  vie 
jusqu'à  vingt  ans  '". 

Il  quitta  à  cette  époque  Agen  pour  revenir  à  Montpazier '',  dans 
les  mômes  intentions  ;  son  intelligence,  frappa  l'attention  du 
prieur  et  du  lecteur  du  couvent  de  Sainte-Marie-du-Carmel, 
qui  l'amenèrent  à  Lectoure '.  Après  y  avoir  enseigné  pendant 
une  année  encore  la  logique  et  la  grammaire,  il  fut  remarqué 
par  le  prieur  de  Condom,  qui  l'attira  dans   son  couvent,  où 


Beluer  »  (Belvès,  Dordogne,  ar.  Sarlat).  Carmesson,  p.  46,  d'après  le 
registre  mentionné.  Le  père  Daniel  connaissait  aussi  des  lettres  «  isti 
extracto  annexis  »  qui  contenaient  une  donation  du  prélat  à  l'église  de 
son  village  natal  :  «  Ecclesiae  dictae  parochiae  ubi  natus  fuit  »  {ibid.). 
Ses  informations  sont  très  dignes  de  foi,  par  conséquent.  Cf.  Mézières, 
Acl.  SancL,  janv.  Il,  p.  995  :  «  Villa  quae  dicitur  Salimosa  (Sales  de 
Thomas,  d'après  Henschen,  d'où  son  nom),  dioecesis  Sarlatensis  »; 
Carmesson  :  «  villa  quae  dicitur  de  Balisinato  de  Thomas  »  (p.  4).  Wad- 
ding  (p.  1)  admet  le  «  vicus  Salinorum  ».  L'abbé  Chevalier,  Bép. 
hibiiographique,  l'identifie  avec  le  Breil  (Lot),  village  situé  entre  Salles 
et  Sainte-Foy-de-Belvès. 

1.  «  Massarius  et  terrarum  non  suarum  cultor...  in  gradu  suo  pau- 
perrimus  ».  Act.  SancL,  l.  c. 

2.  Ibid.,  «  castrum  vocatum  Mampesier  »  {ibid.,  p.  995),  Momperier 
(Carmesson,  p.  5),  «  Montispenserij  castrum  »  (Wadding,  p.  2). 

3.  Acla  Sanct.,  p.  995.  Cf.  Wadding,  p.  2  :  «  tribus  fermé  annis  viri- 
liter...  »;  Carmesson,  p.  5. 

4.  Acla  Sanct.,  l.  c:  «  in  sola  vita  sua  a  pâtre  vel  domu  propria  un- 
quam  habuit  valorem  viginti  florenorum  »;  Carmesson,  p.  6  :  «  quam 
graviter  etiam  in  Agenno  toleravit  paupertatem  novei'unt  illi  qui  tune 
temporis  cum  illo  fuerunt...  proposuit  etiam  multoties  a  vino  abstrahere 
carnem  suam...  » 

5.  Acla  SancL,  L  c. 

6.  Carmesson,  p.  6  :  «  de  montis  Pezanij  studio.  » 

7.  ...  «  Duxit  eum  in  Lectoria»,  Mézières,  L  c;  Carmesson,  p.  7  : 
«  ad  conventum  suum  Lalour.  » 


-  1,33  - 

il  revêtit  bientôt  l'habit  des  Carmélites  comme  profès'.  Il 
y  instruisit  quelque  temps  les  jeunes  frères,  puis  recom- 
mença ses  leçons  de  logique  à  Agen,  où  il  étudiait  lui-même 
la  philosophie  :  après  trois  ans,  il  fut  consacré  prêtre.  Il  était 
à  cette  époque,  dit  son  biographe  ^  vierge  de  corps  et  animé 
d'une  profonde  dévotion  pour  la  vierge  Marie,  qui  fut  sa  pro- 
tectrice pendant  ces  années  difficiles.  Il  ne  dormait  jamais 
«  sur  la  plume  »,  sans  sa  haire  et  son  scapulaire,  et  la  Vierge 
l'en  récompensa.  Sa  pauvreté  devenant  chaque  jour  plus 
grande,  il  n'avait  plus  de  quoi  s'acheter  des  vêtements,  des 
chandelles  et  de  l'huile  ;  il  pria  sa  patronne  :  un  chevalier 
riche  se  présenta  aussitôt  pour  se  confesser  et  lui  donna  pour 
sa  peine  cinq  «  royaux  d'or^  »  Envoyé  par  l'Ordre  à  Bor- 
deaux, il  y  professa  pendant  une  année,  puis  il  partit  pour 
Albi,  revint  à  Agen,  et  fut  nommé,  après  avoir  passé  quelque 
temps  à  Paris*,  lecteur  à  Cahors,  où  se  forma  sa  réputation 
de  faiseur  de  miracles.  Dans  un  temps  de  sécheresse,  la 
pluie  tomba  abondamment  grâce  à  ses  prières  ;  on  accourait 
à  ses  prêches  éloquents,  savants  et  enjoués,  tour  a  tour, 
mais  toujours  graves  et  sévères  ^  Des  aumônes  abondantes 
en  résultèrent,  pour  lui-même  et  son  couvent.  On  le  fit  partir 
pour  Paris,  où  il  devait  prendre  le  titre  de  «  bachelier  en 
théologie  ».  Do  retour  dans  sa  province,  il  devint  procurateur 
de  l'Ordre,  nomination  qui  fut  acceptée  assez  froidement  par 
le  préfet  général,  à  cause  de  la  petite  taille  et  de  l'aspect 
chétif  du  jeune  moine®.  Appelé  cependant  chez  le  cardinal  de 
Périgord,  qui  connaissait  sa  réputation  de  piété  et  de  sagesse, 
il  y  traita,  après  le  repas,  devant  toute  l'assistance,  une 
question  théologique  avec  une  si  grande  science  que  sa  répu- 
tation d'orateur  fut  établie.  On  l'autorisa  à  revenir  à  Paris  ^, 

t.  Mézières,  /.  c:  «  faciens  professionem.  » 

2.  Mézières,  l.  c.  (p.  995). 

3.  Mézières,  ibid.  Le  père  Daniel  de  Sainte-Marie  écrivit  tout 
un  livre  sur  cette  apparition  de  la  Vierge,  qu'il  place  en  1351,  vers 
la  Pentecôte  :  Disscrlalio  apologetica  pro  revelalione  ac  sponsione 
IL  Virq.  Deipnrae Marine,  fada  S.  Pelro  T/iomasio...  Anvers.  Meursius, 
1689.111-12. 

4.  Trois  ans,  Acta  Sanct.,  ibid.;  quatre  ans,  Wadding,  p.  8. 

5.  Acta  Sanct..  p.  996  :  «  nec  domino  Papae,  nec  cuicumque.  »  Cf. 
Wadding,  Vila,  pp.  10-11. 

6.  Acta  Sanct.,  995  :  «  parvum  corpore  et  modicae  apparentiae.  » 

7.  Ibifi.  Ses  protecteurs  furent  Talleyrand  d'abord,  puis  Etienne 


-  134  - 

où  il  devint  docteur  in  sacra  pagina,  après  trois  années 
d'études  seulement,  grâce  à  un  nouveau  miracle  :  il  fut  le 
seul  })achelier  dans  les  ordres  qui  réussit  à  être  admis  avec 
les  quatorze  séculiers'.  Rien  qu'il  fût  nommé  bientôt  «  régent 
de  théologie  à  la  Curie  »  in  theoloqia  recjens  in  curia  ^  il 
garda  ses  habitudes  modestes,  prenant  ses  repas  avec  les 
autres  moines,  dans  le  réfectoire '*.  Sa  popularité  en  fut  accrue: 
ses  discours  firent  quitter  aux  femmes,  comme  plus  tard  ceux 
de  Jean  de  Capistrano,  leurs  parures  de  perles*;  une  de  ses 
quêtes  rapporta  1000  florins  d'or  au  couvent  d'Avignon''.  Ses 
discours  énergiques  n'épargnaient  personne,  pas  même  le 
Pape.  Ceux  qu'il  prononça  aux  obsèques  de  Clément  VI,  à 
Sainte-Marie-du-Puy,  furent  de  véritables  chefs-d'œuvre 
d'après  Mézières*. 

Bientôt  un  champ  plus  vaste  s'offrit  à  son  activité.  Inno- 
cent VI  le  nomma  nonce  apostolique  en  Apulie.  Sa  mission 
réussit  et  le  pape  l'en  récompensa  en  lui  donnant,  dès  le 
16  novembre  1354,révêché  dePattiet  deLipari''.  Etienne  Dou- 
chan,  le  roi  de  Serbie  (1331-55),  donnait  des  espérances  de  con- 
version ^  Il  avait  envoyé  au  mois  de  décembre  1354,  trois 
ambassadeurs,  Bossidarius,  son  juge  général  [judicem  gene- 
ralem),  Nestegius  Cephalias  Geren  et  Damien,  bourgeois  de 


Aubert,  évêque   d'Ostie  et  doyen  du  Sacré-Collège,  qui  devint  pape 
ensuite  (Wadding,  pp.  13-4). 

1.  Acta  Sanct.,  l.  c,  p.  996.  Cf.  Wadding,  pp.  9-10.  Il  aurait  pris  ce 
titre  en  1349. 

2.  Ibid. 

3.  «  Nunquam  in  vitâ  suâ,  quousque  fuit  episcopus...  in  conventu 
suc  comedit  e.xtra  refectorium,  nec  alium  cibuin  voiebat  comedere  quam 
pauperes  fratres.  »  Acta  Sancl.,  l.  c,  p.  996. 

4.  Ibid. 

5.  Ibid.,  Wadding.,  pp.  15-6. 

6.  11  avait  été  envoyé  d'abord  à  Gênes  et  à  Milan,  pour  amener  la 
conclusion  d'une  trêve  entre  les  Vénitiens  et  les  Génois  (octobre  1353). 
Son  compagnon  dans  cette  mission  fut  le  patriarciie  de  Grado, 
de  l'ordre  des  frères  Mineurs,  qui  alla  dans  le  même  but  à  Venise. 
Voir  la  bulle  qui  recommande  Pierre  Thomas  à  tous  les  prélats,  dans 
Wadding,  Vila  S.  Pclri,  pp.  81-3  :  ils  devaient  lui  fournir  trois  florins 
d'or  par  jour  pour  son  entretien  et  celui  de  sa  suite  {ibid.).  Cf. 
Henschen,  éd.  séparée  de  la  Vila  par  Mézières,  pp.  232-3. 

7.  A.  S.,  L  c,  p.  992,  .§15. 

8.  Ses  relations  avec  l'Eglise  catholique  étaient  déjà  assez  mauvaises 
le  13  mai  1350,  quand  on  voit  le  cardinal  de  Bologne,  légat  apostolique, 
demander  l'intervention  du  doge  pour  les  fidèles  persécutés  par  le  roi 
(Comnl.,  II,  n«  329,  t.  IV,  p.  182). 


—  135  — 

Cattaro  \  pour  offrir  au  Pape  sa  soumission  :  il  ne  persécu- 
tera plus  les  catholiques,  restituera  leurs  bénéfices  aux.  pré- 
lats dépossédés  et  renoncera  à  exiger  un  second  baptême  de 
ses  sujets  latins.  Il  demandait  en  échange  le  titre  de  capi- 
taine de  l'Église  contre  les  Turcs.  Barthélémy,  évéquo  de 
Trau,  et  Pierre  Thomas  furent  envoyés,  ainsi  que  ce  dernier 
l'avait  demandé,  comme  légats  du  Saint-Siège  \  Des  lettres 
de  recommandation  furent  adressées  à  la  reine  Hélène  et  à 
son  fils  Ourosch,  ainsi  qu'au  patriarche  serbe,  Joannikios,  le 
6  janvier  1355  ^ 

Les  deux  légats  visitèrent  l'empereur  d'Allemagne  d'abord, 
puis  l'Italie,  la  Hongrie  et  l'Esclavonie  pour  arriver  à  la 
cour  du  roi  serbe.  Des  miracles  signalèrent  leur  voyage  :  la 
barque  qui  les  portait  de  Venise  en  Dalmatie  échappa  mer- 
veilleusement à  une  attaque  des  Turcs  \  Ils  n'arrivèrent 
qu'avec  peine  et  à  travers  des  dangers  innombrables  auprès 
d'Etienne  qui  était,  d'après  Mézières,  «  l'homme  au  visage  le 
plus  terrible,  parmi  ses  contemporains  »'.  Ils  furent  reçus 
d'une  manière  assez  inattendue,  et  Pierre  Thomas,  qui  eut 
comme  toujours  le  beau  rôle  dans  cette  affaire,  dut  montrer 
un  grand  courage  pour  sauvegarder  la  dignité  du  Pape  et  de 
l'Église  ^  De  retour  en  Hongrie,  le  légat  encouragea  le  roi 
dans  ses  projets  belliqueux  envers  la  Serbie,  projets  qui 
avaient  amené  de  la  part  d'Etienne  l'envoi  de  l'ambassade 
de  1354.  Il  devait  entrer  dans  les  États  du  schismatique  et 
restaurer  dans  leurs  possessions  les  prélats  catholiques  qui 
en   avaient    été   chassés.    Louis    de    Hongrie    l'autorisa    à 


1.  «  Bossidarium  Judicem  generalem  et  Nestegium  Cephaliam  Geren. 
(sic)  ac  Damianum  de  Calhara,  civem  Catarensera  »  (Wadding,  Vita  S. 
Pétri,  p.  87). 

2.  Les  lettres  de  recommandation  du  pape  sont  datées  du  mois  de 
décembre  1354;  elles  ont  été  publiées  dans  les  différentes  vies  du 
saint  (Waddinij:,  pp.  87-97;  Henschen,  pp.  236-243;  cf.  Bzovius, 
onnce  1354,  et  Rinaldi,  XXV,  pp.  607-10).  Les  instructions  données  aux 
l.-gats,  Wadding,  pp.  103-7;  cf.  108-9,  109-10. 

3.  Lettres  à  la  reine  et  à  Ourosch,  Wadding,  p.  97,  à  Joannikios  (6  jan- 
vier); ibid.,  pp.  98-102.  La  correction  de  cette  date,  correction  que 
l'époque  à  lafjuelle  le  légat  revint,  rend  assez  probable,  est  donnée  par 
Henschen,  A.  S.  l.  c,  p.  991,  §  4. 

4.  Ad.  Sanct.,  janv.  II,  pp.  996-8. 

5.  Ibid.,  p.  998  :  «  qui  quidem  rex  inter  omnes  homines  mundi  suo 
tompore  erat  terribilis  facie.  » 

fi.  Ibid..  pp.  998-9. 


-   136  — 

demander  au  Pape  de  sa  part  le  titre  de  capitaine  de  l'armée 
chrétienne  contre  les  schismatiques,  et  lui  adjoignit  comme 
ambassadeur  de  sa  part  Etienne,  frère  mineur,  évêque  élu 
d'Agram'.  Ils  arrivèrent  à  Avignon  avant  le  l"""  mai  1356;  le 
11  août,  Louis  fut  nommé  capitaine  général  contre  les  schis- 
matiques ^ 

Le  légat  traversa  la  Lombardie  et  arriva  à  Venise  où  il  fut 
très  bien  reçu.  11  partit  ensuite  pour  la  Hongrie,  au  milieu  de 
dangers  sans  nombre,  à  cause  des  mercenaires  qui  infestaient 
les  routes.  Louis  fut  gagné  à  l'idée  de  faire  la  paix  avec 
Venise.  11  reçut  des  mains  du  légat  l'étendard  de  la  croix, 
que  lui  avait  envoyé  le  pape  et  la  lettre  de  nomination,  et  pro- 
mit de  partir  pour  cette  croisade  contre  les  schismatiques,  qui 
se  termina  à  son  avantage^;  Venise  refusa  cependant  les 
propositions  assez  favorables  du  roi,  qui  offrait,  selon  une  des 
vies  du  légat,  de  restituer  la  Dalmatie  en  échange  pour  le 
présent  annuel  d'un  cheval  blanc*.  Les  miracles  de  Pierre 
Thomas  ne  changèrent  pas  leur  décision:  ils  en  furent  punis, 
dit  un  de  ses  biographes,  par  la  perte  de  la  Dalmatie'.  Il  n'y 
eut  qu'une  trêve  de  conclue. 

Pierre  Thomas  revint  à  Avignon,  où  une  nouvelle  mission 
lui  fut  confiée,  quelque  temps  après,  celle  de  ramener  à 
l'obéissance  envers  Rome  l'empereur  de  Constantinople, 
Jean  V,  Paléologue,  qui  avait  fait  des  offres  de  soumission^  lui 
aussi  :  Guillaume,  évêque  de  Sizeboli'',  l'accompagnait.  Ils 
furent  recommandés  à  l'empereur  par  une  lettre  du  21  juillet 
1356^  mais  ne  partirent  pas  avant   la  fin  du  mois  d'août  de 


1.  Wadding,  Annales  minorum,  t.  VIII,  p.  111  et  suiv.  ;  Theiner, 
mon.  Slav.  mer.,  I,  234. 

2.  Wadding,  Vita,  pp.  110-9;  Henschen  (éd.  séparée),  pp.  252-7. 

3.  Wadding,  Annales  Minorum,  t,  VIII,  pp,  111-6. 

4.  Carmesson,  o.  c,  pp.  60-66. 

5.  Ibid. 

6.  A  cause  de  l'effroi  que  lui  inspirait  l'approche  menaçante  des 
Turcs.  Les  ambassadeurs  étaient  Paul,  archevêque  de  Srnyrne,  et 
Nicolas  Sigeros(«  megateriarchi  »).  Wadding,  Vita.  pp.  128-34;  Annales 
Minorum,  t.  VIII,  p.  107  et  suiv.  Ils  auraient  reconnu  par  serment  de- 
vant le  pape,  les  dogmes  de  l'Église  catholique,  demandant  des  secours 
contre  les  Turcs  et  les  «  rebelles  »  (Mathieu  Cantacuzène,  qui  n'avait 
pas  abdiqué  en  même  temps  que  son  père,  Jean  VI). 

7.  Wadding.  /.  c;  Acl.  Sanct.,  jan.  Il,  p.  1000.  D'après  Henschen, 
Chrysopolis  (=  Scutari  d'Asie). 

8.  Wadding,  Vita,  pp.   128-34. 


—   VSl  - 

la  môme  année'.  Ils  portaient  une  formule  d'abjuration  que 
devait  lire  l'empereur  lui-même  en  public  et  devant  le 
patriarche,  dans  l'église  de  Sainte-Sophie  ou  ailleurs  ^  A 
cette  condition  le  pape  aurait  écrit  au  roi  de  Chypre  et  de 
Hongrie,  aux  doges  de  Venise  et  de  Gênes  et  aux  Plospitaliers 
pour  leur  demander  de  le  secourir  ^ 

Chemin  faisant,  il  devait  prendre  part  à  d'autres  négocia- 
tions qui  n'étaient  pas  de  moindre  importance.  La  guerre 
entre  Louis  de  Hongrie  et  Venise  empochait  toute  nouvelle 
tentative  de  croisade  et  favorisait  les  Infidèles  et  les  scliis- 
matiques.  Les  Turcs  continuaient  leurs  dévastations  en 
Orient,  et  Venise  venait  d'accorder  des  privilèges  de  cité  à 
Etienne  «  empereur  des  Grecs  et  roi  de  Serbie  »,  et  à  sa 
famille''.  Dos  lettres  furent  adressées  au  doge  et  au  roi  de 
Hongrie  pour  les  exhorter  à  la  concorde  ■\  Bongiovanni,  évo- 
que de  Fermo,  avait  été  envoyé  déjà  à  Venise  pour  empêcher 
les  relations  criminelles  avec  le  roi  de  Serbie  et  conseiller  la 
paix.  Dans  une  nouvelle  lettre,  du  10  août  1356,  Innocent  VI 
annonça  au  doge  les  intentions  pacifiques  du  roi,  qui  aurait 
consenti*  à  la  médiation  de  l'Eglise,  et  l'arrivée  prochaine  du 
légat,  Pierre  Thomas". 

Les  deux  légats,  que  le  pape  qualifie  de  «  gens  pauvres 
d'esprit,  mais  insignes  par  leurs  vertus  nombreuses  »  ^  expo- 
sèrent le  but  de  leur  arrivée.  Ils  n'obtinrent  presque  rien  de 
l'empereur ,  qui  continua  la  politique  traditionnelle  à 
Byzance,  en  renouvelant  des  promesses  qu'il  refusait  d'ac- 
complir pour  le  moment.  Il  s'attendait,  parait-il,  à  voir  une 


1.  Le  pape  recommanda  les  deux  légats  à  Gattelusio,  seigneur  de 
Mételin.le  18  août  1356  {ihid.,  pp.  138-9),  et  écrivit  à  la  même  époque 
et  dans  le  même  but  au  patriarche  de  Constantinople(i6/rf.,  pp.  135-8). 

2.  Wadding,  Ann.  min.,  t.  VIII,  pp.  107-111. 

3.  Ibid. 

4.  Comm.,  IV,  n"  341:  t.  II,  p.  182. 

5.  Wadding,  pp.  121-3;  ibid.,  pp.  124-6;  Henschen,  pp.  250-1. 

6.  La  vérité  était  seulement  que  l'évéque  d'Agram  avait  parlé  des 
intentions  pacifiques  du  roi  (v.  plus  haut). 

7.  Wadding,  pp.  126-8;  cf.  Henschen,  éd.  sép.,  pp.  258-62.  Les  pa- 
triarches d'Aquilée  et  de  Grado  et  l'archevêque  de  Salzbourg  furent 
invités  en  même  temps  à  empêcher  l'union  des  Vénitiens  avec  les  héré- 
tiques (Wadding,  pp.  119-21). 

8.  Wadding,  Ann.  minor.,  t.  VIII,  p.  110  :  «  viros  quidem  pauperes 
spiritu,  sed  virtutibus  insignes  »;  «  viros  quidem  pauperes  spiritu  sed 
locupletes  multis  virtutibus  »,  p.  110. 


-  13S  — 

flotte,  armée  par  le  pape,  venir  à  Constantinople  pour  le 
défendre  :  il  n'accorda  rien  aux  deux  prélats.  Les  miracles 
de  Pierre  Thomas  n'eurent  pas  d'effet  :  seuls  trois  nobles 
grecs  passèrent  en  Syrie  et  se  convertirent  *.  Jean  Paléo- 
logue,  qu'il  instruisit  pendant  son  séjour  à  Constantinople 
sur  les  articles  de  foi  et  l'autorité  de  la  sainte  Eglise  romaine, 
lui  donna,  à  son  départ,  une  lettre  très  byzantine,  où  il  se 
déclarait  catholique  dans  l'âme,  tout  en  regrettant  les 
exigences  de  son  peuple  qui  l'empêchaient  de  se  déclarer.  Il 
n'oserait  défier  l'opinion  de  ses  sujets  que  lorsque  le  légat  se 
présentera  avec  des  galères  pour  le  soutenir  ^  Il  chasserait 
alors  le  patriarche  lui-même. 

Pierre  Thomas  se  décida  à  visiter  les  Lieux-Saints  en  reve- 
nant. 11  arriva  en  Chypre,  au  commencement  de  l'année  1357, 
et  fut  très  bien  reçu  par  le  roi  Hugues,  qui  le  conduisit 
solennellement  à  Nicosie,  bien  que  le  légat  refusât  ces 
honneurs.  «  Je  ne  suis  ni  légat,  ni  nonce  du  pape,  s'écriait- 
il,  mais  un  pauvre  frère  pèlerin  »  ^  Le  roi  lui  répondit,  en 
vantant  ses  vertus,  qu'il  honorait  de  la  sorte.  Il  tomba  gra- 
vement malade  pendant  ce  premier  voyage  en  Chypre,  et  ce 
fut  la  reine  Alix  elle-même,  qui  le  soigna.  Rétabli,  il  visita 
la  ville  sainte,  malgré  l'avis  contraire  de  Hugues,  qui  crai- 
gnait pour  sa  personne  *.  Il  y  prêcha  courageusement  devant 
les  chrétiens  sur  la  montagne  de  Sion,  bravant  les  menaces 
des  Sarrasins,  et  revint  en  Chypre,  où  l'admiration  du  roi 
s'était  accrue  devant  les  actes  d'héroïsme  du  prélat.  Plus 
tard,  Mézières  raconta  les  miracles  qui  signalèrent  son  séjour: 
il  priait  pendant  des  nuits  entières  et  finissait  par  tomber  en 
extase  :  un  chapelain  marcha  sur  son  corps,  sans  qu'il  le 
sentit;  les  Arméniens,  qui  habitaient  aux  environs  de  sa  rési- 
dence, et  d'autres  voisins  virent  une  flamme  descendre  sur 
la  chambre  où  il  priait  et  où,  longtemps  après,  les  Carmé- 


1.  Un  noble  byzantin,  ayant  calomnié  le  pape,  mourut  pendant  la 
nuit,  ainsi  que  l'avait  prédit  le  saint.  Mézières,  l.  c.  Carmesson, 
f"  67  v°. 

2.  Mézières,  pp.  1000-1001. 

3.  «  Non  sum  nuntius,  sive  legatus,  sed  quidam  frater  peregrinus 
pauper...  »  Mézières  ibid.,  p.  1001. 

4.  Mézières,  ibid.  Des  Sarrasins  ou  de  faux  chrétiens  pouvaient, 
dit-il,  dénoncer  son  arrivée. 


-  139  - 

lites  célébrèrent  la  messe,  en  sa  mémoire  '.  Il  partit  de  Fama- 
gouste,  cette  même  année,  et  arriva  à  Avignon,  où  il  fut 
reçu  avec  honneur  par  le  Pape  et  les  cardinaux. 

Innocent  VI,  qui  admirait  sa  piété  et  son  zèle  pour  la  con- 
version des  Infidèles  et  des  schismatiques,  se  décida  à  lui 
confier  alors  une  mission  plus  importante.  Il' fut  nommé 
d'abord  évêque  do  Coron,  sur  les  côtes  de  la  Morée,  à  la 
place  de  Louis  Torriani,  noble  milanais  ^  qui  fut  élevé  à  la 
dignité  de  patriarche  d'Aquilée''.  Sa  nomination  date  du 
10  mai  1359\ 

Puis  «le  pape,  après  avoir  pris  le  conseil  des  cardinaux,  décida 
une  nouvelle  croisade,  dont  Pierre  Thomas  serait  le  promoteur. 
Des  vaisseaux  fournis  par  Venise,  le  Grand-Maître  et  «  les 
autres  fidèles  »,  devaient  se  réunir  sous  son  commandement 
pour  aller  en  Orient,  défendre  Smyrne,  et  prêter  secours  à 
l'empereur  grec,  qui  se  convertirait  peut-être,  après  ce  ser- 
vice. Orso  Delfin,  archevêque  de  Crète,  légat  en  Orient  et  com- 
mandant de  Smyrne  au  nom  du  Pape,  dut  résigner  ces  deux 
fonctions".  Nicolas  Benoît",  précepteur  de  la  maison  des 
Hospitaliers,  à  Venise,  devait  être  vicaire  du  Pape  et  capi- 
taine de  Smyrne.  Il  allait  partir  en  Orient  sur  des  vaisseaux, 
armés  au  nom  de  l'Église  et  servant  sous  son  drapeau', 
réunir  pour  la  défense  de  la  ville  cent  cinquante  soldats 
catholiques,  bons  et  suffisants,  élever,  dans  sept  ans  au 
moins,  des  murs,  les  munir  de  tours  et  entretenir  enfin  deux 
galères  armées  ^  Des  subsides  lui  seront  fournis  par  l'Eglise': 


1.  Méziéres,  /.  c. 

2.  Sur  ce  personnage  et  sa  famille,  voir  Carmesson,  p.  127,  note,  et 
Ughelli,  Ilalia  sacra,  Koine,  1653,  V,  c.  120  et  suiv. 

3.  Wadding,  Viln,  p.  i'iOd. 

4.  Wadding,  ihid.,  ilenschen.  pp.  272-7. 

5.  Lettre  à  Orso,  ap.  \\'ad(iing,  Vila,  pp.  157-61;  Henschen,  l.  c, 
pp.  281-3.  Sur  Orso,  Rinaldi,  ann.  1359,  et  surtout  Cornélius,  Crela 
sacra,  Venise,  1755,  II,  48.  Cf.  Ughelli,  Ilalin  sacra,  éd.  citée,  V,  1218. 

6.  «  Benedicti.  » 

7.  «  Cum  certis  galeis,  sub  nostro  et  ipsius  Romanae  ecclesiae  nomine 
et  vexillo  tenendis  »,  Wadding.  p.  14i. 

8.  Lettre  à  Or.so  (cf.  supra)  :  «  et  ad  ipsius  custodiam  centum  quin- 
quaginta  bonos  et  sufficientes  stipendiarios  Latines  tenere,  sed  etiain 
infra  septennium  pro.ximum  futurum  inuris  cingere,  turribusque 
munire » 

0.  Bulle  de  nomination,  Wadding,  /.  c,  pp.  44-50.  Lettre  à  Orso. 


—  140  — 

sa  mission  devait  durer  cinq  ans'.  De  son  côté,  le  légat 
allait  proclamer  la  croisade,  donner  des  indulgences  à  ceux 
qui  y  prendraient  part  personnellement,  pendant  une  année 
entière,  à  ceux  qui  donneraient  de  l'argent  pour  ce  but,  qui 
seraient  blessés  ou  mourraient  en  combattant  pour  la  cause 
sainte  ^.  Il  espérait  de  la  sorte  mettre  un  terme  aux  dévas- 
tations des  Turcs,  qui  avaient  recommencé  leurs  attaques  en 
Orient  et  qui  menaçaient  même  ce  qui  restait  encore  de  l'em- 
pire de  Constantinople  ^. 

La  bulle  du  pape  nommant  Pierre  Thomas  son  légat  en 
Orient  et  sa  lettre  à  l'archevêque  Orso,  sont  datées  toutes  les 
deux  du  11  mai  1359*. 

C'était  la  dernière  croisade  avant  celle  de  Pierre  P""  ;  elle 
a  passé  inaperçue  jusqu'à  présent,  cependant  elle  eut  des 
résultats  assez  importants,  plus  importants  que  ceux  de  l'ex- 
pédition du  Dauphin,  qui  fit  cependant  tant  de  bruit.  Les 
vaisseaux  soldés  par  le  Pape  partirent  avec  le  légat  et  le 
nouveau  capitaine  de  Smyrne  :  ils  avaient  été  nolisés  par 
Pierre  Thomas  lui-même  \  La  petite  flotte  arriva  à  Cons- 
tantinople, où  elle  trouva  l'empereur  en  guerre  avec  les 
Turcs,  et  l'encouragea  à  combattre.  Les  galères  pontificales 
et  impériales  attaquèrent,  sous  le  commandement  du  légat,  la 
ville  de  Lampsaque,  qui  fut  prise  d'assaut  par  les  forces 
réunies  des  chrétiens,  pillée  et  brûlée,  selon  la  coutume.  Des 

1.  Lettre  à  Orso,  v.  supra. 

2.  Bulle  de  nomination  reproduite  par  Henschen,  pp.  277-81. 

3.  Ibid.  Lo  pape  parle  des  tentatives  des  schismatiques  aussi  contre 
Smyrne  («  atque  schismatiei  illarum  partium  »),  la  Remanie  et  le  Pa- 
triarcat de  Constantinople  (Lettre  à  Orso). 

4.  Cf.  pour  la  première,  Bullarium  Carmelilarum,  t.  I,  p.  46-8; 
pour  la  seconde,  Rinaldi,  1359,  §  19.  Pierre  Thomas  est  nommé  dans 
la  première  «  vir  honoratus  et  providus,  et  in  lege  Domini,  ipsaque  fide 
catholica  admodum  eruditus,  ac  fréquenter  in  arduis,  et  praesertim  in 
iilis  partibus  comprobatum,  clarus  scientia,  plenusque  multis  virtu- 
tibus...  »  ;  dans  la  seconde,  «  scientia  clarum,  opère  et  sermone  poten- 
tem...  »  La  légation  s'étendait  sur  le  patriarcat  de  Constantinople,  les 
archevêchés  de  Chypre,  Crète,  Smyrne,  Patras,  Athènes,  Thèbes,  Co- 
rinthe,  Kolocza,  Naxos,  Corfou,  Durazzo,  Lépante,  Néopatras;  cf.  sur 
le  but  de  sa  mission,  Mézières,  p.  1001  :  «  et  in  partibus  praedictis 
aedificare,  plantare,  evellere,  contra  inimicos  fidei  bellare,  schismaticos 
ad  unionem  Ecclesiae  reducere...  »,  et  Wadding,  /.  c.  :  «  ut  ibidem 
ip.sorum  fidelium  populorum,  et  partium  salutem,  fideique  negotium 
utiliter  prosequantur.  » 

5.  Mézières,  p.  1002  :  «  officie  suo  fungens.  »  Mézières  croit  que 
Smyrne  lui  était  confiée  :  «  sibi  comroissam  »  {ibid.). 


—  141  — 

Hospitaliers,  des  Génois,  des  Grecs,  des  Anglais  même  se 
trouvaient  dans  la  petite  armée  de  Pierre.  Par  malheur,  les 
Turcs  attaquèrent  au  retour  les  galères  chrétiennes,  un 
grand  nombre  des  soldats  périt  des  deux  côtés,  et  les  Turcs 
perdirent  leur  capitaine.  L'action  fut  défavorable  cependant 
aux  chrétiens,  et  le  légat  ne  dut  son  salut  qu'à  la  bravoure  de 
ce  que  Mézières  appelle  sa  garde*. 

On  continua  à  combattre  malgré  ce  revers  de  fortune  ;  le 
légat  fut  infatigable,  «  prêchant,  instruisant,  combattant, 
baptisant  les  Infidèles,  ramenant  à  l'Église  les  schismatiques, 
et  multipliant  l'Église  de  Dieu...  tantôt  à  Smyrne,  tantôt  à 
Rhodes,  tantôt  à  Constantinople,  tantôt  en  Chypre,  tantôt 
dans  l'île  de  Crète,  et  tantôt  en  Turquie,  avec  beaucoup  ou 
avec  peu  de  galères  »^  Les  Turcs  furent  battus  de  nouveau  et 
le  seigneur  d'Altologo^  sans  doute  Zalabi,  le  vaincu  de  1346, 
consentit  (vers  le  mois  d'août)  à  payer  un  tribut  au  pape  ;  Pierre 
passa  ensuite  en  Crète,  où  il  commença  la  guerre  contre  les 
«  schismatiques  »,  soutenus  par  le  duc  lui-même,  beau-frère 
du  chef  du  parti  grec.  Les  vaisseaux  vénitiens,  qu'il  avaient 
retenus  trop  longtemps,  lui  furent  redemandés  :  il  employa 
cependant  l'excommunication  et  l'interdit,  et  vainquit  la  résis- 
tance du  duc  et  la  révolte  des  indigènes.  Le  beau-frère  du 
premier  fut  brûlé  à  la  Canée  avec  les  os  d'un  autre  hérétique  *. 
Puis  il  accourut  à  Smyrne  où  il  paya  ses  soldats  et  les  conduisit 
de  nouveau  contre  les  Turcs.  «  Et  tout  ce  qu'il  pouvait  avoir  de 
Chypre,  de  Rhodes,  des  républiques  de  Gênes  et  de  Venise, 
il  se  faisait  gloire  de  l'employer  de  la  sorte  »  ^  Il  revint  en 
Chypre  pour  couronner  le  jeune  Pierre  P""  comme  roi  de 

1.  L.  c,  pp.  1002-3. 

2.  «  Talibus  autem  operibus,  videlicet  praedicando,  docendo,  bel- 
lando,  infidèles  baptizaiido,  schismaticos  reducendo.  et  Ecclesiam  Dei 
multiplicando,  dominus  legatus  continue  militabat,  modo  in  Smyrnas, 
modo  in  Rhodum,  modo  in  Constantinopolim,  mudo  in  Cyprum,  modo 
in  insulam  Cretae,  modo  in  Turciam,  modo  cum  multis  galeis,  modo 
cum  paucis  »  (Mézières,  /.  c,  p.  1003). 

3.  Dominus  de  llatelogo  (Mézières,  p.  1003);  cf.  Bostius  ap.  Car- 
messon,  pp.  109-111;  Wadding,  pp.  29-30,  Buchon,  Nouv.  rech.,  II', 
135-6;  cf.  145-6. 

4.  Mézières,  pp.  1003-4.  II  déclara  au  duc  que  l'Église  reprendrait 
l'ile  et  la  donnerait  à  d'autres  que  les  Vénitiens  {ibid.). 

5.  «  Et  quidquid  habere  poterat  de  Cypro,  de  lihodo  et  communita- 
tibus  Januensibus  et  Venetis,  in  tali  usa  se  gloriabatur  ponere  »  (ibid., 
p.  1004). 


-  142  — 

Jérusalem  ;  désormais  son  activité  sera  employée  à  favoriser 
les  projets  de  ce  prince,  dont  il  partageait  les  sentiments. 

Pierre  I"  ne  tarda  pas  à  partir  pour  cet  Occident  dont  il 
attendait  des  merveilles.  Il  s'était  adressé  déjà  aux  Florentins, 
le  15  juin  1362,  pour  leur  demander  des  secours.  Il  parle  de 
sa  victoire  merveilleuse  de  Satalie,  des  dépenses  qu'elle 
entraîna,  de  l'état  des  Lieux-Saints  et  des  persécutions  que 
souffrent  les  chrétiens.  Quant  à  lui,  il  a  désiré  leur  déli- 
vrance depuis  son  enfance  '  et  il  continuera  ses  efforts.  Ils 
auront  le  temps  de  se  préparer,  puisqu'il  ne  compte  partir 
pour  la  croisade  que  le  1"  mars  1364,  terme  qui  était  donc 
fixé  avant  son  départ  de  Chypre  \  11  écrivit  aussi  dans  le 
même  but  au  sénéchal  de  Sicile,  Nicolas  Acciajuoli. 

Quand  la  peste  eut  disparu,  Pierre  pensa  de  nouveau  à 
partir.  Il  envoya  Jean  de  Carmadino  comme  capitaine  de  Satalie 
avec  des  vivres  :  il  devait  fortifier  encore  la  citadelle.  Trois 
galères  etunegaléasse  furent  équipées  ensuite  à  Famagouste  ; 
elles  se  rendirent  à  Myloi  pour  le  conduire  en  Asie.  Puis  le 
roi  partit  lui-même  de  Nicosie,  dans  la  direction  de  Paphos, 
où  il  s'embarqua  le  24  octobre  1362,  avec  sa  suite^  Il 
emmenait  le  légat,  son  chancelier,  les  deux  Thénouri,  Pierre 
et  Jean*,  et  Jean  de  Gaurelle,  qui  devait  être  un  de  ses  assas- 

1.  «  A  pueritia  in  senscilibus  nostris  primitivis,  Deus,  motus pietate... 
pro  operis  consiimatione  cor  nostrum  rapuit.  » 

2.  Mas-Latrie,  Hisl.  Ch.,  t.  Il,  pp.  236-7.  G.  Mûller,  Documenli  sulle 
relaz.  délie  città  Toscane  coW  Oriente  cn'stintm  e  coi  Turchi  fino  air 
anno  MDXXXI,  Florence,  1879.  in-i",  p.  119: 1  Capitdi  del  comune  di 
Firenze,  Inveyilario  e  i-egesto,  II,  Florence,  1893,  4°,  pp.  543-4  (texte 
plus  correct).  Sylvestre  Bolonchini  fut  envoyé  avec  cette  lettre  à  Flo- 
rence. V.  une  lettre  adressée  par  les  Florentins  au  roi,  en  mai  1360, 
pour  lui  recommander  un  marchand;  il  y  est  question  des  bonnes 
dispositions  du  roi  Huirues  envers  Florence.  .Mùller,  o.  c,  pp.  118-123. 
Cf.  ibid..  pp.  123-4  et^Buchon.  o.  c.  134-5. 

3.  Mâcheras,  p.  67.  Le  roi  de  France  avait  renouvelé  son  intervention 
en  faveur  de  Hugues,  et  le  pape  avait  demandé  au  roi  de  venir  répon- 
dre en  cour  de  Rome  (Jhid.).  Il  était  encore  à  Nicosie  le  15  juin  et  le 
15  sept.  (v.  plushaut  et  Buchon,.VoMu.rec/t.su7-/rt.1/oree,  1834,t.  II, part. 
i,pp.  134-5).  Méziéres  donne  le  principal  but  du  voyage:  «  prosuccursuet 
adjutorio  habendo  ad  regeset  imperatorem  Occidentales  ire  proposuit.  » 
{Vita,  l.  c,  p.  1007).  La.  Chronique  des  quatre  Valois  (pp.  125-6)  ajoute 
une  autre  cause  assez  énigmatique  :  c  pour  plusieurs  causes,  et  princi- 
palement pour  sa  délivrance  et  de  ses  hostages  plus  briefment  expé- 
dier... (?)  ».  Le  roi  de  France,  excité  par  le  prince  d'Antioche  et  des 
princes  syriens  (sic),  se  serait  plaint  parce  que  Pierre  ne  lui  aurait 
pas  annoncé  son  avènement  (Lorédan,  I,  395-6). 

4.  Ce  personnage  mourut  cependant  au  mois  d'avril  de  l'année  sui- 


-  143  — 

sins,  Jean  d'Ibelin,  Jean  de  Fenio  et  d'autres  encore  '.  Il  avait 
avec  lui  quatre  galères  et  cinq  frégates  ^ 


vante.  Mas-Latrie,  Vile  de  Chypre,  pp.  258-9.  V.  d'autre.s  inscriptions 
sépulcrales,  très  importantes  pour  l'histoire  de  Chypre,  dans  un  livre 
récent,  d'une  composition  très  curieu.se,  Lacrimae  Nicossienses,  par 
le  major  Tankerville  J.  Chamhsrlayne,  Paris,  Leroux,  1894,  t.  L 

1.  Bustron,  p.  261.  Trois  galères  et  une  «  fu.ste  armata  »  (Amadi, 
p.  412).  il  avait  avec  lui  ses  chevaliers,  ses  écuyers  «  et  altri  de  la  sua 
fameglia  »  (ihid.).  V.  Carmesson  :  «  et  in  societatem  dicti  domini  régis 
Cipri  (le  légat)  ad  curiam  remeavit  »  (/.  c).  Cf.  sur  les  affaires  de 
Satalie,  Mézières,  Vita,  p.  1007  :  «  civitate  Sathalia  munita  et  confor- 
tata.  »  II  n'avait  pas  avec  lai  son  fils,  ainsi  qu'on  l'a  cru  (Herquet, 
Cypn'sche  Kônigsgealallen  des  Hanses  Lusignan,  Halle  a.  S.  1881,  in-8", 
p.  10;  Alfred  Leroux,  Belalions  entre  la  France  et  V Allemagne,  p.  271), 
d'après  les  chroniques  génoises,  beaucoup  postérieures  aux  événements, 
Philippe  de  Brunswick  (le  «  da  Bressing  «des  chroniqueurs  arméniens, 
Hisl.  ann.,  I,  p.  716),  père  d'IIéloïse,  la  femme  de  Jacques,  frère  du 
roi,  l'accompagnait  aussi.  Sur  ce  personnage,  voirHerquet,  l.  c,  p.  10. 
Sur  le  légat,  Mézières,  Vita,  p.  1007  :  «  Legato  papali  associatus.  » 

2.  Trois  galères,  d'après  Villani  (I.  XI,  ch.  XXXIV,  éd.  Dragomanni, 
0.  c.,  429; quatre  galères  et  une  frégate,  d'après  Lorédan  (I,  pp.  396-8). 
II  avait  avec  lui  à  Venise,  d'après  Caroldo,  deux  galères  seulement, 
et  trois  autres  formant  la  flotte  du  légat  :  «  e  lo  legato  (délie  Smire) 
n'avea  un  altra  armada  lui  che  era  in  suma  III  galie  ». 


CHAPITRE  VII. 

VOYAGE  DE  PIERRE  l"  EN  OCCIDENT.   —  LA  CROISADE    DE   1362. 
—  MÉZIÈRES  A   AVIGNON. 

Pierre  P""  se  dirigea  vers  Rhodes  avec  sa  petite  flotte  \  Il 
y  fut  très  bien  reçu  par  le  Grand-Maître,  Roger  de  Pins,  qui 
lui  avait  fourni  des  galères  en  1360,  à  la  prise  de  Satalie.  Bien 
que  les  relations  entre  les  deux  îles  voisines  ne  dussent  pas 
tarder  à  se  gâter,  puisque  le  roi  fut  contraint  de  demander 
en  1364  l'intervention  du  pape  pour  empêcher  l'union  des 
Hospitaliers  avec  les  Génois ^  ses  ennemis  alors,  Roger  céda 
aux  prières  du  légat  et  du  roi  ;  le  Grand-Maître  et  son  cou- 
vent s'engagèrent  par  écrit  à  aider  le  roi  de  Chypre  dans  ses 
guerres  futures  avec  les  Infidèles  '.  Pendant  ce  séjour  à 
Rhodes,  qui  fut  très  court,  un  parent  de  l'ancien  commandant 
de  Satalie,  Pierre  de  Sur  et  Jacques  le  Petit  se  réunirent  aux 
chevaliers  qui  formaient  la  suite  du  roi*.  La  flotte  se  dirigea 
ensuite,  par  un  vent  favorable,  vers  Venise  ^ 

1.  Sur  Guy  de  Bagnolo,  de  Reggio.  Averroïste  et  ami  de  Pétrarque, 
établi  à  Venise,  en  1367.  mort  vers  1370,  dans  la  même  ville,  et  enterré 
aux  Frari,  où  se  lit  son  épitaphe,  v.  Tiraboschi,  St.  délia  lett.  ilaliana 
(éd.  de  Florence,  1807),  t.  V,  pp.  187,  270-2.  Le  même,  Bibl.  mo- 
denese  (Modène,  1781),  I,  134  et  suiv.  G.  degii  Agostini,  Notizie  dei 
scrilt.  viniz.  (Venise,  1752),  I,  5,  Pétrarque,  De  sui  ipsius  et  multorum 
ifjnoranlia.  passim.  11  rédigea  son  testament  à  Nicosie,  le  12  oct.  1362 
(.\.  Taccoli,  Memorie  di  Begaio.  Il,  251  et  suiv.)  11  écrivit  des  chroni- 
ques (Muratori,  R.  II.  S.,  XVIIl,  2). —  J'ai  été  amené  à  faire  ces  recher- 
ches par  la  lecture  d'un  passage  de  Tiraboschi,  St.  délia  hadia  di 
S.  Silveatro  di  Nonantoln  (Modène,  1784-5),  II.  339,  note  1,  que  m'a 
signalé  M.  Arthur  Ferretto,  de  Gênes. 

2.  Archives  du  Vatican.  Lettres  secrètes,  247,  f"  54  v,  reproduit  par 
Wadding,  Vita,  ad  dat.  Cf.  Bosio,  t.  Il,  p.  66. 

3.  «  Sed  prius  transiens  per  Rhodum,  admonitionibus  divinis  ipsius 
legati,  et  requisitione  régis,  consensum  passagii  magistri  Hospitalis 
et  Conventus  rex  in  scriptis  aulhenlicis  habuit  »  (Mézières,  Vita, 
p.  1007). 

4.  Mâcheras,  p.  68. 

5.  Etienne  de  Lusignan  parle  d'un  voj^age  à  Naples  oîi  régnait  le 
beau-père  (sic)  du  roi  (f°  144  v»).  M.  Herquet  se  demande  pourquoi 


—  145  — 

Pierre  P""  s'attendait  à  y  voir  ses  propositions  bien  reçues. 
Bien  qa'une  croisade  dût  causer  quelques  pertes  commer- 
ciales à  la  république,  celle-ci  était  très  bien  disposée,  et  le  fut 
toujours,  pour  une  expédition  puissante,  qui  lui  aurait  donné 
peut-être  l'héritage  des  Infidèles  en  Orient.  Si  l'attaque  de 
Satalie  avait  amené  dos  mesures  préventives  de  la  part  du 
conseil  des  Prégades  pour  la  sauvegarde  des  intérêts  véni- 
tiens ',  on  ne  tarda  pas  à  rétablir  les  bonnes  relations  anté- 
rieures avec  l'île.  Le  roi  lui-même  était  un  grand  admirateur 
de  la  république  ainsi  que  son  frère  Jacques  *.  Mézières  parle 
toujours  avec  un  grand  enthousiasme  de  cette  ville,  dont  on 
ne  peut  faire  dignement  l'éloge  sans  aimer  le  bon  sens  et  la 
justice'''.  Les  Cornari,  une  dos  plus  grandes  familles  de 
Venise,  étaient  étroitement  unis  aux  intérêts  de  l'île,  à  cause 
des  possessions  importantes  qu'ils  avaient  à  Piscopi  et  ail- 
leurs *.  La  question  de  la  croisade  y  fut  discutée  probable- 
ment avant  l'arrivée  du  roi,  en  1.360,  époque  à  laquelle 
(7  mai)  Gui  de  Bagnolo,  médecin  du  prince,  se  trouvait  à 
Venise,  où  on  lui  accorda  le  droit  de  cité  \ 

Le  nouveau  doge,  Laurent  Celsi,  qui  venait  de  succéder  à 
Giovanni  Delfin,  le  16  juillet  1361  ^  était  assez  disposé  lui- 


Pierre  ne  se  serait-il  pas  adressé  à  Pierre  IV  d'Aragon,  dont  sa  femme 
était  la  nièce  :  «  Entweder  versprach  er  sich  von  Aragon  keine  beson- 
«  dere  Hùlfe  oder  er  stand  schon  damais  in  einem  schlechten  Verhàltnisse 
«  zu  seiner  Gemahlin  »  (o.  c,  p.  50).  La  première  hypothèse  pourrait 
bien  être  la  vraie,  eu  égard  au  caractère  très  pratique  du  roi  d'Aragon. 
Quant  aux  relations  de  Pierre  I'^'"  avec  sa  femme,  elles  étaient  excel- 
lentes en  1361.  Cf.  Mâcheras,  p.  68. 

1.  Ordre  des  Prégades,  du  6  septembre  1361,  pour  la  sauvegarde  du 
commerce  vénitien  dans  les  eaux  de  Chypre  :  «  propter  nova  que  habita 
sunt  usque  de  armata  et  maximo  apparatu  domini  régis  Cypri  »  (ap. 
Mas-Latrie,  liisl.  Cit.,  t.  11,  p.  235). 

2.  «  11  quale,  dit  Caroldo,  favoriva  la  natione  Veneta  »  (ms.  Bibl.  nat., 
f»  264). 

3.  «  Judicium  et  justitiam  diligit  »  {Soliloquium.  peccaloris,  Bibl.  de 
l'Arsenal,  ms.  408,  f"  233  v"). 

4.  V.  Mas-Latrie,  llisl.  C/i.,  t.  111,  p.  Sliotsuiv.,  note.  On  leur  permit 
d'y  établir  un  facteur  pour  «aliqualoca  vel  territoria  »  situés  dans  l'ile, 
dès  l'année  1334  ((7(/r/.,  t.  Il,  p.  363).  Ces  possessions  sont  souvent  men- 
tionnées dans  les  traités  entre  les  deux  nations(1378,  1381.  1396)  (ihid.). 
Sur  le  rôle  des  Cornari  dans  la  conclusion  de  la  paix  entre  Chypre  et 
Gênes,  v.  Caroldo,  L  c,  f"  299  et  ms.  499  de  la  bibl.  de  l'Arsenal,  160 
\°-'S. 

5.  Comm.  IV,  n"  195,  t.  II,  p.  312. 

6.  Caresino,  ap.  Muratori,  t.  Xll,  c.  428.  Delfin  mourut  le  12  juil- 
let 1361.  Celsi  avait  été  ambassadeur  auprès  de  Charles  IV  (Romanin, 

N.  JoROA.  Philippe  de  Mézières.  10 


—   Mfi  — 

même  à  former  des  projets  aventureux.  On  l'accusa  après  sa 
mort  d'avoir  conçu  celui  de  renouveler  la  tentative  de  Marin 
Faliero  et  de  se  saisir  en  maître  du  pouvoir  ;  sa  correspon- 
dance fut  détruite  par  l'ordre  du  Grand  Conseil,  pour  étouf- 
fer le  scandale.  Il  était  jeune  encore,  bien  que  ses  services  fus- 
sent déjà  nombreux  :  on  se  souvient  de  l'anecdote  qui  raconte 
que  son  père  refusa  de  saluer  ce  jeune  doge,  qui  ne  parvint 
à  tiéchir  sa  résolution  qu'en  mettant  une  petite  croix  sur  son 
béret  ducal.  «  Il  était  magnanime,  dit  Caresino,  et  d'un  âge 
très  robuste,  et  désirait  faire  du  bien  à  la  république  et 
l'agrandir  heureusement.  »  «  C'était  un  homme  bénigne  et 
doué  de  toute  bonne  qualité  et  douceur  »,  ajoute  une  autre'. 
Sa  cour  était  très  brillante;  il  entretenait  pour  son  plaisir  une 
véritable  ménagerie  de  bêtes  sauvages  et  curieuses  «  et  autres 
gentillesses  ^  )>.  On  le  voyait  chevaucher  à  la  Giudecca,  accom- 
pagné d'une  nombreuse  suite  de  jeunes  gentilshommes  et  y 
jouter  avec  eux".  Il  aimait  les  chevaux  et  les  promenades 
somptueuses  sur  la  mer  ''.  Quelque  temps  avant  l'arrivée  de 
Pierre  P'',  le  duc  d^Autriche  avait  été  reçu  avec  un  luxe  sans 
exemple  :   10,000  ducats  furent  dépensés  par  la  république 


Sloria  documenlala  di  Yen.,  t.  III,  p.  208-9).  Il  revenait  à  Venise  par 
Segna,  quand  la  fausse  nouvelle  d'une  victoire  remportée  par  lui  contre 
les  corsaires  décida  de  son  élection.  Celsi  avait  à  peine  cinquante  ans. 
Il  avait  été  podestat  à  Trévise,  capitaine  du  Pasnadego,  cavalerie  dal- 
matienne  de  la  république,  et  enfin  capitaine  du  golfe;  il  fit  son  entrée 
à  Venise  le  21  août  1361  (/6?cf.,  pp.  209-11). 

1 .  «  Hic  rnagnanimus,  et  robustissime  aetatis  fuit,  bonum  Reipublicae 
procurare  et  féliciter  augere  pluriirium  anhelavit  »  (/.  c.  p.  428  ;  CJiron. 
di  Yen.  (ino  al  1362,  nis.  II  85  inf.  de  l'Ambrosienne  à  Milan,  f'^  85; 
Cron.  di  Yen.  1327-1425,  Bibl.  de  Saint-Marc,  it.  VU,  662). 

2.  «  Questo  doxe  fo  nobelissimo  homo,  etteniva  chorte...  de  ogni  sorta 
bestie  selvadege,  et  etiam  chorseri  et  altrc  zentileze,  e  deletavase  moite 
volte  chavalchar  per  la  terra  clion  zcntiluomini,  o  cosi  etiam  barche- 
za.'ido...  ed  era...  acoinpagnato  da  zentilomini  assaisimi  ».  Cf.  llliron. 
allrib.à  Dan.  Barbaro  ou  ,\.  Trciiisan.  liibl.  de  Saint- .Marc,  it.  VU,  92, 
126,  790,  f"  315  V"  ;  Chron.  véniliennc,  Bibl.  nat.  Paris,  italien,  16, 
f"  122.  iiomanin  parle  de  bêtes  et  d'oiseaux  embaumés  qu'il  aimait 
à  collectionner  (/.  c.  pp.  211-2).  Les  genliUcsses  dont  il  est  (luestion 
étaient  à  la  mode  à  cette  éjjoque:  Isabeau  de  Bavière  possédait,  outre 
un  grand  nombre  d'  «  oiselets  chantants  »,  une  chouette,  «  un  singe 
fourré  de  gris  »  et  une  «  lieparde  »  (S.  Luce,  Jeanne  dWrc,  {>.  li.x).  sur 
le  «  garde  des  lions  »  du  duc  de  iNortnandie,  le  même,  Du  Guesciin,  p.  44 
et  note  4  ;  Moranvillé,  art.  cite,  378,  380.  V.  sur  l'anecdote  du  béret, 
Sanudo,  Yite  de'  duchi,  ap.  Muratori,  t.  XXII,  p.  655. 

3.  Ms.  cités,  ibid. 

4.  Sanudo,  c.  655. 


—  r.7  — 

à  cette  occasion,  et  le  doge  lui-môme,  à  cheval  et  suivi  de 
toute  la  noblesse  vénitienne,  montra  la  ville  à  son  visiteurV 

Le  roi  de  Chypre  arriva  à  Venise  la  veille  de  la  Saint- 
Nicolas  ^  le  5  décembre  de  l'année  1361.  Il  fut  reçu  par  le 
dogo  lui-même,  qui  alla  à  sa  rencontre  sur  le  Bucentaure, 
avec  toute  sa  noblesse,  jusqu'à  Saint-Nicolas  du  Lido.  La 
foule  était  si  grande,  qu'un  pont  se  rompit  et  que  le  roi  lui- 
même  tom1)a  dans  l'eau.  «  Je  suis  devenu  vénitien  »,  s'écria- 
t-il'*.  Il  logea  dans  la  maison  qu'avait  habitée  quelque  temps 
auparavant  Albert  d'Autriche,  le  palais  Cornaro,  près  de 
Saint-Lucas,  sur  le  grand  canal.  La  maison  appartenait 
alors  à  André  Zane,  dit  el  guerzo'',  podestat  de  Trévise, 
que  le  roi  arma  chevalier  à  cette  occasion  dans  l'église  de 
Saint-Marc  '\  On  donna  des  chasses  sur  le  territoire  de  Tré- 
vise en  son  honneur''. 

Des  présents  très  riches  furent  faits  au  prince  lui-môme  et 
à  sa  suite  par  le  doge".  Nicolas  d'Esté,  marquis  de  Ferrare, 


1.  Romanin,  t.  III,  pp.  212-3.  Le  duc  d'Autriche  arriva  à  Venise  le 
29  septembre  13G1  avec  30  chevaliers  et  200  nobles,  ramenant  avec  lui 
les  deux  ambassadeurs  vénitiens  pris  pendant  la  guerre  {ibid..  p.  212). 
11  repartit  le  5  octobre  (Sanudo,  /.  c.  c.  655). 

2.  C'est  la  version  que  donnent  Sanudo  (c.  655)  et  la  Chronique  véni- 
tienne depuis  Altila  (lUbl.  nat.  Paris,  italien  16,  f"  120  v").  Caroldo 
(f»  195)  donne  le  l»""  du  même  mois  («  nel  primo  del  mese  di  décembre  »), 
la  Chronique  d'Esté  (Muratori,  t.  XV,  c.  485)  et  le  Polystor  (ibid.,  X.XiV, 
c.  8'i3  C)  le  6  décembre.  La  preuiière  date  est  ordinairement  admise 
(1362  évidemment  et  non  pas  1361)(Mas-Latrie, //.  Ch.,  11,  p.  239,  note  1  ; 
Romanin,  o.  c,  III,  p.  212).  Il  n'y  resta  pas  vin f/t-deux  jours,  ainsi  que  le 
croit  Sanudo  (/.  c). 

3.  Chron.  il.  de  Ven.  à  la  Bibl.  de  Saint-Marc  (la  notice  se  rapporte- 
rait-elle à  ce  premier  séjour  à  Venise?) 

4.  Sanudo,  c.  655.  Sabellicus,  Ber.  Ven.,  libri  XXXIIl,  dans  les 
DegV  ist.  dellc  cose  Ven.,  I  (Venise,  1718).  p.  331,  Cron.  Zancaruola, 
Milan,  Bibl.  nat.  AGX  16,  II,  f"  315  v  et  Verci,  St.  délia  marca  tre- 
visana.  XIV,  39.  Le  palais  est  aujour  dhui  le  Municipio  de  Venise 
(Mas-Latrie,  éd.  de  Machaut,  Prise  dWlexandrie.  Genève,  1877  note  12). 
Cornaro  n'était  pas  encore  le  propriétaire  du  palais,  et  le  roi  ne 
pouvait  pas  lui  donner  en  échange  pour  son  hospitalité  le  casai  de 
Piscopi  (Keinhard,  Geschichte  von  Cijpern.  I,  252). 

5.  Caroldo,  f"  195  A  Trévise,  d'après  la  Zancaruola,  l.  c.  Zane 
obtint  la  permission  de  revenir  à  \'enise,  pour  y  voir  son  hôte,  le  10 
déc.  (Arch.  d'Etat  de  Venise,  Senato  Misli.  X'XX,  f"  124.  Cf.  Lihro 
novella,  88  v"  et  Mon.  del  passa (/gio  per  lo  stato  veneto  di  princ.  e 
soqgetli  esteri  (1347-77),  Bibl.  de  Saint  Marc,  it.  VII,  707. 

6.  Ordre  ducal  du  20  déc.  1362,  ap.  Verci,  Storia  délia  marca 
Trev.,  XIV,  39. 

7.  Voyez  sur  ce  premier  séjour  de  Pierre  I^""  à  V^enise,  Sanudo,  Vite 
de'  duchi,  ap.  Muratori,  XXII,  c.  655,  Chron.  ven.  dep.  Att.,  f°  120  v» 


—  1-48  — 

l'invita  à  le  visiter  aussi.  Pierre  le  remercia  pour  ses  offres, 
en  s'excusant  sur  la  nécessité  où  il  se  trouvait  de  partir  ail- 
leurs '.  Le  marquis,  qui  aurait  désiré  voir  de  près  ce  per- 
sonnage héroïque,  dont  la  réputation  en  Occident  était  si 
grande,  dut  se  contenter  de  lui  envoyer  des  présents, 
moins  brillants  que  ceux  du  doge,  mais  tout  aussi  utiles. 
L'auteur  du  livre  du  Polistor  assista  lui-même  à  la  réception 
de  «  six  beaux  chevaux  couverts  d'écarlate,  quatorze  san- 
gliers, vingt  veaux  et  quarante  paons,  deux  cents  paires  de 
perdrix  et  deux  cents  autres  de  chapons  ^  ».  «  Lequel  présent, 
ajoute-t-il,  fut  reçu  par  le  roi  à  grande  fête  et  très  gracieu- 
sement'. )) 

Le  seigneur  de  Padoue  ne  manqua  pas  non  plus  d'envo3'er 
six  chevaliers  avec  une  suite  nombreuse,  pour  féliciter  le  roi 
sur  son  heureuse  arrivée  et  lui  offrir  sans  doute  des  présents*. 

Des  questions  plus  sérieuses  occupèrent  le  roi  de  Chypre 
pendant  son  séjour  à  Venise.  Il  exposa  au  doge  l'état  de  la 
chrétienté  orientale,  lui  parla  des  progrès  incessants  des 
Turcs,  qui  venaient  de  prendre  Andrinople^  et  menaçaient  le 
reste  de  l'empire  grec,  du  danger  où  se  trouvait  l'Occident 
même  de  voir  la  puissance  et  la  religion  des  Infidèles  s'éten- 
dre jusqu'au  delà  de  ses  frontières.  C'est  pour  éviter  de 
pareilles  calamités  qu'il  s'était  décidé  à  quitter  son  île  pour 


(ed  esendo  per  andar  a  Treviso  per  podestade  messer  Andréa  Zane), 
Caroldo  (le  plus  détaillé,  d'après  des  documents  inédits),  f°*  195-5  v", 
Lihro  dei  Polistore  (Muratori,  XXIV.  c.  843  C),  Chronique  iV Hâte  (Mura- 
tori.  XV,  c.  485-6),  Cron.  di  lutta  la  prov.  di  Ven.  (jusqu'en  1455), 
Bibl.  de  S. -Marc,  it.  VII,  788,  f"  67  v»  ;  Cromica  Zane,  Bibl.  roy.  de 
Dresde,  ad  ann.,  Chron.  véii.  1444,  et  F.  160.  f*-  46  v.  «  Honoratus 
fuit  mirabiliter,  »  dit  la  Chr.  d'Esté  (l.  c).  Lorédan  confond  ce  séjour 
avec  celui  de  1365  (tr.  fr.,  t.  I,  pp.  396-8). 

1 .  Polistore,  c.  843  C  :  «  perché  avea  dato  ordine  di  fare  altro  camtnino». 
Chr.  d'Esté,  c.  485.  Les  ambassadeurs  étaient  venus  «  incontinente  » 
(Pol.,  ibid.). 

2.  «  Sei  bellissimi  cavalli  coperti  di  scarlatto,  e  quatordici  porci 
ciguali,  venti  vitelli,  e  quaranta  pavoni,  dugento  paia  di  pernici,  e  du- 
gento  paja  di  capponi  »  (Pol..  t.  c.)  Cf.  la  Chr.  d' Este,  qui  supprime  les 
chapons  de  ce  succulent  présent.  «  E  io  scrittore  era  ivi  présente, 
quando  tutte  le  predette  cose  furongli  presentate  »  (Polyst.,  l.  c). 

3.  «  Il  quai  présente  fu  ricevuto  dal  dette  Re  con  gra'ndissima  festa, 
e  molto  graziosamente  »  (Pol.,  ibid.). 

4.  Pnmum  addil.  ad  Cortusium.  Muratori,  XII,  966  a. 

5.  Des  ambassadeurs  byzantins  se  trouvaient  à  Venise,  le  22  nov. 
1362.  Archives  d'État  de  Venise,  Senato  misli,  XXX,  f°  118. 


—  149  — 

demander  des  secours  au  pape,  à  Tempereur,  au  roi  de  France 
et  à  tous  les  autres  princes  et  communes  de  la  chrétienté 
occidentale,  qu'il  espérait  gagner  à  une  nouvelle  croisade. 
Quant  à  lui,  il  n'épargnera  ni  les  fatigues,  ni  sa  vie  même, 
pour  atteindre  ce  but,  si  noble  et  si  utile  en  même  temps. 

La  réponse  du  doge  fut  favorable.  Cclsi  loua  son  projet 
d'aller  visiter  les  grands  princes  de  l'Occident  qui  pourraient 
le  secourir  dans  ses  guerres.  Quant  à  la  république,  elle  sui- 
vra ses  traditions,  en  lui  donnant  des  navires  et  des  vivres 
et  en  exposant  ses  propres  forces  pour  le  saint  passage.  En 
revenant  de  ses  voyages,  le  roi  le  trouvera  suffisamment  dis- 
posé à  l'aider  de  tout  son  pouvoir  pour  qu'il  puisse  faire 
l'éloge  de  la  seigneurie  de  Venise.  L'entreprise  devait  être 
tenue  secrète,  cependant,  pour  ne  pas  mettre  en  danger  l'ex- 
pédition elle-même  et  sans  doute  aussi  le  commerce  des 
Vénitiens'.  Les  ambassadeurs  vénitiens,  qui  devaient  partir 
presque  en  même  temps  que  le  roi  pour  Avignon,  obtinrent 
la  permission  d'appuyer  ses  négociations  ^ 

Un  traité  fut  conclu  probablement,  et  le  roi  se  hâta  de  partir 
vers  la  Lombardie.  Le  doge  obtint  du  grand  Conseil  l'auto- 
risation de  sortir  du  territoire,  le  1°'"  janvier  1362^;  le  jour 
suivant,  il  conduisait  son  hôte  jusqu'à  Malghera*.  André 
Zane,  son  hôte,  l'accompagna  jusqu'aux  frontières.  Pierre 
amenait  avec  lui  Carlo  Zeno,  très  jeune  encore,  qui  devait 
le  suivre  à  travers  l'Europe  entière".  Il  avait  dû  son  succès, 


1.  Caroldo,  f"»  195-5  v».  «  Ben  loesortava  a  tener  tal  cose  secrète,  accio 
publicandole  non  segua  (ch'  Iddio  non  voglia)  qualche  sinistro  ail'  im- 
presa  »  (f"  l'.)5  v). 

2.  Senato  misli.  l.  c,  f"  124(31  déc).  Ordre  aux  ambassadeurs  de 
partir  jusqu'au  3  fév.  1363  (ibid.,  f°  128  v°). 

3.  Mas-Latrie,  //.  Ch.,  II,  247  :  «  qui  cras  recedit  et  facit  viam  de 
Mestre  ».  Cf.  Romanin,  III,  p.  213  et  Sanudo,  ms.  autographe  de  la 
bibl.  de  S. -Marc  à  Venise,  it.  VIII,  800,  f"  380.  11  ne  partit  donc  pas 
en  déceiiibre  («  uell'  istesso  mese  di  décembre  »).  ainsi  que  le  dit 
Caroldo  (f"  195  v").  Ce  n'est  pas  au  roi  lui-même  que  fut  délivrée 
Tautorisation  ((/autorisation...  lui  fut  donnée...  parle  grand  conseil. 
Delaville  le  Koulx,  oitn-.  cite,  I,  p.  120.  note  2). 

4.  .\vec  la  seigneurie  et  beaucoup  de  gentilshommes  (C/tr.  dep.  Alt., 
l.  c  .  Caroldo,  f"  195  v),  sur  le  Bucentaure  («  con  il  busintoro  »,  Chr. 
dep.  Alt.,  ibid.).  Il  monta  à  cheval  ensuite  et  partit  vers  la  Lombardie 
avec  le  podestat  (cf.  Romanin,  III,  p.  213). 

5.  Vila  C.  Zeni.  l.  c.  f"  212  A-E. 


—  150  — 

dit  Mézières,  au  légat,  qui  prit  la  parole  en  son  nom'  et  reçut 
de  Celsi  la  réponse  éloquente  que  rapporte  Caroldo  ^ 

Le  roi  traversa  l'Italie  septentrionale  par  Mestre,  Padoue, 
Vicenceet  Vérone^  Cansignorio  dut  lui  offrir  une  magnifique 
hospitalité  dans  ces  deux,  dernières  villes*.  François  Carrara 
avait  quitté  Bassano,  où  il  s'était  retiré  devant  la  contagion, 
pour  recevoir  le  roi  à  Oriago  (distr.  de  Dolo).  Pierre  s'arrêta 
quelques  jours  à  Padoue,  où  il  habita  le  palais  du  seigneur;  il 
reçut  de  lui  au  départ  quatre  superbes  chevaux".  Il  fît  enfin  son 
entrée  à  Milan  le  21  janvier  ^  avec  une  suite  de  deux  cents  che- 
valiers et  écuyers\  11  y  resta  quelques  jours,  auprès  de  ce 
Bernabô  Visconti,  si  habile  et  si  rusé,  qui  ne  se  fit  pas  scrupule 
de  lui  promettre  tous  les  secours  imaginables,  malgré  son 
scepticisme  prudent  envers  les  croisades  et  sa  guerre  avec  le 
Saint-Siège^  Pierre  T'"'  se  rendit  ensuite  à  Pavie,  résidence  de 
Galéas,  l'autre  Visconti,  où  il  fut  reçu  d'une  manière  magni- 
fique. Le  marquis  Jean  de  Montferrat,  gendre  de  ce  malheureux 
Jacques  II  de  Majorque,  que  Philippe  de  Mézières  fut  sur  le 
point  de  servir,  lui  fit  une  réception  tout  aussi  pompeuse  à 
Voghera',  le  P''  février.  Le  jour  suivant,  Pierre  arrivait  à 
Tortone  avec  sa  suite  et  ses  chevaliers  '"  ;  il  ne  fit  qu'y  passer 


1.  Mézières,  A.  S.  p.  1007.  On  intervint  même  auprès  du  Pape  pour 
qu'il  confirmât  une  nomination  faite  par  Pierre  Thomas,  comme  évêque 
vénitien  de  Coron  (27  déc.  1362,  5en.  misli,  l.  c,  f"  124).  Les  Vénitiens 
lui  auraient  promis  uniquement  des  vaisseaux. 

2.  Caroldo,  l.  c,  f"  191  v". 

3.  Libro  del  Polislore,  Muratori,  XXIV,  c.  843  D  :  «  ando  a  Padova,  e 
a  Verona...  » 

4.  Verci,  St.  délia  marca  trev.  XIV,  141,  Zagata  n'en  parle  pas  dans 
sa  chronique  de  Vérone  (1747),  I. 

5.  Prirn.  add.  ad  Corl.,  l.  c,  966  A-B. 

6.  Donato  Bossi,  ap.  Baluze,  Vitœ  pont.  Aven..  I,  c.  983. 

7.  ...  «  De  mense  Januarii...  venitMediolanumcum  comitivaccarmi- 
gerorum  ».  Ckronicon Placnnlinum,  Muratori,  XVI,  p.  507  B;  cf.  Gai. 
de  Carrello  Chr.  dans  les  Mon.  Jlist.  Patriae  de  Savoie,  111,  c.  1206 
(le  22). 

8.  Mézières  :  «  scriptis  eorum  autenticis  (des  tyrans  et  des  communes) 
mediantibus,  omnes  adjutorium  magnum  pro  passagio  regiobtulerunt» 
{Vila,  p.  1007).  Cf.  Chr.  Plac,  l.  c:  «  et  ibi  (à  Milan)  .stetit pluribus 
diebus,  implorando  auxilium  contra  soldanum  Babyioniae.  » 

9.  «  Deinde  perrexit  Viqueriam  »  {Pelri  Azarii  Chronicon,  ap.  Mura- 
tori, XVI,  p.  411  b;  Carretto,  l.  c,  c.  1207). 

10.  Azario,  l.  c.  Il  arriva  à  Gênes  «  exeunte  Januario  »,  d'après 
Stella,  écrivain  de  beaucoup  postérieur  aux  événements  (Muratori, 
XVII,  c.  1096). 


—  151  - 

la  nuit  et  partit  avec  le  jour  pour  Gênes,  où  il  arriva  peut- 
être  le  lendemain. 

Le  doge,  Simon  Boccanegra,  parvenu  au  pouvoir  grâce  à 
l'appui  du  parti  populaire,  était  un  homme  très  énergique  et 
très  habile.  Son  alliance  avec  le  marquis  de  Montferrat,  qu'il 
aidait  à  combattre  la  puissance  menaçante  des  deux  Visconti, 
devait  le  rendre  favorable  au  prince  qui  avait  été  si  bien  reçu 
par  son  allié,  à  Voghera.  La  réception  faite  au  roi  à  Gênes, 
fut  en  effet  magnifique':  plusieurs  milliers  de  livres  furent 
dépensées  pour  lui  faire  honneur ^  Pierre  arma  chevalier 
Baptiste,  le  fils  du  doge.  Pierre  Malosello,  son  chambellan, 
lui  offrit  ensuite  un  grand  repas  dans  sa  maison  de  campagne 
de  Sturla.  Le  doge  y  fut,  dit-on,  empoisonné  par  les  nobles  ^  Il 
mourut  au  commencement  du  mois  de  mars  \  et  les  espérances 
que  le  roi  venait  de  fonder  sur  sa  collaboration  s'évanouirent 
avec  l'élection  du  nouveau  doge,   Gabriel  Adorno  ''.  Au  lieu 


1.  Stella,  Annales  Genuenses,  ibid.  (il  n'était  pas  venu  «  cum  Petro 
nato  suo  »),  Giustiiiiani  Aniiali  delta  rcp.  di  Genova,  éd.  de  1835,  t.  Il, 
100  (mrme  observation),  Uberto  Foglietta,  ffixt.  Gen.,  libri  X// (Gênes, 
1585),  f"  143  v,  Caroldo.  f°  196  v^  :  «  et  universalmente  da  tutta  quella 
città,  fu  rice^uto  con  moite  honorevoli  demo.strationi  »,  Bizarro,  Senalus 
popvliqup  Genucmrs...  Annales  (Anvers,  1579),  p.  137. 

2.  Archives  d'Etat  à  Gênes,  Magislror.  ralionalium  inlroilus  et 
exiliix,  reg.  54,  f"  89  (paiement  fait  en  1364):  «  in  Paulo  .Justiniano  et 
soc,  olim  deputatis  super  expensis  domini  régis  Cipri  in  c.  lxxxvh, 
lib.  iiii'"i)i,xv,  s.  XVI.  d.  X  »  ;  f"  99  (avril  même  année):  «  pro  Paulo 
Justiniano  et  soc,  olim  deputatis  super  expensis  domini  régis  Cipri  in 
c.  i.xxxvii,  lib.  v"'cxxii,  s.  vin.  d.  xi.  »  La  livre  génoise  valait  en 
1370,  6  fr.  50  de  notre  monnaie,  v.  les  tables  comparatives  données 
par  C.  Desiinoni  dans  Belgrano,  Délia  vita  privala  dei  Genovesi,  2»  éd., 
Gênes,  1875,  p.  514. 

3.  Dans  une  boisson  (Foglietta,  f°  143  v").  Stella,  l.  c.  :  «  in  domo  de 
Sturla,  »  qui  se  trouverait  «  ad  rura  »,  Foglietta,  /.  c.  :  «  in  suburbano 
suo.  »  Pierre  Malosello  porte  dans  les  chroniqueurs  génois  —  il  était  gé- 
nois lui-même  —  son  vrai  nom  de  Marocello  {Marocclhis)  ou  Malocello 
(Giustiniani,  H,  100).  Il  était,  d'après  Foglietta,  l'ami  du  roi  et  mar- 
chand établi  en  Chypre  («  Cypri  negotiantem  »,  f"  143  v"). 

4.  Le  13  mars,  la  nouvelle  de  la  mort  de  Boccanegra  se  répandit 
dans  la  ville.  Les  frères  du  doge  mourant.  Barthélémy,  Jean  et  Nicolas, 
furent  enfermés  dans  le  palais  pour  empêcher  leur  élection  (Foglietta, 
fo  14;^  V").  Une  commission  de  20  membres  fut  élue;  elle  désigna  à  son 
tour  60  autres,  qui  devinrent,  par  des  élections  successives,  40,  21  et  10. 
Ces  derniers  choisirent  Gabriel  Adorno,  marchand  gibelin  (v.  chron. 
citées  et  M.  Villani,  XI,  ch.  xi.ii,  pp.  434-5).  La  famille  de  Boccanegra, 
sauf  sa  femme  et  ses  enfants,  fut  exilée.  Le  doge  défunt  fut  enterré 
obscurément  dans  l'église  de  Saint-François  (Giustiniani,  II,  100). 

5.  Ibid. 


—  152  - 

de  l'alliance  qu'il  attendait,  on  lui  fit  des  menaces  de  guerre 
très  sérieuses,  en  1364  et  1365. 

Pierre  était  encore  à  Gènes  le  5  mars  1363,  quand  il  renou- 
vela, sur  leur  demande,  le  privilège  accordé  jadis  par  Henri  I" 
aux  Génois'.  On  retrouve  le  nom  de  Philippe  de  Mézières 
parmi  les  témoins  ^  Il  ne  paraît  pas  avoir  assisté  à  la  révolu- 
tion, qui  aurait  rendu  sa  position  difficile.  Il  est  probable 
qu'aussitôt  après  la  conclusion  du  traité  le  prince  se  diri- 
gea vers  la  France,  sans  doute  par  la  route  de  la  Corniche'. 

Pierre  Thomas  était  déjà  parti  pour  Avignon,  ainsi  que 
parait  l'avoir  décidé  le  roi  lui-même.  Il  y  trouva  le  nouveau 
pape,  Urbain  Y\  assez  favorable  à  ses  projets,  qu'il  men- 
tionna avec  des  éloges  ^  Les  cardinaux  l'écoutèrent  aussi 
avec  plaisir  ;  les  intentions  du  roi  de  Chypre  furent  approu- 
vées, et  lui-même  reçut  pour  sa  peine  le  titre  d'archevêque 
de  Crète,  à  la  place  d'Orso  Delfin,  l'ancien  légat  en  Orient 
et  capitaine  de  Smyrne,  qui  venait  de  mourir.  11  se  hâta  sans 
doute  d'anuoncer  à  son  maître  ce  résultat  favorable,  et  c'est 
alors  seulement  que  le  roi  se  dirigea  vers  Avignon, 

C'est  ce  qui  explique  le  long  séjour  qu'il  fit  à  Gênes,  oii  des 
propositions  de  secours  lui  furent  faites  dès  le  commence- 
ment par  le  doge. 

En  venant  en  Europe,  Pierre  1"  n'avait  pas  demandé 
l'avis  du  pape,  et  Innocent  VI,  avec  ses  sympathies  pour  la 
cause  du  jeune  Hugues,  avec  ses  réminiscences  sur  l'ancienne 
conduite  du  roi  envers  son  père,  ne  devait  pas  recevoir  avec 
beaucoup  de  plaisir  des  projets  qu'il  avait  vus,  du  reste,  tant 
de  fois  échouer.  Le  roi  de  Chypre  ne  connaissait  pas  le  nouvel 
élu,  dont  il  dut  apprendre  l'avènement  en  Lombardie.  11  ne 


1.  Voyez  sur  le  traité  du  10  juin  1232,  Mas- Latrie,  IIisl.  Ch.,  II, 
p.  248  et  suiv.  (dans  le  Liher  Jurium  Reip.  Gen.  ;  Mon.  IIisl  Pat. 
de  Savoie,  II,  p.  720  et  suiv.).  Il  y  eut  un  projet  de  traité  entre  Gênes 
et  le  roi  de  Chypre  en  1.320-9  (Mas-Latrie,  dans  les  Archives  de  lOric.nt 
lalin,  II,  173-4).  V.  les  préliminaires  de  1344  (Mas-Latrie,  Bibl.  e'c.  ch., 
1873,  p.  6  5  et  suiv.)  et  le  présent  ouvrage,  p.  78. 

2.  «  Philippo  de  Mayzeriis  regni  Chipri  cancellario  ».  On  retrouve 
parmi  les  témoins  Simon  de  Norès,  Guy  de  Reggio  (Mego,  ap.  Pagano,  qui 
donne  aussi  ce  traité),  Jean  d'Ibelin  et  Philippe  de  Brunswick. 

3.  Mas-Latrie,  ouvr.  cité.  II,  239,  note  1. 

4.  Consacré  le  6  novembre  1362. 

5.  Mézières,  Viln,  Act.  Sanct.,  jan.  II,  1007-8. 


—  153  — 

pouvait  ni  craindre  ses  mauvaises  dispositions,  ni  en  espérer 
du  secours  ;  cependant,  l'événement  dut  lui  être  plutôt  agréa- 
ble. C'est  pour  connaître  les  sentiments  d'Urbain  V  que  Pierre 
Thomas  fut  envoyé  à  la  curie,  et  le  roi  attendit  à  Gènes  le 
résultat  de  sa  mission  '. 


Innocent  VI  était  mort  le  12  septembre  13G2;  c'était  «  un 
homme  d'une  vie  simple  et  honnête  et  de  bonne  renommée  »  ^ 
Bien  qu'il  fût  un  juriste  et  un  théologien  distingué,  il  n'aimait 
pas  les  lettres  profanes  et  croyait  à  l'astrologie  ;  son  pontifi- 
cat, peu  brillant,  se  signala  par  des  luttes  incessantes  contre 
les  Infidèles  et  par  des  efforts  énergiques  pour  restituer  la 
concorde  entre  les  princes  de  l'Occident.  Cette  politique  de- 
vait être  aussi,  avec  moins  de  constance  en  ce  qui  concerne 
la  croisade,  celle  de  son  successeur''. 

Les  cardinaux  se  réunirent  pour  l'élection,  le  jour  de  Saint- 
Maurice.  On  ne  parvint  pas  à  s'entendre  ;  le  premier  qu'ils 
élurent  refusa  cet  honneur  \  On  tomba  d'accord  enfin  sur  la 


1.  Les  lettres  du  pape  annonçant  son  avènement  (7  nov.  an  I,  Ar- 
chives du  Vatican,  l.  c.  2'i5,  f"  7  et  suiv.;  Comrnem.,  VU,  n"  32  ;  t.  III,  9) 
arrivèrent  à  Venise  après  le  départ  du  roi.  Les  ambassadeurs  vénitiens 
qui  devaient  le  féliciter  (Marc  Cornaro,  Pierre  Trevisan  et  Matteo  Ter- 
me (?)  partirent  de  Venise  le  29  janvier  (Caroldo,  f"  195  v")-  La  lettre  de 
notification  adressée  à  Pierre  lui-même  est  conçue  dans  des  termes 
très  généraux  (.Irc/t.  du  Val..  2'j5,  f"  10). 

2.  Villani,  1.  XI,  ch.  xxvi,  éd.  c.  p.  422;  Grandes  Chroniques,  VI, 
p.  226-7;  cf.  Theiner,  II,  Cnd.  dipl.  dom.  Icmp.,  p.  403;  Luce,  Du 
Guesclin,  p.  235  et  suiv. 

3.  V.  plus  loin,  p  157.  «  Sauver  la  France,  établir  la  paix  et  l'équi- 
libre en  Lurope,  réprimer  la  prépondérance  envahissante  de  Barnabe 
Visconti  »,  tels  sont,  d'après  André,  Histoire  politique  de  la  monar- 
chie pontificale  au  xiv  siècle,  p.  391.  les  princi])aux  objets  que  se 
proposa  le  nouveau  pape.  En  remplaçant  le  premier  point  par  l'idée 
d'une  nouvelle  croisade,  ce  serait  bien  là  ce  qu'il  désirait. 

4.  Villani,  /.  c.  Cf.  Spécimen  historiic  Sozonteni.  ap.  Muratori, 
t.  XVI,  c.  1069  c.  Sur  les  chances  (ju'avait  à  celte  occasion  l'arche- 
vècjue  de  Prague,  Ernest  de  Pardubitz,  voyez  la  Vila  Arnesti.  par  Guil- 
laume de  Wisscgrad  ou  de  Plindenburg,  édition  Ilotler,  dans  les  /^'unlcs 
rer.  Auslriacarum .  i"  partie,  t.  VI  (Vienne,  1865),  pp.  9-10  :  «  Mortuu 
quoque  Innocentio...  })oscentibus  ipsius  moribus  atque  virtulibus,  per 
certes  cardinales  fuit  in  summum  pontificem  nominatus  et  fuisset  indu- 
bitantcr  electus  ab  omnibus,  si  promotionem  suam  non  impedisset 
natio  aliéna  ».  V.  aussi  Koelho/f'sche  Chronik,  1358-62,  in  Chron.  der 
deutschen  Stàdle.  KOln,  III,  691,  1.  19-25. 


—  154  - 

personne  d'Urbain  de  Grimoard,  simple  abbé  de  Saint- Victor, 
à  Marseille'. 

Né  à  Grisac,  d'une  famille  noble,  le  nouveau  pape  avait 
pris,  jeune  encore,  l'habit  de  Bénédictin  au  prieuré  de 
Chirac,  où  il  étudia  les  lettres^  Devenu  docteur  en  décrets, 
il  enseigna  pendant  longtemps  à  Montpellier  et  à  Avignon. 
Abbé  de  Saint-Germain  d'Auxerre  ensuite,  une  mission  en 
Lombardie  lui  fut  confiée  par  le  pape  et  il  s'y  rendit  en  1352 
avec  Azzo  de  Reggio,  dojen  d'Aquilée^  Il  fut  mal  accueilli 
par  les  tyrans  ;  une  anecdote,  évidemment  fausse,  attribue 
même  à  Bernabè  un  de  ces  traits  qui  étaient  pourtant  bien 
dans  sa  nature  :  il  aurait  fait  avaler  au  légat  les  lettres  peu 
respectueuses  qu'il  lui  avait  apportées  ''.  Devenu  ensuite  abbé 
de  Saint- Victor,  une  nouvelle  mission  l'amena  en  Italie^;  il 
revenait  de  Naples,  où  il  était  allé  porter  des  subsides  à  la 
reine  Jeanne,  quand  la  nouvelle  de  son  élection  vint  le  trou- 


\.  «  In  aliquem  de  suo  coUegio  concordare  non  valentes  »  (Contin. 
de  Nangis,  Chroniques.  Soc.  de  l'iïist.  de  Fr.,  t.  IF.  p.  320).  Cf.  p.  321  : 
«  qui  ciim  haberent  de  suo  collepio  multos  probos  dominos  et.  valentes, 
nullos  de  cis  elicere  (sir)  curaverant.  »  Puis  il  ajoute:  «  Causam  autem 
Spiritus  Sanctus,  ut  firmiter  credo,  non  ignorât  »  (ihid.).  Le  peuple 
aurait  été  mécontent  de  ce  choix  (p.  321).  Cf.  Grandes  Chroniques,  VI, 
p.  226.  Le  père  d'Urbain,  Duillaume  de  Grisac, était  un  «  grandaevus 
miles»  à  cette  époque  (2''  vila  Urbnni  V,  ap.  Baluze,  I,  406).  Il  mourut 
le  17  octobre  1366  (C/ir<m.  Martini cnne.  f"*  158-8  v).  Sa  mère  était 
Amphélise  de  Montbéliard  (Prou,  Elude  sur  les  rapports  de  Charles  V 
et  d'Urbain  V  dans  la  Bihl.  de  Vêc.  des  H.  Etudes,  fasc.  72.  etc..  p.  4, 
note  1).  Le  pape  avait  lui-même  soixante  ans  {Spécimen,  c.  1069; 
Villani,  /.  c). 

2.  Baluze,  I,  p.  363.  Le  prieuré  de  Chirac  dépendait  de  Saint-Victor 
(ibid.).  Cf.  Duchesne,  Histoire  des  cardinaux  français,  I,  582  il  avait 
enseigné  encore  à  Toulouse  et  à  Paris. 

3.  Ms.  cité  par  Baluze,  I,  c.  978. 

4.  V.  cette  anecdote  dans  les  Ann.  MedioL,  Muratori.  XVI,  c.  800, 
E-1  C;  Gataro.  ibid.,  XVIf,  c.  160.  E-2  D,  Tritheira  (ap.  Baluze,  l.  c, 
p.  979),  les  chroniques  d'André  de  Ratisbonne  et  de  Jean  Kraft  (Rccard, 
Scriptores,  I,  2110).  Une  première  version,  dans  des  termes  assez 
vagues,  est  donnée  par  la  3=>  Yita  Urbani  V  (Baluze,  c.  417-8):  «  Et 
dominum  de  Milano...  qui  ipsum  in  minoribus  constitutum...  ferè 
inhonestè  tractavit  ».  Cf.  aussi  Cronica  di  Bologna,  ap.  Muratori,  XVII 1, 
p.  485  d:  le  pape  aurait  persécuté  Bernabô  parce  que  jadis,  étant 
ambassadeur  du  Saint-Siège,  ce  dernier  «  gli  fece  una  gran  ver- 
gogna  ».  Et  l'auteur  ajoute  ;  «  non  so  che  ne  sarà  »  (ibid.). 

5.  Ce  n'était  pas  en  Lombardie  (  «  apud  Lombardiam  existante 
in  legatione  »,  3»  Vita,  Baluze,  I,  412).  Il  était  passé  par  le  Mont  Cassin 
(Tosti.  Sloria  di  monte  Cassino,  IV,  53)  et  par  Florence,  où  il  avait 
fait  des  promesses  pour  le  temps  où  il  serait  pape  (Villani,  p.  422-3J. 


—  155  — 

ver  en  chemin  '.  Il  accepta,  à  cause  du  triste  état  où  se  trou- 
vait l'Église  ^  et  débarqua  à  Marseille  le  28  octobre  ^.  Son 
élection,  dont  on  avait  gardé  le  secret  jusqu'alors,  fut  pro- 
clamée le  29.  Le  dimanche  6  novembre  enfin,  Urbain  V  fut 
couronné  dans  la  cathédrale  d'Avignon  par  Audouin  Aubert, 
évoque  d'Ostie. 

Le  nouveau  pape  était  un  homme  très  sévère  et  très  pieux*. 
Pendant  tout  son  pontificat,  il  porta  la  haire  du  moine  sous 
ses  habits*;  le  luxe  qui  avait  envahi  l'Église  lui  était  odieux 
et  on  ne  le  vit  pas  traverser  la  ville,  à  grande  pompe,  le  jour 
de  son  couronnement ^  Les  archevêques  de  Reims  et  de  Sens 
furent  mandés  à  Avignon  et  repris  sévèrement  sur  leurs  abus 
de  pouvoir,  ainsi  que  l'abbé  de  Saint-Germain  d'Auxerre,  qui 
l'avait  tiré  jadis  par  la  barbe  en  lui  disant  :  «  Quand  tu  seras 
pape,  si  t'en  venge  »  ''.  Il  ordonna  aux  évêques  qui  vivaient 
à  la  curie  de  se  retirer  dans  leurs  diocèses  et  convoqua  des 


1.  «  In  Italige  partibus,  »  dit-il  lui-même  (Theiner,  o.  c,  II,  403),  «  in 
partibus  Neapolitanis  »  (Baiuze,  I,  363).  «  in  regno  Siciliœ  »  (1,  400), 
entre  Florence  et  Naples,  d'après  Papon  (Histoire  de  Provence,  III, 
207). 

2.  Lettre  à  Gilles  Albornoz  (Theiner,  II,  403). 

3.  Villani,  l.  c.  (le  30  octobre  à  Avignon);  2»  Vita,  Baiuze,  p.  363. 
C'est  la  bonne  version  (cf.  celle  qui  est  donnée  par  la  l'"  Vie,  ibid., 
p.  400).  Sponda  déjà  le  faisait  remarquer  {Ann.  Ecoles.  I,  772).  Le 
secret  aurait  été  gardé  parce  qu'on  ne  connaissait  pas  encore  les 
dispo.sitions  de  l'élu  (Baiuze,  I,  363).  Il  aurait  été  simplement  appelé 
à  Avignon  par  les  cardinaux,  qui  ne  lui  annoncèrent  pas  son  élection 
(Gr.  Chroniques,  VI,  237).  Bzowski  croit  que  cette  mesure  fut  prise 
pour  qu'il  ne  fût  pas  retenu  par  les  Italiens  {Ann.  Eccles.,  II,  277). 
M.  Prou  adopte  aussi  la  version  de  la  2»  Vie  :  il  croit  de  plus  que 
l'élection  formelle  ne  fut  pas  faite  avant  le  31  octobre,  le  lendemain  de 
son  arrivée  à  Avignon.  Sponda  admettait  aussi  que  la  confusion  faite 
par  les  Grandes  Chroniques  et  la  l'"''  Vie  provenait  de  ce  qu'il  arriva  à 
Marseille  le  28  octobre  et  annonça  son  acceptation  (Prou,  /.  c,  pp. 
5-6).  Cette  acceptation  devait  être  connue,  du  reste,  par  le  retour  du 
courrier,  qui  aimonça  à  l'rbain  son  élection.  Les  termes  de  la  l'«  Vie 
même  sont  assez  vagues  et  finissent  par  atténuer  la  première  version. 
L'inondation  empêcha  .son  arrivée  (Baiuze,  I.  400). 

4.  Baiuze,  Ly76.  Chron.  martiniennc,i"  157.  Cent,  de  Nangis,  11.  323 
(«  infra  octabas  omnium  Sanctorum  »).  Villani,  p.  178.  Lettre  à  Albor- 
noz, l.  c,  p.  403.  Gr.  Chron..  VI,  p.  227. 

5.  «  Homo  honestissimae  vitae  »  (Spécimen,  c.  1069  c),  «  honcsto  e 
di  religiosa  vita,  pratico  e  intendente  assai  »  (Villani,  p.  179),  «  homo 
strictus  fuit,  pompositatos  odio  habens,  et  maxime  sumptuosos  status 
Cardinalium  nnos  invenit  »  (:V'  VHo.  Baiuze,  1,  c.  414). 

6.  2"  Vita,  Baiuze,  I.  400  :  «  fastum  vitans,  prout  dicebatur  ». 

7.  Chronique  de  Vabbé  de  Saint-Vincent  de  Laon.  ap.  Lebeuf,  Dis- 
sertations sur  ihistoire  de  Paris,  t.  lU,  p.  439. 


—  156  — 

synodes  provinciaux  pour  la  réforme  du  clergé'.  Adversaire 
déclaré  du  cumul  des  bénéfices,  il  chargea  les  évêques  de 
Toulouse  et  de  Narbonne  d'empêcher  dorénavant  de  pareils 
abus^  11  voulait  rendre  plus  expéditive  cette  justice  ecclé- 
siastique si  lente  jusqu'alors,  et  punit  sévèrement  les  concù- 
binaires  et  les  usuriers  ;  200,000  florins  de  source  suspecte 
furent  restitués  par  ses  soins  ''.  11  prit  des  mesures  pour  ren- 
dre les  jeûnes  plus  respectés  et  appela  auprès  de  lui  plu- 
sieurs clercs  des  meilleurs  de  chaque  royaume  pour  en  obte- 
nir des  informations  sur  la  vie  du  clergé  dans  ces  différentes 
contrées  *.  Très  savant  lui-même,  il  aimait  les  savants  et  leur 
donnait  de  préférence  les  bénéfices^;  il  fonda  un  collège  à 
Montpellier  '''  et  une  école  de  musique  religieuse  à  Toulouse  \ 
Bien  qu'il  menât  une  vie  très  modeste,  qu'il  refusât  de  faire 
des  dons  à  sa  famille  et  d'en  recevoir  pour  elle,  il  dépensa 
des  sommes  considérables  pour  élever  de  nouvelles  églises  ^ 
Il  était  très  laborieux  et  très  exact  dans  l'accomplissement  de 
ses  devoirs',  très  résolu  dans  ses  décisions.  Aux  cardinaux 
qui  voulaient  l'empêcher  d'aller  à  Rome,  il  répondit  qu'il  en 
avait  suffisamment  dans  sa  capuce  ",  En  apprenant  son 
élection,   Talleyrand   de    Périgord,    qui   se    connaissait   en 


1.  Sponda,  Ann.  EccL,  II,  793.  Rinaldi,  Ann.  EccL,  XXVI,  1178. 

2.  Rinaldi,  ibid.  Pelrarchae  Senilia,  1.  VII,  ep.  1.  1»  VUa^  Baluze,  I, 
395-8. 

3.  1"  Vila,  l.  c. 
k.  Ibid. 

5.  «  Viros  quoque  literatos  multum  dilexit,  eos  in  beneficiis  conferen- 
dis  prœferendo  »  {Martini  Fuldensis  Chronicon,  ap.  Eccard,  Scriplores, 
Leipzig,  1723),  p.  1729  (cette  chronique  est  contemporaine);  «  ...  in 
studiis  universis  quosdam  viros  notabiles  tenebat  in  habitu  dilïormato 
pro  explorandis  meritis  studentium,  et  labores  quos  affectabat  dignos 
nimium  promovere  »  (3''  Vila,  Baluze.  I,  416). 

6.  «  Quamdiu  vixit  in  papatu,  suis  expensis  tenuit  mille  studentes,  in 
diversis  studiis»,  en  leur  donnant  les  livres  nécessaires (l-'  Vita,  l.  c). 

7.  «  Studio  Tolosano...  qui  in  Missa  majori...  voce  dulci  harmonisa- 
rent  atque  in  aliis  facultatibus  proficerent  et  erudirentur  »  (S-*  V7/a,  I, 
416). 

8.  1^'  Vila,  Baluze,  1,  398. 

9.  Ibid. 

10.  «  Asserens  quod  in  capillo  capucii  sui  sufficientes  habebat  cardi- 
nales ».  Il  nomma  aussitôt  deux  cardinaux  (3^  Vila.  Baluze,  I,  414-5). 
Cf.  Martin  de  Fulda  (Kccard,  l.  c,  1, 1729)  ;  «  pompam  et  arrogantiam 
Cardinalium  repressit  ac  compescuit  ».  L'abbé  de  Saint-Paul  lui  ayant 
offert  de  l'argent  pour  être  nommé  cardinal,  il  reçut  la  somme,  l'em- 
ploya à  la  réparation  de  l'église  de  Saint-Paul  et  ne  le  nomma  pas 
(3-'   Vila,  I,  p.  415). 


—  157  — 

hommes,  s'écria,  dit-on  :  «  Nous  avons  un  pape  mainte- 
nant !  »* 

En  dehors  de  ses  préoccupations  de  réforme  dans  l'Église, 
Urbain  V  se  proposa  un  triple  objet  pendant  son  pontificat  : 
rendre  le  pape  puissant  en  Italie,  rétablir  la  paix  en  Occident 
et  donner  une  nouvelle  impulsion  à  la  croisade. 

Pour  atteindre  le  premier  but,  il  dut  combattre  Ber- 
nabô.  Il  défendit  aux  nobles  romains  de  venir  à  la  curie  pour 
y  prendre  ces  titres  de  vicaire  qui  leur  donnaient  la  pos- 
session des  terres  de  l'Eglise  ^  Il  leva  des  dîmes  pour  sou- 
mettre les  rebelles. 

En  même  temps,  dès  le  commencement  de  son  pontificat, 
il  commença  son  œuvre  de  pacification.  Il  écrivit  au  doge  de 
Gênes  pour  lui  recommander  de  cesser  ses  attaques  contre 
l'église  d'Albenga'*.  Pierre  de  Clermont,  évéquc  de  Cambrai, 
puis  Raymond  de  Scangenia  furent  envoyés  en  Gascogne 
pour  faire  la  paix  entre  les  seigneurs  de  Foix  et  d'Arma- 
gnac'*. Le  pape  invita  Charles  le  Mauvais  à  l'aider  dans 
ses  efforts  ^  L'archevêque  de  Ravenne  alla  faire  la  paix 
entre  Florence  et  Pise,  d'après  les  instructions  déjà  données 
par  Innocent  VI  ".  Pierre  Corsini,  évoque  de  Volterra,  fut 
envoyé  avec  une  semblable  mission  auprès  de  Charles  IV,  le 
roi  de  Hongrie,  le  duc  d'Autriche  et  le  marquis  de  Moravie". 

Quelques  jours  après  son  avènement **,  Urbain   V   écrivit 

1.  «  Modo  habcmus  F'apam  »  {ibid.,  p.  424).  V.  le  portrait  que  trace 
de  lui  la  Chronique  de  Mayence  dans  les  Chron.  der  deutschen 
Stddle,  Mainz,  11,  i,  p.  172,  1.  16-20:  «  Quia  fuit  (Urbain  V)  lux  mundi 
et  via  vcritatis.  ainator  jnslicie,  recedens  a  malo  et  timons  Deuin,  cui 
invidebaiit  ([uidaia  cardinales  ut  beato  Jheronimo,  quia  reprehendit 
vicia  eorum  etavariciainetduxit  eus  Homam  ».  Cf.  Umbiirger  Chvonik, 
pp.  40-54.  'l'iiomas  111  de  Saluées,  son  contemporain  presque,  en  fait 
un  très  bel  éloge  dans  son  Chevalier  errant,  en  citant  une  de  ses 
expressions  sur  Vavarice  (.\.  Jorga,  Thomas  III  de  Saluées,  Paris, 
Champion,  1893,  p.  182). 

2.  «  Suij  titulo  vicariatus  vel  custodie  »  (lettre  à  Albornoz,  29  déc. 
1362)(Theiner,  II,  p.  406),  Arch.  du  Vat.,  l.  c.  245,  f"  l. 

3.  Arch.  du  Vatican.  245,  f"  66  sqq. 

4.  Ibid.,  f»  77.  Cf.  f"^  52  sqq.,  58  et  GalUa  christ..  III,  44-5. 

5.  Ibid-,  f"  46.  Lettre  de  recommandation,  f"  47. 

6.  Arch.  du  Vatican,  245,  fo  45.  Lettres  aux  deux  parties  (ibid.). 

7.  Arch.  du  Vatican,  245,  f"  67  et  suiv.  Suivent  les  lettres  aux  parties 
(ibid.).  Cf.  Scip.  Ammirato,  Islorie  FioroUine,  l''-^  partie,  t.  II 
(Florence,  1647),  1.  xu,  p.  618.  Il  passa  par  Florence  dans  les  derniers 
jours  de  1362  (ibid.). 

8.  Le  19  novembre  1362. 


—  1P>8  — 

enfin  une  lettre  à  l'archevêque  de  Nicosie  et  à  ses  sufFra- 
gants,  lettre  où  il  manifeste  les  mêmes  sentiments  sur  la 
croisade  que  son  prédécesseur.  Il  parle  des  dévastations 
commises  en  Orient  par  les  barbares  «  qu'on  appelle  vulgai- 
rement Turcs  »'  et  qui  désirent  la  destruction  de  la  foi  chré- 
tienne. La  Remanie  et  d'autres  contrées  encore  ont  eu  à  souf- 
frir leurs  ravages.  C'est  pour  pouvoir  secourir  les  chrétiens 
de  l'Orient  qu'il  s'est  décidé,  d'après  l'exemple  de  Clément  VI 
et  d'Innocent  VI,  à  imposer  la  dîme  en  Chypre  et  ailleurs. 
Innocent  l'avait  imposée  d'abord  pour  quelques  années,  puis 
il  se  vit  contraint  d'en  prolonger  le  terme  ;  comme  ses 
lettres  paraissaient  ne  pas  être  parvenues  aux  prélats  chy- 
priotes, il  renouvelle  ses  ordres.  L'Église  est  trop  affaiblie 
par  la  guerre  contre  les  tyrans  pour  pouvoir  fournir  des  sub- 
sides, et  l'île  elle-même  et  la  ville  de  Smyrne-  ont  besoin  de 
secours.  La  dîme  durera  trois  ans  ;  elle  sera  recueillie  par 
Pierre  Demandi,  archidiacre  de  Limassol  et  nonce  aposto- 
lique ^ 

Dès  le  7  novembre,  Urbain  avait  écrit  au  Grand-Maître,  lui 
annonçant  son  avènement  et  lui  demandant  de  continuer  la 
guerre  contre  les  Infidèles*. 

Pierre  P""  trouva  donc  à  Avignon  un  partisan  de  ses  pro- 


1.  «  Qui  Turchi  vulgariter  nuncupantur.  » 

2.  «  Civitas  nostra.  »  On  y  envoya  Pierre  Racanelli,  comme  capitaine 
pour  dix  ans  {ibid.,  f»  188  v"  ;  Rinaldi,  1863,  §  28,  29  janv.  1362j.  La 
dime  devait  être  recueillie  en  deux  termes  (!«'■  mars  et  Nativité  de  saint 
Jean  la  première  année;  Noël  et  saint  Pierre  et  saint  Paul  les  années 
suivantes).  Elle  commencerait  à  la  Toussaint  {Arch.  du  Vatican,  245, 
fos  31  v°-2  v»).  Il  ne  peut  pas  être  question  de  la  croisade,  qui  ne  fut 
prêchée  que  vers  Pâques,  en  1363. 

3.  Même  date.  Lettres  à  Pierre  Demandi  (Archives  du  Vatican, 
215,  f"  31).  Les  Hospitaliers  seuls  devaient  être  exemptés  (v.  lettre 
précédente). 

4.  Hosio,  Storio,  t.  Il,  p.  65.  C'était  donc  bien,  ainsi  que  l'appelle  un 
ms.  cité  par  Duchesne  (Preuves  à  rilist.  des  cardinaux,  p.  601),  «  le 
défenseur  infatigable  de  l'Eglise  »  et  non  le  personnage  très  politique 
qui  aurait  vu  dans  la  croisade  un  moyen  d'éloigner  les  grandes  com- 
pagnies (Prou,  /.  c,  p.  31).  Son  amour  pour  la  croisade  n'allait  pas  ce- 
pendant jusqu'à  lui  faire  oublier  ses  propres  intérêts  en  Italie.  Pierre 
Thomas  ayant  levé  de  l'argent  pour  la  croisade  au  delà  du  Phare,  en 
Sicile,  qui  ne  faisait  pas  partie  (le  la  léf:;ation,  Gilles  Albornoz  fut  invité 
à  défendre  de  continuer  la  levée  de  la  dime;  les  biens  recueillis  de- 
vaient être  employés  pour  les  affaires  de  la  péninsule.  Les  contrevenants, 
même  ornés  pontificali  dignilate,  doivent  être  excommuniés  (Arch. 
du  Vatican,  245,  f"  76  v). 


—  159  — 

jetsV  II  arriva  (Lans  cette  ville  le  mercredi  saint,  29  mars  1362^, 
après  un  voyage  difficile,  à  cause  du  grand  froid  et  des  inon- 
dations qui  signalèrent  l'hiver  de  cette  année'.  Il  fut  très 
bien  reçu  par  le  peuple  et  le  clergé.  «  Lequel  roy  Pierre  »,  dit 
la  Chronique  de  Valenciennes,  «  y  fut  recheu  moult  autentic- 
quement,  saintement  et  très  honnourablement.  Tous  les  car- 
dinaulx,  le  clergiet  de  la  cité  et  tous  sains  collèges  alèrent,  à 
croix,  confanons,  eawe  bonite  et  moult  grant  pienté  de  relic- 
ques  et  saintuaires,  à  l'encontre  et  au  devant  de  luy  en  grant 
solempnité  »  *.  Les  cardinaux  qui  étaient  allés  à  sa  ren- 
contre, le  conduisirent  au  palais  du  pape,  où  il  trouva  celui 
qu'il  rêvait  de  voir  depuis  longtemps,  le  duc  de  Normandie, 
vers  lequel  il  avait  envoyé,  des  années  auparavant,  Philippe 
de  Mézières.  Le  pape  reçut  «  liement  et  doucement  »  ce 
champion  de  l'Église,  venu  de  si  loin,  et  les  deux  rois  s'en- 
tretinrent quelque  «  espasse  »  dans  le  palais  même,  en  pre- 


1.  C'était  sur  une  véritable  croisade  qu'il  se  basait,  en  allant  à  Avi- 
gnon, et  non  sur  une  simple  levée  de  truupes  que  favorisaient  les  cir- 
constances (iMichaud,  Ilist.  des  Crois.,  éd.  Huillard-Bréholies,  t.  111, 
p.  362). 

2.  C'est  la  date  que  donnent  Philippe  (i4c<.  5rtnc<.,  janv.  II,  p.  1008; 
«  quarta  feria  septiniane  Passionis  Jtiesu  (  hristi  »),  Qucdam  scriplura, 
Bibi.  de  l'Arsenal,  4yy,  f"  i;54,  le  Pelil  Thalamus  (Muntpellier,  18'i0,  p. 
362  :  «  En  lan  mccclxui,  lo  dimercres  sans  »),  la  (lliruniijue  mar- 
liin'enne  (ï"  157),  la  '2"  Vie  d'Urbain  K(Haluze,  I,  401).  C'est  aussi  la 
date  généralement  admise  (Mas-Latrie,  llisl.  de  C/ii/pre,  t.  II,  pp.  239- 
40;  Prou,  /.  c,  p.  24;  Rinaldi,  t.  X.WI,  p.  85).  La  Chronique  des  Pai/s- 
Bas.  (le  France,  etc.  (de  >met,  Corpus  C/iron.  Flandriae,  1837-45, 
t.  111,  })p.  2UU-1)  l'cprésente  le  roi  de  (hypre  et  celui  de  France  comme 
étant  aiTivés  avant  la  mort  du  pape  Innocent  (12  sept.  1362).  Kroissart 
parle  de  la  (.ihaiidelcur  («  environ  le  Candeler,  l'an  de  grâce  mil  rcc 
et  L.xn  »).  Amadi  se  rapproche  de  la  Chron.  des  Pays-tas,  ainsi  que 
les  tiécils  d'un  hoiirfjeois  de  Valenciennes  (p.  314).  Cf.  «  de  menso  Ue- 
cembris  »  (S/,ccinien  hist.  Soz.,  ap.  Muratori,  t.  XVI,  c.  1070  I)),  le 
l^f  février  (Caroldo,  f"  196  v")-  H  serait  arrivé  en  1364,  d'après  VEulo- 
(jium  Jlislorianim  (éd.  Haydon,  coll.  du  maître  des  Kôles,  Londres, 
18()3,  t.  111,  p.  333);  sous  Charles  V,  pour  admirer  sa  sagesse,  d'après 
Christine  de  Pisan  !  (Livre  des  faits,  etc.,  éd.  Petitot,  X\l,  p.  ()0).  ('f. 
Arch.  Or.  lai..  Il,  6  (mention  d'une  chronicjue  arménienne,  qui  a  été 
publiée  ensuite  dans  le  tome  II  des  JJist.  arm.). 

3.  Cf.  3«  Vie  d'Urbain  V,  ap.  Baluze,  I,  418.  Les  rivières  étaient 
gelées,  on  mourait  de  froid,  etc.  Le  Rhône  avait  cjunize  pieds  de  glace, 
dit-on,  dos  chevaliers  gelaient  sur  leurs  chevaux  (ibid.).  En  Italie, 
inondations  du  Po  et  à  Florence  (Villani,  1.  XI,  ch.  .\xnui,  éd.  citée,  p. 
188).  CL  Chron.  Mogunlinum,  dans  les  Chr.  der  deulschen  Slddte. 
Mainz,  I,  p.  166,  1.  2U-23;  II,  p.  117,  1.  9-11. 

4.  Froissart,  éd.  Kervyn,t.  VI, 503;  éd.  séparée,  Lou\ain,1877,  p.3l3. 
L'auteur  croit  que  le  pape  était  encore  Innocent  VI  (ibid.). 


-   1G0  — 

nant  «  vin  et  espisses  ».  Puis  ils  retournèrent  chacun  à  leur 
hôtel  \ 

Jean  II  était  parti  fie  Paris  vers  la  fin  du  mois  d'août  1363* 
pour  visiter  le  pape  Innocent,  voyageant  à  petites  journées. 
11  apprit  à  Chalon-sur-Saône  peut-être  ^  où  il  se  trouvait  le 
19  octobre,  la  mort  du  pape*.  Le  nouvel  élu  lui  annonça  son 
avènement  le  7  novembre;  il  lui  parlait  de  son  dévouement 
spécial  pour  la  maison  de  France,  dont  il  était  né  le  sujet,  et 
le  priait  de  venir  le  visiter  '.  Le  roi  était  à  Lyon  le  2  novem- 
bre"; quelques  jours  plus  tard,  le  20  du  môme  mois,  il  entrait 
à  Avignon'',  où  il  fut  «  grandement  conjoïs  et  festùés  dou 
pape  et  de  tout  le  collège  d'Avignon  »  ^  Il  y  dîna  avec 
Urbain  ^  qui  lui  donna  une  vaisselle  d'or  et  cent  florins  à  ses 
jongleurs"*  et  se  retira  ensuite  à  Villeneuve-lez-Avignon,  où 
l'on  avait  préparé  des  logements  pour  lui  et  pour  sa  nom- 
breuse et  brillante  suite*',  dans  la  maison  qu'avait  habitée 
jadis  le  pape  Clément  VI  '^ 

En  venant  à  Avignon,  il  méditait  divers  projets.  Il  avait 
appris,  au  moment  de  partir  de  Paris,  l'arrivée  prochaine  de 
l'héroïque  roi  de  Chypre  ;  la  prise  de  Satalie  avait  eu  du 
retentissement  en  Occident  et  Jean  II  était  curieux  de  voir  ce 


1.  Froissart,  Chroniques,  éd.  S.  Luce,  t.  Vf,  p.  82. 

2.  «  Au  moys  d'aoust  »  {Grandes  Chroniques,  éd.  P.  Paris,  VI,  p.  226), 
«  entours  le  saint  Jehan  Baptiste  »  (Froissart,  Chron..  éd.  Luce,  VI, 
p.  78).  C'est  de  la  Décollation  de  S.  Jean  qu'il  s'agit  (29  août).  Cf.  Prou, 
/.  c,  p.  2,  note  1. 

3.  «  In  Cabilonensi.  »  Cf.  Prou,  p.  2,  note  2. 

4.  Ibid. 

5.  Rinaldi,  Ann.  ecclcs.,  a.  1362,  §  10.  V.  la  lettre  elle-même,  Archives 
du  Vatican,  L.  S.,  245,  f"^  20-20  v". 

6.  Où  il  fut  reçu  par  Raoul  de  Louppy  (Prou,  /.  c,  p.  7). 

7.  C'est  la  daté  que  donnent  la  2<^  Vie  d'Urhain  (Baluze,  I,  p.  400), 
les  Chron.  martinicmœii"  157),  les  Grandes  Chroniques  :  «  le  diman- 
che devant  la  sainte  Katherine  »  (VI,  p.  227).  Froissart  parle  de  «  la 
feste  de  Noël  »  (éd.  Luce,  t.  VI,  p.  78).  Cf.  aussi  Haluze  (o.  c.  I,  c.  982), 
qui  donne  le  16  nov.  1362. 

8.  Froissart,  Chron.,  éd.  Luce,  t.  VI,  p.  78. 

9.  2«  Vie  d'Urbain  V,  ap.  Baluze,  I,  c.  400;  G.  Chron.,  VI,  p.  227. 

10.  Prou,  0.  c,  p.  8. 

11.  Elle  comprenait  Jean  d'Artois,  cousin  du  roi,  comte  d'Eu,  le  pre- 
mier Boucicaut,  maréchal  de  France,  les  comtes  de  Tancarville  et  de 
Dammartin,  Arnould  d'Audrehem,  le  grand  prieur  de  France.  Tristan 
de  Maignelay,  etc.  (Froissart,  éd.  Luce,  VI,  p.  78).  Cf.  sur  ses  dépenses, 
S.  Luce,  Du  Guesclin,  t.  I,  p.  418. 

12.  «  Dominus  Clemens.  »  2»  Vie,  Baluze,  I,  400. 


—  IGl  — 

jeune  prince  chevaleresque,  qui  ressemblait  quelque  peu  à 
celui  «  qui  de  son  corps  fit  tant  de  faits  d'armes  »  \  Il  était 
lui-même  assez  disposé  à  entreprendre  une  nouvelle  expédi- 
tion croisée,  maintenant  que  sa  guerre  en  Occident  était  ter- 
minée. Son  père  avait  fait  le  vœu  de  partir,  sans  remplir 
cependant  ses  promesses  ;  il  avait  dépensé  même  l'argent 
que  l'Église  lui  avait  donné  pour  le  passage.  Ce  vœu,  c'était 
lui  qui  devait  l'accomplir,  et  depuis  longtemps  encore  cette 
idée  de  la  croisade,  qui  charmait  par  ses  côtés  aventureux 
son  caractère  enthousiaste  et  batailleur,  germait  dans  son 
cerveau  ^  La  guerre  sainte  était  d'autant  plus  opportune  en- 
fin, qu'elle  l'aurait  débarrassé  peut-être  de  ces  grandes  com- 
pagnies qui  commençaient  déjà  à  infester  le  royaume. 

Il  voulait  aussi  demander  la  création  de  quatre  cardinaux 
français,  exiger  les  revenus  de  l'ÉgHse  pendant  six  ans  pour 
payer  sa  rançon,  proposer  une  paix  entre  l'Église  et  Bernabù, 
auquel  l'Église  aurait  versé  400,000  florins  en  huit  ans, 
payables  au  roi  de  France,  et  obtenir  la  main  de  Jeanne, 
reine  de  Naples,  pour  son  fils'*.  Il  ne  réussit  dans  aucun 
de  ces  desseins  *  :  bien  que  le  pape  écrivit  à  la  reine 
Jeanne,  en  lui  recommandant  chaleureusement  cette  union 
avec  un  prince  du  même  sang,  à  la  famille  duquel,  toujours 
fidèle  envers  l'Église,  elle  devait  la  création  même  de  son 
royaume,  qui  gagnerait  de  la  sorte  un  puissant  protecteur, 
Jeanne  épousa  bientôt  après  Jacques,  infant  de  Majorque  \ 


1.  Anonyme,  Chr.  de  Bertrand  Du  Grœsclin,  dans  Ruchon,  Panthéon 
littéraire,  pp.  18-9.  Froissart,  éd.  et  l.  c,  p.  79  :  «  Si  dist  le  roi  de 
France.  »  etc. 

2.  Rinaldi,  XXVI,  p.  89,  lettre  dTrbain  V  à  Charles  IV  :  «  quod 
diutius  (ut  asseruit)  gessit  in  corde  ».  Cf.  Prou,  o.  c,  p.  9.  V.  Caroldo, 
fo  19  yo  ;  „  per  condur  fuori  del  Hegno  di  Francia  le  genti  d'arme,  che 
rubbavano,  et  rovinavano  tutto  il  paese,  et  non  meno  per  far  opéra  grata 
a  Dio.  » 

3.  Villani,  1.  XI,  cli.  XXXII,  éd.  citée,  pp.  428-9,  Spécimen  hist. 
Sozom.,  Muratori,  t.  XVI,  b  c.  Cf.  Prou,  pp.  11-12.  11  aurait  demandé 
pour  lui-même  la  main  de  Jeanne  :  «  ut  copularet  sibi  in  uxorem  domi- 
nam  Johannam,  viduam  reginam  Appuliae  et  Sioiliae  »  (Continuatio 
chronic.  (iuill.  de  Nangiccn,  t.  11,  p.  321).  Il  aurait  profité  de  sou  sé- 
jour à  Avignon  pour  combattre  la  politique  de  l'empereur  (Gottlob, 
Karls  IVprivate  und polilische  P,eziehun(jen  zu  Frankreicli,  Innsbruck, 
1883.  p.  97),  ce  qui  est  extrêmement  peu  probable. 

4.  Villani,  l.  c. 

5.  Prou,  L  c,  pp.  11-12  et  pièces  justificatives.  Voir  les  félicitations 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  11 


-  162  - 

Il  parla  au  pape  avec  tout  aussi  peu  de  succès  sur  les  affaires 
de  Bourgogne'.  Le  roi  passa  tout  l'hiver  à  Villeneuve.  Des 
envoyés  de  Charles  le  Mauvais  vinrent  le  visiter  pour  la  ques- 
tion de  la  Bourgogne ^  Il  assista  à  l'inhumation  définitive 
d'Innocent  VI  à  la  Chartreuse  de  Villeneuve,  qu'il  avait  fon- 
dée ^  Enfin,  il  fut  parmi  les  spectateurs  du  célèbre  duel 
entre  Amanion  de  Pommiers,  grand  seigneur  gascon  *,  et 
Foulques  d'Archiac,  de  l'Aquitaine  ''.  Il  prit  «  le  descort  sur 
luy  »**  et  les  réconcilia"  (6  décembre  1362). 

Contrairement  à  ce  qu'en  disent  les  chroniqueurs ^  Walde- 
mar  IV,  roi  de  Danemark,  ne  se  trouvait  pas  à  la  curie  vers 
cette  même  époque".  11  venait  à  peine  de  terminer  par  une 
trêve  (8  octobre  1362)  sa  guerre  avec  les  villes  de  la  Baltique, 


du  pape  à  Jacques  III  (Vatican,  L.  S.,  245,  f»»  83,  85).  Sur  le  but  du 
voyage  de  Jean,  Luce,  Du  Guesclin,  pp.  367-9. 

1.  Chérest,  VArchiprêlre,  pp.  208-9;  Prou,  p.  2» 

2.  «  L'évèque  de  Tosque,  messire  Jehan  de  Rimeriz,  doyen  de 
Tudèle,  et  Jean  de  Hancourt  »  (Secousse,  Mémoires  sur  Charles  le 
Mauvais,  t.  II,  p.  67). 

3.  22  novembre  1362  (fête  de  S.  Cécile),  2*  Vita  Urb.  ap.  Baluze,  I, 
400.  Il  avait  été  enterré  provisoirement  à  Notre- Dame-des- Dons. 

4.  Aymon  ou  Amanion  de  Pommiers  prit  part  aux  batailles  de  Poi- 
tiers, de  Najara  et  de  Roosebeke;  il  fut  enfermé  plus  tard,  pour  10,000 
francs  de  dettes,  à  la  Conciergerie  (Froissart,  éd.  Kervyn,  t.  IX,  p. 
497).  II  avait  combattu  à  Poitiers  sous  le  prince  Noir  et  passa  plus 
tard  au  service  du  roi  de  France  (Moranvillé,  art.  cit.,  p.  377). 

5.  On  le  rencontre  pendant  toute  sa  vie  auprès  du  roi  de  France,  au- 
quel son  adversaire  ne  se  rallia  que  plus  tard.  Ils  combattirent  bientôt 
ensemble,  avec  l'A rchiprêtre  (Chérest,  o.  c,  pp.  212-3),  en  Bourgogne. 

6.  Grandes  Chroniques,  t.  VI,  pp  227-8;  2«  Vita  Urb.,  Baluze,  I,  400. 
Le  combat  eut  lieu  «  ultra  ponlem  Rhodani  »  (ibid.).  il  y  eut  tant  de 
monde  rassemblé  pour  les  voir,  que  la  sénéchaussée  de  Beaucaire  dut 
dédommager  les  habitants  dont  les  vignes  et  les  champs  avaient  été 
foulés  à  cette  occasion  (K.  Molinier,  Arn.  d'Audrehem,  dans  les  Mé- 
moires présentés  par  divers  savants,  t.  VI,  Paris,  1883,  4°,  p.  124). 

7.  Froissart  place  ce  duel  pendant  le  séjour  de  Pierre  I^""  à  Avi- 
gnon, ce  qui  est  une  erreur,  la  date  étant  donnée  d'une  manière  très 
précise  par  différentes  sources  (Froissart,  Chroniques,  éd.  et  L  c,  pp. 
82-3).  La  même  erreur  dans  Caroldo  (f"  196  v°). 

8.  Ils  placent  son  arrivée  à  la  même  époque  que  celles  des  rois  de 
France  et  de  Chypre  (2^  Vita  Urhani  V,  Baluze,  1. 1,  p.  401  ;  1»  Vita,  ibid., 
I,  p.  366;  Chronique  martinienne,  pp.  157  et  157  v":  «  Celluy  roy  Jehan 
selon  que  racontent  les  croniques  dalphinalles  avoyt  esteou  Daulphiné 
el  avec  luy  le  roi  [de]  Dasie  et  le  roy  de  Chippre  ».  Des  érudits  mo- 
dernes ont  admis  la  présence  du  roi  à  Avignon  au  printemps  de  cette 
année  1363.  (Delaville  le  Roulx,  La  France  en  Orient  au  xiv*  siècle. 
I,  120). 

9.  II  serait  entré  à  Avignon,  d'après  ces  chroniques,  le  26  fé- 
vrier 1363. 


-  1G3  - 

et  le  mariage  de  sa  fille  Marguerite  avec  le  roi  de  Norwège  eut 
lieu  au  mois  d'avril  de  cette  môme  année  1363  (9  avril)  '.  Wal- 
demar  ne  quitta  ses  États  que  vers  la  fin  du  mois  d'octobre, 
quand  l'état  de  ses  aff'aires  commençait  à  devenir  pour  une 
seconde  fois  menaçant^;  le  sauf-conduit  qu'il  obtint  du  pape 
date  du  25  décembre  ^  Il  était  à  Prague,  auprès  de  l'empereur, 
le  2  janvier  de  l'année  suivante*  ;  il  se  dirigea  pendant  ce  même 
hiver  vers  Avignon,  où  il  est  permis  de  croire  que  des  raisons 
autres'^  que  la  croisade  l'appelaient.  Il  était  à  Cologne,  puis 
à  Strasbourg,  où  il  ne  passa  qu'une  nuit,  vers  cette  époque^; 
son  entrée  à  Avignon  eut  lieu  le  26  février  1364'.  Le  pape 
reçut  son  royaume  et  sa  personne  sous  la  protection  de  l'Église, 
lui  promit  de  l'aider*  et  intervint  en  sa  faveur  auprès  du  haut 
clergé  danois.  Le  roi  reçut,  outre  des  reliques  précieuses,  un 
morceau  de  la  vraie  croix  et  la  rose  d'or'.  Son  adhésion  à  la 
croisade  semble  assez  douteuse,  ainsi  qu'on'"  l'a  remarqué. 
On  lui  reprocha  en  effet  son  indifférence  envers  les  souf- 
frances des  chrétiens  ".  Il  n'était  plus  à  Avignon  vers  le  com- 

1.  Dahlmann,  Geschichte  von  Dœnemark,  t.  II,  pp.  10-19. 

2.  Ibid.,  p.  19. 

3.  Arch.  du  Vatican,  L.  S..  246,  f«  544  v»;  cf.  Rinaldi,  XXVI,  p.  85. 

4.  Il  signe  parmi  les  témoins  d'un  diplôme  impérial  (2  janv.  1364) 
publié  par  Liinig  {Cod.  II.  dipL,  I,  2469). 

5.  Des  raisons  de  piété  et  surtout  l'intention  de  demander  au  pape 
d'intervenir  dans  les  affaires  de  son  pays. 

6.  Die  Chronihen  dcr  dentschcn  Slddlcvom  14  his  ins  16  te  Jahrhun- 
dert,  IX  (die  Chr.  der  oberrheinischen  Stiidte.  Strassburg,  t.  11),  Leipzig, 
1871,  p.  859,  893  :  «  Do  men  zahlte  1364  jor  in  dem  winter...  do  koment 
der  hertzoge  von  Hrobant  und  der  hertzoge  von  Lutringen  gen  Stros- 
burg...  desselben  jores  kom  oueh  der  Kiinig  von  Tennemarggen  Stros- 
burg  uud  was  nuvent  (nur)  iiber  nacht  do  und  also  heimeliche  das  es 
wenig  lûtes  bevant  ».  L'éditeur  remarque  la  faute  de  chronologie  de 
la  Vita  Urbnni{v.  der...  gleichfalls  genannte  K.  v.  D...  kam  erst  ein  .lahr 
spiiter  »,  p.  858,  n.  3).  Pour  Coloçne,  Lateinische  Reimschronik,  dans 
les  Chr.  d.  d.  St.  Coin,  II,  205.  1.'  33-5. 

7.  Sur  la  date  du  mois,  v.  les  chroniques  pontificales  déjà  citées.  Il 
ne  pouvait  pas  assister  au  mariage  de  Charles  I\'  (mai  1363?  Cf.  Bôhmer. 
Die  Reçieslen  des  Kaiscrreichs  unter  Kai.ter  Kaî'l  IV(['3i(3-~8)her,  und 
ergiinzt  von  Alfons  lluber,  Innsbruck,  187  4.  ad.  dal.)  ni  accompagner 
à  travers  la  Flandre  le  roi  de  Chypre  (v.  plus  bas),  ainsi  que  le  croit 
Dahlmann  (o.  c,  p.  23).  Sur  son  voyage  en  Angleterre,  v.  plus  loin 
(cf.  Dahlmann.  ibid.). 

8.  En  le  faisant  participer  «  bonorum  omnium  quae  in  Dei  eccle- 
sia...  ex  nunc  fieri  contigerit  »  (Lettre  d'Urbain  V  ap.  Rinaldi,  XXVI, 
p.  99). 

9.  Ibid.  Cf.  Dahlmann.  p.  23. 

10.  Ibid.  :  «  bleibt  zweifelhaft.  » 

11.  Ibid. 


—  164  — 

mencement  du  mois  de  mars  '  ;  après  avoir  visité  la  tombe 
des  trois  mages  à  Cologne,  il  revint  en  Danemark,  et  on  le 
retrouve  vers  la  fin  du  mois  d'août  dans  son  château  de  War- 
dingborg  ^. 

Le  comte  de  Savoie  se  trouvait-il  aussi  à  Avignon  ?  Les 
chroniques  ne  le  mentionnent  pas  ;  il  serait  parmi  ceux  qui 
prirent  la  croix,  mais  un  passage  d'une  bulle  d'Urbain  V, 
que  cite  Datta  dans  son  livre  sur  la  croisade  d'Amédée  VP, 
paraît  concluant \  Il  y  aurait  néanmoins  des  doutes  en  ce  qui 
concerne  cet  événement  ;  il  est  vrai  que  la  bulle  en  question 
parle  dans  des  termes  assez  clairs  d'un  voyage  à  Avignon 
du  comte  de  Savoie,  qui  aurait  fait  le  vœu  de  partir  pour 
la  Terre-Sainte  en  prenant  la  croix.  La  date^  pourrait  bien 
être  erronée  cependant,  d'autant  plus  qu'une  bulle  précé- 
dente, lui  accordant  des  subsides  analogues,  est  datée  du 
1"  avril  1364  ^  En  tout  cas,  le  silence  des  chroniqueurs  est 
significatif  :  Froissart,  par  exemple,  ne  pouvait  pas  oublier 
un  hôle  aussi  brillant. 

Grâce  aux  efforts  du  légat,  les  négociations  entre  les  deux 
rois  et  le  pape  ne  furent  pas  longues.  Elles  ne  durèrent  pas 
tout  le  carême,  ainsi  que  l'affirment  quelques  chroniqueurs", 
mais  bien  trois  jours,  *  et 

Il  besogna  plus  en  III  jours 
Qu'il  ne  cuidoit  faire  en  III  ans  '. 


1.  V.  dans  la  lettre  citée  du  pape  (9  mars  1364)  :  «  Apostolica  sedes, 
quam  nuper  ex  immensae  devotionis  affectu  personaliter  visitasti.  » 

2.  Dahlmann,  p.  23.  Le  voyage  aurait  duré  au  moins  dix  mois 
(p.  19). 

3.  Spedizione  in  Oriente  di  Amedeo  VI,  conte  di  Savoia,  provata  con 
documenti  inedili  dall'  avvocato  Pietro  Datta.  Torino,  1826,  in-8". 

4.  «  Cum  autem  in  dicto  passagio  vei  ante  cura  tua  potentia  tras- 
fretare  {sic)  disponas,  prout  hoc  apud  apostolicam  sedem  corporaliter 
iura.sti  et  recepisti  venerabile  signum  cruels.  »  Datta,  o.  c,  p.  242,  cf. 
pp.  12-3. 

5.  1  avril  1363. 

6.  Ibid.  (Archivio  di  Corte,  Bolle  e  brevi),  pp.  227-40  (an  II). 

7.  «  Et  passa  lyver,  et,  en  quaresme  on  ne  faisoit  fors  que  estre  en 
consistoire  pour  enchargier  la  croix  »  (Hi'cits  d'un  bourgeois  de  Valen- 
ciennes,  p.  315).  Froissart,  /.  c,  p.  83  :  «  Insi  se  tinrent  cil  doi  roy  tout 
ce  temps  et  le  quaresme  en  Avignon  ou  priés  de  la...  »  Cf.  Caroldo, 
f»  190  v. 

8.  Act.  Sanct.,  jan.,  II,  p.  1008. 

9.  Machaut,  pp.  21-3. 


—  If).-)  — 

Pierre  renouvela  le  récit  qu'avait  déjà  fait  Pierre  Thomas 
sur  les  souffrances  des  chrétiens  de  l'Orient.  Ces  souffrances 
étaient  intolérables  :  elles  devaient  cesser  enfin,  et  la  chose 
était  très  possible.  Les  Turcs  avaient  perdu  leur  ancienne 
énergie  ;  la  prise  de  Satalie  les  avait  démoralisés  déjà,  bien 
qu'il  fût  seul  à  les  combattre.  Des  discordes  intérieures  les 
affaiblissaient  encore.  Une  attaque  générale  de  toute  la  chré- 
tienté ne  tarderait  pas  à  leur  reprendre  les  Lieux-Saints  et 
à  mettre  fin  à  leur  domination  en  Orient'.  Il  montra  au  pape 
et  aux  cardinaux  réunis  en  consistoire,  au  roi  de  France  et 
à  sa  nombreuse  suite,  les  moyens  de  ramener  aisément 
la  victoire  aux  chrétiens,  qui  écraseraient  ainsi  les  forces 
«  des  Agarènes  et  des  Turcs  »\  Il  n'eut  pas  de  peine  à  les 
convaincre  '. 

Le  vendredi  saint,  le  pape  lui-même  célébra  la  messe  dans 
sa  chapelle  devant  les  cardinaux,  les  deux  rois  et  leur  suite. 
Ensuite,  il  donna  la  croix  «  rouge  d'Oultremer  »  au  roi 
Jean  d'abord,  puis  au  roi  de  Chypre,  au  cardinal  de  Périgord, 
aux   comtes   d'Eu*,  de  Dammartin^  et   de   Tancarville^    à 


1.  Nomination  de  Pierre  Thomas  comme  légat,  Rinaldi,  XXVI,  p.  106  : 
«  de  statu  dictorum  infidelium,  quem  ipse  rex  ex  ipsorum  mortalita- 
tibus  et  discordiis  debilitatum,  et  prostrationi  dispositum  asseruit...»  Il 
parle  ensuite  de  la  prise  de  Satalie  et  des  châteaux  :  «  suis  prudentia 
})ersonalibusque  laboribus  et  expensis..,  ex  quo  infidèles  ipsos  multus, 
ut  asseritur,  timor  mvaserat.  » 

2.  Rinaldi,  ibid.  :  «  vias  et  modes,  per  quos  tune  temporis  poterat... 
faciliter  eorumdem  Agarenorum  et  Turcorum  elidi  potentia,  et  fier! 
recuperatio  terrae  praedictae,  ostendente  prudenter  oraculo  vivae 
vocis.  »  Cf.  Froissart,  /.  c,  p.  83;  Caroldo,  f"  196  v". 

3.  Caroldo,  f"*  196  v"-7  :  «  p]t  con  ciascuno  de  loro  principi  haveva 
grandissiina  estimatione,  et  la  presenza  di  sua  Maiestà  dava  maggior 
forza  per  indur  Francesi  a  questo  santo  passaggio,  che  ogni  altra  essor- 
tatione...  » 

4.  Robert  d'Artois,  comte  d'Eu  (1321-87).  Il  avait  reçu  le  comté  d'Eu 
en  1354;  il  était  le  cousin-germain  du  roi  par  sa  mère  Jeanne  de 
Valois. 

5.  Charles,  comte  de  Dammartin,  depuis  1338.  Il  prit  part  à  la 
bataille  de  Poitiers  et  suivit  le  roi  en  Angleterre.  (1  tint  Charles  VI  sur 
les  fonts  baptismaux.  Il  vivait  encore  en  1394  (Delaville  le  Roulx, 
I,  p.  121,  n.  4), 

6.  Jean  II  de  Melun  :  il  combattit  les  Anglais  à  Caen  et  se  rendit  à 
Thomas  HoUand.  A  son  retour,  Jean  le  favorisa  beaucoup.  Il  était  grand 
chambellan  héréditaire  de  Normandie  du  chef  de  sa  mère,  connétable 
héréditaire  de  la  province  par  sa  femme,  Jeanne  Crespin,  maître  des 
eaux  et  forêts  de  France.  11  fut  nommé  comte  de  Tancarville  le  4  fé- 
vrier 1352,  prit  part  à  la  bataille  de  Poitiers  et  contribua  à  la  conclu- 
sion de  la  paix.  11  était  très  riche  (Deville,  lUst.  de  Tancarville.  p.  157); 


—  166  — 

Arnoul  d'Audrehem ',  à  Boucicaut"  et  au  grand  prieur  de 
France  ^  ainsi  qu'à  «  pluiseur  aultre  chevalier  qui  là 
estoient  présent  et  dedans  le  cité  d'Avignon  pour  le  jour*  ». 
Après  le  service  divin,  un  dîner  fut  donné  par  Urbain  aux 
deux  rois.  Jean  invita  Pierre  à  venir  s'asseoir  auprès  de  lui, 
ce  qu'il  refusa  en  disant  :  «  Très  chier  sires,  il  ne  m'apar- 
tient  pas  de  seoir  jouxte  vous,  qui  estes  le  plus  noble  roy  des 
crestiens.  »  11  n'était  auprès  d'un  si  grand  prince  qu'un 
simple  chevalier.  «  Et  toutes  voyes,  continue  la  chronique, 
falust-il  qu'il  se  seïst  jouxte  le  roy  de  France'.»  Quelques 
jours  plus  tard,  le  12  avril  1363,  le  pape  prêcha  le  passage 
général  devant  les  rois  et  la  multitude  ^  Jean  II  devait  être 
le  chef  de  l'expédition ^  le  cardinal  Talleyrand  de  Périgord, 


gouverneur  de  Bourgogne,  de  Champagne  et  de  Brie,  né  avant  1328, 
mort  en  1362,  quelques  jours  après  Brignais  (6  avril).  P.  Anselme,  His- 
toire généalogique  et  chron.  de  la  maison  royale  de  France,  Paris,  1726, 
V,  p.  226;  Luce,  Du  Guesclin,  366,  note  1. 

1.  V.  plus  haut,  p.  95. 

2.  Jean  I  le  Meingre,  le  premier  Boucicaut.  Camarade  de  Du  Gues- 
clin et  de  Jean  de  Saintré.  Il  fut  parmi  les  signataires  de  la  paix  de 
Brétigny  comme  lieutenant  général  de  Touraine,  assista  à  la  bataille 
de  Cocherel  et  amena  la  conclusion  du  traité  de  Guérande,  mars  1368 
(Delaville  le  Koulx,  p.  122,  n.  2).  Il  visita  Saint- Jacques  de  Compostelle 
(1354)  et  les  Lieux-Saints,  ilnd.,  p.  162. 

3.  Robert  de  Juilly,  plus  tardGrand-Maître  de  l'Hôpital  (1374-6),  ancien 
précepteur  de  Flandre  et  de  Saint- Vaubourg  (Archives,  de  Malte, 
Reg.  Bull.  Mag.,  1,  f°  102  v"  ap.  Delaville  le  Roulx,  /.  c,  p.  122,  note  1). 
Il  occupa  la  dignité  de  grand  prieur  entre  les  années  1362  et  1373  (Mon- 
nier,  les  Commanderies  du  grand  prieuré  de  France,  1872,  p.  x.xxv). 
Ce  n'était  pas  à  coup  sur  Jean  Fernandez  de  Heredia,  alors  prieur  à 
Saint-Gilles  (llerquet,  /.  Fernandez  de  /fereofm,  Miihlhausen  i.  Th. 
1878,  p.  50,  note  2). 

4.  Chronique  des  Quatre  Valois,  éd.  Luce,  pp.  126-7. 

5.  Ibid.  Voir  sur  la  prise  de  la  croix,  Mézières,  /.  c,  p.  1008;  Chron. 
des  Pays-Bas,  de  France,  etc.,  éd.  de  Smet,  III,  p.  201;  Caroldo,  l.  c.; 
Rinaldi,  XXVI,  p.  85;  Récits  d'un  bourgeois  de  Valenciennes,  p.  315. 

11  n'y  eut  pas  peut-être  de  «  colation,  exortation  et  prédication  »  (ibid.) 
de  la  part  du  pape.  Petit  Thalamus,  p.  363;  Grandes  Chroniques,  VI, 
p.  228,  2'  Vita  Urb.,  Baluze,  I,  401;  C/ir.  marliaienne,  fo  157  (la  croix 
ne  fut  pas  donnée  après  la  déclaration  du  «  passaige  général  »)•  Quel- 
ques chroniques  croient  que  Philippe,  fils  du  roi  et  duc  de  Bourgogne, 
prit  la  croix  à  cette  occasion  (2=>  Viia\  Urb.,  Baluze,  I,  401;  Chron. 
anc.  de  Valenciennes,  ap.  Froissart,  éd.  Kervyn,  VI,  p.  510:  «  le  roy 
Jehan  et  Philippe,  .son  fils  »).  Cf.  Rinaldi,  t.  XXVI,  p.  85,  d'après 
le  ms.  du  Vatican  3765. 

6.  Mézières,  /.  c,  p.  1008  :  k  posl  dies  non  mullos  Papa  in  quodam 
sermone  publiée  coram  Rege  et  aliis  passagium  générale  indixit...  » 
Rinaldi,  t.  XXVI,  p.  85,  d'après  le  ms.  Vatican  3765,  qui  donne  la  date  de 

12  avril  1363.  Cf.  Chroniken  der  Deutschen  Slàdle,  l.  c,  p.  858. 

7.  Dans  un  livre  assez  récent,  M.  Gottlob  attribue  Tinsuccès  de  la 


—   167  — 

son  légat.  Dans  un  bref  daté  du  31  mars',  il  exposa  les 
causes  de  cette  expédition,  la  honte  que  devaient  ressentir 
les  chrétiens  pour  la  perte  de  Jérusalem,  l'état  de  faiblesse 
des  Turcs  et  la  facilité  de  la  victoire.  Le  1°'"  mars  1365  était 
le  terme  fixé  pour  le  départ  ;  le  roi  lui-même  prêta  serment 
de  partir  à  cette  époque  ou  avant  même".  D'autres  lettres 
durent  être  envoyées  en  France  pour  annoncer  le  pas- 
sage et  offrir  grâces  et  indulgences  à  ceux  qui  y  prendraient 
part  ^ 

Des  lettres,  datées  du  31  mars  aussi,  avaient  été  préparées 
pour  tous  les  évêques  français,  leur  annonçant  la  proclamation 
de  la  croisade  et  donnant  des  ordres  dans  ce  but.  Le  capitaine 
de  l'expédition  devait  avoir  pour  ses  dépenses  toutes  les 
donations  faites  en  France  pour  la  délivrance  des  Lieux-Saints 
pendant  les  dernières  douze  années  et  pendant  six  autres 
encore,  sauf  les  sommes  qui  seront  contiées  à  des  personnes 
désignées  par  le  donateur  ;  les  produits  des  amendes  et  des 
pénitences  qui  ne  seraient  pas  employées  déjà  pour  quelque 
besoin  urgent  de  l'Église,  la  dime  de  tous  les  revenus 
ecclésiastiques  de  France  enfin,  sauf  ceux  des  cardinaux  et 
des  ordres  militaires,  ainsi  que  ceux  des  clercs  qui  prendront 


croisade  au  choix  qu'on  fit  du  roi  de  France  pour  son  chef  (l.  c,  p.  98  : 
«  Warum  hatte  man  auch  gleich  den  Kônig  von  Frankreich  zum  Oberbe- 
fehlshaber  fiir  denselben  ernannt?  SoUten  sich  denn  der  Kaiser  und 
der  Konig  von  England  oder  auch  die  deutschen  Fiirsten  und  englis- 
chen  Grossen  dem  unterordnen?  Schon  durch  diesen  Fehlgriff  allein 
war  der  Zug  ûberhaupt  in  Frage  gestelll...  »).  On  pourrait  répondre 
facilement  que  l'empereur  ne  fut  jamais  disposé,  par  son  caractère  peu 
chevaleresque,  pour  ainsi  dire,  à  de  pareilles  expéditions;  que  le  roi 
d'Angleterre  était  trop  vieux,  ainsi  qu'il  répondit  lui-même  au  roi  de 
Chypre,  pour  se  mettre  à  la  tète  d'une  croisade;  que  si  les  princes  alle- 
mands n'encouragèrent  pas  la  nouvelle  expédition,  de  grands  seigneurs 
anglais,  lord  Grey,  Stapleton,  Guillaume  Roger,  allèrent  se  ranger 
sous  la  bannière  d'un  bien  plus  petit  roi,  Pierre  I''''  de  Chypre. 

1.  Le  2  des  calendes  d'avril  (31  mars).  "V.  Rinaldi,  XXVl,  pp.  85-6. 
Elle  était  adressée  au  roi  Jean. 

2.  «  In  cisdem  kal.  vel  ante  »  (ibid.). 

3.  Ibid.  Le  bref  adressé  au  roi  cite  certaines  conditions,  consignées 
ailleurs.  Le  roi  de  Chypre  ne  fut  pas  nommé  à  cette  époque  «  precur- 
sorem  generalem  passagii  »  ainsi  que  le  croit  Mézières  (/.  c,  p.  1008). 
Il  n'était  question  alors  que  d.hme  seule  expédition  sous  le  roi  de  France 
(Cf.  Datta,  qui  en  distingue  trois,  pp.  13-4  :  «  ciascuno  faceva  la  parte 
sua  indipenclente  degli  altri  »).  Jean  se  serait  engagé,  d'après  Romanin, 
à  procurer  le  consentement  du  roi  d'Angleterre  {Storia  documentala 
di  Yenczia,  III,  213). 


—  168  — 

part  à  la  croisade,  en  vertu  d'une  licence  spéciale.  Elle 
devait  être  levée  deux  fois  par  an,  à  la  Purification  de  la 
Vierge  d'abord,  puis  à  la  Nativité  de  saint  Jean.  Les  diocé- 
sains recueilleront  les  subsides,  qui  seront  confiés  à  des 
«  burgenses  ydonei  «  par  les  collecteurs.  L'argent  sera 
dépensé  d'après  le  mandat  d'une  commission  de  quatre  pré- 
lats, deux  nommés  par  le  roi  et  deux  autres  par  le  pape  *, 
qui  seront  responsables  de  l'emploi.  Les  prélats  et  les  bour- 
geois qui  recevront  l'argent  seront  tenus  de  prêter  serment, 
en  déclarant  qu'ils  ne  l'emploieraient  pas  dans  d'autres 
buts.  Ils  devront  en  référer  au  Saint-Siège  à  chaque 
demande  de  cette  nature.  Les  nobles  qui  recevront  pour  leurs 
préparatifs  quelque  somme  par  ordre  du  roi  devront  s'enga- 
ger à  la  restituer,  si  le  passage  était  empêché  par  les  cir- 
constances. Des  lieux  sùrs^  devaient  être  trouvés  pour  y 
conserver  l'argent  de  la  croisade,  si  l'expédition  ne  pouvait 
pas  partir.  Des  précautions  très  minutieuses  étaient  prises 
encore  pour  empêcher  toute  espèce  de  dépenses  qui  ne  répon- 
draient pas  au  but  qu'on  se  proposait.  Le  roi  ne  devait  rece- 
voir tout  le  montant  des  subsides  que  s'il  passait  un  an  en 
Terre-Sainte  et  que  des  circonstances  graves  le  contraignis- 
sent à  revenir  en  Occident  ;  encore  devait-il  donner  la  moitié 
pour  la  défense  de  ses  conquêtes,  ou,  si  elles  venaient  à 
tomber  dans  le  pouvoir  des  Infidèles,  pour  la  conservation 
des  places  environnantes,  c'est-à-dire  des  royaumes  chré- 
tiens de  l'Orienta  Ces  lettres  ne  furent  pas  envoyées,  du 
reste  ;  on  connaissait  l'emploi  qu'avait  fait  le  roi  de  subsides 
pareils,  pendant  qu'il  était  encore  duc  de  Normandie*  et  on 
n'osait  pas  lui  confier  l'argent  de  l'Église,  qui  lui  aurait  été 
si  nécessaire  pour  le  paiement  de  sa  rançon,  sans  des  garanties 
suffisantes.  Jean  et  son  fils  devaient  prêter  d'abord  un  ser- 
ment spécial  et  ensuite  seulement  les  lettres  seraient  délivrées 
aux  procurateurs^;  cette  condition  n'était  pas  encore  remplie 


1.  Ou  même  deux  prélats  seulement. 

2.  «  Congruis  et  securis.  » 

3.  Prou,  l.  c,  pp.  91  et  suiv. 

4.  En  1344,  Clément  VI  absout  le  père  et  le  fils  des  censures  qu'ils 
auraient  pu  encourir  pour  avoir  mal  employé  des  subsides  accordés 
pour  la  croisade  par  Jean  XXII  et  Benoit  XII  (Prou,  p.  271,  note  3). 

5.  Pierre  d'Aquila  et  l'abbé  du  monastère  prémontré  de  Merval  (Aisne, 


—  169  - 

au  commencement  de  l'année  suivante  et  Robert  de  Lorry, 
envoyé  par  Jean  II  pour  demander  des  prêts  au  pape,  revint 
avec  la  formule  du  serment  qui  lui  avait  été  confiée  \ 

Des  lettres  d'exhortation  au  passage  furent  envoyées  par 
Urbain  V  à  tous  les  prélats  de  la  chrétienté.  Personne  ne 
devait  empêcher  Jean  II  de  partir,  sous  peine  d'excommuni- 
cation. Les  clercs  séculiers  et  réguliers  prêcheront  la  croi- 
sade, donnant  la  croix  à  ceux  qui  voudraient  partir  et  les 
rassemblant  dans  des  places  convenables  ^  Les  biens  de  ceux 
qui  partiront  doivent  être  placés  sous  la  protection  de  l'au- 
torité apostolique.  Los  fidèles  doivent  être  exhortés  à  prier 
pour  le  passage,  les  pirates  qui  infestent  les  mers  détruits, 
les  guerres  privées  empêchées  par  des  menaces  d'excommu- 
nication. Enfin,  dans  toute  l'Église,  une  messe  sera  célébrée 
chaque  semaine  pour  la  délivrance  des  Lieux-Saints*. 

Les  princes  de  la  chrétienté  entière  furent  invités  à  termi- 
ner leurs  dissensions  et  à  favoriser  le  passage.  Le  16  avril, 
Urbain  V  écrivit  au  roi  de  Navarre,  en  le  conjurant  de  faire 
une  paix  définitive  et  complète  avec  Jean  II,  son  beau-père, 
et  avec  le  roi  d'Aragon,  et  à  effacer  même  de  son  cœur  le 
reste  de  ressentiment  qu'il  pourrait  avoir  encore  envers  son 
égard.  Il  proposait  sa  médiation  et  lui  racontait  avec  en- 
thousiasme les  commencements  de  la  croisade^.  Une  lettre 
pareille  fut  envoyée  le  25  mai  à  l'empereur  d'Allemagne, 
Charles  IV'', aux  rois  d'Angleterre  et  de  Bohême  ^  à  Wences- 
las  de  Luxembourg',  à  Rodolphe  d'Autriche ^  à  Rodolphe  de 

dioc.  de  Toul)  étaient  les  «  procuratores  pro  expeditione  literarum 
passagii  »  (5  janv.  136i).  Prou,  /.  c  107-8. 

1.  Hoherlus  de  Lauriaco.  conseiller  du  roi  :  si  le  roi  prêtait  serment 
«  litterasque  ipsas  extunc  eisdern  procuratpribus  faciemus  dico  exhi- 
ber! ».  Prou,  /.  c.  Lettre  au  chancelier  de  France,  évèque  de  Fieauvais. 

2.  «  Loca  idonea  ». 

3.  Le  pape  envoie  dans  ce  but  une  oraison  spéciale,  qui  devra  être 
dite  après  les  oraisons  de  la  fête  (Rinaldi,  XXVI,  pp.  86-8).  Lettre  à 
l'archevêque  de  Reims  et  ses  suffragants. 

4.  Jean  Crozat,  doyen  de  Sainte-Marie  de  Tudèle,  chapelain  du 
pape  et  auditeur  des  causes  du  sacré  palais,  était  chargé  de  porter  la 
lettre,  comme  ambassadeur  du  Saint-Siège  (Arch.  du  Vatican.  L.  S., 
245,  f»'  127-9). 

5.  Arch.  du  Vatican,  L.  S.,  245,  f"'  161-3. 

6.  Ihid.,  f«  163-163  \°. 

7.  Ibid.,  f"  136  yo  (la  mention  seule  de  la  pièce). 

8.  Ibid.  (même  observation). 


—  170  — 

Saxe',  aux  ducs  de  Bavière ^  Le  doge  Celsi  fut  invité  à  don- 
ner des  vaisseaux,  des  troupes,  des  armes  et  des  vivres  au 
roi  de  Chypre,  qui  devait  partir  le  premier.  Le  pape  lui  mon- 
trait l'utilité  de  cette  alliance,  dont  lui  avait  parlé  Pierre  P^ 
contre  les  Turcs,  qui  ne  cesseront  jamais  d'être  les  ennemis 
de  Venise'.  Ses  intérêts  mêmes  recommandent  l'expédition. 
Une  lettre  pressante  fut  adressée,  vers  la  même  époque,  au 
roi  de  Hongrie  ;  elle  lui  représente  la  nomination  du  roi  de 
France  comme  un  hommage  envers  tous  les  princes  d'origine 
française  et  demande  son  secours  pour  le  roi  de  Chypre,  qui 
avait  reçu  de  grandes  promesses  de  sa  part.  Sa  position 
même,  sur  la  frontière  de  la  chrétienté,  et  ses  forces  nom- 
breuses rendaient  son  consentement  nécessaire*.  On  ignore 
les  réponses  qui  arrivèrent.  Quant  à  Venise,  elle  venait  de  dis- 
cuter (2  mai)  la  question  de  savoir  si  le  consul  d'Alexandrie, 
tout  en  présentant  au  Soudan  des  plaintes  sur  l'emprisonne- 
ment des  sujets  de  la  République,  ne  devrait  pas  lui  annoncer 
l'intention  des  deux  rois.  On  craignait  que  les  marchands 
vénitiens  ne  payassent  une  tentative  de  leurs  personnes  et 
de  leurs  biens  \ 

Les  lettres  du  pape  représentent  toutes  l'expédition  de  Jean 
comme  assez  éloignée,  tandis  que  Pierre  P"'  devait  partir  long- 
temps avant  le  terme  comme  «  le  précurseur  magnifique  «  ®  du 
passage.  D'après  Mézières,  il  aurait  reçu  ce  titre,  qui  rendait 
son  expédition  presque  indépendante  du  passage  général,  le 
jour  même  du  vendredi  saint.  L'avait-il  demandé  lui-même  ? 
Voyait-il  avec  un  certain  mécontentement  la  position  supé- 
rieure du  roi  de  France  ?  Son  ardeur  de  combattre  ne  pouvait- 

1.  Ibid.  (même  observation). 

2.  Ibid.,  f°s  163  v"-4.  Qui  pourrait  craindre  pour  le  passage,  s'écrie 
le  pape,  si  les  ducs  de  Ravière  se  déclarent  pour  l'expédition? 

3.  «  Grandia  promissa,  »  Arch.  du  Vatican,  r.  c,  f"s  164  vo-5  ; 
Comm.,  VII,  n"  60;  t.  III,  p.  14;  Rinaldi,  XXV,  p.  88;  Caroldo,  197. 

4.  Archives  du  Vatican,  L.  S.,  f"*  66-168  v  (1"  juin  ?).  Theiner, 
Vêlera  monumenta  historica  Hungariam  sacram  illustraniia,  Rome, 
1860,  t.  II,  p.  56  (25  mai  1363). 

5.  Senato  Misli,  XXXI,  f"  2  :   «  Et  si  tune  aliqua  mentio  sibi  fiet  de 

Eassagio  vel  consul  a  se  videret  esse  necessarium  aliquid  dicere  pro 
ono  nostrorura,  in  dicto  casu  excuset  et  dicat  [illa  verba  et  rationes 
quas  viderit  convenire,  ut  nostri  aliqua  sinistra  vel  damna  non  incurrant 
ullo  modo.  »  On  rejeta  l'idée  d'envoyer  un  ambassadeur,  ce  qui  aurait 
fait  quelque  bruit  (ibid.). 

6.  Arch.  du  Vatican,  r.  c,  ï"  165  (lettre  à  Celsi). 


—  171  - 

elle  pas  attendre  jusqu'au  terme  assez  éloigné  qu'avait  fixé 
le  pape,  par  égard  aux  difficultés  actuelles  du  roi  Jean  ?  Cette 
seconde  hypothèse  est  la  plus  vraisemblable.  Le  pape  avait 
reçu  avec  plaisir  sa  proposition.  Il  fut  recommandé  chaleu- 
reusement à  tous  ceux  qui  lui  avaient  donné  des  espérances  de 
secours  :  au  doge  Celsi,  au  nouveau  doge  de  Gênes,  Gabriel 
Adorno\  au  roi  de  Hongrie.  Une  bulle  lui  fut  adressée  le 
1*"'  juin  1363  :  le  pape  y  faisait  l'histoire  de  la  croisade.  Les 
Lieux-Saints  devaient  redevenir  chrétiens,  après  que  l'épreuve 
sera  terminée.  Il  parle  avec  éloge  des  guerres  passées.  Pierre 
est  venu  en  Occident  inspiré  par  le  Saint-Esprit  ;  l'expédition 
avait  été  décidée  heureusement,  mais  le  roi  de  France,  capi- 
taine général  de  la  croisade,  a  déclaré  ne  pouvoir  pas  se 
mettre  en  route  avant  le  terme.  Il  lui  accorde  le  pouvoir  de 
commencer  la  guerre  sainte  avec  ceux  qu'il  pourra  rassembler 
parmi  les  chrétiens.  Ses  soldats  jouiront  des  mêmes  grâces  et 
indulgences  que  ceux  qui  suivront  le  capitaine  général  du 
passage  ;  il  pourra  rassembler  deux  cents  chevaliers  en 
France,  ainsi  que  deux  mille  autres  chevaliers  et  six  mille 
gens  à  pied  dans  les  autres  régions  de  la  chrétienté.  Des 
troupes  pourront  être  rassemblées  sans  conditions  dans  les 
patriarcats  de  Grade,  d'Aquilée  et  dans  l'évêché  de  Saltzbourg, 
dans  les  royaumes  de  Hongrie  et  de  Chypre,  dans  l'Escla- 
vonie,  la  Sicile  et  les  îles  voisines,  ainsi  que  dans  la  Roma- 
nie  et  les  contrées ultramarines.  Des  subsides  lui  furentaccor- 
dés  dans  les  provinces  orientales",  ainsi  que  les  legs  faits 
pour  la  délivrance  des  Lieux-Saints.  Tous  les  prélats  étaient 
invités  à  donner  la  croix  à  ceux  qui  voudront  le  suivre*.  Des 


1.  Arch.  du  Vatican,  r.  c,  f"»  165-166.  On  lui  demande  des 
navires,  des  troupes,  des  armes  et  des  vivres,  etc.  Dieu  l'en  récom- 
pensera. 11  y  est  question  de  leurs  magna  promissa  envers  le  roi. 

2.  Salzbourg,  Grado,  Gran,  Kolocza,  Zara,  Spalato,  Raguse,  Antivari, 
Durazzo,  Patras,  Corinthe,  Athènes,  Lépante,  Rhodes,  Crète,  Corse, 
Nicosie,  Palerme,  Messine,  Monréale,  Aquilée,  Concordia  (Caorle), 
Trieste,  Capo  d'istria,  Pola,  Parenzo,  Città  nova  (Illyrie),  Sis,  Ipek 
(Uassie),  Caiïa  et  contrées  ultramarines.  Rinaldi,  XXVI,  p.  88  (dès  le 
31  mars). 

3.  A7'ch.  du  Vatican  (1"  juin?),  245,  f""  172  v"-3,  ibid.,  173,  v^'i, 
Rinaldi,  XXVI,  p.  88  (8  cal.  juin).  Le  pape  attribuait  encore  au  passage 
les  biens  confisqués  aux  voleurs,  quand  le  propriétaire  n"est  pas  connu, 
et  aux  usuriers,  les  aumônes  mises  par  les  fidèles  dans  les  troncs 
{capsas)  des  églises. 


—  172  — 

lettres  avaient  été  adressées  aux  grandes  compagnies  ;  Nico- 
las Brohoin,  Augustin,  pénitencier  du  pape,  devait  visiter 
leurs  chefs  pour  les  inviter  à  donner  leur  concours  à  la  croi- 
sade, comme  étant  le  plus  en  état  de  le  faire  à  cause  de  leur 
longue  expérience  guerrière'. 

Quelques  jours  plus  tard,  Pierre  P""  quittait  Avignon.  Il  y 
avait  passé  deux  mois  entiers  ;  le  pape  accorda  des  bénéfices 
aux  personnes  de  sa  suite,  et  lui-môme  reconnut  les  privi- 
lèges des  habitants  de  Montpellier,  pour  lesquels  le  pape  était 
intervenu  dès  le  mois  de  novembre  1362  ^  Pierre  P""  partit  le 
31  mai  1363  \  Il  allait  solliciter  les  princes  de  l'Europe  pour 
son  entreprise,  qu'il  espérait  réaliser  d'une  manière  très 
brillante.  «  Si  estoit  cilz  dis  rois  tant  creus  et  honnourés,  dit 
Froissart,  et  de  raison,  que  on  disoit  que,  parmi  son  travel  et 
la  certainneté  qu'il  remonsteroit  à  tous  signeurs  de  ce 
voiage,  avanceroit  plus  tous  coeurs  que  aultres  predica- 
cions  »*.  Le  roi  de  France  était  déjà  parti;  il  fit  ses  adieux 
au  pape  le  9  mai  '  et  quitta  sa  résidence  de  Villeneuve-lès- 


1.  Arch.  du  Vatican  (25  mai),  245,  f°s  168  v°-170. 

2.  Lettre  du  pape  au  roi  de  Chypre  (Vatican,  245,  f"  16-16  v).  Il  de- 
mande de  faire  cesser  les  abus  de  ses  officiers  envers  les  habitants  de 
Montpellier,  où  il  avait  enseigné  jadis  le  droit  canonique,  in  minori 
statu  constituti  et  qui  étaient  ses  voisins  (22  nov.  1362).  Pour  la  re- 
quête des  consuls  de  Montpellier  adressée  au  roi  vers  la  même  époque 
voir  Germain.  Ilisl.  du  comm.  de  Montpellier,  1861.  II,  506-11.  La  de- 
mande fut  faite  pendant  le  premier  séjour  de  Pierre  à  Avignon  (.Mas- 
Latrie,  Hist.  Cit.,  Il,  p.  240).  Pierre  adressa  une  lettre  à  son  frère,  Jean 
d'Antioche,  régent  de  Chypre,  pour  demander  la  cessation  des  abus  (21 
avril  1363;  v.  Germain,  fl,  p.  512).  Une  charte  tut  octroyée  aux,  mar- 
chands, le  14  juin  1365  (mentionnée  dans  Vaissete,  Hist.  de  Languedoc, 
t.  IV,  p.  517,  d'après  l'original  dans  les  Archives  locales.  M.  Germain  dé- 
clare ne  l'avoir  pas  retrouvée,  tout  en  ne  doutant  pas  de  son  existence, 
/.  c,  II,  p.  512).  Urbain  V  était  intervenu  encore  une  fois  pour  .ses  bour- 
geois bien  aimés,  le  23  juillet  1365  {Arch.  du  Vatican,  247,  f"  132  v), 
ce  qui  complique  la  question.  Le  2  avril,  un  canonicat,  avec  expec- 
tative de  prébende,  fut  donné,  «  consideratione  Pétri  régis  Cipri  »,  a 
Chrétien  «  Momiachus  »,  son  familier  {familiari  sua),  et  un  autre 
à  Jean  de  Luxembourg,  parent  du  roi  (/4rc/i.  Vatic,  Reg.  Chanc,  t.  II, 
fos  428-432). 

3.  2=»  Vita  Urbani,  ap.  Baluze,  I,  p.  401  ;  Chronique  martinienne 
(fo  157  v);  Chron.  Pontif.,  ms.  Vatic.  3765  (ap.  Mas-Latrie,  Hist. 
Chyp.,  II,  p.  239.  note  1).  Cf.  Froissart,  éd.  Luce,  VI,  p.  85  :  «  tantost 
après  Pâques  »;  cf.  «  dopo  Pasqua  »  (Caroldo,  f°  192).  Le  pape  lui  fit 
des  présents  au  départ  (ibid.). 

4.  Froissart,  /.  c,  p.  84. 

5.  11  avait  exempté  de  plusieurs  servitudes  les  habitants  des  com- 
munes de  la  sénéchaussée  de  Beaucaire,  où  vivaient  les  sujets  de  Guil- 


-  173  — 

Avignon  entre  le  15  et  le  17  du  même  mois*.  11  était  à  Lyon 
le  28-. 

Quel  est  le  chemin  que  prit  Pierre  P""  après  son  départ 
d'Avignon  ?  Froissart  le  fait  partir  pour  l'Allemagne  :  il  serait 
allé  à  Prague  pour  y  voir  l'empereur,  puis  sans  doute  en 
Pologne,  où  le  roi  de  Chypre  aurait  assisté  au  mariage  de 
Charles  IV  avec  Elisabeth,  la  nièce  du  roi  Casimir  l  On  a  fait 
observer  avec  raison  que  ce  voyage  aurait  été  singulièrement 
rapide,  puisque  Pierre  V  était  de  retour  en  France  au  mois 
de  septembre  de  la  même  année  '\  Du  reste,  le  roi  ne  se 
borna  pas  à  visiter  seulement  l'empereur  et  le  roi  de  Pologne, 
il  demanda  le  concours  de  plusieurs  princes  allemands,  qu'il 
alla  voir  séparément,  et  revint  très  lentement,  au  milieu  des 
fêtes  et  des  tournois,  par  la  Hongrie,  le  Brabant  et  la  Flan- 
dre. De  plus,  il  était  en  Misnie,  auprès  du  margrave  Frédé- 
ric, dans  la  seconde  moitié  du  mois  de  juillet  ou  au  commen- 
cement d'août  1364^;  et  enfin,  ce  qui  est  encore  plus  décisif, 
Urbain  V,  dans  une  bulle  adressée  au  doge  de  Gênes, 
déclare  que  le  roi  se  trouvait  par  son  ordre  dans  certains 
royaumes  des  fidèles,  «  et  alors  particulièrement  dans  les 
parties  d'Allemagne  »^  en  1364,  pendant  l'été'.  Il  ne  fit  pas 
évidemment  deux  voyages  en  Allemagne  pour  le  même  but. 


laume  Grimoard,  père  du  pape,  ce  même  mois  de  mai  (Baluze,  II, 
756-7).  Cf.  I,  p.  976,  et  2"  Vila  Urh.,  ibid.,  p.  401. 

1.  Froissart,  /.  c,  p.  XLU,  note  2. 

2.  Ibid. 

3.  Ibid.,  pp.  85-6.  Pour  le  voyage  en  Pologne,  Mézières,  Vila,  l.  c, 
p.  1008;  Cromer,  pp.  214-5;  Michovius,  1.  IV,  ch.  xx. 

4.  Froissart,  L  c,  p.  XLii,  note  3.  La  version  de  Froissart  est  répétée 
par  Caroldo,  qui  écrivit  sa  chronique  d'après  des  documents  inédits, 
mais  qui  paraît  l'avoir  connu  et  utilisé  à  cette  occasion  (f»  197),  ainsi 
que  par  la  Chronique  des  quatre  Valois,  pp.  127-8,  avec  quelques  dif- 
férences :  «  Et  Pierre,  le  bon  roy  de  Cyppre,  vint  en  PYance...  et  vint 
par  devers  le  comte  de  Flandres.  »  Machaut  reporte  ce  voyage  en  Alle- 
magne après  le  couronnement  de  Charles  V  (mai  1364),  p.  27  et  suiv. 
Il  aurait  été  de  retour  en  France  «  in  mense  septembris  »  (Cont.  Chr. 
G.  de  Nanjiaco,  II.  p.  330),  époque  à  laquelle  il  se  trouvait  à  Rouen,  où 
il  fut  reçu  par  le  duc  de  Normandie. 

5.  Ermisch,  dans  le  Neues  Archiv  fiir  sachsische  Geschichle,  I,  p.  185. 

6.  «  In  estate  nuper  elapsa,  dum  carissimus  in  Christo  tilius  noster 
Petrus,  rex  Cipri  illustris,...pro  promotione  subsidii  passagii  generalis, 
de  nostro  beneplacito  et  mandato,  certa  régna  fidehum,  et  tune  pre- 
sertim  partes  Alamanniac  peragraret  »  (bulle  du  20  février  1365),  Arch. 
du  Vatican,  L.,  S.  247,  f"*  51-51  v";  repr.  dans  Wadding,  Vila,  p.  175-81. 

7.  Ibid. 


—  174  — 

Selon  d'autres  sources,  le  roi  de  Chypre  partit  pour  la  Flan- 
dre ',  ce  qui  s'accorderait  assez  bien  avec  les  dartes.  Il  semble 
cependant  n'avoir  visité  ces  contrées  qu'en  commençant  son 
grand  voyage  en  Allemagne.  Il  serait  allé  en  Savoie,  d'après 
la  Chronique  de  Valenciennes^  \  il  serait  revenu  à  Gênes, 
d'après  Mâcheras'*,  Pierre  I"  passa  probablement  tout  l'été 
en  France.  Il  traversa  le  pays  à  petites  journées,  recrutant 
des  adhérents  pour  son  expédition  future.  Un  grand  nombre 
de  seigneurs  français  répondirent  à  son  appel,  attirés  par  la 
grande  réputation  guerrière  du  conquérant  de  Satalie. 

Il  quitta  donc  la  France  vers  la  fin  du  mois  de  juin  et 
alla  prêcher  la  croisade  dans  les  pays  du  Rhin  ;  on  comprend 
donc  fort  bien  que  Froissart  le  fasse  partir  pour  l'Allema- 
gne à  cette  époque.  On  retrouve  le  roi  à  Bâle  dans  les 
premiers  jours  de  juillet;  il  remonta  ensuite  le  Rhin  et  fit 
son  entrée  à  Strasbourg  vers  la  fête  de  saint  Ulric  (4  juillet)*. 
Il  fut  reçu,  au  son  de  toutes  les  cloches,  par  le  clergé 
de  la  ville  ;  des  fêtes  brillantes  célébrèrent  sa  présence. 
Comme  ses  goûts  belliqueux  étaient  suffisamment  connus, 
des  tournois  furent  ordonnés  en  son  honneur  sur  le  Mar- 
ché aux  Chevaux,  au  nord-ouest  de  la  ville,  près  du  fleuve*; 
un  grand  nombre  de  dames  assistaient  aux  joutes,  aux- 
quelles le  prince  prit  probablement  une  part  active.  On  lui  fit 
présent  enfin  de  trois  tonneaux  de  vin  «  dont  l'un  était  vieux, 
l'autre  nouveau  et  le  troisième  rouge  »  ®  ;  de  seize  livres  de 
poisson  et  de  cent  quartiers  d'avoine'.  Son  séjour  ne  fut  pas 


1.  Chron.  des  quatre  Valois,  l.  c;  Petit  Thalamus  (k  en  Flandre  et 
pueys  en  Angleterre  »),  pp.  362-3.  Cf.  Herquet.  Cyprische  Konigsges 
lallen,  p.  11.  Cf.  aussi  p.  175  du  prés.  ouvr. ,  n.  1. 

2.  Récits  d'un  bourgeois  de  Valenciennes,  pp.  315  6  («  et  s'en  ala  en 
Savoie  »,  etc). 

3.  Mâcheras,  p.  71  (<ï>oayx(av  y.at  sic  Trjv  Pivouav)  ;  Chronique  des  Pays- 
Bas,  éd.  de  Smet.,  III,  p.  201. 

4.  «  Umb  sant  Uiriches  tag  des  vorgenanten  jores  »,  Chr.  der  deuts- 
chen  Stàdte,  Strasshurg,  II,  p.  858.  D'après  le  ms.  A-B  (p.  859),  il  serait 
arrivé  dans  cette  ville  «  umb  die  sungichten  (=  Sonnenwende,  Johan- 
nistag  (24  juin),  v.  le  Glossaire). 

5.  «  Und  men  hovierte  ime  mit  den  frowen  und  mit  stechen  an 
den  Rossemerkete  »  (ms.  A-B,  p.  859).  Cf.  la  carte  de  1599,  publiée 
dans  le  même  volume. 

6.  «  Drii  voder  wines,  der  was  eins  virne  (^  ait),  eins  nuwe  und 
eins  rot  »  (ibid.). 

7.  «  Und  wider  16  phunden  vischen  und  100  viertel  habern  (ibid.). 


—  175  - 

long;  il  se  rembarqua  le  troisième  jour',  pour  se  diriger  vers 
la  ville  de  Majence,  où  il  fut  reçu  vers  la  fête  de  saint  Jacques 
(25  juillet).  Il  était  peu  de  jours  après  à  Cologne,  où  il  visita 
les  «  trois  rois  mages  ».  Les  réjouissances  furent  tout  aussi 
brillantes  que  dans  le  reste  des  voyages  de  Pierre  P^ 
«  C'était,  écrit  Koelhoff,  le  chroniqueur  de  cette  ville,  un 
jeune  homme  frais  et  solide,  qui  traversait  avec  sa  suite  de 
chevaliers  somptueux  beaucoup  de  royaumes  et  d'autres 
régions  encore,  pour  observer  le  pays  et  prendre  du  plai- 
sir^ ».  Il  revint  bientôt  en  France.  Il  était  peut-être  à 
Paris  au  mois  d'août',  où  il  revit  le  roi  Jean  et  lui  parla 
de  nouveau  de  ses  projets  de  croisade.  Froissart  donne 
un  récit  très  développé  de  ce  séjour  de  Pierre  P""  à  Paris. 
Le  duc  de  Normandie  aurait  été  présent,  avec  une  foule 
de  seigneurs  «  barons  et  chevaliers  de  France  »,  que 
le  duc  avait  rassemblés  pour  faire  honneur  à  son  hôte.  Après 
les  «  grans  reviens  et  grans  esbatemens  »  suivirent  de 
«  grans  parlemens  et  grans  consaulz  »  sur  le  fait  de  la 
croisade.  Des  objections  auraient  été  présentées  à  cette  occa- 
sion par  les  adversaires  du  passage,  qui  invoquèrent  l'état 
du  royaume,  menacé  par  les  grandes  compagnies  :  il  aurait 
fallu  au  moins  faire  la  paix  avec  le  roi  de  Navarre.  Cepen- 


1.  «  Uiid  an  dem  dirtem  tage  fur  er  enweg  mit  schiffen  aise  er  ouch 
dar  was  komen  den  Rin  ab  »  (ihid.).  Il  aurait  manifesté  à  cette  occa- 
sion le  désir  d'aller  «  gein  Oche  (Aachen,  Aix-la-Chapelle)  zu  unser 
frowen  und  dernoch  zùm  Keyser  die  merfart  werben  »  {ihid.). 

2.  Clirnn.  Mogiintinum  (1362-4),  Chron.  d.  d.  Si-,  Mainz,  II,  1, 
p.  167, 1.  25-6.  KoelhofJ'sche  Clironik.  Coeln,  111,  15-31  :  «  ein  junk  vrisch 
gerade  man  :  der  zoich  mit  sinre  ritterschaf,  und  die  koestlich  zogereit, 
durch  vil  koninkrich  ind  andere  lantschaf,  umb  die  lande  zo  beschau- 
wen  ind  sich  verlustieren.  »  Cf.  Laleinische  Beimchronik,  1081-1472, 
ap.  Coeln,  II,  205,  1.  32  et  suiv.,  et  les  Coelner  Jalirhllcher  (ibid.,  38, 
I.  3-6).  V.  aussi  la  Chron.  quorundam  regum.  Hambourg,  Bibl.  de  la 
Ville,  ms.  llist.  31^  (cf.  Chr.  der  dcutschen  Si-,  Coin,  I,  lxxui-l.xxv,  et 
Arthur  Wyss,  Ueber  die  Chr.  quor.  regum,  etc.),  f°  114  v"  :  «  Circa 
hec  tempora  fama  Pétri,  illustris  régis  Cypri,  de  probitate  armorum 
et  militaris  gliore  apud  multas  Europe  provincias  et  populos  longe 
lateque  plurimum  vulgabatur  ;  idem...  militaris  exercicii  sectator 
avidus  ». 

3.  Froissart,  éd.  Luce,  VI,  p.  xuii,  note  3.  Le  roi  de  France  était  à 
Saint-f)uen  le  23  juillet  1364  (p.  xLii,note2):  il  passaà  Paris  la  première 
quinzaine  du  mois  d'août.  Luce  croit  que  cette  entrevue  des  deux  rois 
fut  précédée  par  une  autre  à  Lyon  («  Pierre  I*'''  alla  rejoindre  le  roi 
de  France  à  Lyon  »,  Froissart,  ibid.,  p.  xui,  n.  2).  Il  l'aurait  accom- 
pagné jusqu'à  Paris. 


—  176  — 

dant,  le  zèle  pieux  du  roi  Jean  aurait  fini  par  l'emporter;  de 
plus,  il  s'engagea  envers  le  roi  de  Chypre,  à  partir  au  mois 
de  mars  de  l'année  prochaine,  c'est-à-dire  une  année  avant 
le  terme  prescrit  par  le  pape*. 

Ce  récit  paraît  assez  exact  :  si  Pierre  P''  s'était  décidé  à 
partir  avant  le  1"  mars  1365,  il  ne  voulait  pas  que  son  expé- 
dition seule  représentât  la  croisade.  Il  n'était  que  le  «  pré- 
curseur du  passage  »  et  non  le  capitaine  ;  avec  ses  seules 
forces,  il  aurait  été  bientôt  réduit  à  la  défensive.  Ses  con- 
quêtes auraient  été  perdues  bientôt,  et  son  but  n'était  pas 
seulement  de  les  conserver,  mais  de  restaurer  le  royaume  de 
Jérusalem  dans  ses  anciennes  limites.  Pour  obtenir  un  pareil 
résultat,  toute  la  chrétienté  devait  prendre  les  armes,  comme 
aux  temps  héroïques  des  croisades.  En  allant  en  France,  en 
Angleterre,  en  Allemagne  et  en  Hongrie,  il  ne  cherchait  pas 
seulement  les  aventuriers  qui  devaient  former  sa  petite 
armée.  De  Paris,  Pierre  I"  se  dirigea  vers  la  Normandie*. 
Il  y  trouva  le  duc  et  les  fêtes  recommencèrent,  ainsi  que 
les  négociations  pour  la  croisade,  à  Rouen  et  à  Caen,  où  le 
roi  se  rendit  bientôt.  Le  futur  Charles  V  reçut  avec  de 
grands  honneurs  son  hôte  ;  il  lui  fit,  entre  autres,  cadeau 
d'une  aiguière  d'or  et  d'un  gobelet  «  à  façon  de  rose'*.  Quant 
à  ses  sollicitations  pour  le  passage,  il  semble  les  avoir  reçues 
assez  froidement.  Très  pieux,  il  est  vrai,  mais  trop  occupé  de 
l'état  déplorable  où  se  trouvait  le  royaume  pour  rêver  de 
lointaines  aventures,  il  ne  fut  jamais  le  partisan  de  la  croi- 
sade, à  cette  époque  et  dans  ces  circonstances. 

Les  agissements  de  Charles  le  Mauvais  étaient  une  des 
causes  qui  empêchaient  le  plus  la  réalisation  des  projets  de 
Pierre  I".  Malgré  les  exhortations  du  pape,  malgré  les  de- 
mandes de  Jean,  le  roi  de  Navarre  continuait  son  œuvre  d'in- 
trigue, qui  devait  aboutir  bientôt  à  la  reprise  des  hostilités. 
Pierre  se  décida  à  intervenir,  sinon  auprès  de  Charles  lui- 


1.  Froissart,  /.  c,  pp.  87-8.  Cf.  281-2. 

2.  Chron.  des  quatre  Valois,  p.  128.  Il  y  passa  un  mois  et  on  sait 
que  le  duc  y  résida  entre  le  13  août  et  le  11  septembre  1363  presque 
continuellement  (Froissart,  /.  c,  xliv,  note  1). 

3.  «  11  est  a  sçavoir  que  Monseigneur  donna  au  Roy  de  Chipre  une 
aiguière  d "or  à  un  gobelet  d'or  à  façon  de  rose,  qui  ne  sont  à  nul  inven- 
taire »  («  En  Tan  .m.ccc.lxui.  »,  Bibl.  nat.  fr.  21447,  f"^  7   et  suiv.). 


—  177  — 

même,  qui  paraît  n'avoir  pas  quitté  son  royaume',  au  moins 
auprès  de  ses  frères,  Philippe  et  Louis.  Le  premier  était 
assez  favorable  à  la  croisade  et  avait  offert  même  sa  collabo- 
ration au  roi  de  France.  Le  roi  de  Chypre  alla  le  trouver  à 
Cherbourg.  Il  y  eut  encore  des  fêtes,  comme  partout,  malgré 
la  suite  peu  nombreuse  qui  accompagnait  les  deux  princes. 
Les  négociations  ne  furent  pas  très  heureuses  :  aux  demandes 
présentées  par  le  roi  avec  son  éloquence  ordinaire,  étant,  dit 
Froissart,  «  sires  de  grant  avis  et  bien  enlangagiés  »,  les 
frères  du  roi  de  Navarre  répondirent  par  des  protestations 
pacifiques,  sur  lesquelles  il  était  impossible  de  se  méprendre. 
Ils  désiraient  la  paix  à  une  seule  condition,  qu'on  leur  rendît 
leur  héritage,  injustement  détenu  par  le  roi  de  France.  Il 
n'y  eut  pas  de  résultat  pratique,  car,  dit  le  même  chroni- 
queur, «  leurs  trettiés  ne  s'estendirent  mies  si  avant  m^. 
Pierre  P'"  se  décida  alors  à  demander  le  secours  du  roi 
d'Angleterre,  dont  le  royaume  était  assez  paisible  et  prospère 
pour  lui  permettre  de  prendre  part  à  la  croisade.  Il  partit 
de  Cherbourg  et  passa  la  Seine  à  Pont-de-l'Arche^  Puis  il 
entra  en  Ponthieu,  passa  la  Somme  à  Abbeville  et  arriva  à 
Calais  par  Rue,  Montreuil  et  Boulogne.  Il  y  trouva  les  trois 
princes,  fils  du  roi  Jean,  qui  y  étaient  captifs,  et  auprès  des- 


1.  Froissart,  l.  c,  p.  xliv,  n.  2.  II  serait  allé  en  Bretagne,  d'après 
la  Chi'on.  des  quatre  Valois,  ce  qui  parait  assez  peu  probable,  eu 
égard  à  la  situation  oîi  elle  se  trouvait  alors,  tandis  que  Charles  les 
^lauvais  était  réellement  dangereux,  malgré  l'intervention  du  pape. 

2.  Ckron.  des  quatre  Valois,  p.  129.  Le  roi  aurait  écrit  à  Philippe, 
lui  annonçant  la  prise  de  la  croix  et  ce  dernier  lui  répondit, 
lui  promettant  de  l'accompagner  avec  mille  hommes  «  et  que  c'estoit 
la  clioso  du  monde  dont  il  avoit  plus  grant  désir  que  de  guerroier  les 
ennemis  de  la  foy  ».  Le  reste  est  probablement  une  confusion:  «  Puis 
escript  à  monseigneur  Philippe  de  Navarre  le  roy  de  France  comme 
il  le  laisoit  maistre  et  gouverneur  de  toutes  ses  gens  à  icelle  emprinse 
d'aller  sur  les  mescreansSarrazins,  ennemis  de  la  foy  »  (ibid..  p.  129). 
Rien  dans  la  correspondance  d'Urbain  V,  du  roi  de  Chypre  et  de  Phi- 
lippe de  Méziéres  ne  nous  autorise  à  le  croire.  Ce  qui  permet  d'assi- 
gner une  date  à  ces  négociations  avec  les  frères  de  Charles  le  Mauvais, 
c'est  que  Philippe  de  Navarre,  un  de  ces  derniers,  mourut  à  Vernon, 
le  29  août  VMA  (Luce,  Du  Guesclin,  p.  409). 

3.  Froissart.  pp.  88-9.  Froissart  n'admet  pas  l'entrevue  du  roi  avec 
le  duc  de  Normaiulie  à  Rouen  ou  à  Caen,  de  sorte  que  c'est  en  se 
dirigeant  vers  Cherbourg  que  le  roi  passe  par  la  première  ville,  où  il 
est  reçu  par  l'archevêque,  Jean  d'Alençon,  «  ses  cousins  ».  Il  partit  le 
quatrième  jour  vers  Cherbourg,  et  passa  la  Seine  par  le  gué  de  S.  Clé- 
ment (ibid.).  Cf.  p.  282. 

N.  JoBOA.  Philippe  de  Méziéres.  12 


—  178 

quels  il  passa  «  moult  doucement  »  plus  de  douze  jours,  ou 
même  quinze'.  Il  était  arrivé  déjà  dans  la  ville  le  20  octo- 
bre 1363,  quand  il  écrivit  au  doge,  louant  les  bonnes  dispo- 
sitions des  nobles  français,  allemands  et  autres  pour  la  croi- 
sade. Son  intention  était  de  venir  s'embarquer  avec  une 
suite  choisie  au  mois  de  mars  suivant.  Il  demandait  enfin 
des  subsides  et  les  secours  qui  lui  avaient  été  promis  ^  Quel- 
ques jours  plus  tard,  il  s'embarquait  pour  l'Angleterre  :  il 
monta  après  minuit  dans  ses  vaisseaux  et  mit  à  la  voile  le 
lendemain,  après  être  resté  deux  semaines  à  Calais'. 

Il  était  à  Douvres  ce  jour  même,  à  l'heure  de  nones,  et  y 
passa  deux  journées,  pendant  qu'on  déchargeait  les  vais- 
seaux, puis  il  partit  vers  Londres  avec  sa  suite  *.  Il  avait 
avec  lui,  outre  ses  chevaliers,  deux  princes  étrangers,  un 
certain  «  roi  de  Jérusalem  »",  qui,  baptisé  par  le  roi  d'An- 
gleterre, aurait  pris  en  conséquence  le  nom  d'Edouard,  et  le 
roi  de  Lithuanie,  son  prisonnier'''.  Ce  roi  de  Lithuanie  n'était 
probablement  que  le  tils  du  roi  Keinstut,  ce  Waydot  men- 
tionné par  Wigand  de  Marbourg,  qui  fut  pris  par  les  Teutons 
dans  une  expédition  de  1362  (16  avril)  avec  le  châtelain, 
son  fils  et  trente-sept  autres  païens". 


1.  Froissart,  p.  90  («  si  furent  là  ensemble  plus  de  douze  jours  »); 
p.  283  (ms.  d  Amiens)  :  «  Et  séjourna  li  dis  roys  à  Calais  bien  quinze 
jours,  atendans  bon  vent,  car  li  mers  estoit  adonc  moult  tempestée  par 
heurez.  Au  seizime  jours,  ses  nefs  furent  cargiés,  si  entra  en  son 
vaissiel  et  touttez  ses  gens  ens  es  autrez,  che  fu  environ  heure  de 
mienuit  et  demy  (et  demoura)  à  l'ancre  devant  Calais  toute  la  nuit». 

2.  Lettre  du 'doge  au  roi,  datée  du  27  nov.,  ap.  Mas-Latrie,  Hist. 
Ch.,  t.  111,  p.  743. 

3.  Froissart,  l.  c.  C'était  probablement  le  2  novembre.  Le  roi  arriva 
à  Londres  le  6  du  même  mois,  il  passa  à  Douvres  deux  jours  et  son 
voyage  jusqu'à  la  capitale  se  fit  «  à  petittes  journées  et  à  son  aise  » 
(un  jour,  ou  tout  au  plus  deux).  En  admettant  les  quinze  journées  de 
séjour,  données  par  Froissart,  dans  sa  seconde  version,  il  serait  arrivé 
à  Calais  le  17  octobre,  ce  qui  s'accorde  assez  bien  avec  la  date  donnée 
par  la  lettre  au  doge  (v.  note  précédente). 

4.  Froissart,  /.  c,  pp.  90  et  283. 

5.  «  Et  unum  alium  magnatem,  non  prisonarium  sed  paganum 
vocatum  «  Uominus  de  Jérusalem  »,  qui  conversus  est  ad  fidem  Cliris- 
tianam,  quem  rex  Angliae  de  sacro  fonte  levavit  et  ipsum  Edwardum 
nominavit  »  (Eulogiiim  hisloriarum,  éd.  llaydon.  Londres,  1863,  coll. 
du  maître  des  Rôles,  t.  III,  p.  233). 

6.  «  Conducens  secum  unum  regem  paganum,  de  Lecto  dictum,  pri- 
sonarium »  (ibid.). 

1.  Wigand  de  Marburgin  Th.  (Hirsch,  M.  Tôppen,  E.  Strehlke,  Script. 
Res.  priissicarum,    Leipzig,   1861-74,   II,  p.  537).   11  aurait  été  pris, 


—  179  — 

Pierre  P""  arriva  à  Londres  le  6  novembre.  Des  chevaliers 
français  et  anglais  étaient  venus  à  sa  rencontre  :  le  comte  de 
Hereford,  Gautier  de  Mauny,  Despenser,  Raoul  de  Ferrières, 
Richard  de  Pembroke,  Alain  de  Booksell,  Richard  Stury  et 
d'autres  encore'.  Ils  le  conduisirent  à  travers  la  ville,  au  son 
des  «  trompes  et  de  tous  autres  instrumens  ))^  à  l'hôtel  qui 
avait  été  préparé  pour  lui. 

Les  mêmes  réjouissances  et  les  mêmes  fêtes  recommen- 
cèrent à  Londres.  Le  roi  Edouard  et  Philippe  de  Hainaut,  sa 
femme,  reçurent  avec  de  grands  honneurs  ce  visiteur  venu 
de  si  loin.  «  Et,  au  voir  dire,  bien  y  estoient  tenu  dou  faire, 
car  il  les  estoit  venus  veoir  de  loing  et  à  grant  fret  et  tout 
pour  enhorter  et  enditter  le  roy  que  il  voisist  prendre  la  ver- 
meille crois  et  aidier  à  ouvrir  ce  passage  sur  les  ennemis  de 
Dieu  » '.  Le  lundi  suivant,  le  roi  d'Ecosse,  David,  attiré 
peut-être  par  la  réputation  de  Pierre  I'"",  arriva  à  Londres,  et 
les  fêtes  redoublèrent  de  splendeur  ^.  Des  dons  précieux 
furent  faits  par  le  roi  et  la  reine  à  leur  hôte  ;   on  lui  fit 

d'après  Wigand,  dans  un  grand  combat  à  Kauen,  «  ad  portam 
contra  Nergarn  sitain  »,  où  il  y  eut  3,500  païens  de  tués  (ibid.).  Il  est 
nommé  ailleurs  Bulaiv  ou  Bulaut  {ibid.,  p.  550,  n.  759).  Cf.  Chronicon 
Livoniae,  ibid.,  11,  pp.  81-2  :  «  tilius  régis  Keinstut,  et  capitaneus  castri 
cum  Hlioipsius  aliique  XXXVll  ».  Cf.  sur  son  baptême  (1365,  25  juillet), 
ibid.,  p.  85,  eiDetmar.  Chronikvon  1105-1386,  inChron.  der  deulschen 
Stddle.  Liibeck,  1,  173,  1.  39  40  ;  sur  ses  invasions,  Clir.  Liv.,  p.  86.  —  11 
aurait  été  donné  au  roi  de  Chypre  par  quelque  chevalier  teuton  accouru  à 
son  appel.  Après  son  baptême  (à  Kônigsberg,  avec  quinze  chevaliers;  il 
prit  le  num  de  Henri),  la  liberté  lui  fut  rendue  par  Tempereiir,  qui  en 
îit  un  de  ses  généraux  :  il  Ht  plusieurs  incursions  dans  le  territoire  de 
son  père,  pillant  et  brûlant,  .selon  ses  anciennes  habitudes.  11  devint 
même  le  héros  d'une  chanson  populaire  publiée  à  Constance,  en  1826, 
sous  le  titre  de  Einschoen  und  ainmurtig  yedicht.  une  der  Litlower  wun- 
dcrbarlick  bekerl  ivart.  vor  mer  den  filnf  hunderl  Jnren  durch  Bnider 
Huijen  von  Langenstein,  par  Martin  Schondoch  {Scr.  rer.  pruss,  t.  c  n.  7). 

1.  Froissart,  éd.  Luce,  VI,  p.  90. 

2.  Ibid.,  p.  283. 

3.  Froissart,  l.  c,  p.  90.  V.  sur  les  présents  que  lui  firent  le  roi  et  la 
reine,  ibid.,  p.  91  ;  cf.  Polgchronicon  Ranulphi  de  Higden,  t.  VIII, 
p.  362-3  :  «  qui  hotiorificc  a  rege  .\ngliae  susceptus,  et  inultis  donariis 
honoratus...  »  Cf.  ibid.,  p.  436.  Il  lui  fit  «  un  grant  semblant»  {Chron. 
des  quatre  Valois,  p.  128),  Cf.  Caroldo,  f"  197  :  «  et  tanto  honorata,  et 
prcsentata  di  gioie  (sic),  vasi  d"argento,  et  d'oro,  quanto  si  conveniva 
ad  un  re  venuto  da  si  lontano  paese.  » 

4.  «  Uie  Lunae  proxima  »  {Eulogium  hisloriarum,  III,  p.  233). 
«  Die  Lunae  proxiino  po.>t  adventum  régis  Cipriae  »  {Poljchr.  Ban.  de 
Higden.  VIll,  pp.  362-3).  C'était  le  13  novembre.  Le  roi  venait  aus.si 
pour  ses  affaires  «  ad  tractandum  cum  rege  Angliae  de  certis  causis 
ipsum  tangeatibus  »  (Eul.  hisL.  III,  p.  233). 


—  180  — 

cadeau  même  d'un  grand  vaisseau,  la  Catherine,  destiné 
jadis  à  porter  Edouard  III  en  Terre-Sainte  \  Quelques  années 
plus  tard,  Froissart  revit  le  vaisseau,  encore  à  Sandwich  et, 
malgré  ses  demandes,  il  ne  put  pas  obtenir  d'explications  sur 
ce  retard  apporté  à  son  départ  pour  l'Orient.  «  Si  croy  mieux, 
dit-il,  que  li  roys  de  Chippre  le  laissa  pour  l'ensommiement 
qu'il  ewist  eut  dou  mener  c'autre  chose  »  \  Le  présent  était 
trop  coûteux  et  le  point  de  départ  de  l'expédition  trop  éloi- 
gné pour  que  le  roi  de  Chypre  pût  en  tirer  parti. 

Le  roi  de  Danemark  voulait  passer  aussi  en  Angleterre  ;  il 
avait  demandé  môme  un  sauf-conduit,  qu'il  n'employa  jamais 
peut-être  et  qu'il  n'avait  pas  encore  employé  certainement  à 
cette  époque  ^.  Jean  II  n'arriva  que  plus  tard  ^,  de  sorte  que 
les  cinq  rois  dont  parle  la  chronique,  rappelant  les  temps 
héroïques  du  roi  Arthur,  qui  réunit  seul  un  si  grand  nombre 
de  princes  autour  de  sa  table  ronde  à  Kaerléon  '',  doivent  être 
réduits  à  trois,  le  roi  d'Angleterre  lui-même  y  compris. 
Edouard  III  donna  deux  festins  à  ses  hôtes  dans  le  palais  de 
Westminster'',  et  quelques  jours  après  la  Toussaint,  aussitôt 
après  l'arrivée  du  roi  de  Chypre  probablement,  un  grand  tournoi 
fut  ordonné  à  Smithfield.  Pierre  P^ut  y  faire  des  merveilles, 
comme  partout  ailleurs.  Le  roi  d'Angleterre  lui  avait  donné 
l'habit  de  guerre  qu'il  y  porta,  ainsi  que  plusieurs  autres 


1.  Froissart,  l.  c,  p.  91:  «  trop  belle  et  trop  grande  malement  ».  Elle 
avait  coûté,  d'après  le  même  chroniqueur,  12,000  francs  {ibid.).  Cf. 
p.  284  :  «  plus  de  di.K  mil  florins  au  faire  ». 

2.  Ibid.,  p.   284;  cf.  p.  92. 

3.  «  Circa  idem  tempus  rex  Daciae  voluit  venisse  in  Angliam  ad 
dominum  regem  nostrum,  sed  ad  hoc  non  potuit  obtinere  licentiam.  » 
(Polijchr.,  VIII,  pp.  362-3).  Il  venait  de  quitter  à  peine  le  Danemark,  se 
dirigeant  vers  Cracovie  {Dâhlmann,  Geschic/Ue  von  Dunemark,  11,  p.  23). 
V.  p.  163,  note  7. 

4.  Le  24  janvier  1364. 

5.  «  Hoc  autem  fuit  invisum  a  tempore  régis  Arthuri,  quia  in  con- 
vivio  suo  apud  Kairlegion  vi  reges  interfuerint  et  ipse  septimus,  et 
omnes  sibi  fuerint  tributarii  »  {Eul.  hist.,  III,  p.  233). 

6.  Sur  ces  festins,  v.  Froissart,  /.  c,  p.  91:  «  et  leur  donna  de  recief 
li  rois  d'Engieterre  deux  fois  à  souper  ou  palais  de  Wesmoustier  ». 
Sur  l'époque  du  tournoi  qui  suivit,  v.  les  comptes  d'Henri  Snayth 
(29  juin  37  Ed.  111-29  juin  38),  au  Public  Record  Of/ice,  Archives  de  la 
Garderobe,  39,  repr.  dans  Mas-Latrie,  Hist.  Ck.,  II,  p.  247  :  «  pro  has- 
tiludiis  factis  in  Smithfield  post  festum  Omnium  sanctorum  »  (et  non 
ce  jour  même,  Pierre  1^''  n'étant  pas  même  à  Londres  à  cette  époque, 
cf.  Mas-Latrie  /.  c). 


—  181   — 

ornements  '.  Dans  les  entrevues  du  roi  de  Chypre  avec 
Edouard  III,  la  question  d'une  croisade  générale  fut  plu- 
sieurs fois  agitée.  Le  royaume  d'Angleterre  était  en  paix  et 
rien  ne  paraissait  plus  facile  que  le  consentement  d'un  roi 
qui  avait  manifesté  autrefois  son  désir  de  visiter  la  Terre- 
Sainte.  Ce  consentement  fut  refusé  cependant.  Edouard  objecta 
sa  vieillesse,  qui  ne  lui  permettait  pas  les  expéditions  loin- 
taines, qu'il  laissait  à  ses  enfants  ^  Il  ne  doutait  pas,  du 
reste,  que  plusieurs  de  ses  sujets  prissent  part  au  passage. 
Pierre  aurait  demandé  son  autorisation  pour  ceux  qui  vou- 
draient le  suivre,  «  car  li  chevalier  et  liescuier  de  cette  terre 
travaillent  volentiers  ».  Le  roi  déclara  qu'il  ne  les  empêche- 
rait jamais,  à  moins  que  des  circonstances  extraordinaires 
ne  rendissent  la  mesure  nécessaire '.  Les  efforts  de  Pierre 
furent  vains  ;  il  ne  put  rien  obtenir  de  plus  que  ces  promesses 
vagues  et  des  «  disners  et...  grans  soupers  »*.  Edouard  III 
lui  aurait  parlé  même  de  ses  prétentions  sur  l'île  de  Chypre, 
qu'il  serait  décidé  à  faire  valoir,  si  le  roi  parvenait  à  recou- 
vrer son  héritage  en  Orient.  «  Le  roy  de  Chypre  aperçut  et 
entendi  bien  les  paroles  du  roy  d'Angleterre,  et  parla  d'autres 
paroles,  comme  se  il  ne  l'eust  point  entendu'.  »  Quelque 
temps  après,  il  prenait  congé  de  ses  hôtes,  qui  payèrent 
toutes  ses  dépenses  à  Londres®,  et  se  dirigea  vers  la  côte.  Il 


1.  Ibid. 

2.  Froissant,  /.  c,  p.  90  :  «  Certes,  biaus  cousins,  j'ay  bien  bonne 
volenté  d'aler  en  ce  voiage,  mais  je  sui  en  avant  trop  vieulz,  si  en 
lairai  convenir  mes  enfants.  »  Cf.  p.  284  :  «  Trop  vies  et  trop  foibles.  » 
Il  devait,  du  reste,  garder  son  royaume  et  le  tenir  en  paix  {ibid.). 

3.  Ibid..  p.  91  :  «  Ne  aultres  besongnes  ne  me  sourdent  et  à  mon 
royaume,  dont  je  ne  me  donne  de  garde.  »  C'était  la  guerre  et  on  sait 
que  personne  ne  pouvait  se  soustraire  pendant  son  règne  au  service 
militaire. 

4.  Ibid.,  p.  91.  Il  en  aurait  été  content,  d'après  la  seconde  rédaction, 
grâce  aux  arguments  très  sages  des  Anglais  (ibid.,  p.  284). 

5.  Chronif/iie  des  quatre  Valois,  p.  128  :  «  N'avez-vous  pas  emprins 
à  conquerreia  Saincte  Terre?  Quand  vous  l'aurez  conquise,  vous  devrés 
rendre  le  royaume  de  Cyppre  que  jadiz  mon  anceseur  le  roy  Richart 
bailla  à  garder  à  vostre  prédécesseur  (ibid.). 

6.  P'roissart,  l.  c,  p.  284.  Voyez  une  anecdote  sans  indication  de 
source,  sur  un  banquet  donné  au  roi  par  le  maire  de  Londres,  Henri 
Picard,  sur  la  perte  aux  dés  qu'aurait  faite  le  roi  de  Chypre  et  sur  la 
restitution  que  lui  fit  ce  dernier  de  son  argent,  à  cause  de  sa  pauvreté 
(Froissart,  Kervyn,  I'  introduction,  p.  245.  repr.  par  M.  Stubbs,  o.  c, 
p.  194).  Cet  événement  n'eut  pas  lieu  pendant  un  voyage  dans  l'in- 


—  182  — 

fut  volé  en  route  par  une  troupe  de  bandits,  dont  la  punition 
fut  confiée  par  le  roi  d'Angleterre  aux  bourgeois  de  Londres'. 
Le  roi  de  Chypre  passa  en  Angleterre  un  mois  environ^. 
Il  devait  être  de  retour  en  France  au  commencement  du  mois 
de  décembre.  Il  débarqua  à  cette  époque  à  Boulogne-sur- 
Mer^  et  se  dirigea  vers  Amiens,  où  le  roi  de  France,  arrivé 
dès  la  fin  du  mois  de  novembre*,  avait  convoqué  son  conseil 
pour  le  consulter  sur  le  fait  de  sa  rançon  ^  et  de  son  prochain 
retour  en  Angleterre.  Il  y  trouva  le  duc  de  Normandie  et  son 
frère,  Philippe  de  Bourgogne  ^  Une  réception  pompeuse  lui 
fut  faite  par  le  roi  Jean',  auquel  il  exposa  le  résultat  de  son 
voyage  en  Angleterre  *  et  son  dessein  d'aller  voir  le  prince 


térieur  de  l'Angleterre  pour  y  trouver  le  roi  David.  (Herquet,  Cî/jor. 
Kôn.,  p.  12). 

1.  «  Rex  Ci'pri  itinerando  (in)  Anglia  perdidit  plura  per  latrones. 
Ob  ouam  causam  rex  Eduardus  concessit  Londom'ensibus  potestatem 
impios  malefactores  justiticandi,  et  incarcérâtes  infra  civitatem  libe- 
randi,  justiciariis  régis,  ut  prius  solebant,  ad  hoc  non  vocatis  »  (Chro- 
nicon  Arif/liae  auctore  monacho  quodamSancti  Albani,  éd.  Thompson, 
coll.  Maître  des  Rôles.  Londres,  1874.  p.  54).  La  même  Chronique 
parle  d'un  tournoi  à  Smithfield  dans  les  premiers  cinq  jours  du  mois 
de  mai  1362,  auquel  assistaient  le  roi,  la  reine  et  des  chevaliers  de 
France,  d'Angleterre  et  d'ailleurs.  «  Ad  quae  venerint  Hispani,  Ciprii 
et  Armenii  milites,  auxilium  régis  Angliae  requirentes  contra  paganos 
qui  invaserant  fines  suos  »  (p.  51).  Faut-il  y  voir  des  ambassadeurs  de 
Pierre  [<"",  alors  en  Chypre? 

2.  Froissart,  l.  c,  p.  284  :  «  Si  demoura  la  cose  enssi.  Pluisseurs 
parlemens,  le  tiertne  d'un  mois  que  li  rois  de  Cipre  fu  en  Engleterre...» 

3.  Froissart,  p.  92;  p.  285. 

4.  Dès  la  S.  André  (Cont.  chr.  G.  de  Nanginco,  H,  p.  331).  Froissart 
le  dit  «  nouvellement  venu  »  (p.  92  ;  p.  285).  11  y  resta  pendant  les  pre- 
miers douze  jours  de  décembre  (Froissart,  ibid.,  p.  xlvi,  note  3);  il  était 
à  Hesdin  le  15  (cf.  ibid.,  xlvii,  note  2). 

5.  Cont.  chr.  G.  de  Nanffiaco,  t.  II.  p.  331.  L'entrevue  des  deux  rois 
ne  se  fit  pas  à  Hesdin,  ainsi  que  l'affirme  la  Chronofjiraphia  regum 

Francorum:  « de  Francia  (.Ieanll)venit  Quesdinium  in  Arthesio.  ubi 

reperit  regem  Cipri  ab  Anglia  revertentem  »  Vol.  ,  p.  .  L'itinéraire 
donné  par  l'auteur,  assez  bien  informé,  de  cette  chronique  est  très 
exact  ;  il  mentionne  le  séjour  de  Pierre  I"""  à  Paris,  avant  son  départ 
pour  l'Angleterre  (ibid.):  «  venit  Parisius  et  inde  per  Kalesium  pro- 
fectus  est  in  Ancliam  ».  Ce  séjour  à  Hesdin  est  impossible,  à  moins 
que  le  roi  de  Chypre  ne  fût  parti  beaucoup  plus  tard  de  Londres. 

6.  Et  non  Louis  d'Anjou,  qui  s'échappa  de  Calais  vers  la  saint  Thomas 
(jeudi  21  déc.)  ou  quelque  peu  avant  (Cont.  chron.  G.  de  Nang.,  II, 
p.  332  :  circa  istud  tempus  vel  modicum  ante).  Louis  ne  rendit  compte 
au  duc  de  Normandie  de  sa  fuite  qu'à  Paris,  vers  les  fêtes  de  Noël 
(ibid.).  Froissart  parle  de  ce  prince  comme  assistant  à  l'entrevue 
d'Amiens  (l.  c,  pp.  92,  285). 

7.  «  Si  en  fu  grandement  conjoïs  et  festiiés  »  (ibid.,  p.  285). 

8.  Ibid.;  cf.  92. 


—  183  - 

de  Galles',  dont  le  tempérament  ardent  serait  plus  accessible 
peut-être  à  l'idée  de  la  croisade. 

Il  accompagna  d'abord,  par  Beauvais  et  Pontoise,  le  duc  de 
Normandie,  nommé  régent  du  royaume',  à  Paris.  Des  dépen- 
ses énormes  furent  faites  pour  le  recevoir  ;  la  duchesse  eut 
pour  cette  occasion  un  chapeau  «  bordé  d'or  et  de  perles  », 
ainsi  qu'un  «  cercle  »  d'argent,  engagé  jadis  par  la  reine  Bonne 
à  Benoît  Belon.  Les  orfèvres  du  roi,  Claux  de  Fribourg^  et 
Jean  de  Picquigny,  fabriquèrent  des  hanaps  d'or  émaillé  à  ses 
armes,  des  aiguières  d'or  fin,  des  ceintures  d'or  garnies  de 
perles  et  de  pierres  précieuses.  L'hôtel  de  Saint-Paul  devait 
recevoir  le  roi  de  Chypre  :  trois  chambres  furent  meublées 
avec  un  grand  luxe  pour  lui-même  et  pour  sa  suite*. 

Le  roi  arriva  à  Paris  vers  les  fêtes  de  Noël  ;  il  assistait, 
quelques  jours  plus  tard,  à  l'arrivée  de  Louis,  duc  d'Anjou, 
qui  avait  quitté  honteusement  la  ville  de  Calais,  où  il  était 
détenu  avec  les  deux  autres  princes  de  la  fleur  de  lis.  Il  s'en 
excusa  devant  son  frère,  le  roi  de  Chypre  et  les  bourgeois 
réunis  en  conseil  au  palais  :  il  était  seulement,  disait-il, 
revenu  par  compassion  pour  les  misères  du  royaume  ;  il  pro- 
mettait de  chevaucher  sur  les  pillards  qui  le  dévastaient,  de 
les  chasser  de  leurs  châteaux  et  forteresses  et,  avec  l'aide 
de  Dieu,  de  rétablir  la  paix  les  armes  à  la  main.  Il  demanda 
dans  ce  but  le  concours  du  duc  de  Normandie,  qui  lui  fit  une 
réponse  évasive". 

Ce  séjour  à  Paris  fut  plus  long  que  le  premier.  Pierre  P' 
s'y  trouvait  encore  vers  la  fin  de  février,  quand  il  assista  au 
jugement  de  la  querelle  entre  du  Guesclin  et  Guillaume 
Felton.  Il  fut  présent  aux  débats,  auprès  du  duc  de  Norman- 


1.  Ihid. 

2.  Pendant  l'absence  du  roi  Jean,  qui  était  parti  pour  l'Angleterre 
(il  s'embarqua  à  Boulogne  le  mercredi  soir,  3  janvier,  et  débarqua  à 
Douvres  le  lendemain),  P>oissart,  /.  c,  VI,  p.  xLvn,  n.  3;  il  arriva  à 
Londres  par  Canterbury  et  Eltham,  le  24  du  même  mois.  Cf.  Froissart, 
l.  c,  pp.  23  et  suiv.;  Réc.  d'un  bourg,  de  Val.,  p.  316. 

3.  Hibl.  nat.  fr.  21447,  f»  8. 

4.  J'emprunte  tous  ces  détails  au  beau  livre  de  S.  Luce  sur  Du 
Guesclin  (I,  pp.  418-20). 

5.  Cont.  car.  G.  de  Nangiaco,  II,  332:  «  post  nativitatem  Domini  ». 
11  s'était  enfui  d'abord  au  château  de  Guise,  auprès  de  sa  femme, 
Marie  de  Blois  (ibid.). 


—   !84  — 

die,  pendant  les  trois  jours  que  dura  le  procès.  On  ne  connaît 
pas  la  date  de  son  départ  pour  l'Aquitaine  ;  il  ne  dut  pas  tar- 
der, cependant,  à  partir*. 

Il  se  dirigea  vers  Poitiers.  Le  prince  Noir  était  alors  à 
Angoulême,  où  il  préparait  une  grande  fête  pour  la  naissance 
de  son  fils  Edouard.  Il  envova  à  sa  rencontre  Jean  Chandos, 
avec  un  grand  nombre  de  chevaliers  de  son  hôlel,  qui  con- 
duisirent le  roi  dans  cette  dernière  ville,  où  le  prince  le  reçut 
«  ossi  humlement  et  grandement  en  tous  estas  que  il  avoit 
esté  nulle  part  receus  sus  tout  son  voiage  »^. 

Pierre  assista  au  tournoi,  où  il  combattit  peut-être  lui- 
même  avec  sa  bravoure  et  son  habileté  ordinaires  ;  quarante 
chevaliers  et  quarante  écuyers  prirent  part  à  cette  fête.  Le 
roi  de  Chypre  trouva  parmi  les  assistants  la  fleur  de  la  no- 
blesse anglo-française:  Louis  d'Harcourt,  Guichart  d'Angles, 
le  vicomte  de  Touars,  le  sire  de  Pons  et  celui  de  Parthenay, 
Thomas  Felton,  parent  de  l'adversaire  de  du  Guesclin,  Neël 
Lorinch,  Richard  de  Pontchardon,  Simon  de  Burgley  (Burlé), 
Baudoin  de  Fréville,  messire  d'Agris  et  d'autres  encore, 
qui  se  montrèrent  très  disposés  à  prendre  la  croix  rouge. 
«  Li  princes  et  li  chevalier  li  respondirent,  dit  Froissart, 
moult  courtoisement  que  c'estoit  voirement  uns  volages  où 
toutes  gens  d'onneur  et  de  bien  par  raison  dévoient  bien 
entendre,  et  que,  s'il  plaisoit  à  Dieu  que  li  passages  fust 
ouvers,  il  ne  le  feroit  mies  seuls,  mes  en  aroit  de  chiaus  qui 
se  désirent  à  avancier.  »  Pierre  y  resta  un  mois  entier,  au 
milieu  des  fêtes  et  des  réjouissances,  très  «  festoyé  »  parle 
prince  lui-même,  auquel  il  ressemblait  par  son  énergie  et  sa 
bravoure,  par  la  princesse,  sa  femme  et  par  toute  cette  vail- 
lante chevalerie  de  Saintonge  et  de  Poitou  \ 

Jean  Chandos  l'avait  accompagné  déjà  avant  la  fête,  dans 


1.  S.  Luce,  Du  Guesclin,  pp.  405-6:  «  presentibusillustri  principe  rege 
Chipri,  consanguineo  nostro  »,  Arch.  nat.,  X-a,  7,  f"  143;  ihid.,  n°  2). 
Ce  voyage  à  Paris  est  mentionné  par  la  Chron.  reg.  franc,  l.  c.  : 
«  Cum'que  simul  locuti  essent  (à  Amiens),  rex  Cipri  Parisius  et  rex 
Francie  per  Kalesium  transmeavit  in  Angliam.  » 

2.  Froissart,  /.  c,  p.  93.  Le  prince  aurait  été  à  Bordeaux  (Chr.  des 
Pays-Bas,  ap.  De  Smet,  III,  p.  201). 

3.  Froissart,  l.  c,  pp.  93,  285;  97-8,  289.  Rec.  d'un  bourg,  de  Valenc, 
pp.  315-6. 


•      -  185  — 

un  voyage  qu'il  fit,  recrutant  des  adhérents  pour  la  croisade, 
dans  les  deux  provinces;  ils  entrèrent  dans  la  «  bonne  ville 
de  la  RoccUe  ».  où  ils  furent  très  bien  reçus  par  les  Rochel- 
lois,  qui  leur  donnèrent  une  «  grant  feste  »  '.  Il  voulut  lui 
tenir  compagnie  à  son  départ  et  ne  le  quitta  qu'à  la  frontière 
des  possessions  anglaises  du  Midi^ 

Il  revint  vers  la  France  à  petites  journées,  espérant  retrou- 
ver le  roi  Jean  à  Paris'\  Il  ne  comptait  plus  continuer  ses 
voyages,  parait-il.  Il  aurait  connu  les  dernières  dispositions 
du  roi,  dont  le  voyage  en  Angleterre  était  destiné  peut-être 
à  terminer  définitivement  ses  démêlés  avec  Edouard  III  et  as- 
surer la  paix  à  peine  conclue,  et  serait  parti  pour  Venise  avec 
les  chevaliers  qu'il  était  parvenu  à  gagner  à  ses  projets  pour 
pouvoir  partir  au  terme  nouvellement  fixé  par  le  doge  ("juin 
1364).  Il  espérait  voir  la  révolte  de  Crète  bientôt  apaisée  ou 
comptait  l'apaiser  lui-même  pendant  sa  route  vers  la  Terre- 
Sainte.  Ses  négociateurs  étaient  partis  déjà  pour  exiger  du  doge 
l'accomplissement  de  ses  promesses  ^  Les  affaires  de  Crète, 
assez  désagréables,  il  est  vrai ,  n'étaient  cependant  qu'un 
retard  apporté  à  l'expédition.  Un  plus  grand  coup  rendit  défi- 
nitivement impossible  tout  projet  de  croisade  générale.  Déjà 
le  cardinal  de  Périgord,  prélat  mondain^  et  de  mœurs  assez 


1.  Froissart,  /.  c,  p.  97.  11  aurait  visité  le  château  de  Lusignan, 
berceau  de  la  famille,  à  cette  occasion  (Herquet,  Cypr.  Ki'migsgest., 
p.  12).  Il  ne  fut  pas  conduit  par  le  prince  Noir  {ibid.,  p.  12). 

2.  Froissart,  l.  c,  p.  98. 

3.  Ibid.,  cf.  p.  289  «  à  petittez  journées  et  à  grans  despens  arriei-re 

fiar  deviers  Franche,  atendans  qu'il  oyst  nouvelles  dou  roy  .lehan  qu'il 
ust  râpasses  la  mer,  et  qu'il  pewist  encorres  parler  à  lui  et  puis  si  se 
retraire  viers  Lombardie  et  à  Venisse  pour  raller  en  Cippre  ». 

4.  Cf.  Gr.  Cliron..  VI,  228-9.  Sponda  croit  que  la  croisade  fut 
une  des  causes  du  voyage  de  Jean  en  .\ngleterre  (I,  779).  V.  la 
version  du  continuateur  de  Nangis,  III,  333  et  la  Chron.  quor.  reg., 
fo  114  V". 

5.  Ainsi  que  le  dit  son  épitaphe  à  Rome,  à  Saint-Pierre  aux  Liens: 
Religione  fui  tenuis.  terrena  sequeiido  (v.  abbé  .Arbclot,  dans  la 
Bévue  des  Soc.  sav.,  6"  série,  I,  1875,  pp.  573-8):  Moutfaucon  l'avait 
d(\jà  vue  sans  pouvoir  l'attribuer  à  une  personne  dotenninée,  cf.  Diar. 
Ilalicum,  1702,  p.  131.  Il  contribua,  comme  évèque  d'.^lbano  (1352) 
à  l'élection  d'Innocent  VI.  Légat  du  pape  en  France,  en  1356,  il 
essaya  de  rétablir  fa  paix.  Il  conclut  une  trêve  pendant  son  voyage  à 
Londres  (juillet  1357).  Il  disputa  en  1362,  à  Guy  de  Boulogne,  lé  siège 
pontifical,  qu'occupa  Urbain  \'  (cf.  Arbelot,  ibid.  et  p.  153,  note  4  du 
présent  ouvrage).  Précédemment  évèque  de  Limoges  (10  oct.  1324) 
et  d'Auxerre  (1328)  :  cardinal  à  30  ans,  en  1331. 


—  186  — 

faciles*,  mais  partisan  fervent  de  la  croisade,  à  laquelle  il 
s'était  toujours  intéressé  ^  venait  de  mourir,  le  17  jan- 
vier 1364^  Le  roi  Jean  lui-même  ne  tarda  pas  à  le  suivre. 

Dès  le  mois  de  mars,  le  roi  de  France  était  tombé  malade 
au  palais  de  Savoie,  qu'il  habitait  à  Londres,  et  Boucicaut 
était  revenu  auprès  du  duc  de  Normandie  pour  le  lui  faire 
savoir*.  Peu  de  temps  après,  le  8  avril ^  il  mourut.  On  lui 
fit  de  très  pompeuses  funérailles  à  Saint-Paul;  le  roi  d'An- 
gleterre offrit  à  ses  frais  plusieurs  chevaux,  avec  les  armes 
de  France  sur  leurs  housses,  des  chevaliers  vêtus  de  la  même 
manière,  4,000  torches  hautes  de  douze  pieds  et  le  même 
nombre  de  bougies  de  cire.  On  conduisit  le  corps  jusqu'à  la 
côte,  où  s'embarquèrent  les  seigneurs  qui  avaient  suivi  le  roi 
en  Angleterre,  avec  son  cercueil.  Le  mercredi  1  mai  1364, 
le  corps  était  arrivé  de  Boulogne  à  Saint-Antoine,  près  de 
Paris  \ 

Le  roi  de  Chypre  était  déjà  entré  à  Paris,  revenant  de 
l'Aquitaine.  Il  y  apprit  la  mort  de  Jean  II  et  décida  de  prendre 
part  à  ses  funérailles  '. 

Elles  eurent  lieu  le  dimanche  5  mai,  «  après  dinner  ».  La 
procession  parfit  du  couvent  de  Saint-Antoine.  «  Et  quant 
tous  les  seigneurs  qui  conduisoient  le  corps  du  roj,  furent 
près  de  Paris,  on  prépara  et  aorna  le  corps  du  roy  Jehan, 
ainsy  qu'on  debvoit  faire,  et  le  coucha-on  dedens  ung  lit,  tout 


1.  On  l'accusa  d'avoir  amené  les  grandes  compagnies  en  Provence 
(Chérest,  VArchiprèlre,  pp.  46-7),  d'avoir  été  le  complice  de  son  neveu, 
Charles  de  Duras,  dans  l'assassinat  d'André  II  de  Naples.  Il  était  très 
lettré,  connaissant  le  droit  civil  :  nobilissimus  vir  el  juris  civilis 
perilus  {De  gestis  episc.  Aulissiod.,  p.  n,cap.  LXX,  dans  Aligne,  Patr. 
lat.,  t.  138,  col.  370)  et  fonda  le  collège  de  Périgiieux,  à  Toulouse.  Wad- 
ding  le  cite  comme  protecteur  des  Mineurs  {Ann.  Min.,  VII,  p.  293). 

2.  Guillaume  de  Boldenslève  lui  dédia  son  Hodoeporicum  terrae 
sanclae  (Art.  Sanct.,  Jan.  II,  p.  \(S\T)  ow  Liber  de  partibus  qnibusdam 
vUramarinis  el  praecipue  de  Terra  Sancla  (Reiffenberg,  Monuments 
pour  servir  à  Vhisloire  des  provinces  de  Namur,  de  Ilainanl  et  de 
Luxembourg,  IV,  pp.  277-80).  Sur  Boldenslève  (pèlerin  en  1336)  v.  son 
itinéraire,  dans  Canisius,  Lcctiones  antiquae,  IV,  338. 

3.  2  »  vita  Urb.,  ap.  Baluze,  o.  c..  1,  p.  405. 

4.  Froissart,  VI,  p.  98. 

5.  «  Octava  die  aprilis  vel  décima  »  (Conl.  chron.  G.  de  Nangiaco, 
II,  p.  339). 

6.  Ibid. 

1.  Froissart,  VI,  p.  108.  11  arriva  avant  le  corps  :  les  deux  autres  fils 
du  roi  Jean  s'y  trouvaient  déjà,  l'attendant. 


-   187  — 

ainsy  comme  s'il  dormist,  et  lui  mist-on  la  couronne  aux 
fleurons  d'or  dessus  le  chief,  et  le  couvry-on  de  draps  d'or, 
et  le  porta-on  avant  Paris,  ne  plus,  ne  moins  comme  s'il 
dormesist.  Et  ses  enfants  aloient  après  luy,  tous  noirs  vestus, 
et  le  roy  de  Chippre  ossy,  et  puis  après  eulx  tous  seigneurs 
ducqs,  contes,  viscontes,  seneschaulx  \  »  Le  jour  suivant, 
après  une  messe  solennelle  à  Notre-Dame,  le^corps  fut  dirigé 
vers  Saint-Denis,  suivi  par  les  trois  princes  et  le  roi  de  Chypre. 
Ils  allèrent  à  pied  jusqu'à  Saint-Lazare,  où  ils  montèrent  à 
cheval  pour  descendre  de  nouveau  à  l'entrée  de  Saint-Denis. 
Jean  II  fut  enterré  dans  l'église,  le  7  mai,  «  au  bout  du 
grant  hostel,  à  la  senestre  »,  et,  aussitcjt  après  la  messe, 
Charles  V  reçut  les  hommages  des  pairs  et  des  barons  dans 
le  préau  du  cloître.  Le  9  mai,  le  nouveau  roi  et  sa  suite  par- 
taient pour  le  couronnement,  à  Reims ^  Pierre  l'accompa- 
gnait, ainsi  que  ses  deux  frères,  le  duc  de  Brabant  et  «  moult 
de  haulz  et  nobles  hommes,  de  prelas  et  autres  gens  d'estat  »^. 
La  cérémonie  eut  lieu  le  jour  de  la  Trinité,  19  mai  1364.  Le 
roi  fut  couronné  avec  sa  femme,  Jeanne  de  Bourbon,  par 
l'archevêque  Jean  de  Craon  :  «  Sil'adestroit  le  roy  de  Cipre, 
le  duc  de  Braibant*,  ses  oncles,  le  duc  d'Anjo,  ses  frères,  et, 
cà  l'autre  lé,  le  duc  de  Bourgongne,  sen  frère,  le  conte  d'Eu, 
le  conte  de  Dampmartin  ))^  Les  ducs  de  Lorraine  et  de  Bar, 
Jean  et  Robert,  le  comte  de  Tancarville,  Robert  d'Alençon, 
le    sire    d'Albret,    les    comtesses    de    Flandre    et    d'Artois 


1.  Récils  d'un  bourrjeois  de  Valenciennes,  p.  320.  Il  confond  les  trois 
jours  des  funérailles  dans  un  seul. 

2.  Grandes  Chroniques,  VI,  pp.  230-2.  Cf.  Jean  de  Venette  (Cont. 
Chr.  G.  de  Naugiaco,  II,  pp.  339-40);  Chron.  des  Pays-Bas,  etc.,  p.  201, 
et,  pour  les  dépenses,  très  grandes,  Bibl.  nat.  Quittances,  XV,  n"  21 
(ap.  Froissart,  /.  c.,  VI,  un,  note.  3),  V.  encore  Viilani,  XI,  ch.  xcr,  éd. 
Dragomauni,  II,  490. 

3.  Chronique  des  quatre  Valois,  p.  144. 

4.  Wenceslas  de  Luxembourg,  que  visita  plus  tard  le  roi  de  Chypre, 
en  revenant  d'Allemagne. 

5.  Chronique  des  Pays-Pays,  de  France,  etc.,  ap.  de  Smet.  III, p.  202. 
Cf.,  Récits  d'un  bourgeois  de  Valenciennes,  p.  324,  qui  ajoute  le  comte 
d'Ktampes.  Une  planche  publiée  par  Montfaucon  dans  ?,es  Monumen's  de 
la  monarchie  française,  Paris,  1729-33,  f",  t.  111.  p.  u,  p.  2,  représente 
parmi  les  assistants  au  couronnement  un  roi  au  sceptre  terminé  par 
une  fleur  de  lis  :  la  robe  royale  est  bordée  d'hermine  autour  du  cou, 
son  chapeau  est  entouré  d'une  couronne,  il  parle  à  un  individu  en 
capuchon,  à  la  robe  parsemée  de  croix.  «  C'est  certainement  Pierre, 
roi  de  Chypre  »  (ibid.). 


—  188  - 

assistaient  aussi  à  la  cérémonie,  ainsi  que  l'archevêque  de 
Sens  et  les  évêques  de  Laon,  Beauvais,  Langres  et  Nojon*. 
Le  sacre  fut  suivi  par  un  grand  dîner,  que  terminèrent  des 
joutes  «  grandes  et  belles  »,  où  se  distingua  le  roi  de 
Chypre'.  Puis  Charles  V  partit  avec  sa  suite,  pour  se  rendre 
à  Saint-Denis  d'abord,  et  ensuite  à  Paris*. 

Ils  entrèrent  dans  cette  ville  le  28  mai  vers  midi  *;  le  roi 
alla  d'abord  à  Notre-Dame,  tandis  que  la  reine  se  dirigeait 
vers  le  palais,  à  cheval,  avec  les  duchesses  d'Orléans  et 
d'Anjou  et  Madame  Marie,  sœur  du  roi,  devenue  plus  tard 
la  duchesse  de  Bar.  Philippe  de  Bourgogne,  à  pied,  tenait  le 
frein  du  cheval  de  la  reine,  Louis  de  Chàlon  et  le  seigneur  de 
Beaujeu  se  trouvaient  auprès  de  la  duchesse  d'Orléans,  le 
comte  d'Eu  auprès  de  sa  belle-sœur.  Le  même  jour,  un  grand 
dîner  réunit  tous  les  hôtes  du  roi  «  environ  nonne  »  ;  tous 
les  prélats  se  trouvant  à  Paris  y  assistaient.  Il  y  eut  des 
joutes  dans  la  cour  du  palais,  ce  jour-là  et  le  lendemain,  «  et 
à  tous  les  deux  tours  jousta  le  roy  de  Chypre  et  pluseurs 
autres  ducs,  contes  et  barons  »  ''.  Une  «  grant  richesse  de 
paremens  »  ornait  toute  la  ville,  dont  les  bourgeois  avaient 
revêtu  pour  cette  occasion  un  costume  de  fête,  vert  et 
blanc  ^ 

Le  roi  de  Chypre  resta  encore  à  Paris,  auprès  de  Charles  V, 


1.  Grandes  Chron.,  V,  232-4.  Froissart,  VI,  p.  133.  Cf.  p.  312. 

2.  «  Et  après  furent  les  joustes  grandes  et  belles,  et  y  jousta  le  roy 
de  Cyppre  >>.  Chronique  des  quatre  Valois,  p.  148. 

3.  Chronique  des  Pays-Bas,  l.  c.  Bée  d'un  bourg,  de  Val.,  l.  c. 
Il  serait  resté  deux  jours  à  Saint-Denis,  d'après  ces  deux  sources. 
Il  y  resta  cinq  jours,  d'après  Froissart  (/.  c.,  p.  133).  «  Si  y  eut  grans 
dons  et  grans  pi-esens  donnés  et  présentés  as  signeurs  estrangers...  » 
(Froissart,  ibid.),  cf.  p.  312  :  «  Et  vinrent  à  Laon,  à  Soissons  et  puis  à 
(yompiègne...  à  Senlis  et  puis  à  Saint  Denis  ». 

4.  Grandes  Chroniques,  V,  p.  234. 

5.  Grandes  Chroniques,  V,  232-4.  «  On  ne  vous  poroit  mies  dire  ne 
recorder,  en  un  jour  d'esté,  les  solennités  ne  les  grans  reviaus  que  on 
li  f]st  en  le  cité  de  Paris,  quand  il  y  entra  »  (Froissart,  p.  133).  Les 
combattants  de  Cocherel  (24  mai  1364)  étaient  revenus  et  le  roi  leur 
fit  «  grant  fieste  »  :  il  y  avait  parmi  eux  Du  Guesclin  et  Aymon  de 
Pommiers  (ibid.,  134),  le  sire  de  Beaujeu,  Jean  de  Chàlon,  comte 
d'Auxerre,  Thibaut  de  Chantemerle,  Oudard  de  Renty  (p.  312). 

6.  «  Et  furent  les  bourgeois  de  Paris  vestus  de  vert  et  de  blanc,  et 
parmi  la  ville  de  Paris  ouït  grant   richesse  de   paremens  et  y  ouït 

joustes  à  Paris es  quelles le  dit  roy  de  Cyppre  jousta  »  (Chron. 

des  quatre  Valois.  Y>p-  148-9). 


—  189  — 

jusqu'au  11  juin',  quand  le  roi  envoya  sa  femme  à  Melun- 
sur-Seine^  et  partit  lui-même  vers  Rouen'.  Il  employa  ce 
temps  à  lui  demander  de  remplir  le  vœu  qu'avaient  fait  son 
père  et  son  grand-père;  il  ne  réussit  pas  à  le  rendre  favo- 
rable à  ses  projets.  Dans  sa  lettre  de  condoléance,  Urbain  V 
avait  déploré  la  mort  du  chef  de  la  croisade  au  moment 
môme  où  elle  devait  partir,  sans  solliciter  le  nouveau  roi  de 
remplir  le  rôle  de  son  père*.  Il  ne  se  faisait  pas  d'illusion  sur 
les  sentiments  de  Charles  V  envers  cette  expédition  :  très 
pieux,  plus  pieux  que  son  prédécesseur  même,  le  roi  de 
France  n'était  pas  disposé  à  quitter  son  royaume,  que  mena- 
çaient la  guerre  civile  et  la  guerre  étrangère,  pour  aller 
chercher  de  lointaines  aventures.  Pour  lui,  la  croisade  n'était 
pas  une  question  de  vie  ou  de  mort  :  ce  qui  attirait  d'abord 
ses  regards  et  demandait  impérieusement  ses  efforts,  c'était 
l'état  déplorable  où  la  guerre  avait  mis  son  royaume. 
Il  donna  peut-être  de  l'argent  au  roi  de  Chypre'  et,  tout  en 
se  déclarant  le  partisan  le  plus  sincère  de  son  expédition,  lui 
conseilla  de  s'adresser  à  cet  empereur  d'Allemagne  qu'on 
disait  si  riche  et  qui  était  si  puissant  ^ 

Pierre  P''  partit  de  Paris  dix-sept  jours  après  le  cou- 
ronnement\  Il  ne  parait  pas  avoir  vu  de  nouveau  le  pape  ^ 

1.  Cont.  Chron.  G.  de  Nangiaco,  II,  p.  348. 

2.  Chronique  des  Pays-Bas,  etc.,  /.  c. 

3.  Chronique  des  quatre  Valois,  p.  149. 

4.  «  Oquantusinoeror(31iristiani  exercitus,  ad  recuperationera  terrae 

sanctae  profecturi  de  proximo,  teiientisse  ducis amisisse  ducatiim  », 

Hinaldi,  XXVI,  p.  101.  Le  17  juillet  de  la  même  année,  le  pape  lui 
accorda  un  subside  (aliquod  compelens  siibsidium  lirilum  et  honestum 
de  bonis  ecclcsiasticis),  à  condition  de  renoncer  au  subside  imposé 
pour  la  croisade  (dunimodo  a  soluiione  décime  ver  nos  duduin  in  ipso 
regno  imposile  in  subsidiiim  pnssagii  gênerai is  et  ab  omni  alio  novo 

suhsidio obstineatur.  Prou,  o.  c,  app.  n°  x.xxvi,  pp.   115-G).  Une 

dime  })onr  deux  ans  lui  fut  accordée  en  1367  (20  oct.),  un  autre  subside 
le  21  juillet  1309  (Prou,  app.  n"  lxxv,  pp.  154-5;  ibid.,  lxxxv,  pp. 
164-5)  sans  mention  du  i)assage. 

5.  Caroldo,  f"  197  v";  Bosio,  II,  p.  66. 

6.  C'est  pendant  ce  dernier  séjour  de  Pierre  V'  en  France,  que  le 
roi  donna  80  francs  d'or  «  aux  menestrelz  du  roy  de  Chypre  ».  Bibl. 
nat.,  Chartes  royales,  t.  VIll,  n°  542,  ap.  Delisle,  Mandemens.  n"211  a, 
p.  96  («  \'ers  1364  ou  1365  »). 

7.  Machaut,  /.  c,  p.  26. 

8.  Ainsi  que  le  croit  Bosio,  II,  66.  Il  aurait  demandé  la  permission 
du  pape  qui  lui  donna  un  cardinal  pour  l'accompagner.  11  serait  parti 
pour  Mantoue  où  se  trouvait  alors  (1364)  l'empereur  qui  venait  de 
délivrer  la  ville  des  mains  de  Bernabô!  (ibid.). 


—  190  — 

qui  ne  mentionne  pas  dans  sa  correspondance  une  seconde 
visite.  Il  se  dirigea  vers  Cologne',  d'après  Machaut,  dont  le 
récit  est  très  détaillé  et  très  exact.  C'est  probablement  à 
cette  époque  qu'il  alla  visiter  en  chemin  le  comte  de  Flandre 
et  les  ducs  de  Brabant  et  de  Juliers.  Il  fut  reçu  avec  de 
grands  honneurs  par  Louis  de  Maie,  à  Bruges  «  et  fîst  tant 
que  li  dis  rois  se  contenta  grandement  de  lui  et  des  barons  et 
des  chevaliers  de  sa  terre  ».  Il  rencontra  dans  cette  ville,  où 
il  se  trouvait  vers  la  fin  du  mois  de  juillet,  le  roi  de  Dane- 
mark, qui  revenait  d'Avignon'.  Il  fut  tout  aussi  brillamment 
honoré  à  Bruxelles  et  à  Juliers  ;  le  roi  avait  pu  connaître  à 
Reims,  pendant  les  fêtes  du  couronnement  de  Charles  V,  le 
duc  Wenceslas,  fils  du  chevaleresque  roi  de  Bohême.  Ce 
prince  et  sa  femme  «  le  reçurent  grandement  et  iiement  en 
la  bonne  ville^deBrouxellesen  disners,  en  soupers,  enjoustes, 
en  reviaus  et  en  esbatemens,  car  bien  faire  le  savoient,  et  11 
donnèrent  au  département  grans  dons  etbiaus  jeuiaus  »'. 

Selon  Machaut,  il  traversa  l'Allemagne  parla  Franconie  et 
la  Thuringe.  Il  passa  par  Esslingen  et  arriva  à  Erfurt,  où  il 
exposa  ses  projets  aux  bourgeois,  chevaliers  et  écuyers,  leur 
annonçant  ce  qu'il  venait  de  faire  pour  la  croisade  pendant 
«  bien  ii  y  vers  et  un  esté  ».  Beaucoup  prirent  la  croix  dans 
cette  ville^  et  les  contrées  environnantes.  Il  était  en  Misnie 
ce  même  mois,  pour  demander  le  secours  du  margrave.  C'était 
alors  Frédéric  le  Fort,  fils  de  Frédéric  le  Sérieux,  qui  gou- 


1.  Machaut,  p.  27  :  «  au  chemin  de  Coulongne.  »  Il  y  serait  resté  deux 
mois,  «  en  besongnant  de  jour  en  jour  ».  Machaut,  si  bien  renseigné 
sur  les  autres  points,  ne  connaît  pas  cependant  le  voyage  du  roi  en 
Flandre,  Brabant  et  Juliers. 

2.  P'roissart,  VI,  pp.  85-6,  279.  Cf  pp.  163-4  du  présent  ouvrage.  Il  croit 
que  ce  voyage  fut  postérieur  à  la  visite  de  Pierre  I*''"  en  Allemagne.  La 
date  qu'il'donne  (p.  279)  pour  son  séjour  à  Bruges  est  impossible  cepen- 
dant si  on  reporte  ces  événements  en  1363.  «  Che  fu  environ  le  Made- 
lainne  l'an  mil  trois  cens  soissante  trois  »  (22  juillet).  Le  roi  de  Chypre 
était  à  Paris  vers  la  fin  du  mois  de  juillet  ou  le  commencement  du  mois 
suivant  (Froissart,  ibid.,  p.  xliii,  note  4).  On  pourrait  objecter  que 
Pierre  l"'  aurait  pu  visiter  la  Flandre  et  le  Brabant  en  revenant  d'Alle- 
magne, même  en  1364,  mais  on  connaît  son  itinéraire  par  Machaut  qui 
le  fait  revenir  à  Venise  par  la  Carinthie  et  la  Lombardie.  D'autre  part, 
l'époque'à  laquelle  il  arriva  dans  cette  ville,  d'après  des  sources  d'archi- 
ves (v.  plus  loin),  rend  impossible  Ihypothèse  d'un  retour  par  la  France. 

3.  P'roissart,  p.  85. 

4.  Machaut,  pp.  27-9. 


—  191  — 

vernait  le  pays  en  son  nom  et  comme  tuteur  de  ses  jeunes 
frères,  Balthasar  et  Guillaume  '.  Les  chroniques  contempo- 
raines le  représentent  comme  «  un  prince  de  taille  haute 
et  élégante,  de  beau  visage,  avec  des  cheveux  blonds  et  frisés 
et  des  yeux  clairs,  d'un  caractère  très  doux  »  ^  Fils  d'un 
ancien  compétiteur  à  l'empire,  il  s'était  attiré  bientôt  les 
sympathies  de  Charles  IV,  qui  lui  permit  d'acquérir,  par 
voie  de  mariage  et  d'achat,  des  possessions  en  Franconie  et 
dans  la  Haute-Lusace.  Le  mariage  de  son  frère  Guillaume  avec 
la  nièce  de  l'empereur  avait  resserré  encore  les  liens  qui 
l'unissaient  à  la  famille  de  Luxembourg.  Le  traité  que  venait^ 
cependant  de  conclure  Charles  IV  avec  la  maison  de  Wit- 
telsbach  avait  changé  quelque  peu  ses  bonnes  relations  avec 
Frédéric,  qui  dut  restituer  à  la  Bohême  la  Lusace,  en  rece- 
vant son  argent*. 

Le  margrave  reçut  très  bien  son  illustre  hôte  et  lui  fit  des 
présents.  Quant  à  sa  participation  à  la  croisade,  il  voulait 
connaître  d'abord  les  intentions  de  l'empereur.  «  Ce  qu'il 
fera,  je  feray  »,  déclara-t-iP. 

Pierre  I"  alla  trouver  le  duc  de  Saxe 

«  Qui  à  Lubecque  tient  et  marche  ». 

C'était  un  grand  ami  de  l'empereur,  Rodolphe  II,  qui  avait 
pris  part  à  la  bataille  de  Crécy  ^  Il  commença  par  sourire  en 
entendant  les  demandes  du  roi,  et  lui  donna  les  mêmes  con- 
seils que  son  voisin.  Les  fêtes  qu'il  ordonna  à  cette  occasion 
durèrent  huit  jours  ;  des  joyaux  d'or  et  d'argent  furent  pré- 


1.  Wcnck  (Cari),  Die  Wettiner  ïm  XIV  Jahrhunderl,  insbesondere 
Markgraf  Wil/ielm  itiid  Kônig  Wcnzel.  I.eipzig,  1876. 

2.  joh.  Tylich,  ap.  Mencke,  Srriptores,  II,  2180.  Une  récente  thèse 
de  Berlin  (G.  J.  Capitanovici,  Die  Eruberung  von  Alcxandria,  Berlin, 
189'i)  combat,  sans  que  les  arguments  soient  développés,  l'opinion 
d'Ermisch;  l'ierre  aurait  visité  le  marquis  Guillaume  (p.  20  et  52). 

3.  Le  12  avril  1364. 

4.  V.  l'ouvrage  cité  de  M.  Wenck.  Cf.  Bbttiger,  Gcschichle  des 
Kurataales  und  Kiinigrcichcs  Sachsen,  coll.  Ileeren  et  Ukert,  I,  pp.  250 
et  suiv.  V.  sur  le  séjour  de  Pierre  1""  en  Misnie,  Ermisch,  dans  le 
Nettes  Archiv  filr  Siichsisc/ie  Geschichle,  p.  185. 

5.  Machaut,  p.  29. 

6.  Botiigor,  l.  ('..  I,  pp.  306-7.  C'est  le  duc  de  Saxe-Wittenberg,  qui 
jouissait  de  la  dignité  électorale. 


—  192  — 

sentes  au  roi  de  Chypre,    qui  prit  une  part  active  aux  bril- 
lants tournois  donnés  en  son  honneur  : 

Car  li  roys  joustoit  volentiers 
Et  li  plaisoit  moult  li  mestiers, 
Et  par  tout  si  bien  le  faisoit 
Qu'a  tous  et  a  toutes  plaisoit  '. 

Le  roi  ne  se  dirigea  vers  Prague  que  le  neuvième  jour,  pour 
y  trouver  enfin  l'empereur 

Li  secons  Salemons  : 
11  aime  Dieu  et  sainte  église 
Honneure,  croit  et  sert  et  prise, 
Justice  en  la  balance  poise^ 

Il  est  très  pieux,  ajoute-t-il.;  il  fonda  plusieurs  églises  pen- 
dant son  règne  : 

Ja  n'est  félons  ne  despiteus, 
Einsois  est  humble  et  piteus, 
Plus  que  turtre  ne  colombele  •'. 

Le  jugement  de  Mézières  est  quelque  peu  différent  de  celui 
que  porte  Machaut,  bien  qu'il  dût  avoir  des  sympathies  pour 
cet  empereur  lettré  et  protecteur  des  savants*.  Il  lui  reproche 
son  avarice  et  s'indigne  de  ce  qu'il  ne  contribua  pas  au  suc- 
cès de  la  croisade  \  Il  n'y  a  qu'un  point  sur  lequel  ils  sont 
d'accord  :  les  grandes  richesses  de  ^empereur^  Quant  à  sa 
libéralité,  Machaut,  qui  fut  le  serviteur  de  son  père,  avoue 
qu'elle  n'était  pas  grande. 


1.  Machaut,  pp.  29-30. 

2.  Ibid.,  p.  30. 

3.  Machaut,  pp.  30-1. 

4.  On  connaît  ses  oeuvres  historiques,  ses  relations  avec  les  juristes 
et  les  chroniqueurs  italiens,  pendant  son  voyage  de  1354-5,  sa  corres- 
pondance avec  Pétrarque  et  Cola  di  Kienzo.  11  rapporta  de  France, 
en  1377,  un  manuscrit  de  la  traduction  de  Tite-Live  par  Bersuire. 
(Sur  ce  traducteur,  voir  Bibl.  Éc.  des  Chartes,  XXXIII,  1872,  p.  325). 
Cf.  tout  le  chapitre  intitulé  Karl  IV  als  Fôrderer  der  Kunst,  dans 
l'ouvrage  de  M.  Friedjung  {Kaiser  Karl  IV  und  sein  Antheil  am  geis- 
tigen  Leben  seiner  Zeit,  Vienne,  1876).  11  fonda  la  fête  de  la  lance 
qui  blessa  et  des  clous  qui  servirent  à  attacher  le  Christ  sur  la  croix 
(Chr.  (juornmdam  regum,  f"*  115  v  6). 

5.  Songe  du  vieil  pèlerin,  I,  f"  62  v";  II,  f"  106  v"  :  «  si  echars  et  si 
avaricieux  ».  Cf.  chr.  q.  reg.,  f»  116  v°:  «  erarii  congestor  avidissimns  ». 

6.  Machaut,  p.  33. 


—  193  — 
Il  ne  porte  pas  d'habits  pompeux  et 

...ne  vuet  pas  foie  largese, 
Ne  escharseté  qui  trop  blesse 
L'onneur  de  tout  prince  terrien  ^ 

Charles  IV  alla  lui-même  au  devant  de  son  h(3te,  avec  ses 
barons  et  ses  prélats,  à  une  demi-journée  de  Prague.  Une 
foule  nombreuse  suivait,  curieuse  de  voir  ce  grand  roi  oriental 
sur  lequel  on  racontait  tant  de  choses  invraisemblables. 

..Ils  furent  plus  de  xx  mille 
Qui  tuit  issirent  de  la  ville  2, 

d'après  le  chroniqueur,  que  les  grands  chiffres  ne  paraissent 
pas  effrayer.  Au  retour,  l'empereur  et  son  hôte  furent  reçus 
aux  portes  de  la  ville  par  les  chanoines  en  capuces  de  soie, 
et  de  longues 

...  processions  qui  venoient 
Et  hympnes  et  respons  chantoient. 

C'était  la  plus  brillante  fête,  ditMachaut,  qui  eût  été  célébrée 
dans  la  chrétienté  entière,  depuis  le  retour  de  saint  Louis'. 
L'empereur  mena  le  prince  au  château  du  Hradschin,  situé 
sur  une  «  roche  taillié  à  fissel  »,  où  il  le  présentai  sa  femme 
Elisabeth,  qu'il  avait  épousée  l'année  précédente,  et  à  ses 
dames,  «  que  toutes  serabloient  déesses  »*.  La  réception  fut 
merveilleuse,  au  son  des  cloches  de  toute  la  ville  et  d'innom- 
brables instruments.  Le  roi  Pierre  en  fut  étonné  et  déclara 
«  qu'onques  en  sa  vie 

Ne  vit  si  très  grant  mélodie  »  ■^. 

Suivit  un  grand  repas  dans  la  salle  principale  du  palais, 
ornée  de 


1.  Ibid.,  pp.  31-3. 

2.  Ihi'/..  pp.  3;j-4. 

3.  Quand  il  «  revint  de  Tunes  »  (ibid.,  p.  35). 

4.  Jhid..  p.  35. 

5.  Ibid^,  p.  36. 

N.  JoRGA.  Pfiilippe  de  Mézièren.  13 


—  t94  — 

...  (Iras  de  soie 
Et  de  fin  or  qui  reflamboie  '. 

Le  roi  de  Chypre  fut  placé  par  son  hôte  à  la  place  d'hon- 
neur. Des  joutes,  où  Pierre  se  distingua  comme  toujours  par 
son  adresse,  terminèrent  les  réjouissances.  On  lui  décerna 
le  priK  du  tournoi,  où  il  avait  été  complètement  vainqueur 
«  par  sa  lance  et  son  escu  ».  Les  fêtes  durèrent  encore  trois 
semaines,  d'après  Froissart". 

Quant  au  secours  demandé  par  le  roi  de  Chypre,  l'empereur 
l'aurait  loué  sur  ses  nobles  intentions,  tout  en  lui  déclarant 
que  cette  guerre  lui  paraissait  trop  difficile  pour  que  ses  forces 
seules  fussent  suffisantes.  Il  décida  donc  de  convoquer  dans 
ce  but  une  grande  assemblée  à  Cracovie,  où  devaient  se 
rendre  aussi  les  rois  de  Pologne  et  de  Hongrie,  Casimir  et 
Louis  \ 

Le  roi  quitta  Prague  avec  l'empereur,  au  commencement 
de  septembre,  pour  se  diriger  vers  Cracovie.  Ils  traversèrent 
la  Bohême  '"  et  la  Silésie  et  arrivèrent  dans  cette  ville  par 
Schweidnitz,  Liegnitz,  Glogau\  Kosten,  Posen^  Neustadt  Ka- 


1.  Ibid.  Cf.  Herquet,  Cyprische  Kônigsgestalten,  p.  13. 

2.  Froissart,  p.  85.  «  Si  fu  li  rois  de  Cipre  à  Praghe  et  là  environ 
bien  trois  sepmainnes.  » 

3.  Baluze  place  ce  voyage  après  celui  que  fit  Charles  IV  à  Avignon 
(1365)  {Vit.pap.  Aven.,  I,  989).  D'après  Bosio  (II.  66),  Charles  aurait 
objecté  les  difficultés  insurmontables  de  l'entreprise.  Même  si  l'on  par- 
venait à  faire  des  conquêtes,  elles  ne  pourraient  pas  être  conservées 
«  e  che  il  non  hauere  consideratione  a  questo,  gli  pareua  piu  tosto  cosa 
da  carnéfice,  che  da  pio  e  da  deuoto  principe  christiano  ».  Il  serait 
disposé,  du  re.ste,  pour  montrer  qu'il  n'était  pas  retenu  par  des  con- 
sidérations pécuniaires,  à  payer  les  sommes  que  lui  imposerait  le  pape. 
Il  le  congédia  enfin,  en  lui  donnant  «  una  buuna  somma  di  danari  ». 
On  peut  admirer  l'imagination  de  l'historien  qui  se  garde  bien  d'in- 
diquer la  source.  Bzowski  (Annales  ecclesiastici,  II,  pp.  1297-8)  donne 
un  récit  encore  plus  fantastique  emprunté  au  livre  22  de  l'histoire  de 
Bohême  par  Dubravius.  Charles  IV  aurait  parlé  de  l'insuccès  des  ex- 
péditions antérieures  et  de  ses  causes.  11  aurait  mentionné  l'exemple 
de  Frédéric  l*"""  et  aurait  déclaré  que  la  prise  même  de  Jérusalem  ne 
changerait  rien  à  l'affaire.  Ces  belles  choses  furent  débitées  «  in  con- 
sessu  principum  »  (ibid.). 

4.  Pendant  trois  jours,  Machaut,  p.  39. 

5.  «  Glagouve  »  ihid. 

6.  «  Pa>serent  »  (ibid.).  Cf.  sur  la  possibilité  d'un  passage  à  Posen 
Iluber,  Ersles  Ergcinzungsheft  aux  Hegesla  de  Bôhmer  (Innsbruck, 
pp.  742-3).  L'empereur  était  le  17  à  Oppeln  (Bôhmer,  ibid.,  p.  332, 
V.  n°  4082). 


—  l'jr.  - 

lisch,  Baranow*,  Oppeln  et  Beuthcn^  Ils  s'étaient  arrêtés 
même  pendant  trois  jours  au  moins  (11-14  septembre),  à 
Breslau.  Les  chroniques  polonaises  le  font  assister  aux  grandes 
réjouissances  qui  accompagnèrent  le  mariage  de  Charles  IV 
avec  Elisabeth,  nièce  du  roi  Casimir.  Il  serait  venu  par  mer, 
en  traversant  ensuite  la  Valachie  et  la  Russie'*  et  aurait  pris 
part  aux  fêtes  avec  le  roi  de  Danemark*,  de  Hongrie  et  de 
Pologne.  Il  aurait  été  ensuite  parmi  les  hôtes  du  célèbre 
repas  que  donna  le  consul  de  Cracovie,  Vicrzinek^  noble 
allemand,  originaire  des  pays  du  Rhin  et  intendant  du  roi 
Casimir,  à  l'occasion  du  mariage.  Il  prit  place  après  le  roi 
de  Hongrie  et  avant  Waldemar  IV*.  Ces  récits  sont  d'une 
inexactitude  remarquable  :  même  en  admettant  la  présence 
impossible  du  roi  Pierre,  pendant  les  noces  de  l'empereur 
(mai  1363  ?)\  il  ne  pouvait  pas  venir  des  pays  d'outremer.  Les 
chroniques  qui  donnent  cette  version  sont,  du  reste,  assez  pos- 
térieures aux  événements,  pour  la  plupart,  et  le  roi  de  Chypre 
n'est  pas  mentionné  parmi  les  hôtes  du  roi  Casimir  par  les 
Annales  S.  Crucis  Polonicœ,  dont  le  récit  paraît  assez  bien 
fondé  ^  En  1363,  Pierre  P""  était  encore  en  Occident. 

1.  «  Bassenouve  »  (ibid.).  Cf.  sur  cet  itinéraire  Herquet,  dans  la  Zeit- 
schrift  des  Vereins  fur  Gesch.  und  Allerthum  Schlesiens,  XII,  521  et 
suiv.  et  Huber,  /.  c. 

2.  «  Buton  »  Machaut,  /.  c. 

3.  Cromer,  pp.  214-5.  «  Ponto  et  adversolstro  in  Valachiam,  et  inde 
terre.stri  itinere  per  Russiam  Cracouiain  aduectus  »,  cf.  Stanislas  Sar- 
nicius,  lib.  YII  (année  136»).  C'est  l'itinéraire  que  suivirent  («  atque 
inde  (la  Mer  .Noire)  porro  terrestri  itinere  non  sine  mapna  diflicultate 
in  Russiam  et  Poloniam  »),  en  l'i32.  le.s  ambassadeurs  du  roi  Janus,  qui 
venaient  demaiider  au  roi  de  Pologne  la  main  de  sa  fille,  Hedwige, 
pour  le  tils  du  roi  de  Chypre,  ainsi  qu'une  assez  forte  somme,  comme 
emprunt  (Cromer,  p.  302  a). 

4.  Le  roi  Waldemar  n'assista  pas  probablement  aux  fêtes  du  mariage, 
étant  encore  en  Danemark  à  cette  époque  (Dahlmann,  Gcschichte  von 
Danemark,  t.  Il,  Hambourg,  1843,  pp.  16-17,  cf.  Chruniken  der  deitt- 
schen  Stddle,  1.  c,  p.  8Î.8,  note). 

5.  Micboviiis,  L  II,  ch.  xx,  cf.  Jean  de  Czarnkow,  ap.  Bielowski, 
Monumenta  Poloniae  (Lemberg,  1972),  II,  630.  «  Verinciis.  consul 
Cracouensis  »,  ap.  Cromer.  Des  présents  en  argent  auraient  été  faits 
aux  hôtes,  d'après  ce  dernier:  le  roi  Casimir  reçut  lui-même  de  la 
part  de  son  oiïicier  la  somme  de  100,000  florins. 

6.  Michovius,  /.  c.  Casimir  occupait  la  place  d'honneur;  venaient 
ensuite  l'empereur  d'.\llemagne  et  les  autres  princes. 

7.  fiegesta,  l.  c.  Cf.  Cromer,  p.  214.  «  Nuptiis  dictas  locusCracouiae 
ad  Liberalia,  quod  Carnis  priuiuin  uulgo  vocant  »  (p.  214). 

8.  Annales  Sanclae  Crucis  Polonicae,  ap.  Pertz,  Mon.  Germ.  Iltst., 
XIX,  684  «  anno  domini  1363  ».  Files  citent  parmi  les  assistants  les 


—  190  — 

Machaut  raconte  les  choses  d'une  manière  différente  et  la 
grande  exactitude  avec  laquelle  il  décrit  l'itinéraire  minu- 
tieux du  prince,  prouve  la  véracité  des  récits  qu'on  lui  avait 
faits  sur  ces  voyages.  En  arrivant  à  Cracovie  (vers  le  22  sep- 
tembre), le  roi  et  l'empereur  y  trouvèrent  Louis  et  Casimir' 
qui  s'empressèrent  d'aller  à  leur  rencontre.  On  leur  offrit 
encore  des  fêtes  et  des  repas  comme  partout  ailleurs.  Dans 
le  parlement  qui  suivit  enfin,  l'empereur  se  déclara  pour  la 
croisade  ;  il  convoquera  les  électeurs,  demandera  leur  con- 
tingent aux  princes  et  aux  communes  et  écrira  au  pape  ;  il 
fournira  de  plus  les  dépenses  de  l'expédition  '\  Des  lettres 
furent  envoyées  aussitôt  par  des  courriers  ^ 


rois  de  Hongrie,  de  Danemark  et  de  Pologne,  l'empereur,  Wenceslas 
de  Bohême,  Otto  de  Bavière,  Boleslas  de  Schweidnitz,  etc.  Cf.  au  con- 
traire Bielowski.  l.  c:  «  cui  quidem  convivio  Karolus...  cum  suis  prin- 
cipibus,  rex  Ungarise...,  rex  Ci/pricnsis,  rex  Daciae,  omnes  principes 
Polonie  diversarumque  terrarum  milites  interfuerunt  ». 

1.  Machaut,  p.  39.  V.  sur  lejourde  l'arrivée  des  princes  à  Cracovie, 
Hiiber,  l.  c. 

2.  Ibid.,  p.  40. 

3.  Pp.  40-1.  N'étaient-ce  pas  ces  courriers  que  les  «  deux  cheva- 
liers qui  sont  venuz  par  devers  nous,  l'un  d'Alemaigne  et  l'autre  de 
Chippre  n  et  auxquels  le  roi  fit  délivrer  la  somme  de  300  francs  d'or, 
le  25  octobre  1364?  (^Chartes  royales,  t.  VJ,  n"  31,  ap.  Delisle,  Mande- 
menls,  n°  158,  p.  55).  M.  Alfred  Leroux  (Recherches  critiques  sur  les 
relations  politiques  de  In  France  avec  i Allemagne  (1292-1378).  Paris, 
1882,  Bibl.  des  Haules  Études,  pp.  27'i-4)  a  voulu  voir  dans  l'arrivée  de 
ces  deux  chevaliers  à  Paris  une  quantité  de  choses  assez  ingénieuses, 
mais  qui  ne  s'accordent  pas  malheureusement  avec  ce  qu'on  peut 
connaître  sur  l'état  des  négociations  pour  la  croisade,  à  cette  époque. 
D'après  M.  Leroux,  Pierre  I'^'',  après  avoir  visité  le  roi  de  France,  serait 
parti  pour  l'Allemagne  dans  le  but  d'y  apprendre  les  dispositions  de 
l'empereur  et  se  décider  ensuite  sur  le  choix  d'un  nouveau  capitaine 
général  de  la  croisade.  Il  aurait  préféré  à  Charles  V  l'empereur  d'Alle- 
magne, qui  lui  paraissait  plus  digne  de  cette  mission  :  ces  deux  che- 
valiers étaient  parmi  les  négociateurs  de  cette  affaire  si  embrouillée. 
Nous  ferons  observer  d'abord  que  le  roi  de  Chypre  n'avait  pas  le 
moindre  pouvoir  de  nommer  celui  qui  devait  diriger  le  passage  général, 
dont  il  n'était  lui-même  que  le  très  humble  promoteur  :  c'était  évi- 
demment le  pape  qui  devait  choisir  et  nous  savons  quTrbain  V  ne 
jugeait  pas  Pierre  1-'''  digne  de  cette  mission.  Il  n'y  eut  pas  de  capitaine 
général  après  la  mort  du  roi  Jean  (Pierre  l^"-  ne  fut  pas  nommé  à  sa 
place,  ainsi  que  l'affirme  M.  Prou,  ouvr.  cité,  p.  37):  le  pape  lui-même 
parle  de  cette  nomination  comme  a.ssez  éloignée,  dans  une  lettre 
adressée  à  rem))ereur  de  Constantinople.  Enfin,  si  les  dispositions  de 
Charles  V  n'étaient  pas  favorables  à  la  croisade,  qu"il  n'aida  jamais  ni 
en  aucune  manière,  son  voisin  d'Allemagne  parait  avoir  cherché  dans 
de  pareilles  expéditions  un  moyen  de  .se  débarrasser  des  grandes  com- 
pagnies qu'il  voulut  envoyer  en  Orient,  en  1365.  Son  rôle  à  cette 
époque  s'explique,  du  reste,  assez  bien  sans  qu'on  ait  besoin  d'invoquer 


—   !97  — 

Le  roi  de  Hongrie,  défenseur  ardent  de  la  foi,  qui  si^ala 
son  règne  par  d'incessantes  expéditions  contre  les  païens  de 
Lithuanie  d'abord,  puis  contre  les  schisraatiques  de  Serbie, 
et  qui  demanda  même  le  titre  de  capitaine  général  de  l'Eglise, 
se  déclara  prêt  à  fournir  sa  part  pour  la  croisade,  Casimir, 
roi  de  Pologne,  était  dans  les  mêmes  sentiments  :  prince 
assez  faible  et  malheureux  ',  il  était  très  dévoué  au  pape, 
malgré  ses  querelles  avec  l'évêque  de  Cracovie  ^.  Pierre  P'' 
devait  visiter  lui-même  les  princes  de  l'Empire  pour  obtenir 
leur  consentement.  Des  joutes  où  le  roi  «  estrange  »  rem- 
porta la  victoire  comme  toujours,  terminèrent  l'entrevue. 
Charles  IV  lui-même  j  prit  une  part  active,  d'après  une  chro- 
nique presque  contemporaine  et  assez  bien  informée  sur  les 
affaires  de  la  croisade  et,  comme  on  manifestait  quelque  sur- 
prise en  voyant  un  empereur  jouter,  il  répondit,  dit-on,  que 
jamais  roi  de  Chypre  n'avait  été  vu  non  plus  dans  ces  régions  ^ 
Bientôt  après*,  Pierre  P'  partit  de  la  ville,  reconduit  «  longue- 
ment »  par  les  autres  princes  qui  lui  firent  de  riches  présents. 

l'hypothèse  qui  en  ferait  le  chef  de  la  croisade  :  en  1365  encore,  après 
son  voyage  à  Avignon,  le  passage  général  était  considéré  comme  im- 
possible et  on  pensait  seulement  à  la  conclusion  d'une  ligue,  comme 
celles  qui  furent  formées,  sous  l'influence  des  papes,  au  commence- 
ment du  siècle.  Voir  aussi  la  Vita  Urh.  V,  ap.  Baluze,  I,  374,  où  il  est 
dit  expressément  que  l'expédition  de  Pierre  I"''  remplaça  le  passage, 
dont  on  venait  de  constater  l'irrémédiable  impossibilité. 

1.  Il  aurait  été  battu  par  le  prince  de  Moldavie  à  «  Ploniani  » 
(Cromer,  p.  213,  cf.  A.  D.  Xenopol,  Isloria  Rominilor,  II,  lassy.  1889, 
146).  La  peste  emporta  sous  son  règne  vingt  mille  hommes  à  Cracovie 
seulement.  11  vit  la  famine  dévaster  son  pays  en  1362  (Cromer,  /.  c). 
L'auteur  anonyme  et  presque  contemporain  de  la  Chronica  pn'ncipum 
Poloniae,  mentionne  un  entretien  de  Pierre  et  Charles  à  Bresiau  sur 
un  sacrilège  qui  amena  l'incendie  de  la  ville  eu  1341  (^Scriptores  rerum 
Silesiacnrum,  hergg.  von  G.  A.  Stenzel,  I  (1845)  ad  ann.;  Sommers- 
berg,  Scr.  Ber.  SU.,  I,  Leipzig.  1729,  p.  541.  Le  passage  a  été  signalé 
pour  la  première  fois  par  M.  Herquet  dans  l'article  que  nous  venons  de 
citer  (p.  526).  V.  sur  sa  participation  à  la  croisade,  Machaut.  p.  41-2. 
En  1364,  les  Tatars  venaient  à  peine  de  quitter  son  royaume  (Chron. 
nioguntinum,  dans  Chron.  der deulschen  Stàdle ,  Mainz,  II,  p.  167, 1.31-2.) 

2.  Querelles  qui  furent  apaisées  par  l'évêque  de  Gnesen,  Jaroslaw 
(Cromer,  l.  c). 

3.  L'empereur  était  à  Kôniggrâtz  le  18  oct.,  le  21  à  Karlstein  (Huber, 
0.  c,  ad  dat.). 

4.  Chronogrnphia  regum  Francorum,  f°  365  :  «  Cumque  hastiludiasset 
imperator,  dictum  est  ei  quod  nunquam  visum  fucrat  quod  imperator 
liastiludiaret.  Tune  imperator  respondit  quod  et  nunquam  aliquis  rex 
('ipri  visas  fuerat  in  illis  partibus.  lit  recedens  inde  rex  Cipri  abiil 

Venelias  ».  Comme  on  le  voit,  la  chronique  citée  place  ce  voyage  en 

Allemagne  on  1364,  la  vraie  date. 


—  198  — 
Dans  ses  nouveaux  voyages,  dit  Machaut,  l'infatigable  roi 

...  a  tant  serchié  et  tant  quis 
Que  les  signeurs  a  tous  requis, 
Car  il  n'i  a  ne  duc,  ne  conte. 
Ne  noble,  dont  on  face  conte, 
Qu'il  ne  priast  et  requist  '. 

Il  alla  d'abord,  «  par  froit,  par  chaut  et  par  jalées  »,  à 
Vienne  pour  y  voir  le  duc  Rodolphe  d'Autriche  :  il  y  arriva 
après  dix  jours  de  voyage  et  trouva  le  prince  % 

Un  noble  duc,  puissant  et  riche, 

qui  le  reçut  avec  de  grandes  démonstrations  de  joie.  Sollicité 
par  le  roi  au  sujet  de  la  croisade,  il  promit  d'y  contribuer 
aussi,  si  le  roi  de  Hongrie  remplissait  ses  promesses,  car  il 
était  disposé  à  faire  le  pèlerinage  de  Terre  Sainte.  Un  grand 
tournoi  fut  ordonné  ensuite  pour  faire  plaisir  à  cet  hôte  qui 
les  aimait  tant. 

Là  ot  une  feste  si  noble 

Que  de  Mes  en  Constentinoble 

N'ot  depuis  C  ans  la  pareille^. 

Inutile  de  dire  que  le  prix  fut  gagné,  cette  fois  encore, 
par  le  roi.  Les  présents  du  duc  et  de  sa  femme  furent  magni- 
fiques, et  le  prince,  qu'on  s'imagine  trop  souvent  comme  une 
espèce  de  mendiant  couronné*,  aurait  distribué  en  passant 


1.  Machaut,  p.  42, 

2.  Machaut,  p.  44.  Et li  rois  de  Chipre 

Qui  n'ert  pas  vestus  de  drap  d'Ipre, 
Mais  d'un  draz  d'or  fait  à  Damas. 

Cf.  pour  tout  le  voyage  en  Pologne  et  Hongrie,  Mézières,  dans  les 

Acta  Sanctorum,  II,  1008. 

3.  Machaut.  pp.  45-6. . 

4.  M.  Stubbs,  par  exemple,  dans  le  chapitre  (paru  séparément  aussi) 
sur  les  royaumes  chrétiens  de  l'Orient,  de  ses  Lectures  on  the  sludy 
of  médiéval  and  modem  Hislory,  Oxford,  1886.  L'ile  de  Chypre  avait 
cependant  une  grande  réputation  de  richesse  à  cette  époque  Cv.  Lu- 
dolphus  de  Sudheim,  ch.  xl  et  xi.ii.  éd.  Neumann,  pp.  32-3).  Les  rois 
menaient  une  vie  très  luxueuse,  comme  de  véritables  princes  orientaux  : 
Jacques  1'='',  frère  et  un  des  successeurs  de  Pierre,  étonna  le  bon  sire 
d'Anglure  par  ces  chapeaux  v  d'or,  de  pierres  et  de  perles  »  que  portait 
toute  sa  famille.  {Voyage  du  sire  d'Anglure,  éd.  de  la  Soc.  des  anc. 
textes,  p  86).  Le  «  drap  d'or  fait  à  Damas  »,  dont  parle  le  chroniqueur 


—  199  — 
dix  mille  francs  à  la  suite  du  duc.  Il  ne  garda  de  ses  cadeaux  qu' 

...  un  gerfaut  que  souvent  tint 
Seur  son  poing,  car  trop  bien  voloit  ; 
Pour  ce  donner  ne  le  voloit 
Et  s'avoit  la  plume  plus  blanche, 
Que  n'est  la  noix  dessus  la  branche: 
Pour  ce  l'ama  fort  et  prisa  K 

Ce  fut  la  dernière  fête  de  ce  premier  voyage  en  Europe. 
Pierre  se  dirigea,  après  son  départ  de  Vienne,  vers  la  Carin- 
thie  qui,  est  un  «  fort  pais  »,  en  passant  par  deux  défilés 

...longs  et  estrois. 
Grans  montaignes  a  tout  entour  ^. 

Il  traversa  ce  pays  que  Machaut  dit  plein  de  châteaux, 
passa  le  «  Tarn  »  (la  Drave  ?)  et  «  le  Joure  »  (la  Save  ?)  et  con- 
tinua son  chemin  vers  le  patriarcat  d'Aquilée  et  Venise,  sur 
les  bords  de  la  mer,  en  laissant  la  Lombardie  à  sa  droite  \ 
Des  ordres  furent  donnés  par  le  Conseil  pour  le  recevoir  dans 
cette  dernière  ville,  dès  le  26  octobre*  :  il  fit  son  entrée  le  11 
du  mois  suivant". 

Il  n'avait  retiré  de  ses  longs  voyages  qu'un  seul  profit,  des 
promesses,  «  des  grandes  paroles  sans  effet  »,  dit  Philippe  de 
Mézières  ^ 

Pierre  arriva  à  Venise  par  la  voie  de  Trévise.  Le  Conseil 
avait  décidé  que  trois  nobles  iraient  à  sa  rencontre  pour  lui 
présenter  du  bon  vin,  de  la  cire  et  des  confeciones  ' .   On  élut 


poète,  pouvait  être  tout  bonnement  du  «drap  d'or  deChipre  »,  célèbre 
au  xiv  siècle  {Mande)nen!i  de  Charles  V,  n"  827,  p.  423,  cf.  duc  d'.\u- 
lazXe,  Notes  el  documents  relatifs  à  Jean,  foi  de  France,  etc., ip.  158:  «vu 
quarreaux  d'or  de  Chippre  »).  La  vente  de  franchises  aux  périéques 
avait  produit  des  sommes  assez  considérables,  d'après  Mâcheras,  et  la 
reine  Eléonore  s'était  empressée  d'envoyer  à  son  mari,  en  France,  la 
somme  de  7000  florins,  somme  qui  était,  il  est  vrai,  détenue  fraudu- 
leusement par  les  héritiers  du  marchand  provençal  Sanalhem,  qui 
l'avait  apportée,  et  que  le  roi  n'avait  pas  encore  touchée  le  24  dé- 
cembre  1363  (Bibl.  nat.,  lat.  10002,  fo*  45-5  v"). 

1.  Machaut,  p.  46. 

2.  Ibid.,  p.  47. 

3.  Ibid. 

4.  Verci,  Sloria  délia  marca  trevisana,  XIV,  20  —  Sanudo,  Muratori, 
XXII,  col.  775. 

5.  Machaut.  /.  c. 

6.  «  Nisi  in  verbo  jactante  et  effectu  carente  »  (Mézières,  Vita  S. 
Pétri,  p.  1012). 

7.  «  Âliquos  caratellos  boni  vini  diversarum  manerierum,  et  ceraraet 


—  200  - 

pour  cet  office  Marin  Bono  \  Andréa  Paradiso  et  Benedetto 
Gauro^Dix  orateurs,  accompagnés  chacun  d'une  suite  de 
deux  hommes  ^  le  reçurent  à  Conegliano  et  le  conduisirent  à 
Venise  ^.  Des  ordres  furent  envoyés  aux  podestats  et  aux 
recteurs  de  la  première  ville,  de  Trévise  et  de  Mestre,  pour 
leur  recommander  de  faire  au  prince  ane  réception  honorable, 
en  dépensant  jusqu'à  300  livres  chacun  \  Douze  gentilhommes 
furent  choisis  pour  armer  les  barques  du  doge,  qui  devaient 
aller  à  sa  rencontre  jusqu'à  Malghera,  avec  deux  conseillers, 
un  chef  de  conseil  et  douze  nobles®.  Le  doge  lui-même  vint  au 
devant  de  son  hôte  sur  le  Bucentaure,  à  San-Secondo  et  le 
conduisit  à  son  hôtel,  près  du  canal  du  Rialto  \  la  maison 
qui  fut  plus  tard  la  Cà  Corner. 

La  réception  faite  au  roi  fut  très  chaleureuse,  dans  cette 
ville  «  où,  dit  son  biographe,  on  l'aimme  forment  et  prise*  ». 
Plus  de  deux  mille  habitants  accompagnaient  Laurent  Celsi. 
Le  pont  se  rompit  et  le  roi  lui-même  tomba  dans  l'eau. 
«  Je  suis  devenu  vénitien  »,  s'écria  t-il  en  riant,  quand  il 
toucha  de  nouveau  le  pont  '. 

«  Et  li  firent  feste  gringnour 
Qu'à  leur  droit  naturel  signour  »  '" 

confeciones  »  (Mas-Latrie,  Bibl.  de  l'éc.  des  chartes,  1873,  t.  XXXV, 
pp.  73-4.) 

1.  Buono,  ap.  Sanudo,  l.  c,  Dono  in  Bthl.  éc.  ch.,  l.  c. 

2.  «  Sir  Benedetto  Guoro  »,  ap.  Sanudo,  /.  c. 

3.  «  Famuli  »,  Bib.  éc.  ch.,  L  c. 

4.  Ce  furent  Marc  Morosini  «  quondam  Roberti  »,  Jean  de'  Priuli, 
Pierre  Mocenigo,  Paul  Loredan,  Pierre  Bragadin,  Marin  Contarini, 
Marc  Giustiniani  «  quondam  Pancratii  »,  Marc  Uomani,  Pierre  da  Mosto 
et  Barthélémy  Quirini  (Arch.  d'État,  à  Venise,  Notatorio  del  CoUegio, 
Reg.,  1292-1393,  ^  3  v",  ap.  Mas-Latrie,  l  c,  p.  74).  Cf.  Sanudo,  l.  c. 
et  Memorie  del  passaggio  di  Prencipi,  ms.  cité,  f»  6  v°. 

5.  «  Et  inde  infra  ».  Bib.  éc.  ch.,  l.  c. 

6.  «  Plati  domini  ducis,  cum  aliquibus  ganzarolis  (ganzaruoli)  et  pa- 
raschelmis  (palischerrai)  armatis  usque  Margariam  »  Ibid. 

7.  «  Et  vadant  cum  platis  (piatti)  duo  consiliarii,  unum  caput  et  usque 
XX.  nobiles  cum  eis  »  {ibid.).  V.  les  noms  de  ceux  qui  furent  préposés 
à  l'armement  des  barques,  ibid.,  p.  74. 

8.  Ibid. 

9.  Cron.  di  Donato  Contarini,  ms.  de  la  Bibl.  de  S.  Marc,  it.  VII,  64. 

10.  Machaut,  p.  47.  C'e.st  lui  qui  donne  la  date  de  l'arrivée  (ibid.). 
Caroldo  la  reporte  au  mois  de  septembre  («  nel  me.se  di  settembre  1364  », 
f"  204).  Pour  montrer  sa  reconnaissance,  le  roi  donna  aux  Vénitiens 
deux  maisons  à  Famagouste  et  à  Nicosie,  sans  doute  quand  il  fut 
revenu  en  Chypre  ;  les  Prégades  en  approuvèrent  la  donation,  d'après 
le  rapport  du  bailli,  le  1  septembre  1366  (Mas-Latrie,  Hist.  Chypre,  II, 
362). 


—  201   — 

On  lui  fit  de  très  beaux  présents  et,  quelques  jours  après, 
il  obtint  l'autorisation  de  compléter  l'armement  d'une  de  ses 
galères  ^  Un  repas  lui  fut  offert  enfin  par  le  doge,  le  6  décem- 
bre, jour  de  la  Saint-Nicolas \  Deux  années  de  déceptions 
étaient  passées  depuis  son  débarquement  à  Venise. 

Comme  la  première  fois,  le  marquis  d'Esté  fit  tout  son 
possible  pour  honorer  l'illustre  roi  oriental.  On  le  voit  s'in- 
téresser de  son  arrivée  dès  le  17  août*.  Il  ne  tarda  pas  à 
se  rendre  auprès  de  lui  et,  le  9  décembre,  un  recond  repas 
«  très  somptueux  et  excellent  »  fut  offert  au  roi  et  à  un  cer- 
tain nombre  de  seigneurs,  par  le  marquis '\ 

Les  réjouissances  continuèrent  probablement,  et  des  mois 
s'écoulèrent  encore  avant  que  le  roi  partît  pour  cet  Orient 
où  l'attendaient  encore  de  grandes  victoires  et  de  grands 
malheurs. 


1.  Machaut,  p.  48.  Cf.  les  termes  d'une  lettre  de  remerciement 
écrite  par  le  prince  en  1365,  peut-être  :«  exigentibus  illis  grandibus 
honoribus,  solennibus  jubilis  et  i'estivis  exultationibus,  nobis  in  ultimo 
nostro  adveiitu  per  commune  vestruia  impensis,  ut  crediinus,  corde 
puro  ac  si  faissemus  eorum  dominns  naluralis,  ingentibusque  sump- 
tibus  »,  etc.  (Mas-Latrie,  Hist.  Chi/p.,  II,  p.  286). 

2.  Le  14  novembre  136'i.  La  galère  devait  être  envoyée  pour  des 
affaires  (Mas-Latrie,  ibict.,  II,  248). 

3.  Sanudo,  Muratori,  X.KII,  col.  775  (6  di  novembre),  cf.  Bibl.  éc. 
ch.,  1.  c. 

4.  «  Quem  intellexerat  in  brevi  Venecias  accessurum  ».  On  prend  des 
mesures  pour  recevoir  le  marquis  {Sen.  Misli,  31,  f»  73)  (comm.  de 
M.  V.  Lazzarini). 

5.  «  Molto  eccclontc  e  sontuoso  »,  Polùtore,  Muratori,  XXIV,  col.  84.'j 
a;  Chrunicon  Estcnse,  ibid.,  XV,  col.  487,  b-c. 


CHAPITRE  VIII. 

EFFORTS    DU   PAPE   POUR   LA    CROISADE   (1363-4).    ACTIVITE   DU 
LÉGAT    ET    DE    PHILIPPE    DE    MÉZIÈRES. 

Pendant  que  le  roi  de  Chypre  traversait  l'Europe  entière, 
en  quête  d'adhérents  qui  ne  venaient  pas,  auprès  des  princes 
qui  avaient  d'autres  intérêts  et  de  plus  pressants  que  celui 
de  la  croisade,  joutant  et  négociant,  le  pape  continuait  ses 
efforts  pour  organiser  cette  ligue  générale  de  tous  les  princes 
chrétiens,  qui  devait  délivrer  les  Lieux-Saints. 

S'il  refusa  de  permettre  au  cardinal  légat  de  quitter  Avignon 
pour  se  rendre  à  une  invitation  du  roi  de  France  (mai  1363*), 
s'il  objecta  les  dangers  qui  menaçaient  la  ville  pour  empêcher 
le  départ  de  Jean  Fernandez  de  Hérédia,  que  le  roi  avait 
appelé  pour  se  consulter  avec  lui  sur  la  croisade  ^  ces  pré- 
cautions s'expliquent  assez  bien  par  ses  incertitudes  sur  les 
véritables  projets  du-roi  Jean.  Maître  Simon,  de  l'ordre  des 
Prêcheurs,  fut  envoyé  le  15  avril  comme  nonce  apostolique 
auprès  de  celui  qui  paraissait  plus  disposé  à  contribuer  à  la 
croisade,  Louis  de  Hongrie.  Il  devait  lui  parler  sur  l'état  de 
l'église  et  le  passage  d'outremer ^  Une  lettre  très  pressante 
lui  fut  adressée  le  5  décembre  de  la  même  année  :  on  lui  parle 
des  espérances  que  le  roi  de  Chypre  avait  formées  sur  son 


1.  2.5  mai  1363  (Prou,  l.  c,  p.  103).  Cette  mission  était-elle  relative 
à  la  croisade?  Cf.  «  missionem...  faciendam  ad  partes  de  quibus  nobis 
dixerat  tua  sublimitas  ».  Les  cardinaux  refusèrent  sa  demande  :  quant 
à  lui,  dit  le  pape,  il  essaiera  de  nouveau  (ibid.). 

2.  Bosio,  II,  p.  65.  Fausse  date  (1362).  Il  était  à  cette  époque  châ- 
telain d'Emposte. 

3.  Des  ambassadeurs  du  roi  se  trouvaient  à  la  curie  au  mois  de  juillet: 
Jean,évéque  deCsanad,auj.Temesvar,Jean  de  Bredensched,  docteur  es 
lois,  et  Conrad,  archidiacre  de  Nyitria.  Ils  allaient  partir  vers  cette 
époque  (le  10  juillet)  (Theiner,  iî/o»,. //Mn7.,  t.  II,  p.  57).  V.  sur  la  mission 
de  maître  Simon,  ibid.,  t.  H,  pp.  53-4  :  «  Quedam  ardua,  sacram  fidem, 
statum  sancte  Romane  ecclesie  et passagium  uUramarinum  tangencia  », 


—  203  - 

concours  '  et  du  succès  obtenu  par  Pierre  I"  dans  ses  voyages. 
Il  vient  d'annoncer  récemment  qu'un  grand  nombre  de  nobles 
et  d'autres  fidèles  s'étaient  réunis  à  son  expédition,  il  compte 
s'embarquer  à  Venise  pendant  l'été  de  l'année  prochaine.  Il 
aurait  l'intention  de  visiter  aussi  le  roi  de  Hongrie,  qui  est 
prié  de  l'aider  à  recueillir  les  subsides  accordés  dans  son 
royaume  au  précurseur  du  passage^.  Vers  la  même  époque 
des  lettres  furent  envoyées  au  roi  de  Chypre,  l'exhortant  à 
terminer  ses  voyages  et  à  revenir  dans  son  royaume  :  les 
Turcs  se  disposaient  à  attaquer  de  nouveau  la  ville  de  Sata- 
lie.  Antoine,  évêque  d'Amalti  et  confesseur  du  prince,  fut 
envoyé  vers  le  roi,  alors  à  Paris,  probablement  ^ 

En  1364,  la  révolte  de  la  Crète  et  la  querelle  qui  éclata 
entre  Gênes  et  le  prince  d'Antioche,  gouverneur  du  royaume 
de  Chypre,  rendirent  la  situation  de  la  croisade  encore  plus 
difficile.  Cependant  le  pape  ne  se  découragea  pas  :  il  continua 
à  exhorter  et  à  reprendre  les  princes  sur  leur  tiédeur  à  l'égard 
de  la  croisade.  Une  lettre  très  sévère  fut  adressée,  le  5  juin. 


1.  «  De  qua  idem  rex  plurimum  sperabat  et  sperat  ». 

2.  «  Prout,  nobis  notificare  curavit,  nonnuUas  partes  fidelium  pera- 
gravit  et  presentiam  aliquorum  regum  et  principum  adiit,  multosque 

magnâtes  et  potentes  ad  transfretandum  secum induxit  et  tempore 

verisproximi  futuri  sperat  cummultitudinenobiliumetaliorumfidelium 
esse  Venetiis  et  intérim,  vei  postquam  inde  recesserit  (sic),  inclitam 
tuam  videre  personam.  »  il  l'invite  de  plus  à  donner  au  roi  des  galères 
ou  autres  choses  nécessaires  au  passage  (.4  re/j.  du  Vatican,  246,  f°*  31-2  ; 
publiée  par  Theiner,  Mon.  Ihmg.,  Il,  p.  58;  Wenzel,  Mon.  Hung.  hist., 
Acta  cxlera,  t.  Il,  pp.  599-600;  "cf.  Rinaldi.  XXVI,  p.  91). 

3.  «  Antonius,  episcopus  Malfiensis.  confessor  tuus,  lator  presentiufn, 
qui  expeditionem  litterarum  ipsarum  (les  lettres  accordant  le  subside) 
et  alia  que  sibi  commisit  regia  celsitudo  diligenter  pro.^ecutus  extitit, 
tue  magnitudini  referet  oraculo  vive  vocis  »  {Arch.  du  Vatican,  246, 
fus  13  v"-14).  L'évêque  d'Amalfl  avait  été  donc  laissé  à  Avignon  par  le 
roi  à  son  départ.  La  même  lettre  parle  des  conseils  que  le  Pape  lui 
aurait  donnés  sur  son  retour  et  sur  les  dangers  qui  pouvaient  menacer 
le  royaume  en  son  absence  («  tune  apud  sedem  Apostolicam  exis- 
tentem  »).  Il  a  visité  maintenant  les  princes,  qu'il  se  proposait  de  voir; 
(«  decrevcras  visitandos  »),  il  doit  partir  («  quam  cite  »)  pour  l'ileque 
menacent  les  «  pei'tidi  Turchi  ».  Les  lettres  accordant  le  subside 
seront  envoyées  bientôt  («  nos  enim  litteras  apostolicas  super  subsidiis 
que  tibi  concessimus  quantum  potest  tieri  faciemus  expediri  »).  La 
lettre  est  assez  mal  interprétée  par  Rinaldi,  t.  X.WI.  pp.  90-1.  —  La 
dime  ecclésiastique  pour  six  ans  et  différents  autres  revenus  furent 
accordés  au  comte  de  Savoie  en  avril-mai  1364  (}' Inventaire  porte  1363, 
voy.  page  164,  note  6),  des  privilèges  à  ceux  de  ses  sujets  qui  contri- 
bueraient d'une  manière  quelconque  à  la  croisade.  {Inventaire  des 
Rolle  et  Brevi  aux  Archives  d'Etat  de  Turin^. 


—  204  - 

au  roi  de  Chypre  qui  se  trouvait  encore  en  France.  Les  pro- 
curateurs du  Grand-Maître  en  Occident  '  lui  avaient  montré 
des  lettres  de  ce  dernier,  datées  de  Rhodes,  qui  contenaiant 
des  «  nouvelles  de  l'Orient,  déplaisantes  pour  nous  »  K  II  lui 
en  envoie  la  copie  et  lui  conseille  de  revenir  en  Orient,  pen- 
dant qu'il  est  temps  encore.  Ceux  qui  sont  accourus  à  son 
appel  seraient  fatigués  déjà  de  l'attendre  à  leurs  dépens'.  11 
écrivit  à  Pierre  Thomas  pour  lui  reprocher  (29  octobre)  la 
conduite  du  roi,  qui  ne  pouvait  plus  partir  pendant  l'hiver  * 
à  cause  de  ses  interminables  voyages.  11  déplorait  le  sort  de 
ceux,  qui  étaient  déjà  partis  pour  la  Terre-Sainte  ou  jusqu'à 
Venise  seulement^  et  l'invitait  à  passer  l'hiver  dans  cette  ville, 
en  vivant  sur  les  revenus  de  ses  évèchés  et  non  sur  ceux  du 
clergé  vénitien,  qui  est  suffisamment  imposé  \  Déjà,  depuis 
le  8  juin  '  1364,  Pierre  Thomas  avait  remplacé  Talleyrand, 
comme  légat  du  pape  pour  la  croisade  \ 


1.  «  Arnaldus  Bernard!  Eberardi,  preceptor  domus  Burdegalensishos- 
pitalis  sancti  Johannis  »  et  «  nobilis  vir  Bernardus  de  Mascrino,  miles, 
dominus  de  Planis,  procurator.  »  Les  lettres  du  Grand-Maître  étaient 
datées  du  27  février. 

2.  «  Quedam  nova  displicibilia.  » 

3.  «  Et  illi  qui  tecum  volunt  transfretare,  sencientes  te  in  gallicanis 
partibus  nimis  longo  tempore  immorari,  prout  audivimus  et  verosinii- 
liter  credendum  existit,  expectationis  tedio  pregravantur  »  (Arch.  du 
Vatican,  246.  f»*  208-8  v»). 

4.  «  In  diversis  cismarinis  partibus  commoratus,  quod  in  instanti 
hyeme  non  poterit  transfretare.  » 

5.  ...  «  De  quo  nos  videntes  differri  nirais  générale  passagium,  et 
nobiles  ac  alios  qui  iam  transfretarunt,  seu  super  terram  iverunt,  expec- 
tationis tedio  affici,  gravarique  inutilibus  -sumptibus,  non  modicum 
condolemus  »  (Arch.  du  Vatican,  246,  {°^  358-8  v^). 

6.  Jbid. 

7.  V.  plus  loin. 

8.  Le  roi  rendait  compte  au  pape  du  résultat  de  ses  voyages  par  des 
messagers.  Un  de  ces  derniers,  .\lbert  de  Voulte  (de  Voûta),  damoiseau 
du  diocèse  d'Apt,  venant  d'Allemagne  à  la  curie  avec  un  clerc  («  mitte- 
bantur  de  partibus  Alemanniae  ad  Curiam  Romanam  »)  furent  pris  près 
de  Lausanne  par  les  gens  de  Louis  de  Neufchâtel,  dépouillés  de  leurs 
chevaux,  de  leurs  biens,  de  quelques  joyaux  du  roi  et  de  ses  lettres 
adressées  au  pape  et  à  d'autres  personnages  à  Avignon.  Ils  furent  en- 
fermés ensuite  à  Neufchâtel.  Le  pape  écrivit  à  Amédée  de  Savoie,  dont 
les  officiers  avaient  participé  au  butin,  pour  lui  demander  de  les  déli- 
vrer et  de  leur  faire  rendre  ce  qui  leur  avait  été  pris  (Arch.  du  Va- 
tican, 246,  f"*  309  v°-10).  Des  lettres  pareilles  furent  écrites  à  l'évéque 
de  Lausanne,  dont  les  gens  avaient  pris  un  cheval  (umtm  curserium) 
(f°  350)  au  damoiseau  lui-même,  qui  fut  menacé  de  censures  ecclé- 
siastiques. Les  ambassadeurs  avaient  été  arrêtés  entre  Lausanne  et 
Morges    (f»'^  310-310    \°).  Toutes    les  lettres  sont   datées  du  9  sep- 


—  205  — 

Il  écrivit  au  contraire  une  lettre  d'éloges  au  roi  de  Hongrie 
(5  février),  qui  venait  de  lui  offrir  des  soldats  pour  combattre 
les  ennemis  de  l'Église  en  Italie.  Tout  en  le  remerciant  pour 
ses  offres,  il  insista  sur  sa  conduite  de  roi  pieux,  éternelle- 
ment en  guerre  avec  les  ennemis  du  Saint-Siège,  les  schis- 
matiques  et  les  fauteurs  d'hérésie,  les  Infidèles  et  les  gentils'. 
L'empereur  de  Byzance  venant  d'être  attaqué  par  les  Turcs, 
qui  se  vengeaient  sur  lui  des  succès  obtenus  en  Asie  par  les 
chrétiens,  Michel  Malaspina,  Génois  à  son  service,  vint  à 
Avignon  pour  offrir  l'union  des  deux  Eglises  et  demander  du 
secours.  Le  pape  l'exhorta  à  persévérer  dans  cette  voie,  qui 
rendrait  plus  puissante  la  ligue  contre  les  Infidèles.  11  le 
recommandera,  au  moment  du  départ,  au  légat  et  au  capitaine 
général,  qui  sera  nommé  à  la  place  du  roi  de  France^ 
(16  octobre).  Deux  évêques  furent  envoyés  la  même  année  à 
Constantinople,  et  l'empereur  leur  déclara  qu'il  n'avait  jamais 
cessé  d'être  catholique,  ainsi  que  l'avaient  été  ses  prédéces- 
seurs \  Cette  idée  d'un  concours  de  la  part  des  Grecs  se 
développera  l'année  suivante,  et  il  sera  question  un  moment 
d'une  véritable  union  chrétienne,  contenant  tout  l'Occident  et 
les  restes  de  l'empire  byzantin.  Robert  de  Juilly,  élu  Grand- 
Maître  en  1364,  fut  invité  à  prendre  le  commandement  de 
Smyrne  pour  cinq  ans  à  la  place  d'Ottobone  Cattaneo.  Trois 
mille  florins  lui  étaient  alloués  sur  les  revenus  de  l'Église  de 
Chypre''  (21  septembre).  Enfin,  des  lettres  de  recommanda- 
tion furent  accordées  par  le  pape,  à  Thomas  de  Beauchamp, 
comte  deWarwick,  qui  partait  pour  la  croisade  avec  plusieurs 
nobles  et  d'autres  gens''. 


tembre  1364.  Quant  à  ce  Nicolas  Tenaeghel,  éciiyer  allemand,  qui  prit 
du  service  en  France  le  11  avril  1354  (Arch.  nat.  J  21,  n"  68),  il  n'a 
rien  à  faire  certainement  avec  «  la  suite  du  roi  de  Chypre  »  (Leroux, 
Hech.  cri  t.,  p.  272,  note  1). 

1.  «  Nunc  contra  chri.stianos  iniquos  hostes  ecclesie,  nunc  contra 
scismaticoset  heretica  feditafe  respersos,  nunc  contra  infidèles  etethnicos 
satagis  exercere  (se.  potentiam).  Tu  vere  rex  et  princeps  christianis- 
simus —  »  Theiner,  Mon.  Hung.,  t.  II,  p.  59. 

2.  Archives  du  Vatican.  246,  >*  313  vo-4;  Hinaldi,  XXVI,  p.  108. 

3.  2»  vila  Urb.  ap.  Hahize,  1,  403. 

4.  Herquet,  J.  F.  de  J/eredia,  pp.  62-3. 

5.  «  Nobilis  vir  Thomas  de  liellocampo,  comes  Warwichi....  cum 
nonnuUis  nobilibus  et  aliis  suis  gentibus.  »  Le  13  juillet,  les  envoyés 
du  comte  se  présentaient  à  Venise,  demandant  les  moyens  de  trans- 


—  206  - 

Pendant  que  le  pape  continuait  ainsi  à  défendre  l'idée  de 
la  croisade  et  à  faciliter  le  passage,  deux  autres  personnages, 
pour  lesquels  cette  expédition  était  le  résultat  de  longs 
efforts,  se  consacraient  entièrement  à  la  rendre  possible.  On 
les  rencontre  partout,  à  Avignon,  à  Milan,  à  Bologne,  à  Ve- 
nise, exhortant  et  priant,  négociant  et  apaisant  les  discordes, 
ayant  toujours,  jusqu'à  la  fin,  l'espoir  de  soulever  la  chré- 
tienté entière  contre  le  grand  danger  qui  s'accroissait  à 
l'Orient.  Philippe  de  Mézièreset  Pierre  Thomas  avaient  suivi 
le  roi  en  Occident  :  c'est  aux  efforts  du  premier  que 
Pierre  P'"  dut  l'assentiment  donné  par  le  pape  à  ses  projets; 
les  talents  diplomatiques  du  second  lui  assurèrent  le  con- 
cours de  Venise. 

Quand  le  roi  de  Chypre  partit  pour  l'Occident,  dans  ce 
long  voyage  qui  dura  deux  ans,  et  qui  n'eut  pas  de  résultats 
appréciables,  les  deux  amis  restèrent  à  Avignon.  L'Église 
était  encore  en  guerre  avec  les  tyrans  de  Lombardie  :  tant 
qu'elle  était  retenue  en  Italie,  où  s'épuisaient  toutes  ses 
forces  et  tout  son  argent,  elle  ne  pouvait  pas  se  consacrer  à 
l'œuvre  de  la  croisade.  C'était  le  premier  grand  obstacle 
que  devait  rencontrer  toute  tentative  de  ce  genre. 

La  guerre  entre  l'Église  et  les  tyrans  lombards  remonte  à 
l'année  1347,  quand  une  grande  révolte  contre  l'Église  éclata 
dans  la  Romagne,  la  Marche  d'Ancône  et  dans  tout  le  reste  du 
Patrimoine.  Jean  et  Jacques  Pepoli  conduisaient  le  mouve- 
ment. L'absence  du  recteur,  Astorge  de  Durfort,  rendit  la 
victoire  des  révoltés  plus  facile.  De  retour,  Astorge  assiégea 
Jean  Pepoli  dans  Bologne  et  ce  dernier,  pressé  par  les  troupes 
pontificales,  offrit  la  ville  aux  Florentins  d'abord,  qui  la 
refusèrent,  à  l'archevêque  de  Milan,  enfin  (1350),  qui  ne 
craignait  nullement  une  excommunication  éventuelle. 

port:  on  leur  accorda  «  ob  reverentiam  domini  régis  Anglie  »  la  per- 
mission d'armer  deux  galères  (Arrh.  d'Etat,  à  Venise,  Scnato  Misti, 
reg.  31.  fo  69;  comm.  de  M.  le  professeur  Victor  Lazzarini  de  Venise, 
un  des  plus  profonds  connaisseurs  de  l'histoire  de  la  République  pen- 
dant le  xiye  siècle\  Lettre  au  comte  de  Savoie,  le  8  mai  1364  {Arch.  du 
Vatican,  246,  f"  179  v»).  Lettre  à  Laurent  Celsi,  doire  de  Venise  (5  juin 
II):  dans  cette  dernière  lettre  le  pape  parle  du  départ  récent  (nuper) 
du  comte  pour  l'Italie,  d'où  il  comjjte  passer  en  Orient  (Arch.  du 
Vatican,  246,  f"  208  v»).  Lettre  à  Cansignorio  et  à  François  de  Carrare 
(même  date).  Cf.  Stubbs,  o.  c.  p.  194. 


—  207  - 

Des  guerres  suivirent  jusqu'en  1352  (27  avril),  quand  Pe- 
poli  et  l'archevêque  se  décidèrent  à  faire  la  paix  avec  l'Église. 
Il  furent  absous  par  le  pape,  envers  lequel  ils  s'engagèrent 
à  payer  un  cens  annuel  et  à  fournir  un  contingent  de  troupes 
pour  le  Patrimoine.  Le  vicariat  de  Bologne  fut  accordé  à  Jean 
Visconti  et  à  ses  successeurs,  pour  douze  ans  '. 

Cependant  les  hostilités  ne  tardèrent  pas  à  recommencer. 
L'archevêque  mourut  en  1354,  laissant -trois  neveux,  Ber- 
nabô,  Matteo  et  Galeazzo,  qui  se  partagèrent  l'héritage,  sauf 
Gênes  et  Milan,  qu'ils  devaient  administrer  en  commun. 
Matteo  mourut  bientôt,  tué  par  les  débauches,  le  poison  de 
ses  frères  y  aidant,  dit-on,  et  les  deux  autres  restèrent  les 
maîtres  de  la  Lombardie%  où  ils  suivirent  la  même  politique 
que  leur  oncle. 

Bientôt  ils  eurent  en  Italie  un  adversaire  digne  de  leur 
habileté  et  de  leur  énergie.  Ce  fut  le  célèbre  cardinal 
Albornoz,  qui  arriva  en  Italie,  vers  le  commencement  du  pon- 
tificat d'Innocent  VI,  le  30  juin  1353'\  11  était  originaire  de 
Cuenca  *,  de  très  grande  famille  :  son  père  descendait  d'Al- 
phonse V  et  sa  mère,  Thérèse  de  Luna,  de  Jacques  d'Aragon^ 
Il  fut  d'abord  le  favori  du  roi  Alphonse  XI  de  Castille  et 
occupa  le  siège  archiépiscopal  de  Tolède.  Pierre  le  Cruel, 
successeur  d'Alphonse,  lui  retira  sa  confiance  et  projeta 
même  de  le  faire  mourir*.  Il  sollicita  et  obtint  alors  une 
mission  à  Avignon,  où  il  fut  nommé  cardinal  par  Clé- 
ment VF  :  bientôt  après,  son  successeur  lui  donna  cette 
légation  en  Italie,  qu'il  exerça  pendant  dix  ans,  avec  un 
grand  zèle  et  en  déployant  de  grands  talents  diplomatiques 


1.  Henri  de  l'Épinois,  Le  gouvernement  des  papes  et  les  révolutions 
dans  les  Etala  de  /'/Tç/ise,  "  Paris,  1865,  in-8,  pp.  271  et  suiv.  ;  Verri, 
Storia  di  Milano,  éd.  de  Florence,  Lemonnier.  I,  339-il. 

2.  Pétri  Azarii  Annales  Mediolanenses,  Muratori, /?./L  Scr.,  t.  XVI, 
ann.  1354;  Verri,  364-5. 

3.  L  Épinois,  /.  c. 

4.  Son  père  s'appelait  Garcia  Alvaro  Albornoz.  Le  cardinal  eut  un 
frère,  Alvaro  Garcia.  Son  neveu,  fils  de  ce  dernier,  Gomez  Albornoz, 
fut  gouverneur  de  Bologne  sous  le  pontificat  d'L'rbain  V  (Sepulveda, 
Historia  de  bello  administrato  in  Ilalia,  f°  nii  v"). 

5.  Sepulveda,  /.  c,  f"  m. 

6.  Sepulveda,  ihid.,  i°  m  v°.  Il  prit  une  grande  part  à  la  déclaration 
de  guerre  contre  le  roi  des  Maures  Benemarin  (f°*  ni-ni  v»). 

7.  Sepulveda,  ibid.,  î"  un. 


—  208  — 

et  militaires.  Il  était  infatigable  dans  la  guerre  presque  con- 
tinuelle qu'il  fit  aux  deux.  Visconti  ;  après  avoir  souffert  de 
la  fièvre,  il  venait  à  peine  de  recouvrer  ses  forces,  quand  on 
lui  annonça  les  intrigues  de  ses  ennemis  à  Bologne.  Il  monta 
aussitôt  à  cheval  et  réconforta  les  siens  '. 

Son  principal  ennemi  fut  Bernabô  Visconti,  un  des  per- 
sonnages les  plus  énergiques  et  les  plus  violents  de  cette 
époque.  Les  chroni-ques  italiennes  citent  des  anecdotes  féro- 
ces sur  son  règne  :  il  aimait  la  justice  et  se  vengeait  cruel- 
lement sur  ceux  qui  violaient  la  paix  publique.  Des  bandits 
qui  infestaient  ses  états  en  1363,  eurent  les  yeux  arrachés, 
après  quoi  on  les  pendit  ^  D'autres  étaient  jetés  dans  des  fours 
ardents  ^  Il  voulait  qu'on  pût  traverser  son  territoire  avec  un 
bâton  à  la  main,  jour  et  nuit^.  Grand  chasseur,  il  faisait  entre- 
tenir d'innombrables  meutes  par  ses  sujets  qui  étaient  con- 
damnés, si  ses  officiers  les  trouvaient  en  mauvais  état*.  Il 
était  célèbre  par  ses  traits  de  sanglante  ironie  :  il  répondit 
à  la  sommation  que  lui  fit  Cansignorio  de  ne  plus  attaquer  le 
domaine  de  l'Église,  en  lui  envoyant  une  vaisselle  en  argent 
portant  pour  armes  une  échelle  appuyée  contre  un  gibet*.  Des 

1.  Ibid.,  fo  XXXIX.  «  Aegidius  vixdum  morbo  explicitas  et  plane 
viribus  receptis.  conscenso  equo  in  conspectum  suorum  venit.  »  Il 
mourut  le  24  juin  1367  (2^  vil.  Urh.,  Baluze,  I,  406)  ou  le  24  août  de 
la  même  année  (l'»  inla,  Baluze,  I,  378). 

2.  Corio,  Stnria  di  Milano,  fo  177  v°.  Cf.  Azario,  /.  c. 

3.  Cf.  Azario.  /.  c. 

4.  «  Vulea  sopra  il  dominio  suo  solo  con  uno  bastono  nocte  e  piorno 
si  potesse  aiidare.  »  (Corio,  f"  177  v").  V.  sur  sa  justice  l'élojïe  du 
même  Azario  (Muratori.  R.  II.  Scr.,  t.  XV\,  c.  385  b)  :  «  Est  enim  do- 
minus  Bernabas  veridicus,  amans  justitiam,  constans,  impatiens  et 
nimium  virtuosus,  lamen  aliquando  voluntalem  sunm-  excedens.  » 
La  restriction  est  assez  plaisante.  V.  les  ordonnances  de  Galéas  sur  la 
torture,  ibid.,  410-411. 

5.  «  Certe  in  cura  et  studio  venandi,  et  a.iïros  potiundi,  omnes  alios 
nobiles  antecedit,  et  nimium  in  canibus  delectatur.  Et  dum  praedictas 
venationes  facit,  segregatur  ab  aliis  imfinitis  secum  ductis,  paludes 
intrat,  et  opaca  majora  nemorum.  quamouam  solus»  (Azario,  c.  393  e). 
Cf.  Goro  Dati,  Sloria  di  Firenze,  pp.  10-11.  Il  n'était  pas,  du  reste, 
avare  de  sa  meute  et  en  faisait  des  présents  mairnifiques  :  le  prince 
d'Achaïe  reçut  un  transport  de  36  chiens  en  1384  (Misclifinea  di  storia 
ilalinna,  X>C  2«  série,  5.  Torino,  1882,  Rpgpsio  dei  principi  di  cnsa 
d'Acnja,  p.  278.  (V.  l'anecdote  dans  Vlslnria  di  Pnrmn,  Muratori, 
t.  Xli,  p.  75  («  un  soldo  di  estimo  »).  11  aurait  fait  démolir  quatre 
moulins  à  Parme,  près  de  la  porte  de  Bologne,  en  prétextant  que  «  per 
quelle  il  conte.stabile  non  poteva  udire  le  gnardie  »  (i'n'd.). 

6.  M.  Villani,  I.  X,  ch.  96,  éd.  Dragomanni,  II,  386-7.  Il  s'écrie  à  la 
nouvelle  de    cette  intervention  :    Essi  sono   malti  fanlisini    (ibid.). 


—  209  - 

présents  pareils  furent  faits  aux  autres  alliés  du  pape  qui 
avaient  pris  part  à  cette  démarche*. 

Il  s'assura  le  concours  de  plusieurs  princes  allemands  par 
des  mariages.  Etienne  de  Bavière  épousa  une  de  ses  filles.  Il 
donna  l'autre  à  Albert  d'Autriche \  Il  en  avait  besoin,  car  la 
guerre  avec  l'Eglise  avait  recommencé,  aussitôt  après  la 
mort  de  l'archevêque.  Jean  d'Oleggio  se  révolta  à  Bologne, 
(7  décembre  1355)  et,  après  un  nouveau  complot  Bernabô  se 
décida  à  l'attaquer  (décembre  1359).  La  ville  fut  livrée  par 
les  révoltés  au  cardinal-légat.  Bernabô  enrôla  des  merce- 
naires et  dévasta  les  environs,  malgré  les  efforts  du  pape, 
qui  appela  à  son  secours  l'empereur,  le  comte  de  Savoie,  le 
marquis  d'Esté,  les  Gonzague  et  Rodolphe  d'Autriche.  Des 
révoltes  furent  fomentées  à  Forli,  à  Rome -même,  par  le 
tyran.  Des  négociations  ne  réussirent  pas  en  1360,  mais  Ber- 
nabô perdit  la  bataille  de  Savenna  et  la  ville  fut  délivrée  de 
ses  attaques  \ 

Les  hostilités  reprirent  avec  plus  d'acharnement  au  mois 
d'avril  de  l'année  1362.  Le  vicariat  de  Bologne  avait  été 
accordé  (13  mars),  pour  quatre  ans,  à  Aldobrandin  d'Esté, 
marquis  de  Ferrare\  Une  ligue  fut  conclue  au  mois  de  mai 
de  la  môme  année,  entre  l'Eglise,  François  de  Carrare,  Con- 
signorio,  Nicolas  d'Esté  et  Feltrin  de  Gonzague,  seigneur  de 
Reggio  \  Au  mois  de  juillet,  900  chevahers  de  Bernabô  furent 
battus  par  ceux  de  Vérone,  entre  Pandegoli  et  Smaccano^ 


Chaucer  le  nomme  «  god  of  délit,  and  scourge  of  Lumbardie  ».  Poetical 
Works,  éd    Roulledge  p.  438. 

1.  Au  seigneur  de  Padoue  des  colombes  volant,  à  Gonzague  un 
fouet  (Villani,  /.  c).  Il  avait  cependant  des  goûts  très  élevés  et  «  araa 
fort  »  les  livres  (Ch.  Fii^eac,  Louis  et  Charles  d'Orléans,  pp.  146-7). 

2.  Corio,  l.  c,  p.  178.  Viride  fut  mariée  à  Albert  d'Autricheen  1364 
{ibid.). 

3.  Lépinois,  /.  c. 

4.  La  concession  fut  accordée  par  Albornoz.  Voyez  le  consentement 
du  pape,  ap.  I.ùnig.  Cod.  liai.  dipL,  I,  pp.  597-602. 

5.  Corio,  l.  c,  f"  176  v.  D'après  Mathieu  de'  Griffoni,  Nicolas 
d'Esté  aurait  fait  cette  même  année  (mention  après  des  événements 
datés  du  mois  de  mai)  sa  paix  avec  l'i'lglise.  et  Albornoz  lui  aurait 
accordé  comme  fiefs  les  châteaux  de  Bazano  et  de  Nonantula  {Castra 
Dazani),  qui  appartenaient  à  la  commune  de  Bologne,  ce  qui  causa  du 
mécontentement  dans  la  ville  {Mallhaei  de  Griffanihus  Memnriale  liisto- 
ricnm.  Muratori,  fier.  It.  Script  ,  t.  XVllI,  p.  178  d-e).  Alliance  par 
mariage  entre  Cansignorio  et  Nicolas  au  mois  de  mars  (Corio,  f»  177). 

6.  Villani,  1.  XI,  ch.  ix,  éd.  Dragomanni,  II,  405. 

N.  JoROA.  Philippe  de  Mézières.  li 


—  ?10  — 

Bologne  était  menacée  cependant  par  Bernabo  au  moment 
de  la  mort  d'Innocent  VI.  Les  cardinaux  écrivirent  pendant 
la  vacance  du  Saint-Siège,  pour  exhorter  les  habitants  à  se 
bien  défendre'.  On  craignait  peut-être  un  coup  de  main  de 
la  part  de  cet  ennemi  si  entreprenant.  Nicolas,  Hugues  et 
.\lbert  d'Esté,  les  deux  seigneurs  de  Vérone,  Cansignorio  et 
Paul-Alboïn,  François  de  Carrare  enfin,  furent  invités  à  les 
secourir  au  besoin  ^. 

Urbain  V  résolut  d'agir  avec  énergie.  Il  écrivit  aussitôt 
après  son  avènement  au  cardinal  Albornoz,  pour  lui 
recommander  la  vigilance'.  Les  ambassadeurs  envoyés  par 
Bernabô  pour  féliciter  le  nouveau  pape,  (décembre  1361), 
virent  leurs  offres  refusées,  malgré  l'intervention  du  roi  de 
France*.  La  paix  était  impossible  sans  la  restitution  de  tout 
ce  que  Bernabô  venait  de  prendre  à  l'Eglise ^  Le  légat  fut 
invité  à  demander  à  Meinhard  de  Bavière  le  contingent  qu'il 
avait  promis  pour  être  absous  de  l'excommunication®.  Le 
roi  de  Hongrie  envoya  des  troupes  à  Bologne. 

Déjà  un  procès  d'hérésie  avait  été  commencé  contre  Berna- 
bô, qui  fut  cité  à  comparaître,  le  28  novembre.  Il  était  accusé 
d'avoir  insulté  Robert,  archevêque  de  Milan,  qui  dut  s'age- 
nouiller devant  lui,  d'avoir  déclaré  qu'il  était  pape  et  empereur 
dans  ses  domaines  et  que  Dieu  lui-même  ne  pouvait  rien  y  faire 
sans  son  consentement,  d'avoir  enfermé  l'archevêque,  d'avoir 
persécuté  le  clergé,  pris  pour  lui  les  revenus  ecclésiastiques 
et  donné  le  nom  de  pape  à  un  de  ses  familiers".  La  lettre  fut 


1.  Theiner.  Codex  diplomaticus  dom.  temp.  S.  Sedis,  II,  Rome,  1861, 
366;  lalettre  dans  les  Arch.  du  Vatican,  245,  f"  1. 

2.  Ihid.,  f's  2-4.  Home  elle-même  était  agitée  :  les  nobles  essayèrent 
vainement  d'y  reprendre  le  pouvoir  (l'Épinois,  p.  314). 

3.  Archives  du  Vatican,  l.  c,  f°  4. 

4.  Villani,  1.  XI,  ch.  xxxi,  éd.  citée,  pp.  428-9;  Sponda,  I,  773-4. 
C'étaient  Galdisio  de  Lovixellis  et  Fr.  Chambasilica.  Ils  arrivèrent  le 
17  décembre  (cf.  lettre  du  pape  à  Albornoz;  ap.  Theiner,  o.  c,  II,  pp. 
405-6). 

5.  Ibid.  Cf.  lettre  du  pape  à  Albornoz  (1  févr.  1363).  ap.  Theiner, 
0.  c,  p.  407  :  restitution  des  châteaux  bolonais  et  bienveillance  envers 
les  personnes  du  clergé  de  ses  élats  (ibid.).  La  lettre  dans  les  Jrc/t.  du 
Vatican,  245,  f"  49. 

6.  Archives  du  Vatican,  245,  f"  33,  publiée  par  Theiner,  Codex  diplo- 
maticus domina  temporalis S .  Sedis,  II,  p.  404-5  (23  novembre  1362). 

7.  Arch.  du  Vatican.  2«5.  f"  29.  publ.  par  Theiner,  II,  p.  405  (citation 


—  511  — 

publiée  le  jour  même  à  Avif^non',  et  tous  les  prélats  furent 
invités  à  la  publier  dans  leurs  diocèses.  La  réce:)t-ion  faite 
aux  annbassadours  qu'envoya  Beruabù  pour  se  justifier  fut 
assez  bienveillante  cependant,  bien  que  le  pape  craignît  les 
intrigues  de  cet  homme  si  habile^. 

Le  3  mars  enfin,  Bernabô  n'ayant  pas  encore  comparu ^ 
l'excommunication  fut  lancée  contre  lui  en  plein  consis- 
toire*; puis  le  pape  se  leva  de  son  siège  et,  se  mettant  à 
genoux,  invo(iua,  les  mains  levées  au  ciel,  l'aide  du  Christ  «  et 
de  messire  saint  Pierre  et  de  messire  saint  Paul  et  de  toute 
la  cour  céleste  ))^  Le  jour  suivant,  la  sentence  fut  publiée 
dans  toute  la  chrétienté".  Le  cardinal-légat  devait  prêcher  la 
croisade  contre  le  fauteur  d'hérésies'. 

Bernabô  avait  dirigé  vers  cette  époque  une  grande  armée 
vers  Modène,  qu'il  assiégeait  avec  Annequin  de  Baumgarten, 
le  célèbre  condottiere^  :  le  marquis  demanda  le  secours  de  la 
ligue.  Les  Véronais,  les  soldats  de  Padoue  et  de  Reggio  arri- 
vèrent sous  le  commandement  de  Feltrino.  Le  canal  séparait 
les  deux  armées  :  les  confédérés  le  passèrent  et  attaquèrent  la 
chevalerie  lombarde,  qui  fut  détruite  ou  prise'  :  il  y  eut  trente- 
huit  morts  et  un  grand  nombre  de  prisonniers'".  La  bataille 


de  Bernabô),   cf.  Sponda,  I,  5773-4;  2"  vila  Urbani,   ap.  Baluze,  o. 
('..  I,  :599.  Cf.  Arch.  du  Val.,  l.  c,  fos  1.4;  s  (procès  de  Galéas). 

1.  I/nd. 

2.  Le  légat  considérait  cependant  la  paix  comme  possible,  bien  que 
douteuse,  dans  une  lettre  au  doge  ('2h  janvier  1362;  ne  faut-il  pas  lire 
1363?)  Comm.,  VI,  n°  287;  t.  il,  p.  328). 

3.  Prolongation  due  aux  ambassadeurs  de  Bernabô;  le  premier  terme 
était  pour  le  mois  de  févr.  (v.  Villaiii,  I.  c). 

4.  2«  vita  Urb.,  ap.  Baluze,  I,  p.  401. 

5.  Villani,  1.  XI,  ch.  XLI,  éd.  citée,  pp.  434-5...  «  si  levé  ritto, 
e  missessi  in  ginoccbione  culle  mani  giunte  e  levate  al  cielo,  e  corne 
vicario  di  N.  S.  Gesii  Cristo,  invocô  l'aiuto  suo,  e  di  M.  S.  Pietro 
e  di  M.  S.  Paolo  e  di  tuttala  ceiestiale  corte...  »  Le  roi  Jean  était  présent 
{ibid.). 

6.  Lettres  aux  évéques  d'Italie,  Arch.  du  Vatican,  245,  f»*  20-20  v°. 
Lettres  aux  patriarches  et  aux  évoques  de  la  chrétienté,  ibid.,  f°  36. 

7.  Theiner,  Codex  diplomaticus  dom.  temp..  H,  407-8.  Diverses 
personnes  «  etiam  magni  status  »,  dit-il,  étaient  intervenues  déjà  en 
faveur  de  Bernabô. 

8.  «  De  Mongrado  »,  ap.  Corio,  0.  c.  f"  177. 

9.  Corio.  ibid.  Bernabô  avait,  d"aprés  Villani,  deux  mille  cinq  cents 
hommes  de  troupes  d'élite. 

10.  Villani,  1.  XI,  ch.  XLIV,  éd.  cit.,  pp.  435-6. 


—  212  - 

se  livra  près  du  château  de  Solaro\  le  16  avril  1363*.  Berna- 
bô,  qui  se  trouvait  à  Crepacuore,  s'enfuit  pendant  la  nuit, 
avec  dix  chevaliers  seulement,  à  Parme,  où  il  se  mit  à 
réorganiser  son  armée\  Le  pape,  qui  apprit  cette  victoire  le  21 
avril*,  se  hâta  d'écrire  au  marquis  d'Esté  pour  lui  demander 
de*  hâter  la  ruine  définitive  de  l'ennemi  \  De  l'argent  avait 
été  mis  à  la  disposition  du  légat **  :  la  ligue  devait  être  éten- 
due, en  comprenant  les  communes  de  l'Italie';  le  doge  fut 
invité  à  interrompre  tout  commerce  avec  le  vaincu  de  Solaro^ 
Les  Florentins  reçurent  l'invitation  de  ne  pas  lui  permettre 
de  faire  des  enrôlements  en  Toscane*. 

Cependant  il  ne  semblait  pas  s'opposer  non  plus  à  une  paix 
favorable  à  l'Église.  Des  instructions  furent  données  dans  ce 
sens  à  Albornoz,  le  pape  oyant  appris  que  Bernabô  serait 
assez  disposé  à  faire  des  concessions*".  De  l'argent  fut  donné 
au  légat  pour  les  négociations".  On  lui  permit  de  recevoir 
l'abjuration  des  alliés  du  tyran  *^ 

Des  personnages  considérables  avaient  déploré,  au  com- 
mencement du  mois  de  mars,  cette  excommunication,  trop 
hâtive  peut-être,  qui  ne  pouvait  que  rendre  plus  acharnée  la 
guerre  entre  l'Église  et  les  tyrans.  Le  roi  Jean  s'était  dé- 
claré dès  le  commencement  pour  la  paix.  Pierre  I"  écrivit 
d'Italie  encore  pour  la  conseiller  aussi.  Il  comprenait  que 
cette  guerre,  qui  absorbait  toutes  les  forces  et  tout  l'argent 
du  Saint-Siège,  ne  pouvait  pas  permettre  au  pape  de  penser 
à  autre  chose  qu'à  défendre  ses  possessions  en  Italie.  Arrivé 


1.  Ibid.  Cron.  di  Bologna,  Muratori,  t.  XVIII,  c.  467.  Stellara,  ap. 
Corio  (/.  c). 

2.  Viilani,  /.  c.  Corio  la  place  au  mois  de  mai  (ibid.). 

3.  Corio,  l.  c,  î°  177  v. 

4.  Prou,  /.  c,  p.  29,  note  5. 

5.  Theiner,  o.  c,  II,  pp.  408-9  (27  avril). 

6.  Ibid.,  pp.  372  et  suiv.,  cf.  ibid.,  p.  408  (dès  le  17  avril). 

7.  (1--  mai  1363).  ap.  Tiieiner,  II,  p.  409. 

8.  Ibid.,  p.  409  (Arch.  du  Vatican,  245,  f"^  149-9  v»).  Venise  protesta 
dans  une  lettre  à  Pierre  Thomas,  qui  devait  savoir  que  ce  peuple 
«  victum  suum  querat  extrinsecus  et  ex  solo  mercandi  misterio  subs- 
tentetur  »  (Sen.  Misti,  30.  f"  144,  9  avril  1364;  unanime). 

9.  Capiloli  di  Firenze,  II.  p.  505  (20  mai  1363). 

10.  1"  Mai  1363.  ap.  Theiner,  II,  pp.  409-10  {Arch.  du  Vatican,  245, 
f°s  175-176  v). 

11.  Cf.  f°»  147-7  v». 

12.  Archives  du  Vatican,  145,  f«  191  v°  (21  mai). 


-  213  — 

à  Avignon,  il  recommença  ses  sollicitations'  et  offrit  même 
d'être,  avec  le  roi  de  France,  le  médiateur  entre  Bernabô  et 
le  légat.  Urbain  V  se  résigna  à  tenter  cette  expérience,  bien 
qu'il  doutât  du  résultat  qu'elle  pouvait  avoir. 

Nicolas  Spinelli^  ou  Spinola  fut  envoyé  en  Italie,  le 
V  mai  1363,  pour  porter  au  légat  cette  permission  de  traiter. 
Il  devait  voir  les  alliés  de  l'Église,  Cansignorio  et  Paul-Al- 
boin  à  Vérone,  les  trois  marquis  d'Esté  à  Ferrare,  le  trésorier 
de  l'Église  en  Toscane,  Angelo  Tavernini  et  Lapo  de'  Ricasoli, 
châtelain  de  Corneto''.  Il  était  porteur  d'instructions  écrites*. 

En  même  temps,  et  dans  la  lettre  apportée  par  le  même 
envoyé,  le  pape  parlait  de  la  médiation  des  rois  de  France 
et  de  Chypre.  Leur  zèle  pour  la  croisade  leur  avait  fait 
choisir  des  ambassadeurs  destinés  à  obtenir  une  paix  équi- 
table pour  l'Église,  qui  recouvrerait  tous  les  châteaux  du 
territoire  de  Bologne  ainsi  que  celui  de  Lugo.  Le  légat  de- 
vait attendre  le  résultat  de  leur  mission  :  ils  ne  devaient  pas 
traiter  eux-mêmes  de  la  paix  entre  Bernabô  et  l'Église  avec 
ses  alliés  avant  de  connaître  les  dispositions  du  tyran  à  cet 
égard.  Il  est  libre  de  se  décider  ainsi  qu'il  le  croira  conve- 
nable; il  pourra  déclarer  une   nouvelle  guerre  au    perfide. 


1.  Il  parla  de  la  paix  à  Bernabô  lui-même,  pendant  sa  visite  à  Milan 
en  février  1363  (Mézières,   Vita,  Act.  Sanct.,  Jan.  II,  p.  1008). 

2.  Nicolaum  Spinellum,  legum  doctorem.  C'était  le  protecteur 
de  Gênes  à  la  curie,  le  «  Nicole  de  Naples  »  qui  joue  un  rôle  sous 
Charles  VI  (Arch  de  Gènes,  Inlroitus  et  exitm,  136'i,  f"  95  v  ).  Un 
Aron  Spinola  était  le  correspondant  de  Philippe  de  Mézières  à  Milan, 
le  26  mars  1364,  quand  il  écrivit  sa  lettre,  si  importante,  au  comte  de 
Savoie  (Ms.  Arsenal,  499,  f"*  145  v"-146  v.  Cf.  Bev.  hisl.,  XLIX, 
309).  Des  Spinola  se  rencontrent  en  Chypre  vers  cette  même  époque  : 
François  (Mâcheras,  pp.  54,  72,  77)  fit  la  chasse  aux  pirates  génois  en 
1361,  et  fut  noyé  en  combattant  contre  les  pirates  de  Mohamet-Reis, 
en  1365  (p.  72);  Léon  accompagna  le  roi  dans  son  expédition  contre 
les  révoltés  de  Satalie  (p.  108).  On  trouve  sous  le  successeur  de 
Pierre  l"  les  noms  de  Lucas  et  de  son  fils  Jean,  de  liobert,  d'Etienne, 
de  Thomas  et  peut-être  d'un  autre  François  («tpaac'  i;-'.vof,X.  p.  380) 
Spinola  (v.  Mâcheras,  pp.  289.  354,  328,  375,  380)!  Ils  étaient  d'origine 
génoise  :  Lambert  Spinola  fut  un  des  commandants  des  galères 
génoises  dans  l'expédition  contre  Chypre,  en  1372  (FI.  Bustron,  éd. 
R.  de  Mas-Latrie,  p.  294). 

3.  Archives  du  Vatican,  245,  f°  147  v».  V.  les  lettres  de  recomman- 
dation, ibid.,  f"5  148-148  v".  Il  y  en  a  une  adressée  au  conseil  et  au 
recteur  de  la  civilas  Joisan.  (?) 

4.  Lettre  de  recommandation,  adressée  au  cardinal  légat  (ibid.,  245, 
fo  149)  : 


—  214  — 

Des  subsides  lui  seront  accordés  dans  ce  but,  et  la  même 
lettre  l'autorise  à  faire  les  ligues  nécessaires  contre  l'ennemi 
commun  des  fidèles*. 

Ces  ambassadeurs  partirent  peut-être  ce  même  jour^.  Le 
roi  de  France  avait  nommé  pour  cette  mission  difficile  Roger 
de  San-Severino,  comte  de  Mileto,  et  Tévêque  de  Nevers, 
frère  du  cardinal'.  Philippe  de  Moulins,  licencié  es  lois,  les 
accompagnait.  Ils  se  réunirent,  à  Avignon  même,  aux  deux 
ambassadeurs  nommés  par  le  roi  de  Chj'pre,  Pierre  Thomas 
et  Philippe  de  Mézières\ 

Ils  partirent  pour  Milan  d'abord,  et  les  dissentiment  ne  tar- 
dèrent pas  à  éclater  :   les  ambassadeurs  du  roi  Jean,  fiers 


1.  «  Ut  omnia  castra  Romane  ecclesie,  que  detinet  in  territorio  Bo- 
noniensi  etcastrum  Lugi  ante  omnia  libère  restituât  etdimittat  ecclesie 
prelibate,  et  deinde  de  pace  ipsius  cum  eadem  ecclesia  et  coiligatis 
ipsius  ecclesie  tractaturos  ».  Archives  du  Valican   245,  fo  147  v°. 

2.  Et  non  pas  après  le  départ  du  roi  de  Chypre  (31  mai,  cf.  p.  172  du 
présent  ouvrage),  ainsi  que  le  croit  Mézières  {Vila,  l.  c,  p.  1008). 

3.  Philippe  de  Mézières  (/.  e.)  ne  mentionne  que  c/ei<x  ambassadeurs 
de  la  part  du  roi  de  France,  un  grand  comte  (le  comte  de  Mileto)  et 
«  un  évéque.  frère  du  cardinal  ».  La  Chronique  de  Bologne  (ap.  Mura- 
tori,  B.  II.  Scr.,  t.  XVII 1,  c.  496  b)  parie  de  l'arrivée  dans  cette  ville 
de  Messere  il  conte  di  Malelo  siniscalco  délia  Provincia  di  Francia 
et  de  l'évêque  d'.Anvers  (e  il  vescovo  di  Anversa)  {sic).  La  lettre 
du  pape  au  roi  Jean  (Arch.  duVatican,  L.  S..  245,  f'^^^  229-30)  cite  comme 
ambassadeurs  ad  parles  Italie,  d'abord  Roger  de  San-Severino 
{Rofjerius  de  Sancto  Severiiio,  cornes  Mileli),  et  ensuite  l'hilippe  de 
.Moulins,  licencié  es  lois  (Philippus  de  Molinis.  licentiatus  in  leijihus). 
dont  le  nom  ne  se  retrouve  pas  dans  les  récits  précédents.  Plus  loin, 
l'évêque  de  Nevers  est  mentionné  comme  troisième  ambassadeur, 
(episcopus  Nivernensis  etiam,  ad  hoc  ambaxiator  tuus.)  C'est  évi- 
demment l'évêque,  frère  du  cardinal,  dont  parle  .Mézières,  l'évêque 
à.' Anvers  de  la  chronique  italienne.  Il  était  arrivé  déjà  à  la  cour  du  roi 
Jean,  tandis  que  ses  deux  collègues  venaient  de  retourner  à  peine  à 
Avignon.  L'évêque  fut  probablement  le  principal  ambassadeur  avec  le 
comte,  Philippe  de  .Moulins  jouant  un  rôle  trop  inférieur  pour  que 
Mézières  le  mentionnât.  Après  l'insuccès  des  négociations,  le  premier 
partit  aussitôt  pour  en  rendre  compte  au  roi,  et  c'est  ce  qui  explique 
l'arrivée  séparée  des  amba.>sadeurs.  Ce  Philippe  de  Moulins  devint 
plus  tard  évêque  de  Noyon,  et  il  fut  choisi  parmi  les  exécuteurs  testa- 
mentaires de  Louis  d'Orléans  (Beurrier,  o.  c,  pp.  332-5). 

4.  Ils  ne  furent  pas  envoyés  par  le  pape  (Delaville  le  Roulx.  o.  c, 
p.  202).  Mézières  avait  suivi  le  roi  dans  ses  voyages  jusqu'à  .\vignon  : 
le  pape  lui  accorda,  à  cette  époque  peut-être,  cette  «  absolution  dar- 
raine  »,  dont  il  parle  dans  son  testament  (ms.  .\rsenal.  n"  408,  f"  246  : 
«  ceste  absoluciun  darraine,  dévotement  otroié  au  povre  pèlerin  par  le 
benoit  pare  {sic)  Urbain  V'  »).  11  était  peut-être  parmi  les  ambassa- 
deurs qu'envoya,  de  Venise,  le  roi  au  marquis  d'Esté  (ils  arrivèrent  le 
5  janvier  à  Ferrare,  Chr.  Est..  .Murât,  XV.  c.  486  .\  ;  Polistore.  ibid., 
XXIV,  0.843  d). 


—  215  — 

de  la  puissance  de  leur  maître,  traitaient  avec  arrogance  ce 
légat  à  l'aspect  sordide  et  ce  chancelier  d'un  très  petit 
royaume,  dont  la  noblesse  personnelle  était  si  mince.  Mézières 
en  fut  touché,  bien  qu'il  ne  parle  dans  son  récit  que  de  l'in- 
jure faite  à  son  père. 

Ce  récit  est  malheureusement  trop  court  ;  l'auteur  ne  veut 
pas  insister  sur  la  part  qu'il  prit  lui-même  à  ces  négocia- 
tions, et  il  se  hâte  de  passer  au  récit  de  la  prise  épique 
d'Alexandrie,  aux  derniers  moments,  si  pieux  et  si  édifiants, 
du  légat.  Au  lieu  de  parler  en  détail  de  ces  interminables 
voyages  auprès  du  tyran  et  auprès  du  légat,  où  il  dut  mon- 
trer tant  de  zèle  et  de  désintéressement,  il  s'applique  à  mettre 
en  lumière  quelques  faits  miraculeux  seulement,  dus  aux 
prières  de  son  ami  et  compagnon.  Son  témoignage  est  par- 
fois moins  développé  que  celui  de  la  Chronique  de  Bologne. 

Les  négociations  avec  Bernabô  ne  furent  d'abord  pas  heu- 
reuses. Les  ambassadeurs  lui  exposèrent  la  cause  de  leur  arri- 
vée et  obtinrent  une  réponse  destinée  uniquement  à  faire  traîner 
les  choses  en  longueur.  Il  ne  consentit  pas  probablement  à 
rendre  les  territoires  qu'il  avait  pris  à  l'Église  et  à  ses  alliés. 
Les  ambassadeurs  partirent  vers  le  légat  avec  ses  proposi- 
tions \ 

Ils  passèrent  par  la  ville  de  Bologne,  où  ils  firent  leur  en- 
trée le  mardi  13  juin".  Trois  jours  après,  ils  se  dirigeaient 
(jeudi  15  juin)  vers  la  Romagne,  pour  y  trouver  le  cardinal 
Albornoz,  qui  résidait  à  Césène^.  Ils  avaient  pu  voir,  à  Bo- 
logne, son  neveu  et  confident,  Gomez  Garcia,  gouverneur  de 
la  ville*. 


1.  Mézières,  Vila,  l.  c,  p.  1008. 

2.  «  Si  disse  che  venivano  da  Milano  per  cagione  di  fare  acconcio 
colla  Chiesa,  e  con  Messer  Bernabô  de'  Visconti  e  di  tutta  la  Lega,  e  che 
erano  mandati  da  i  loro  signori,  perché  volevano  fare  il  passaggio  al 
Sepolcro  di  Christo,  e  aveano  tolta  la  Croce  in  Avignone.  »  Cronica 
di  Bolofina,  c.  460  B. 

3.  «  Comoii  de  questo  maie  lo  Re  di  Francia  e  lo  Re  de  Cipri,  man- 
(larono  ambasatori  alo  Legato  che  stateva  a  Cesena  pregandolo  che 

rendese  pace  ali  Vcsconti »  Cronica  di  G.  Pietro  Cagnola.   Bibl. 

nationale,  It.  n"  261,  f"  47.  Cf.  Cronica  di  Bologna,  l.  c. 

4.  Il  offrit  sa  démission  au  mois  de  juin  de  celte  même  année.  Elle 
fut  refusée  par  le  pape  qui  déclara  ne  pas  pouvoir  lui  donner  un  plus 
digne  successeur.  Arc/i.  du  Vatican,  r.c.jï""  198  v  (25  juin  1363),  pu- 
bliée par  Tiieiner.  Doc.  S.  Sedis,  II,  p.  410, 


—  216  — 

La  réception  du  cardinal  ne  fut  pas  plus  encourageante 
pour  les  ambassadeurs.  Albornoz  haïssait  son  adversaire,  qui 
le  lui  rendait  bien,  et  tout  accommodement  fut  impossible 
tant  qu'il  occupa  la  dignité  de  légat  du  Saint-Siège  en  Italie. 
La  réponse  que  rapportèrent  à  Milan  les  envoyés  ne  fut  pas 
sans  doute  du  goût  de  Bernabù,  qui  rompit  brusquement  les 
négociations.  Les  ambassadeurs  français  se  retirèrent  alors  '  ; 
1  evêque  de  Nevers  partit  le  premier,  les  deux  autres  ne  tar- 
dèrent pas  à  le  suivre.  Ils  étaient  de  retour  à  Avignon  le 
5  août  1363,  époque  à  laquelle  Urbain  V  écrivit  au  roi  de 
France  pour  lui  annoncer  l'insuccès  des  négociations.  Ber- 
nabù seul  est  le  coupable,  Bernabù  l'hérétique  et  le  «  fils  de 
la  malédiction  »^;  ses  offres  de  l'année  passée  n'étaient  donc 
que  des  subterfuges,  des  mensonges,  comme  il  en  avait 
l'habitude*;  il  se  moque  des  rois,  ainsi  qu'il  l'a  fait  déjà 
de  l'Église,  qu'il  compte  soumettre.  Quant  à  lui  et  au  légat, 
ils  persistent  dans  leurs  dispositions  pacifiques  pour  favoriser 
ce  passage  d'outremer,  que  Bernabù  s'efforce  d'empêcher*. 

Cependant  Bernabù  ne  tarda  pas  à  changer  d'idée.  Deux 
jours  après  le  départ  des  ambassadeurs  français,  il  fit  appeler 
les  envoyés  du  roi  de  Chypre,  qui  n'avaient  pas  encore  re- 
noncé à  leurs  espérances.  11  s'assit  entre  le  légat  et  Philippe ^ 
et  leur  demanda  de  lui  exposer  leurs  vues  sur  la  paix.  Pierre 
Thomas  aurait  pris  la  parole,  d'après  Mézières,  lui  par- 
lant des  forces  inépuisables  de  l'Église  et  de  la  nécessité  du 
saint  passage.  Ses  arguments  touchèrent,  parait-il,  le  tyran, 
qui  l'écouta  avec  une  grande  attention.  Il  lui  répondit,  en 
soupirant,  après  quelques  moments  de  silence,  que  sa  déci- 
sion aussi  était  de  faire  la  paix  avec  l'Église  et  de  redevenir 
son  fidèle  serviteur ^  Il  offrit  de  rendre  ses  conquêtes  en 
échange  d'une  somme  d'argent  que  lui  paierait  l'Église.  An- 
drouin  de  la  Roche ',  cardinal  de  Ciuny,  devait  remplacer  en 


1.  Mézières,  l.  c,  pp.  1008-9. 

2.  «  Maledictionis  alumpnum hereticum.  » 

3.  «  Deceptiones  et  mendacia  consueta.  » 

4.  Archives  du  Vatican,  L.  S.,  245,  f»*  229-30. 

5.  «  Inter  Patrem  meum  et  me  sedens.  »  (  Vita,  l.  c). 

6.  Vita,  pp.  1008-9. 

7.  Androuin  de  la  Hoche,  abbé  de  Cluny  d'abord,  puis  cardinal  sous 
Innocent  VI.  Il  ne  vota  pas  à  l'occasion  de  l'élection  d'Urbain  V,  le 


-  217  — 

même  temps  son  ennemi,  le  cardinal  Albornoz,  comme  légat 
du  pape  en  Italie'.  Les  deux  ambassadeurs  furent  autorisés 
à  offrir  ces  propositions  et  à  conclure  le  traité  en  son  nom\ 
Pendant  qu'ils  recevaient  à  Milan  les  conditions  de  Ber- 
nabô  et  se  dirigeaient  vers  la  Romagne,  la  guerre  continuait 
entre  le  tyran  et  l'Église  dans  les  environs  de  Bologne.  Après 
leur  départ,  une  brigade  d'étrangers  et  de  citoyens  de  la 
ville  attaqua  et  prit  le  mont  Veglio,  en  criant  :  «  Vive 
l'Église  ))■'.  D'autres  forteresses  encore  furent  attaquées  par 
les  bourgeois,  Cucherla  d'abord,  puis  Zirone\  Le  11  juillet, 
le  14,  le  15,  le  17,  le  20  et  25,  des  quartiers  partirent  en 
expédition  vers  les  châteaux  ;  les  tentatives  se  répétèrent  au 
mois  de  juillet  et  au  commencement  d'aoùt^  Les  ambassa- 
deurs traversèrent  la  ville,  où  régnait  une  anarchie  presque 
complète,  vers  le  commencement  de  septembre,  en  se  diri- 
geant vers  la  Romagne.  Le  3  du  même  mois,  le  bruit  se  ré- 
pandit dans  la  ville  que  tout  bourgeois  était  libre  d'aller  aux 
châteaux  occupés  encore  par  les  Lombards.  Cette  permission 
s'étendrait  aux  membres  de  la  ligue.  On  ne  savait  pas  trop 
si  c'était  une  trêve  qui  avait  été  conclue,  ou  bien  une  «  paix 
libre  »  seulement^:  on  croyait  communément  que  c'était  la 
paix.  Le  commerce  était  interdit  cependant  entre  les  belli- 
gérants ;  des  troupeaux  furent  volés  quelques  jours  plus  tard. 
L'absence  du  recteur,  qui  était  allé  voir  son  oncle  en  Ro- 

titre  ne  lui  ayant  pas  été  conféré  encore.  Il  siégea  cependant  dans  le 
sacré  collège  lamquain  in  ipsa  vocem  habens  (l''  vita  Urbani,  ap. 
Haluze,  o.  c,  I,  36.'i).  11  était  cardinal-prêtre  de  S.  Martin  et  «  grande 
ainico  »  de  Bernabù  (Cr.  di  Boloyna,  ap.  iMuratori,  Her.  II.  Scr., 
t.  XVIII,  c.  485  d). 

1.  V.  Sepulveda,  /.  c,  f"  xl  v°. 

2.  Mézières,  Vita,  l.  c. 

3.  Cronica  di  Bologna,  c.  469.  Des  Hongrois  campaient  près  de  la 
ville  (v.  plus  loin).  Des  Allemands  arrivèrent  pendant  l'été  de  1363 
(sauf-conduit  de  cette  époque,  Archives  du  Vatican,  L.  S.,  245,  f°  222). 

4.  Cron.  di  Bologna,  ibid. 

5.  Le  5  et  le  7.  Le  27  juillet,  Bernabô  attaqua  de  nouveau  Modène 
(Cron.  di  Bologna,  ibid.).  A  la  suite  de  ces  petits  succès  le  pape  félicita 
(le  23  juillet)  chaleureusement  le  recteur  de  Bologne,  Gornez  Garcia, 
en  exprimant  l'espérance  de  voir  ces  châteaux  revenir  à  l'Église  aussi 
rapidement  qu'ils  avaient  été  perdus  :  le  château  de  Montebello  (Mon- 
tisnclij)  venait  d'être  repris  par  le  recteur  (Archives  du  Vatican,  245, 
f"  218). 

6.  «  Pace  libéra  »,  Cronica  di  Bologna,  l.  c,  c.  470.  La  proclamation  se 
fit  le  dimanche  3  septembre  :  «  andô  la  grida  alla  Renghiera  del  com- 
mune di  Bologna  »  (ibid.). 


—  218  — 

magne,  rendait  l'incertitude  plus  grande'.  Après  son  arrivée 
même,  l'anarchie  continua,  car  il  ne  tarda  pas  à  quitter  la 
ville.  Un  vice-podestat  arriva  le  15  septembre;  Guelfo  de'  Gi- 
rardini,  Florentin,  le  remplaça  comme  dans  ces  fonctions  au 
commencement  du  mois  suivant ^ 

Pendant  ce  temps,  les  ambassadeurs  continuaient  leurs 
efforts  auprès  du  cardinal  et  de  Bernabù.  Ils  eurent  à  com- 
battre de  nouvelles  difficultés  suscitées  par  ce  dernier,  qui 
était,  dit  la  Chroniqne  de  Bologne,  un  «  capricieux  sei- 
gneur ))^.  Ils  parvinrent  cependant  à  former  un  projet  de 
traité,  qui  fut  approuvé  par  les  deux  parties,  et  partirent  de 
Milan  avec  Gualdrisio  de  Lovixellis,  ambassadeur  de  Ber- 
nabô,  pour  se  rendre  auprès  d'Albornoz,  qu'ils  réussirent  à 
convaincre*.  Ils  revinrent  par  Bologne,  où  on  les  retrouve  au 
moment  même  de  la  proclamation  de  cette  trêve,  qui  était 
due  principalement  à  leurs  efforts".  Ils  quittèrent  la  ville  le 
lendemain  même'  (4  septembre)  pour  aller  à  Milan  annoncer 
au  duc  l'acceptation  du  légat  ^  Bernabô  leur  associa  trois 
ambassadeurs,  le  même  Gualdisio,  qui  joua  un  très  grand 
rôle  pendant  ces  négociations'',  le  chancelier  de  Lombardie, 
Francescolo  Cajmbasilica,  son  collègue  à  Avignon  en  1363, 
et  Bruno  de  G/MJCi'awo,  bourgeois  de  Milan*.  Ils  se  rendirent 


1.  «  E  questa  parte  molto  maie  si  senti  per  alcuno,  che  il  rettore  cioè 
il  governadore  (Gomez  Garcia)  di  Bologna  era  andato  da  Monsignor 
Cardinale  (à  Céséne),  e  stettevi  molti  di,  sicche  non  v'era  alcuno,  che 
sapesse  dare  ordine  »  {Cron.  di  Bol.,  l.  c,  c  470  c)  ;  «  ma  dopo  la 
venuta  del  dette  rettore  si  mandô  aile  fortezze,  che  dovessero  rimanere 
di  ciô,  e  cosi  fu  fatto  {ib.)  ».  Cf.  ibid.,  c.  470:  «  E  fu  volta  che  non 
era  nella  città  di  Bologna  rettore,  ne  podestà,  ne  vescovo,  che  nessuno 
era  in  questa  terra,  e  non  si  trovava  che  nella  città  fossero  se  non  pochi 
rumori  e  pochi  malefizj.  » 

2.  Cron.  di  Bol.,  ibid. 

3.  «  Uissesi,  che  messer  Bernabô  era  un  vario  signore,  che  non 
tenera  cosa  che  promettesse  »  {ibid.,  c.  472).  Ils  allèrent  plusieurs  fois  à 
Milan  et  à  Césène  («  assai  volte  »,  ibid.,  c.  470  d).  Cf.   Vila,  l.  c. 

4.  «  Ivi  si  fece  ogni  cosa,  che  si  avea  a  fare  »  {Cron.  di  Bologna, 
c.  470d)  :  «  a  questa  venuta  non  erano  tutti  insieme  (les  ambassadeurs 
du  roi  de  France  manquaient)  se  non  due  di  loro,  et  quello  di  messer 
Bernabô  Visconti  »e  que  la  Chronique  appelle  «  messer  Gualdrisio  » 
tout  court.  {Ibid.). 

5.  Cron.  di  Bologna,  c.  470  d. 

6.  Ibid. 

1.  «  Gualdisius  de  Loveschis  »  (Theiner,  II,  p.  412).  Il  était  docteur 
es  lois  et  citoyen  de  Crémone. 
8.  Theiner,  /.  c. 


-  219  — 

ensemble  à  Avignon  pour  y  demander  le  consentement  du 
pape'. 

Leurs  propositions  étaient  très  favorables  à  l'Église  :  Ber- 
nabô  offrait  sa  soumission;  il  rendait  les  châteaux  du  comté 
de  Bologne  et  celui  de  Lugo,  et  s'engageait  à  détruire  les 
forteresses  qu'il  avait  fait  construire  dans  le  Modenois.  11  de- 
vait recevoir  en  échange  32,000  florins",  et  un  nouveau  légat 
allait  être  nommé  à  la  place  du  cardinal  Albornoz. 

Cette  dernière  condition  fut  remplie,  bien  qu'à  regret,  par 
le  pape.  Albornoz  gardait  son  titre  de  légat,  et  des  lettres  lui 
furent  envoyées  pour  lui  annoncer  les  termes  de  sa  légation. 
Sa  puissance  en  serait  accrue,  disait  la  lettre  ^  Un  nouveau 
légat  devait  recevoir  cependant  le  gouvernement  de  Bologne 
et  des  châteaux  :  Androuin  de  la  Roche,  appelé  ordinaire- 
ment le  cardinal  de  Clunj,  fut  choisi  dans  ce  but  vers  le 
commencement  du  mois  de  décembre.  Des  lettres  de  recom- 
mandation pour  le  recteur  de  Bologne  et  ses  officiers  lui 
furent  délivrées  le  13  du  même  mois*  :  il  était  autorisé  à  con- 

1.  «  Tandem  praefatus  reverendus  pater  dominas  Legatus  pridem  in 
Cescna  certoseliciens  modoscumambassiatoribusetprocuratoribusdicti 
domini  Bernabonis  sub  certis  articulis  et  responsionibus  ordinatùs  per 
Reverendum  patrem...  Petrum  Archiepiscopum  Cretensem,  et  nobilem 
militern  dominum  l^hilippum  de  Maserii.s...  ejusdem  domini  régis  Cipri 
ambasiatores...  Ambassiatores,  procuratores  et  nuntios  suos  uria  cum 
dictis  Ambassiatoribtis  regni  Cipri  ad  Romanam  Curiam  redeuntibus 
de.stinavit...  »  (Theiner,  o.  r.,  H,  p.  412).  Le  légat  avait  envoyé  donc  aussi 
ses  ambassadeurs.  Cf.  Cron.  di  Bolof/na,  c.  470  d  ;  «  e  poi  si  disse 
ch'essi  andarono  a  Corte  »,  etc. 

2.  Lettre  du  pape  à  Albornoz  (23  décembre  1363).  Arch.  du  Vatican, 
L.  S.,  246,  f»s  41-2. 

3.  Ibid. 

4.  Ils  devaient  lui  rendre  les  châteaux  et  rester  à  son  service,  s'il 
les  retenait  (Ai'ch.  du  Vatican,  246,  f"  377  v").  Une  autre  du  même 
contenu  est  adressée  aux  Anciens  et  au  peuple  de  la  ville  (ibid.,  f^^  37 
vo-38)  :  il  se  félicite  d'accorder  la  paix  à  la  ville  si  cruellement  éprou- 
vée. Une  autre  lettre  «  au  recteur,  aux  docteurs  et  à  l'université  des 
études  à  Bologne  »  se  trouve  plus  loin  :  le  nouveau  légat  restaurera 
ce  «  studium  olim  famosum  »  (f"  28).  Lettre  à  l'évêque  et  au  clergé 
(f'«  38-38  V"),  aux  marquis  d'Esté  pour  l'aider  avec  leurs  forces,  au 
besoin  (f"^  38  v-O).  De  pleins  pouvoirs  lui  furent  accordés  par  des  lettres 
pontificales  du  3  décembre  (Theiner,  o.  c,  H,  p.  412).  Sur  Androuin, 
qui  contribua  au  traité  de  iJrétigny.  avec  deux  autres  envoyés  du  pape, 
v.  Lucc,  Du  Guesclin.  pr.  356,  259,  3.  Le  même  auteur  cite 
sa  justification,  après  une  première  légation  en  Italie,  en  1357  (Bibl. 
nat.  lat.  4115,  f"  75):  «  Certe  dulcis  fui,  non  quantum  voluissem  aut 
forte  debuissem,  sed  quantum  potui  ».  etc.  Le  chapeau  de  cardinal  lui 
fut  remis  en  décembre  1361  (Martène,  Thés,  anccd..  il,  col.  1068).  — Les 
Vénitiens  le  félicitent  le  3  fév.  1364  {Scn.  Misti.  30,  f"  51  v°). 


—  220  — 

dure  la  paix,  si  Bernabô  consentait  à  y  comprendre  la  famille 
des  Gonzague  et  les  nobles  des  Roberti  et  des  Boiardi'.  Il 
pouvait  absoudre  le  tjran  des  condamnations  ecclésiastiques 
qu'il  avait  encourues  par  sa  désobéissance^,  recevoir  les  châ- 
teaux et  les  rendre  à  Bernabù,  si  l'Église  ne  tenait  pas  ses 
engagements \  lui  restituer  ses  prisonniers*. 

Androuin  ne  tarda  pas  à  partir  %  mais  le  pape  était  loin  de 
croire  à  la  conclusion  heureuse  de  la  paix.  Il  écrivit  aux 
alliés  pour  leur  demander  de  renouveler  la  ligue  (  31  dé- 
cembre) ^  Il  défendit  au  nouveau  légat  de  donner  l'argent  au 
prince  avant  la  reddition  des  châteaux  \  Le  légat  devait  forti- 
fier la  ligue*  et  prendre  des  mesures,  si  la  guerre  venait  à 
recommencer".  Il  n'annonça  à  personne  la  conclusion  prochaine 
de  la  paix.  Charles  IV  en  reçut  la  nouvelle  de  la  part  de  ses 
vicaires,  et  le  pape  s'excusa  sur  l'incertitude  où  il  se  trouvait 
quant  à  l'issue  des  négociations  ^^. 

Philippe  de  Mézières  et  l'archevêque  de  Crète  partirent 
d'Avignon  avant  le  départ  d'Androuin.  Ils  se  dirigeaient  vers 
l'Italie  pour  aplanir  les  derniers  points  de  litige  et  recevoir  la 
garde  des  châteaux,  qu'ils  devaient  remettre  ensuite  au  légat 
à  son  arrivée.  Ils  passèrent  par  la  Savoie,  où  le  comte  se 
préparait  à  commencer  son  expédition  à  grand  apparat '\  Il 
venait  de  faire  le  vœu  de  croisade  à  Avignon  et  se  proposait 


1.  Lettre  à  Albornoz  :  «  Nobiles  de  Robertis  et  de  Boiardis  ». 

2.  Lettre  du  mois  de  décembre  (?)  1363  (Arch.  du  Vatican,  246, 
f-'s  29-30). 

3.  F"*  30-31.  Androuin  n'était  pas  parti  encore  pour  l'Italie  (desti- 
nemus). 

4.  Ibid.,  f°=  31-31  v».  Quelques  jours  plus  tard  (le  28  décembre),  il 
fut  autorisé  à  absoudre  les  ecclésiastiques  qui  avaient  soutenu  Ber- 
nabô {Arch.  du  Vatican,  246,  f"  93). 

5.  Il  fut  envoyé  en  Italie  «  anno  domini  1363  praedicto  »  (2»  Vita, 
ap.  Baluze,  o.  c,  I,  401). 

6.  Arch.  du  Vatican,  246,  f«  60  v"  («  revocatione  et  refirmatione  », 
évidemment  rénova iioné).  La  lettre  est  adressée  à  Albornoz;  elle  en 
contient  cinq  autres,  adressées  aux  alliés. 

7.  L'argent  avait  été  déposé  à  Gènes,  sous  la  garde  d'Etienne,  abbé 
de  Saint  AUyre  de  Clermont  Arch.  duVatican,  246,  f"  72  \°  (28  janv.), 
cf.  Theiner,  p.  411  (I2févr.). 

8.  24  déc.  1364  {Arch.  du  Vatican,  246,  f»^  41-2).  Lettre  aux  alliés 
{ib.,  f"  43  v°). 

9.  Lettre  à  Albornoz.  Arch.  du  Vatican,  246,  f"'  41-2. 

10.  Theiner,  II,  411  (lettre  du  15  de  févr.  1364). 

11.  Florence,  Bibl.  Capponi,  Lib.  secretorum,  f°  60  v",  apud  Mas- 
Latrie,  //.  Ch.,  t.  III,  pp.  744-5  «  non  modicum  apparatum  ». 


—  2?l  - 

de  prêter  main-forte  au  roi  de  Chypre  dont  on  attendait  l'ar- 
rivée prochaine  à  Venise*.  Ils  lui  parlèrent  de  ses  projets  et 
l'exhortèrent  à  persévérer  dans  ces  bonnes  intentions.  Le 
comte  se  déclara  prêt  à  suivre  le  roi  Pierre  en  Crète  d'abord, 
pour  y  soumettre  les  rebelles,  et  ensuite  en  Terre-Sainte '■*. 
Les  assurances  les  plus  formelles  sur  son  concours  furent 
données  aux  ambassadeurs,  et  Philippe  se  hâta  d'en  informer 
tous  ses  correspondants,  sauf  ceux  d'Angleterre  et  de  Prusse. 
Il  remarqua  cependant  avec  douleur  le  grand  nombre  des 
adversaires  du  passage,  qui  devaient  finir  par  changer  la  ré- 
solution du  prince. 

Philippe  était  à  Crémone,  le  6  janvier,  d'où  il  écrivit  au 
doge  pour  lui  annoncer  les  propositions  du  comte  et  lui  deman- 
der «  avec  de  grandes  instances  «  de  ne  pas  oublier  le  passage^ 
Il  ne  tarda  pas  à  arriver  à  Milan,  d'où  il  se  dirigea  avec  l'ar- 
chevêque vers  Bologne*. 

Pendant  leur  absence,  les  lettres  du  pape  annonçant  à  Albor- 
noz  l'arrivée  de  son  successeur  avaient  été  apportées  à  Césène. 
Aussitôt  le  légat  écrivit  à  son  neveu  pour  lui  ordonner  de 
revenir  auprès  de  lui,  en  nommant  un  autre  recteur  à  Bologne\ 
Dans  cette  intention,  il  lui  envoya  Daniel,  de  la  famille  des  mar- 
quis de  Carretto,  frère  hospitalier  de  Saint-Jean  de  Jérusalem. 
Dans  un  conseil  tenu  le  5  janvier,  le  recteur  déclara  la  paix 
conclue  et  annonça  l'arrivée  d'Androuin.  Le  12  du  même 
mois,  il  confia  à  Daniel^  le  bâton  de  commandement  et  partit 
deux  jours  après.  Les  Anciens  lui  donnèrent  à  son  départ  un 
casque  d'argent  avec  un  cimier  en  forme  d'ange,    et    une 


1.  Le  voyage  du  comte  à  Lyon,  où  il  vit  le  roi  Jean,  aurait  eu  lieu 
en  mai  13G3.  Cibrario,  Origine  e  progressi  délia  casa  di  Savoin,  II, 
Specchio  cronologico,  Turin.  1855,  pp.  160-1).  On  le  trouve  au  Bourget 
le  14  mai,  le  17  juin  à  Moiitniélian  (comptes  de  Pierre  Gervais,  rouleau 
n°  25,  à  VAf'chivio  camerale  de  Turin).  V.  aussi  p.  206  du  prés,  ouvr., 
en  note. 

2.  Lettre  au  comte  de  Savoie  (26  mars  1364,  Milan),  Bibl.  Arsenal, 
ms.  408,  fo*  145  vo-146. 

3.  .Mas-Latrie,  l.  c.  La  lettre  arriva  à  Venise  le  13  janvier,  et  le  doge 
lui  répondit  aussitôt,  avec  des  propositions  favorables  (ihid.,  c.  745). 

4.  Cronica  di  Bologna,  ap.  Muratori,  t.  XVlll,  c.  472-3:  «  sicchè 
questi  due  Ambasciadori  partiti  da  Milano...  » 

5.  Sepulveda,  o.  c,  p.  .\l-xli. 

6.  La  Chronique  d  Este  le  nomme  frère  Emmanuel  Qlanuellus).  Mu- 
ratori, XV,  c.  786-7. 


—  222  - 

couronne  de  perles  valant  plus  de  cinq  cents  ducats  d'or  '.  Il  in- 
troduisit cette  image  dans  son  blason.  Un  grand  nombre  de 
citoyens,  parmi  lesquels  François  des  Ramponi,  docteur 
es  lois,  l'accompagnèrent  jus(iu'à  Ancône*. 

Les  deux  ambassadeurs  étaient  arrivés  à  Bologne  avant 
cet  événement,  parce  que  c'est  peut-être  à  ce  même  Ramponi 
qu'ils  durent  leur  salut  ^  Ils  se  rendirent  sur  le  territoire 
de  Modène,  où  ils  reçurent  les  clefs  des  châteaux  bâtis  par 
Bernabô  sur  les  terres  des  marquis  de  Ferrare*.  Puis  ils  pas- 
sèrent du  côté  de  Bologne  et  prirent  possession  des  châteaux  de 
Crepacuore,  Castelbranco,  Piumazzo%  Crespelano,  Serravalle, 
Rossellino,  Aiano  etSamodia,  ainsi  que  tous  ceux  qui  avaient 
été  élevés  dans  les  États  du  pape  et  de  ses  alliés.  Ils  étaient 
accompagnés  par  Aimerv,  évéque  de  Bologne,  qui  payait  les 
garnisons  au  nom  de  l'Eglise^.  Les  soldats  prêtèrent  serment 
devant  les  ambassadeurs,  qui  dressèrent  sur  les  murs  les 
drapeaux  de  l'Église  et  du  roi  de  Chypre^  Ils  allèrent  ensuite 
à  Lugo,  à  Manfredi  et  dans  les   châteaux  révoltés  de  la  Ro- 


1.  Cronica  di  Bologna,  c.  471-2;  cf.  Sepulveda,  /.  c,  i°  xli.  Il  parle 
d'une  couronne  «  gemrais  in  orbe  ambientibus  frequens,  imposita 
galeae  serico  intectae,  in  cujus  cono  crista  erat  a  qua  imaguncula  ar- 
gentea  prominebat  similis  angelo  dextra  gladium,  sinistra  aureum 
pomum  tenenti  ».  Au  mois  d'avril  1364,  Albornoz  demande  la  per- 
mission de  revenir  à  la  curie,  permission  qui  lui  fut  refusée  (le  13) 
à  cause  de  l'état  de  l'Italie  (Theiner.  n.  c,  II,  pp.  415-6).  Il  fut  nommé 
légat  en  Sicile  (ibid.).  11  publia  la  paix  dans  les  parties  qui  ne  la  connais- 
saient pas  encore  le  3  juin  (ibid.,  II,  416)  et  ne  partit  dans  sa  nou- 
velle province  que  vers  le  mois  de  novembre,  quand  Petrocino,  évêque 
de  Ravenne,  le  remplaça  dans  le  gouvernement  de  la  Romagne  (ibid., 
p.  418  (19  nov.)  Il  ne  vécut  pas  longtemps  après  :  son  testament  con- 
tenait une  clause  accordant  de  l'argent  pour  racheter  les  captifs  des 
Turcs  (Sepulveda,  f"  xliv  et  suiv.). 

2.  Cronica  di  Bologna,  l.  c. 

3.  'V.  plus  loin. 

4.  «  Et  tolsero  la  tenuta  di  due  bastie,  che  avea  fatte  raesser  Bernabô 
sul  terrenodel  Marchese  di  Ferrara  »  (Cron.  di  Bologna,  c.  472).  (Castro 
Formiginio  et  Galoni  di  Cesio,  cf.  le  traité  de  1364.  ap.  Theiner,  o.  c, 
II,  pp.  411  et  suiv.).  Une  de  ces  bastilles,  très  forte,  fut  élevée  par 
Bernabô  à  la  suite  de  la  bataille  de  Solaro.  \ .  sur  les  noms  des  châ- 
teaux les  deux  chroniques  citées  et  le  traité  de  1364  (Theiner,  /.  c). 

5.  Que  Mathieu  des  Griffoni  nomme  Plumacium. 

6.  Il  assistait  aussi  à  la  prestation  du  serment.  Malthaei  de  Grif- 
fonibus  Memoriale  historiciim.  ap.  Mtiratori.  t.  X\"III,  c.  179.  Cf.  c.  180. 

7.  «  Quando  tolsero  la  tenuta  délie  dette  fortezze.  ponevano  le 
bandiere  all'arma  délia  Cliiesa  et  del  Re  di  Cipro,  imperocchè  pareva 
ch'egli  fosse  stato  molto  volenteroso  di  questa  pace...  »  (Cron.  di  Bol., 
c.  472-3). 


I 


—  223  — 

magne,   où  ils  recueillirent  le  serment  et  remplacèrent  les 
recteurs*. 

On  remplaçait  aussi  parfois  les  soldats  de  Bernabô',  et  la 
mission  n'était  pas  sans  danger.  Des  embûches  furent  ten- 
dues aux  ambassadeurs  par  tous  ces  mercenaires,  que  la  paix 
allait  laisser  sans  moyens  de  subsistance.  Des  Hongrois 
avaient  été  envoyés  au  secours  de  l'Église  par  le  roi  Louis  : 
ils  étaient  venus  camper  près  de  Bologne,  en  dévastant  d'une 
manière  atroce  les  pays  qu'ils  traversaient.  Ils  firent  plus  de 
5,000  livres  de  dégâts  dans  la  seule  marche  de  Trévisel  Ils  s'indi- 
gnaient contre  ces  négociateurs,  qui  venaient  couper  court  à 
leurs  profits  en  terminant  la  guerre.  Trente  mercenaires,  suivis 
d'une  cohue  entière,  se  jetèrent  sur  eux  «  au  galop  des  chevaux, 
«  avec  les  épées  tirées*  »,  pendant  qu'ils  passaient  près  d'un 
de  leurs  camps.  Philippe  se  crut  perdu  en  les  voyant  :  la  pré- 
sence d'esprit  du  légat,  qui  les  arrêta  par  un  énergique  «  Que 
«  voulez-vous?''  »  les  sauva  d'une  mort  certaine.  Ils  passaient 
souvent,  sans  armes,  par  des  chemins  dangereux,  pendant 
qu'on  pillait  et  assassinait  derrière  eux^ 

Le  20  janvier,  le  recteur  convoqua  le  conseil  à  Bologne  et 
proclama  définitivement  la  paix  entre  l'Église  et  Bernabô'.  Le 
prince  avait  accepté  les  modifications  apportées  par  le  pape 
à  ses  propositions'.  Le  22,  l'évêque  de  Bologne,  Airaery, 
trésorier  de  l'Église  et  vicaire  d'Androuin,  arrivé  dans  la  ville 
le  19  janvier»,  tint  un  second  conseil.  Le  père  Daniel  résigna 

1.  «  E  ad  altre  fortezze  ribelli  per  la  Romagna  e  a  queste  diedero  il 
sacramento  di  dover  far  quello  che  messer  Bernabo  volesse,  mettendovi 
rettori  a  sua  posta  »  (Cron.  di  Bologna,  c.  473). 

2.  Matk.de  Griff. .  c.  \79.  Us  prodamaient  la  paix  en  passant  (îô/rf.) 
.i.  Le  doge  cita  cet  exemple  en   1364  au  ban   de  Dalmatie,   qui  de- 
mandait des  dédommagements  pour  les  dévastations  des  mercenaires 
allant  en  Crète  (Wenzel,  Mon.  Hunq.  hist.,  Acta  exlera,  t.  11,  p   610) 

"'inno    I  ^^"^'""^  urgentibus,  et  gladiis  extractis  ».   Mézière.s,    Vita 
p.  1009   L  attaque  n'eut  pas  lieu  en  Hongrie,  ainsi  que  le  croit  Wad- 
dmg(Vita  S.  Pétri, -p.  ^-3).  a      .  ^ 

5.  Mézières,  l.  c. 

6.  Ihid. 

7.  Cron.  di  Bologna,  Muratori,  XVIII,  c.  473 

nh.?^J:^v^^ï^'^^''^^''  ')'•  O'^^einer,  o.  c,  il,  p.  411)  «  cum  certis 
nostris  modihcationibus  a  dicta  parte  acceptandis  ». 

«Jo.,ÎT"  ^'.^^"^"^'/na,  L  c.  Si  Aimery  accompagna  les  deux  ambas- 
sadeurs dans  leur  mission,  cette  date  pourrait  bien  représenter  celle 
ûe  leur  arrivée  a  Bologne.  r  ^ 


—  224  — 

ses  fonctions  et  réunit  le  gouvernement  au  vicaire,  d'après  la 
volonté  des  ambassadeurs  qui  administraient  véritablement 
la  ville  II  prêta  serment  dans  leurs  mains,  au  nom  d'Androuin, 
ainsi  que  les  Anciens  et  le  podestat  \  Le  27  du  même  mois, 
il  quitta  même  la  ville,  tandis  que  «  l'archevêque  et  le  chan- 
celier restaient  au  palais,  comme  recteurs,  jusqu'à  1  arrivée 
du  cardinal*  ».  Ils  écrivirent  au  doge  pour  la  seconde  fois, 
lui  demandant  son  concours  pour  le  passage'  (24  janvier). 

Cependant  la  ville  n'était  pas  très  contente  de  cette  paix, 
qui  froissait  les  intérêts  d'un  certain  nombre  de  ses  habitants 
les  plus  influents.  Aibornoz  s'était  formé  une  espèce  de  clien- 
tèle  qui,  vivant  de  ses  largesses,  était  menacée  du  même 
sort  que  les  mercenaires.  Des  émissaires  traversèrent  la  ville 
«  de  quartier  en  quartier,  de  métier  en  métier  »,  répandant 
l'idée  d'une  trahison  de  la  part  des  recteurs.  Ils  voulaient 
livrer  la  ville  à  Beniabô,  qu'ils  connaissaient  si  bien.  On 
sonna  les  cloches,  et  la  foule  se  rassembla  furieuse  aux  cris 
de  «  A  mort  les  traîtres  »,  tandis  que  les  partisans  du  gou- 
vernement essayaient  de  calmer  les  agitateurs. 

Par  bonheur,  Philippe  et  son  ami  se  trouvaient  hors  de  la 
ville,  ce  jour-là,  dans  un  de  ces  châteaux  des  environs  dont 
ils  devaient    prendre  possession  au  nom  de  l'Éghse.  Ils  re- 
vinrent le  lendemain  vers  Bologne,  sans  se  douter  de  ce  qui 
les  menaçait  au  retour.  Ils  observèrent  avec  étonnement  que 
personne  n'était  venu  à  leur  rencontre,  tandis  qu'auparavant 
une  multitude  enthousiaste  accourait  au  devant  de  l'arche- 
vêque Des  amis  du  dehors*  leur  annoncèrent  la  révolte,  leur 
conseillant  de  ne  pas  rentrer  dans  la  ville,  bien  qu'innocents. 
Ils  se  décidèrent  cependant  à  braver  les  menaces  et  y  péné- 
trèrent. .    , 
On  les  reçut,  sans  les  saluer,  avec  des  murmures.  Arrives 

1  «  Di  volontà  d'essi  ambasciadori,  che  ildisegnarono  e  rifermarono 
rettore  e  il  fecero  giurare  tra  le  loro  mani  in  nome  d<  me.sere  An- 
droTno.'  E  cosi  fecero  giurare  gli  Anziani  e  il  Podesta  ».  ^Cron.  de  Bol., 

'^f\  L'arcivescovo  et  il  cancelliere  stavano  in  palazzo  corne  reggitori 

^t  Ï^Ui^rU^^i^  l^n^'et  celui  du  notajre  vénit^n  Deside^. 
{Desîderati  nolarii  nostri),  ap.  Mas-Latrie,  H.  C,  t.  III,  p.  745,  note 
4.  «  Forenses  ». 


—  225  — 

à  leur  hôtel,  l;i  raultitiule  se  rassembla  pour  les  tuer  :  il  n'y 
avait  presque  plus  d'espérance  de  leur  échapper.  Le  légat  se 
mit  à  prier  alors,  et  «  moi,  dit  Mézières,  qui  ne  voyais  aucun 
«  moyen  d'évasion,  j'attendais  de  moment  en  moment  la  voix 
«  qui  dira:  Qu'ils  meurent'  ».  Pierre  Thomas  célébra  la  messe, 
app(da  ensuite  auprès  de  lui  sou  ami  pour  lui  annoncer  ce 
qu'il  atteudait  de  Dieu.  Puis  ilordonnade  sonner  au  palais  la 
cloche  d'alarme. 

La  foule  accourut  avec  les  mêmes  murmures.  Les  deux 
recteurs  entourés  de  leur  petite  suite  paraissaient,  dit  Phi- 
lippe, être  deux  «  accusés  allant  au  jugement"  m.  Ils  purent 
traverser  à  peine  la  foule  et  s'asseoir  sur  leurs  sièges  habi- 
tuels*.  Les  nobles  qui  conduisaient  le  mouvement,  prirent 
place  à  coté  d'eux,  observant  leur  attitude  et  celle  du  peuple. 
Alors  l'archevêque  se  leva  et  prononça  un  admirable  dis- 
cours, si  heau  et  orné  de  tant  d'exemples  tirés  des  Saintes 
Ecritures  «  que  les  oreilles  des  auditeurs  en  tintaient^  ».  11 
montra  ([ue  l'insulte  n'était  pas  pour  lui,  mais  pour  le  roi  de 
Chypre  et  le  pape,  qu'ils  représentaient,  il  protesta  de  son 
innocence  et  reprit  sérieusement  les  auteurs  du  tumulte,  en 
leur  conseillant  la  paix.  Un  docteur  es  lois,  qui  comptait  parmi 
les  premiers  de  la  ville,  et  qui  était  peut-être  François  des 
Rasponi,  qui  accompagna  Gomez  à  son  départ',  se  leva 
ensuite  et,  en  répétant  ce  que  venait  de  dire  le  prélat,  demanda 
pardon  pour  la  ville  coupable.  Il  n'y  eut  plus  de  troubles 
ensuite,  et  les  ambassadeurs  administrèrent  paisiblement  Bo- 
logne, jusqu'à  l'arrivée  du  cardinal  de  Cluny  ".  «  Car  ce  jour- 
ce  là,  dit  Mézières,  j'avais  la  garde  de  la  ville  elle-même,  de 

1.  «  Ego  vero  nullum  remedium  evasionis  vidcbam.  auribus  apertis 
continue  expectabam  illara  vocem  diceutem:  Moriantur  ». 

2.  «  Et  quasi  ad  judicium  euntes  ». 

3.  «  Ad  sedeui  assuetam  ».  • 
'i.  «  Uuod  aures  auditMitium  tinniebant  ». 

5.  La  Chronique  de  liolotjne  le  mentionne  d'une  manière  qui  montre 
la  haute  considération  dont  il  jouissait  dans  la  ville,  et  Tautorilé  du 
docteur,  mentionné  par  Mézières,  est  significative. 

6.  Mézières,  Vita.  l.  c,  pp.  1009-1010.  La  révolte  fut  favorisée  par 
la  grande  tidélité  des  bourgeois  de  Bologne  envers  le  pape.  En  IMi'S, 
une  députation  des  habitants  était  venue  protester  de  son  dévouement 
envers  l'Eglise,  à  Avignon  même  :  elle  était  composée  de  Jean  Calda- 
rini,  docteur  en  décrets,  et  Catalo  de  Lala,  chevalier.  Le  pape  les  en 
remercia  le  28  mars  (Arrh.  du  Vatican,  245,  f''  115.  dans  Theiner,  o.  c, 
II,  p.  'i08).  ' 

M.  JoROA.  Philippe  de  Mézières.  15 


—  2^26  — 

«  son  château  et  les  clefs  de  cent  vingt  autres,  quej'admi- 
«  nistrais  au  nom  de  mon  père'  ». 

Le  dimanche,  28  janvier,  l'archevêque  et  le  chancelier^ 
allèrent  changer  les  garnisons  des  châteaux,  à  Lugo  et 
ailleurs.  Les  étrangers  furent  payés  pour  le  service  qu'ils 
avaient  fait  depuis  la  prostation  du  serment'',  et  remplacés. 

Pendant  ce  temps  Androuin  s'approchait  de  Bologne,  par 
un  hiver  excessivement  rigoureux*.  11  passa  par  les  États  du 
marquis  de  Montf errât''  et  entra  à  Milan  le  27  janvier  ^  La 
paix  fut  proclamée  le  lendemain  dans  la  ville ',  et  le  cardinal, 
qui  fut  très  bien  reçu  par  Bernabô,  son  ami**,  se  dirigea  vers 
Bologne,  par  Ferrare  et  Cento^  Il  fut  reçu,  au  pont  do  Cor- 
ticella'^  par  quatre  brigades  de  jouteurs^  une  pour  chaque 
quartier",  par  les  compagnies  des  notaires,  des  changeurs,  des 
marchands  de  drap  et  de  soie,  des  bouchers  et  des  apothicai- 
res '^  tous  à  cheval.  L'entrée  se  fît  par  la  porte  Galliera,  le  7  fé- 
vrier 1364 '■';  de  jeunes  nobles,  vêtus  d'un  habit  de  même  tour- 


1.  «  Nam  illa  die  custodiam  liberalem,  claves  civitatis,  castri  ejus, 
et  claves  centum  viginti  castrorum  in  manu  mca  vice  Patris  mei  libère 
tenebam  et  regebain  «  (Vila,  l.  c,  p.  1010). 

2.  La  Chronique  de  Bologne,  l.  c,  ne  mentionne  que  le  premier. 

3.  Dal  di  chcssi  aveano  giuralo  sollo  l'Arcivescovo  (Cronaca  di 
Bol..,  L  c).  On  leur  paya  aussi  les  munitions  se  trouvant  encore  dans 
les  châteaux  (ibid.).  La  Chronique  attribue  à  Pierre  Thomas  la  conclu- 
sion de  la  paix  entre  la  France  et  l'Angleterre,  Venise  et  Crète  [ilnd.). 

4.  Le  froid  dura  deux  mois  et  demi,  à  commencer  par  les  fêtes  de 
Noël  (ibid.). 

5.  11  s'était  entendu  avec  lui  avant  d'arriver  à  Milan  {Benev.  de  S. 
Georgio  Hisloria  .Montis  Ferrati,  ap.  Muratori,  R.  II.  Scr.,  t.  XXIIl, 
c.  549-550). 

6.  Ibid.  Cf.  Annal.  Mediolancnses,  ap.  Muratori,  XVI,  c.  734  e. 

7.  Azario,  l.  c.,  ann.  1364  (le  28).  Les  Annales  donnent  la  date  du 
27  janvier. 

8.  Il  devint  à  cette  occasion  «  suo  compare  »  (Corio,  /.  c.,  î"  177  v"). 

9.  Cron.  di  Bologna.  l.  c. 

10.  Cron.  di  Bologna,  ibid.  «  Et  Antiani  portaverunt  sibi  claves  Bo- 
noniae  usque  ad  pontem  extra  Portaui  Galleriae  »  {Mat.  de  Gri/fo- 
nibits,  dans  Muratori,  t.  XVIII,  c.  179-80). 

11.  c(  Iverunthomincssocietatum  Bononiensium...  et  magnae  brigatae 
bagurdatorum  bagurdando,  et  magnum  festum  faciendo  »  (ibid.).  Cf. 
Chron.  de  Bot.,  l.  c. 

12.  ((  Beccai  »,  «  speziali  ». 

13.  La  Ckronique  de  Bologne,  principale  source  pour  ces  événements, 
donne  la  date  du  7  février,  mercredi,  qui  paraît  être  la  vraie.  Les  ré- 
jouissances commencèrent  cependant  la  veille  de  ce  jour.  .Mathieu  des 
Griffoni  indique  très  précisément  le  5  («die  festi  S.  Agathae.  v.  mensis 
Februarii  (et  fuit  prima  dies  Quadragesimae)  ».  La  Cliv.  de  Bologne  le 


—  m  — 

mire',  portaient  sur  sa  tête  un  baldaquin  d'écarlate.  Le  c*«;*- 
roccio  l'attendait  avec  les  gonfanons  de  la  ville  :  il  alla  en  grand 
apparat,  précédé  des  musiciens  et  suivi  par  une  nombreuse 
suite,  dans  laquelle  on  voyait  Nicolas  d'Esté,  marquis  de 
Ferrare,  jusqu'à  l'église  de  Saint-Pierre,  où  on  célébra  la 
messe".  Les  Anciens  lui  offrirent  les  clefs  de  la  ville '^i  il 
reçut  celles  des  châteaux  appartenant  à  l'Église  de  la  main 
de  Philippe  de  Mézières*  et  s'installa  dans  le  palais  même 
qu'avaient  habité  les  ambassadeurs,  le  palais  délia  Biada.  Les 
fêtes  durèrent  jusqu'au  dimanche  suivant''. 

Les  ambassadeurs  se  succédaient  sans  cesse  dans  la  ville, 
où  on  attendait  la  conclusion  définitive  de  la  paix^  qui  ne  f\it 
signée  que  le  13  mars  suivant.  Elle  fut  annoncée  au  son  de 
la  cloche,  en  présence  do  l'évéque  de  Syracuse,  envoyé  par 
le  cardinal  Albornoz'.  Bernabô  s'engageait  à  rendre  les  châ- 
teaux en  recevant  de  la  part  de  l'Eglise  cinq  cent  mille  florins 
d'or,  àpayer  en  huitans.  Le  premier  terme  devait  suivre  d'un 
mois  la  conclusion  de  la  paix\  Si  l'Église  ne  tenait  pas  ses 
engagements'',  les  châteaux  devaient  revenir  à  leur  premier 
possesseur  "^.  Une  clause  séparée  s'occupait  de  ceux  que 
Bcrnabù  avait  bâtis  sur  le  territoire  des  marquis  de  Ferrare, 
à  Modène.  11  était  autorisé  à  les  reprendre,  s'il  ne  parvenait 

fait  séjourner  treize  jours  à  Milan,  ce  qui  est  impossible.  La  date  est 
attestée  aussi  par  la  Chronique  d'Esté  (Mur.,  XV',  c.  486  a). 

1.  «  A  un  taglio  »,  Cron.  di  Bolof/na,  1 .  c.  Cf.  sur  toutes  ces  fêtes  la 
réception  pareille  du  cardinal  de  Bologne.  Ange  Grimoard  {Cron.  di 
Bol.,  l.  c,  c.  'i84-ô). 

2.  Cron.  di  Boloqna,  l.  c. 

3.  V.  note  10  de  la  page  22(). 

4.  Vita,  l.  c,  p.  1010. 

5.  Cron.  di  Bol.,  l.  c.  :  elles  furent  défendues  le  vendredi  par  le 
cardinel,  quel(|ues  compagnies  étant  «  nudatedi  vestimenti  »  (c.  474). 
11  y  eut  des  tournois  (M.  de  Gril]'.,  L  c.  c.  180).  Nicolas  d"Este,  qui 
y  jouta  peut-être,  arma  chevalier  Thomas  di  Puccio  des  Ghisilieri  {Cron. 
di  Bol.,  Mai.  de  Griff.,  II.  rc). 

6.  Cron.  di  Bologna,  ibid. 

7.  Cron.  di  BuL,  c.  474».  Il  arriva  dans  la  ville  le  2  mars. 

8.  11  ne  devait  être  que  de  o  1250  florins  :  l'argent  se  trouvait  déjà 
dans  les  mains  du  cardinal  de  Bologne.  Le  traité  fut  signé  défini- 
tivement le  la  mars,  dans  le  palais  du  nouveau  légat,  à  Bologne, 
devant  plusieurs  grands  personnages  ecclésiastiques  (m  cjus  caméra 
pnramenli).  Cf.  sur  les  conditions  Tlieiner,  Cod.  diploin.  domin.  tem- 
par.  S.  Sedi-s,  il,  p.  411-415;  et  Cron.  di  Bol.,  c.  485  o. 

9.  Si  elle  ne  payait  pas  son  terme,  un  mois  après  le  temps  fixé  par 
le  traité  (ibid.). 

10.  On  ne  devait  pas  prendre  les  armes  cependant  qu'un  mois  après. 


—  228  — 

pas  à  conclure  une  paix  avec  les  d'Esté.  En  cas  contraire,  ils 
seraient  démolis  par  ordre  du  cardinal  *.  Des  amendes  étaient 
décrétées  contre  ceux  qui  violeraient  les  premiers  cette  paix 
si  difficilement  conclue  ^  Bernabù  restitua  les  lettres  aposto- 
liques qui  le  nommaient  vicaire  de  Bologne*. 

Androuin  s'était  entendu  déjà  avec  le  marquis  de  Mont- 
ferrat;  il  négocia  avec  les  procurateurs  de  Nicolas  d'Esté,  de 
François  de  Carrare,  de  Feltrin  et  de  Louis  de  Gonzague  à 
Milan.  Cansignorio  et  Alboin  délia  Scala  adhérèrent  au  traité 
à  Bologne  et  la  paix  s'étendit  à  la  ligue  entière*.  Elle  dura 
jusqu'en  1368,  et  rendit  à  l'Église  la  tranquillité,  qui  lui  était 
si  nécessaire  après  de  longues  années  de  combat.  «  Et  on 
«  ne  se  souvient  pas,  dit  Mézières  vers  cette  époque,  d'une 
a  paix  en  Lombardie  qui  durât  aussi  longtemps  que  la  paix 
((  présente''.  »  Cette  paix,  dont  il  parle  avec  orgueil,  était  son 
œuvre  surtout,  bien  que,  dans  son  récit,  tout  le  mérite  en  soit 
attribué  à  son  «  père  »  l'archevêque.  Le  cardinal  légat  recon- 
nut ses  services,  en  le  recommandant  chaleureusement  au  roi 
de  Chypre  et  à  l'empereur,  que  Philippe  comptait  visiter  bien- 


1.  Ihid.  Quant  au  château  de  Lugo,  le  cardinal  devait  faire  une 
enquête  sur  son  véritable  propriétaire,  le  retenir  ensuite  ou  le  rendre 
à  Bernabôou  à  l'église  de  Ravenne  {ibid.). 

2.  200,000  florins  pour  chaque  clause  violée  et  le  double  des  dégâts. 

3.  Ihid. 

4.  Ibid.  La  paix  avec  Nicolas  d'Esté  était  conclue  dès  le  3  mars 
(Chron.  Esleme,  Muratori,  XV,  c.  487).  Elle  aurait  été  notifiée  à  Mont- 
ierrat  dès  le  11  février  {B.  de  S.  Georgio,  l.  c,  c.  5't9-50).  Androuin 
continua  à  être  légat  jusqu'en  1367,  quand  le  cardinal  de  Bologne,  Ange 
Grimoard,  frère  d'Urbain  V,  prit  sa  place  (nommé  le  17  déc.  1366, 
v.  Theiner,  II,  450  et  suiv.).  Il  entra  dans  la  ville  â  grande  pompe, 
le  5janv.  suivant  (Oon.  di  Bologna,  l.  c,  c.  484-5,  .)/.  de  Gri/f.,  181, 
b-d).  On  accusa  son  prédécesseur  d'avoir  été  trop  bon  envers  ses  offi- 
ciers qui  en  abusaient  (Cr.  di  Bol.,  c.  485).  V.  aussi  Primum  addit.  ad 
Chron.  Corl.,  Maratori,  XII,  c.  974  b-5  B. 

5.  Mézières,  Vita,  l.  c,  pp.  1008-9  :  «  quae  usque  ad  diem  présen- 
tera adeo  laudabiliter  durât.  Et  non  reducitur  ad  memoriam  aliciijus 
viventis.  pacem  in  Lombardiam  tantuin  unquain  durasse,  sicut  prae- 
sens  pax.  »  Bernabo  renonça  à  100,000  florins,  en  1365  (Theiner, 
II,  p.  429).  Cf.  sur  les  causes'  de  la  paix  la  lettre  du  pape  à  Cliarles  IV  : 
«  quia  civitas  Bononiensis  ac  civitates  et  terre  provincie  Romandiole 
ex  longis  et  duris  guerris  nim.is  erant  conçusse,  alieque  terre  ejus- 
dem  ecclesie...  erant  importabiliter  aggravate,  ac  tua  et  aliorum 
principum,  cum  quibus  dictam  habebas  discordiam,  petita  et  diucius 
expectata  subventionis  subsidia  non  poterant  amplius...  expectari  » 
(Theiner,  II.  p.  411).  La  paix  n'eut  rien  de  honteux  pour  l'Eglise,  ainsi 
que  le  croit  Villani  (1.  XI,  ch.  lxu,  éd.  c.  pp.  451-2). 


—  229  — 

tôt  (9  mars)'.  Il  y  fait  l'éloge  sincère  de  sa  fidélité,  de  sa  pru- 
dence et  de  son  habileté  diplomatique^  Des  lettres  pareilles 
furent  envoyées  par  Bernabô  lui-même  au  roi  de  Chypre 
(28  mars)l 

Si  la  guerre  de  Lombardie  empêchait  l'Église  de  prendre 
intérêt  au  passage,  une  autre  guerre,  qui  éclata  vers  la  fin  de 
l'année  1363,  menaça  de  rendre  l'expédition  impossible,  en 
lui  (Haut  les  moyens  de  transport.  Pendant  que  Pierre  I"  tra- 
versait la  France,  gagnant  des  adhérents  à  ses  projets  et 
exhortant  les  princes  à  prendre  la  croix,  une  grande  révolte, 
la  plus  terrible  parmi  colles  qui  agitèrent  les  possessions  de 
Venise,  éclata  en  Crète. 

Le  régime  colonial  des  Vénitiens  était  assez  doux  et,  dès  le 
commencement,  l'île  de  Crète  fut  traitée  avec  une  grande 
bienveillance.  Les  indigènes  gardèrent  leurs  propriétés  et 
leurs  lois  civiles  ;  on  leur  accorda  même  une  part  au  gouver- 
nement*. Cependant,  pour  s'assurer  de  leur  obéissance,  des 
colons  vénitiens  furent  envoyés  en  1209,  par  le  doge  Ziani^ 
des  fiefs  leur  furent  accordés  dans  l'île,  ainsi  que  des  privi- 
lèges. C'était  une  véritable  occupation  militaire  du  pays,  qui 
ne  coûtait  rien  à  la  Républi(iue. 

La  communauté  des  intérêts  ne  tarda  pas  cependant  à  rap- 
procher ces  nouveaux  habitants  des  anciens.  Une  révolte 
éclata  en  1332  dans  l'île,  à  cause  de  l'armement  de  deux 
galères  qui  devait  se  faire  à  leurs  frais  ".  Un  autre  soulève- 
mont  excité  par  un  Grec,  Costa  Kapsokalini,  suivit  en  1342 \ 

La  grande  révolte  de  1363  eut  des  causes  semblables.  Un 
impôt  fut  décrété  pour  des  réparations  à  faire  au  port  de  Can- 


1.  Lettres  de  Mézières,  Bibl.  de  l'Ar-senal,  ms.  n"  499,  f"--  l'iô,  li6- 
146  V"  :  «  a  quo  (Philippo),  ad  veslre  Screnilatispresenciam  accedente, 
super  hiis  seriatiin  poterit  Imperialis  Majestas...  informari  »  ({"  l'*6  v"). 

2.  «  \'ir  uti(iuo  industria  et  tide  preclarus,  discrecione  preditus  et 
milite  soUicitiKiinis  providentia  circumspectiis  »  (f"  146  v").  La  lettre 
ne  fut  pas  écrite,  paraît-il,  à  l'instigation  de  Mézières,  qui  en  remercia 
le  cardmal  par  une  lettre  de  1365  (f"  144  v"). 

3.  Lettres  de  Mézières,  f"  146  v". 

4.  Mas  Latrie,  Rapport  sur  les  Patti,  dans  les  Arch.  des  missions 
scientifiques.  I,  p.  291,  note. 

5.  Sanudo,  Muratori,  /.  <?.,  t.  XXII,  c.  656.  Cf.  Carcsino,  ibid., 
t.  XIL  c.  428.  Les  colonies  furent  envoyées  en  1206. 

6.  Ronianin,  Sloria  docum.  di  Venezia,  III,  p.  114. 

7.  Ihid.,  p.  I'i6. 


.     230  — 

die.  Les  colons,  forts  de  leurs  privilèges,  refusèrent  de  le 
payer  et  menacèrent  le  duc  d'une  révolte,  s'il  le  publiait  '. 
On  leur  objecta  que  la  République  gardait  la  propriété  des 
biens,  qu'ils  ne  tenaient  qu'en  fief  :  un  grand  nombre  de 
colons  s'entendit  avec  les  chefs  des  Grecs  pour  résister.  Les 
principaux  meneurs  appartenaient  à  la  famille  des  Grade- 
nigo  et  des  Venier;  les  Calergi  représentaient  les  indigènes'. 

Les  mécontents,  réunis  dans  l'église  de  S.  Titus,  renou- 
velèrent leur  refus  de  payer  Timpùt  avant  l'envoi  de  \mgi  sages 
à  Venise  pour  y  défendre  les  intérêts  de  l'île '.  Le  duc,  Léonard 
Dandolo,  ne  tint  pas  compte  de  leurs  menaces  et  l'impôt  fut 
décrété.  On  avertit  ceux  qui  s'étaient  réunis  à  l'église,  que  la 
confiscation  de  leurs  fiefs  et  la  mort  même  les  attendaient, 
s'ils  essayaient  d'exciter  une  révolte.  Ils  répondirent  à  sa  som- 
mation, en  prêtant  serment  de  ne  pas  se  séparer,  durant 
les  événements  qui  allaient  suivre. 

Le  lendemain,  les  nobles  attaquèrent  avec  leurs  gens  le 
palais  ducal.  La  porte  fut  brisée  et  le  duc,  qui  montra  un 
grand  courage  à  cette  occasion,  ne  parvint  que  difficilement  à 
leur  échapper.  Il  fut  emprisonné  ainsi  que  les  officiers,  les 
marins  et  les  marchands  vénitiens,  et  leurs  biens  pillés  par  la 
multitude.  Marc  Gradenigo,  surnommé  le  Vieux,  fut  gagné 
par  les  révoltés,  qui  en  firent  leur  duc  ;  un  conseil  de  quatre 
colons  lui  fut  adjoint  pour  le  gouvernement  de  l'île,  qui  rêvait 
peut-être  la  fondation  d'un  Etat  indépendant.  Les  prisonniers 
pour  crimes  ou  pour  dettes  furent  délivrés,  à  condition  de 
fournir  six  mois  de  service  militaire,  ce  qui  forma  une  armée. 
Bientôt  tout  le  pays  chassa  les  recteurs  vénitiens,  qui  furent 
envoyés  à  Candie  :  l'étendard  de  saint  Marc  fut  remplacé  par 
celui  de  saint  Titus,  le  patron  de  l'île  (13  aoùt)\  Dix  Grecs 

1.  Navagero,  Muratori,  XXIII,  c.  10't6. 

2.  Giorgio  et  Zanachi  Calergi  se  trouvaient  parmi  les  chefs,  ihid., 
c.  1050,  ainsi  que  Marc  Gradenigo  le  Sage  (il  .savio,  spiritello),  Jean, 
Titus,  Léon,  François,  Nicolas  et  Antoine.  Trois  frères  Venier  condui- 
saient le  mouvement:  Titus,  indigné  de  l'injustice  qui  lui  avait  été  faite 
à  Venise,  où  un  autre,  plus  jeune  que  lui,  avait  été  nommé  capitaine 
(Romanin,  /.  c,  217),  Teodorello  et  Gerillo.  On  retrouve  les  noms  de 
trois  Cornari  (Marc,  dit  Calzina,  Franguli  et  Louis  «  dalla  Cà  Mazor  ») 
(Xavagero,  l.  c,  c.  1046). 

3.  Romanin,  L  c,  p.  217;  cf.  Navagero,  c.  1046. 

4.  Navagero,  c.  1046  et  suiv.  ;  Sanudo,  c.  656;  Caresino,  c.  428  ;  de 
Monacis  (v.  p.  231,  note  1),  172  et  suiv.  Cf.  Romanin,  L  c,  217  et  suiv. 


—  231   — 

furent  choisis  dans  le  conseil  des  feudataires,  d'autres  furent 
admis  dans  le  Grand  conseil,  l'ordination  de  leurs  prêtres 
devint  libre,  on  parla  même  d'introduire  le  rite  grec  dans 
l'église  cathédrale'. 

Domenico  Michèle,  capitaine  du  golfe,  annonça  la  nouvelle 
de  la  révolte  à  Venise,  vers  la  fin  du  mois^  Trois  galères 
furent  armées  aussitôt  pour  conduire  en  Crète  des  plénipoten- 
tiaires, André  Zono,  Pierre  Soranzo  et  Marc  Morosini  ^  Ils 
devaient  employer  la  douceur  pour  réduire  les  révoltés.  Leur 
mission  ne  réussit  pas  :  ils  furent  congédiés  par  les  chefs  du 
mouvement,  aussi t(3t  après  avoir  annoncé  le  but  de  leur  arrivée. 
Cinq  autres,  qui  arrivèrent  ensuite,  ne  réussirent  pas  davan- 
tage. Les  instructions  furent  données  le  12  septembre  à  André 
Contarini:  ils  devaient  empêcher  toute  intervention  étrangère 
(des  Catalans  étaient  signalés  déjà  dans  les  parages  de  l'île) 
et  demander  les  secours  des  Turcs  mêmes  pour  réduire  les 
révoltés*.  Le  doge  invita  la  chrétienté  entière  à  venir  à  son 
secours,  en  interrompant  toutes  relations  avec  là  Crète'.  Une 
lettre  du  11  octobre  annonça  au  roi  de  Chypre  cette  triste 
nouvelle,  qui  mettait  en  danger  son  expédition.  Celsi  lui  de- 
manda ensuite  de  ne  pas  permettre  des  relations  entre  l'île 
révoltée  et  son  propre  royaume  et  de  lui  donner  des  secours.  Si 
les  révoltés  n'étaient  pas  soumis  bientôt,  ces  affaires  de  Crète 
pourraient,  ajoute-t-il,  retarder  beaucoup  le  passage®. 

Le  roi  venait  à  peine  d'écrire  au  doge  une  lettre  très  enthou- 
siaste, dans  laquelle  il  lui  annonçait  ses  succès  en  Occident, 
où  il  venait  de  gagner  à  la  cause  de  la  croisade  un  assez 
grand  nombre  de  nobles  Français,  Allemands  et  autres,  lui 


1.  Laitrenlii  de  Monacis  (chanc.  de  Crète  vers  1419)  Chron.  (Venise, 
1758),  pp.  174.  179,  181. 

2.  Navagcro,  l.  c.  Il  donne  la  date  du  22  et  Sanudo  du  12  septembre. 
;>.   Sanudo,  l.  c. 

'i.  llornanin,  /.  c,  219.  La  chronique  de  Laurent  des  Monaci  est,  sans 
doute,  une  des  plus  importantes  pour  l'histoire  de  la  révolte.  On  trou- 
vera quelques  renseignements  dans  la  Cro».  Zoîiconiola,  II,  f»  31(i  et 
suiv.  du  nis.  de  Milan,  à  la  Bibl.  de  Brera  (AG.X  16). 

5.  Honianin,  p.  220. 

6.  Multum  impedimenti ,  Mas-Latrie,  Hisl.  Ch.,  t.  III.  p.  742.  D'autres 
lettres  encore  furent  envoyées  à  la  même  époque  (cf.  ibid.).  \'oyez 
celle  que  le  doge  adressa  au  roi  de  Hongrie,  dans  Ljubic,  Monumenta 
spcctanlia  hist.  Slavonim  meridionalitim,  .\gram,  1874,  t.  IV,  p.  58. 
Réponse  du  roi  {ibid.). 


—  232  — 

demandant  (le  remplir  ses  promesses'.  Cette  nouvelle  dut  le 
surprendre  douloureusement,  l)ien  qu'il  ne  doutât  pas  de  la 
victoire  facile  des  Vénitiens.  Il  écrivit  aussitôt  au  prince 
d'Antioclie^  gouverneur  du  royaume,  pour  lui  ordonner  de 
traiter  les  habitants  de  l'ile  révoltée  comme  ses  propres  sujets 
félons  ".  Des  lettres  furent  envoyées  au  doge,  à  la  même  épo- 
que :  il  protestait  de  la  douleur  que  venait  de  lui  causer 
cette  nouvelle.  Il  souffrait  comme  si  la  révolte  venait  d'éclater 
dans  ses  propres  États.  Il  reviendra  bientôt  ^  à  Venise,  avec  les 
chevaliers  d'élite  qu'il  était  parvenu  à  rassembler'*,  pour 
aller  lui-même  en  Crète  et  y  soumettre  les  révoltés,  qui 
s'étaient  montrés  si  indignes  des  bienfaits  que  leur  avait  prodi- 
gués la  République'.  Il  espère  cependant  que  le  doge  lui-même 
parviendra  bientôt  à  réprimer  leur  insolence  ''. 

11  comptait  que  ce  langage  déciderait  le  doge  à.  lever  son 
refus  concernant  les  moyens  de  transport  de  son  expédition. 
Il  pensait  qu'il  aurait  vite  fait  de  réduire  les  révoltés  avec 
ses  propres  troupes  et  celles  que  devaient  lui  fournir  les  Vé- 
nitiens :  il  serait  libre  ensuite  d'employer  pour  le  passage 
les  vaisseaux  de  la  République.  Il  fut  bientôt  détrompé.  En 
réponse  à  sa  lettre  du  20  octobre,  le  doge  lui  écrivit  que, 
bien  que  ses  dispositions  fussent  les  mêmes,  le  passage  était 
impossible  pour  le  moment,  tous  les  vaisseaux  étant  néces- 
saires pour  soumettre  la  Crète.  Une  fois  cette  guerre  termi- 
née, il  s'empressera  de  mettre  des  vaisseaux  à  sa  dispo- 
sition, ainsi  qu'il  l'a  fait  autrefois.  Il  finit  en  l'assurant  do 


1.  Mas  Latrie,  /.  c. ,  p.  743. 

2.  Cornélius,  Crela  sacra,  pp.  326-7  :  lamquam  rebelles  7ioslros. 
Les  Chypriotes  étaient  empêchés  d'aller  en  Crète  ou  d'y  envoyer  des 
vaisseaux  (24  novembre).  Cf.  Mas  Latrie,  Jl.  Cfi.,  l.  c,  742,  note  3  et 
ibid..  II,  p.  252. 

3.  «  Quantum  cellerius  et  comode  poterimus  ». 

4.  «  Cum  electa  manu  nobilium  bellatorum,  quos  ex  diversis  regio- 
nibus  procuravimus  ». 

5.  «  Antiquis  et  quotidianis  civitatis  vestrae  favoribus,  et  tamquam 
de  paterno  cespite  palmites  vestris  educati  alimentis,  et  vestris  de  fon- 
tibus  irrigati  ». 

6.  «  Majorera  insolentiam  in  brevi  tempore  conculcandam  ».  La 
lettre,  datée  du  24  novembre,  a  été  publiée  par  l'auteur  de  la  Crela 
sacra  d'abord  (pp.  327-8),  puis  par  M.  de  Mas  Latrie,  I/ist.  Ch.,  t.  II, 
pp.  250-2.  Voyez  un  résumé  dans  la  publication  des  Comm.,t.  III,  p.  23 
(original  dans  le  vol.  VII,  n"  110).  La  lettre  au  prince  d'.-Xntioche,  ibid. 
(n°  111). 


—  233  — 

ses  sympathies  pour  la  croisade  et  des  soucis  qu'il  avait  pour 
son  hoiinour'.  Mézières  se  trouvait  lui-même  à  Venise  vers 
cette  époque,  et  c'était  après  avoir  discuté  avec  lui  sur  la  pos- 
sibilité du  passage,  dans  ces  circonstances,  que  le  doge  écri- 
vit au  roi  la  dernière  lettre'.  Il  ne  tarda  pas  à  revenir  à  sa 
mission  de  Bologne,  et  bientôt  après,  il  se  dirigea  vers 
Avignon  avec  l'archevêque  et  les  ambassadeurs  lombards. 

Les  demandes  du  doge  furent  reçues  partout  avec  bien- 
veillance. Louis  de  Hongrie'',  Jeanne  de  Naples',  Robert 
d'Achaïe'',  les  Génois  même,  se  butèrent  d'interrompre  toute 
relation  avec  l'île  révoltée  ^  Le  pape,  qui  s'indignait  de  voir 
la  croisade  encore  une  fois  empêchée,  intervint  avec  beaucoup 
de  zèle  et  d'énergie.  Il  écrivit  aux  révoltés,  le  15  octobre, 
pour  les  reprendre  sur  leur  conduite  et  leur  conseiller  de  se 
soumettre.  Ils  ne  tarderont  })as,  s'ils  persistent  dans  leur  aveu- 
glement, à.  être  absorbés  par  les  Turcs,  (jui  ne  craindront 
plus  Venise,  leur  protectrice  :  ils  f(;ront  ensuite  une  mau- 
vaise action,  en  empêchant  le  passage".  Il  écrivit  au  doge 
dans  le  même  sens^  Il  songea  ensuite  à  envoyer  un  média- 
teur en  Crète  et  choisit  pour  cette  mission  Pierre  Thomas.  Il 
devait  aller  à  Venise  et  apaiser  cette  discorde  qui  mettait  en 
danger  la  chrétienté  entière,  en  exposant  les  conséquences 
désastreuses  qu'elle  pourrait  avoir.  Le  pape  l'autorise  à  con- 
clure une  paix  ou  une  trêve  ou,.au  moins,  à  annuler  les  alliances 
et  les  serments  des  deux  parties,  à  employer  enfin  les  cen- 


1.  29  novembre.  Publiée  par  M.  de  Mas  Latrie  (//is^  de  Chypre,  III, 
p.  743).  La  lettre  fat  envoyée  avec  celle  du  11  octobre  en  double  copie  à 
l'agent  de  la  République  en  Mandre  pour  les  envoyer  au  roi  par  deux 
courriers  différents  (ibid.,  note  3). 

2.  «  l'ridie  babito  novo  »,  dit  le  doge  en  parlant  de  la  révolte  de 
Crète,  et  ensuite  il  mentionne  la  présence  du  cliniicelier  seul  à  Venise 
(«  vestro  cancellario  Iniic  Veneciis  présente  nobiscuin  illico  »,   ibid.). 

3.  6  novembre  1363  (Comm.,  Vil,  n°  98;  t.  III,  p.  21).  Cf.  Ljubié, 
l.  c,  p.  58. 

4.  9  novembre  (Comm.,  w  lO'i  ;  t.  111,  p.  22). 

5.  14  novembre  (Comin.,  n"  105;  ihid.). 

().  9  novembre,  avec  quchiues  conditions  (les  vaisseaux  i)nrtis  déjà, 
de  l'argent  à  recouvrer,  sous  serment).  (Comm.,  VII,  n"  102,  t.  III, 
pp.  21-2.  Cf.  n"  103). 

7.  «  Générale  passagium  per  nos  dudum...  indictum,  ad  quod  pros- 
père dirigendum  totis  mentis  anelamus  affectibus.  »  Arch.  du  Vatican, 
245.  f"s  273-3  v".  La  lettre  est  adressée  poptdo  rivitatis  Caridiensis. 

8.  Très  insigniliante.  Arch.  du  Vatican,  245,  f*'"  273  y"-4. 


—  234  — 

sures  ecclésiastiques'.  Des  lettres  lui  furent  remises  pour  le 
doge  pour  l'inviter  de  nouveau  au  passage  ^ 

L'archevêque  ne  partit  pas  pour  Venise  directement.  Il 
arriva  à  Bologne  et  y  resta  jusqu'à  l'arrivée  du  cardinal  légat. 
Pendant  ce  temps  le  pape  continuait  ses  efforts.  11  avait  reçu 
de  nouvelles  lettres  de  la  part  du  doge,  sur  le  fait  du  pas- 
sage, avant  le  19  janvier  13G4,  quand  il  lui  répondit,  en  lui 
reprochant  la  décision  qu'il  avait  prise,  de  ne  plus  fournir 
son  contingent  à  la  croisade,  à  cause  des  affaires  de  Crète.  Il 
parle  encore  de  la  mission  de  Pierre  Thomas'',  et  espère  que 
la  paix  sera  bientôt  rétablie,  lui  permettant  de  secourir  d'au- 
tant plus  le  passage,  qu'il  l'espérait  le  moins'.  La  puissante 
armée  qu'il  est  en  train  de  préparer  contre  les  Candiotes, 
serait  employée  alors  contre  les  Infidèles'. 

Le  6  janvier  déjà,  Philippe  et  l'archevêque  avaient  écrit  de 
Crémone  au  doge,  lui  annonçant  leur  prochaine  arrivée  à 
Bologne  pour  y  traiter  de  la  paix  au  nom  du  roi.  Ils  lui 
parlent  du  voyage  à  Venise  qu'ils  comptent  faire  ensuite  pour 
y  préparer  le  passage.  Le  comte  de  Savoie  est  disposé  aussi  à 
y  prendre  part  et  ils  viennent  de  le  voir  en  passant.  Ils  adres- 
sent enfin  à  Celsi  de  ferventes  prières  pour  obtenir  de  lui  que 
le  passage  fût  rendu  possible.  Les  lettres  arrivèrent  le  13  du 
même  mois  à  Venise  et  le  doge  se  trouva  très  embarrassé 
pour  leur  répondre.  Il  leur  offrit  cependant  d'employer  pour 
le  passage  les  vaisseaux  qu'il  destinait  à  la  guerre  de  Crète, 


1.  6  décembre  1363  {Arch.  du  Vatican,  246,  f"«  46  vo-8). 

2.  Même  date  ;  cf.  «  tam  vos  quam  iidem  Candienses,  tamquam 
athlète  Christi,  illud  (le  passage)  prosequi  uberius  et  potentius  va- 
leatis  »  (Arch.  du  Vatican,  246,  f""^  l{'i  vo-35).  Suit  la  mention  d'une 
lettre  pareille  adressée  aux  Candiotes  (ihid.,  î"  35).  Cf.  Comm.,  VII, 
n"  114;  t.  111,  p.  23. 

3.  Hiis  dielms.  La  lettre  résume  celle  du  doge  :  «  contenta  in  eis, 
videlicet  quod  sancto  ultramarino  passagio,  prout  afToctabas,..  ])ropter 
guerram  Candicnsem.  que  libi  necesssrio  imminebat,  subvenire  ne- 
quibas,  non  intelleximus  jocundanter.  » 

4.  «  Ubi  putabas  minus  possedictum  juvare  passagium,  plus  juvare 
poteris  et  juvabis». 

5.  <(   Tuum  potentem    mai'itimum    et    terrestrem   exercitum 

convertcndo  ».  Arch.  du  Valicnn.  246,  f^^  68-8  v".  Résumé  dans  la 
publication  des  Conimon.,  t.  II,  p.  25.  V.  sur  toutes  ces  négociations 
la  chronique  de  Caroldo,  ms.  de  la  Bibl.  nat.,  f"  199  v,  cf.  f"  203  v". 
Les  renseignements  de  Caroldo  sont  assez  exacts,  cependant  il  est 
permi-s  de  douter  que  le  Pape  ait  proclamé  une  croisade  contre  les  Can- 
diotes (Caroldo,  f"  203  V"). 


—  235  - 

à  condition  que  le  roi  et  le  comte  soumettraient  d'abord  les 
révoltés.  La  tlotte,  qui  doit  recevoir  les  mille  chevaliers  et 
deux  mille  piétons  destinés  à  aller  en  Crète,  pourrait 
attendre  alors  jusqu'au  milieu  du  mois  de  mars.  D'autres  vais- 
seaux transporteraient  ensuite,  de  temps  en  temps',  les  croisés 
qui  arriveraient  plus  tard  à  Venise.  Ces  propositions  furent 
communiquées  au  roi  par  une  lettre  du  28  janvier  ^ 

Une  nouvelle  lettre  fut  adressée  par  les  deux  ambassadeurs 
au  doge,  le  24  janvier,  quelques  jours  avant  leur  départ  de 
Bologne.  Le  notaire  vénitien  Desiderato,  qui  avait  apporté 
peut-être  une  réponse  à  la  lettre  du  6,  s'associa  à  leurs  pro- 
positions. On  ne  connaît  pas  le  contenu  de  ces  dernières  ;  le 
doge  leur  écrivit  le  28,  en  leur  demandant  d'envoyer  à  Ve- 
nise, au  terme  prescrit,  mille  chevaliers  destinés  a  l'expédi- 
tion contre  la  Crète*. 

Mézières  avait  reçu  déjà  une  lettre  autographe  du  roi,  l'in- 
vitant à  partir  avec  Pierre  Thomas  pour  Venise,  où  il  devait 
préparer,  au  terme  fixé  par  le  pape,  1"  mars  1364,  les  choses 
nécessaires  pour  le  passage*.  Des  lettres  de  recommandation 
avaient  été  données  aux  ambassadeurs  par  le  pape,  auprès 
duquel  ils  se  trouvaient  encore  le  6  décembre  '. 


1.  «  De  tempore  in  tempus  ». 

2.  Florence,  Bibl.  Capponi,  Lihcr  secretorum,  f»*  60  v"  et  71  v", 
extraits  dans  Mas  Latrie,  Ilisl.  de  Chi/p.,  t.  Il[,  pp.  7V'i-5. 

3.  Florence,  Bibl.  Capponi,  IJher  sec7'elonim,  i"6'i  (répon.se  du  doge), 
ap.  Mas  Latrie,  Jlist.  de  Ch.,  t.  Il,  p.  745,  note  1  :  «  pro  récupérations 
insuie  nostre  ». 

4.  V.  Wenzel,  /.  c,  H,  p.  609:  «  dénotantes,  (]uod  curn  per  suas 
littcras  et  nuncios  ipse  dominas  rex,  nobis  existentibus  pro  pace  Lom- 
bardiae  jam....  féliciter  consummata,  significaverit,  se  futuruin  Ve- 
neciis  per  totum  mensem  Aprilis,  transiturus  cum  nobili  comitiva 
duorum  millium  miiitum  ellectorum  pro  inchoando  passagio  inter  quos 
sunt  cornes  Sabaudio,  et  niulti  alii  nobiles  et  magnâtes  ».  Mézières, 
Vita,  p.  1010.  Ces  lettres  arrivèrent  à  Bologne,  où  se  trouvait  le  cban- 
celier  à  cette  époque,  au  mois  de  janvier  (après  le  6,  quand  il  était  à 
Crémone  encore),  parce  qu'il  se  plaint  de  ce  que  deux  mois  seu- 
lement le  séparaient  du  terme  fixé  pour  le  départ  (ihid.).  Cf.  dans 
Carmesson  :  «  Misitque  littcras  propria  maïui  scriptas  nobili  mi- 
liti  domino  Philippo  de  Maseriis,  cancellario  regni  Cipri,  adhuc,  cum 
Dei  famulo,  in  Hononia  existent!,  quatenus  iret  \'enecias  festinanter, 
et  navigia  pro  passagio  disponeret  et  alla  necessaria  sine  mora  ». 

5.  Lettre  du  pape  au  doge  Celsi  (6  déc.  i;i63)  :  «  X'enerabili  fratri 
nostro  Petro,  archiepiscopo  Cretensi,  et  dilecto  filio,  nobili  viro,  Phi- 
lippo de  Maseriis  militi,  régis  prefati  cancellario,  lalorihus  prescntium, 
pro  hiis  ex  parte  dicti  régis  ad  ve.stram  presentiam  venientibus,  velis 
tribucre  consilium  et  lavoreni  ».  Arrli.  du   Vatican,  2'i6,  f"^  ;J4-o'i  v". 


—  236  — 

Philippe  fut  très  surpris  de  voir  ces  lettres  arriver  deux  mois 
seulement  avant  le  terme  fixé  pour  le  passage  :  les  difficultés 
qu'il  devait  rencontrer  à  Venise,  ne  Tencourageaient  pas  trop 
à  partir.  Il  n'aurait  pas  voulu  fatiguer  l'archevêque  qui  avait 
été  si  occupé  pendant  l'année  qui  venait  de  finir  :  cependant 
il  se  décida  à  demander  son  conseil.  Pierre  Thomas  accepta 
de  le  suivre  dans  sa  nouvelle  mission,  dont  le  succès  était 
tout  aussi  incertain  que  celui  de  la  première  \ 

Ils  arrivèrent  à  Venise,  le  8  février  ou  le  10",  et  y  trou- 
vèrent les  choses  dans  un  état  plus  triste  encore  qu'ils  ne  le 
croyaient.  Les  tentatives  réitérées  de  pacification  faites  par  le 
doge'\  avaient  échoué  devant  l'opiniâtreté  des  insurgés,  qui  ne 
daignèrent  pas  même  faire  connaître  leurs  conditions.  Le  2  fé- 
vrier, le  chancelier  de  Venise^  Raffaïno  des  Caresini,  avait 
traité,  comme  procurateur  du  doge,  avec  le  célèbre  condottiere 
Lucchino  dal  Verme,  qui  allait  commander  l'armée  d'invasion. 
Deux  nobles  Vénitiens  devaient  l'accompagner  comme  gou- 
verneur et  conseiller,  en  lui  laissant  cependant  la  direction 
des  affaires.  L'expédition  devait  partir  de  Venise  vers  le 
milieu  du  mois  de  mars  ^ 

On  pense  bien  que  les  demandes,  assez  élevées,  de  Phi- 
lippe de  Mézières  durent  être  reçues  avec  froideur  par  le 
doge,  qui  avait  d'autres  préoccupations  que  le  passage.  Phi- 
lippe réclamait  aux  Vénitiens  des  vaisseaux  pour  2,000  che- 
valiers qui  devaient  partir  avec  le  roi  vers  le  mois  de  mars. 
On  s'engageait  à  payer  toutes  les  dépenses  '\ 


L'arrivée  du  roi  y  est  représentée  comme  prochaine  (il  viendra  bientôt 
à  Venise,  «  et  inde  cito  recedere  et  Deo  comité  cum  eisdem  nobilibus 
et  aliis  fidebbus  transfretare  »).  Cf.  la  lettre  au  roi  de  Hongrie  (5  dé- 
cembre 1363). 

1.  Mézières,  Vila,  p.  1010. 

2.  Ils  partirent  de  Bologne  après  l'arrivée  du  cardinal  de  Cluny 
(5  février  ou  7),  puisqu'il  est  impossible  que  les  lettres  de  recomman- 
dation aient  été  écrites  à  la  requête  de  Mézières  et  confiées  à  lui-même 
(9  mars),  l^ne  lettre  employait  environ  trois  jours  pour  arriver  de  Ve- 
nise il  Bologne  et  les  ambassadeurs  étaient  pressés. 

3.  Romanin,  l.  c.  V.  p.  231  du  présent  ouvrage. 

i.  Aoir  le  contrat,  conclu  à  .Milan,  le 2  février,  Com?nem., VII,  n°  129, 
pp.  26-7  du  t.  III.  Des  ingénieurs  de  mines,  Moïse  et  Nicolas,  condot- 
tiéres  hongrois,  furent  engagés,  vers  la  fin  du  mois  de  janvier  (2i  janv.) 
(v.  le  contrat  ap.  Ljubic,  IV.  pp   61-'»;  cf.  Romanin,  /.  c.  p.  220). 

5.  Lettre  du  doge  au  roi  (22  février),  ap.  Mas  Latrie,  Nisl.  de  Cit., 
t.  III,  pp.  745-6.  Cf.  lettre  du  même  au  pape  (26  février),  ap.  Mas 


-  237  - 

La  réponse  fut  «  faible  »,  dit  Philippe:  les  Vénitiens  ob- 
jectèrent le  terme  trop  rapproché  \  les  craintes  i)our  leur 
commerce,  s'ils  provoquaient  une  guerre  avec  le  Soudan 
d'Ég-jpte,  l'absence  des  facteurs  que  devaient  envoyer  les 
autres  puissances  qui  participaient  à  la  croisade,  enfin  et 
surtout^  la  révolte  de  Crète,  qui  absorbait  toute  leur  attention 
et  toutes  leurs  forces.  Ils  refusèrent  tout,  les  moyens  de 
transport  et  le  prêt  d'argent,  le  passage  fùt-il  général  ou 
particulier '. 

Telle  est  la  version  que  donne  Mézières  lui-même,  dans  sa 
Vie  de  Pierre  Thomas.  Sa  mémoire  le  trompe  quelque  peu  et 
son  désir  de  mettre  en  lumière  les  miracles  opérés  par  son 
compagnon  le  conduit  certainement  à  dénaturer  les  faits 
qu'il  raconte.  Les  lettres  du  doge  antérieures  à  l'arrivée  des 
ambassadeurs  prouvent  l'inexactitude  de  son  récit.  Laurent 
Celsi  ofl'rait  les  moyens  de  transport  demandés,  à  une  seule 
condition:  les  croisés  devaient  soumettre  d'abord  les  révoltés 
de  Crète.  Ils  étaient  libres  ensuite  d'aller,  en  Chypre  ou  ail- 
leurs, sur  les  vaisseaux  de  la  République.  Le  grand  mérite  de 
Mézières  à  cette  occasion,  c'est  qu'il  obtint  un  plus  grand 
nombre  de  vaisseaux  sans  cette  condition  préliminaire  qui 
s'accordait  assez  bien  cependant  avec  les  offres  faites  par  le 
roi  lui-même  et  par  le  comte  de  Savoie,  son  allié. 

Les  ambassadeurs  firent  valoir  les  demandes  du  pape*,  ils 
montrèrent  au  doge  les  bonnes  dispositions  d'Amédée  VI,  qui 
était  décidé  à  passer  par  la  Crète  ^  Ces  dispositions  avaient 
été  rendues  plus  certaines  par  une  lettre  que  le  comte  écrivit 


Latrie,  l.  c,  pp.  746-7  et  Chronique  de  Caroldo.  f"  192.  La  lettre 
adressée  au  pape  nomme  les  ambassadeurs  «  viri  laudabiles  verequç 
laudabiles  {sic)  et  magno  digni  toto  oi'be  preconio  ».  Ils  demandaient 
les  vaisseaux  suis  sunijUilms  et  e.i'j)ensis. 

1.  La  mort  du  roi  Jean,  dont  parle  Mézières  à  cette  époque,  n'ar- 
riva que  plus  tard  (8  avril)  :  il  ne  j)eut  être  question,  vers  le  milieu 
de  février,  que  de  (;elle  du  légat. 

2.  «  Quantum  et  majus  impedimentum  ». 

3.  Mézières,  Vila  S.  Pétri,  Act.  SnncL,  janv.,  IL  p.  1010. 

4.  Lettre  du  20  février  (v.  plus  haut  p.  23(),  note  5). 

5.  Philippe  écrivit  au  comte  do  Savoie  «  quod  duxpredictus  et  suuni 
consilium,  audita  sirenua  et  bona  voluntate  ve.stra  tangente  sanctum 
passagium  et  insulam  Crète,  multum  vobis  regraciatur  »  (lettre  du 
26  mars,  Bibl.  de  l'.^rsenal,  ms.  499,  f"  l'i5  v-6). 


—  238  — 

à  Philippe  '  et  par  l'arrivée  d'un  de  ses  chevaliers  ^  Ils  espé- 
raient obtenir  de  meilleures  conditions,  en  montrant  l'intérêt 
que  devait  avoir  la  République  elle-même  pour  le  passage. 

Philippe  ne  réussit  pas  cependant  à  convaincre  le  doge  et 
le  conseil.  «  C'est  alors,  dit-il,  que  l'archevêque  intervint, 
«  mettant  la  main  à  la  charrue^  ».  Il  leur  montra  la  fausseté 
de  leur  opinion  sur  le  passage  et  réfuta  victorieusement  tout 
ce  qui  lui  fut  objecté*.  Une  commission  fut  nommée  par  le 
doge  pour  examiner  ses  propositions  :  elle  était  composée  de 
deux  clercs*  et  deux  laïques,  parmi  les  plus  sages  et  plus  expé- 
rimentés de  la  ville  *.  Les  conférences  durèrent  quarante  jours  : 
il  y  avait  une  réunion,  ou  même  deux,  par  jour.  Le  chance- 
lier assistait  aux  délibérations  sans  y  prendre  part,  ajoute- 
t-il  modestement '.  Enfin  les  délégués  de  la  République  cédèrent 
et  Philippe  put  annoncer  bientôt  au  roi  le  succès  définitif  des 
négociations,  tout  en  admirant  l'éloquence  de  son  père  et  le 
désintéressement  manifeste  de  la  République  \ 

Le  doge  offrait  en  eff"et  des  vaisseaux,  des  armes  et  des  pro- 
visions pour  deux  mille  chevaliers,  pendant  trois  mois,  sauf 
le  «  juste  empêchement  »  habituel.  La  moitié  des  vaisseaux 
était  à  la  charge  de  la  République";  ils  attendraient  à  Brindisi 
ou  à  Otranto  l'arrivée  des  croisés,  dès  le  commencement 
jusqu'au  milieu  du  mois  de  juin  '".  Le  roi  pourrait  noliser  des 
vaisseaux  pour  l'autre  moitié  de  ses  troupes  et  le  doge  s'en- 
gageait à  empêcher  des  prétentions  trop  exorbitantes  de  la 


1.  Par  l'intermédiaire  d'Aron  Spinola. 

2.  «  Certifîcatus  ab  vesfro  milite  fideli  »  (ihid.). 

3.  «  Ad  aratrum,  sicut  consueverat,  manum  apposuit  »,  Vila,  l.  c. 

4.  Ihid.  Philippe  était  présent  â  ces  discussions  (cf.  «  me  audiente  », 
ibid.). 

5.  «  Litteratos  ». 

6.  «  Sapientiores  et  magis  expertes  totius  civitatis  »  {ihid.). 

7.  «  Me  praesente  ». 

8.  Vila  S.  Pétri,  l.  c. 

9.  «  Absque  solutione  alicujus  nabuli  »  (lettre  du  22  février,  ap. 
Mas  Latrie,  /.  c.pp.  7i5-6).  V'oir  .sur  ce  traité  la  lettre  au  pape  (26  fév.), 
Mas  Latrie,  ihid.,  746-7,  et  surtout  la  lettre  de  Méziéres  à  .\médée  VI 
et  le  récit  de  la  Vila  S.  Pétri.  Cf.  aussi  Caroldo,  f»  197  \°.  La  lettre 
des  ambassadeurs  au  roi  de  Hongrie,  dans  Wenzel,  /.  c  ,  II,  pp.  608-9. 

10.  «  A  principio  mensis  .lunii  usque  ad  médium,  in  Ijrandisio 
vel  in  Autrento  »  (lettre  à  Amédée  VI,  L  c).  Le  fait  e.st  assez  curieux: 
une  partie  des  croisés  devait-elle  se  diriger  vers  le  sud  de  la  Pénin- 
sule, tandis  que  le  roi  partait  pour  Venise  avec  sa  suite  ? 


—  î?39  - 

part  des  marchands  \  Des  galères,  au  nombre  de  trois  ou 
quatre,  furent  accordées,  pour  le  roi  et  les  barons  et  che- 
valiers qui  formeraient  sa  suite,  à  leurs  dépens  ^  Des  lettres 
furent  envoyées  par  le  doge  en  Occident,  pour  annoncer  à 
Pierre  P''  (22  février)  et  au  pape  (26  février;  la  conclusion  de 
ce  traité  qui  assurait  l'accomplissement  du  passage''.  Philippe 
envoya  à  son  maître  le  texte  même  du  traité  \  en  lui  faisant 
l'éloge  de  la  conduite  de  Pierre  Thomas.  Les  ambassadeurs 
écrivirent  ensuite,  le  2  mars',  d'après  le  conseil  des  Véni- 
tiens ",  une  lettre  au  roi  de  Hongrie,  dont  ils  connaissaient 
les  sympathies  pour  leur  maître ',  en  lui  annonçant  ce  qu'ils 
venaient  d'obtenir  ^  Ils  faisaient  l'éloge  des  Vénitiens,  qui 
leur  avaient  donné  aux  frais  de  la  République  la  moitié  des 
vaisseaux,  malgré  leurs  premières  offres  moins  brillantes' : 
ceux-ci  avaient  montré  encore  une   fuis  leur  fidélité  envers 


1.  Lettre  à  Amédée,  ibid.:  «  Item  quod  si  cives  Venetorum  vellent 
excdere  vel  nimis  accipere  de  nauio  pro  navigiis  suis,  dux  promisit 
apponere  remediuin  et  de  facto  ».  Voir  sur  la  destination  de  l'expé- 
dition :  «  in  terram  soldani  vel  cujuscumque  fidei  inimici  ».  La  Crète 
n'est  ])as  mentionnée  (Vita,  I.  c). 

2.  Ibid.  VA.  lettre  a  Aniédée:  «  et  hoc  pro  pequnia  predictorum  », 
malgré  l'exjjédition  de  Crète  (lettre  du  22  février)  («  usque  quatuor 
galeas  »,  Wenzel,  11,  pp.  608-y).  —  On  approuva  à  Venise,  le  23  avril, 
les  dépenses  faites  par  le  bailli  à  l'occasion  du  baptême  du  jeune 
Pierre,  fils  du  roi  de  Chypre;  son  coparrain  était  le  podestat  génois 
(Senalo  inisli,  31,  f"  58). 

3.  Lettre  au  roi  (22  février),  ap.  Mas  Latrie,  //.  Ch..  III,  pp.  745-6 
(orig.  à  la  Bibl.  Capponi  de  Florence  ;  ms.  cité,  f"  71  v").  Le  doge  l'in- 
vite à  lui  annoncer  a  temps  son  arrivée.  Lettre  au  pape  (26  février). 
Florence,  Bihl.  Capponi,  Liher gecr.,  f°72,dans  Mas  Latrie,/.  e.,pp.  746-7. 

4.  Vila,  I.  c:  «  huilas  authenticas  oblationis  praedictae  dominationis 
Venetorum  ».  Mézières  et  son  compagnon  avaient  envoyé  déjà  une 
lettre  au  roi  le  19  janvier  et  ils  en  avaient  reçu  la  réponse  encore  à 
Bologne  (cl  poslca  replicalas),  cf.  lettre  du  22  février. 

T).  La  lettre  fut-elle  réellement  envoyée?  Elle  j)orte  ce  titre  «  F'orma 
litterarum  miltcuddrum  domino  régi  Ungariae  pro  parte  domini  ar- 
chiepiscopi  Craetensis  et  domini  cancellarii  régis  Cipri  ». 

6.  Le  notaire  André  d'Oitedo  fut  envoyé  vers  les  deux  ambas- 
sadeurs (à  Venise,  et  le  5?)  pour  leur  inspirer  cette  idée  (Sécréta  ron- 
silii  rogalonon,  ap.  Ljuhié,  /.  c,  IV,  p.  64). 

7.  «  Et  quare  nubis  est  uota  (lisez  nota)  spes  et  fiducia  preci})ua 
quam  gerit  serenissiinus  dominus  noster  rex  Cipri  in  Majestate  vestra 
circa  inceptam  per  cum  (lisez  cnm)  negocium  sancti  l'assagij  prose- 
(luendum  ». 

8.  ils  étaient  allés  à  \'enise  «  pro  parte  domini  Pape,  domini  Legati 
(Talleyrand),  régis,  et  comitis  (de  Savoie)  predictorum  ». 

9.  «  Nostris  sumptibus  et  expensis  ». 


—  24U  — 

l'Église  et  leurs  sympalhios  pour  le  passage',  comme  «  des 
fils  très  dévots  do  notre  Sainte  Mère  l'Eglise'  ».  Ils  prient 
Louis  P''  de  donner  des  ordres  à  ses  officiers  de  la  côte  pour 
que  les  croisés  puissent  trouver  en  chemin  les  choses  néces- 
saires à  leur  subsistance'.  Du  reste,  le  roi  lui-même  le  visitera 
bientôt  et  lui  exposera  ses  demandes''. 

Déjà  un  grand  nombre  de  chevaliers  anglais  et  allemands 
s'étaient  réunis  à  \'enise'',  où  ils  attendaient  leur  chef,  qui 
ne  devait  pas  tarder  à  venir*,  d'après  l'avis  qu'il  avait  donné 
à  son  chancelier.  11  y  en  avait  qui  étaient  arrivés  dès  la  fin 
de  l'année  136:}.  En  les  voyant  si  nombreux,  Mézières  ne 
douta  pas  du  succès  de  l'expédition;  mais  le  roi  ne  vint  pas 
au  terme  qu'il  avait  fixé.  Le  désir  de  trouver  de  nouveaux 
combattants  pour  la  croisade  dans  les  pays  qu'il  n'avait 
pas  visités,  les  préparatifs  de  ses  alliés  qui  n'étaient  pas 
encore  terminés,  peut-être  aussi  sa  passion  pour  les  fêtes  et 
les  tournois  le  retinrent  en  Occident.  Il  écrivit  au  doge  le 
16  février  pour  le  remercier  de  ses  offres  de  secours''  et  s'ex- 
cuser sur  le  retard  qu'il  était  contraint  d'apporter  à  la  croi- 
sade ;  elle  ne  devait  commencer  que  vers  le  mois  d'août  de  la 
même  année.  Il  espérait  que,  la  révolte  de  Crète  étant  apaisée 
à  cette  époque,  aucun  empêchement  ne  retarderait  plus  le 
passage". 


1.  «  Qui  pro  honoribus  fidei  Christiane  semperprimi  et  principales 
hactenus  in  hujusmodi  passagiis  extiterunt  ». 

2.  «  Velut  sancte  Matris  Ecclesie  devotissimi  filii  ». 

3.  «  Ut  etiam  in  terris  et  locis  vestris  maritirnis  dari  possit  ordo, 
quod  génies  dicti  passagii  déclinantes  ad  illas  (sic)  possint  invenire 
pro  sua  pecunia  de  victuaiibas  opportunis  ». 

4.  «  Et  quamvis  ipse  dominas  noster  rex,  sicut  firraiter  credimus, 
Vestram  Excellenciam  visitaturus  personaliter  sit,  qui  de  hoc  et  aliis 
vos  seriosius  informabit.  »  La  lettre  a  été  publiée  par  M.  Wenzel  dans 
les  Mon.  llung.  IlisL.  Acln  exlera,  pp.  608-9,  daprès  le  Liber  secre- 
torum. 

5.  Cf.  lettre  à  Amédée  VI;  «  In  Venetiis,  jam  venerunt  de  .\nglia  et 
de  Almania  muiti  nobiles,  expectantes  dominum  meum  regcm  et  con- 
tinue veniunt.  » 

6.  «  Significaverit,  .se  futurum  Veneciis  per  totum  mensem  Aprilem, 
transiturus  »  (lettre  au  roi  de  Hongrie,  Wenzel,  H,  p.  608). 

7.  Il  est  question  évidemment  d'une  autre  lettre  ducale  que  celle  du 
22  février.  V'A\e  dut  être  écrite  pendant  le  mois  de  janvier,  à  l'époque 
des  propositions  de  soumettre  la  Crète. 

8.  Comm.,  VU,  iv  loi,  [«36,  dans  Mas  Latrie,  llist.  de  Ch,,  II,  p.  252, 


—  '241  — 

Pierre  donnait  comme  prétexte  du  retard  le  terme  trop  rap- 
proché, qui  ne  pouvait  pas  convenir  à  ses  alliés  et  surtout  au 
comte  de  Savoie  qu'il  venait  de  consulter  par  son  envoyé, 
Roland  de  Vaissy,  peut-être'.  En  effet,  grâce  aux  intrigues  de 
certains  de  ses  conseillers,  hostiles  à  l'idée  du  passage, 
Amédée  VI  s'était  décidé,  paraît-il,  à  ajourner  son  départ 
jusqu'au  mois  de  septembre  \  Mézières  reçut  la  nouvelle 
probablement  à  Milan  :  il  en  fut  indigné.  La  lettre  qu'à  cette 
époque  il  écrivit  au  comte  pour  l'exhorter  à  continuer  l'œuvre 
commencée,  est  datée  de  cette  ville,  le  26  mars  ;  il  parle  des 
affaires  de  Venise  et  des  offres  bienveillantes  du  doge,  des 
chevaliers  étrangers  qui  y  arrivent  de  tout  côté  pour  suivre  le 
roi  en  Terre-Sainte.  Quant  au  retard  qu' Amédée  aurait  apporté 
à  son  départ,  il  peut  y  croire  à  peine.  Ce  serait  une  honte 
pour  le  prince,  car  il  a  écrit  partout  pour  faire  connaître  aux 
chrétiens  la  participation  au  passage  du  comte  de  Savoie. 
Celui  qui  laboure  et  tourne  la  tête  n'est  pas  digne,  ajoute-t-il, 
du  royaume  des  cieux.  Qu'il  n'écoute  donc  pas  les  conseils 
des  adversaires  du  passage  :  comme  un  seigneur  énergique  et 
fidèle,  il  doit  continuer  la  grande  œuvre  qu'il  a  entreprise. 
Quant  à  lui-même,  Philippe  se  borne  à  implorer  le  Seigneur 
pour  qu'il  lui  inspire  ce  qui  était  digne  à  ses  yeux^. 

Il  n'était  donc  plus  à  Venise  à  cette  époque,  bien  qu'il  se 
proposât  d'y  revenir  bientôt*,  pour  recevoir  le  roi,  dit-il,  et 
lui  communiquer  le  résultat  de  ses  efforts.  Le  roi  de  Chypre 


note  1.  Résumée  dans  le  volume  des  libri  Commemoriali,  t.  111,  p.  27. 
La  lettre  était  datée  de  I^aris  probablement,  et  non  de  Padoue(cf.  ihid., 
p.  27).  Cf.  Caroldo,  f"  197  v",  qui  donne  la  date  de  12  février. 

1.  «  Per  littcras  suas  vobis  presentatas  per  dominum  Rolandum  de 
Vaysy,  egregium  militem  vestrum  et  fratrem  meum  »  (lettre  à 
Amédée  VI,  /.  c).  Roland  de  Vaissy  (Vassy?)  avait  été  pris  à  la  ba- 
taille de  Poitiers  et  le  Dauphin  le  dédommagea  de  ses  dépenses  par  une 
rente  (1303,  Charles  roijales,  VI,  n-^  12  ;  Mandemeiis  de  Charles  V,  p.  21, 
n"  34).  Le  Roland  de  Vasxiaco  cité  dans  le  registre  JJ  128  des  Arch. 
nat.  ne  paraît  pas  être  le  môme  :  le  premier  était  déjà  mort  en  1387. 

2.  «  Audivi  con  tristicie  {sic)  non  modica  propositum  vestrum  sanc- 
tum  prolongatum  usque  ad  mensem  septembris,  de  quo  multum  doleo 
in  visceribus  cordis  »  {ihid.). 

3.  Lettre  citée  au  comte  de  Savoie. 

4.  11  termine  sa  lettre  au  comte  de  Savoie  en  le  priant  d'envoyer  sa 
réponse  à  son  ami,  Aron  Spinola,  dans  le  palais  de  Hernabô  («  in  domo 
magnificentis  domini  Bernabonis  »).  Spinola  devait  la  lui  envoyer 
ensuite  «  Venise:  «  qui  quidem  dominus  Aronus  statim  eas  mihi  mittet 
Veneciis  »  (f"  146  v). 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  16 


—  242  - 

avait-il  changé  sa  décision,  aussitôt  après  avoir  écrit  la  lettre 
au  doge?  C'est  peu  probable:  il  serait  à  croire  plutôt  que  Mé- 
zières  ne  connaissait  pas  encore  cette  lettre,  qui  devait  lui 
produire  une  triste  impression.  Il  dut  en  apprendre  le  contenu 
à  son  retour  à  Venise,  après  ce  voyage  à  Milan  où  il  était 
aller  voir  Bernabô,  pour  le  fait  de  la  croisade,  peut-être. 

Pierre  Thomas  venait  de  le  quitter  aussitôt  après  la  con- 
clusion du  traité,  à  Venise  ^  Il  allait  à  Avignon  directement 
pour  «  de  grandes  affaires  concernant  le  passage  du  roi  ^  ».  La 
séparation  se  fit  à  Venise  même,  vers  la  fin  du  mois  de  mars  '\ 
à  moins  que  l'archevêque  n'ait  vu  le  cardinal  légat  à  son 
retour  de  Venise,  car  il  fut  présent  à  la  proclamation  de  la  paix 
à  Bologne  (3  mars),  où  il  était  venu  dès  le  commencement  du 
mois*.  Arrivé  à  Avignon,  il  rendit  compte  de  sa  seconde  léga- 
tion et  reçut  l'approbation  du  pape  et  des  cardinaux.  Le  pape 
Urbain  vit  dans  le  prélat  ce  personnage  «  selon  son  cœur,  dis- 
«  tingué  par  son  honnêteté  et  d'une  piété  éprouvée,  illustre 
«  par  sa  science  et  sublime  par  son  humilité,  généreux  par 
«  sa  douceur  et  doué  d'une  grande  prudence,  très  éruditdans 
«  la  loi  du  Seigneur  et  la  foi  catholique  ^),  qu'il  cherchait 
pour  remplacer  le  cardinal  de  Périgord  comme  légat  de  la  croi- 
sade. Il  fut  nommé  à  ces  fonctions  le  10  juillet  1364*;  on  lui 
accordait  la  faculté  de  lever  les  subsides,  de  réformer  l'Église 
et  de  conclure  des  traités,  en  employant  les  censures  ecclé- 

1.  Vita,  l.  c.  Cf.  la  lettre  au  comte. 

2.  «  Et  quia  dictas  archiepiscopus  habuit  ire  ad  curiam  recta  via 
pro  aliquibus  negociis  arduis,  tangentibus  passagium  domini  mei  régis  » 
(ibid.). 

3.  Mézières  étant  seul  à  Milan,  le  26  mars,  époque  à  laquelle  il 
mentionne  le  départ  de  l'archevêque  pour  Avignon  comme  un  fait 
assez  éloigné. 

4.  Il  était  arrivé  dans  la  ville  avant  l'évéque  de  Syracuse,  qui  entra 
à  Bologne  le  2  mars.  V.  Cronica  di  Bologna,  ap.  Muratori,  R.  It. 
Scr.,  t.  XVIII,  c.  474  D  :  «  e  prima  era  venuto  l'arcivescovo  di  Candia, 
il  quale  avea  trattato  questa  pace...  » 

5.  «  Secundum  cor  nostrum,  honestate  conspicuum,  religione  pro- 
batum,  praeclarum  scientia,  humilitate  sublimem,  mansuetudine 
generosum,  multa  providentia  circumspectum,  et  in  lege  Domini 
ipsaque  fide  catholica  admodum  eruditum  ». 

6.  \^  la  bulle  dans  Wadding,  Vila,  pp.  164-71.  La  légation  s'étendait 
sur  les  diocèses  de  Constantinople,  Chypre,  Crète,  Smyrne,  Patras, 
Athènes.  Thèbes,  Corinthe,  Rhodes,  Naxos,  Corfou,  Durazzo,  Lépante 
et  Néopatras  «  et  aliis  ultramarinis  partibus,  ad  quas  per  nos  est  indic- 
tum  passagium  supradictura  pro  subsidio  ejusdem  régis  Cypri  », 
V.  Rinaldi.  XXVI,  pp.  106-7,  Arch.  du  Valican,  246,  f»^  271-3. 


—  243  - 

siastiques  contre  les  adversaires  du  passage.  Des  lettres  furent 
adressées  à  Pierre  I"%  pour  lui  recommander  le  nouveau  légat 
qu'il  croyait  devoir  lui  être  sympathique  (31  juillet)'.  11  fut 
recommandé  à  la  même  époque  au  comte  Amédéo,  qui  fut 
inviié  à  favoriser  le  passage,  conformément  à  ses  promesses  ^ 
aux  doges  Celsiet  Adorno^  aux  Hospitaliers,  au  podestat  et  à 
la  communitéde  Pera\  aux  prélats  orientaux^  et  au  comte  de 
Warwick,  qui  fut  peut-être  le  chef  des  croisés  anglais  à 
Venise*.  Quelque  temps  après,  il  revenait  dans  cette  ville, 
pour  y  retrouver  le  roi  de  Chypre,  dont  le  pape  représentait 
le  départ  comme  prochain  dans  ses  lettres  de  nomination''. 
Cette  fois  encore,  l'expédition  ne  partit  pas. 

Pendant  ce  temps  Philippe  était  peut-être  en  Italie.  Il 
resta  à  Milan  pendant  une  grande  partie  du  mois  de  mars  * 
et  y  assista  aux  fêtes  que  donna  Bernabù  pour  célébrer  la  con- 
clusion du  traité  do  Bologne.  Des  princes,  des  barons  et  un 
grand  nombre  d'autres  invités  y  assistaient.  Elles  furent  très 
brillantes:  deux  troupes  de  chevaliers,  habillés,  les  uns  de 
blanc,  les  autres  de  vert,  combattirent  dans  les  tournois,  et  de 
riches  présents  furent  donnés  par  le  prince  aux  vainqueurs  ^ 


1.  Wadding,  Vita.  pp.  172-3:  «et,  prout  per  experientiamnovimus, 
tuae  sublimitati  acceptum  »  (il  donne  la  date  de  u  cal.  Juillet,  qui  paraît 
impossible,  au  lieu  de  celle  de  n  cal.  .'\oùt  (31  juillet).  Cependant  la 
même  date  se  retrouve  dans  la  copie  des  Archives  du  Vatican  (ibid., 
f"  241  V"). 

2.  Arch.  du  Vatican^  246,  fo242:  «  Hortamur  attente  quatenus  nego- 
tium  dicti  passagii,  per  te  dévote  assumptum,  solicite  prosequaris  ». 

3.  Ibid.,  {"■'  241  v"-2,  243. 

4.  ¥^^  242-2  V»,  f"  243. 

5.  Arch.  du  Vatican,  f"*-  273-3  v"  (10  juillet  1364).  Suit  une  autre 
reconuiiandation  portant  la  même  date  :  les  prélats  sont  invités  à  lui 
fournir  pour  le  transport  et  la  nourriture  dix  florins  par  jour.  Puis  une 
troisième  lettre  contenant  les  mêmes  ordres  (ibid.,  f"^  274  v"-275  v"). 
Cf.  Vita,  l.  r.  Recommandation  aux  personnages  laïques  pour  lui,  ses 
familiers  et  ses  biens  (même  date,.lrc/t.  du  Vat.,  loc.  cit.J"^  275  v"-6). 

6.  Mention  dans  les  ylrc/i.  du  Vatican,  2'i6,  f"242.  V.  Rinaldi,  XXVI, 
p.  107. 

7.  «  Cum  dictus  rcx  Cypri...  velut  athleta  Christi  et  praecursor 
intrepidus,  proponat  in  brève  cum  auxiliis  citramarinoruiii  tidelium 
transfretare  »  (/.  c).  Cf.  Uinaldi,  /.  c,  p.  107.  Du  reste,  la  bulle  ne  fait 
que  copier  les  lettres  antérieures  du  pape,  relatives  à  la  croisade. 

8.  11  y  arriva  peut-être  aussitôt  après  la  conclusion  du  traité  de 
Venise  (conclu  déjà  le  2  mars  et  Philippe  se  trouvait  encore  à  Milan  le  26). 

9.  «  In  quibus  obtentorem  ipsarum  acierum  duxit  remunerandum 
de  florenis  .ce.  in  uno  dono,  videlicet  de  uno  cingulo.  et  alterum 
de  una  ghirlanda  tanti  valoris  »  (P.  Azarii  Chronicon,  ap.  Muratori, 


-  244  — 

La  mort  de  Lodrisio  Visconti  interrompit  Ifts  réjouissances,  le 
7  avril-  elles  recommencèrent  avec  une  plus  grande  splendeur, 
doux  jours  après,  quand  eut  lieu  la  bataille  décisive  entre  les 
blancs  et  les  verts.  Bernabô  et  son  frère  Galéas,  ainsi  qu  Am- 
broise  Visconti,  fils  du  premier  \  assistaient  au  tournoi  . 

Il  revint  à  Venise,  quelque  temps  après,  et  c'est  tout  ce 
qu'on  peut  savoir  de  son  activité  pendant  cette  année  entière. 
Peut-être  attendit-il  le  roi,  qui  devait  arriver  vers  le  mois  de 
juillet  pour  s'embarquer  en  août  13G4.  Il  serait  resté  dans 
cette  ville  jusqu'au  mois  de  mai,  quand  la  mort  du  roi  de 
France  obligea  Pierre  P-"  à  commencer  une  nouvelle  série  de 
voyages  pour  obtenir  ailleurs  le  concours  qu'il  n'csperait  plus 

de  Charles  V.  ,     i       •• 

Ce  qui  est  plus  certain,  c'est  que  Philippe  parle  du  séjour 
que  fit  le  légat  à  Venise  après  sa  nomination  dans  des  termes 
assez  brefs  et  sans  mentionner  sa  présence  auprès  de  ui. 
Comme  il  est  très  expansif  dans  ses  récits,  il  n'eût  pas  oub  le 
de  nous  parler,  à  cette  occasion  encore,  des  miracles  accomplis 
par  son  «  père  »  et  de  ses  entretiens  avec  lui.  Il  ne  le  fait  pas 
jusqu'au  départ  pour  Alexandrie,  où  les  faits  commencent  a 
être  plus  abondants  et  le  récit  plus  coloré.  D'autre  part,  on 
connaît  sa  présence  à  Venise,  dans  la  suite  de  son  maître,  le 

28  janvier  1365^  . 

Il  paraît  être  parti  pour  l'Allemagne,  ce  qui  expliquerait 
la  lettre,  dans  laquelle  le  cardinal  de  Cluny  le  l'ecommande  a 
Charles  IV,  dans  des  termes  très  chaleureux  (9  mars  ISbô): 
l'empereur  pourrait  entendre  de  sa  bouche,  dit  la  lettre,  e 
récit  de  ses  négociations  à  Bologne  \  11  connaît  assez  bien  le 
pavs  dont  il  fait  la  description  dans  le  Songe  du  vieil  pèlerin, 
Il  parle,  avec  beaucoup  d'exemples  à  l'appui  de  ses  assertions, 
de  toutes  les  régions  du  nord  de  l'Europe,  de  la  «  Witefale  » 

/  ..    +  vvi  r   401-2^  I  es  fêtes  ne  commencèren/ pas  le  9  avril,   elles 
a  en  ■con.^e;  à  ^etfrépoque,  après  la  mort  de  ^od^^^^  --- 
elles  étaient  données  pour  la  conclusion  de  la  pa,x  elles  durent 
de  près  cet  événement  (13  mars).  Cf.  .^?rio,  t".lV/  v 

1    Et  grand  condottiere  :   il  avait  ete  pris  a  Solaro  et  ^enalt  aeire 


délivré  (cf.  Azario,  l.  c). 
2.  Az 


zir  0   S'  Orf-profila  des  fêtes  pour  conclure  la  paix  entre  le 
marquis  de  Montferrat  'et  Galéas  Visconti  (Azario,  xbid.,  c.  414). 

t  Ie£'ïi?Me?/^l;  Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  499,  f^s  146-6  v». 


—  245  — 

(Westphalie),  où  «  qui  piiet  pillier,  si  pille  »,  du  «  Brande- 
«  bourcli  »,  de  la  Hollande,  de  la  Zélande  et  de  la  Frise.  Puis  la 
reine  Vérité,  son  allégorique  héroïne,  revient  par  le  Rhin  en 
«  Germanie  »,  où  elle  visite  tour  à  tour  Francfort-sur-le-Mein 
{Franquefort),  Nuremberg  [Noremberch),  et  se  dirige,  en  pas- 
sant en  ligne  droite,  vers  la  Bohême,  où  elle  fait  son  entrée 
à  Prague.  Comme  elle  faisait  son  voyage  en  1387,  elle  n'y 
trouva  plus  cet  empereur  quelque  peu  avare  que  Philippe 
cite  comme  exemple  au  jeune  roi  Charles  VI  :  Wenceslas,  son 
fils,  dont  l'élection  avait  été  due,  dit-il,  à  «  un  compaignon 
«  qui  avoit  en  nom  Synion  »,  en  violant  «  les  lois  anciennes» 
de  l'empire,  régnait  alors  sur  la  Bohème'.  Philippe  le  déclare 
indigne  de  la  couronne  impériale  :  les  forêts  de  son  pays  et 
ses  «  riches  mines  d'or  et  d'argent  »,  devraient  lui  suf- 
fire ^ 

Il  connaissait  évidemment  toutes  ces  choses  par  lui-même. 
Ce  ne  serait  pas  cependant  un  argument  bien  fort  pour 
admettre  un  voyage  de  Mézières  en  Allemagne,  en  1364.  En 
effet,  après  la  prise  d'Alexandrie,  quand  le  roi  se  décida  à 
faire  un  autre  appel  aux  princes  de  l'Occident,  Mézières  fut 
chargé  d'aller  les  visiter  en  1366  et  ce  second  voyage  pour  la 
croisade  dura  jusqu'à  la  mort  du  roi.  Il  aurait  pu  connaître 
toutes  ces  régions  pendant  cette  seconde  et  dernière  mission 
en  Europe. 

Les  souvenirs  de  Philippe  sont  loin  d'être  précis,  il  ne 
parle  de  ces  voyages  qu'en  bloc  et  sans  en  indiquer  la  date. 
Il  ne  fait  qu'une  seule  exception  à  son  procédé:  dans  sa  Con- 
tcmplalion  de  l'heure  de  la  mort,  il  se  représente  comme  un 
athlète  médiocre^,  traversant  l'Europe  entière,  avec  le  signe 
du  roi  sur  son  escarcelle  et  celui  de  la  croix  sur  son  habit, 
tout  aussi  bien  que  dans  son  cœur  *  :  il  visita  tous  les  princes 
et   les    communes,    le   nord,   le   midi,  l'occident,    pour  en 


1.  Songe  du  vieil  pèlerin,  ms.  de  l'Arsenal,  I.  f"^  61  v-GS. 

2.  «  Assés  li  doivent  soufïire  les  forés  de  Behaigne  et  les  riches  mines 
d'or  et  d'argent  qui  sont  en  son  rovaume  »  (f"  63). 

3.  «  Athleta  tuus  (de  Dieu)  modicus  »,  f°  218  v"  dums.  408,  Bibl.  de 
l'Arsenal. 

4.  «  Carratere  (.sic)  sui  régis  pretacti  in  pera  propria  continue  mu- 
nitus,  ac  sigiio  tuo  divino  superuis  in  instnunento  inipresso  par  gra- 
tiani  tuam  non  minus  in  anima  signatus  »  (Jbid.). 


-  246  — 

obtenir  la  rédemption  d'Israël  et  la  purification  de  la  maison 
de  Dieu,  à  Jérusalem.  Il  annonçait  partout  le  passage  que 
venait  de  proclamer  le  pape  Urbain  et  qui  était  commencé  déjà 
par  le  roi  de  Chypre'.  Sa  mission  ne  fut  pas  sans  danger: 
il  se  vit  menacé  parles  tempêtes  sur  mer  et  dans  les  fleuves  ^ 
par  les  troupes  armées  qu'il  traversait  sans  défense  ',  par  les 
adversaires  de  la  croisade  qui  recevaient,  en  riant  ironique- 
ment*, ses  propositions  et  ses  prières.  Tout  cela  est  décrit 
dans  des  termes  très  généraux  et  sans  aucune  indication  de 
date.  Vers  la  fin  cependant,  remerciant  Dieu  pour  sa  protec- 
tion, qui  le  sauva  dans  ces  occasions  dangereuses,  il  parle  de 
sa  mission  à  Gènes  (1365),  où  il  faillit  être  tué  par  la  multi- 
tude ^  et  mentionne  la  prise  glorieuse  d'Alexandrie  ^  Tout 
en  faisant  des  réserves  à  cause  de  la  confusion  des  récits  de 
Mézières,  on  pourrait  admettre  que  les  événements  rapportés 
avant  ces  deux  dates  appartenaient  au  premier  voyage  de 
Philippe  en  Europe. 

Ce  qui  est  plus  intéressant  encore,  c'est  la  fin  du  voyage  de 
dame  Vérité.  Après  avoir  visité  à  Prague  l'empereurWenceslas, 
elle  traverse  la  Moravie,  la  Souabe,  la  Bavière,  revient  vers 
l'archiduché  d'Autriche  et  s'en  va  observer  le  besant  en  Hon- 
grie. Suit  une  critique  très  vive  des  affaires  de  ce  pays  :  l'au- 
teur conduit  ensuite  la  reine  en  Carinthie  (en  Carantane),  en 
Frioul  où  —  le  détail  est  très  important  —  «  quel  qui  est  sages 
il  chemine  entre  II  solaux(?)  »,  et  enfin,  en  passant  par  Aqui- 
lée  et  Grado,  «  à  la  dame  desyaues,  la  merveilleuse  cité  de  Ve- 
nise »\  Or  ce  voyage  de  la  reine  Vérité  est  tout  à  fait  pareil  à 
celui  du  roi  de  Chypre  en  1364  :  nous  y  retrouvons  une  visite  à 


1.  «  Eisque  sanctum  opus  tuum,  per  regem  suum  jam  inceptum 
(par  la  prise  de  Gorigos,  de  Satalie,  etc.)  et  passagium  a  pio  Urbano... 
jam  indictum...  annunciaverit  »  (ihid.). 

2    «  Ac  tempestatibus  non  modicis  maris  et  fluminum  »  (ihid.). 

3.  «  Nimirum  phalangas  sepe  armatorum  cbristianorum  non  sine 
metu  inhermis  (sic)  peregrinando  penetravit  »  (ibid.).  N'était-ce  pas 
un  souvenir  de  l'afïaire  de  Bologne  ? 

4.  «  Cachinacione  obloquentium  »  (ibid.). 

5.  «  Et  mortem  propriam  in  Januis  quociens  vidit!  »  (ibid.). 

6.  «  Sed  et  finaliter  in  miraculosa  capcione  Alixandrie  (sic)  eamque 
dimittendi...  sibi  revelasli...  quomodo  desiderium  suum,  silicet  des- 
tructionem  Machometi  actque  (sic)  suorum  et  exaltacionem  crucifixi 
christianorum  per  christicolas  paratus  eras  adimplere. . .  »  (ibid.). 

7.  Songe  du  vieil  pèlerin,  I,  f°  64. 


—  247  — 

Bude,  assez  possible,  les  défilés  du  Frioul,  que  décrit  Machaut 
avec  tant  de  verve,  et  le  passage  par  Aquilée.  11  ne  serait  donc 
pas  impossible  que  Philippe  eût  accompagné  le  roi  de  Chy- 
pre pendant  la  fin  de  son  voyage  en  Allemagne,  en  octobre 
et  novembre  1364. 

D'autre  part,  il  commença  sa  mission  par  une  visite  à  Pra- 
gue, dont  témoigne  la  lettre  de  recommandation  du  cardinal 
de  Cluny.  S'il  quitta  Venise  vers  le  mois  de  mai,  il  était  au- 
près de  l'empereur  en  juin  ;  le  roi  de  Chypre  était  en  France 
encore  ou  bien  en  Flandre,  et  la  visite  de  Mézières  aurait  pré- 
paré peut-être  celle  du  roi.  Pendant  que  ce  dernier  se  dirigeait 
vers  l'Allemagne,  son  chancelier  aurait  pu  visiter  ces  régions 
du  Nord  qu'il  décrit  avec  tant  de  détails  dans  le  Songe  du 
vieil  pèlerin  et  VOratio  tragedica.  11  alla  à  Konigsberg  pour 
y  demander  le  concours  du  Grand-Maître  et  connut  ces  che- 
valiers Teutons  qui  «  chascune  nuit  se  lièvent  à  matines  et 
en  leurs  chastiaux  et  convens  mainent  vie  de  raoisnes,  et  as 
chevauchies  contre  les  anemis  de  la  foy,  quant  il  sont  armés 
soulz  la  banière  de  la  croix,  chascun  ressamble  un  prince  »  '. 
11  vit  la  chambre  du  Grand-Maître  qui  est  reliée  à  la  chapelle 
par  un  «  petit  retrait  de  la  dicte  chambre  »,  qu'il  connaît  si 
bien  et  d'une  manière  si  précise  ^  Des  chevaliers,  avec  les- 
quels il  se  lia,  lui  parlèrent  de  l'histoire  de  leur  ordre,  avec 
la  légende  des  douze  précurseurs  prêtant  serment  autour  du 
chêne  de  Thorn'',  et  lui  racontèrent  cette  merveilleuse  légende 
du  chevalier  prisonnier  en  Lithuanie  qui  allait  être  brûlé  selon 
la  coutume  du  pays  à  cause  du  grand  amour  que  lui  portait  le 
roi  défunt*.  «  Ceste  histoire  »,  dit-il,  qui  n'est  pas  si  ancienne% 
«  me  fu  contée  pour  vraye  des  anciens  et  vaillans  chevaliers 
de  la  religion  susdite®  ».  Des  chevaliers  de  l'ordre  prirent 
part  à  ce  premier  passage  du  roi  de  Chypre,  et  ce  fut  peut-être 
aux  exhortations  de  Mézières  que  Pierre  P""  dut  leur  concours. 

Ailleurs,  en  racontant,  avec  beaucoup  d'abondance  et  de 


1.  Sonqc  du  vieil  pèlerin,  I,  f°  58  v». 

2.  Ibid.,  f"  57. 

3.  Ibid.,  fo  58. 

'i.  F"  56  v.  Il  la  raconte  «  pour  faire  un  paou  rire  les  lisans  de  cestui 
songe  »  (ibid.). 

5.  «  Et  n'a  pas  trop  long  tamps  qu'il  avint  »  (ibid.). 

6.  Ibid.,  fo  56. 


—  248  — 

talent,  la  pêche  du  hareng  dans  le  Siind,  «  entre  le  royaume  de 
Norwègue  et  le  royaume  de  Dannemarque  »,  il  déclare  avoir 
assisté  lui-même  à  cette  grande  «  merveille  ».  Les  pêcheurs 
lui  firent  l'histoire  de  leur  profession  et  lui  présentèrent  le 
produit  de  leur  pêche.  11  allait  en  Prusse  par  mer,  dit-il, 
«  en  une  grosse  nave...  du  long  du  bras  de  mer  susdict  par 
biau  temps  et  en  la  saison  susdicte  que  le  herenc  se  prent,  et 
vis  lesdictes  barges  ou  batiaus  et  nefs  grosses  et  mengay  du 
herenc,  en  alant,  que  les  peecheurs  nous  donnèrent,  lesquelz 
et  aultres  gens  du  pays  pluseurs  me  certefièrent  des  ii  mer- 
vailles  susdictes  »  ^  Comme  le  hareng  n'arrive  dans  le  détroit, 
d'après  son  propre  témoignage,  que  pendant  les  mois  de  sep- 
tembre et  d'octobre,  nous  avons  la  date  approximative  de  son 
passage  par  le  Sund.  11  fut  émerveillé  de  voir  la  quantité  de 
poisson  qui  s'y  trouvait  et  le  nombre  des  bateaux,  rassemblés 
dans  toute  l'Allemagne  et  la  Prusse,  qui  prenaient  part  à  la 
pèche.  Il  parle  de  40,000  barques,  de  cinq  cents  navires  plus 
gros,  qui  recueillaient  et  salaient  «  en  quaques  »  le  hareng:  le 
nombre  des  pêcheurs  s'élevait  à  plus  de  trois  cent  mille.  Une 
partie  habitait  à  terre,  dans  des  huttes,  sur  les  côtes  de  la  Suède, 
où  elles  s'étendaient  sur  quinze  lieues  de  terrain,  toute  la  lon- 
gueur du  canal.  Et,  en  voyant  un  si  grand  nombre  de  chré- 
tiens rassemblés  dans  un  même  endroit,  avec  une  si  admira- 
rable  flotte,  il  pensa  aux  services  que  pourrait  rendre  une  telle 
armée  à  la  cause  du  Christ  et,  dans  son  imagination  enthou- 
siaste, il  les  vovait  déjà  accourir  en  Orient  et  se  saisir,  non 
seulement  de  la  Palestine,  mais  de  la  Syrie  entière.  «  Quant  il 
me  souvient,  dit-il,  de  xl"'  batiaux  et  v'^  naves  grosses  et  me- 
nues, et  iif  mille  crestiens  assamblés  ensamblc  ir  mois,  il 
souffiroit  pour  conquerre,  non  tant  seulement  la  Terre-Saincte 
et  Jehrusalem  [sic],  mais  Damas  et  toute  la  Surie,  car  avec 
ces  gens  de  mer  susdictes,  et  fussent  mains  la  moitié,  les 
nobles  hommes  d'armes  de  la  crestienté  leur  tendroient  com- 
paignie  »  ^ 

1.  Ihid.,  fo^  61-61  v«. 

2.  Sonf/e  du  vieil  pèlerin,  I,  f"  61  v".  Une  partie  de  ce  passage  a  été 
reproduit  par  l'abbé  Lebeuf  dans  son  article  cité  sur  Philippe  de 
Mézières.  Les  villes  de  la  Baltique  avaient  des  stations  de  pêche  à 
Skanoer  et  Falsterbode  (Dahlmann,  Geschichte  von  Dœnnernark, 
II,  15). 


—  249  — 

Il  n'alla  pas  en  Danemark,  où  il  aurait  trouvé  le  roi  Wal- 
deraar  revenu  de  ses  voyages  en  Europe  à  la  recherche  d'un 
secours.  Il  passa  peut-être  en  Scandinavie,  à  moins  qu'on  ne 
veuille  borner  son  séjour  dans  ces  pays  au  passage  par  le 
détroit  du  Sund.  Il  parle  dans  son  Oratio  Iragedica  et  ^ans  le 
Songe  du  vieil  pèlerin  de  ces  régions  de  l'extrême  Nord,  où 
les  brumes  régnent  pendant  toute  l'année  et  rendent  la  navi- 
gation dangereuse.  Los  naufrages  y  sont  fréquents,  à  cause  de 
la  grossièreté  et  do  l'ignorance  des  septentrionaux,  qui  ne  con- 
naissent pas  la  boussole,  employée  fréquemment  dans  le  midi. 
Ils  ne  peuvent  pas  se  diriger  d'après  l'étoile  polaire  qu'ils  ne 
voient  que  la  nuit  et  avec  l'œil  libre.  Pour  deux  naufrages 
dans  la  Méditerranée,  il  y  en  aura  quarante  dans  le  pays  des 
Teutons,  qui  sont  très  arriérés  dans  leur  métier,  malgré  leur 
piété  digne  d'éloges.  On  assura  à  Philippe  que  quatre-vingt 
vaisseaux  furent  perdus  pendant  une  seule  année.  Il  fut 
lui-même  en  danger:  une  de  ces  tempêtes,  si  fréquentes 
dans  les  pays  éloignés  du  soleil  ',  les  surprit  pendant  la  tra- 
versée. Ils  furent  entraînés  dans  la  haute  mer  et  durent  errer 
quinze  jours  avant  de  revenir  au  port,  d'où  ils  étaient  partis, 
«  non  sans  anxiété  des  moelles  et  sans  danger  de  mort  »  '\  Ils 
partirent  de  nouveau  et  la  tempête  les  jeta  encore  une  fois 
dans  des  mers  inconnues,  pendant  un  mois  :  leur  vaisseau  était 
tout  brisé  et  Dieu  les  avait  soumis  aune  dure  épreuve,  quand  la 
terre  apparut  enfin.  On  ne  voyait,  dit  Mézières,  qu'une  côte 
basse  et  des  montagnes  qui  se  perdaient  dans  la  brume  :  per- 
sonne ne  connaissait  le  pays,  vers  lequel  ils  étaient  menés 
ainsi  par  le  vent.  Un  vieux  matelot  expérimenté,  le  pilote 
Jean  *,  les  tira  de  leur  incertitude  :  il  jeta  une  sonde  de 
plomb  enduite  de  suif  que  Philippe  décrit  tout  au  long  dans 
ce  passage,  et  retira  des  pierres  et  du  limon  qui  lui  permi- 
rent de  désigner  minutieusement  les  parages  où  ils  se  trou- 
vaient. «  Et  il  y  eut  une  grande  joie  parmi  nous,  qui  étions 

1 «  Quia  elongati  a  sole  et  dies  brèves  sunt  et  noctcs  longe  », 

SoHloquinm  peccatoris.  Bibl.  de  l'Arsenal,  n"  'i08,  f"  232.  Le  passage 
est  très  important  pour  faire  connaître  exactement  les  idées  que  se 
formait  Mézières  sur  ces  régions. 

2.  «  Non  sine  anxietate  medullarum  et  tedio,  ac  mortis  periculo  » 
{ihid.). 

3.  «  Quidam  veteranus  Johannes  nauclerius  »  {sic)  (Jbid.). 


—  250  - 

comme  rappelés  de  la  mort  à  la  vie;  la  tempête  cessa  et  notre 
ignorance  fut  satisfaite  :  revenus  dans  le  droit  chemin,  nous 
arrivâmes  finalement  sains  et  saufs  dans  le  port  »  \ 

Allait-il  en  Norvège  alors?  Cet  accident  n'arriva-t-il  que 
plus  t^d,  pendant  son  second  voyage  ?  Le  passage  môme  n'est 
rien  moins  que  précis.  Il  paraît  cependant  qu'il  pénétra  réel- 
lement dans  le  pays,  où  il  entendit  des  choses  très  curieuses 
sur  les  grands  voyages  des  matelots  du  Nord.  Les  posses- 
sions du  roi  s'étendaient  si  loin  que  des  vaisseaux  qui  allaient 
recueillir  les  tributs,  dans  les  dernières  contrées  presque 
inhabitables  de  ces  régions,  employaient  trois  ans  pour  le 
voyage.  On  lui  racontait  des  choses  terribles  sur  ces  traver- 
sées :  la  plupart  des  vaisseaux  étaient  submergés  dans  les 
mers  glaciales  ^  c'était  un  hasard  heureux  si  le  tiers  de  ceux 
qui  partaient  revoyaient  leur  pays^  Cent  voiles  se  dirigeaient 
vers  ces  pays  lointains,  le  voyage  se  faisait  sous  l'étoile  po- 
laire; à  mesure  qu'on  avançait,  les  jours  devenaient  plus 
courts.  Ils  étaient  ordinairement  de  trois  à  quatre  heures  : 
dans  le  Nord  extrême,  il  n'y  avait  même  plus  de  jour,  mais 
une  espèce  de  lumière  affaiblie*.  Des  îles  fabuleuses  appa- 
raissaient devant  les  matelots  dont  les  provisions  ne  tardaient 
pas  à  s'épuiser  ;  ils  entendaient  des  voix  surnaturelles  et 
voyaient  maintes  «  mervailles,  fantosmes  et  deableries  que 
c'est  une  mervaille  à  ouir  »"'.  L'île  était  située  près  du 
«  Godlant  »,  très  loin  «  devers  la  tremontane^  ». 

Il  serait  revenu  de  ces  pays  du  Nord  pour  accompagner  le 
roi  en  Italie  ;  il  obéissait  peut-être  à  un  ordre  de  Pierre  I", 


1.  Contempl.  hor.  mortis,  ihid. 

2.  «  Et  de  inpedimento  glacierum,  quibus  navigantes  cruciantur  » 
{Oralio  Irag.,  f"  158  v°).  Cï.  Songe  du  vieil  pèlerin^  I,  fo*  61  v°-62. 
Ces  choses  lui  furent  racontées  par  les  habitants  pendant  le  séjour 
qu'il  fit  en  Norvège  :  «  prout  plenius  sibi  veterano  ad  partes  illas  par 
fidèles  habitatores  illarum  regionum  narrata  fuerunt  »,  «  si  comme  il 
me  fu  conté  pour  vray,  ou  royaume  de  Norwègue  ». 

3.  Or.  trag.,  l.  c. 

4.  K  (Haritate  non  dico  solis,  sed  lucis  obumbrate  fere  consolantur  » 
(ibid.).  Cf.  «  les  jours  y  sont  si  cours  que  à  grant  paine  aucuns  jours  y 
peut-on  jugier  s'il  est  ou  jour  ou  nuit  »  {S.  du  v.  pèL,  l.  c). 

5.  .S.  du  vieil  pèlerin.,  ibid.  Cf.  Orat.  trag.:  «  de  fantasmatibus  dia- 
bolicis,  quibus  navigantes  juxta  certas  insulas  in  via  non  sine  tremore 
mortis  realiter  sepe  illuduntur  »  (Or.  Irag.,  ibid.). 

6.  Songe  du  vieil  pèlerin.,  l.  c. 


—  251  - 

qui  voulait  connaître  le  résultat  de  ses  négociations.  Si  cette 
hypothèse  est  la  vraie,  Philippe  serait  revenu  à  Venise  au 
mois  de  novembre  1364,  ce  qui  s'accorderait  assez  bien  avec 
l'époque  de  son  voyage  en  Prusse.  Il  retrouva  dans  cette  ville 
Pierre  Thomas.  Le  légat  était  arrivé  à  Venise,  aussitôt  après 
sa  nomination,  pour  assister  au  départ  du  roi  et  prendre  part 
à  l'expédition. 

Il  avait  même  été  chargé  précédemment  d'une  nouvelle 
mission  relative  à  la  révolte  de  la  Crète,  mais  il  ne 
quitta  la  Cour  de  Rome  que  plus  tard.  Il  devait  ménager 
une  réconciliation  entre  la  République  et  les  colons'.  La  ré- 
sistance était  devenue  désespérée  en  Crète  :  les  indigènes,  ex- 
cités par  Zanachi  Calorgi,  qui,  voulait  se  saisir  du  pouvoir, 
avaient  attaqué  les  casais  des  Vénitiens,  dont  un  grand 
nombre —  des  Venieri,  des  Corneri,  des  Gritti  —  avaient  été 
tués  par  leurs  bandes.  Une  tentative  contre  le  duc  Grade- 
nigo  ne  réussit  pas,  et  le  chef  des  agitateurs  fut  jeté  par  la 
fenêtre'.  Cependant,  malgré  des  dissidences  pacifiques  qui 
commençaient  à  se  manifester,  les  oflfres  de  cinq  nouveaux 
provéditeurs,  annonçant  aux  rebelles  l'arrivée  prochaine  de 
l'expédition,  furent  encore  une  fois  refusées.  Lucchino  était 
arrivé  déjà  à  Venise,  le  3  mars  :  il  prêta  serment  à  Saint-Marc 
et  reçut  l'étendard  de  la  République  de  la  main  du  doge. 
Une  grande  revue  des  troupes,  sur  le  champ  de  la  Tana^  pré- 
céda le  départ.  La  flotte^  partit  le  10  avril,  sous  le  comman- 
dement de  Domenico  Michiel  da  Santa  Fosca^  :  elle  portait 
2,000  piétons  et  1,000  chevaliers''.  Ils  débarquèrent  à  Fra- 
schia,  le  7  mai'. 

1.  Archives  du  Vatican,  2'i6,  f»  206  v°  (juin).  Résumée  dans  Rinaldi, 
Ann.  Eccl:,  XXVI,  p.  96.  Cf.  pp.  233-4. 

2.  Sanudo,  c.  657.  Le  duc  ne  fut  pas  tué  par  les  Candiotes  eux-mêmes, 
ainsi  que  le  croit  plus  loin  le  même  auteur  (c.  657),  à  cause  de  ses 
conseils  pacifiques.  Il  est  question  de  Marc  Gradenigo  Spiritello,  v. 
Zancaruola,  II,  f°  220. 

3.  Sanudo,  c.  657-8.  Le  doge  assistait  lui-même  à  la  revue,  avec  la 
seigneurie. 

4.  Composée  de  33  vaisseaux  de  guerre,  sauf  ceux  qui  se  trouvaient 
déjà  en  mer,  et  de  12  vaisseaux  de  transport  pour  les  vivres,  Nava- 
gero,  /.  c. 

5.  Sanudo,  c.  657. 

6.  Navagero,  l.  c. 

7.  Sanudo,  c.  657.  Cf.  Navagero,  l.  c.  :  Frasolia.  Sur  les  cruautés 
des  Grecs,  v.  Lorenzo  des  Monaci,  p.  182. 


—  252  — 

Devant  la  menace  d'une  invasion,  on  s'était  décidé  enfin  à 
demander  le  secours  des  Génois.  Léonard  Gradenigo,  dit  le 
Moine  [Calogero),  à  cause  de  son  changement  de  religion  S 
avec  Zanachi  di  Rizo,  était  parti  dans  ce  but,  sur  une  galère, 
le  P'  mai".  Leur  départ  fut  signalé  à  Venise  par  Giorgio  da 
Molino,  évoque  de  Coron,  qui  se  trouvait  en  Crète  à  ce  mo- 
ment ^  Des  lettres  furent  adressées  par  le  doge  à  son  collè- 
gue de  Gènes,  pour  lui  demander  de  ne  pas  secourir  les 
révoltés  et  le  pape  réunit  ses  prières  à  celles  de  Celsi,  dans 
une  lettre  du  même  mois  de  juin.  Il  annonçait  l'arrivée  de 
Pierre  Thomas,  chargé  de  négocier  la  paix  entre  Venise  et  sa 
colonie,  ainsi  que  celle  du  roi  de  Chypre,  qui  ne  manquerait 
pas  d'employer  tous  ses  efforts  pour  amener  une  réconcilia- 
tion'. 

Le  roi  de  Chypre  n'arriva  pas  cependant  au  mois  d'août  et 
l'intervention  de  Pierre  Thomas  devint  inutile.  La  ville  de 
Candie  se  rendit  aux  Vénitiens,  le  10  mai\  Le  duc  fut  délivré 
de  sa  prison,  où  son  successeur  le  remplaça ^  Jean  Moce- 
nigo  soumit  en  quelques  jours  les  deux  autres  centres  de 
la  révolte,  Retimo  et  la  Canée.  Les  châteaux  ne  tardèrent  pas 
à  tomber  au  pouvoir  des  vainqueurs,  qui  punirent  cruelle- 
ment les  chefs  des  insurgés.  Le  duc  Gradenigo,  dit  le  Vieux, 
fut  décapité  à  Candie,  sur  la  place  publique,  les  têtes  des 
conjurés  de  l'église  furent  mises  à  prix  et  un  grand  nombre 
tombèrent  victimes  des  paysans,  qui  apportèrent  leurs  têtes  au 
nouveau  gouverneur.  D'autres  furent  exilés,  on  confisqua  les 
biens  des  familles  Gradenigo  et  Venier.  La  guerre  ne  finit  pas 


1.  V.  Romanin,  Irc,  p.  222.  Il  était  parmi  ceux  qui  voulaient  rétablir 
l'ancien  état  de  choses  dans  l'île. 

2.  Sanudo,  l.  c,  c.  658. 

3.  Sanudo,  l.  c,  c.  657;  Zancaruola.  ms.  de  Milan,  II,  f"  220  v». 
Ils  se  trouvaient  à  Gênes  le  14  juin  ;  ils  y  furent  reçus  honorablement 
(Arch.  de  Gênes,  Introilus  et  exitus,  136'4-5,  f"^  99  v",  119):  trois  délé- 
gués du  gouvernement  furent  chargés  de  veiller  à  leur  entretien. 

4.  Archives  du  Vatican,  l.  c.  «  ...  lUustris  qui  in  eisdem  cismarinis 
partibus  adhuc  constitutus,  ad  dictas  ultramarinas  partes  de  proximo 
cum  potenciafidelium  in  subsidium  prefati  passagii  conferre  se  débet.  » 
Pierre  Thomas  est  encore  à  la  curie  («  nunc  apud  dictam  sedem  cons- 
titutum  »),  il  partira  bientôt  pour  sa  mission  («  de  proximo  »). 

5.  Navagero.  L  c.  La  date  est  confirmée  par  la  Chronique  de  Bo- 
logne (/.  c,  c.  477  u). 

6.  Navagero,  ibid.;  Zancaruola,  ms.  cité,  II,  f"  221. 


—  253  — 

cependant  avec  ces  représailles,  les  Calergi  et  les  Gradenigo 
continuèrent  la  résistance,  avec  le  plus  énergique  des  chefs  du 
mouvement,  Tito  Venier.  Ils  levèrent  la  bannière  de  l'empe- 
reur de  Constantinople  (  10  août)  et  déclarèrent  combattre  pour 
la  foi  grecque  contre  les  latins.  Ils  dévastaient  l'île  entière, 
se  retirant  dans  les  montagnes  devant  les  soldats  de  Venise, 
et  cette  petite  guerre,  qui  n'avait  plus  qu'une  importance 
locale,  fut  terminée  seulement  sous  le  règne  du  doge  Marc  Cor- 
naro,  quand  les  chefs,  livrés  par  les  habitants,  furent  mis  à 
mort;  la  province  fut  alors  définitivement  pacifiée'. 

La  nouvelle  de  la  victoire  de  Candie  fut  apportée  à  Venise, 
le  4  juin,  par  la  galère  de  Pierre  Soranzo,  qui  entra  dans 
le  port  au  son  des  trompettes,  avec  ses  mâts  ornés  de  bran- 
ches vertes  :  les  matelots  portaient  des  couronnes  de  laurier 
sur  leurs  têtes-.  Lucchino  et  ses  capitaines,  parmi  lesquels 
Pasqualino  Minotto,  arrivèrent  dans  la  ville,  le  25  du  même 
mois  et  furent  logés  à  l'archevêché  de  Castello. 

De  grandes  réjouissances  suivirent:  des  grâces  furent 
accordées,  il  j  eut  des  feux  de  joie  dans  les  rues,  des  fêtes, 
données  par  les  marchands  de  soie  toscans,  à  Saint-Barthé- 
lemj,  des  «  bals,  jeux  et  réjouissances  »  à  Saint-Lucas,  dans 
la  maison  d'André  Dandolo,  et  un  brillant  tournoi  (10  août), 
qui  dura  quatre  jours.  11  eut  lieu  sur  la  place  de  Saint-Marc, 
en  présence  du  doge  et  d'un  grand  nombre  d'invités,  parmi 
lesquels  on  remarquait,  à  la  droite  du  prince,  Pétrarque,  qui 
décrivit  la  fête,  avec  une  grande  admiration,  dans  sa  lettre 
à  Pierre  de  Bologne  ^  Vingt-quatre  jeunes  gentilshommes,  en 
habits  «  de  joute  «,  combattirent  à  cette  occasion,  vêtus  magni- 

• 

1.  Lor.  des  Monaci,  pp.  186  et  suiv.  ;  Navagero,  c.  1049-50;  Sanudo, 
c.  659-663. 

2.  Sanudo,  /.  c,  c.  659  (28  mai);  Zancaruola,  ms.  cité,  II,  f"^  321  v", 
Loi",  des  Monaci,  p.  18'i:  Romanin,  /.  c.  224  et  la  lettre  de  Pétrarque 
(5e/i.,  liv.  IV,  2). 

3.  Sanudo.  /.  c,  c.  659.  Lettre  citée  de  Pétrarque.  Pétrarque  fait 
l'éloge  le  plus  chaleureux  du  doge  Celsi,  qu"il  appelle  «  vir,  nisi  me 
forsitan  anior  fallit,  ot  inagnitudiue  animi  et  suavitate  morum  et  vir- 
tutum  studio,  suporquo  omnia  singulari  pietate  atque  amore  patriae 
meinoi'andus,  sciens  nil  rite  nilque  féliciter  tieri,  nisi  sumptum 
fuerit  a  religione  principium  »  (ibid.).  C'est  vers  cette  époque  peut-être 
que  l'hilippe  connut  le  poète  italien  auquel  il  annonça  plus  tard,  dans 
une  lettre,  dont  la  réponse  seule  nous  a  été  conservée,  la  mort  de  leur 
ami  commun,  Jacques  des  Rossi  de  Parme,  v.  plus  loin. 


—  254  — 

fiquement,  avec  leurs  lances  garnies  de  flammes  rouges'.  Sur 
des  estrades,  plus  de  mille  dames  etgarzo7ie,<(  c'est-à-dire  jeunes 
dames  »,  assistaient  au  spectacle:  elles  offraient  des  présents 
aux  autres  femmes  «  et  des  bonnets  aux  petites  filles  [mamole], 
par  allégresse  pour  cette  victoire.  »  Il  y  eut  au  moins  400  ducats 
de  dépensés  pour  chacune  des  trois  compagnies  de  gentils- 
hommes ayant  organisé  les  fêtes,  qui  occupèrent  en  tout  huit 
jours.  Le  «  métier  »  des  orfèvres  avait  fourni  les  présents. 
Parmi  ceux  qui  assistaient  aux  combats,  Pétrarque  cite  des 
nobles  anglais,  parents  du  roi^:  c'était  peut-être  le  comte  de 
Warwick  avec  sa  suite,  qui  attendaient  encore  à  Venise  l'ar- 
rivée du  roi  de  Chypre  ^ 

Déjà,  le  26  avril  1364,  des  lettres  avaient  été  envoyées 
par  le  doge  aux  provéditeurs  de  Crète,  Domenico  Michiel  et 
Paolo  Loredano,  pour  leur  ordonner  d'annoncer^  au  consul 
d'Alexandrie  les  offres  faites  au  roi  Pierre  et  la  réponse  que 
le  prince  avait  donnée  le  16  février.  Il  avait  ajourné  son  départ 
jusqu'au  mois  d'août,  ajoutait  la  lettre,  mais  il  est  probable 
qu'il  ne  partira  pas  cette  année  '.  En  conséquence,  on  rede- 
manda à  Avignon  des  licences  pour  les  vaisseaux  qui  devaient 
se  diriger  vers  le  pays  des  Infidèles*.  Quelque  temps  après, 
Raffaïno  des  Caresini,  notaire  de  la  cour  ducale  et  ensuite 


1.  «  Signa  purpurea  »  (Pétrarque,  l.  c).  Le  doge  donna  au  premier 
vainqueur,  qui  fut  Pasqualino  Minotto,  une  couronne  d'or  pur,  ornée 
de  pierres  précieuses,  au  second  un  ceinturon  d'épée  en  argent  «  prae- 
clari  operis  ».  Ils  n'étaient  que  24,  d'après  cette  lettre  (25,  d'après  Sa- 
nudo),  et  ne  prirent  part  qu'au  premier  combat,  où  les  étrangers  ne 
furent  pas  admis.  Les  jeux  avaient  été  organisés  par  un  certain  Thomas 
Bambasio,  que  Pétrarque  compare  à  Roscius. 

2.  «  Comités  et  consanguine!  régis  ».  Ils  seraient  venus,  d'après 
Pétrarque,  attirés  seulement  par  le  goût  des  voyages. 

3.  Chr.  de  Do)tnlo  Contarini,  ms.  cité,  sans  numérotation;  Cron.  di 
tutla  la  provincia  di  Venezia  —  1455,  f"  67  et  suiv.  ;  Senato  misli,  31, 
fo  73  (copie  fournie  par  M.  V.  Lazzarini). 

4.  «  Oretenus.  » 

5.  Venise,  Archiv.  gen.  Ducali  ed  atti  diplomatia',  boîte  12,  dans 
Mas  Latrie,  Bibliolh.  de  rÈc.  des  Charles,  t.  XXXV  (1873),  pp.  72-3. 
Cf.  p.  240  du  présent  ouvrage. 

6.  Ibid.  Le  privilège  avait  été  déjà  accordé  par  le  pape,  sous  les 
conditions  habituelles,  le  7  avril  1364  (Co??îm.,  V'II,  f"  36,  dans  Mas 
Latrie,  Archives  des  missions  scienlifîqves,  t.  II,  pp.  375-6).  Voyez  le 
résumé  de  ce  privilège  dans  la  publication  des  iihri  commemoriali 
(t.  111,  p.  128),  où  on  lui  assigne  la  date  du  8  avril.  Il  s'étend  à  deux 
vaisseaux  seulement. 


—  255  — 

chancelier  de  Venise,  se  présenta  à  la  Curie,  probablement 
dans  le  même  but  (12  juin  '). 

Cependant,  quand  le  légat  arriva  à  Venise,  il  trouva  des 
dispositions  assez  favorables  pour  le  passage.  Beaucoup  de 
chevaliers  avaient  reçu  la  croix  de  ses  mains,  en  route;  d'au- 
tres, des  princes  et  des  nobles,  attendaient,  dans  la  ville 
même,  l'arrivée  du  roi,  au  terme  qu'il  venait  d'annoncer  au 
doge  ".  Le  pape  avait  écrit  aussi  pour  demander  au  doge  de 
céder  au  roi  de  Chypre  les  troupes  nombreuses,  qui  se  trou- 
vaient encore  en  Crète  (27  juillet)  ^  Malgré  tous  ces  efforts  et 
ces  circonstances  favorables,  le  passage  ne  se  fit  pas  cette 
année  encore.  Pierre  P'  n'arrivait  pas  à  convaincre  ses  frères 
de  l'Occident  :  il  n'obtenait  partout  que  des  promesses  vaines 
et  pas  un  soldat.  «  Ils  s'excusèrent  tous  et  le  laissèrent  seul  et 
plein  de  tristesse*.  »  Les  croisés,  qui  attendaient  depuis  si 
longtemps,  se  découragèrent  et  retournèrent  dans  leurs  pays, 
malgré  les  prières  du  légat.  Les  Vénitiens  se  déclarèrent 
délivrés  de  leurs  engagement  et  «  certains  marchands  »,  qui 
voyaient  dans  cette  expédition  la  ruine  de  leur  commerce, 
s'en  réjouirent  '\ 

Bientôt,  malgré  l'arrivée  du  roi  lui-même  au  mois  de  no- 
vembre, de  nouveaux  événements  vinrent  empêcher  le  passage 
jusque  vers  le  milieu  de  l'année  1365.  Une  querelle  éclata  en 
Chypre  entre  le  prince  gouverneur  et  les  Génois. 

Vers  le  commencement  de  l'été  ^  pendant  qu'on  armait  les 


1.  Il  écrivit  à  cette  époque  une  lettre  pour  rassurer  le  doge  sur  les 
bonnes  intentions  du  pape  (Comm.,  VII,  n"  156;  t.  III,  p.  131).  Voir  la 
lettre  du  pape  du  11  juin  (ibid.,  n°  156,  même  page).  Il  devint  chan- 
celier après  la  mort  de  Benintendi  Ravagnin  (Sanudo,  c.  662  d). 

2.  «  Aliqui  principes  et  nobiies  Occidentales  caussa  passagii  in 
satis  bona  quantitate  »  (Mézières,  Vita  S.  Pelri,  I.  c,  p.  1011). 

3.  Kinaldi,  XXVI,  p.  97...  «  de  gente  tua  videlicet,  ut  audivimus, 
numerosa  e.\istente  in  dicta  insula...  ».  ¥A  plus  loin  :  «  ...  in  subsi- 
dium  dicti  passagii  vestram  subventionem  magnitîcam...  augmen- 
tantes, gentem  eamdem  in  dictum  passagium,  prout  poteritis,  conver- 
tatis.  » 

4.  «  Omnes  se  régi  Cypri  excusaverunt,  et  ipsum  vacuum  et  lacry- 
mantem  remiserunt.  »  (Vila,  l.  c). 

5.  Iliid.:  «  tune  mercatores  reprobi  gavisi  sunt,  et  de  passagio  tru- 
favei'unt.  » 

6.  «  In  estate  nuper  elapsa,  dum  carissimus  in  Christo  filius  noster 
Petrus,  rex  Cipri  illustris...  pro  ])romotione  subsidii  passagii  gene- 
ralis...  certa  régna  fidelium,  et  tune  presertim  partes  Alamannie  pera- 
graret.  »  Aixh.  du  Vaiican,  217,  f"^  51-1  y°.  Il  est  question  ici  de  l'épo- 


—  25G  — 

quatre  galères  de  Satalie  \  doux  Génois  s'enfuirent  de  leur 
vaisseau,  après  avoir  reçu  leurs  salaires.  Ils  furent  pris  et  on 
leur  coupa  l'oreille  droite  au  son  des  trompettes,  selon  la 
coutume.  Ils  abordèrent  une  galère  de  leur  nation,  qui  se 
trouvait  aussi  à  Famagouste  et  devait  partir  bientôt  pour 
Satalie  avec  des  vivres,  tuèrent  les  Chypriotes  qui  s'y  étaient 
embarqués  et  se  saisirent  de  la  cargaison;  après  quoi  ils  se 
dirigèrent  vers  Chio.  Le  prince,  indigné,  ordonna  aussitôt 
d'arrêter  les  garants  des  Génois  et  de  demander  au  podestat 
la  restitution  de  ce  qui  avait  été  pillé  par  ses  compatriotes. 

Bientôt  le  vaisseau  revint  de  Chio  ;  il  fut  attaqué  par  des 
soldats  siciliens  servant  sur  la  flotte  qui  attendait  encore  à 
Famagouste  les  ordres  du  gouverneur.  Plusieurs  Génois 
furent  tués  par  représailles^.  Le  podestat,  Guillaume  Ermi- 
no'\  s'en  vengea  à  son  tour  en  se  saisissant  d'un  soldat 
pisan  au  service  du  roi,  qu'il  réclama  comme  étant  son  con- 
national,  et  le  soldat  ayant  protesté,  on  lui  coupa  la  langue. 
Les  Pisans  s'en  émurent  et  des  troubles  éclatèrent  dans  la 
ville.  Jean  de  Soissons*,  le  bailli,  en  informa  l'amiral,  et  Jean 
de  Sur  alla  à  cheval  à  la  loge  des  Génois,  pour  leur  deman- 
der de  se  retirer  tranquillement,  afin  qu'il  ne  fût  pas  con- 
traint d'employer  la  force.  Le  podestat  répondit  fièrement 
que  d'autres  Génois  étaient  prêts  à  venger  l'insulte  qu'on 
ferait  à  leurs  nationaux  de  Chypre.  Une  bagarre  s'ensuivit 
et  plusieurs  Génois  y  trouvèrent  la  mort. 

Une  commission  de  quatre  chevaliers  fut  chargée  par  le 
prince  d'Antioche  de  faire  l'enquête.  Elle  était  composée  de 
Thomas  de  Montolif,  auditeur  de  Chypre,  du  turcoplicr 
Jacques  de  Norès,  de  Jean  du  Morf,  maréchal  de  File,  et  de 
Jacques  de  Saint-MicheP.  Ils  arrivèrent  à  Famagouste  et 


que  à  laquelle  on  fut  informé  en  Occident  sur  les  événements  de 
Famagouste.  Les  galères  de  Satalie  partaient  chaque  année  vers  le 
mois  de  mars  (v.  Mâcheras,  pnssim). 

1.  C'est  la  version  donnée  par  Bustron  (p.  2G1)  et  Amadi  (p.  413). 
D'après  Mâcheras  (p.  75),  ces  vaisseaux  étaient  destinés  à  la  garde  de 
Vile  (?)  (o'ro-j  jçjÀayav  -q  vr,a'iv). 

2.  Mâcheras,  p.  75. 

.3.  A£,caf,v,  Mâcheras,  ibid.,  p.  76.  Cf.  le  traité  du  13  avril  (v.  plus  loin, 
pp.  264-.5). 

4.  Tsaaaojv  (ibid.),  de  Sasso  (Strambaldi). 

5.  TcaavtajjL'.y.eX  (Mâcheras,  ibid.). 


—  257  — 

s'adjoignirent  deux  moines  latins  :  le  podestat  fut  invité  à  se 
rendre  à  l'église  de  Saint-Nicolas,  où  il  vint,  accompagné 
d'une  nombreuse  suite.  On  ne  parvint  pas  à  s'entendre,  tout 
le  monde  réclamant  satisfaction  et  dédommagement.  Ermirio 
jeta,  en  sortant,  le  bâton,  symbole  de  sa  dignité,  et  invita  les 
Génois  à  quitter  l'ile,  jusqu'au  mois  d'octobre.  Le  prince 
essaya  vainement  d'empèchor  de  plus  grandes  complications, 
en  les  assurant  de  sa  protection  et  en  leur  demandant  de 
rester.  Un  envoyé  génois  arriva  bientôt  pour  faire  une 
enquête  (12  septembre  1364)  :  il  ordonna  aussi  à  ses  nationaux 
de  quitter  le  royaume  avant  le  mois  de  février  de  l'année 
suivante  \ 

Pierre  P""  se  trouvait  alors  en  Allemagne.  Il  fut  informé 
de  ces  événements  pendant  l'été,  par  des  lettres  du  prince  ', 
que  lui  apportèrent  le  connétable  Jacques,  et  son  cousin 
Bohémond'',  qu'il  avait  appelés  auprès  de  lui  en  Occident. 
Gênes  avait  interrompu  tout  commerce  avec  son  royaume  et 
des  vaisseaux  se  rassemblaient  dans  le  port  pour  une  expé- 
dition*. 

La  nouvelle  arriva  à  Avignon,  vers  le  mois  de  juin%  et 
le  pape  en  fut  douloureusement  ému  :  malgré  tous  ses  efforts 
et  toutes  ses  prières,  le  passage  était  donc  impossible.  Le 
roi  de  Chypre  était  le  seul  qui  fût  disposé  à  partir,  parmi 
tous  les  princes  chrétiens,  et  cette  querelle  avec  les  Génois, 


1.  Voyez  sur  ces  événements  Mâcheras  d'abord,  qui  donne  la  version 
la  plus  complète  (pp.  75-6),  Bustron  (pp.  261-2)  et  Amadi  (p.  413). 
Fausse  date  dans  Kinaldi  (1364;  t.  XXV,  p.  317). 

2.  Mâcheras,  p.  79  (le  prince  les  aurait  envoyés  en  France  tou  otiyôç 
etç  T7)v  ^tpay/iav),  avant  le  mois  de  juillet  par  conséquent. 

3.  Il  avait  été  proposé,  comme  roi  d'.Vrménic,  par  Pierre  !«''  à  .Avi- 
gnon. Cf.  Chron.  arménienne  de  Uardel,  dans  les  II is t.  arm.  des  crois., 
II,  p.  35:  «  Comment  le  roy  de  Cippre  Pierre  alladevers  le  Saint  Père... 
pour  le  passaige  de  oultremer  et  pour  faire  couronner  messire  Hernon,  le 
premier  fîlz  de  la  dicte  dame  (Soldane,  qui  s'était  réfugiée  en  Chypre, 
sous  le  règne  de  Hugues  IV),  en  roy  d'Armenye  ».  Sur  leur  voyage  en 
Occident,  Mâcheras,  p.  77  (il  ne  mentionne  que  le  départ  de  Jacques), 
Bustron,  p.  262  («  e  Belmondo  de  Lusignan  »)  et  Amadi  (p.  413).  Des 
galères  vénitiennes  les  portèrent  en  Europe  (Mâcheras  et  Amadi,  II.  ce). 

4.  Voyez  la  correspondance  d'Urbain  V  en  1364  et  1365,  j/assim. 
Cf.  Mâcheras,  p.  79,  «  va  Tiapouv  tr-jv  Kûresov  »  et  Carmesson:  «  ad  damp- 
nilicandum  et  invadendum  verisimiliter  se  parabant.  »  Cf.  Mézières, 
Vita,  p.  1012. 

5.  Il  déclare  avoir  reçu  la  nouvelle  nuper,  dans  ses  lettres  du  19  juin. 
V.  plus  loin,  p.  257. 

N.  JoROA.  Philippe  de  Mézières.  17 


—  258  — 

qui  menaçait  de  devenir  une  guerre,  allait  mettre  en  danger, 
non  seulement  la  croisade,  mais  l'existence  même  de  ce 
royaume  d'Orient,  dernier  avant-poste  de  la  chrétienté. 

Il  se  décida  à  intervenir  aussitôt.  Des  lettres  furent 
envoyées  à  Pierre  I"  et  au  doge,  le  19  juin.  Le  premier  est 
exhorté  à  punir  les  coupables';  on  parle  au  second  de  l'im- 
pression triste  qu'avait  produite  la  nouvelle  de  la  retraite 
des  sujets  de  la  République  et  de  cette  guerre  menaçante.  On 
le  prie  de  considérer  la  position  du  roi  en  Occident,  ses  rares 
qualités  de  bonté  et  de  justice  :  ce  serait  un  crime  que  d'em- 
pêcher le  saint  passage,  lui  surtout,  sur  lequel  le  prince 
fondait  de  si  grandes  espérances  de  secours.  Qu'il  accepte 
donc  la  médiation  de  l'Église  et  ne  refuse  pas  d'accomplir  ce 
qu'il  a  promis  ^ 

De  nouvelles  lettres  furent  envoyées,  le  25  juin,  au  doge 
Adorno.  Le  pape  avait  appris  des  choses  plus  tristes  encore 
sur  ses  intentions  :  on  armait  à  Gênes  un  vaisseau,  destiné  à 
provoquer  le  roi  et  son  royaume^  Qu'il  se  garde  bien  de 
prendre  une  pareille  décision,  qui  causerait  de  grands 
dangers  au  roi  d'abord,  qui  travaille  pour  le  passage,  comme 
un  «  combattant  du  Christ  »  *,  à  l'expédition  ensuite  et  même 
à  ses  propres  intérêts  ^  11  l'invite  à  attendre  quelque  temps, 
s'offrant  à  lui  payer  lui-même  ce  que  ses  nationaux 
venaient  de  perdre  en  Chypre,  si  le  roi  refusait  un  dédom- 
magement ^  Le  même  jour,  Philippe  de  Varesio",  qui  se 
trouvait  à  la  curie  pour  certaines  affaires  du  doge  ^  fut 
envoyé  à  Gênes  pour  lui  communiquer  de  vive  voix  ses  pro- 
positions et  ses  prières ^ 


1.  Archives  du  Vatican,  246,  P  219. 

2.  Ibid.,  ï°'  220-220  V. 

3.  «  Diffidare.  » 

4.  «  Pugil  Christi.  » 

5.  Le  pape  pouvait  lui  retirer  le  privilège  qu'il  venait  d'accorder 
à  son  envoyé  Corradin  de  Corvaria,  le  18  février  1364  (Archives  du 
Vatican,  246,  f"*  100-100  v").  Ce  dernier  se  trouvait  encore  à  Avignon, 
le  17  mai  (Arch.  de  Gênes,  Intr.  et  ex.,  1364-5,  f»  99  v). 

6.  Arch.  du  Vatican,  l.  c,  f°s  219-20. 

7.  «  Philippum  de  Varesio,  praepositum  Januensem.  »  Il  gardait  le 
château  d'Albenga  pour  le  pape,  le  2  avril  1364  (Arch.  de  Gênes,  r. 
cité,  f"  81).  Garessio? 

8.  «  Certis  negotiis.  » 

9.  Archives  du  Vatican,  246,  f«s  228-228  v». 


-  259  — 

Le  doge  ne  répondit  pas  à  ces  lettres  :  il  continua  ses 
armements  pour  une  expédition,  que  l'absence  du  roi  devait 
favoriser.  Il  rêvait  peut-être  la  conquête  de  cette  île,  que 
Gênes  devait  attaquer  plus  tard,  avec  tant  de  perfidie  et  de 
cruauté.  Le  pape  ne  se  découragea  pas  cependant  :  Jannot 
Adorno,  qui  revenait  de  France  \  s  étant  présenté  à  la  curie, 
Urbain  V  lui  parla  des  affaires  de  Chypre  et,  comme  il  le 
trouva  très  bien  disposé  envers  le  roi,  il  lui  confia  cette 
mission  et  d'autres  encore  ^  Raphaël  di  Torre  fut  délégué  le 
même  jour  pour  régler  les  affaires  de  l'église  de  Gênes  ^;  il 
devait  appuyer  peut-être  les  propositions  de  Jannot  Adorno. 

Enfin  arriva  la  réponse  de  Gênes.  Le  doge  et  les  Anciens 
consentaient  à  attendre  la  justice  du  roi  contre  les  coupables 
et  ceux  qui  n'avaient  pas  fait  leur  devoir  en  les  punissant  \ 
Le  pape  se  hùta  d'en  informer  le  prince,  le  priant  de  profiter 
de  ces  offres  pour  faire  cesser  «  cette  source  des  scandales  », 
qui  ne  pouvait  que  mettre  en  danger  le  passage  ^  Adorno 
fut  invité  à  persister  dans  ses  bonnes  dispositions  :  quant  à 
lui,  il  renouvellera  envers  le  roi  de  Chypre  ses  prières,  par 
des  lettres  et  des  ambassadeurs  *. 

Les  négociations,  qui  suivirent  peut-être,  ne  sont  pas  con- 
nues ;  on  attendait  à  Gênes  l'arrivée  du  roi  en  Italie,  qu'on 
représentait  toujours  comme  prochaine,  pour  en  obtenir  satis- 
faction. Pierre  ne  revint,  on  l'a  vu,  que  le  11  novembre  à 
Venise '. 

La  première  chose  qu'il  fit  dans  cette  ville,  fut  d'ordonner 
un  nouveau  tournoi  pour  fêter  la  victoire  de  la  République  en 


1.  «  De  partibus  Francie.  »  Jannot  {Jannoctus)  Adorno  était  le  frère 
du  doge  Gabriel. 

2.  La  paix  entre  Pise  et  Florence  et  les  démêlés  du  doge  avec  l'é- 
glise de  Gènes  (.Irc/i.  du  Vatican,  2i6,  ï°^  244  v°-5). 

3.  Il  fut  nommé  légat  apostolique  en  cette  qualité.  V.  la  lettre  de 
recommandation,  Arch.  du  Vatican,  246,  f"  245. 

4.  «  Tarn  contra  delinquentes,  quam  contra  neglectores  justicie.  » 
Arch.  du  Vatican,  2'i6,  f"  255  (lettre  au  roi  de  Chypre,  17  juillet). 

5.  «  Tollatur  materia  scandalorum,  presertim  isto  tempore  passagii 
generalis.  »  {Ibid.). 

6.  Arch.  du  Vatican,  246,  f°  255  v°.  Même  date  que  la  lettre  précé- 
dente. 

7.  Ordre  fut  donné  par  le  doge,  le  26  octobre,  de  sortir  à  sa  rencontre 
à  Concgliano  (Verci,  Storia  délia  marca  trivigiana,  XIV,  20-1). 
V.  pp.  199-200  du  présent  ouvrage. 


—  200  - 

Crète  \  La  fête  eut  lieu  sur  la  place  de  Saint-Marc  comme 
les  autres,  le  prince  lui-même  jouta  contre  le  jeune  fils  de 
Luccîiino  dal  Verme,  âgé  de  18  ans,  un  des  correspondants 
de  Pétrarque,  comme  l'était  son  père^ 

Venise  offrit  au  roi  de  Chypre,  à  sa  demande,  des  vais- 
seaux de  transport  et  de  l'argent.  La  République  ne  se 
considérait  plus  comme  obligée  par  le  traité  de  mars  1364  ; 
la  députation  qui  vint  le  visiter  solennellement, 

Parez  et  vestis  cointement 


Comme  se  fussent  duc  ou  conte  ^, 


lui  demanda  de  payer  le  nolis  des  vaisseaux  *.  Trois  autres 
galères  devaient  l'accompagner  aux  frais  de  la  République, 
jusqu'à  Rhodes  ou  même  à  Satalie,  selon  sa  volonté.  Elles 
étaient  commandées  par  André  Gritti,  Marino  Zen  et  André 
Paradiso  :  le  premier  fut  choisi  comme  capitaine  de  la  petite 
flotte  \ 

Les  Vénitiens  avaient  aussi  des  plaintes  à  porter  contre 
Gênes  :  leurs  concitoyens  avaient  été  insultés  par  les  officiers 
génois  de  Péra.  Ils  offrirent  leur  médiation  au  roi  qui  donna 
des  instructions  aux  ambassadeurs  choisis  pour  traiter  à 
Gênes  surtout  de  ses  affaires  et  ensuite  de  celles  de  Venise  ^ 
François  Bembo,  dont  le  nom  se  rencontre  pendant  les  négo- 
ciations avec  le  Soudan,  et  Zacharie  Contarini  furent  chargés 
de  cette  mission,  le  23  décembre  1364^ 

1.  Chr.  de  Donalo  Contarini  et  It.  VII,  95,  de  la  Bibl.  de  S. -Marc, 
II.  ce.  K  Giostra  ordinata  per  i'acquisto  di  Candia.  »  (Caroldo,  f"  204); 
«  e  siando  in  questa  terra,  e  vedendo  far  feste  e  allegreze  per  rea- 
quistar  dell'  isola,  lui  etiam  volse  far  una  bellissima  zostra  per  quella 
alegrezza  »  (Cron.  di  Venezia,  Bibl.  nat.  de  Paris,  Italien  16,  f»  122). 

2.  Les  barons  de  Chypre  assistèrent  à  la  fête,  et  y  joutèrent  «  chon 
molti  di  suo  baroni  »  (Cro)i.  di  Yen.,  l.  c). 

3.  Machaui,  /.  c,  p.  48. 

4.  «  Et  avec  ce  juste  nol  pris  »  (p.  49). 

5.  «  Et  ballottati  questi  tre  sopracomiti,  rimase  capitano  .Andréa 
Gritti  «  (Caroldo,  f"  204). 

6.  La  querelle  de  Pierre  I'^'"  avec  les  Génois  est  qualifiée  de  but 
premier  et  plus  important  {primo  et  importante  fine).  Le  doge  déclare 
n'avoir  rien  à  ajouter  aux  instructions  données  déjà  par  le  roi  {non 
videnuis  quod  .super  hoc  aliam  informacionem,  nllrasuam,dare  valea- 
mus  vobis).  On  leur  défend  de  recevoir  des  présents,  etc. 

7.  Florence,  Bibl.  Capponi,  Lib.  secr.,  f"  133,  ap.  Mas  Latrie,  Hist. 
Chyp.,  III,  pp.  747-9.  Cf.  Caroldo,  f"  204  :  «  quelle  che  ne  seguiva  non 
si  trova  scritto  ». 


I 


—  261  — 

Ils  ne  réussirent  pas  :  pour  des  causes  qu'on  ignore,  les 
Génois  refusèrent  de  commencer  des  négociations  avec  le  roi 
de  Chypre  et  continuèrent  leurs  armements*.  Les  deux 
ambassadeurs  du  doge  étaient  revenus  à  Venise  vers  la  fin 
du  mois  de  janvier,  quand  le  roi  envoya  en  son  propre  nom, 
le  28  janvier  1365,  Pierre  Thomas  et  son  médecin,  Guy  de 
Bagnolo^ 

Parmi  ceux  qui  assistaient,  dans  la  chambre  du  roi,  «  pré- 
parée pour  son  repos  de  nuit  »,  à  l'expédition  des  lettres  de 
créance,  on  retrouve  le  nom  de  Philippe  de  Mézières^  Il  était 
donc  de  retour  à  cette  époque,  même  si  l'on  n'admet  pas 
l'hypothèse  qui  le  fait  accompagner  son  maître  vers  la  fin 
de  son  voyage  et  revenir  avec  lui  en  Italie.  Il  semble  aussi 
qu'il  fut,  sinon  un  des  ambassadeurs  du  roi  à  Gênes*,  au 
moins  parmi  la  suite  de  Pierre  Thomas.  Il  parle  en  eff"et 
dans  un  de  ses  livres  de  vieillesse,  des  dangers  qu'il  courut 
à  Gênes,  où  il  craignit  d'être  tué". 

Pierre  Thomas  fut  très  mal  reçu  à  Gênes,  malgré  les 
sympathies  dont  il  jouissait  jadis  dans  cette  ville*.  On  défen- 
dit aux  habitants  de  sortir  à  sa  rencontre  et  de  lui  accorder 
le  logement.  Le  peuple  garda  une  attitude  menaçante  pen- 
dant tout  son  séjour  :  on  murmurait,  on  jeta  même  des 
pierres  contre  sa  suite,  qui  fut  en  danger  de  mort.   Il  fut 


1.  Cf.  la  lettre  du  pape  au  doge  Adorno  (20  février),  Arch.  du  Va- 
tican, 2'i7,  f"s  51-51  v,  reproduite  par  Wadding  dans  la  vie  du  saint, 
pp.  75-81.  Ils  revinrent  sans  aucun  résultat  (vacui). 

2.  Lettre  de  créance  accordée  aux  deux  ambassadeurs  (Mas  Latrie, 
Hist.  de  Ch.,  H,  pp.  253-4). 

3.  «  In  hospicio  quod  tune  inhabitabat  idem  dominus  rex,scilicet  in 

caméra  pro  sua  requie  noctuali  ordinata Philippe  de  Maizeriis, 

cancellario  regni  Cipri  »  (ibid.).  Le  prince  de  Galilée,  Hugues  de 
Lusignan,  se  trouvait  aussi  parmi  les  témoins.  Son  oncle  venait  de  lui 
fixer  une  pension. 

4.  Ainsi  (]ue  le  croit  Mâcheras,  qui  n'est  pas  très  exact  sur  tout  ce 
qui  se  rapporte  au  voyage  du  roi  en  Occident.  11  nomme  aussi  Simon 
de  Norès,  mais  il  laisse  de  côté  le  légat  (v.  p.  80:  tote?  (ôpS-.vîaaiv  y' 
xaSaXXâpiSs;  irJj  tt^v  auvtpoyiâv  tou  va  Tcàatv  s'.;  ":r)v  rsvojoav  8:à  va'  aâaouv  Tr)v 
8ta<popâv  01  TCOtYOtr,aavô[j.i(J£p  <I»iXtj;;:£  Tsii-avî^/lcpe;  (var.  Tî;jLav:r'.c'p£;),  ô  T!^av- 

TÇr)Xl£'pï];    x^;    K'JJÏpOU,    M'.    Ô    [Aisip    SljJ.OÛ'v    TsvOpE;,    y.Ct'.    TOV     flâa-pc     IVt    TOV 

tafpôv )  11  ne  parle  pas  de  sa  participation  dans  la   Vita.  Alla-t-il  à 

Gènes  vers  la  fin  de  l'année  1364  ? 

5.  Voyez  page  246. 

6.  «  A  Januensibus,  qui  semper  ejus  ainici  antea  fuerant.  »  (V7/a, 
p.  1012). 


—  262  — 

logé,  grâce  à  sa  qualité  de  légat,  dans  une  église  appartenant 
à  l'ordre  de  l'Hôpital  :  il  ne  réussit  pas  à  apaiser  le  doge  et 
son  conseil,  qui  lui  donnèrent  une  réponse  peu  satisfaisante. 
Des  menaces  furent  proférées  contre  le  roi,  en  sa  présence  *. 
Pierre  Thomas  revint-il  à  Venise  après  ce  voyage  à  Gênes  ? 
11  paraît  bien  qu'il  n'était  plus  ^  dans  cette  ville,  quand  le  pape 
lui  donna  l'ordre  d'y  aller  pour  apaiser  cette  discorde,  qui 
s'aggravait  sans  cesse.  11  lui  confia  cette  mission  le  20  février 
de  cette  môme  année  ''\  Dans  la  lettre  privée,  qui  accom- 
pagnait ses  lettres  patentes,  il  parle  des  espérances  qu'il 
fondait  sur  l'arrivée  du  roi  en  Italie  et  sur  l'intervention  des 
«  vrais  pacificateurs  »  *,  les  Vénitiens.  Il  vient  d'apprendre 
avec  douleur  la  réponse  contraire  à  la  paix  que  viennent  de 
rapporter  les  ambassadeurs.  Il  doit  partir  sans  retard  et  em- 
ployer toute  son  habileté  diplomatique  à  ménager  la  conclusion 
de  la  paix  ou  d'une  trêve  assez  longue.  Si  les  Génois  refusent, 
il  est  autorisé  à  employer  les  censures  ecclésiastiques  pour 
leur  faire  envoyer  des  ambassadeurs  à  la  curie  ^  Le  roi  de 
Chypre  fut  invité  en  même  temps  à  dédommager  les  Génois 
de  leurs  pertes,  pour  qu'il  ne  fût  pas  le  coupable  dans  cette 
aff"aire^.  Urbain  écrivit  aussi  au  doge  pour  attirer  encore  une 
fois  son  attention  sur  les  dangers  de  son  attitude  et  lui  déclarer 
sa  ferme  intention  de  travailler  personnellement  à  amener  un 
accord".  Une  lettre  fut  écrite  quelques  jours  après,  27 février, 
au  Grand-Maître  pour  lui  défendre  de  s'allier  à  une  des  deux 
parties,  ce  qui  pourrait  amener  de  grands  malheurs  '.  C'était 


1.  Ibid. 

2.  La  lettre  au  doge  le  déclare.  Italie  nunc  degentem. 

3.  Archives  du  Vatican,  247,  ï°^  223-4  (20  fév.  1365). 

4.  «  Sicut  veri  pacificatores  »  (et  non  «  viri  pacifici  »  ainsi  que  lit 
Wadding). 

5.  Arch.  du  Vatican.  247,  f°s  50  v°-51.  Repr.  par  Wadding,  Vila, 
pp.  173-5. 

6.  Même  date.  Arch.  du  Vatican,  fo^  50-50  v».  Il  doit  s'entendre  avec 
Pierre  Thomas,  comme  un  «  reverens  filius,  amicus  pacis  ac  zelator 
sincerissimus  dicti  passagii  ». 

7.  Même  date.  La  lettre  commence  par  l'histoire  des  négociations. 
Cf.  «  cum  nos  parati  sumus  in  premisso  negotio  personaliter  laborare  ». 
Arch.  du  Vatican,  247,  £"^51-1  v.  Hepr.  par  Wadding,  Vïto,  pp.  179-80. 
Les  lettres  furent  envoyées  par  le  même  ambassadeur  qui  porta  la 
lettre  adressée  au  roi  de  Chypre. 

8.  Archives  du  Vatican,  247,  i°  54  v».  Bosio,  qui  la  résume,  croyait 
le  roi  revenu  en  Chypre  à  cette  époque  (II,  p.  66). 


—  263  — 

le  roi  de  Chypre  qui,  craignant  une  attaque  de  la  part  des 
Hospitaliers,  avait  demandé  cette  intervention.  Le  pape  l'in- 
vita par  une  lettre  datée  du  4  mars,  à  dénoncer  les  autres 
fauteurs  de  la  discorde  \ 

Le  légat  resta  à  Gênes  jusque  vers  la  fin  du  mois  de  mars, 
il  alla  voir  ensuite  le  roi  à  Venise  ^  pour  lui  demander  son 
avis,  probablement  sur  quelque  point  des  négociations.  Le 
pape  désapprouva  cette  conduite  de  Pierre  Thomas,  bien  qu'il 
connût  son  intention  de  revenir.  Il  lui  écrivit,  le  22  mars, 
pour  lui  conseiller  de  l'énergie  et  de  la  promptitude,  de  ma- 
nière à  ne  pas  retarder  le  passage  *.  Il  devait  porter  au  doge 
Adorno  une  lettre  par  laquelle  on  l'invitait  à  terminer  ces 
choses  honteuses  pour  la  chrétienté  :  le  roi  devait  partir 
pour  la  croisade,  il  ne  quittera  pas  cependant  Venise  sans 
avoir  conclu  la  paix  ''.  Ces  lettres  furent  envoyées  par  l'inter- 
médiaire de  Guy,  archevêque  de  Gênes  *. 

Des  ambassadeurs  génois  ne  tardèrent  pas  à  arriver  à 
Avignon"  où  se  trouvaient  déjà  des  envoyés  du  roi  de  Chy- 
pre^  On  ne  connaît  que  d'une  manière  assez  vague  la  mis- 
sion des  premiers.  Ils  étaient  venus,  dit  le  pape  dans  la  lettre 
au  doge  (26  mars),  pour  certaines  affaires  d'outremer  ^ 
Urbain   V   refusa  de  répondre   sur  ces  propositions  avant 


1.  Arch.  du  Vatican,  247,  f»»  57-7  v.  Repr.  par  Wadding,  Vita, 
pp.  181-2. 

2.  «  Ad  dictum  regem  degentem  Veneciis  accessurus  »  (Ai'ch.  du 
Vatican,  247,  f«  66). 

3.  Arch.  du  Vatican,  247,  f»s  66-66  v".  Repr.  par  Wadding,  Vila, 
pp.  183-4. 

4.  «  Ita  quod  idem  rex  non  recédât  de  citramarinis  partibus  infecto 
negotio  prelibato  »  (môme  date).  Arch.  du  Vatican,  247,  f"  66.  Le  légat 
n'alla  pas  en  Chypre  pour  apaiser  la  querelle  (Stubbs,  o.  c,  p.  194). 
D'autres  «  princes  et  comtes  »  (le  comte  de  Savoie  peut-être)  inter- 
vinrent auprès  du  doge  à  la  môme  époque  (Mézières,  Vita,  p.  1012). 

5.  «  Litterasque  nostras  venerabili  fratri  nostro  Guidoni,  archiepis- 
copo  (îenuensi,  manda vimus  assignari  »  (lettre  du  26  mars,  Arch.  du 
Vatican,  247,  f"s  67-7  v»). 

6.  «  Ambaxiatores  vestros  nuper  ad  nostram  presentiam  destinâtes  » 
(lettre  au  doge  (26  mars),  Arch.  du  Vatican.  247.  f»^  67  v-S). 

7.  «  Kt  hic  apud  nos  sunt  aliqui  pro  eodem  »  (ibid.). 

8.  «  Incepimusque  tractare  de  ultramarino  negotio,  pro  quo  prin- 
cipaliter  eos  ad  nostram  presentiam  destinastis  »  (ibid.,  f"  68).  Cf.  la 
lettre  au  légat  (iln'd.,  f"'  67-67  v°)  :  «  ex  nova  causa  per  ipsos  ducem  et 
commune  mota  ».  Les  Génois  sont  appelé.s  dans  la  lettre  à  Adorno 
principaux  promoteurs  du  passage  («  quod  vos  provide  atque  dévote 
principaliter  promovetis  »,  i"  68). 


—  264  — 

qu'un  accord  eût  été  conclu  avec  le  roi  Pierre.  Le  doge  fut 
invité  à  envoyer  des  procurateurs  à  Avignon  s'il  ne  parvenait 
pas  à  s'entendre  avec  le  légat  *.  Des  lettres  analogues  furent 
envoyées  au  roi  ^  et  à  Pierre  Thomas  '\  Un  ambassadeur 
spécial  du  premier  était  attendu  à  la  curie  pour  les  affaires 
de  Gènes \ 

Les  ambassadeurs  génois,  Tedisio  Fieschi  et  Cristiano 
Curlo^  restèrent  pendant  quelque  temps  encore  à  la  curie 
pour  cette  affaire  d'outremer  qui  était  probablement  la  ques- 
tion des  licences  commerciales  :  ils  envovèrent  le  chancelier 
Aldobrando  de  Corvaria  (7  avril)  annoncer  au  doge  le  résultat, 
et  le  pape  profita  de  cette  occasion  pour  l'exhorter  de  nou- 
veau à  finir  cette  querelle,  qu'on  disait  insignifiante  ^ 

Après  tant  d'efforts,  Pierre  Thomas  parvint  à  conclure 
le  traité  du  18  avril  1365,  qui  fut  signé  le  même  jour, 
à  l'heure  de  vêpres,  dans  le  palais  de  la  commune '.  C'était  le 
renouvellement  de  celui  de  1232,  avec  quelques  privilèges  de 
plus  pour  les  Génois  :  le  podestat  devait  juger  toutes  les 
causes  de  ses  compatriotes  et  exécuter  la  sentence,  sauf 
dans  trois  cas  ;  le  roi  ne  pouvait  plus  contraindre  corporelle- 
ment  les  sujets  de  la  Pv.épublique,  si  ce  magistrat  se  trouvait 
dans  la  ville  ;  il  ne  devait  plus  retenir  les  personnes  et  les 
biens,  si  un  conflit  venait  à  éclater  ;  le  commerce  des  Génois 
était  libre,  sauf  avec  les  possessions  du  Soudan.  On  décida 
enfin  l'exil  de  Jean  de  Soissons  et  de  l'amiral  Jean  de  Sur, 


1.  Arch.  du  Vatican,  247,  î°^  67  v"-68. 

2.  Même  date,  ibid.,  f"  67  v°.  Pierre  Thomas  devait  accompagner  les 
procurateurs  à  la  curie. 

3.  Même  date,  ibid.,  fo»  67-7  v".  Repr.  par  Wadding,  l.  c,  pp.  184-5. 

4.  «  Nichilominus  quia  unus  ambaxiator  ejus  propter  hoc  specialiter 
ad  nostram  presenciam  asseritur  de  proximo  accessurus  »  (Arch.  du 
Vatican,  247,  f"^  67  v-B).  Cet  ambassadeur  dut  arriver  bientôt  :  c'était 
Pierre  Malosello  (Petrus  Marosellus,  miles  et  ambaxiator  tuus),  qui 
revint  à  Venise  avec  la  réponse  orale  du  pape,  après  la  fin  de  sa 
mission,  au  mois  d'avril  (lettre  d'Urbain  V  au  roi  de  Chypre,  Arch. 
du  Vatican,  247,  f»'-  77  v-B  (17  avril  1365). 

5.  «  Nobilis  vir  Thedisius  de  Flisco,  licentiatus  in  jure  ci  vili,  ac  Chris- 
tianus  Curulus,  cives,  ambaxiatores  vestri  «  (f»  71  v).  Ils  étaient  «  nuper 
electi  »,  le  22  janvier  (.Arch.  de  Gênes,  Introitus  et  exitus,  1364-5,  f"^ 
59,  64,  67  v°,  216  v°). 

6.  A7-ch.  du  Vatican,  247,  {°^  71  vo-2. 

7.  «  Scilicet  in  terratia,  ubi  consilia  celebrantur  »,  Mas  Latrie,  Hist. 
de  Ch.,  II,  pp.  254-66. 


—  265  — 

qu'on  considérait  à  Gênes  comme  les  auteurs  du  conflit*  : 
les  Siciliens  qui  avaient  attaqué  la  loge  de  Famagouste 
devaient  être  punis  aussi.  Le  légat  prêta  serment,  les  mains 
croisées  sur  la  poitrine,  selon  l'usage  des  clercs;  son  collègue, 
le  médecin  du  roi,  jura  sur  l'évangile '\  Ils  traduisirent  les 
articles  on  français  et  les  présentèrent  au  roi,  qui  approuva 
tout,  sauf  l'exil  de  ses  deux  officiers  ''. 

Les  affaires  de  Gênes  terminées,  Pierre  se  prépara  à  partir. 
Les  forces  dont  il  pouvait  disposer  étaient  insignifiantes,  la 
plupart  des  chevaliers  qui  avaient  accouru  à  son  appel 
avaient  quitté  depuis  longtemps  Venise,  où  ils  ne  pouvaient 
plus  l'attendre.  Lccomtc  de  Warwick  et  les  nombreux  nobles 
anglais,  qui  étaient  venus  avec  lui  en  Italie,  ne  s'y  trouvaient 
plus  à  l'arrivée  du  roi.  Cependant,  Pierre  P'"  ne  perdit  pas 
courage  et  ne  changea  pas  ses  intentions  ;  le  légat  d'abord, 
puis  Philippe  de  Mézières,  qui  travaillait  comme  Marthe  pour 
le  passage*,  lui  apprirent  à  dédaigner  le  secours  des  hommes 
frivoles  et  envieux,  et  à  mettre  sa  confiance  en  Dieu  seul.  Il 
attendit  la  victoire  que  devait  lui  donner  le  ciel,  comme  jadis 
Judas  Machabée,  et  beaucoup  de  choses  qu'il  ne  croyait  pas 


1.  Cette  clause  ne  fut  pas  remplie  cependant  :  l'amiral  annonça  en 
Europe,  après  la  prise  d'Alexandrie,  les  victoires  de  son  maître  (Î366). 
Il  alla  même  à  Gènes.  Le  traité  définissait  encore  la  qualité  de  Génois. 
V.  le  traité  dans  Mas  Latrie,  Ilist.  de  Ch.,  II,  254-66.  II  a  été  publié 
précédemment  par  Pagano  (pp.  29'»-307),  qui  donne  aussi  la  liste  des 
témoins  (Pagano  a  publié  aussi  les  lettres  de  créance  du  mois  de 
janvier).  V.  la  version  de  Mâcheras  (pp.  79-81),  qui  connaissait 
le  texte  du  document  (Xaiivixa  sî;  /apTlv  pivTîoivov)  :  il  le  divise  en 
20  articles.  Douze  conseillers  auraient  conduit  les  négociations  au  nom 
du  doge  (v.  leurs  noms,  ibid.).  V.  aussi  Sperone,  Grnndezza  di  Genova, 
ad  ann. 

2.  Mas  Latrie,  /.  c.  Une  amende  de  100,000  florins  d'or  fut  décrétée 
contre  celui  qui  violerait  la  paix  le  premier. 

3.  Mâcheras,  l.  c.  p,  83.  Guy  tomba  malade,  pendant  le  retour  à 
Venise,  où  il  n'arriva  que  le  13  mai,  et  Pierre  Thomas  ne  voulut  pas 
rendre  compte  seul  de  sa  mission.  Le  roi  annonça  aux  Génois  son 
acceptation  le  quatrième  jour  après  le  retour  de  soii  médecin,  16  mai 
(v.  la  lettre,  dans  Mas  Latrie,  I/ist.  de  Ch.,  t.  II,  pp.  266-7.  Elle  a  été 
publiée  aussi  par  Pagano,  pp.  293-4). 

4.  «  Necnon  et  juvenis  eciam  sepe  tactus.  jam  in  efate  plenitudinis 
procedens,  qui  in  offîcio  suo  et  belle  Dei  active,  velud  altéra  Martha,  pro 

viribus  laborabat,   ipsum  regem,    dominum  suum  et  magistrum, 

pro  viribus  ad  negocium  Dei  animabat.  »  (Oratio  trng..  f°  i91).  V.  sur 
les  prières  du  légat,  ibid.  Cf.  Mézières,  Vila,  pp.  1011-12. 


-  266  — 

pouvoir  accomplir  sans  le  secours  des  Occidentaux,  lui 
parurent  ensuite  très  possibles  *. 

Il  parvint  à  rassembler  quelques  troupes,  assez  peu  nom- 
breuses, à  ses  propres  dépens  l  Les  Génois  se  montrèrent 
très  disposés  à  le  secourir.  Leurs  ambassadeurs  étaient 
venus  le  trouver  aussitôt  après  la  conclusion  du  traité  :  ils 
lui  offraient  trois  galères  pour  l'accompagner  et  le  soutenir 
peut-être  dans  son  expédition ,  et  déclarèrent  vouloir 
demander  pour  lui  le  titre  de  capitaine  général  de  la  croisade, 
titre  que  le  pape  n'avait  accordé  à  personne  après  la  mort 
du  roi  Jean.  Le  roi  les  remercia  pour  leurs  offres  :  il  devait 
partir  bientôt,  de  sorte  que  leurs  galères  ne  pouvaient  plus 
lui  être  utiles  ;  il  les  priait  de  les  envoyer  à  Rhodes,  vers  le 
1"  juin,  pour  se  diriger  ensuite,  selon  les  circonstances, 
vers  Satalie,  ou  vers  le  port  de  Farnagouste.  Quant  au  titre 
dont  ils  parlaient,  il  devait  envoyer  lui-même  des  ambassa- 
deurs à  la  curie  pour  régler  cette  question  (16  mai)  ^. 

Le  pape  avait  pensé  déjà  à  donner  un  successeur  au  roi  de 
France.  Il  parle  du  capitaine  qu'il  allait  nommer,  dans  une 
lettre  de  1365  \  Le  personnage  qu'il  aurait  choisi  cependant, 
n'était  pas  probablement  le  roi  de  Chypre,  dont  il  com- 
mençait à  ne  plus  espérer  le  départ,  tant  de  fois  retardé  ^ 

Du  reste,  c'était  un  piège  que  tendaient  ainsi  les  Génois  : 
ils  voulaient,  comme  le  firent  aussi  les  Vénitiens,  espionner 
les  mouvements  de  la  flotte  des  croisés.  De  plus,  la  Répu- 
blique,   qui    continua   à   entretenir   des   relations  commer- 


1.  Oratio  tragedica,  l.  c.  :  «  recognovitque  illa  que  ante  peregri- 
nationem  suam  in  desiderio  suo  quasi  impossibilia  videbantur,  videlicet 
per  se  solum  in  cxpugnatione  solidam  ponere  manum  ad  aratrum,  de 
adjutorio  Altissimi  possibilia.  » 

2.  Vila,  p.  1012  :  «  aliquos  fidèles  non  multos  ».  C'étaient  surtout  des 
nobles  allemands  («  de  Alamanie  aliisque  partibus  »).  Cf.  lettre  du 
pape  au  roi  (avril  1365),  Arch.  du  Vatican,  247,  f^^  87-7  v». 

3.  Mas  Latrie,  /.  c.  Cf.  Pagano,  /.  c. 

4.  «  Quem  auctore  Deo  constituemus  in  partibus  ultramarinis.  » 
{Arch.  du  Vatican,  247,  f"  79). 

5.  Cf.  la  lettre  du  pape  au  roi  (26  avril  1365),  irc/i.  du  Vatican,  247, 
fos  87-7  yo.  Repr.  par  Wadding,  L  c,  pp.  186-7  :  «  Spem  jam  deficien- 
tem  resumimus  de  ultramarinis  negotiis  féliciter  processuris.  » 
Cf.  sa  lettre  à  l'empereur  de  Constantinople  (19  avril  1365),  dans 
laquelle  il  déclare  le  passage  général  impossible  :  «  non  potest  moderno 
tempore,  quod  dolenter  referimus,  prosperare  »  {Arch.  du  Vatican, 
247,  f"'  79-80). 


'  —  267  — 

ciales  avec  l'Egypte',  envoyait,  le  26  avril,  Ughetto  di  Negro 
et  Niccolô  di  Goano  «  vers  Alexandrie  d'Egypte  »  pour  y 
annoncer  probablement  le  prochain  départ  du  roi^. 

Déjà  de  nouveaux  projets  de  croisade  se  formaient  à 
Avignon.  L'empereur  Charles  IV  vint,  au  mois  de  mai  de  la 
même  année,  pour  s'entendre  avec  le  pape.  Il  entra  dans  la 
ville  avec  une  suite  nombreuse,  le  2)3  mai  ■'  ;  le  comte  de 
Savoie  l'accompagnait''.  Il  y  passa  tout  le  mois  au  milieu  des 
fêtes  et  des  réjouissances  ;  on  le  vit  assister  à  la  Pentecôte, 
au  service  divin  célébré  par  le  pape  lui-même  ;  il  portait  les 
vêtements  impériaux,  le  sceptre  et  la  couronne  \  Il  quitta 
Avignon  le  2  juin^  et  se  rendit  à  Arles,  où  il  fut  couronné 
comme  roi  de  l'ancien  État  de  nom,  le  4  de  ce  même  mois^ 
Ensuite,  après  cette  apparition  brillante  et  fastueuse,  il 
quitta  la  France  et  revint  dans  son  pays.  Il  avait  vu  le  duc 
de  Bourgogne  à  Romans  ;  à  Avignon  même,  des  ambassa- 
deurs de  la  part  du  roi  de  France  vinrent  le  visiter.  Les 
envoyés,  le  duc  d'Anjou,  Guillaume  de  Melun,  archevêque  de 
Sens  et  Guillaume  de  Dormans,  chancelier  de  Normandie,  se 
consultèrent  avec  le  pape  et  l'empereur  sur  un  grand  projet 
destiné  à  délivrer  l'Europe  entière  des  grandes  compagnies 
qui  l'infestaient  et  à  secourir  en  même  temps  les  chrétiens 
de  l'Orient  ^  L'empereur  offrit  pour  sa  part  les  dîmes  de  son 
royaume  de  Bohême  et  la  moitié  de  ses  autres  revenus  pour 
payer  les  mercenaires  qui  devaient  partir  pour  trois  ans'. 


1.  On  vendit,  le  6fév.  1364,  le  privilège  apostolique  pour  deux  vais- 
seaux par  an  {Inlr.  et  exitus  de  Gênes,  136'i-5,  f"  57.) 

2.  Le  Conseil  de  la  monnaie  imposait  une  contribution  destinée  à 
payer  les  dépenses  des  ambassadeurs,  le  jour  cité  (ibid.,  f°  222).  Ils 
étaient  déjà  partis  (y; ?/y;e/'  ituri),  le  30  mai. 

3.  2"  vie  d'Urhain  V,  ap.  Baluze,  o.c,  I,  404;  Chron.  moguntinum, 
Chron.  der  dcul.  Slâdte,  Mainz,  11,  1,  p.  168,  22-3  («  tria  millia 
equitum,  exceptis  pedestribus  »;. 

4.  Chroniqtie  martinienne ,  f°  158. 

5.  1»  vita  Urbani  V,  ap.  Baluze,  o.  c,  I,  370. 

6.  2a  vita  Urbani  V,  1,  p.  404.  Cf.  Chron.  martinienne,  f°  158. 

7.  Alph.  Huber,  Hegesta  Caroli  IV,  ann.  1365. 

8.  «  Causa  autem  hujus  vocationis  fuit,  ut  succurreretur  per  prin- 
cipes ad  auxilium  fercndum  Christianis  et  terrae  quae  a  Turcis  et 
aliis  infidelibus  quam  plurimum  turbabatur  »  (Conl.  chr.  Guill.  de 
Nangiaco,  t.  11,  p.  360). 

9.  «  Et  medietatem  reddituum  dicti  reg-ni  ejus,  capiendas  pro  stipen- 
diariisfulciendis  per  très  annos  »  (ibid.).  C'était  la  version  qui  circulait  à 
Paris  («  ut  dicebatur  Parisiis,  dum  ista  scriberentur  »). 


—  268  — 

On  devait  envoyer  des  soldats  au  roi  de  Chypre'  et  jeter  vers 
l'Orient  les  innombrables  bandes  de  pillards  qui  dévastaient  le 
midi  delà  France,  l'Italie  et  la  Lorraine^  Un  traité  fut  conclu 
dans  ce  sens,  et  le  pape  s'engagea  à  prendre  des  mesures 
contre  ceux  qui  menaçaient  les  États  de  l'Église.  Des  enga- 
gements pareils  furent  pris  par  le  roi  de  France.  Ce  n'était  pas 
du  reste  la  première  fois  que  le  pape  prenait  des  mesures 
pour  éloigner  les  grandes  Compagnies,  en  les  dirigeant  vers 
la  Terre-Sainte.  11  les  avait  trouvées,  à  son  avènement,  dans 
le  Midi,  où  elles  menaçaient  les  possessions  de  l'Église,  pen- 
dant que  d'autres  troupes  se  présentaient  devant  Orléans  '.  Il 
avait  invité  les  chefs  des  compagnies  à  prendre  part  à  la 
croisade,  qui  venait  d'être  proclamée,  le  25  mai  1363.  Il  fai- 
sait l'éloge  de  leur  bravoure  et  leur  offrait  des  indulgences, 
s'ils  suivaient  un  des  deux  rois  croisés  ;  des  «  richesses  éter- 
nelles »  les  attendaient  dans  le  ciel,  était-il  dit  dans  la  suite 
de  la  lettre,  un  incomparable  butin,  en  Orient*.  Il  invitait  en 
même  temps  le  cardinal  légat  à  chasser  les  bandes  d'Italie*. 
Sa  parole  n'eut  cependant  pas  d'écho  et  les  efforts  d'Urbain 
pour  former  une  ligue  dans  le  Midi,  ne  furent  pas  fruc- 
tueux ^ 


1.  «  Et  super  hoc  intentio  domini  Papae  et  iraperatoris  fuit  illuc 
mittere  plures  nobiles  et  solemnes  ac  strenuos  in  armis,  utputa  regem 
Cipri  »  (ibid.). 

2.  Ihid.  Le  gros  des  grandes  compagnies  se  trouvait  en  France,  en 
Italie,  où  combattaient  Anichino  de  Bon^ardo  (Baumgarten,  cf.  Sismondi, 
JJist.  des  rcp.  //.,  chap.  XLViii),  John  Hawkwood  (qu'on  désigne  encore 
par  les  surnoms  d'Acuto  et  de  Falcone  in  Bosco),  les  compagnies  délia 
Stella  (en  Piémont)  et  de  S.  Georges.  Il  faut  ajouter  encore  des  com- 
pagnies de  Hongrois. 

3.  Luce,  Ilisl.  de  Du  Gueselin,  I,  382-3.  Orléans  fut  attaquée  le 
Jeudi-Saint.  Des  compagnies  s'étaient  montrées  en  Provence  dès 
l'année  1362,  quand  elles  furent  appelées  par  Nicolas  d'Esté  (Corio, 
Storia  di  Milano,  P  176  v"). 

4.  «  Ilostium  divitiis  in  présent!  potituri  seculo  »  {Arch.  du  Vatican, 
245,  f'^  168  v"-70). 

5.  1  mai  1363. 

6.  Des  conférences  furent  tenues  à  Montélimart  pendant  l'automne 
de  cette  même  année  ;  elles  amenèrent  peut-être  la  conclusion  d'une 
alliance  entre  le  pape,  Jeanne,  comtesse  de  Provence,  le  comte  de 
Valentinois  et  le  gouverneur  du  Dauphiné  (Prou,  /.  c,  pp.  30-34),  al- 
liance qui  ne  se  manifesta  par  aucune  mesure.  Un  subside  fut  accordé 
même  pour  la  destruction  des  compagnies  (30  nov.).  Prou,  ibid.,  p.  345. 
Le  comte  de  Savoie  se  réunit  à  la  ligue,  à  l'assemblée  d'Avignon  (jan- 
vier I36'i).  V.  Prou,  ibid. 


I 


-  269  — 

Il  fut  plus  heureux  l'année  suivante.  Robert  Woodhouse  ^ 
vint  dans  Avignon,  de  la  part  des  compagnies  anglaises  de 
la  Toscane,  déclarant  leur  intention  de  prendre  part  à  l'expé- 
dition pour  obtenir  le  pardon  de  leurs  péchés,  si  les  villes  ita- 
liennes leur  accordaient  les  subsides  nécessaires  ^  Il  fut  recom- 
mandé par  le  pape  aux  deux  légats  du  Saint-Siège  en  Italie  •\ 
ainsi  qu'aux  doges  de  Venise  et  de  Gènes,  qui  devaient  leur 
accorder  des  vaisseaux*.  Les  compagnies  avaient  offert  de 
partir,  même  si  le  passage  ne  se  faisait  pas  ;  elles  furent  exhor- 
tées à  persévérer  dans  ces  dispositions  et,  comme  elles  se  plai- 
gnaient de  ne  pas  avoir  de  prélats  qui  pussent  leur  donner  la 
croix,  ce  privilège  fut  accordé  à  tous  les  ecclésiastiques,  par 
une  lettre  du  17  avril,  adressée  au  capitaine.  Des  indulgences 
furent  données  à  ceux  qui  partaient  et  à  ceux  qui  conseillaient 
môme  le  passage  ;  on  les  recevait,  même  après  leur  retour, 
sous  la  protection  du  Saint-Siège,  qui  devait  leur  nommer  des 
protecteurs  spéciaux  ;  enfin,  et  c'était  ce  qui  les  intéressait  le 
plus,  personne,  et  surtout  les  créanciers  juifs,  ne  pouvait 
les  molester  pour  dettes'.  Vers  la  même  époque,  Thomas 
Ufford,  fils  du  comte  de  Suffolk,  et  Guillaume  de  la  Pôle 
passèrent  par  la  curie  en  se  dirigeant  vers  l'Italie,  où  ils 
comptaient  se  remettre  à  la  tête  des  compagnies  anglaises  et 
partir  pour  la  croisade  ^  Le  pape  le  recommanda  aux  chefs 
de  la  compagnie  de  Toscane  '  et,  par  une  lettre  datée  du 
môme  jour  (20  avril),  de  nouveaux  privilèges  furent  accordés 


1.  «  Nobilis  vir  Hobertus  Wodhavos.  »  Cf.  I  Capitoli  di  Firenze, 
II,  p.  507. 

2.  «  Competens  pecuniale  subsidium  »  {Arch.  du  Vatican,  246, 
f°  155  v).  La  lettre,  datée  du  14  avril,  est  adressée  à  Albornoz.  Le 
pape  avait  écrit  déjà  (13  avril)  à  Albert  Stertz,  le  capitaine  «  de  la 
société  des  .\nglais  qui  se  trouvait  en  Italie  »,  pour  le  même  but.  Cette 
dernière  lettre  est  presque  inintelligible  sans  la  première.  Elle  a  été 
publiée  par  Tlieiner,  o.  c.  II,  p.  415. 

3.  Lettre  à  Androuin,  mentionnée  dans  la  première.  Les  deux 
cardinaux  devaient  s'entendre  avec  les  villes  d'Italie. 

4.  Lettre  à  Celsi  (17  avril),  Arch.  du  Valicaii,  f"  156;  lettre  à  Adorno, 
ibid.,  f"  156  (même  date). 

5.  Arch.  du  Vatican,  246,  f"*  166-7  (17  avril). 

6.  Arch.  du  Vatican,  246,  f"*  171-1  v  (même  date).  Lettre  adressée 
aux  deux  croisés  :  ils  étaient  autorisés  à  traiter  avec  les  légats.  V.  une 
lettre  séparée  adressée  à  Guillaume  de  la  Pôle,  chevalier  du  diocèse  de 
Lincoln.  «  domino  de  Castello  Ashebii  »  (Ashby-de-la-Zouch)  (même 
date),  ibid.,  f«*  169-71. 

7.  Arch.  du  Vatican,  246,  {"^  156-6  v°  (20  avril). 


—  270  — 

aux  tran^fretaturi,  qui  pouvaient  amener  avec  eux  un  confes- 
seur pour  remettre  leurs  péchés,  aussitôt  commis*  ;  dix  parmi 
leurs  chefs  obtenaient  le  droit  d'avoir,  pendant  l'expédition, 
une  chapelle  portative,  où  ils  pouvaient  célébrer  la  messe  avant 
le  jour,  mais  rarement  ^  Cependant,  ces  espérances  ne  tar- 
dèrent pas  à  s'évanouir.  Les  compagnies  anglaises  ne  partirent 
pas  et  les  bandes  continuèrent  leurs  ravages  en  France  et  en 
Italie.  Le  pape  excommunia  les  compagnies  de  France,  le 
27  mai,  si  elles  ne  se  dispersaient  pas  en  dédommageant  les 
habitants';  il  invita  les  Florentins  et  les  Pisans,  qui  venaient 
de  faire  la  paix  le  15  septembre,  à  réunir  leurs  efforts 
contre  les  pillards  d'Italie  et  exhorta  les  premiers  (6  octo- 
bre) à  former  une  ligue  avec  la  reine  de  Naples  et  les  deux 
légats^.  Si  la  Ilomagne  fut  délivrée  des  compagnies,  elle  ne 
le  fut  pas  pour  longtemps  ;  des  bandes  attaquaient  Rome 
môme,  au  mois  d'avril  1365  ^ 

Aussitôt  après  la  conclusion  du  traité  avec  Charles  IV,  le 
maréchal  d'Audrehera  fut  envoyé  en  Hongrie  pour  demander 
au  roi  le  passage  des  troupes  qui  devaient  s'embarquer  dans 
les  ports  de  son  royaume  ^  On  voulait  empêcher  de  la  sorte 
la  réunion  des  compagnies  de  France  et  de  Lorraine  avec 
celles  de  l'Italie  et  surtout  avec  le  célèbre  Annequin  qui  mena- 
çait la  Romagne.  L'empereur  aurait  payé  leur  entretien  jus- 
qu'aux frontières  de  la  Hongrie.  Ils  devaient  partir  par  Venise, 
si  le  roi  Louis  leur  refusait  sa  permission  ^  La  dîme  pendant 


1 .  Pour  les  gros  péchés,  on  devait  s'en  rapporter  au  Saint-Siège. 
Les  privilèges  ne  s'appliquent  qu"à  ceux  qui  entreprendront  purement 
(pure)  le  passage. 

2.  «  Altare  portatile  »,  Arch.  du  Vatican,  246,  f"*  168  vo-9. 

3.  Prou,  /.  c,  pp.  36-7. 

4.  Canestrini  dans  VArchiv.  storico,  1"  série,  t.  XV,  pp.  83-4. 

5.  13  avril.  V.  Theiner,  /.  c,  II,  pp.  430-7.  Ce  qui  est  plus  curieux, 
c'est  qu'on  était  contraint  d'employer  des  compagnies  pour  se  débarras- 
ser d'autres  compagnies  :  ainsi  la  reine  de  Naples  conclut  un  traité 
avec  «  le  magnifique  seigneur  Nicolas,  fils  de  Jean  d'Othim,  comte  et 
capitaine  de  la  grande  compagnie  des  Hongrois,  formée  récemment  dans 
ce  royaume  »,  pour  chasser  Annequin  de  Baumgarten  du  royaume 
(Wenzel,  /.  c,  t.  II,  p.  571).  Le  Sjanvier  1365,  Hugues  de  Mortimer,  de  la 
Compagnie  blanche,  Nicolas,  comte  de  Thodi,  etc.,  traitent  la  paix  avec  la 
reine  de  Sicile  et  entrent  au  service  de  l'Eglise  le  14  (ibid.,  Il,  pp.  625-7). 

6.  Il  n'était  pas  encore  parti  le  9  juin  (cf.  Arch.  du  Vatican,  247, 
fos  114-4  V").  L'évéque  d'Auxerre  et  Eudes  de  Grancey  allèrent  dans 
le  même  but  en  Hongrie  et  en  Allemagne  (Prou,  l.  c,  pp.  47-8). 

7.  Lettre  au  roi  de  France  (11  juillet),  ap.  Rinaldi,  t.  XXVI,  p.  110. 


—  271  — 

deux  ans  fut  accordée  au  roi  de  France  pour  se  débarrasser 
des  bandes',  et  des  nobles  français,  parmi  lesquels  se  trouvait 
probablement  Du  Guesclin^,  s'engagèrent  à  les  conduire  outre- 
mer^  On  avait  demandé  contre  les  compagnies  le  secours  du 
roi  d'Angleterre  *  et  du  prince  de  Galles  ''.  On  connaît  le  ré- 
sultat de  ces  efforts  :  Arnaud  de  Cervole,  dit  VArcfiiprêtre  ^ 
se  dirigea  vers  l'Allemagne  avec  ses  routiers  ;  les  provinces 
du  Rhin  s'en  émurent  ;  il  fut  repoussé  devant  Strasbourg  et 
Baie,  et  sa  mort  dispersa  les  compagnies,  réunies  un  moment 
pour  le  départ  ^ 

En  même  temps  le  pape  annonçait  ses  projets  aux  Floren- 
tins (8  juin)  ^  au  doge  (9  juin)  %  aux  cardinaux  Androuin  (10 
juin)  '"  et  Albornoz  ".  Ils  étaient  invités  à  prendre  des  mesures 
contre  les  compagnies,  qui  devaient  partir  pour  la  Terre- 
Sainte  par  la  Hongrie  ou  par  Venise  *^  Une  conférence  à 
Bologne  devait  amener  la  conclusion  d'une  ligue  entre  ces 
deux  légats,  Jeanne  de  Naples  et  le  peuple  romain '^ 

Enfin,  et  ce  projet  se  réalisa  tout  aussi  peu  que  les  autres, 


1.  Prou,  p.  53.  Lettre  du  19  juillet  (v.  pièces  just.  du  même  travail, 
n°  Lviii). 

2.  V.  Prou,  p.  '*8. 

3.  «  Cum...  quidam  nobiles  obtulerint  ac  solenniter  promiserint  eas- 
dem  gentes  non  sol  nui  de  prefato  regno  educere,  sed  conducere  ad  partes 
Turchie  vel  aliorum  intidelium  uitramarinorum,  contra  eos  pro  fide 
cathoiica  pugnaturas  »,  Prou,  app.,  n°  lvhi,  p.  133. 

4.  Prou,  /.  c,  p.  47,  cf.  ihid.^  app.,  n"  Lin,  p.  128. 

5.  Mission  de  Guy  de  Provins,  ibid.,  a.j)p.,  n°  l,  p.  126  (5  avril). 

6.  Le  pape  autorisa  le  roi  à  lui  donner  les  subsides  le  20  juin  (Prou, 
app.,  Liv,  pp.  128-9).  L'absolution  lui  fut  accordée  par  un  légat  à 
Màcon  (Chérest,  YArchiprêtre,  p.  310). 

7.  Chérest,  YArchiprêtre,  pp.  316  et  suiv.  ;  Chron.  Mogunt.,  Le, 
pp.  168-9. 

8.  Canestrini,  Archivio  storico  italiano,  t.  XV  (l'"^  série),  pp.  85-6. 
L'empereur  y  est  dépeint  dans  des  termes  très  élogieux  :  il  aurait  montré 
au  pape  le  projet  qu'il  a  formé  «  ad  pacem  et  tran(iuillitatcm  totius 
populi  christiani,  et  ad  depressionem  intidelium  exaltationemque 
catholice  tidei  ». 

9.  Commem.,  VII,  n"  210  ;  t.  111,  p.  40.  V.  une  autre  lettre  de  même 
date,  ibid..  Vil,  n"  209;  t.  111,  p.  40. 

10.  Archiv.  duVatican,  247,  f*"*  114  \°-6.  V.  une  autre  lettre  adressée 
au  môme  le  18  (fo^  116-6  v°),  reproduite  par  Theiner,  /.  c,  t.  Il,  428-9 
(19  juin). 

11.  Arch.  du  Vatican,  247,  f"*  116  v°-117. 

12.  V.  note  précédente. 

13.  Lettre  à  ,\ndrouin  (10  juin).  On  chercha  à  y  faire  entrer  François 
de  Carrare,  Nicolas  d'Esté,  Cansignorio,  Feltrino  et  les  deux  doges  (Hi- 
naldi,  XXVI,  pp.  112-3). 


—  272  — 

devant  le  danger  qui  menaçait  l'Orient,  où  venait  d'appa- 
raître Amurat  se  disposant,  croyait-on,  à  attaquer  les  Hospi- 
taliers \  une  grande  union  ^  des  fidèles  fut  proposée  par  le 
Grand-Maître,  le  marquis  de  Montferrat  et  la  république  de 
Gênes,  dans  le  but  de  chasser  les  Turcs  de  l'empire  de  Co?is- 
tantinople  seiileme7it\  L'empereur  de  Byzance  en  fut  informé 
par  des  lettres  du  pape,  l'exhortant  encore  une  fois  à  cette 
union  avec  l'Eglise,  qu'il  paraissait  vouloir  accomplir''.  On 
n'attendait  que  la  conclusion  de  la  paix  entre  Gênes  et  les 
Chypriotes  pour  commencer  l'expédition  par  terre  et  par 
mer". 

Ces  espérances  furent  vaines.  Il  n'y  eut  ni  départ  des  com- 
pagnies, ni  grande  union  des  chrétiens  contre  les  Turcs, 
Tout  se  borna  en  promesses  et  en  propositions.  Personne  ne 
partit,  sauf  ce  roi  de  Chypre,  qu'on  avait  presque  oublié  à 
Avignon  pendant  cette  période  de  grands  projets  irréalisa- 
bles. Le  pape  apprit  cependant  son  prochain  départ,  vers  la 
fin  du  mois  d'avril.  Il  s'en  réiouit  dans  sa  lettre  du  26,  en 
l'exhortant  à  ne  plus  tarder,  dans  la  crainte  que  ses  derniers 
soldats  ne  suivissent  l'exemple  des  premiers''.  La  lettre  sui- 
vante trouva  Pierre  P""  en  mer". 


1.  Le  \'i  avril,  les  prieurs  furent  invités  à  se  réunir  avec  certains 
conimandeurs  ;  des  lettres  demandèrent  aux  rois  de  les  contraindre  à 
venir.  Amurat  se  dirigea  ailleurs  cependant  et  il  n'y  eut  plus  d'as- 
semblée (Bosio,  L  c,  t.  II,  pp.  66-7). 

2.  «  Certam  unionem.  » 

3.  «  Ad  expellendum  eosdem  Turchos  de  dicto  imperio.  » 

4.  Archives  du  Vatican,  247,  f'^  79-80  ;  voyez  plusieurs  lettres 
écrites  vers  la  même  époque  au  prolosyncellc  de  Constantinople  et  à 
d'autres  personnages  de  l'empire  grec  pour  les  engager  à  l'union 
{Archives  du  Vatican,  247,  î"^  81  v°-2). 

5.  Ibid.  (19  avril). 

6.  C'était  une  réponse  à  des  lettres  de  Pierre  Thomas,  annonçant  le 
prochain  départ.  Archives  du  Vatican,  247,  f"*  87-7  v  (26  mai).  Repro- 
duite par  Wadding,  /.  c,  p.  187,  cf.  Hinaldi,  t.  XXVI,  p.  119. 

7.  Ihid.  «  Age  igitur,  fili  carissime,  bellum  doniinicum  magnaniraiter 
et  dévote,  tuosque  commilitones,  quos  ad  hoc  de  diversis  nationibus 
fidelium  congregasti,  ex  parte  nostra,  etc..  Archives  du  Vatican,  247, 

f°  131  v  (19  juillet).   Il  était  parti,  dit  la  lettre,   «  cum  copiosa 

comitiva».  Reproduite  dans  Rinaldi,  t.  XXVI,  pp.  119-20. 


CHAPITRE  IX. 

GUERRES    EN    CHYPRE.    —    PRISE    d' ALEXANDRIE. 

A  cette  époque  la  chrétienté  était  partout  menacée  d'une 
grande  invasion  des  Intidèles  réunis.  Aussitôt  après  le  départ 
de  Pierre  P''  pour  l'Occident,  les  chrétiens  furent  emprison- 
nés et  maltraités  à  Damas,  dans  toute  la  Syrie  et  en  Egypte  ^ 
Au  mois  d'août  13G3,  le  pape  écrivait  aux  rois  de  toute  la 
chrétienté  pour  leur  demander  de  contraindre  les  prieurs  et 
autres  officiers  des  Hospitaliers  en  Occident  à  payer  les  revenus 
de  l'Ordre,  dans  leurs  contrées:  il  leur  montre  l'île  de  Rhodes 
menacée  par  les  Infidèles,  les  chevaliers  bientôt  contraints 
à  la  quitter,  s'ils  ne  reçoivent  pas  de  subsides  ^.  L'année 
suivante,  on  redoutait  une  invasion  des  Turcs  en  Achaïe.  Des 
forces  s'étaient  réunies  à  Thèbes  et  dans  les  environs  ^  Des 
lettres  furent  envoyées  à  l'archevêque  de  Patras,  au  bailli  et  aux 
habitants  de  Négrepont  pour  leur  demander  leur  concours*. 
Urbain  V  écrivit  à  la  même  époque  aux  prélats  et  aux  nobles 
d'Achaïe  ^  Jean  et  Robert  de  Loria,  qui  étaient  accusés  d'en- 
tretenir des  rapports  d'amitié  avec  les  Turcs  et  de  les  recevoir 
même  sur  leurs  terres,  près  de  Thèbes  \  furent  invités  à  leur 
retirer  tout  secours  et  à  témoigner  de  leur  repentir  en  les 
attaquant\  Enfin  un  appel  fut  adressé  à  tous  les  chrétiens, 
vers  la  fin  du  mois  de  juin  1364,  pour  les  appeler  aux  armes 
contre  les  Infidèles,  en  leur  offrant  des  indulgences  ^ 

1.  Villani,  XI,  xxxiv;  Spécimen  hist.  Socomeni.  c.  1070  d. 

2.  «  Quinimmo,  ut  nuper  testimoniis  fide  digriis  audivimus,  insulam 
Hodi,  nisi  eis  subveniatur  de  liujusmodi  responsionibus,  de  proximo, 
qnod  absit,  compellentur  relinquere  »  (Theiner,  Monum.  Hung.  spect., 
II,  58). 

3.  «  Propliana  multitudo  Turcarum.  » 

4.  Le  27  juin  1364  (Archives  du  Vatican,  reg.  2'i6,  f"'  238  \°-9). 

5.  I/nd.,  f"  240  v<>. 

6.  Ces  terres  avaient  été  même  occupées  par  eux  au  détriment  de 
l'Eglise  de  Thèbes. 

7.  Même  date.  Ibid.,  f"-<  240  v°-l  v». 

8.  Le  24  juin  1364.  Ibid.,  f"^  238-8  v». 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Méziéres.  i8 


—  274  - 

En  Asie  et  en  Chypre,  les  menaces  s'étaient  transformées 
en  hostilités  ouvertes  contre  les  possessions  du  roi  absent. 

Jean  de  Carmadino  était  venu  remplacer  l'amiral  de  Chypre 
à  Satalie,  aussitôt  après  le  départ  du  roi.  Son  arrivée  fut  le 
signal  d'une  nouvelle  attaque  contre  la  ville.  Tacca  se  réunit 
à  l'émir  de  Candelore',  qui  devait  soutenir  avec  des  vaisseaux 
les  troupes  qui  assiégeraient  la  forteresse.  Le  nouveau 
commandant  de  Satalie  en  informa  le  prince  d'Antioche, 
gouverneur  du  royaume,  qui  envoya  en  Asie  trois  galères 
âous  le  commandement  de  Jean  de  Brie.  Le  jour  suivant,  les 
Turcs  se  présentaient  devant  la  ville. 

Tacca  avait  avec  lui  quarante-cinq  mille  hommes  :  huit 
galères  arrivaient  de  Candelore.  Carmadino  défendit  de  tirer 
dos  flèches,  avant  que  les  ennemis  fussent  arrivés  devant  les 
murs.  Les  Turcs  commencèrent  par  jeter  des  pierres  et 
d'autres  projectiles,  qui  ne  firent  pas  de  grands  dégâts  ;  puis 
on  ordonna  l'assaut.  C'est  alors  qu'au  son  des  cloches  et  des 
trompettes,  une  pluie  d'engins  s'abattit  sur  les  assaillants, 
qui  tombèrent  dans  les  fossés  :  un  parent  de  Tacca,  émir  du 
voisinage,  fut  tué  dans  cette  première  attaque.  Puis  les  chré- 
tiens firent  une  sortie  vigoureuse,  qui  acheva  de  mettre  les 
Turcs  en  déroute.  Ces  derniers  se  retirèrent  dans  l'intérieur 
du  pays,  pendant  que  les  vaisseaux,  de  Candelore  étaient 
brûlés  à  Gerakiès,  où  ils  s'étaient  retirés,  par  les  deux  galères 
de  Jean  de  Brie^  Deux  nouvelles  galères  furent  envoyées  dans 
le  cours  de  l'année  suivante  à  Satalie  :  la  première  périt  à 
Paphos,  deux  autres  autres  arrivèrent  bientôt  pour  conduire 
le  capitaine  Hugues  du  Puy,  bourgeois  de  Famagouste,  à 
Satalie.  Quelque  temps  après,  au  mois  de  mars  1363,  Jean  de 
Carmadino,  malade  de  la  peste  ^  se  retirait  à  Rhodes,  où  il 
mourut  :  son  fils  prit  sa  place,  comme  gouverneur  de  Sa- 
talie*. 

De  phis,  l'invasion  de  la  peste  en  Chypre,  l'absence  du  roi, 
qu'ils  avaient   appris  à  redouter,  encouragèrent  les  pirates 


1.  Mâcheras,  p.  69. 

2.  Ibid.,  69-70. 

3.  Ibid.,  70. 

4.  Ibid.  Mâcheras  mentionne  un  peu  plus  loin  Badin  de  Brie  comme 
capitaine  de  SataHe  jusqu'à  l'arrivée  du  titulaire. 


à 


—  275  — 

turcs  à  prendre  l'offensive.  Un  certain  Mahomet-Reïs  aborda 
avec  douze  galères  à  Pandaïa  et  dévasta  le  pays.  Les  troupes 
qui  arrivèrent  de  Nicosie  ne  l'y  trouvèrent  plus  ;  les  Turcs 
étaient  partis  en  emmenant  leurs  captifs.  Quelques  jours 
après,  les  galères  de  Satalic  partaient,  amenant  le  nouveau 
gouverneur*. 

Après  leur  départ,  une  nouvelle  invasion  mit  bientôt  la 
côte  au  pillage.  Mahomet  Rcïs  était  revenu  avec  six  galères  ; 
Carpasso  et  les  environs  furent  mis  au  pillage  ;  la  châtelaine 
elle-même  allait  être  prise  par  les  pirates.  Quatre  vaisseaux 
chypriotes  furent  envoyés  sur  la  côte  :  deux  se  dirigèrent 
vers  Carpasso,  les  deux  autres  vers  Paphos.  Les  premiers 
trouvèrent  une  partie  des  Turcs  à  terre  :  un  do  leurs  vais- 
seaux fut  brûlé,  tandis  que  l'équipage,  se  retirant  sur  une 
colline,  se  préparait  à  se  défendre.  Ils  ne  tardèrent  pas  à  être 
pris  par  les  troupes  qui  arrivèrent  de  Nicosie.  On  les  attacha 
à  la  queue  des  chevaux  :  puis  on  pendit  les  cadavres  dans 
cette  ville.  Un  autre  vaisseau  fut  pris  par  François  Spinola, 
mais  les  Turcs,  plus  nombreux  que  leurs  gardiens  et  mieux 
armés,  se  révoltèrent  et  tuèrent  une  partie  des  hommes  de 
l'équipage,  avec  le  capitaine,  tandis  que  les  autres  s'enfuyaient 
à  la  nage  vers  la  galère  commandée  par  sire  Henri  de  la  Cou- 
ronne. Les  Turcs  furent  pris  de  nouveau,  mais  la  fureur  avec 
laquelle  les  chrétiens  les  attaquèrent  fit  chavirer  le  vaisseau: 
Henri  de  la  Couronne  se  noya  avec  plusieurs  de  ses  gens.  La 
galère  de  Jean  de  Mitry  ramena  à  Nicosie  les  prisonniers, 
qui  subirent  la  môme  peine  que  leurs  compagnons  pris  à 
Carpasso.  Une  flotte  chypriote,  sous  l'amiral  Jean  de  Sur,  se 
dirigea  enfin  vers  la  côte  de  l'Asie  pour  y  exercer  des  repré- 
sailles. Anamour,  grande  ville  turque,  située  en  face  du  cap 
Cormakiti,  fut  prise  et  saccagée.  Une  attaque  contre  la  ville 
voisine  de  Siki  -  ne  réussit  pas  et  Mahomet  Reis  put  échap- 
per à  la  poursuite  des  chrétiens  avec  le  reste  de  ses  vaisseaux^ 


i.  Mâcheras,  p.  71. 

2.  Et  non  Sis,  ainsi  que  le  ferait  croire  la  traduction  :  S';.  SJxr,v, 
Mâcheras,  74,  Strambaldi  :  Sichia.  Siki  est  situé  au  fond  d'un  golfe, 
à  l'est  de  la  ville  d'Anamour. 

3.  Mâcheras,  74-5. 


—  276  — 

L'émir-mélik,    commandant  de   Tripoli,  où  il  s'était  retiré, 
refusa  de  le  livrer  à  l'amiral  '. 

Une  nouvelle  expédition,  destinée  à  arrêter  définitivement 
les  ravages  des  pirates,  partit  de  Chypre,  le  3  septembre 
1364,  malgré  la  querelle  avec  les  Génois  qui  menaçaient  l'île 
d'une  invasion.  Quatre  galères,  sous  le  commandement  de 
Pierre  de  Bon,  se  dirigèrent  vers  Satalie,  pour  y  établir  le 
nouveau  gouverneur,  Léon  Antiaume.  Une  seule  entra  dans 
le  port,  tandis  que  les  trois  autres  descendaient  dans  le  golfe 
et  s'avançaient  vers  Alaïa,  en  pillant.  Cinq  galères  turques 
vinrent  leur  disputer  le  passage  et  la  désobéissance  d'un  des 
capitaines,  Jean  de  Gonème,  contraignit  les  vaisseaux  chré- 
tiens à  se  retirer.  Ils  n'arrivèrent  à  Cérines  qu'après  avoir 
essuyé  une  tempête.  Les  trois  vaisseaux  furent  envoyés  de 
nouveau  contre  les  Turcs  par  le  prince  :  ils  se  réunirent  à 
Myloi  à  deux  galères,  qu'avait  armées  l'amiral.  Des  pirates 
venaient  de  piller  le  pays  et  se  préparaient  à  partir,  quand  ils 
furent  attaqués  par  les  chrétiens  :  deux  des  vaisseaux  de 
Chypre  faillirent  s'enfuir,  en  voyant  devant  eux  six  galères, 
qu'ils  supposaient  appartenir  aux  Turcs.  Les  Turcs  finirent 
par  être  battus  :  une  soixantaine  fut  amenée  à  Nicosie  pour 
y  subir  le  supplice  (novembre  1364^). 

Les  pirates  n'osèrent  plus  attaquer  les  côtes  de  l'île  pendant 
tout  le  règne;  de  Pierre  P*",  mais  un  nouvel  ennemi,  beaucoup 
plus  redoutable,  menaça  bientôt  les  chrétiens  de  Chypre. 
Les  galères  chypriotes  avaient  fait  prisonnier,  en  attaquant 
Satalie,  un  Sarrasin  de  Damas,  nommé  Chantzianis,  qui 
fut  enfermé  à  Cérines.  11  fit  savoir  son  état  à  sa  famille, 
par  un  marchand  venu  dans  cette  ville  et  rémir-mélik  de 
la  Syrie  prit  fait  et  cause  pour  son  sujet.  Les  marchands 
chypriotes  furent  arrêtés  à  Damas  et  contraints  de  demander 
au  prince  la  délivrance  de  Chantzianis.  Le  gouverneur  du 
royaume  refusa,  et,  par  représailles,  les  Chypriotes  furent 
maltraités  et  menacés   de   mort.    Une  lettre  injurieuse  fut 

1 .  Ihiil.  Des  pirates  chrétiens  attaquèrent,  en  mai  1363,  avec  trois 
galères,  Aboukir.  Six  autres  vaisseaux,  qui  se  dirigèrent  ensuite  vers 
la  même  ville,  arrivèrent  par  erreur  devant  Rosette  :  ils  en  furent 
repoussés  (Anonyme  arabe,  Bibl.  roy.  de  Berlin,  Wetzstein,  II,  359-60, 
fos  96-6  v«). 

2.  Mâcheras,  77-9. 


—  277  — 

écrite  aux  insulaires,  lettre  que  l'amiral  fit  traduire  en  fran- 
çais et  envoyer  au  prince,  qui  en  avertit  son  frère.  Ce  fut 
une  des  causes  de  l'attaque  que  ce  dernier  dirigea  contre 
Alexandrie'. 

Pierre  P""  était  parti  de  Venise  le  matin  du  27  juin  1365  ^  Le 
pape  l'en  félicita  par  une  lettre  datée  du  19  juillet:  il  lui 
souhaita  la  victoire  pour  lui  et  les  «  combattants  qu'il  avait 
«  rassemblés  à  cette  intention,  dans  les  différentes  contrées 
«  visitées  par  lui^  ».  Son  but  était  secret,  au  moins  pour  les 
soldats  de  la  croisade*:  c'est  ce  qui  explique  les  appréhen- 
sions de  la  République.  Les  capitaines  du  golfe  devaient  rap- 
porter chaque  jour  la  direction  suivie  par  la  flotte  du  roi  : 
une  pareille  mission  avait  été  confiée  aux  officiers  vénitiens 
de  Crète,  aux  châtelains  de  Coron  et  de  Modon,  qui  devaient 
la  faire  suivre  par  deux  vaisseaux*.  Aussitôt  que  le  roi 
débarquerait,  l'aviso  de  Candie  devait  revenir  à  Venise  avec 
la  nouvelle,  tandis  que  la  flotte  de  Romanie  surveillerait  ses 
opérations  et  en  ferait  connaître  le  succès  ^  Des  ordres  avaient 
été  envoyés  même  aux  provéditeurs  de  Crète  pour  annoncer  aux 
musulmans,  si  Pierre  venait  à  les  attaquer,  que  la  République 
n'était  pas  solidaire  de  cette  expédition,  qui  lui  était  même 
complètement  inconnue  ^  Trois  galères  vénitiennes  devaient 


1.  Ibid.,  85-6.  Une  autre  serait  le  refus  qu'il  essuya  de  la  part  de 
l'émir  Hassan  (juand  il  réclama  la  permission  d'entrer  à  Tyr,  pour  y 
accomplir  certaines  solennités.  Anonyme  arabe,  f"  95. 

2.  On  ordonna  aux  équipages  de  monter  sur  les  galères  le  22  (déci- 
sion du  19  juin,  Scn.  Misli,  31,  f"  100). 

3.  Hinaldi,  XXVI,  119-20. 

4.  Les  instructions  données  par  les  Vénitiens  à  leurs  officiers  sont 
décisives  (v.  plus  loin).  M.  Herquet  (C///;r/sc/te  Kônigsfjestalten.  173) 
combat  cette  opinion,  en  se  fondant  sur  l'engagement  que  prit  le  roi 
envers  Venise  de  ne  pas  attaquer  les  possessions  du  Soudan  avant  la 
fin  du  mois  d'octobre.  Cf.  Mas  Latrie,  l'Ile  de  Cluijire.  p.  278.  Du  reste, 
le  roi  cherchait,  pnr  tous  les  moyens,  à  cacher  aux  Vénitiens  ses  véri- 
tables intentions:  Pierre  Thomas  déclarait  vouloir  accompagner  seule- 
ment son  ami  jusqu'à  Rhodes.  Il  reviendrait  ensuite  à  Modon  {Sen. 
Misti,  31,  f->  100). 

5.  «  Vel  griparias  »  (ordre  du  27  juin). 

6.  Mas  Latrie,  Histoire  de  Chypre,  III,  752;  751-2. 

7.  Ibid.,  752-3.  Le  commerce  vénitien  n'avait  pas  été  interrompu 
ar  les  préparatifs  de  la  croisade  :  des  licences  furent  accordées  par 
e  pape,  sous  les  conditions  ordinaires,  pour  six  galères,  qui  pourraient 

se  rendre  à  Alexandrie  ou  ailleurs  dans  les  possessions  du  Soudan, 
le  25  août  ^65  (Corn mémorial i,  VII,  n"  227,  t.  III,  p.  42).  Une  autre 
permission,  pour  huit  galères,  fut  délivrée  le  23  septembre  1365  :  le 


l 


—  278   - 

suivre  le  roi  jusqu'à  Rhodes  ou  à  Satalie,  selon  ses  ordres  \ 
Le  capitaine  des  galères  d'Alexandrie  pouvait  visiter  les 
vaisseaux  qui  faisaient  le  service  des  lettres  (4  septembre).  Il 
pouvait  s'entendre  avec  le  gouvernement  crétois  pour  les 
mesures  qui  deviendraient  nécessaires  :  le  collège  des  mar- 
chands d'Alexandrie  obtint  la  permission  de  traiter  avec  le 
cadi  (même  date)^ 

La  flotte  se  dirigea  vers  Rhodes.  Un  très  grand  nombre  de 
chevaliers  de  l'Occident  se  trouvaient  sur  une  trentaine  de 
vaisseaux,  fournis  par  Venise.  On  comptait  parmi  les  Fran- 
çais Jean  de  la  Rivière,  sire  de  Préaux,  dont  le  nom  se  ren- 
contre souvent  dans  les  guerres  de  France  ^  Jean  de  Fricamps\ 
le  seigneur  de  Puchay,  le  seigneur  de  Taillanville,  roi  d'Yve- 
tot%   Perceval  de  Cologne ^.  Martel  de  Basqueville",  Jean 


8  septembre  1365,  trois  galères  de  Venise  se  dirigèrent  vers  Beyrouth 
(ibid.,  VU,  00  234,  t.  III,  p.  43). 

1.  Mas  Latrie,  Ilist.  de  Chypre,  III,  751. 

2.  Sen.  Misti,  31,  f"''  111  v",  112,  112  v».  On  demandait  à  Avignon 
d'étendre  les  licences  à  six  galères.  V.  p.  277,  note  7. 

3.  Premier  chambellan  du  duc  de  Normandie  dès  ,1361,  capitaine 
de  Vernon-sur-Seine  en  1364.  Il  prit  part  au  siège  d'Évreux,  au  mois 
de  juin  1364  (Pelaville-le  Roulx,  o.  c,  p.  127,  n.  3)  et  à  celui  de  Meulan 
(S.  Luce,  Du  GuescUn,  428).  Le  duc  Charles  lui  fit  de  fréquentes  do- 
nations en  1361  et  1362  (Bibliothèque  nationale,  coll.  Clairambault, 
V.  191,  n°*  92,  93,  95).  La  nouvelle  de  sa  mort  à  Famagouste,  «  environ 
la  feste  de  Toussains  précèdent  »,  arriva  à  Paris  au  mois  de  février  1367: 
il  fut  enterré  «  en  la  ville  de  Costa  »,  on  lui  fit  des  funérailles  solen- 
nelles à  Paris,  à  Sainte-Catherine  du  Val-des-Ecoliers,  le  mercredi 
17  février  et  le  lendemain,  en  présence  da  roi  et  de  ses  officiers 
(Grandes  Chroniques,  VI,  244,  cf.  Arch.  nat.,  X,  469.  f"  195  \°).  On 
retrouve  ses  gens  en  Orient  dans  les  guerres  qui  suivirent.  C'était  le 
frère  de  Bureau  de  la  Rivière  et  peut-être  le  parent  du  chevalier  breton 
Thibaut  de  la  Rivière  (Bibl.  nat.,  coll.  Clairambault.  vol.  cité,  n"  43), 
qui  fut  capitaine  de  Pontorson  sous  Du  Guesclin  (Luce,  o.  c,  p.  309, 
453).  Un  personnage  du  même  nom  était  «  avocat  du  roy...  en  la 
viconté  d'Ango  »  en  1390  (Bibl.  nat.,  /.  c,  n»  59). 

4.  Jean  de  Friquet  de  l'ricamps  servit  tour  à  tour  les  rois  de  Navarre 
et  de  France  (1364,  Froissart,  éd.  Kervyn,  XXI,  374). 

5.  Sur  lequel  v.  Fromentin,  Essai  historique  sur  Yvetot,  1844. 

6.  Il  assista  au  siège  de  Limoges  ('1370)  et  à  l'expédition  du  duc  de 
Lancastre  (1370-3).  Kervyn,  auquel  nous  empruntons  ces  dates,  lit 
Coulonges  (.\XI,  p.  45).  Etait-ce  le  Percivallus  orator.  envoyé  par 
Hugues  IV  en  Occident,  des  années  auparavant?  (Rinaldi,  XXV,  500, 
ann.  1349).  En  1375,  on  le  retrouve  comme  «  ami  et  féal  chevalier  » 
du  duc  de  Berri  et  sénéchal  de  Poitou  {Registre  de  Barthélemi  de 
Noces,  publié  par  M.  Teilhard  de  Chardin,  dans  la  Bibl.  de  VÉc.  des 
Chartes,  sept.-déc.  1891,  p.  557  :  Perceval  de  Culoignc  —  Cologne,  Gers). 

7.  Guillaume  VI.  Il  passa  du  service  du  roi  de  Navarre  à  celui  du 
roi  de  France  (1358-64).  Après  que  les  guerres  de  France  eurent  été 


—  279  — 

de  Reims,  qui  raconta  plus  tard  à  Machaut  les  détails  de 
l'expédition',  Bréraont  de  la  Voulte  ^  Gansonet  d'Abzac, 
chevalier  du  Périgord^  et  enfin  Guillaume  Roger  III,  comte 
de  Beaufort  et  vicomte  de  Turenne*,  un  des  seigneurs  les 
plus  puissants  du  midi  de  la  France''.  Beaucoup  d'Anglais, 
«  huit  vingt  corabatans  »,  se  trouvaient  aussi  dans  l'armée 
du  roi  de  Chypre.  Si  le  comte  de  Warwick,  Thomas  Ufford 
et  de  la  Pôle  n'avaient  pas  attendu  à  Venise  l'arrivée  du  roi 
de  Chypre,  on  comptait  parmi  ces  «  Angloiz  pèlerins^  », 
Richard,  seigneur  de  Grey,  qui  entra  un  des  premiers  à 
Alexandrie  avec  l'étendard  do  l'Eglise"  et  Milon  de  Stapleton, 
attaché  spécialement  à  la  personne  du  légat ^  Ils  étaient  les 
plus  nombreux,  d'après  Pierre  Thomas,  parmi  les  étrangers^ 
Des  chevaliers  Teutons  étaient  accourus  à  l'appel   du  roi, 


apaisées,  il  emprunta  511  francs  d'or  «  pour  le  saint  voyage  d'oultre- 
mer  »  et  suivit  Pierre  !'=%  auprèsduquel  il  se  dintingua  à  Alexandrie  et, 
plus  tard,  à  Tripoli.  Revenu  en  1368  déjà,  il  combattit  contre  les  rou- 
tiers et  défendit  ensuite  llarfleur  contre  les  Anglais.  Mort  vers  1380 
(A.  Hellot,  Essai  historique  sur  les  Martel  de  Basqueville,  Rouen- 
Dieppe,  1879,  8°,  p.  44). 

1.  Voir  son  portrait  dans  Machaut,  p.  180. 

2.  Fils  de  Philippe  de  la  Voulte,  il  commandait  déjà  «  sur  la  fron- 
tière de  Flandre  »  en  1342,  Archives  nationales,  KK6,  f"  236  ;  Frois- 
sart,   éd.   Kervyn,   XXIII,  267;  cf.  Delaville  le  Roulx,  o.  c,  126. 

3.  Il  fut  parmi  ceux  qui  s'enrichirent  au  pillase  d'Alexandrie  (Mas 
Latrie,  Ifist.  Ch..  H,  'i61). 

4.  (Guillaume  Roger  III  devint  vicomte  de  Turenne  par  un  achat, 
en  1350  (Delaville  le  Roulx,  p.  126,  n.  2).  Clément  VI,  son  parent,  lui 
accorda  de  très  étendues  licences  de  commerce  (Heyd.  Le  Colonie,  II, 
210-1  ;  Mas  Latrie,  Comm.  et  exp.  milit.  dans  les  Mélanges  et  docu- 
ments, III,  156-8);  Urbain  V  intervint  auprès  du  roi.  qui  avait  arrêté 
une  partie  de  ses  terres,  en  1365  (Archives  du  Vatican,  reg.  247, 
f"  92  v«). 

5.  «  Et  moult  d'autres  bons  chevaliers  et  escuiers  dont  les  noms  ne 
sont  pas  cy  retraiz  »  (Chron.  des  quatre  Valois,  p.  164).  Cette  chro- 
nique donne  les  noms  des  chevaliers  français  que  nous  avons  cités. 
Machaut  ajoute  celui  de  Guy  le  Baveux  (p.  74).  ^'oir  sur  ce  person- 
nage Froissart.  XXII.  p.  53  et  Luce,  Du  Guesclin,  p.  447  et  note  1. 

6.  Chron.  des  quatre  Valois,  l.  c. 

7.  «  Interquos  fuerunt  milites  de  Anglia,  videlicetdominus  Ricardus, 
dominusdeCray(.s"/c),  portans  vexillum  Fcclesie  et  domini  patriarche...» 
(Vie  de  P.  Thomas  atXvihuée  à  Jean  de  Faënza,  Bibl.  nat.,  lat.  5615, 
fo  117  yo).  C'est  lord  Grey  de  Codnor  (Stubbs,  Lectures,  p.  194). 

8.  «  Et  dominus  Milon  de  Stapulton,  specialiter  deserviens  ipsi 
sancto  patriarche  et  legato  »  (Vie,  l.  c).  Ils  rapportèrent  en  .Angleterre 
la  prétendue  Vie  de  Jean  de  Faënza.  Sur  Warwick,  Stubbs,  o.  c,  p.  19'i. 

9.  «  Recesserunt  Anglici,  qui  videbantur  fortiores  »  (lettre  dans  la 
Vila  par  Philippe,  p.  1016  des  Acta  sanctorum). 


—  280  — 

probablement  grâce  à  l'intervention  de  Philippe  '  :  ils  formaient 
la  partie  la  plus  pieuse  et  la  mieux  disciplinée  de  la  petite 
troupe  ^  Des  nobles  venus  des  autres  contrées  de  l'Allemagne, 
—  le  poète  contemporain  Pierre  Suchenwirt  cite  le  nom  de 
Burcard  Ellerbach  l'ancien  '^ —  prirent  part  aussi  à  l'expédition, 
ainsi  que  des  Italiens,  parmi  lesquels  on  ne  connaît  que  les 
noms  de  Pierre*  et  de  Jacques  des  Rossi,  dont  le  dernier  fut 
un  des  grands  amis  de  Mézières''.  Enfin  deux  nobles  de  Bj'zancc, 
Jean  Lascaris  Calopheros,  qui  avait  quitté  l'empire  et  s'était 
enfui  auprès  du  pape,  à  cause  de  son  mariage  secret  avec 
Marie  Cantacuzène,  nièce  de  l'empereur",  et  Jean  Angelos  de 
Salonique  ^  se  trouvaient  aussi  dans  l'armée  de  Pierre  I".  Le 


1.  Mézières,  ibid.  Les  Teutonici  paraissent  bien  être  les  chevaliers 
de  l'Ordre  teutonique. 

2.  Ils  furent  parmi  ceux  qui  s'opposèrent  au  départ  des  croisés, 
après  la  prise  d'Alexandrie. 

3.  Peter  Suchenwirts  Werke,  éd.  Aloïs  Primisser,  Vienne,  1827, 
pp.  25-6. 

4.  Pierre  est  mentionné  par  le  seul  Lorédan,  p.  372  de  l'éd.  it.  Un 
personnage  de  ce  nom  fut  au  xiv"  siècle  un  célèbre  condottiere,  «  il  più 
compito  cavalière  d'Italia  »  (Romanin,  o.  c,  III,  p.  122).  Mort  en  1338 
(ibid.,  p.  128).  Un  autre  personnage  non  moins  célèbre  est  Pierre  Rosso 
ou  des  Rossi,  fils  de  Bertrand  et  frère  de  l'évêque  Jacques  de  Luna 
(Jsloria  di  Parma,  Muratori,  XII,  752  b;  Delayto.  ibid.,  XVIII,  1059  b; 
Diario  Ferrarese,  ibid.,  XXIV,  182  c).  La  famille  possédait  près  de 
Parme  les  villae  de  Panochia  et  de  Felino,  qui  est  qualifiée  d'  «  oppi- 
dum Rubeorum  »  (Delayto,  /.  c,  1072  n). 

5.  Jacques  des  Rossi,  qui  prit  part  à  la  guerre  de  Bernabô  contre 
l'Église,  tomba  dans  le  pouvoir  des  alliés  à  Solarolo  (Chron.  Placcn- 
tinum,  Muratori,  XVI,  507  n  ;  cf.  Ann.  Mediolan.,  ibid.,  734  c).  V.  plus 
loin  sur  ce  personnage. 

6.  V.  une  lettre  du  pape  à  Pierre  I<"'  (19  avril  1365)  dans  les  Arch. 
du  Vatican,  reg.  247,  f"  80  v°.  11  avait  fait  l'éloge  du  roi  («  qui.  tuum 
zelans  honorem,  multa  nobis  persuasit  fideliterque  prosperitatem  tui 
culminis  contingere  dinoscitur  »)  et  manifestait  le  désir  de  s'établir 
dans  quelque  colonie  des  Génois  en  Orient.  Urbain  le  recommanda  au 
doge  Celsi  (ibid.,  f»s  80  v-l),  au  Grand-Maitre  (ibid.),  au  doge  Adorno 
(fos  81.1  yo)^  aux  bourgeois  de  Pera,  où  il  voulait  liabiter  (f"  129),  au 
légat  (fo  79).  Le  roi  l'avait  recommandé  le  premier  au  pape  :  le  sei- 
gneur byzantin  le  suivit  à  Alexandrie  (Mâcheras,  89).  Sur  Jean  Lascaris 
(t  1392)  et  son  fils  Érard  (f  1409),  co-seigiieur  d'Arcadie,  v.  Hopf, 
o.  c,  II,  87L  Jean  mourut  «  in  partibus  Cipri  »  ;  son  fils  en  Arcadie 
(Arch.  d'État  à  Venise,  Raspe,  v.  6,  f»»  56  v<'-7,  22  avril  1409;  f°^ 
112-2  v"). 

7.  Archives  du  Vatican,  247,  f"  79;  Bullarium  CarmelHarum,  I,  125. 
Machaut  évalue  à  700  le  nombre  des  chevaliers  qui  prirent  Alexandrie  ; 
l'ile  de  Chypre  pouvait  fournir  «  non  sine  difficultate...  circa  V<^ 
homines  armorum...  »  et  Pierre  commandait  à  Alexandrie  «  sexcenti 
ferme  armati  et  marinarii  omnes  »  (Oratio  Iragedica,  f"  191  v",  A. 
Sanct.,  l.  c.  ;  cf.  Machaut,  p.  74).  V.  sur  le  nombre  des  vaisseaux,  Sacy, 


—  281  — 

roi  ne  s'arrêta  pas  en  Crète,  où  sa  présence  n'était  plus  néces- 
saire. A  Rhodes,  où  il  arriva  au  mois  de  juillet,  après  un  trajet 
facile,  il  ne  trouva  plus  son  allié  de  1362,  Roger  de  Pins,  qui 
venait  de  mourir,  le  28  mai  1365.  Son  successeur  était  un  Fran- 
çais, Raymond  Bércnger,  descendant  des  comtes  de  Barcelone*, 
précédemment  châtelain  de  Castelsarrazin-.  Assez  bien  disposé 
pour  le  passage,  le  nouveau  Grand-Maître  lui  offrit  le  secours 
de  l'Ordre  :  cent  chevaliers  bien  armés,  sous  le  commande- 
ment du  prieur  de  Lombardie,  Ferlino  d'Aïrasca^  se  réu- 
nirent à  l'armée  chrétienne,  pendant  que  le  roi  rassem- 
blait de  nouvelles  galères,  dans  le  port  de  Rhodes*.  Un 
traité  fut  conclu  enfin  par  l'intermédiaire  de  Raymond 
entre  le  roi  de  Chypre  et  les  émirs  do  Palatschaet  d'Altologo, 
qui  avaient  demandé  la  paix,  craignant  une  invasion  des  chré- 
tiens sur  leur  territoire  ^ 

La  flotte  chypriote  ne  tarda  pas  à  venir  le  trouver.  Aussi- 
tôt après  la  conclusion  de  la  paix  avec  les  Génois  ^  des  ordres 
avaient  été  envoyés  au  prince  d'Antioche  pour  armer  les 
vaisseaux  qui  étaient  dans  les  ports,  et  en  construire  de  nou- 
veaux ^  Charion  de  Giblet  annonça  la  fin  des  préparatifs  au 
mois  de  juin  ^  Les  ordres  du  roi  avaient  été  reçus  avec  un 
grand  enthousiasme,  tout  le  monde  voulut  s'armer  contre  les 
musulmans,  qu'on  ne  prisait  pas  «  ii  nois'  ».  Les  vaisseaux  ras- 


Chrestomatliie  arabe,  II,  2f  éd.,  'i9(2i  vaisseaux  vénitiens);  Heyd,  Le  Co- 
lonie, II,  21'!.  note  I  ;  Mâcheras,  p.  89  (15  vaisseaux  arrivésde  Venise  et  1 
vaisseau  revenu  de  (jènes).  L'Anonyme  arabe  compte  li  vaisseaux  de 
Venise  et  deux  de  Gènes  (10  de  Rliodes,  5  de  France  sic),  ms.  cité, 
fo  J23. 

1.  Paoli,  Cod.  diplom.,  II,  'j()5.  Il  accompagna  Urbain  V  en  Italie  et 
mourut  en  1374.  Le  pape  le  félicita  sur  son  élection  le  9  août  1365 
(Herquet,  J.-F.  von  Ileredia,  p.  52). 

2.  Ibid.  Bosio,  II,  68. 

3.  Mâcheras,  p.  89.  Il  avait,  d'après  Mézières,  })lus  de  mille  hommes 
avec  lui,  en  comptant  prolmhlement  au.ssi  la  suite  des  chevaliers 
{Vita  S.  Pétri,  1016).  Son  nom,  dans  Herquet,  Cypr.  Kiinigsg.,  p. -6; 
Ileredia,  52.  11  commandait  quatre  (Mâcheras,  p.  90)  ou  même  sept 
vaisseaux  {Chron.  des  quatre  Valois,  164).  Cf.  Vita,  1013. 

4.  Amadi,  p.  414. 

5.  Vita.  1012;  Mâcheras,  89. 

6.  Mézières,  Vila  :  «  pluribus  mensibus  ante  ».  Cf.  Bustron,  262  ; 
Amadi,  414. 

7.  Ibid. 

8.  Mâcheras  croit  que  le  roi  se  trouvait  encore  à  Avignon  à  cette 
époque,  p.  86.  ("f.  Bustron  et  Amadi.  II.  ce. 

9.  Machaut,  56. 


-  282  — 

semblés  avaient  été  appelés  à  Rhodes,  aussitôt  après  l'arrivée 
du  roi'.  Le  prince  nomma  gouverneur  de  l'île,  pendant  son 
absence,  Jacques  de  Norès  ^  puis  monta  sur  son  vaisseau  et  la 
flotte,  composée  de  .33  galères,  6  fustes,  9  vaisseaux  de 
transport  et  13  barques,  11  vaisseaux  pour  les  chevaux  et 
20  autres  embarcations ',  quitta  le  port  de  Famagouste  en  se 
dirigeant  vers  Rhodes.  Elle  portait  entre  autres  le  prince, 
Jean  d'ibelin,  comte  de  Jaffa,  Jean  du  Morf,  Raymond  Babin, 
lin  des  conspirateurs  de  1369,  Hugues  et  Roger  de  Montolif, 
l'amiral  Jean  de  Sur,  Thomas  de  Vernj^  Jean  et  Badin  de 
Bric,  ancien  commandant  de  Satalie,  Hugues  de  Brunswick, 
parent  de  Philippe,  Guy  de  Mimars,  Guillaume  Visconti,  les 
compagnies  du  turcoplier,  de  l'archevêque  de  Nicosie  ^  de 
l'évêque  de  Limassol  et  du  commandeur  des  Hospitaliers  en 
Chypre ^  On  s'arrêta  d'abord  à  Salines,  comme  pendant  l'expé- 
dition de  1361 ,  puis  à  Myloi,  où  l'on  prit  les  chevaux.  Le  prince 
tomba  malade  et  revint  à  Nicosie,  les  autres  entrèrent  dans  le 
port  de  Rhodes,  le  25  aoùf'. 

Le  roi  les  reçut  avec  une  grande  joie  ;  les  soldats  furent 
payés  '  et  prirent  leurs  quartiers  dans  la  ville,  pendant  que  le 
roi  revenait  au  château,  ce  château  du  Grand-Maître  «  mer- 


1.  Mâcheras,  86-7.  Le  roi  ne  trouva  pas  les  Chypriotes  à  Rhodes, 
ainsi  que  l'affirme  Bustron  (/.  c).  Cf.  Machaut,  p.  56.  La  «  gent  de  piet  » 
resta  en  Chypre  pour  garder  l'ile  (p.  58;  cf.  cependant  p.  54). 

2.  Mâcheras,  87. 

3.  Ce  sont  les  chiffres  de  Bustron  et  d'Amadi  (pp.  262,  414).  Mâcheras 
donne  des  chiffres  plus  élevés  (p.  87),  Mézières  compte  une  soixantaine 
de  vaisseaux  «  inter  galeas,  huysperia  (huisseria?)  et  alia  navigia 
militum  armatorum  »  (Vita,  1012). 

4.  Ce  n'était  pas  l'archevêque  lui-même  qui  assistait  à  l'expédition, 
mais  sa  compagnie  seule  (cf.  celle  de  Jean  de  la  Rivière  mentionnée 
après  la  mort  de  ce  dernier).  Voir  Mas  Latrie,  Arch.  Or.  lat.,  H,  273. 
Cet  archevêque  était  Raymond  de  la  Pradèle,  mentionné  en  1366 
(ihid..  272,  v.  p.  315  du  prés.  ouvr.). 

5.  Mâcheras,  pp.  87-88.  Sur  les  deux  Jean  d'ibelin,  dont  l'un  accom- 
pagna le  roi  en  Europe,  voir  Mas  Latrie, Z,es  Comtes  de  Jaffa  et  d'Ascalon, 
dansl'.lrc/a'fîo   Vencto,  t.  XVIII.  397. 

6.  Mâcheras,  89.  D'après  .'\madi,  ce  serait  le  roi  qui  aurait  abordé  à 
Rhodes  le  25  août  (p.  41  i);  la  flotte  aurait  quitté  Famagouste  le  25  juin 
(Jhid.).  Pierre  I'^'"  dut  arriver  cependant  dès  le  commencement  du 
mois  de  juillet  (cf.  Caroldo,  f"  206  v  :  «  nel  mese  di  luglio  »),  son 
voyage  ayant  été  direct  {Vita,  1012),  tandis  que  la  flotte  fut  retenue 
par  la  maladie  du  prince  (.Mâcheras,  l.  c).  Il  faut  ajouter  encore  que 
le  roi  passa  à  Rhodes  «  n  moisentiers»  (Machaut,  51). 

7.  Machaut,  56. 


-  283  — 

«  veilleusemcnt  bel,  noble,  grant  et  fort  »  que  le  soigneur 
d'Anglure  admira  plus  tard  '.  Il  resta  dans  l'île  quelque  temps 
encore,  malgré  l'indiscipline  des  troupes  qui  causèrent  des 
troubles  sanglants  ^ 

Dix  raille  hommes,  parmi  lesquels  mille  chevaliers,  archers 
et  balistaires,  avec  mille  quatre  cents  chevaux  ■\  des  vivres  et 
dos  engins  en  abondance  *,  n'attendaient  que  le  signal  du 
départ.  Ue  nombreux  chevaliers,  appartenant  à  la  noblesse  la 
plus  brillante  de  l'Occident,  s'étaient  rassemblés  autour  du 
roi.  La  tlotte  de  ce  prince,  que  les  Occidentaux  avaient  aban- 
donné et  méprisé,  s'élevait  à  plus  de  cent  voiles  \  Les  espé- 
rances du  légat  et  de  Philippe  de  Mézières  n'avaient  jamais 
été  aussi  brillantes. 

Le  premier  se  surpassa  lui-même  en  zèle  et  en  activité.  Il 
donnait  la  croix  aux  catholiques  et  aux  schismatiques,  les 
confessait  et  pardonnait  leurs  péchés:  ils  s'entretenait  avec 
les  matelots  et  les  soldats,  visitait  les  malades  et  apaisait  les 
troubles.  L'armée,  rassemblement  cosmopolite  où  se  ren- 
contraient toutes  les  nations  attirées  par  le  désir  du  butin, 
l'adorait  pour  sa  bonté".  On  attribuait  une  influence  mira- 
culeuse à  sa  bénédiction  ;  celui  qui  avait  baisé  sa  main 
était  sûr  d'échapper  aux  dangers  ce  jour-là  '.  Il  passait  tout 
son  temps  à  prêcher  et  à  ordonner  des  processions,  au  point 
d'en  oublier  la  nourriture  et  le  sommeil.  «  Celui  qui  aurait 
«  vu  alors  la  joie  do  mon  Père,  dit  Philippe  de  Mézières, 
«  quand  il  bénissait  l'armée  et  glorifiait  Dieu,  aurait  été  gagné 
«  à  la  dévotion  et  à  la  destruction  des  ennemis  de  la  foi*  ». 

Quelques  jours  avant  le  départ,  le  roi  et  les  chevaliers 


1.  Voijage  du  S.  d'Anglure  (Coll.  de  la  Soc.  des  anc.  textes),  p.  9. 

2.  Maoh'éras,  8<). 

3.  Mézières,  Vita,  1013;  cf.  Machaut,  l't.  C'est  aussi  le  chiffre  que 
donne  V Anonyme  arabe,  un  habitant  d'Alexandrie  à  cette  époque  (ras. 
cite,  f"*  262-2  v). 

4.  Vila.  1012. 

5.  Mézières,  Vita.  1013;  Mâcheras  admet  165  vaisseaux  (90);  Bustron 
et  Amadi,  //.  ce.  11  n'y  avait  que  70  vaisseaux  d'après  V Anonyme  arabe. 
1'"  109. 

6.  Vita,  1012.  Cf.  ibid.  :  «  devotionis  caussa  ad  passagium  non 
vénérant,  sed  caussa  vanitatis  et  avaritiae  et  benelicii  régis.  » 
C'était  la  «  major  pars  »  des  croisés. 

7.  Ibid.,  p.  1012. 

8.  «  Qui  tune  Patrem  meum  gaudentem,  cxercitum  benedicentem, 


-  284  — 

communièrent  ;  les  soldats,  qui  en  grande  partie  étaient  des 
chrétiens  grecs,  suivirent  leur  exemple.  Le  légat  amena  même 
à  contrition  des  hommes  qui  n'avaient  pas  communié  depuis 
dix  ou  vingt  ans'.  Ensuite,  les  chefs  furent  rassemblés  pour 
fixer  le  but  de  l'expédition.  Perceval  de  Cologne,  à  qui  on  de- 
manda son  avis,  aurait  recommandé,  d'après  Machaut,  d'atta- 
quer Alexandrie,  où  il  avait  été  prisonnier  et  qu'il  connaissait 
assez  bien.  La  ville,  il  est  vrai,  était  très  grande  et  très  peu- 
plée, mais  les  habitants,  comme  partout  ailleurs  dans  les  états 
du  Soudan,  s'empresseraient  de  fuir  «  comme  chevriaus  »  à 
la  première  attaque  vigoureuse  '\  Le  Vieux  port  serait  facile 
à  prendre  et  une  prophétie  avait  annoncé  depuis  longtemps 
que  la  ville  tomberait  un  vendredi,  au  pouvoir  d'un  roi  chré- 
tien qui  devait  entrer  par  cet  endroit.  Il  fit  valoir  la  position 
isolée  d'Alexandrie  et  le  secours  que  Dieu  accorderait  à  cette 
entreprise  méritoire  ^  Le  roi  fut  de  son  avis  :  il  fallait  atta- 
quer celui  qui  retenait  son  héritage  et,  puisqu'on  allait  faire 
la  guerre,  il  fallait  frapper  le  serpent  à  la  tête*. 

Le  lendemain,  samedi,  4  octobre'*,  les  troupes  furent  em- 
barquées, sans  qu'on  leur  annonçât  encore  le  but  de  l'expé- 
dition. On  avait  défendu  cependant  aux  Chypriotes  d'aller  en 
Syrie  pour  ne  pas  donner  l'alarme  ;  les  chrétiens  qui  se  trou- 
vaient dans  les  possessions  du  Soudan  ne  devaient  pas  même 
être  invités  à  revenir*.  Le  roi  monta  sur  sa  galère  avec  le 
légat,  le  prince,  qui  était  venu  à  Rhodes,  le  châtelain  de 
l'Ordre  ^  le  maréchal  de  Champagne^  le  seigneur  de  Turenne 

et  Deum  glorificantem  vidisset,  in  devotionem  et  inimicorum  fidei 
destructionem  conversus  fuisset  »  {Vila,  1012). 

1.  /6îrf.,10J3. 

2.  Machaut,  59-63. 

3.  Ibid.,  p.  63.  Sur  les  prophéties  relatives  à  la  prise  d'Alexandrie, 
Anonyme  arabe,  ap.  Herzsohn,  o.  c,  pp.  10,  11. 

4.  «  Soldanum  Babyloniae,  sanctam  civitatem  .Jérusalem  et  ejus 
haereditatem  occupantem,  non  ad  caudam  sed  ad  caput  invadere,  et 
versus  Alexandriam  suum  et  Dei  exercitum  dirigere  »  {Vita,  1013). 

5.  Cf.  Machaut,  64  :  29  sept.  On  arriva  cependant  à  Alexandrie 
quatre  jours  après  avoir  quitté  la  terre  ferme  (v.  plus  loin)  et  le  lende- 
main de  l'embarquement  fut  un  dimanche. 

6.  Mâcheras,  p.  90. 

7.  Le  seigneur  du  château,  «  toj  /.a^TsXXîou  »  (Mâcheras,  p.  89);  «  del 
castello  »,  apud  Strambaldi.  Mâcheras  mentionne  ensuite  le  seigneur 
Tfj;  K(B)â5aa;  (de  Vas.sy)  et  un  certain  «  ô  Xettè  »  que  Strambaldi  rend 
par  «  Chier  ». 

8.  «  TÇafxjraviaç  »  (ibid.).  j 


—  285  — 

et  le  sire  de  Rochefort.  Les  barons  qu'il  aimait  le  plus  l'accom- 
pagnèrent :  Philippe  de  Brunswick,  le  mari  de  la  reine  Alix, 
Simon  de  Norès,  Pierre  Malosello,  Pierre  Grimani,  Pierre  da 
Mar  ',  Charion  de  Giblet,  qui  fut  plus  tard  un  de  ses  assassins, 
Calopheros,  le  chevalier  constantinopolitain  et  Philippe  de 
Mézières  ^ 

Puis,  quand  tout  le  monde  fut  sur  les  vaisseaux,  le  légat  se 
leva,  avec  les  autres  ecclésiastiques,  pour  donner  la  bénédic- 
tion. Il  monta  sur  l'endroit  le  plus  élevé  do  la  galère,  ayant 
le  roi  à  son  côté,  pendant  qu'on  abaissait  tous  les  drapeaux 
et  les  insignes;  la  bénédiction  qu'il  prononça  alors  fut  «  large, 
inouïe  et  très  belle  »;  il  commença  par  le  Saint-Esprit,  cita 
le  Nouveau  Testament  et  l'Ancien,  et  bénit  ensuite  les  vais- 
seaux, les  armes,  les  personnes  et  la  mer  elle-même,  en  ap- 
pelant la  protection  du  Ciel  sur  l'entreprise.  Le  roi  et  l'armée 
l'écoutaient  pieusement,  la  tète  baissée.  Puis,  quand  il  eut 
fini  de  parler,  on  éleva  sur  la  galère  royale  le  drapeau,  qui 
portait  un  grand  lion  rouge,  pendant  que  toutes  les  trom- 
pettes sonnaient  et  que  des  étendards  apparaissaient  sur  les 
autres  vaisseaux.  «  Un  cri  terrible  s'éleva  alors  vers  le  ciel, 
remerciant  Dieu  et  disant  :  Vive,  vive  Pierre,  roi  de  Chypre 
et  de  Jérusalem,  contre  les  Sarrasins  infidèles^!  »  Le  légat 
salua  le  roi,  le  bénit  et  revint  dans  sa  galère  avec  son  ami, 
qui  l'avait  accompagné  \ 

Allait-on  débarquer  en  .\sie  Mineure,  en  Syrie  ou  en 
Egypte"?  La  flotte  se  dirigea  d'abord  vers  Crambouse,  dans 
les  environs  du  cap  Chelidonia,  pour  y  prendre  de  l'eau  ^  Le 
lendemain,  dimanche,  après  la  messe,  on  mit  à  la  voile  de 


1.  «  Tajjiàp  »  (ibid.). 

2.  Voir  la  liste  dans  Mâcheras,  89-90.  Les  habitants  de  Famagouste, 
qui  craignaient  pour  leurs  marchandises,  furent  affligés  en  apprenant 
le  but  do  rexpédition  (90). 

3.  «  Finita  autem  benedictione,  signum  regale,  videlicet  quemdam 
leonem  rubcuin  magnum,  in  galea  régis  subito  levaverunt,  et  tubis 
oninis  exercitus  intonantibus,  et  vexillis  inlinitis  levatis  una  voce 
terribili  in  caolum  clamaverunt,  Deo  regratiando,  clamantes  et  dicentes  : 
Vivat,  vivat,  Petrus  Jérusalem  et  Cypri  rex,  contra  Saracenos  infidèles  » 
(Vila,  1013). 

4.  «  Me  scmper  in  omnibus  associante  »  (ibid.). 

5.  Ibid.,  p.  1013. 

6.  Machaut,  64  et  note  18;  Bustron,  262;  Mézières,  1013;  Mâcheras, 
90  :  «  tô  ^'aoù^E  ». 


—  280  — 

nouveau,  cinglant  vers  Alexandrie,  qui  fut  donnée  comme  lieu 
de  débarquement.  On  protesta  d'abord,  en  objectant  la  force 
de  la  ville  et  le  grand  nombre  de  soldats  que  pouvait  y  jeter 
le  Soudan,  si  elle  était  menacée'.  Puis,  le  roi  ayant  encou- 
ragé ses  compagnons,  ils  se  dirigèrent  vers  la  ville,  «  comme 
si  c'était  un  petit  château  ou  une  place  déjà  prise ^  ». 

La  flotte  fut  d'abord  dispersée,  puis  le  vent  devint  serein  et 
s'éleva  si  favorable  que  les  vaisseaux  paraissaient  se  jouer  sur 
les  flots  [in  altum  quasi  nobis  ludenlibm)  \  au  grand  éton- 
nement  des  pilotes  qui  connaissaient  ces  parages,  on  était  en 
vue  d'Alexandrie  le  quatrième  jour  à  peine  après  le  départ 
de  Crambouse^  Et  alors  «  li  jours  fu  biaus,  lamerfu  quoie*  ». 

Le  9  octobre  au  matin'',  le  roi  de  Chypre  entrait  dans  le 
Vieux  port.  L'enthousiasme  des  chrétiens  dut  être  grand  à  la 
vue  de  cette  ville,  une  des  plus  belles  et  la  plus  forte  des 
possessions  du  Soudan*,  s'étendant,  avec  ses  maisons  en 
pierre  blanche ',  sur  toute  la  largeur  de  la  côte  comprise  entre 
ses  deux  ports.   Vers  le  milieu  du  xiv°   siècle,    la   Nouvelle 


1.  Li  amiraus  en  geteront 

Cinq  cent  mil  hommes  en  une  heure. 
Paris  lui-même  n'a  jamais  entrepris  une  conquête  pareille,  ajoutèrent- 
ils  (Machaut,  65). 

2.  «  Tune  omnes  gavisi  Alexandriam  clamantes  vociferabant,  quasi 
esset  quoddam  castrum  parvum,  vel  oppidum  ipsum  captum  repu- 
tahant  »  (Vi7a,  1013).  Cf.  Machaut,  66. 

3.  Le  matin  du  quatrième  jour,  Vita,  l.  c.  Du  cinquième,  d'après 
Mâcheras,  ce  qui  paraît  plus  exact. 

4.  Machaut,  67. 

5.  Amadi,  414;  Bustron,  262.  Machaut  donne  la  véritable  date  (p.  67), 
ainsi  que  le  Petit  Thalamus  (p.  369).  Alexandrie  aurait  été  prise  le 
11  octobre,  d'après  la  2<=  vie  d'Urbain  V  (Baluze,  I,  404),  ce  qui 
ferait  croire  que  l'arrivée  eut  lieu  le  10  (cf.  Chron.  marlinienne, 
fo  158).  Macliéras  donne  la  date  du  9  octobre  {l.  c).  Maqrizi  fixe  comme 
date  de  l'arrivée  le  21  de  Muharram  767,  soit  le  jeudi  9  octobre  1365 
(Sacy,  Chrest.  arabe,  II,  548-9;  cf.  Abou'IMahàsin;  (lôïc?.)  Mézières 
donnerait  une  fausse  date,  le  3  octobre,  qui  ne  fut  pas  même  un  jeudi 
{Vita,  1014,  V.  plus  loin).  Carmesson  ne  se  trompe  pas  cependant.  V. 
Mas  Latrie,  Ilist.  Ch>jp.,  II,  280-2;  Machaut,  n.  23. 

6.  V.  les  expressions  lyriques  de  Pierre  Thomas  :  «  Ut  Parisiiis  habi- 
tata,  ut  Venetiae  grata,  ut  Janua  rata  »  {Vita,  1015).  Khalil  Dhaheri 
la  proclama  «  la  place  la  plus  forte  et  la  plus  grande  de  l'islamisme  » 
(trad.  Venture,  Bibl.  nat.,  nouv.  acq.  franc.,  3160,  f^  71).  V.  VAnon. 
arabe,  ap.  Herzsohn,  p.  3. 

7.  C'est  la  «  blanche  cerfve  »  {Sonr/e  du  vieil  pèlerin,  1,  î"  82  v"),  la 
«  ville  de  blanque  pierre  tenre  »  (Guillebertde  Lannoy  dans  VArchaeo- 
logia,  XXI,  315).  Guillebert  visita  l'Egypte  sous  Henri  V,  qui  le  chargea 
d"y  prendre  des  informations  pour  sa  croisade  future,  p.  281. 


I 


-^  287  — 

Alexandrie^  occupait  un  espace  de  plusieurs  milles  de  circon- 
férence sur  un  terrain  sablonneux  où  ne  s'élevait  aucune  autre 
végétation  que  des  bosquets  de  palmiers  que  célèbrent  les 
poètes  arabes"  et  de  grands  jardins  s'étendant  sur  les  deux 
bords  du  canal,  sur  la  route  du  Caire  ^  La  population  s'élevait 
à  soixante  mille  ou  même  cent  mille  âmes;  les  musulmans 
en  formaient  la  majorité;  venaient  ensuite  un  assez  grand 
nombre  de  chrétiens,  originaires  de  toutes  les  contrées 
de  l'Asie  et  de  l'Europe,  des  jacobites*  et  des  juifs  assez 
nombreux.  Les  musulmans  portaient  le  turban  blanc,  d'après 
un  voyageur  presque  contemporain'',  les  juifs  se  distinguaient 
par  la  couleur  jaune  et  les  chrétiens  par  la  couleur  bleue 
de  leur  coiffure.  La  condition  de  ces  derniers  était  assez 
malheureuse  :  ils  ne  pouvaient  pas  sortir  pendant  la  nuit  de 
leurs  fondaques,  où  un  fonctionnaire  spécial  les  enfermait  le 
soir^;  on  ne  leur  permettait  pas  non  plus  de  quitter  leur  quar- 
tier pondant  trois  ou  quatre  heures  chaque  vendredi".  Les 
droits  de  douane  étaient  assez  élevés  *;  les  marchands  de- 
vaient payer  en  outre  un  droit  spécial  pour  l'argent  qu'ils  ap- 
portaient avec  eux'.  Cependant  il  y  avait  plusieurs  églises 
dans  la  ville,  Saint-Marc  et  Sainte-Catherine  surtout,  où  l'on 
célébrait  habituellement  la  messe  à  la  requête  des  Vénitiens  ". 

1.  La  vieille  Alexandrie  se  trouvait  au  sud  de  l'autre  (Frescobaldi, 
Viaggio,  lioiue,  1818,  77). 

2.  Une  citation  dans  Aboulféda,  Géographie,  tr.  Reinaud,  t.  II,  p.  i, 
p.  145;  Lannoy,  315;  iMachaut,  61. 

3.  Aboulféda,  /.  c.  Cf.  Léon  l'Africain,  Description  de  lAfrique, 
éd.  de  1830,  II,  p.  192;  Frescobaldi,  85;  Anglure,  79. 

4.  Léon  l'Africain,  11,  193.  Ils  faisaient  «  paou  de  marchandises  » 
et  payaient  un  tribut  au  Soudan.  Sur  la  })opulation,  Anon.  arabe,  f"* 
262-2  v". 

5.  Simone  Sigoli,  Viaggio  al  monte  Sinai,  2»  edizione,  Milano. 
1841,  y.  83. 

6.  l<rescobaldi,  83.  Leur  quartier  s'appelait  même  le  quartier  du 
Chien.  L'auleur  ajoute  :  «  e  questo  nome  diriva  da  dire,  che  noi  siamo 
cani  »,  p.  84.  V.  Schiltberger,  Reisen.  éd.  INeumann,  119. 

7.  Frescobaldi,  /.  c. 

8.  Pegolotti,  Pratica  délia  mercalura,  dans  Pagnini, /)e//a  décima  di 
Firenze,  111,  p.  58,  cf.  Mas  Latrie,  I/ist.  Ch.,  II,  320.  Sur  les  fondaques, 
Heyd,  Le  Colonie,  II,  244-5. 

9.  SigoU,  78. 

10.  Ludolphus  do  Sudheim,  cli.  xliv.  Frescobaldi  cite  encore  les  deux 
colonnes  entre  lesquelles  sainte  Catherine  souffrit  le  martyre,  la  place 
oii  S.  Jean  Chrysostôme  «  fit  pénitence  »  (p-  82),  la  pierre  sur  laquelle 
fut  coupée  la  tête  de  S.  Jean-Baptiste,  1  église  de  S.  Athanase  (ibid.). 
Cf.  Thomas  de  Swynburne  dans  les  Arch.  de  l'Or,  latin,  II,  380  (1392). 


—  288  — 

Ces  chrétiens  d'Alexandrie,  assez  nombreux  et  parmi  lesquels 
se  trouvaient  des  Chypriotes',  avec  leur  consul  spécial,  durent 
aider  en  quelque  sorte  à  la  victoire  des  croisés ^ 

Des  murailles  très  hautes  et  très  larges  ^  défendaient 
Alexandrie.  Des  tours  s'élevaient  à  la  distance  de  200  pas*  avec 
de  larges  plateformes,  couvertes  de  soldats  Sarrasins,  Turcs, 
Syriens  et  Tatars".  Du  côté  du  Vieux  port^  deux  collines  arti- 
ficielles, que  couronnaient  des  forts,  servaient  à  signaler  l'ap- 
proche de  l'ennemi  en  temps  de  guerre,  des  vaisseaux  mar- 
chands pendant  la  paix.  Six  portes,  garnies  de  fer,  permettaient 
l'entrée  dans  la  villes 

Avec  ses  larges  fossés,  oii  l'on  pouvait  apporter  l'eau  de 
la  mer  en  temps  de  siège ^  avec  les  béliers,  «  les  coillarts  » 
et  les  arbalètes'  qui  défendaient  ses  murs,  avec  ses  rues 
étroites  et  «  méchantes  ))'"  où  l'on  pouvait  organiser  une  résis- 
tance acharnée,  même  après  l'entrée  d'un  ennemi  dans  la  ville, 
Alexandrie  était  considérée  comme  inexpugnable.  Il  n'en  était 


1.  Le  seigneur  d'Anglure  cite  les  (cfondiques  »  de  France,  de  Venise, 
de  Gênes,  de  Castille  ou  d'Aragon  (nie),  de  Naples,  d'Ancône,  de  Mar- 
seille, de  Narbonne,  de  Candie  et  «  le  fondique  des  Chippriens  » 
(p.  78).  Il  y  avait  même,  d'après  Benjamin  de  Tudèle  (xii»  siècle),  des 
marchands  de  Cracovie  et  de  Russie  (éd.  Bergeron,  62-3). 

2.  L'Anon.  arabe  l'affirme  pour  les  Vénitiens,  massacrés  en  1326-7 
(f"  96  V"  et  Herzsohn,  xxi,  note  h). 

3.  «  Mûris  inexpugnabilibus  »,  Sudheim,  /.  c;  «  wol  gemaurt  » 
(J.  de  Berne,  ap.  Rôhricht  et  Meisner,  Deutsche  Pilgerreisen,  58), 
«  belle  mura  «  (Frescobaldi,  77).  «  ouvrez  »,  pour  la  plupart,  «  par 
arches  par  dedens  »  (Lannoy,  315).  «  Les  murailles  de  cette  ville  », 
écrit  Lebruyn,  «  sont  admirables  et  elles  paroissent  encore  si  superbes, 
quoiqu'elles  soient  en  grande  partie  ruinées,  qu'il  n'y  a  point  au 
monde  qui  leur  soient  comparables  »  {Voyage  au  Levant,  II,  123-4). 
V.  aussi  Anglure,  p.  79,  Hayton,  éd.  Bergeron,  80,  Khalil  Dhaheri, 
ï°  71  et  Beauvau,  Voyage,  p.  229. 

4.  Khalil  Dhaheri,  /.  c,  Lannoy,  316,  Lebruyn,  123,  cf.  Norden,  Tra- 
vels,  I,  6.  Elles  avaient  par  endroits  20  pieds  d'épaisseur.  Cependant  : 
«  moult  peu  espesses  »  (Lannoy,  315).  Les  plateformes  étaient  larges 
de  «  plus  de  vingt  pas  »  (Lebruyn,  125). 

5.  Frescobaldi,  78. 

6.  Léon  l'Africain,  p.  192;  Lannoy,  312;  Lebruyn,  127. 

7.  Khalil  Dhaheri,  l.  c.;  Léon  l'Africain,  189;  Lannoy,  316-7  ;  Brei- 
denbach,  ap.  Webb,  Archaeologia,  l.  c.,  364. 

8.  Lannoy,  315  ;  Khahl  Dhaheri,  71. 

9.  Frescobaldi,  /.  c.  ;  Lannoy,  317  :  «  Arballestres  de  Rommanie  et 
asses  de  petis  canons.  »  Le  coillart  ou  la  bricolle  est  semblable  à  la 
catapulte  des  anciens  (Webb,  l.  c,  p.  362,  note  t). 

10.  Lannoy,  316  :  «  Meschans  et  estroites  »,  sauf  quelques  places  où 
Perceval  avait  remarqué  «  cent  mille  (sic)  hommes  »  rassemblés 
(Machaut,  61-2). 


-  289  — 

rien  cependant,  ci,  quoique  temps  avant  l'expédition  de 
Pierre  I",  Ludolphe  de  Sudheim  avait  signalé  déjà  l'inanité 
de  cette  opinion  sans  s'arrêter  sur  les  détails'.  En  effet,  si  un 
assaut  était  difficile,  un  siège  un  peu  plus  rigoureux  devait 
bientôt  la  réduire.  Il  n'y  avait  pas  de  fontaines  dans  la  ville  : 
toute  l'eau  venait  des  conduits  souterrains,  sur  les  arches  des- 
quels les  maisons  étaient  bâties  ^  L'ennemi  pouvait  empêcher 
les  eaux  du  Nil  d'entrer  dans  ces  canaux  ou  y  faire  pénétrer 
de  l'eau  de  mer,  ainsi  qu'on  le  pratiqua  avec  succès  à  l'époque 
de  César  ^  Les  provisions  elles-mêmes  arrivaient  de  régions 
assez  éloignées  :  elles  étaient  apportées  à  Alexandrie  par  ces 
femmes  dont  Frescobaldi  rencontra  les  barques  sur  le  Nil*. 
Enfin,  comme  on  avait  une  très  grande  confiance  dans  la  po- 
sition même  de  la  ville,  la  garnison  était  très  réduite.  Le 
Mélek%  qui  habitait  ce  grand  château  aux  splendides  jardins 
que  décrit  Khalil  Dhaheri",  n'avait  à  sa  disposition  qu'une 
troupe  insignifiante  de  quarante  chevaliers  et  une  centaine 
d'Arabes  ^  C'étaient  de  très  beaux  soldats,  ornés  de  manteaux 
de  soie  de  Perse,  vêtus  d'habits  multicolores.  Leurs  armes 
étaient  le  javelot,  la  flèche,  le  sabre  turc,  des  tuyaux  qui 
servaient  à  jeter  du  naphte  brûlant.  Ils  portaient  des  bou^ 
cliers,  des  cottes  de  mailles  et  des  cuirasses  d'écailles.  On 
les  admirait  dans  la  ville,  tout  en  sachant  bien  que  le  cri 


1.  Ch.  xuv  :  «  Hec  civitas  humano  visui  inexpugnabilis  videtur 
et  tamen  facilius  esset  capienda,  de  quo  michi  dicere  non  est  cura.  » 

2.  Ilayton,  éd.  L.  de  Backer,  t Extrême-Orient  au  moyen  âge.  Paris, 
1877.  8°,  p.  233  :  «  Donc  qui  leur  puet  lever  Teaue  qui  va  par  les  con- 
duis, ilz  seroient  à  grant  mésaise,  et  ne  pourroient  durer  longtemps, 
autrement  seroit  grief  de  prendre  Alixandre  par  force  »  ;  Schiltberger, 
119  ;  Lannoy,  p.  315  (l'eau  venait  par  un  «  greil  »  près  de  la  porte  de 
Rosette).  Il  n'y  avait  que  «  .m.  ou  .nii.  grandes  cysternes  »  {ibid). 
Benj.  de  Tudèle,  61,  Léon  L'Africain,  II,  191-2. 

3.  Ilirtius,  De  bello  alexnndrino,  ch.  iv,  v. 

4.  Des  femmes  «  di  bassa  mano  »,  dit-il,  «  grandissime  mercatantesse, 
le  quali  andavano  in  Alessandria  e  per  l'isola  di  Rosseto  a  tare  loro 
mercatanzie  »  (Frescobaldi,  89). 

5.  Frescobaldi,  78-9.  C'est  «  le  Roy  ammiral  d'Alixandrie  »  («  La- 
melech,  che  tanto  e  a  dire  quanto  Re  »),  dont  parle  Lannoy  (p.  314). 

6.  V°  72  :  «  Il  ne  seroit  pas  possible  de  déduire  la  quantité  des  co- 
lonnes de  granité  et  de  porphire,  des  salles  paréos  en  marbre  de  tout 
espèce,  d'appartements  peints  et  dorés,  de  jardins  magnifiques,  qui 
embellissent  ce  palais.  »  Il  habitait  près  du  Nouveau  port  (Lannoy,  313, 
cf.  Frescobaldi,  79). 

7.  C.  Schefer,  Élude  sur  la  devise  des  chemins  de  Babiloine,  dans 
les  Arch.  de  l'Or,  lut.,  II,  98. 

N,  JoRG.\.  Philippe  de  Mézièves,  19 


—  290  — 

d'une  corneille  suffisait  pour  les  épouvanter'.  Ceux  qui  com- 
battirent contre  les  chrétiens  furent  les  habitants  mêmes  de 
la  ville,  dont  le  caractère  était  plus  belliqueux  que  ne  le  croyait 
Perceval  de  Cologne. 

Le  roi  n'employa  pas  cependant  le  siège  pour  se  rendre 
maître  d'Alexandrie;  il  se  décida  à  ordonner  l'assaut.  Il  avait 
ses  raisons  pour  agir  de  la  sorte  :  en  effet,  si  la  ville 
tardait  à  se  rendre,  un  courrier,  envoyé  par  les  assiégés, 
avait  bientôt  fait  d'arriver  au  Caire  ^  où  se  trouvait  cette 
grande  armée  de  mamelouks,  prête  à  se  mettre  en  mouve- 
ment au  premier  signe  du  Soudan.  En  attaquant  la  ville  aus- 
sitôt après  son  arrivée,  il  avait  des  chances  pour  la  prendre 
d'assaut,  et  alors,  dans  cette  position  admirable,  il  aurait  pu 
résister  aux  Sarrasins  pendant  longtemps,  grâce  aux  provisions 
qu'il  amenait  avec  lui  et  au  secours  qu'il  aurait  reçu  de  son 
île  d'abord,  et  ensuite  de  l'Occident  même,  qu'une  pareille 
action  d'éclat  aurait  gagné  à  la  croisade.  Après  que  la  flotte 
fut  entrée  dans  le  Vieux  port,  le  roi  ordonna  qu'on  se  reposât 
pendant  cette  journée-là  avant  de  commencer  le  débarque- 
ment ^  Les  soldats  chrétiens  restèrent  donc  sur  leurs  vais- 
seaux, pendant  que  le  bord  de  la  mer,  cette  plaine  d'argile  et 
de  sable  qui  séparait  le  rivage  des  murailles  d'Alexandrie,  se 
remplissait  de  combattants,  de  curieux,  de  marchands 
ambulants,  avec  «  leurs  petites  tables  et  leurs  vases,  leurs 
petits  fourneaux*.  »  S'ils  n'étaient  pas  cent  mille  S  leur 
nombre  était  considérable;  ils  se  montraient  prêts  à  com- 
battre pour  empêcher  le  débarquement ^  L'armée  était  com- 
posée des  soldats  de  l'émir  d'abord,  de  Turcs,  de  Bédouins, 
de  Syriens  et  de  Tatars,  armés  à  la  légère,  avec  le  seul 
turban  de  lin  blanc  sur  la  tête,  sans  cuirasse  ou  «  pansière''  m; 
ils  portaient  l'arc  syrien  et  le  cimeterre;  une  partie  était 


1.  Anonyme  arabe,  f<"'  98,  101. 

2.  PYescobaldi,  104  :  «  In  mezzo  d'ora  (.«?>)  ha  (le  Soudan)  lettere  d'A- 
lessandria  nel  Cairo  »,  par  des  courriers.  C'est  pour  empêcher  la 
prompte  arrivée  des  secours  que  Pierre  avait  choisi  l'époque  de  l'inon- 
dation {An.  av.,  i°  101  v). 

3.  Vila,  1013. 

4.  Ihid.;  Machaut,  67,  62,  An.  ar.,  f"  102. 

5.  Machaut,  62  :  «  Bien  estoient  plus  de  c  mille  »  (p.  67). 

6.  Vila,  l.  c. 

7.  «  Corrazzo  e. . .  panziera  »  (Frescobaldi,  78). 


I 
I 


—  291  — 

montée  sur  des  chevaux  de  Barbarie  très  rapides'.  Des  habi- 
tants les  accompagnaient  en  armes,  la  ville  possédant  un 
arsenal  capable  d'armer  «  l'Egypte  entière'  ».  L'amiral, 
ChalîlÇalàh-ed-dîn,  dont  le  prédécesseur  avait  demandé,  dès 
le  commencement  des  préparatifs  du  roi,  l'augmentation  de 
ses  forces,  craignant  une  attaque  des  chrétiens,  était  absent, 
dans  un  pèlerinage  à  la  Mecque^:  le  Soudan  se  trouvait  à 
Syriacus,  et  son  principal  ministre,  l'atabek  Yalboghâ,  à  la 
chasse  \  Un  certain  émir  Ganghara,  homme  absolument 
incapable,  commandait  la  place. 

Des  musulmans  arrivaient  sans  cesse  sur  le  rivage,  et  comme 
la  flotte  se  trouvait  à  un  jet  de  baliste  et  demi  à  peine  du  ras- 
semblement, on  entendait  très  distinctement  les  injures  et  les 
vociférations.  Le  légat,  qui  ne  connaissait  pas  l'ordre  du  roi, 
en   fut  indigné  :  il  s'adressa  à  son   ami  et  l'invita  à  partir 
avec  sa  galère,  pour  ne  plus  souffrir  de  pareilles  insultes.  Les 
autres  galères  ne  tarderaient  pas  à  suivre  la  croix.  «  Quanta 
moi,  écrit  Philippe,  considérant  son  désir  de  mourir  pour  le 
Christ  et,  tout  en    l'admirant  beaucoup,  je  lui  répondis  en 
riant  :  Mon  père,  l'heure  de  notre  mort  n'est  pas  encore  ar- 
rivée, il  ne  faut  pas  descendre  à  terre  ;  avec  votre  permission, 
je  ne  le  ferai  pas.  Et  il  était  si  affligé,  qu'il  me  serait  impos- 
sible de  le  décrire.  Car  je  devais  me  soumettre  aux  ordres 
du  roi  et  à  la  discipline,  que  nous  devions  respecter  tous".  » 
Le  bruit  no  cessait  pas  sur  le  rivage;  on  continuait  à  inju- 
rier ces  chrétiens,  qui  ne  voulaient  pas  descendre.  On  voyait 
leurs    vaisseaux    a    comme   un   petit  cercle  dans  la  grande 
mer  »,  attachés  par  des  chaînes,  immobiles.  Les  trompettes 
sonnaient  joyeusement;   on  élevait  des  bannières,  pendant 

1.  Frescobaldi,  l.  c. 

2.  Khalil  Dhaheri  f"  71  :  «  Tous  les  habitans  de  TEsipte  Dourroient 
y  trouver  de  quoy  s'armer  de  pied  en  cap   »  ^     pourroient 

4.  \VciI,  0.  c,  p.  511,  ylH.  or.,  f»  101. 

5  Uta,  1014  :  «  Ego  autem  audaciam  ejus  et  voluntatem  insius  nro 
Christo  monendi  considerans  et  non  niodicum  admirans  ridendo  s^W 
respond.  :  Pater  mi,  adhuc  non  est  hora  mortis  nostrae  'nô  est  l.or^ 
ad  orram  descendendi  :  cum  rcverentia  Iioc  non  faciam  pse  verum 
tantum  tnstaba  ur,  quod  scribere  non  valerem.  Ego  enim^e-^i  me^ 


—  292  — 
que  loutQ  la  plaine  et  les  murailles  de  la  ville  se  couvraient 
de  lumières  innombrables'. 

Le  roi  s'était  décidé  à  débarquer  le  lendemain,  trois  heures 
après  le  lever  du  soleil'.  Le  jour  fixé  pour  la  bataille  était 
beau, 

Si  biaus,  que  plus  bel  ne  convint  ^ 

et  le  soleil  faisait  étinceler  les  boucliers,  les  armes  et  les 
galères  des  chrétiens*.  Le  légat  s'arma  d'abord  et  monta,  la 
croix  à  la  main,  sur  son  vaisseau;  il  bénit  les  soldats  du 
Christ,  en  les  exhortant  au  combat  et  leur  montrant  le 
paradis  comme  récompense'.  La  trompette  sonna  ensuite  sur 
la  galère  du  roi,  et  la  flotte  commença  à  se  diriger  vers  le 

rivage  ^ 

La  résistance  des  Sarrasins  que  venaient  de  renforcer, 
à  la  pointe  du  jour,  des  essaims  de  Bédouins  tout  nus, 
portant  le  sabre  et  la  lance,  fut  courageuse  ;  une  pluie  de 
flèches  s'abattit  sur  la  flotte,  qui  continuait  à  avancer'.  Le 
légat  se  trouvait  à  la  tête  de  l'armée,  si  enthousiasmé  par  ce 
spectacle  qu'il  oubliait  de  se  couvrir  du  bouclier,- malgré  les 
sages  avertissements  de  Mézières*. 

Le  débarquement  se  fit  naturellement  avec  beaucoup  de 
difficultés.  Malgré  les  balistes-que  faisaient  manœuvrer  les 
chrétiens  dans  leurs  vaisseaux,  un  grand  nombre  de  Maghra- 
bites  s'avança  dans  la  mer  pour  les  empêcher  de  descendre'. 
On  jeta  du  naphte  contre  les  embarcations".  Ce  fut  le  moment 
le  plus  dangereux  pour  les  croisés,  dont  l'expérience  comme 
tireurs   était  loin  d'égaler  celle  des  Syriens  de  l'armée  du 


1     Vita,  ibid.,  An.  or.,  f"  102.  On  creusait  des  trous  dans  le  sable, 
et  on  y  dormait,' pour  ne  pas  perdre  sa  place. 
2.  «  Hora  tertiarum  »  (Vita,  ibid.). 

\.  ?<' eS  fn  "clypeis,    armis,   gnleis  christianorum,   in  terrorem 
crucis  inimicorum  resplendente  »  {\ila,  ibid.). 

5.  Ibid. 

6.  Ibid.  /...jN 

7.  «  Sicut  pluvia  super  terram  »  {ibid.). 

9.'  «  Ultra  quam  credi  possit  viriliter  portum  defendentibus  t  {ibid:). 
Cf.  Machaut,  68-9,  et  note  suiv. 
10.  An.  arabe,  f°  103. 


—  293  — 

Soudan.  Le  comte  de  Genève,  Amé  III,  qui  mit  pied  à  terre 
le  premier,  combattant 

«  comme  un  liepars, 
Quand  on  li  vuet  toUir  sa  proie'  », 

fut  entouré  par  les  Sarrasins,  et  il  allait  succomber  lorsqu'ar- 
rivèrent  à  son  secours  Simon  de  Norès  "  et  Jean  du  Morf,  qui 
le  sauvèrent.  Le  prince  de  Galilée  suivit,  repoussant  si  éner- 
giquement  les  ennemis  que  le  débarquement  fut  rendu  pos- 
sible pour  un  grand  nombre  de  chrétiens.  Le  roi  lui-même  ne 
tarda  pas  à  se  montrer,  «  l'espée  au  poing,  la  teste  armée'  ». 
Il  tua  trente  Sarrasins  en  un  clin  d'œil  et  pourfendit  un  amiral 
qui  l'avait  frappé  de  sa  lance  en  lui  demandant  le  but  de  son 
attaque.  Puis,  avec  Perceval  de  Coulanges  et  Brémont  de  la 
Voulte  à  ses  côtés,  il  pénétra  dans  la  mêlée,  suivi  par  les 
croisés,  qui  étaient  parvenus  à  se  réunir,  en  criant  :  «  Avant! 
signcurs,  ferons,  ferons!  »  Le  combat  dura  longtemps;  l'eau 
du  canal  en  fut  rougie'*. 

Pendant  que  les  Sarrasins  résistaient  si  énergiquemcnt  du 
côté  du  Vieux  port,  Ferlino  d'Aïrasca  avait  débarqué  de  l'autre 
côté  du  promontoire  avec  ses  chevaliers  d'élite  et  leurs  ser- 
vants. Les  Sarrasins  furent  attaqués  alors  des  deux  côtés  et 
durent  se  retirer  avec  de  très  grandes  pertes.  Ganghara  fut 
blessé;  criblés  de  flèches,  les  chevaux  des  Bédouins  prirent 
la  fuite  :  on  vit  les  petits  marchands  oublier  leurs  sandales 
en  se  sauvant.  Un  noyau  de  troupes  —  trente  archers  de  la 
compagnie  des  archers  Qà'a-qarâ-fé  —  furent  détruits  sur  le 
toit  de  leur  caserne,  sur  le  promontoire,  d'où  ils  jetaient 
des  flèches  et  des  pierres  ^  On  parvint  à  peine  à  fermer  la 
porte  de  la  ville,  à  cause  du  grand  nombre  des  cadavres  ^ 

Cependant  Alexandrie  était  loin  d'être  perdue,  et  les  chré- 
tiens n'avaient  gagné  que  l'abordage.  Si  l'émir  s'était  enfui, 
en  prenant  avec  lui  l'or  et  l'argent  du  trésor,  des  milliers  de 
Sarrasins,  montés  sur  les  remparts,  attendaient  les  chrétiens. 

1.  Machaut,  69. 

2.  Cf.  Mâcheras,  90. 

3.  Machaut,  69-71. 

4.  Ibid.,  71-6. 

5.  An.  arabe,  f"  104  v". 

6.  Machaut,  76-7.  Cette  porto  était-elle  celle  do  la  Mer? 


—  294  — 

Devant  cette  résistance  si  énergique,  le  roi  ordonna  à  ses 
troupes  de  s'arrêter  :  il  fallait  se  reposer  d'abord,  puis  attendre 
le  débarquement  des  hommes  qui  se  trouvaient  encore  sur  les 
galères,  et  des  chevaux  \ 

On  objecta  alors  la  difficulté  de  l'entreprise  et  le  nombre 
accablant  des  ennemis.  L'amiral  de  Rhodes  était  parmi  les 
chefs  des  mécontents.  Il  parla  des  ressources  intlnies  de  la 
ville,  de  l'habileté  de  ses  défenseurs,  de  l'imprudence  de 
s'aventurer  dans  un  pays  où,  jusqu'au  Caire,  il  n'y  avait  au- 
cune forteresse  pour  pouvoir  s'y  réfugier.  Les  autres  approu- 
vèrent son  discours,  et  il  fallut  que  le  roi  fit  appel  à  leur  hon- 
neur pour  obtenir  la  continuation  du  combat  ^ 

La  bannière  royale,  déchirée  par  les  flèches  ^  fut  levée  de 
nouveau,  et  on  essaya  de  prendre  la  ville  d'assaut.  Des  prix, 
furent  offerts  à  ceux  qui  monteraient  les  premiers  sur  les 
murailles  \  D'après  les  conseils  de  Perceval  de  Cologne, 
l'attaque  fut  dirigée  contre  la  porte  de  la  Mer.  Perceval  y  con- 
duisit les  troupes  que  commandaient  le  connétable  de  Chypre 
et  les  deux  maréchaux.  Une  grande  mêlée  s'ensuivit,  mais  les 
Sarrasins  eurent  le  dessus,  malgré  le  courage  des  assaillants. 
Ils  firent  même  une  sortie  et  repoussèrent  victorieusement  ce 
premier  assaut.  Les  chrétiens  se  retirèrent,  pendant  qu'on 
leur  jetait  des  pierres  et  des  flèches  du  haut  des  tours  \ 

On  accourut  auprès  du  roi  pour  l'informer  de  cette  retraite 
des  siens.  Il  se  mit  aussitôt  à  la  tête  de  ses  barons  et  des  Hos- 
pitaliers pour  les  secourir;  on  empêcha  les  musulmans  de  faire 
encore  une  sortie  qui,  prenant  les  chrétiens  par  derrière,  aurait 
achevé  leur  déroule.  En  même  temps  on  essayait  de  brûler 
la  porte,  malgré  sa  triple  armure  de  fer:  un  chevalier  écos- 
sais, qui  s'approcha  le  premier,  fut  tué',  mais  ceux  qui  lui 

1.  Machaut,  p.  79. 

2.  Ibid.,  pp.  79-8:5  :  «  L'amiral  »  est  probablement  celui  de  Rhodes 
ou  peut-être  aussi  celui  de  Chypre  ;  ils  furent  tous  les  deux  parmi  les 
rebelles. 

3.  Ibid.,  p.  79  :  « sa  baniere, 

Qui  n'estoit  mie  toute  entière, 
Eins  y  avoit  plus  de  c  tros 
De  sajettes  et  de  garros  ». 

4.  1,000  «petits  florins  de  Florence  »  au  premier,  500  au  second, 
300  au  troisième  {ibid.,  p.  84). 

5.  Ibid..  pp.  84-7. 

6.  Ibid.,  p.  86. 


—  295  — 

succédèrent  furent  plus  heureux;  Le  roi  lui-même  descendit 
de  cheval  et  vint  réconforter  les  soldats,  avec  lesquels  il  tra- 
vailla, un  épieu'  à  la  main.  La  porte  ne  tarda  pas  à  s'enflam- 
mer, au  grand  découragement  des  Sarrasins,  qui  commen- 
cèrent à  dégarnir  les  créneaux. 

Une  circonstance  heureuse  accéléra  la  victoire.  Un  matelot 
trouva  à  la  porte  de  la  Douane  une  des  bouches  des  conduits 
qui  fournissaient  d'eau  la  ville  ^  sans  défense.  Il  s'y  introduisit 
aussitôt,  et  d'autres  l'imitèrent.  Les  bâtiments  de  l'ofRce  étant 
fermés  par  les  fonctionnaires,  qui  craignaient  des  fraudes  de  la 
part  des  habitants,  on  ne  pouvait  pas  monter  sur  les  murs,  du 
côté  de  la  ville  ^  En  voyant  les  chrétiens  accourir  sur  les 
remparts,  les  Sarrasins  crurent  la  ville  perdue  et  prirent  la 
fuite.  En  même  temps,  la  porte  de  la  Mer  étant  détruite  par  le 
feu,  le  roi,  le  légat  et  les  barons  firent  leur  entrée  solennelle 
dans  Alexandrie,  vers  l'heure  de  nones,  le  10  octobre  1365*. 
La  population  mahométane  se  pressait  aux  portes  Sidra,  Zahri 
et  de  Rosette.  11  y  eut  un  grand  massacre,  quand  les  Francs 
atteignirent  les  fuyards  devant  la  première.  On  se  cachait 
dans  les  jardins,  dans  les  citernes,  on  se  réfugiait  dans  les 
villages  voisins  ^ 

Tout  n'était  pas  fini  cependant.  Tandis  qu'on  tuait  dans  la 
ville  avec  une  cruauté  sauvage,  dans  les  maisons  et  dans  les 
«  mahommeries  »,  où  s'était  réfugiée  la  population ^  le  roi 

1.  «  Un  fort  espié  »  {ibid.,  p.  88). 

2.  Un  trou  «  qui  estoit si  ferré 

Que  nuls  hom  ne  s'en  donnoit  garde  »  (p.  89). 

3.  An.  arabe,  f"  106.  Son  récit  ne  s'accorde  pas  bien  avec  celui  de 
Machaut. 

4.  «  Hora  nona  »  {VHa,  101'»).  Le  combat  n'aurait  pas  même  duré 
une  heure,  d'après  Pierre  Thomas,  ce  qui  est  évidemment  exagéré. 
«  Vix  unius  extitit  horae  pugna,  nec  in  bellando  aliquis  de  nostris 
extitit  mortuus  (!)...  Pugnante  Josue,  franguntur  mûri  et  intrat  popu- 
lus  »  (ihid.,  1015).  Il  ne  faut  jamais  oubher,  en  employant  l'ouvrage 
de  Mézières,  (|ue  c'est  un  plaidoyer  pour  la  croisade,  dont  l'auteur 
devait  naturellement  dissimuler  les  difficultés  et  les  dangers.  La  date 
de  4  oct.  que  donne  l'éd.  de  la  Vila  est  corrigée  par  le  ms.  499  de  l'Ar- 
senal, fo  134  v". 

5.  An.  arabe,  i""  104  v°,  105  v»  et  suiv. 

6.  Machaut,  90-1  :  «  Chascuns  ocist,  mehaingne  ou  tue. 

Tué  en  ont  plus  de  .\x  mille 


N'onque  si  grant  occision 

Ne  fu  dès  le  temps  Pharaon.  » 

Cf.  C/ir.  des  quatre  Valois,  166. 


—  296  - 

était  sorti  avec  une  petite  troupe  pour  couper  le  pont  du  canal 
d'Alexandrie.  Il  trouva  toute  la  campagne  occupée  par  les 
Sarrasins,  qui  se  jetèrent  sur  lui.  Il  ne  réussit  à  regagner 
Alexandrie  qu'après  une  retraite  héroïque,  où  il  fut  en  danger 
d'être  tué  par  les  ennemis,  qui  voulaient  venger  leur  défaite. 
Il  abattit  avec  sa  hache  «  plus  de  cent  »  Sarrasins  et  parvint 
enfin  à  rentrer  dans  la  ville  et  à  fermer  la  porte;  un  grand 
nombre  de  ses  chevaliers  avaient  été  blessés  dans  cette  escar- 
mouche'. Le  roi  combattit  encore  jusqu'à  la  nuit  et  parvint  à 
se  rendre  maître  des  autres  portes,  qui  étaient  retenues  en- 
core par  les  ennemis.  Il  se  retira  ensuite  dans  une  des  tours, 
où  il  dormit  de  l'œil,  dit  Machaut,  et  veilla  du  cœur^  On  ne 
tarda  pas  à  le  réveiller;  les  Sarrasins  étaient  revenus  dans 
la  ville,  en  brûlant  la  porte  de  Saint-Marc  (Zahri)  et  celle  de 
Rosette.  Le  combat  recommença  dans  «  la  nuit  clere  et  série  ^  » 
Les  Sarrasins  furent  chassés  de  nouveau  avec  de  grandes 
pertes  :  ils  revinrent  le  lendemain,  avec  des  troupes  fraîches. 
Le  chef  des  chrétiens  assista  d'abord  à  la  messe,  puis  se 
dirigea  vers  la  grande  rue,  ou  rue  du  Poivre,  qui  reliait  la 
porte  de  Zahri  à  celle  de  la  Mer  et  de  la  Douane.  Elle  était 
occupée  par  une  grande  armée  de  Sarrasins,  dix  mille  hom- 
mes, d'après  Machaut''.  Ils  furent  battus  encore  une  fois  et 
poursuivis  jusque  dans  les  champs  avec  une  énergie  féroce. 
L'attaque  cependant  n'aurait  pas  tardé  à  recommencer.  De 
plus,  le  prince  d'Antioche,  le  Birinz  des  Arabes  \  que  son 
frère  avait  envoyé  avec  trois  cents  chevaliers  pour  recon- 
naître le  pays,  venait  de  rapporter  de  mauvaises  nouvelles  : 
des  fuyards  avaient  annoncé  au  Caire  la  prise  d'Alexandrie, 
et  le  Soudan  avait  dirigé  vers  la  ville  Yalboghù  avec  cent 
mille  hommes  de  ses  mamelouks'';  ils  étaient  arrivés  déjà  à 
Terraneh,  par  le  canal  du  Nil.  L'avant-garde,  commandée  par 

1.  Machaut,  91-5. 

2.  «  Qu'on  dit  que  cils  fait  la  dorveille 

Qui  dort  de  î'ueil  et  dou  cuer  veille  »  (p.  97"). 

3.  «  Clere  fu  la  nuit  et  série  »  (ibid.,  p.  98).  Cf.  An. 
arabe,  f°  109. 

4.  P.  98.  11  n'en  aurait  eu  lui-même  que  50  à  60  (!).  V.  la  carte  pu- 
bliée dans  Capitanovici,  /.  c. 

5.  Herzsohn.   p.  5.   Le  roi   lui-même   est,   dans  V Anonyme,   Bibi?' 
Bulrus,  fils  de  Rùjûk  {ibid.). 

6.  Clir.  des  quatre  Valois,  166.  V.  1»  Vila  Urbani  V.  dans  Baluze,  I, 
371-2. 


—  297  — 

l'émir  Kotlimboghâ  Almanssouri,  devait  apparaître  bientôt 
devant  Alexandrie'. 

On  s'imagine  l'effet  que  produisirent  de  pareilles  nouvelles 
sur  cette  armée  d'aventuriers,  qu'avait  rassemblée  la  soif 
seule  du  butin,  apaisée  maintenant.  Depuis  deux  jours  on 
pillait,  sans  distinguer  même  si  ce  qu'on  prenait  apparte- 
nait à  un  Infidèle  ou  à  un  chrétien  ^  Les  fondaques,  celui  des 
Catalans,  des  Génois,  des  Marseillais,  des  Vénitiens,  eurent  le 
même  sort  que  le  palais  de  l'érnir  et  les  mosquées  où  on  bri- 
sait les  candélabres,  les  remplaçant  par  la  croix.  Les  épices'\ 
dont  regorgeaient  les  marchés  d'Alexandrie,  où  venaient  les 
prendre  les  marchands  de  l'Europe  entière,  furent  un  des 
articles  principaux  du  butin  ;  leur  prix  monta  dans  les  années 
suivantes,  à  cause  de  ce  grand  pillage.  On  dévalisa  les  bou- 
tiques des  changeurs,  des  orfèvres,  des  marchands  de 
perles,  de  naphte,  de  draps  d'Egypte  et  de  Syrie,  de  soie 
de  Perse,  jusqu'à  celles  des  fripiers.  L'huile,  le  miel,  la 
graisse  ruisselait  dans  les  rues,  se  mêlant  au  sang  des  habi- 
tants massacrés  —  on  tua  tous  les  prisonniers  inutiles,  les 
enfants,  les  vieillards,  les  vieilles  femmes,  les  fous,  —  des 
bêtes  de  somme,  dont  on  coupait,  pour  se  distraire,  les  jarrets*. 
Les  soldats  du  Christ  emportèrent  les  pierres  précieuses 
d'Alexandrie,  fameuse  pour  ses  rubis  %  les  marchandises 
de  l'Inde,  de  la  Nubie,  de  l'Yémen  et  de  l'Egypte  entière 
amassées  dans  cette  ville  fabuleusement  riche  ^  dont  la 
douane  seule  rapportait  quarante  raille  florins  d'or  par  mois 
au  trésor  du  Soudan".  Les  vainqueurs  rapportèrent  dans  leurs 


1.  Maqrizi,  ap.  Weil,  /.  c,  IV,  512,  An.  arabe,  ^  184  v°. 

2.  Les  Vénitiens  s'en  plaignirent  (v.  plus  loin). 

3.  Elles  renchérirent  après  cet  événement  {(Uiron.  Angl.  aucl.  quod. 
mon.  S.  Albani.  56-7  ;  cf.  Polychronicon  Ban.  de  Iligden,  VIII, 
p.  365  :  «  Propter  ipsius  enim  civitatis  captionem  species  per  plures 
annos  postea  in  triplo  et  ultra  fuerant  cariores  »). 

4.  Anonyme  arabe,  î""  106  v"  et  suiv. 

5.  Les  «  rubis  d'Alixandre  »  étaient  célèbres  au  moyen  âge.  Un  rubis 
et  une  émeraude  d'Alexandrie  ornaient  la  couverture  d"un  livre  de  la 
bibliothèque  de  C\mv\es\  (Inventaire  de  Gilles  Mallct,  n°  1201,  p.  204). 
On  s'en  servait  aussi  pour  faire  des  élecluaires  (Luce,  Jeanne  d'Arc, 
Li.x). 

6.  Ileyd,  Le  Colonie,  I,  229-:50,  236. 

7.  Avis  du  grand  maître  des  Hospitaliers  (xiv  siècle),  Bibl.  nat., 
latin  7470,  i'"  176  v"  :  «  D'Alixandre  monte  chascune  moys  XL  mil  florins 
d'or  et  plus.  » 


—  298  — 

pays  des  draps  d'or  et  de  soie,  des  joyaux  exotiques  '  et  des 
épices.  Les  Génois  eux-mêmes,  dont  les  cinq  grands  vais- 
seaux, avec  quatre  cents  hommes  d'équipage,  avaient  gardé 
une  attitude  neutre  pendant  le  combat,  prirent  leur  part  du 
butin,  en  emportant  pour  800  mille  florins  de  marchan- 
dises ^  Le  nombre  des  prisonniers  s'éleva  à  cinq  mille'. 

Puis  quand  le  pillage  prit  fin*,  on  commença  à  murmurer 
contre  le  roi  qui  voulait  livrer  son  armée  aux  Sarrasins,  dont 
l'arrivée  devait  être  prochaine.  Le  vicomte  de  Turenne,  qui 
s'était  engagé  cependant  à  servir  le  roi  pendant  une  année'', 
prit  la  parole  devant  toute  l'armée,  rassemblée  dans  la  plaine 
sablonneuse  qui  séparait  la  ville  du  rivage.  Il  objecta  le  petit 
nombre  des  chrétiens,  qui  ne  seraient  pas  en  état  de  garder 
toutes  les  portes,  si  les  Sarrasins  venaient  à  les  attaquer,  le 
manque  d'artillerie,  qui  avait  été  toute  <(  despendue  et  essi- 
lie  »  pendant  le  combat^  le  manque  de  vivres,  d'eau  et  de  four- 
rage. Le  Soudan  approche  de  la  ville  et  les  chrétiens  n'au- 
raient que  le  secours  du  ciel  pour  combattre  ses  «  V  fois 
V  mil  hommes  »,  de  sorte  qu'ils  seront  pris  comme  dans  un 
piégea  Bref  il  conseillait  la  retraite. 


1.  «  Pannosaureos  holosericos,  splendoresque  gemmarum  exoticos  » 
(Chron.  Angl.  aucl.  quod.  mon.  S.  Albani,  56-7). 

2.  Mézières,  Souf/e  du  vieil  pèlerin,  I,  f"*  82  v-S.  D'après  Mézières, 
qui  écrivait  après  la  guerre  entre  les  Génois  et  les  Chypriotes  et  la 
prise  de  Famagouste  par  les  preniiers,  les  capitaines  des  cinq  vais- 
seaux auraient  offert  à  l'amiral  sarrasin  de  défendre  la  ville  pour  le 
Soudan,  ce  qui,  malgré  le  peu  de  scrupules  des  marchands,  paraît 
incroyable.  Ils  l'auraient  déclaré  eux-mêmes,  continue  Philippe,  au  roi 
après  le  combat,  en  sa  présence,  «  par  grant  orgueil,  outrecuidance 
et  vilaine  vantance  ». 

3.  Weil,  d'après  Maqrizi,  l.  c,  IV,  512,  note  2.  V.  aussi  sur  le  pil- 
lage, la  chronique  de  Detmar  (Chr.  der  deulschen  Sludle,  Liibeck,  I, 
537-8). 

4.  Des  Bédouins-Hewara  venaient  la  nuit,  pendant  que  les  Francs 
dormaient  sur  les  vaisseaux,  pour  prendre  leur  part  du  butin  (Anon. 
arabe,  î"^  129  V-HS). 

5.  Machaut,  102.  Cf.  Mézières,  1016.  Pierre  Thomas  ne  le  nomme  pas, 
à  cause  de  ses  relations  avec  le  cardinal  de  Beaufort  et  Clément  VI,  les 
parents  du  comte  :  «  Cujus  ex  parentela  et  dolosa  sequela  nomen  tacere 
debeo  »  (p.  1016).  Le  fragment  est  reproduit  dans  le  recueil  de  lettres 
de  l'Arsenal,  où  le  nom  de  Turenne  est  ajouté  en  marge  (lettres,  n"  1). 

6.  On  ne  découvrit  pas  l'arsenal,  qui  regorgeait  de  munitions,  d'ar- 
mes et  d'engins  (/In.  arabe,  f»  109).  Les  Sarrasins  avaient  coulé,  avant 
de  s'enfuir,  les  vaisseaux  qui  se  trouvaient  dans  les  chantiers  de  l'Est 
et  avaient  brûlé  les  machines  (f"  109  v). 

7.  «  A  la  ratière  »,  Machaut,  101. 


i 


—  299  — 

Le  roi  et  ses  amis  en  furent  indignés.  S'il  n'avait  pas  l'in- 
tention de  continuer  la  guerre  contre  les  Sarrasins,  en  se 
dirigeant  vers  le  Caire',  Pierre  était  décidé  cependant  à  re- 
tenir cette  conquête  si  importante,  qui  était,  dit  Mézières,  la 
porte  de  l'inestimable  trésor  de  David  et  de  Salomon,  la  clef 
de  rÉgypte,  de  la  Syrie  et  de  Jérusalem  ".  La  tête  du  serpent 
aurait  été  écrasée  de  la  sorte  et  la  ville,  au  pouvoir  des  chré- 
tiens, serait  devenue  pour  le  Soudan,  ce  qu'était  Satalie  pour 
les  émirs  turcomans,  une  menace  perpétuelle.  Déplus,  Alexan- 
drie ayant  attiré  dans  ses  ports  tout  le  commerce  de 
l'Egypte,  les  revenus  du  Soudan  auraient  diminué  sensible- 
ment et,  avec  ses  revenus,  ses  forces  militaires.  Les  chrétiens 
ne  se  seraient  pas  refusé  de  venir  lui  porter  secours,  d'au- 
tant plus  que  le  passage  général  était  proclamé  et  qu'au 
moment  où  l'on  avait  quitté  l'Occident,  on  attendait  une  expé- 
dition du  comte  de  Savoie,  une  autre  des  grandes  compagnies, 
une  troisième  qu'aurait  mis  en  mouvement  le  roi  de  Hongrie. 
Le  royaume  chrétien  de  Jérusalem  pourrait  devenir  alors, 
pour  la  seconde  fois,  une  réalité. 

Les  espérances  de  Mézières  n'avaient  jamais  été  si  bril- 
lantes non  plus  qu'à  ce  moment  décisif  pour  la  croisade. 
Le  roi  le  fit  appeler  aussitôt  après  la  victoire,  dans  ses  quar- 
tiers, à  la  douane',  pour  lui  annoncer  que  la  troisième  partie 
de  la  ville  devait  lui  appartenir.  11  l'emploierait  à  la  création 
de  ce  nouvel  ordre  de  chevalerie,  qu'il  rêvait  depuis  si  long- 
temps et  qui  deviendrait  possible  de  la  sorte  *.    Elle  devait 


1.  Cette  attaque  aurait  pu  être  heureuse  cependant;  le  roi  pouvait 
se  diriger  vers  le  Caire  par  le  canal,  qui  reliait  les  deux  villes  depuis 
1310  (lleyd.  Le  Colonie,  II,  221-2)  ou  par  une  des  trois  voies  de  terre: 
si  le  premier  combat  se  décidait  en  sa  faveur,  tout  était  gagné,  l'É- 
gyptc  n'ayant  qu'une  seule  armée  (Hayton,  ch.  liv,  éd.  Bergeron, 
p.  81).  Cf.  Weil,  0.  c,  p.  349,  note  a. 

2.  «  Janua  thesauri  uiestiniabilis  sanctissimi  David  et  filii  sui  Salo- 
monis,  videlicct  clavis  seu  porta,  non  solum  Sirie  et  Egipti,  sed  sancte 
civitatis  Jherusalem  et  Terre  Sancte  et  omnibus  catholicis  via  paradisi  » 
{Oratio  IrcKjedica,  f"  194). 

3.  «  Le  dit  vendredi  au  vespre,  à  grant  repos  et  à  grant  joye,  estant 
en  son  hostel  en  Alixandre  a])pellé  la  douane,  en  présence  du  benoit 
légat  du  pape  de  Romme  et  tle  ses  barons  et  chevaliers,  plaincmcnt 
donna,  pour  le  commencement  de  la  chevalerie  mettre  sus,  la  tierce 
partie  de  toute  la  cité  d'Alixandre...  »  (V.  Chevalerie  de  la  Passion, 
f"^  15  v"-18  v"). 

4.  Ibid.  Cf.  Oral,  traged.,  f"  194  :  «  Ecce  tempus  acceptabile,  ecce 


—  300  — 

être  administrée  par  Mézières  lui-même,  d'après  les  conseils 
du  légats  qui  aurait  été  nommé  peut-être  patriarche  catho- 
lique de  la  ville.  La  joie  du  chancelier  fut  grande  à  cette 
nouvelle  ;  la  croisade  avait  réussi,  son  idéal  chevaleresque  et 
pieux  se  réalisait  :  c'était  le  rêve  de  sa  vie  entière,  qui  s'ac- 
complissait après  de  longs  efforts  et  de  grandes  souffrances. 
Ses  os  furent  pénétrés  de  joie  S  dit-il,  en  voyant  le  terme 
heureux  de  tant  de  combats.  Plein  de  confiance  pour  ce  qui 
allait  suivre,  il  offrait  déjà  aux  chevaliers  présents  de  s'en- 
rôler dans  son  ordre  de  la  Passion  ^  Les  nouvelles  guerres 
pour  le  Christ  devaient  commencer. 

Sa  douleur*  et  celle  du  roi  furent  immenses,  devant  la 
résistance  honteuse  des  croisés.  Pierre  P""  essaya  vainement 
de  les  convaincre,  en  leur  montrant  que  la  bravoure  prime  le 
nombre  des  combattants^,  que  la  prise  de  la  ville,  qui  était 
plus  difficile  que  sa  défense,  leur  avait  livré  des  quantités 
d'armes  infinies,  que  les  murailles  étaient  assez  fortes  encore 
pour  arrêter  une  armée  entière,  que  leurs  provisions  pou- 
vaient durer  jusqu'à  dix  mois  et  que  des  secours  ne  tarde- 
raient pas  à  arriver  de  Chypre,  de  Constantinople  %  de  Rho- 
des, de  Venise  et  de  Gênes,  d'Angleterre,  de  Bohême,  d'Es- 


dies  salutis,  in  quo  milicia  tua  nova  crucifixi,  a  te  tantum  desiderata 
et  pro  qua  tantum  laborasti,  ymo  milicia  nostra,  ymo  certe  milicia  rei- 
pnblice  fidei  catholice  et  omnium  christicolarum  exordium  sumere 
debeat.  » 

1.  «  Per  te  possidendam  et  per  consilium  beati  patriarche  ipsam 
terciam  partem  sepe  tactam  dévote  in  justicia  et  equitate  regendam  » 
{ihid^. 

2.  «  Quibus  verbis  régie  majestatis  dévote  completis  et  donatione 
compléta,  quis  gaudium  hujus  filii  mulieris  non  iiitelligeret?  Ossa 
nemppe  ipsius  jubilabant  in  Domino  dicentes  (.s?>)  :  non  est  similis  tui 
in  diis,  Domine,  utiquenunc,  preteritis  laboribus  pro  gaudio  reputatis, 
reflorere  fecisti,  domine  Jhesu,  juventutem  meam  »  [ibid.). 

3.  ...  «  Dicebat  enim  militibus  aptis  ad  miliciam  :  venite  et  congau- 
dete  mecum,  et  in  tanta  milicia  induamini  dominum  .Jhesum  Cbris- 
tum,  quia  fundamentum  positum  est,  quod  nemo  alius  ponere  potest 
nisi  Jhesus  Christus.  O  milites  crucifixi...  preparate  corda  vestra,  et 
in  novo  bello  Dei  et  milicia  nova  passionem  Domini  renovando,  contra 
inimicos  fidei  arripite  arma  »  {Oralio,  i"'-  194-4  v»). 

4.  «  Quantasne  hic  modicus  et  gladio  doloris  percussus,  de  civitate 
viliter  derelicta,  cum  beato  legato  suo  patriarcha  (Pierre  Thomas  devint 
patriarche  de  Constantinople  en  1364),  lacrimas  et  suspiria  effudit,  et 
tragedias  multiplicavit  »  {Conlemplalio  hore  mortis,  f°*  218  v»-9). 

5.  Machaut.  103. 

6.  Ibid.,  105. 


—  301  - 

pagne  et  de  Hongrie'.  Ils  seraient  plus  impies  qu'Hérode,  s'ils 
l'abandonnaient  dans  de  pareilles  circonstances,  quand  la  con- 
quête de  Jérusalem  dépondait  de  la  conservation  de  cette  place  ^ 

Le  légat  intervint  à  son  tour,  en  leur  citant  des  exemples 
de  l'Écriture,  les  saints  qui  s'étaient  aventurés  dans  des  pays 
lointains,  pour  le  triomphe  de  la  foi^  Le  chancelier  s'offrit 
en  pleurant  à  garder  la  ville  lui-môme,  avec  quarante  compa- 
gnons et  cinquante  matelots*.  Ce  fut  en  vain  ;  la  réponse  des 
soldats  fut  courte:  ils  craignaient  la  mort  et  voulaient  partir^ 

Les  chefs  exhortaient  leurs  hommes  à  ne  pas  se  laisser 
convaincre  ^  L'amiral  de  Rhodes'',  le  vicomte  de  Turenne,  des 
Français  et  tous  les  Anglais  **  demandaient  la  retraite  :  l'a- 
miral refusa  de  rester  avec  sa  troupe",  si  le  roi  quittait  la 
ville.  Des  Chypriotes  même  demandèrent  à  grands  cris  le 
départ;  les  deux  frères  du  roi",  et  l'amiral  de  Chypre,  Jean 

1.  Machaut,  ibid. 

2.  Ibid. 

;l  Ibid.,  p.  107.  Cf.  Ornt.  trag.,  f"  194  v»  :  «  Diccbat  enim  superius 
vili  timoré  tactis  in  presencia  régis  idem  leji:atu.s  :  0  milites  et  capi- 
taiici  a  Dco  elccti,  sic  vililer  et  sine  causa  vane  percussi,  dimittendo 
tantum  regem  et  tantamcivitatem,  utique  portam  paradisi,  qua  fronte 
deinccps  poteritis  respicere  celum,  regcs  et  principes  mundi?  Uii  vero 
eifrontati,  seu  melius  ef'feminati,  verba  vitetanti  legati  apostolici,  truf- 
fando,  pro  nichillo  reputabant.  . .  ».  Cf.  Vila.  1016. 

4.  Lettre  de  Pierre  Tliomas  dans  la  Xila,  1016.  Cf.  Oral,  irog., 
f"  195  :  «  . . .  Audeo  dicere  quod,  supposito  quod  omnes  prcdicti  ho- 
mines  armorum  penitus  absentes  fuissent,  et  utinam  fuissent!  cum 
solis  mai'inariis  ibidem  existentibus  et  balistariis  ego  miser  liomuncio, 
de  Domino  confidcns,  ipsam  civitatem  tenuissem  contra  soldani  po- 
tentiam,  tamdiu  (juam  exercitus  novus  occidentalis  ad  succursum  ve- 
nisset.  » 

5.  Ibid.  Cf.  Machaut,  107  :  «  Nous  en  yrons  :  la  vie  y  court.  » 

6.  Vita,  1016. 

7.  Ibid.  Cf.  Oral.  Irag.,  f"  195  v"  :  «...  Duo  videlicet  admiralii: 
unus  regni  Cypri  cl  aller  hospilalorum,  principales  auctores  tanti  {sic) 
necis.  » 

8.  Vila,  1016  :  «  Anglici  qui  videbantur  fortiores.  »  Cf.  Chro- 
nicon  nwgunlinum  (1362  et  suiv.),  dans  les  Chr.  deulschen  Slddle, 
.Main:,  il,  70,  6-10  :  «  Quia  Anglici  spoliis  sumptis  aufugcrunt.  » 
Us  racontèrent  dans  leur  pays  la  version  d'après  laquelle  la  retraite 
était  absolument  néces.saire  (Chr.  Angl.  auct.  mon.  quod.  S.  Albani, 
56-7;  Polychr.  7?.  de  Iligden,  VllI.  365). 

9.  «  In  régis  agmine.  »  {Vila,  1016). 

10.  «  i\'emppe  in  dicta  civitate  collatérales  regii,  barones...  Deum 
non  glorilicaverunt,  sed  vili  timoré  et  avaricia,  vana  gloria  tante  vic- 
torie  percussi,  dati  sunt  in  reprobum  sensum  et,  fracta  fide  catholica, 
de  fuga  tante  civitatis  tractare  ceperunt  ipsamqiie  fugamfemincomore 
vilitei"  et  in  infamiam  perpetuam  elegerunt...  »  {Or.  Irag.,  f"  194  v»), 
V.  sur  le  rôle  du  prince  Jean,    la  Chron.  des  quatre  Valois,    159, 


—  302  — 

de  Sur  *  se  trouvaient  parmi  les  rebelles.  Les  exhortations 
du  roi  furent  vaines. 

D'après  Machaut,  il  aurait  voulu  les  prendre  alors  par  la 
honte  et  se  serait  dirigé  vers  la  ville  avec  une  centaine  de 
chevaliers,  qui  lui  étaient  restés  fidèles,  ayant  le  maréchal 
à  ses  côtés  ^  Personne  ne  l'aurait  suivi  et,  entouré  de  tout 
côté  par  les  Sarrasins  qui  occupaient  déjà  la  ville,  il  aurait 
été  contraint  de  se  retirer  aussi  sur  les  galères,  en  criant  «  la 
face  esplourée  »  :  «  Honneur,  or  yes  tu  morte  ^!  » 

L'armée  des  Sarrasins  cependant  n'était  pas  arrivée  encore 
et,  bien  qu'on  eût  décidé  de  partir,  la  flotte  resta  dans  le 
Vieux  port  jusqu'au  16  octobre^.  On  continua  le  pillage,  les 
prisonniers  et  le  butin  furent  embarqués  sur  les  vaisseaux 
par  le  moyen  de  quelques  captifs  dont  on  brûla,  dit-on,  un 
certain  nombre  ensuite  ;  quand  tout  fut  terminé,  on  mit  le 
feu  et  une  partie  de  la  ville  fut  consumée  par  les  flammes  '". 
Yalboghâ  netrouva  que  des  ruines  ^ 

Le  départ  se  fit  assez  tranquillement  ;  aucun  ennemi  ne 
poursuivit  les  chrétiens,  s'il  faut  se  fier  au  témoignage  de 
Mézières,  qui  voulait  rendre  la  honte  des  fuyards  plus 
complète  encore ^  Cependant  l'avant-garde  était  arrivée, 
paraît-il,  sous  le  commandement  des  émirs  Kotlimboghà, 
Khalil  et  Khondouk*;  elle  combattit  même  contre  une  petite 


166.  Jacques  était  venu  avec  le  roi  qu'il  avait  rejoint  en  Occident. 
Hugues  de  Galilée,  qui  fut  armé  chevalier  à  cette  occasion,  est-il  com- 
pris dans  les  collatérales  ? 

1.  V.  note  7,  p.  302.  Cf.  Vila,  1016  :  «  Admirait.  » 

2.  Machaut,  107.  Il  avait  120  hommes  d'armes  avec  lui  (p.  108). 

3.  Ibid.,  pp.  108-9. 

4.  Elle  partit  le  sixième  jour,  d'après  P.  Thomas  {Vila,  1016);  deux 
jours  après  la  querelle  du  roi  avec  les  barons  (Machaut,  109)  ;  le  jeudi 
suivant,  d'après  Maqrizi,  très  bien  informé  (Weil,  o.  c,  IV,  512,  note  2), 
et  1'^)/.  arabe  [(f°  110  :  après  huit  jours,  en  partant  de  l'arrivée  de  la 
flotte)  ;  certains  vaisseaux  avaient  paru  dès  le  8  (f°  102)];  le  quatrième 
jour  après  la  conquête  (Chron.  Angl.,  56-7;  cf.  Polychron.,  VllI,  365; 
Bustron,  263)  ;  le  troisième  (Sanudo,  659-60),  Zagata,  ann.  1365,  etc. 

5.  La  partie  seule,  que  les  chrétiens  avaient  retenue,  Chron.  Angl., 
56-7.  Us  ne  pénétrèrent  pas  dans  le  quartier  des  marchands  de  légumes 
{Anonyme  arabe,  f"  106  v"). 

6.  Maqrizi,  l.  c.  Le  pillage  dura  jusqu'à  dimanche,  quand  on  com- 
mença à  embarquer  le  butin  et  les  prisonniers. 

7.  Vila,  1016  :  «  Nemine  inimicorum  persequente.  »  Or.  Irag., 
fo  195:  «  Nemine  inimicorum  fidei  persequente.  » 

8.  De  Guignes,  Hist.  des  Huns  (d'après  Maqrizi),  IV,  234-5. 


-  303  — 

troupe  de  chrétiens,  qui  occupait  huit  maisons,  près  du 
canal,  protégeant  le  départ  de  l'armée  '.  Le  roi  put  voir  en 
partant  la  croix  disparaître  des  murs  et  de  la  porte  Sidra  où 
on  l'avait  plantée  après  la  victoire  ^ 

La  colère  divine  n'atteignit  que  plus  tard  les  coupables. 
La  tlotte  fut  surprise  par  la  tempête  qui  dispersa  les  vais- 
seaux et  remplit  de  terreur  les  fuyards  d'Alexandrie  ^  «  C'est 
la  vengeance  de  Dieu  pour  l'abandon  de  la  ville,  vous  verrez 
de  plus  grandes  choses  encore,  quand  le  temps  sera  venu, 
n'en  doutez  pas  »*,  dit  le  légat  à  son  compagnon  qui,  abattu 
par  le  malheur,  avait  fait  le  vœu  de  quitter  la  vie  du  monde 
pour  se  consacrer  au  Seigneur^  Le  légat  écrivit  alors  [une 
lettre  très  pathétique  et  désespérée,  qu'il  comptait  envoyer 
au  pape  et  à  l'empereur  ^ 

Cette  tempête  dura  plusieurs  jours  et  les  chevaliers  re- 
belles se  repentirent  d'avoir  quitté  Alexandrie,  où  ils  auraient 
aimé  revenir  \  De  plus  grandes  punitions  attendaient,  d'après 
Mézières,  les  chefs  du  complot  :  un  grand  seigneur  français 
partit  pour  la  Prusse,  où  il  perdit  la  raison**;  il  ne  tarda  pas 
à  mourir,  après  son  retour.  L'amiral  de  Rhodes  mourut,  un 


1.  Chron.  des  quatre    Valois,  166. 

2.  Anon.  arabe,  f"  185  v".  Cf.  106  v°.  Après  son  arrivée  à  Alexan- 
drie, l'émir  Chalil  envoya  le  juif  Jacques  au  roi  qui  se  trouvait  encore 
sur  son  vaisseau,  pour  lui  demander  l'échange  des  prisonniers  (50  mar- 
chands et  consuls  avaient  été  conduits  par  les  tribus  des  montagnes  à 
Damanhour,  An.  arabe,  f"  105  v").  11  trouva  le  roi  dans  une  grande 
tente  avec  des  fenêtres  brodées,  par  lesquelles  il  regardait  la  mer.  Il 
portait  «  une  couronne  d'or  surmontée  d'une  pierre  précieuse  bril- 
lante ».  Son  riche  vêtement  avait  des  boutons  d'or  et  des  rangées  de 
perles,  il  demanda  au  juif  que  chacun  des  captifs  déclarât  «  en  lettres 
romaines  »  son  nom  en  ajoutant  la  date  «  romaine  ».  Quand  Jacques 
revint,  les  croisés  étaient  partis  (ibid.,  f"  186). 

3.  Vùa.  1015.  Cf.  Machaut,  110;  Or.  Irarj.,  f"  195. 

4.  «  Ista  fortuna  est  Dei  vindicta,  (juia  relicta  est  Alexandria.  jMajora 
enim  videbitis  in  tempore,  non  dubitetis  »  (Vita,  1016). 

5.  «  ...  Amplius  non  militandum,  scd  soli  tibi  Deo  vactandum  (sic), 
panemque  doloris  comesturus  omnino  determinavit  »  {Conlemplacio 
nore  rnorlis,  f"  219). 

6.  Vita,  1015-6;  Oral,  trag.,  f"  195. 
1.   Vita,  t.  c. 

8.  «  Quidam  miles  gallicus,  nomine  et  strenuitate  famosus,  hujus 
delicti  in  capite  conscius,  illo  anno  causa  vanitatis  milicie  Pruciam 
peragravit.  et  ibidem  in  Prucia  omnium  militum  (sic)  sensum  per- 
didit,  et  rabidus  ell'ectus  est,  et,  reductus  ad  propria,  miserum  finera, 
Deo  vindicante,  incurrit  (Turenne?)  »  (Oral,  trag.,  f"  195  v°). 


—  304  — 

an  plus  tard,  dans  des  circonstances  douloureuses';  l'autre 
amiral,  que  ses  ennemis  exilèrent,  ne  survécut  pas  long- 
temps ^  Les  biens  gagnés  d'une  manière  honteuse  et  impie  à 
Alexandrie,  ne  durèrent  pas  et  disparurent  comme  la  cire 
exposée  au  feu^  Mézières  n'avait  rien  pris  lui-même  dans  le 
pillage,  qu'il  considérait  comme  criminel  et  avait  même  con- 
traint ceux  qui  le  suivaient  à  abandonner  leur  part  :  Dieu, 
continue-t-il,  l'en  récompensa  par  dos  richesses  beaucoup  plus 
considérables  que  celles  qu'il  venait  de  perdre  dans  cette  re- 
traite honteuse*. 

La  flotte  arriva  enfin  à  Limassol  et  les  étrangers  partirent 
pour  leurs  pays,  oîi  ils  n'arrivèrent  pas  sans  avoir  essuyé  de 
nouvelles  tempêtes  ^  Le  roi  partit  avec  le  légat  et  son  chan- 
celier à  Nicosie  où  une  grande  procession  fut  ordonnée  pour 
remercier  Dieu  de  la  victoire.  Tout  commerce  avec  les  Infi- 
dèles fut  défendu  rigoureusement  ;  on  excommunia  les  mar- 
chands qui  se  risquèrent  vers  les  possessions  du  Soudan.  Un 
vaisseau  vénitien  fut  jeté,  en  conséquence,  par  la  tempête 
sur  la  côte  de  Chypre,  où  il  fit  naufrage  ^ 

Cependant,  des  ambassadeurs  devaient  partir  bientôt  pour 
annoncer  la  victoire  des  chrétiens.  Pierre  Thomas  avait  écrit 
au  «  Salomon  impérial  »  pour  l'inviter  à  venir  délivrer 
Jérusalem,  le  menaçant  de  la  colère  du  ciel  s'il  restait  indif- 
férent \  On  connaissait  déjà  cette  «  bonne  nouvelle  »  à  Avi- 


1.  «...  Unum  infra  annum  cum  dolore  vili  diem  clausit  extremum  » 
(ibid.). 

2.  «...  Alter,  coacte  fugiendo  inimicos,  exul  a  patria  propria  pro 
tempore,  et,  reversus,  vitam  eciam  finivit  »  (ibid.).  Jean  de  Sur  mou- 
rut en  1368.  V.  p.  383,  note  3. 

3.  «  . . .  Tamquam  anathema  in  manibus  spoliatorum  facta  sunt,  ut 
ita  dicam,  velud  cera  ante  facieni  ignis,  et,  brevi  tempore  elapso,  nichil 
eis  remansit  nisi  vermis  conscientie  corrodentis  »  (ibid.). 

4.  «  Filius  vero  mulieris,  testis  est  Deus...  de  dictis  spoliis,  nec  ipse 
nec  familia  sua,  reminiscens  Datham,  Abiron  et  Chore,  unum  iotha  a 
civitate  non  extraxit.  Et  tamen,  divina  dulcedine  distillante,  postea 
factus  est  in  Domino  et  a  Domino  magis  locuplex  (sic)  quam  illi  » 
(ibid.).  Cf.  Cont.  hor.  mort.,  f°  219  :  «...  licet  familia  sua  in  civitate 
predicta  multas  divicias  de  preda  Machometi  congregaret.  » 

5.  Machaut,  /.  c.  ;  Vita,  1017. 

6.  Vita,  l.  c. 

1 .  «  Ostende,  domine,  potentiam  tuam,  et  veni,  et  libéra  nos,  libéra 
sanctam  civitatem  Jérusalem...  quia,  si  non  exaudieris  et  audieris, 
timeo,  et  non  ego  solus...  ut  irascatur  Dominas  contra  te,  et  pereas 
ante  tempus  »  (yita,  1016). 


-  305  — 

gnon  où  elle  avait  été  annoncée  par  des  lettres  du  doge  Adorno  * 
et  le  pape  s'était  empressé  de  féliciter  l'a^/t/è^c  du  Christ,  dont 
le  zèle  était  infatigable  ^  Jean  de  Sur,  l'amiral  de  Chypre, 
fut  envoyé  auprès  du  pape,  du  doge  de  Gênes  et  du  roi  de 
France,  pour  leur  annoncer  ce  que  son  maître  venait  d'ac- 
complir et  réclamer  les  secours  qu'il  attendait  d'eux  \  Il  partit 
de  Famagouste  vers  le  mois  de  mars  1366  *,  retrouva  à  Rhodes 
son  camarade,  Jean  de  Soissons,  mourant  \  visita  Gênes 
d'abord,  puis  Avignon  où  il  fît  son  entrée  au  mois  d'août  avec 
ses  deux  compagnons,  les  chevaliers  Thomas  Ara  et  Fran- 
çois Kmada  :  l'ambassadeur  Chypriote  présenta  au  pape,  le 
6  du  même  mois,  une  bannière  prise  à  Alexandrie  ^ 

Le  pape  le  reçut  très  bien\  ainsi  que  le  roi  de  France, 
auprès  duquel  il  se  rendit  ensuite.  On  était  enthousiasmé 
en  Occident  do  cette  grande  victoire  sur  les  Infidèles,  la 
première  que  les  chrétiens  eussent  remportée  depuis  long- 
temps. On  exaltait  les  mérites  du  roi,  on  blâmait  avec  sévé- 
rité la  conduite  de  son  armée.  «  Le  roi  do  Chypre,  écrivait 
Pétrarque  en  1367,  conquit  Alexandrie  en  Egypte,  grande 
œuvre  et  mémorable,  qui  aurait  pu  être  une  formidable  base 
pour  un  accroissement  immense  de  notre  foi,  si  l'on  avait 
montré  dans  la  défense  de  la  ville  le  courage  dont  on  avait 
fait  preuve  en  la  prenant.  Ce  courage  ne  manquait  pas  au  roi, 
dit-on,  mais  son  armée,  composée  surtout  de  transalpins, 
dont  la  valeur  est  plus  grande  au  commencement  qu'à  la  fin 
des  choses,  le  quitta  au  milieu  de  son  œuvre  glorieuse,  étant 
rassemblée  par  la  cupidité,  et  non  par  la  dévotion  ;  ils  re- 
cueillirent, leur  butin  et  partirent,  ayant  rempli  leur  vœu 
d'avarice  et  avant  que  le  roi  eût  rempli  son  vœu  de  piété**  n. 


1.  V.  la  réponse  du  pape  (7  décembre  1365),  Arch.  du  Vatican.  248, 
fos  15  v"-17  :  «  Litteras  tuas,  notificantes  grata  nova  ultramarinarum 
partium,  gratanter  recepimus...  speramusqiie  in  Dec  quod  Salvator 
noster...  talia  inicia  continuatis  successibus  prosperabit,  presertim  si 
cliristiani  suuni  contra  dictos  hostes  debitum  exequentur.  » 

2.  Hinaldi,  XXVI,  361;  Hymer,  n.  éd.,  III,  807;  Paoli,  II,  405. 

3.  Mâcheras,  p.  92. 

4.  Ibid.  Il  attendit  à  Rhodes  jusqu'alors,  d'après  une  version  rap- 
portée par  le  chroniqueur,  le  départ  de  Pierre  Thomas. 

5.  Etait-il  à  Whodes,  à  cause  de  son  exil?  C'est  très  probable. 

6.  2«  Viia  Urbani  V,  ap.  Baluze,  I,  405;  cf.  Chron.  martin.,  f"^  158. 

7.  Mâcheras,  l.  c 

8.  Pelrarchae  Senilia,  1.  VIII,  ép.  8  (20  juillet  1367)  :  «  Siquidem 

N.  Jono\.  P/tilippe  de  Mézières.  20 


-  306  — 

Ce  succès  prit  même  avec  le  temps  des  proportions  extraor- 
dinaires ;  le  5  décembre  1365,  la  nouvelle  arriva  en  France, 
que  le  roi  de  Chypre  venait  de  reprendre  Alexandrie,  qu'on 
avait  pu  conserver  cette  fois\  Du  Guesclin  qui  avait 
manifesté,  dès  l'année  1356  \  son  désir  d'aller  combattre  à 
Grenade  ou  avec  le  «  noble  roy  de  Chippre  »,  se  décida  à 
prendre  la  croix,  en  1366,  quand  la  paix  entre  les  rois  de 
France  et  de  Navarre  le  laissa  libre  d'employer  son  épée 
ailleurs,  en  secourant  ce  roi  «  bons,  loiaux  et  hardiz  »,  dont 
les  actions  étaient  si  brillantes  et  la  renommée  si  grande'. 
De  tous  côtés  des  chevaliers  se  préparaient  à  accourir  auprès 
du  vainqueur  d'Alexandrie.  Jean  de  la  Rivière,  revenu  en 
France,  fut  renvoyé  en  Chypre  par  le  roi  Charles,  qui  pro- 
mettait son  secours  au  champion  de  la  foi*.  Enfin  les  grandes  ♦ 
compagnies  devaient  prendre  bientôt  le  chemin  de  l'Orient. 

Ce  fut  le  moment  le  plus  favorable  pour  la  croisade. 
Pierre  I"  allait  avoir  une  nouvelle  armée,  plus  enthousiaste 
et  plus  fidèle  que  la  première.  Les  plus  célèbres  chevaliers 
de  l'Occident,  Du  Guesclin  à  leur  tête,  lui  offraient  leur  se- 
cours. Avec  son  zèle  infatigable  et  ses  grands  talents  mili- 
taires, le  roi  de  Chypre  pouvait  espérer  avec  raison  de 
reconstituer  le  royaume  de  Jérusalem,  ou  du  moins  d'opérer 
de  grandes  conquêtes  en  Syrie.  Il  n'en  fut  rien  :  les  cheva- 
liers qui  accouraient  pour  le  secourir,  furent  arrêtés  par  la 
nouvelle  qu'il  venait  de  conclure  la  paix  avec  le  Soudan  \ 
Les   chevaliers  cherchèrent  un   autre    champ    d'aventures  ; 


Petrus,  Cypri  rex,  Alexandriam  cepit  in  Aegypto,  magnum  opus  et 
memorabile,  nostraeque  religionis  in  immensum  amplifîcandae  funda- 
mentum  ingens,  si  quantum  ad  capiendam,  tantum  ad  servandam 
urbem  animi  fuisset  ;  qui  sibi  certe  non  defuit,  ut  faïaa  est,  nisi  quod 
comitatus  ejus,  ex  transalpinis  maxime  gentibus  collectus,  melioribus 
semper  ad  principia  rerum  quam  ad  exitus,  illum  in  medio  praecla- 
rissiini  operis  deserentes,  ut  qui  pium  regem,  non  pietate,  sed  cupi- 
ditate  sequantur,  collectis  spoliis  abiere,  piique  voti  impotem,  avari 
voti  compotes,  fecere.  » 

1.  Grandes  Chroniques,  VI,  244-5. 

2.  A  l'occasion  de  son  combat  singulier  avec  Guillaume  Bramborough 
(Cuvelier,  Cliron.  de  Du  Guesclin,  I,  65). 

3.  Cuvelier,  I,  239-40.  Cf.  Chr.  de  l'abbé  de  Laon,  ms.  franc.  10138 
(ancien  suppl.  franc.  98^^)  de  la  Bibl.  nat.,  P  174. 

4.  Mâcheras,  93  :*T3Xa6tÈp. 

5.  Gr.  Chroniques,  ibid.  ;  Mâcheras,  93. 


—  307  — 

Du  Guesclin  se  mit  à  la  tète  des  grandes  compagnies  qui  ne 
voulaient  pas  prendre  la  croix  et  passa  en  Espagne. 

La  nouvelle  n'était  que  trop  vraie.  Aussitôt  après  le  départ 
du  roi  de  Chypre,  Yalboghù  arrivait  avec  son  armée  à  Alexan- 
drie*. Il  fit  réparer  les  murs  et  les  maisons  et  saisir  les  chré- 
tiens qui  habitaient  en  Egypte,  et  en  Syrie.  Leurs  biens  furent 
pris  pour  dédommager  les  Sarrasins  de  leurs  pertes  et  servir 
au  rachat  des  prisonniers,  les  habitants  musulmans  contraints, 
par  des  tortures  môme,  à  déclarer  tout  ce  qui  appartenait  aux 
Infidèles ^  Des  Génois,  des  Vénitiens,   des  Catalans'  furent 
jetés  en  prison.    Douze  Carmes  avaient  été  arrêtés  à  Jéru- 
salem ;  onze  moururent  pendant  leur  captivité,  le  douzième 
fut  tué  secrètement  quelques  années  plus  tard.   Le  frère  An- 
toine de  Rosate,  originaire  du  comté  de  Milan,  eut  le  corps 
scié  entre    doux  planches*.   Des   ambassadeurs   allèrent  en 
Aragon  pour  demander  compte  au  roi  de  sa  participation  à 
la  croisade  \  Un  nouvel  amiral  prit  possession  d'Alexandrie, 
l'émir  Baktumar,  ancien  commandant  du  Caire  ^  pendant  que 
Kotlimboghà  était  exilé  en  Syrie  pour  n'avoir  pas  rassemblé 
le   nombre   de   soldats    qu'il   devait  entrefenir'.    Yalboghà 
déploya  une  grande  activité;  des   ordres  furent  envoyés  "en 
Syrie  pour  équiper  une  flotte  ;  on  construisit  les  petits  na- 
vires en  Egypte,  les  gros  à  Tripoli,  avec  du  bois  de  la  mon- 

^'■i'^^M^  ^^\^  pleurer  le  Soudan  pendant  trois  jours  sa  défaite  et 

nn'';^Hr'^?,'f!,''V^^.^^'""^'  "  '^'''^^'  rendu  ensuite  à  Damas 
(Lovedm,  Ihst.  des  Lusignan,  I,  410;  p.  373  de  l'originaJ  italien). 

v^\'J^J^^l'  ^h'  ^!  *^^^'  ^''  ?^.^  •  «  L°^  mercadores  subditos  y  natu- 
rales  del  rey  de  Aragon,  assi  los  Catalanes  que  residian  alla  en  sus 

RoTn"rChi;r  y^Tir  r^'^'"'''  "^^^^"   P^^^^^^^^   -^  «icilia, 

uneaîîcîennlfch^H:^""'"'""'  ^"^'  ^'^'  ^'^P^^  Mariana,  qui  cite 

Piprrp"î?'£i''-  ^?,  '^  ^'7^'*  ^"  ^Sypte,  à  cause  de  sa  parenté  avec 
P^rre  Les  ambassadeurs  trouvèrent  le  roi  à  Saragosse,  en  juin  1366 
Qmberto  de  I-enollar  et  Jazpert  de  Camplouch  se  rendirent  ensuite  en 
Egypte  pour  demander  la  délivrance  des  sujets  aragonais  et 'a  restitu- 
tion de  leurs  biens.  Ils  étaient  autorisés  à  conclure^n  nouveau  Se 
avec  e  Soudan,  auquel  ils  devaient  réclamer  le  corps  de  sainte  Barbe 
la  patronne  du  roi.  Les  marchands  furent  aussitôt  délivrés;  quant  aux 
reliques,  on  ne  put  jamais  les  obtenir  Cibid.,  fo  345)  ^ 

6.  Weil,  0.  c,  IV,  513.  ^' 

7.  Cent  chevaliers,  ibid.,  pp.  512-3. 


—  308  — 

tagne  de  Schoglan,  près  d'Autioche  ;  des  soldats  berbères 
formaient  l'équipage'.  Peut-être  pensait-on  à  rendre  leur 
invasion  aux  Chypriotes  ^ 

Ces  nouvelles  causèrent  une  véritable  consternation  à  Ve- 
nise. On  ne  s'attendait  pas  à  une  attaque  du  roi  contre 
Alexandrie,  puisqu'il  s'était  engagé,  en  partant,  à  ne  pas 
débarquer  sur  quelque  point  des  possessions  du  Soudan 
avant  la  fin  du  mois  d'octobre  ^  Leur  commerce  venait  de 
recevoir  un  grand  coup  par  ce  fait  d'armes  ;  de  plus,  l'armée 
cosmopolite  de  Pierre  P'' n'avait  guère  respecté  les  propriétés 
vénitiennes  dans  le  pillage.  Le  consul  de  la  République  même, 
André  Venier,  avait  été  dépouillé  et  maltraité  *.  D'autres  mar- 
chands souffrirent  aussi  de  grandes  pertes,  de  la  part  de  leurs 
frères  chrétiens \  Les  mesures  prises  ensuite  parle  Soudan 
avaient  épuisé  les  ressources  de  la  République,  qui  s'excusa 
envers  l'empereur  de  Constantinople  de  ne  pas  lui  avoir  ac- 
cordé de  l'argent,  à  cause  de  ces  malheureux  événements  ^ 

Le  consul  d'Alexandrie  se  présenta  donc  avec  le  nouveau 


1.  Ibid.,  p.  513.  Cf.  De  Guignes,  o.  c,  IV,  235-6.  Cent  vaisseaux 
furent  armés  dans  peu  de  temps  (Weil,  l.  c). 

2.  Yalboghâ  avait  l'intention  de  coloniser  l'île  de  Chypre  avec  des 
«  croyants  »  (An.  arabe,  î°  185).  —  La  prise  d'Alexandrie  eut  un  grand 
retentissement  en  Orient  ;  elle  fut  le  sujet  d'une  histoire  spéciale, 
qu'employa  plus  tard  le  chroniqueur  Ibn  Kadhi  Schuhbah  et  qui  est 
notre  An.  arabe  (Weil,  o.  c,  IV,  512,  note  1).  On  la  mit  en  rapport 
avec  la  légende  du  miroir  merveilleux,  placé  dans  une  des  tours,  près 
du  Vieux  port,  qui  signalait  l'arrivée  des  vaisseaux  ennemis  (Benj.  de 
Tudèle  et  Loiseleur-Deslongchamps,  Essai  sur  les  fables  indiennes, 
153,  note  ap.  E.  Gorra,  Sludi  di  critica  letteraria,  l'ologne,  1892,  p. 
267).  Le  roi,  qui  avait  échoué  dans  une  première  expédition,  reçut  les 
offres  d'un  prêtre  chrétien,  qui  lui  proposait  de  briser  ce  miroir,  si  on 
lui  donnait  comme  récompense  le  meilleur  évêché  de  l'ile.  11  simula 
une  conversion,  qu'approuva  le  pape,  obtint  la  garde  de  la  mosquée 
établie  dans  la  tour  même  et  remplit  sa  promesse.  Le  bruit  fut  terrible, 
les  Sarrasins  accoururent  de  tous  côtés,  le  prêtre  se  jeta  par  la  fenêtre 
et  se  tua,  mais  le  roi  Pierre  put  conquérir  Alexandrie  qu'il  retint  trois 
jours  et  brûla  ensuite  (Schiltberger,  119-20).  V.  sur  ce  miroir,  Yakouti 
(xv®  siècle),  dans  les  Not.  et  extraits  des  mss.  de  la  Bibl.  nat.,  II, 
423.  Le  Vieux  port  fut  dorénavant  interdit  aux  chrétiens  (Bruce, 
Travels,  I,  10). 

3.  Mas  Latrie,  dans  la  Bibl.  de  VÉcole  des  Chartes,  1873  (XXXIV), 
p.  79,  note  1.  . 

4.  Ibid. 

5.  a  Deraubati  et  damnificati  »  (ibid.). 

6.  Autant  que  par  les  dépenses  faites  en  Crète  (Caroldo,  f°  209).  Pierre 
avait  fermé  aussi  pendant  son  expédition  les  ports  de  son  île  {Sen. 
Misti,  31,  f'M13). 


-  309  — 

bailli  de  Venise  en  Chypre,  Pierre  Baseio',  pour  demander 
satisfaction.  On  lui  donna  une  réponse  que  le  sénat  qualifie 
d'  «  indécente  »  ^  :  le  roi  aurait  été  contraint  de  faire  le  serment 
dont  il  était  question,  il  avait  été  retenu  un  jour  entier  dans 
ce  but  au  port  de  Saint-Nicolas  du  Lido,  sans  pouvoir  se  pro- 
curer des  vivres  et  de  i'eau^  On  refusa  de  lui  accorder  une  jus- 
tice qui  était  assez  difficile,  à  cause  du  départ  des  étrangers 
et  des  moyens  très  réduits  dont  disposait  le  roi  lui-même. 
Ces  événements  durent  se  passer  avant  le  commencement  de 
l'année  1366. 

La  République  décida  ensuite  d'envoyer  des  ambassadeurs 
auprès  du  Soudan  pour  s'excuser  de  la  part  qu'elle  aurait 
prise  à  l'expédition,  solliciter  la  délivrance  des  prisonniers, 
la  restitution  de  leurs  biens  et  le  renouvellement  des  traités. 
Malgré  l'intervention  du  pape  qui  demanda  au  doge  par 
l'intermédiaire  de  l'évêque  de  Castello  (25  janvier  1366)  de 
favoriser  le  roi  qui  s'était  attiré  la  reconnaissance  de  toute 
la  chrétienté  par  la  prise  d'Alexandrie,  et  de  ne  pas  com- 
mencer des  négociations  sacrilèges  avec  le  Soudan*,  les 
ambassadeurs  partirent  le  29  janvier ^  Le  nouveau  doge®, 
Marc  Cornaro,  qui  ne  partageait  pas  les  sympathies  de  son 
prédécesseur  pour  les  expéditions  aventureuses,  choisit  pour 
cette  mission  difficile  Francesco  Bembo,  qui  avait  été  chargé 


1.  Sen.  Mixti.  31,  f°  113. 

2.  «  Ymo  habuerit  responsum  super  modum  non  decens  »  (Mas 
Latrie,  /.  c,  pp.  79-80).  Cf.  Sen.  Mistt,  31,  f"  125  v». 

3.  Mas  Latrie,  /.  c.  Les  Vénitiens,  qui  n'obtinrent  aucune  satisfaction 
sous  le  règne  de  Pierre  !<''•,  renouvelèrent  leurs  réclamations  après  son 
assassinat,  le  29  septembre  1370  {ihid.,  p.  79,  note  1).  De  plus,  un  mar- 
chand vénitien,  Bernard  Duodo,  fut  maltraité  par  les  Chypriotes.  Le 
Sénat  décida  de  demander  encore  une  fois  satisfaction,  en  protestant 
contre  raccusation  d'avoir  fait  violence  à  un  prince  qu'ils  reçurent 
si  bien  en  1368,  «  sicut  Majestati  régie  decuit  »  (iind.,  pp.  79-80).  On 
ignore  ce  qui  suivit. 

4.  «  Poi  che  quella  Maiestà  haveva  fatta  una  cosi  notabil  fattione  di 
pigliar  et  sacheggiar  .Messandria  con  moite  efficacissime  essortationi 
a  tal' effetto  »  (Caroldo,  f"  209  v")  ;  cf.  Commem.,  VIL  n"  251:  t.  111, 
p.  45.  Dès  le  20  nov.  1365,  la  République  ordonnait  la  restitution  des 
choses  prises  aux  chrétiens  ou  aux  Sarrasins,  pendant  les  événements 
de  Syrie  [Sen.  Misti,  31,  fo  124,  cf.  f"  125  v°  (5  déc.)]. 

5.  Lettre  de  crédit  du  doge  les  autorisant  à  faire  des  emprunts,  dans 
Mas  Latrie,  I/isl.  Ch.,  111,  p.  753.  Cf.  Caroldo,  f«209:  «  Fatta  l'Epiphania 
1365».  Cf.  Sen.  .l//s^',31,  f"  142:  on  prend  des  mesures  (2juill.)  pour 
paver  les  grands  frais  des  ambassades  envoyées  au  Caire  et  à  Avignon. 

6.  Elu  le  21  juillet  1365  (Romanin,  o.  c,  111,  229-31). 


—  310  — 

déjà  d'une  mission  à  Constantinople,  en  13G1  ',  et  Pietro 
Soranzo  \  Quelques  jours  plus  tard,  Marin  Venier,  Niccolô 
Falier  et  Giovanni  Foscarini  partaient  pour  Avignon.  Ils 
exposèrent  au  pape  la  situation  particulière  de  Venise,  qui 
n'avait  «  ni  champs,  ni  vignes,  ni  aucune  autre  possession 
que  l'exercice  du  commerce  »,  qui  décidait  de  sa  fortune  ;  si 
les  relations  avec  le  Soudan  étaient  défendues  pendant  long- 
temps encore,  la  ruine  de  Venise  ne  tarderait  pas  à  arriver. 
Ils  ne  croyaient  pas  que  l'intention  du  pape  fût  telle  et 
demandèrent  des  licences  pour  leurs  vaisseaux^  Urbain  V  en 
fut  affligé:  il  objecta  les  grands  services  rendus  par  le  roi  de 
Chypre  à  la  cause  chrétienne  et  les  succès  qu'il  pourrait 
remporter  encore  si  on  lui  donnait  du  secours  *.  Les  ambas- 
sadeurs se  plaignirent  aussi  de  la  conduite  du  roi  à  Alexan- 
drie, qu'il  pilla  et  abandonna  ensuite,  dos  pertes  que  venaient 
d'y  faire  les  marchands  chrétiens  qui  avaient  été  traités  plus 
mal  que  les  Infidèles  mêmes  ^  Cependant,  malgré  les  efforts 
des  ambassadeurs  qui  passèrent  tout  le  printemps  à  Avignon, 
le  pape,  qui  avait  reçu  des  lettres  de  la  part  de  Guy  de  Ba- 
gnolo  ®  et  d'autres  personnages  favorables  à  la  croisade  \ 
fut  inexorable.  Au  mois  de  juin  encore,  quand,  à  Venise,  on 
croyait  la  paix  déjà  conclue,  il  refusa  d'adhérer  au  traité  et 
annula  tout  ce  qui  venait  d'être  fait  au  Caire  par  les  ambas- 
sadeurs vénitiens  ^ 

Les  deux  ambassadeurs  qui  devaient  obtenir  la  paix,  par- 
tirent de  Venise  sur  une  galère  commandée  par  Victor 
Delfin,  en  même  temps  que  les  provéditeurs  de  Crète  ^  Après 


1.  Avec  Nicolas  Giustiniani.  V.  la  lettre  de  recommandation  du  doge, 
Commem.,  VI,  n»  251  ;  t.  II,  p.  322  (9  juin  1361). 

2.  Un  Soranzo  en  Egypte  en  1345  (Heyd,  Le  Colonie,  II,  209). 

3.  «  Gli  esposero  il  sito  et  condition  di  Venetia,  la  quale  non  haveva 
campi,  vigne  ne  aitra  possessione,  salvo  l'essercitio  della  mercantia, 
il  quale  quando  mancasse,  porterebbe  seco  la  rovina  délia  città  et 
Veneta  Republica,  il  chè  la  Santità  Sua  non  doveva  permetter,  che 
potesse  seguire  alli  divotissimi  figli  di  S.  Chiesa  »  (Caroldo,  f«  209  v»). 

4.  Ibid. 

5.  «  .Ma  fatto  peggio  a  christiani  »  (ibid.). 

6.  Lettre  du  doge  aux  ambassadeurs,  14  juin  1366,  dans  Mas  Latrie, 
Ilist.  Chyp.,  III,  755-6. 

7.  «  Per  alios.  »  Le  doge  demandait  leurs  noms  pour  décider  ensuite 
«  prout  exiget  honor  noster  »  (ibid.). 

8.  Ibid. 

9.  Caroldo,  f"  209. 


—  311  — 

avoir  laissé  ces  derniers  à  Candie,  ils  se  dirigèrent  vers 
Alexandrie  d'où  ils  partirent  pour  le  Caire,  avec  un  inter- 
prète \  Les  ambassadeurs  s'y  plaignirent  de  ce  qui  venait 
d'arriver  en  Egypte,  en  protestant  de  leur  innocence'.  Ils 
demandaient  la  délivrance  des  prisonniers  et  la  restitution  de 
leurs  biens;  les  anciens  traités  devaient  être  renouvelés.  Des 
présents,  dont  le  prix  s'élevait  à  quatre  mille  dinars,  furent 
offerts  aux  grands  personnages  qui  entouraient  le  jeune 
Schaban-Aschraf,  âgé  à  peine  de  quinze  ans.  La  réponse  du 
grand  amiral,  Yalboghâ,  qui  conduisait  les  affaires  pendant  la 
minorité  du  Soudan  fut  assez  dure  :  il  reprocha  aux  Vénitiens 
leur  participation  à  l'attaque  d'Alexandrie,  malgré  la  bien- 
veillance avec  laquelle  on  accueillait  leurs  marchands  ^ 
Quant  à  conclure  un  nouveau  traité,  il  désirait  s'entendre 
d'abord  avec  le  roi  de  Chypre,  son  principal  ennemi.  Les  am- 
bassadeurs se  dirigèrent  alors  vers  Limassol,  où  ils  débar- 
quèrent à  la  fin  du  mois  d'avril  \  Beaucoup  de  choses 
s'étaient  passées  en  Chypre  depuis  le  retour  d'Alexandrie.  De 
nouveaux  projets  d'expédition  avaient  été  formés  par  le  roi,  de 
nouvelles  demandes  de  secours  faites  en  Occident.  Enfin,  et 
c'est  ce  qui  décida,  en  quelque  sorte,  du  sort  de  la  croisade, 
un  des  trois  personnages  qui  avaient  travaillé  pour  la  mettre 
en  mouvement  venait  de  disparaître  :  Pierre  Thomas  était 
mort  à  Famagouste,  au  mois  de  janvier  1366. 

Le  désastre  d'Alexandrie  avait  été  un  grand  coup  pour 
ce  moine  enthousiaste  et  guerrier.  «  Si  Dieu  m'avait  puni, 
«  dit-il  en  partant,  par  la  perte  de  ma  fortune,  par  la  mort 
«  de  mes  amis,  ou  par  une  maladie  de  mon  propre  corps,  je 
«  l'aurais  souffert  avec  résignation,  mais  à  présent  je  sens 


1.  Ibid.;  Machaut,  116;  Mâcheras,  93-4. 

2.  «  Si  dolsero,  in  nome  délia  Hepublica  Veneta,  del  caso  occorso 
alla  città  d'Alessandria,  alîermando  tal  novità  esser  seguita  senza 
alcuna  intelligentia  di  Veneziani,  li  quali  non  havrebbero  havuto  ar- 
dire  di  porsi  a  tal  impresa,  sapendo  l'intentione  et  voler  délia  Republica 
Veneta,  che  al  re  di  Cypro  non  sia  prestato  in  ciù  alcun  favor,  né  con- 
siglio  »  (Caroldo,  ibid.). 

3.  «  La  risposta  sua  fù  piena  di  sdegno.  Si  doleva  di  christiani.  li 
quali  venivano  ben  trattati  nel  passe  suo  e  tutta  fiata  erano  stati  con- 
sapevoli  del  caso  seguente.  Concluse  farebbe  quello  si  convenisse  alla 
giustitia,  senza  darli  alcuna  speranza  délia  libération  loro  «  (ibid.). 

j.  Ibid.;  Machaut,  116-8;  Mâcheras, 93-5.  Cf.  DeGuignes,/.  c,  p.  235. 


-  312  — 

«  une  plaie  qui  pénètre  jusqu'à  mes  entrailles'  ».  Il  fut 
triste,  dit  Mézières,  jusqu'à  sa  mort,  qu'il  désirait  ardomment^ 
Cependant  il  continuait  sa  vie  active  :  le  roi  l'avait  chargé 
d'aller  en  Occident  avec  Philippe  de  Mézières  et  il  était  parti 
dans  ce  but  à  Famagouste,  pendant  que  son  ami  et  compa- 
pagnon  s'occupait  encore  à  Nicosie  de  l'expédition  des  lettres 
royales  \  Il  célébra  la  messe  à  Noël  dans  la  grande  église  de 
Saint-Nicolas,  se  rendant  à  pied  de  l'église  des  Carmes  à  la 
cathédrale,  malgré  le  froid  intense  qui  régnait  ce  jour-là  *.  Il 
portait  les  mêmes  habits  simples  qui  ne  pouvaient  pas  le 
défendre  contre  la  rigueur  de  la  saison. 

Aussi  fut-il  atteint  par  le  froid,  sans  qu'il  s'occupât  cepen- 
dant de  sa  maladie.  Pendant  les  fêtes  qui  suivirent,  il  officia 
encore  en  habits  pontificaux,  trop  lourds  pour  son  vieux  corps 
aff'aibli  par  les  jeûnes.  Le  samedi  suivant,  27  décembre, 
enfin,  il  alla  célébrer  la  messe  à  Sainte-Marie  de  Cana",  en 
dehors  de  la  ville,  les  pieds  nus  dans  la  boue  et  sur  la  pierre 
froide  de  l'église  ^  A  ceux  qui  le  reprenaient,  il  citait 
l'exemple  des  Pères  de  l'Église  et  continuait  ses  prières.  Il 
fut  plus  malade  le  dimanche  et  le  lundi  suivant,  sans  qu'il 
changeât  cependant  ses  habitudes.  Une  fièvre  violente  se 
déclara  le  mardi,  son  entourage  fut  effrayé,  le  voyant  si  faible 
et  si  décomposé  ;  Mézières  fut  appelé  au  chevet  de  son  ami  '. 

Il  arriva  le  mercredi,  avec  le  médecin  du  roi,  et  trouva  le 
légat  assez  bien,  contrairement  à  ce  qu'on  lui  avait  annoncé. 
Pierre  Thomas  le  rassura  sur  son  état,  l'exhortant  à  terminer 
plus  tôt  les  lettres  qu'ils  devaient  emporter  dans  leur  voyage. 
Philippe  partit  le  samedi,  8  janvier,  pour  Nicosie  ^ 

Son  ami  lui  avait  fait  cependant  de  très  curieuses  confi- 
dences, en  lui  parlant  de  ses  péchés  et  du  bon  juge  qui  devait 


1.  «  Si  me  Dominus  in  amissione  rerum  temporalium,  aut  amicorum 
morte,  aut  in  afflictione  proprii  corporis  flagellasset,  aequanimiter 
siistinerem,  sed  plagam  sentio,  quae  ad  interiora  mea  pénétrât  » 
{Vila,  1015). 

2.  Ibid.,  1017. 

3.  Ibid. 

4.  Ibid. 

5.  Leçon  de  Wadding;  «  de  Cena  »,  dans  la  VUa. 

6.  Viia,  1017. 

7.  Ibid. 

8.  Ibid. 


-  313  — 

les  lui  pardonner'.  Philippe  essaya  vainement  de  le  consoler. 
«  Va,  lui  dit  le  saint,  afin  de  pouvoir  revenir  bientôt,  car  je 
«  compte  partir  cette  semaine^  ».  Aussitôt  après  le  départ 
de  Mézières,  l'état  du  légat  devint  plus  grave:  il  connut  la 
mort,  dit  Philippe,  sans  la  craindre.  Des  nobles  de  la  ville, 
parmi  lesquels  Pierre  Malosello,  le  chambellan  du  roi,  vinrent 
le  visiter.  11  l'exhorta  à  préparer  la  galère,  car,  répéta-t-il, 
il  devait  partir  le  mercredi  prochain  ^  11  se  confessa  le 
dimanche,  avec  beaucoup  de  larmes,  à  son  confesseur, 
Arnaud  de  Solino,  puis  ordonna,  après  avoir  parlé  à  son  entou- 
rage, qu'on  le  mît  à  terre  avec  un  sac  sur  la  tête,  et  une  corde 
autour  du  cou,  bien  serrée \  Après  qu'il  eut  reçu  la  commu- 
nion, on  le  transporta  de  nouveau  dans  son  lit. 

Se  sentant  mourir,  le  patriarche  désirait  voir  celui  qui 
avait  été  pendant  si  longtemps  son  camarade  de  combat. 
«  Hélas,  s'écria-t-il,  pourquoi  le  chancelier  est-il  parti^»?Des 
visions  terribles  le  hantaient  et  il  ne  parvint  à  les  faire  dispa- 
raître qu'en  mettant  au  pied  du  lit  la  croix  qu'on  portait 
devant  lui  aux  processions.  Puis  il  dicta  son  testament,  en 
choisissant  pour  exécuteurs,  Philippe  d'abord,  puis  l'arche- 
vêque de  Nicosie  et  Bérenger  Grégoire,  le  collecteur  des 
dîmes  pontificales  ^  On  devait  l'enterrer  à  l'entrée  du  chœur, 
pour  que  tout  le  monde  piétinât  sur  son  corps  et  même,  si 
c'était  possible,  les  chiens  et  les  chèvres  '. 

Le  lundi  matin  Huguenot  de  Maymon,  le  maître  d'hôtel  du 
légat,  se  trouvait  au  chevet  du  mourant.  «  C'en  est  donc 
«  fait  de  moi,  s'écria-t-il,  selon  la  volonté  de  mon  Dieu,  et 
«  nous  n'irons  plus  jamais  ensemble  ;  appelez  mon  frère  le 
«  chancelier*».  11  eut  la  fièvre  toute  la  journée  et  sa  faiblesse 


1.  «  Frater  mi,  e^o  sum  peccator  magnus,  sed  habeo  bonum  judi- 
cem,  pium  et  misericordem,  Deum  meum,  ad  quem  recurro,  et  de 
venia  non  despero  »  (ibid.,  1017). 

2.  «  Ipsc  autem  tune  mihi  prophetice  dixit  :  Eatis,  ut  cito  possitis 
redire,  quia  omni  istaseptimana  adveniente  intendo  recedere  »  (^ibïd.) 

3.  «  Quia  die  Mercurii  omnino  recedam  »  (ibid.,  1017). 

4.  «  Ligando  et  stringendo  chordam  per  os  ejus  »  (ibid.). 

5.  De  Constantinople. 

6.  «  Berengarium  Gregorensem,  Nicosiensem  decanum  et  Papae 
collectorem  n{ibid.,  1018). 

7.  «  Ut  omnes  homines  cadaver  meum  calcare  possint  et  debeant, 
et  etiam,  si  possibile  est,  capreae  et  canes  »  (ibid.). 

8.  «  Factum  est  de  me  secundum  voluntatem  Dei  mei;    amplius 


-  314  - 

était  telle,  qu'il  essaya  vainement,  par  trois  fois,  de  réciter 
ses  heures.  Quand  la  nuit  vint,  deux  cierges  bénits  furent 
allumés  d'après  son  ordre  auprès  du  lit.  11  fît  appeler  ensuite, 
avant  le  jour,  l'évêque  de  Laodicée,  Simon,  vicaire  de  Fama- 
gouste,  qui  lui  apporta  les  saintes  huiles  ;  il  les  reçut,  couché  à 
terre,  avec  le  sac  sur  son  visage,  pendant  qu'on  lui  récitait  la 
Passion  du  Seigneur.  Il  était  vêtu  d'une  tunique  de  laine 
grossière  et  dure,  avec  un  scapulaire  de  l'Ordre  sous  la  tête.  Il 
parla  d'abord  de  choses  très  secrètes,  relatives  au  présent,  au 
passé  et  à  l'avenir,  puis,  le  délire  l'ayant  pris,  il  commença 
à  réciter  à  voix  haute  les  psaumes.  Les  assistants  observèrent 
avec  étonnement  qu'une  odeur  céleste  se  répandait  dans  la 
chambre  pendant  qu'il  priait'. 

«  Il  n'avait  plus  que  la  peau,  les  muscles  et  les  os^  ».  Il 
refusa  les  médecins  du  roi,  convaincu  que  le  Christ  seul  connais- 
sait un  remède.  Vers  le  soir  il  s'informa  encore  de  l'arrivée 
de  Philippe,  et  comme  on  lui  donnait  une  réponse  négative,  il 
s'écria:  «  Je  l'ai  attendu  longtemps,  je  l'attendrai  encore  deux 
«  heures'*  ».  Il  bénit  Jacques  des  Rossi  qui  était  venu  le  voir, 
puis  il  demanda  de  nouveau  si  le  chancelier  n'était  pas  venu. 
Il  ne  devait  pas  tarder,  lui  répondit-on.  «  Laisse-moi  me 
«  reposer  un  peu,  dit-il,  puisque  je  n'attends  que  le  chance- 
ce  lier*  ». 

Philippe  arriva  enfin  à  Famagouste,  une  demi-heure  avant 
le  coucher  du  soleil.  Le  chapelain  Geoffroi  réveilla  le  mou- 
rant, en  lui  annonçant  la  présence  de  son  ami  :  «  Mon  père, 
«  voici  le  chancelier.  »  «  Et  lui,  qui  agonisait  déjà,  étendit 
vers  moi  sa  main  droite  et  prenant  la  mienne,  il  me  parla  sai- 
nement et  longuement  sur  beaucoup  de  choses,  comme  s'il 
n'était  pas  malade  '"  ».  Philippe  quitta  la  chambre  un  moment. 


non  ibimus  simul.  Mandetis,  mandetis  pro  fratre    meo  cancellario  » 
(ibid.). 

1.  Carmesson,  p.  94;  Vita,  1018-9. 

2.  «  Non  erat  illi  nisi  cutis,  nervi  et  ossa  »  (Vita,  1019). 

3.  «  Egodiuexpectaviipsum...  Adhucexpcctaboeum  perduas  horas  » 
(ihid.)  Et  Philippe  ajoute  :  «  Tantum  enim  in  Deum  meum  me  indi- 
gnum  diligebat,  sicut  animam  suaiu  »  (ibid.).  Cf.  Carmesson,  96-7. 

4.  «  Modo  dimittas  me  aliquantulum  requiescere,  quia  non  expcc- 
tabo  aliud  nisi  ipsum  cancellarium  »  (Vita,  l.  c). 

5.  «  Ipse  vero  in  extremis  laborans,  et  jam  manibus,  brachiis  et 
tibiis  mortificatis,  me  respiciens,  statim  manum  suam  dexteram  de 


-  315  — 

d'après  la  demande  du  prélat,  pour  donner  des  ordres  :  quand 
il  revint,  les  membres  de  ce  dernier  étaient  glacés.  «  C'est 
«  l)ien,  c'est  bien  »,  répondit-il  à  ses  paroles.  Puis  il  tomba 
dans  une  immobilité  complète  ;  il  mourut  vers  la  seconde 
heure  de  la  nuit,  ayant  le  chancelier  à  ses  côtés  (6  janvier 
1366'). 

Le  cadavre  fut  exposé,  vêtu  de  l'habit  de  l'Ordre,  dans  le 
chœur  de  l'église  des  Carmes  et  la  popularité  du  prélat  était 
si  grande  à  Famagouste,  que  toute  la  ville,  sans  distinction 
do  nationalités,  se  rassembla  pour  assister  à  ses  funérailles  ^ 
Raymond,  archevêque  de  Nicosie,  célébra  l'office  des  morts, 
devant  une  foule  immense.  Jean  Carmesson,  ministre  des 
Mineurs,  originaire  d'Aragon,  se  leva  alors  et  prononça  «  un 
«  admirable  discours,  au  grand  étonnement  de  tous  les  assis- 
ce  tants  ».  Il  donna  au  défunt  le  titre  de  saint,  que  l'Eglise 
devait  lui  accorder  plus  tard,  et  confessa  à  Mézières  que  cette 
inspiration  lui  était  venue  par  miracle*. 

Philippe  lui-même  pleura  à  cette  occasion  la  mort  de  celui 
qui  avait  été  pour  lui  un  père  et  un  maitre.  Il  parla  dans  son 
discours  émouvant  de  ses  relations  étroites  avec  ce  prélat 
pieux  et  enthousiaste  qui  lui  avait  ouvert  un  monde  nouveau. 
Il  rappela  les  premiers  temps  de  leur  amitié,  les  lettres 
que  lui  adressait  son  père,  les  paroles  enflammées,  qui 
produisaient  une  si  profonde  impression  sur  sa  raison.  Il 
déplore  dans  des  termes  douloureux  la  perte  de  celui  qui  avait 
daigné  devenir  son  ami.  Quant  au  roi,  cette  perte  est  im- 
mense pour  lui,  plus  grande  même  que  celle  d'Alexandrie. 
C'est  son  bras  droit  coupé  par  la  mort'  :  il  n'ira  plus  avec  lui 
dans  cet  Occident  si  indifférent  à  leurs  prières,  voyageant 
et  demandant  du  secours.  Le  légat  ne  sera  plus  à  ses  côtés, 
pour  l'aider  à  recouvrer  son  héritage  glorieux.   «  Et  nous, 


lecto  extraxit  et,  manum  meam  accipiens,  mihi  sane  et  diu  locutus  est 
non  pauca  verba...  quasi  non  esset  infirmus  »  (Jbid.,  1019-20). 

1.  Ibid.  Une  femme  vit  pendant  la  nuit,  dit  Mézières,  un  rayon  des- 
cendre sur  la  dépouille  du  légat. 

2.  Ibid. 

3.  «  Mirabilem  sermonem  fecit  in  stuporem  omnium  audientium  » 
(Vïto,  1021). 

4.  «  Certe  manus  sua  dextra  est  abscisa  »  (Lettres,   Bibl.  de  l'Ar- 
senal, 499,  fo  138  v°). 


—  3.16  — 

«  Chypriotes,  déplorant  avec  le  roi,  notre  seigneur,  la  mort 
«  de  celui  qui  nous  aimait  et  nous  défendait  avec  fidélité,  pleu- 
«  rons  devant  Dieu,  qui  nous  a  créés,  implorant  et  suppliant 
«  notre  Seigneur  et  Sauveur,  qui  nous  avait  donné  un  chef 

«  pour  faire  de  bonnes  actions  et  délivrer  Jérusalem de 

«  nous  accorder  dans  ce  monde,  en  continuant  le  passage,  la 
«  vue  des  gloires  de  Jérusalem  et,  par  ses  suffrages,  la  vie 
«  éternelle,  dans  l'autre'  ». 

Le  saint  fut  enterré  dans  l'église  même  des  Carmes  ; 
plus  tard ,  on  le  transporta  dans  un  tombeau  recouvert 
d'une  dalle  de  marbre  ^  sur  laquelle  fut  gravée  une  dé- 
testable épitaphe,  composée  par  Jean  d'Hildesheim\  Il  ne 
tarda  pas  à  opérer  des  miracles  ;  de  grands  personnages, 
l'évêque  de  Laodicée,  Jean  et  Thomas  de  Montolif,  Garât,  le 
bailli  de  la  reine  Alix,  des  marchands  de  Famagouste,  des 
Grecs  et  des  Nestoriens  même  lui  durent  leur  guérison  ;  on 
donnait  son  nom  aux  enfants  dont  la  naissance  était  due  à 
son  intervention  ^.  On  remarqua  avec  étonnement  que  ses 
membres  étaient  flexibles  au  moment  de  la  seconde  inhu- 
mation ~'. 

Mézières  s'en  émut;  il  demanda  au  roi  une  enquête  sur  ces 
miracles  :  elle  eut  lieu  vers  la  fin  du  mois  d'avril  et  le  procès- 
verbal,  rédigé  devant  Carmesson,  le  futur  biographe  du  saint, 
un  employé  de  la  chancellerie,  un  frère  mineur  et  trois  autres 
clercs,  nous  a  été  conservé  à  la  fin  d'une  des  Vies  de  Pierre 
Thomas  ^  Puis,  quand  les  dépositions  des  témoins  furent 
complètement  recueillies,  on  décida  d'ouvrir  le  sépulcre  pour 


1.  Ihid.  C'est  la  fin  du  discours  qui  paraît  avoir  été  prononcé  à  l'en- 
terrement même  du  prélat,  ainsi  que  le  montre  le  ton  général  qui  y 
règne,  le  nunc  ipsum  perdidit,  qu'il  emploie  en  parlant  de  la  mort  de 
son  ami,  Vamen,  trois  fois  répété,  qui  le  termine.  L'enterrement  eut 
lieu  le  12  janvier. 

2.  Viln,  1021  ;  Carmesson,  100-101. 

3.  «  Epitaphii  loco  haec  duo  inculta  carmina  a  di.scipulo  Joanne  Hil- 
densheimensi  incisa  referuntur  : 

Virgo  virum  rege  virgineum,  qui  virginis  almae 
Conspicuum  titulum  gerit.  huic  sibi  da  loca  palmae,  » 

(Wadding,  Vita,  77,  note  16). 

4.  Carmesson,  90-101. 

5.  Ibid.,  101. 

6.  La  vie  écrite  par  Carmesson.  Le  procès-verbal  a  été  reproduit 
dans  l'édition  du  père  Daniel  de  Sainte- Marie. 


~  317  — 

se  rendre  compte  de  l'état  du  corps.  Le  chancelier  se  présenta 
à  l'église  dans  l'après-midi  du  8  mai.  Le  ministre  des  frères 
mineurs,  Carmesson',  et  le  frère  Dominique  Lostène^  pro- 
vincial des  Carmes  de  Chypre,  assistèrent  à  la  cérémonie. 
«  Le  corps  fut  trouvé,  dit  le  procès-verbal,  parfait  et  entier, 
«  les  membres  flexibles  comme  auparavant,  les  chairs  molles  et 
«  les  muscles  sans  rigidité  ;  il  était  seulement  quelque  peu 
«  noirci  et  une  odeur  humide,  comme  celle  qui  s'échappe  des 
«  souterrains  ou  des  maisons  fermées,  sortait  de  son  corps  ^  ». 
On  appela  alors  Bérenger  Grégoire,  Jacques  des  Rossi,  Guil- 
laume de  Mézières,  frère  du  chancelier,  ainsi  que  plusieurs 
autres  clercs  des  deux  confessions  ;  un  frère  Carmélite  fît 
mouvoir  les  membres  du  saint  devant  l'assistance,  en  élevant 
les  mains  jusqu'à  la  tête*.  Puis  le  procès-verbal  fut  rédigé 
par  maître  Jean  de  Cosenza^  notaire  public  et  secrétaire  de 
l'évêque  de  Famagouste,  et  le  corps  définitivement  inhumé 
dans  le  chœur  de  l'église'*. 

Philippe  de  Mézières  se  trouvait  donc  en  Chypre  dans  les 
premiers  jours  de  mai  1366.  11  se  préparait  à  partir  pour 
une  nouvelle  expédition  quand  les  ambassadeurs  vénitiens  se 
présentèrent  à  Nicosie  (avril  1366). 

Ils  trouvèrent  la  flotte  chypriote  prête  à  partir.  Une  pre- 
mière expédition  se  préparait  dès  le  commencement  du  prin- 
temps ".  Brémont  de  la  Voulte,  devenu  chambellan  du  roi  de 
Chypre,  devait  attaquer  les  émirs  de  l'Asie  Mineure  avec  trois 


1.  «  Fr.  Joanne  Carmessonio,  ministre  Ord.  FF.  Minorum  Terrae 
Sanctae  »  (ibid.,  p.  97). 

2.  Ibid.,  p.  S'i  :  «  et  paucis  aliis  discretis  personis  »  (p.  101). 

3.  «  Inventum  est  corpus  ejus  perfectum  et  integrum  et  membra 
ejiis  ductilia  et  flectibilia  sicut  ante,  quando  ut  praedicitur  inhumatus 
jacebat,  et  carnes  ejus  molles  et  nervi  tractabiies,  sicut  prias,  excepte 
quod  ad  nigredinem  declinabat  et  de  vestibus  ejus,  ut  creditur,  proce- 
debat  aliquis  odor  reumaticus,  per  modum  carceris  seu  domus  sub- 
teraneae  vel  inclusao  »  (ihid.,  100-101). 

4.  Ibid.,  p.  102. 

5.  «  Quibus  praemissis  interfui  ego  magister  Joannes  de  Lusentia 
(sic),  notarius  publicus  imperialis  et  scriba  episcopalis  Curiae  Fama- 
gustanae...  »  (ibid.,  102).  Le  Catahgus  sanctorum  fralrum  ordinis 
bcale...  Marie  de  Monte  Carmeli,  Bibl.  nat.,  lat.  5615  (cité  dans  les 
Arch.  de  l'Or,  lat.,  Il,  139),  reproduit  cette  signature  de  notaire  qui 
est  appelé  «  Johaimes  de  CuUencia  »  (f»  146). 

6.  Sur  la  béatification,  Carmesson,  114-5. 

7.  Machaut,  114. 


—  318  — 

galères.  L'expédition  ne  réussit  pas  cependant;  la  flotte,  sur- 
prise par  une  tempête,  put  revenir  à  peine  dans  le  port  d'où 
elle  était  partie  \  Une  nouvelle  flotte  fut  équipée  vers  le 
25  avril  ^  :  elle  était  composée  de  25  vaisseaux  sous  le  com- 
mandement de  Jean  de  Moustry,  le  nouvel  amiral  de  Chypre, 

«  chevaliers...  preues  et  loiaus, 
Et  homme  de  très  bon  affaire  •'.  » 

Le  but  de  cette  seconde  expédition  était  l'attaque  do  Beyrouth, 
qui  appartenait  au  Soudan  \  La  flotte  attendait  à  Famagouste 
le  signal  du  départ. 

Les  ambassadeurs,  arrivés  à  Nicosie,  exposèrent  au  roi  ce 
qu'ils  venaient  d'apprendre  au  Caire.  Une  expédition  en  Syrie 
amènerait  des  représailles  contre  les  chrétiens  captifs''.  Ils 
lui  conseillèrent  de  faire  la  paix,  que  désirait  le  Soudan  ^ 
Pierre  lui-môme  était  assez  disposé  à  conclure  un  traité  ou  à 
arrêter  au  moins  pour  quelque  temps  l'attaque  menaçante  des 
Sarrasins.  L'Occident  ne  lui  avait  pas  donné  de  secours,  et  les 
nouvelles  d'Egypte  étaient  mauvaises.  L'Arménie,  qui  devait 
tomber  l'année  suivante  au  pouvoir  dos  Sarrasins,  avait  été 
attaquée  par  les  armées  du  Soudan  :  les  habitants  s'étaient 
enfuis  dans  l'île  de  Métélin  et  ensuite  dans  celle  de  Lango, 
où  ils  furent  reçus  par  les  Hospitaliers  ^  On  croyait  prochaine 
l'attaque  contre  les  îles  de  Chypre  et  de  Rhodes.  Le  Soudan 
avait  invité  les  émirs  d'Asie  à  ne  plus  permettre  aux  chré- 
tiens de  se  ravitailler  sur  leurs  territoires  :  une  grande  union 
de  tous  les  musulmans  devait  arrêter  pour  toujours  les  inva- 
sions des  croisés.  Cent  vaisseaux  furent  construits  en  Syrie 


1.  Machaut,  pp.  111-4. 

2.  Mâcheras,  94.  Cf.  Machaut,  114. 

3.  Machaut,  ibid. 

4.  Mâcheras,  /.  c.  Machaut  déclare  le  but  de  l'expédition  inconnu 
(p.  114). 

5.  Machaut,  118-9. 

6.  Discours  de  Philippe  à  Venise  (ms.  499  de  l'Arsenal,  f"*  138  v»  et 
suiv.):  «  ad  presenciam  régie  Magesta[ti]s  venerunt  et  concordiam  ex 
parte  soldani,  aliqua  offerentes,  domino  régi  obtulerunt  gloriose  ac 
prudentissime,  multis  atque  diversis  argumentis  dominum  regem 
inducendo  ut  concordia[m]  vellet  acceptare.  »  Cf.  Mâcheras,  95.  Ils  lui 
auraient  offert  même  de  l'argent,  d'après  ce  dernier  {ibid.). 

7.  Bosio,  Sloria  del  sacro  mil.  ord.  di  S.  G.  Geros.,  II,  70.  Cf.  Maa 
Latrie,  /'/^e  de  Chypre,  303-5. 


—  319  — 

et  en  Egypte,  et  un  grand  nombre  d'Infidèles  se  réuniront  pour 
enfermer  l'équipageV  Déjà  des  pirates  apparaissaient  dans 
les  eaux  de  Chypre  et  faisaient  des  descentes  sur  les  côtes  ^ 
Le  Grand-Maître,  effrayé  par  ce  danger  qui  pouvait  devenir 
morteP,  avait  demandé  à  tous  les  officiers  de  l'Ordre  en  Occi- 
dent d'envoyer  les  sommes  qu'ils  retenaient  encore''.  Soixante 
chevaliers  devaient  s'embarquer  à  Marseille,  sous  le  comman- 
dement du  maréchal  Dragonnet  de  Montdragon,  pendant  que 
quarante  autres  se  dirigeraient  vers  Venise.  Bertrand  de 
Boison  et  frère  Martin  de  Gubbio  furent  chargés  d'aller  à 
Naples  pour  acheter  des  chevaux  et  envoyer  les  chevaliers 
qui  s'y  trouvaient,  à  Rhodes  \  On  demanda  4,000  florins  au 
frère  Arnaud  de  Bernard-Éverard,  procurateur  des  contrées 
d'outremer.  Des  armes  et  des  engins  furent  achetés  à 
Pavie^  Le  roi  lui-même  s'était  hâté  de  fortifier  ses  châteaux 
en  revenant  en  Chypre. 

Sans  renoncer  pour  toujours  à  ses  projets  de  conquête, 
Pierre  P''  jugea  utile  cependant  d'apaiser  pour  le  moment  les 
Sarrasins,  jusqu'à  l'arrivée  de  nouvelles  forces.  11  reçut  avec 
bienveillance  les  propositions  des  ambassadeurs  et  les  re- 
mercia de  leurs  efforts'.  La  reconnaissance  qu'il  devait  à  la 
République  lui  faisait  un  devoir,  disait-il,  d'écouter  ses  con- 
seils*. Moustry  reçut  de  nouveaux  ordres,  d'après  lesquels  il 
devait  se  diriger  vers  Candelore,  dont  l'émir  s'était  révolté 
pendant  son  absence.  Quant  à  l'autorisation  de  traiter  en  son 
nom  que  demandaient  les  Vénitiens,  il  déclara  ne  pouvoir  pas 
formuler  ses  conditions  avant  l'arrivée  des  ambassadeurs  du 


1.  Lettre  du  Grand  Maître  à  Hugues  de  Gozon,  prieur  de  la  Selve, 
1  mars  1360  (dans  les  Arch.  de  l'Or,  lai.,  1,  391-2).  Le  Soudan  avait 
envoyé  deux  ambassadeurs  en  Syrie  :  il  oiï'rait  aux  émirs  des  avan- 
tages commerciaux,  dans  ses  ports  (ilnd.) 

2.  Lettre  d'Urbain  V  au  roi  de  Hongrie,  1  juillet  1366,  ap.  Rinaldi, 
XXVI,  133;  Theiner,  Mon.  Jlung.,  Il,  74-5. 

3.  «  Pcriculum  gravissimum  (Dec  placeat  non  ultiraum  extermi- 
nium)  )),  Arch.  Or.  lai.,  l.  c. 

4.  Lettre  au  procurateur  général  de  l'ordre,  20  mars  1366,  Paoli, 
n,  95-6  :   «  Nostra  tanta  et  tam  periculosa  nccessitate  attenta  »  {ibid.). 

5.  Arch.  Or.  lat.,  l.  c. 

6.  Bosio,  0.  c,  11,  69-70. 

7.  Mézières,  Leltres,  L  c. 

8.  Mâcheras,  /.  c. 


—  320  — 

Soudan  lui-même*.  Les  envoyés  vénitiens  se  dirigèrent  vers 
l'Egypte,  pour  y  annoncer  cette  bonne  nouvelle. 

Aussitôt  après  leur  départ  la  flotte  quitta  Famagouste.  Des 
vaisseaux  sarrasins  se  trouvant  sur  son  chemin,  prêts  à  partir 
pour  le  Caire,  ils  furent  attaqués  et  brûlés  par  les  jeunes 
gens  qui  équipaient  les  galères  chrétiennes,  malgré  les  ordres 
contraires  de  l'amiral.  L'action  eut  lieu  près  de  Candelore  ou 
Alaïa,  grande  ville  commerciale  dont  l'émir  s'était  soumis  au 
roi  de  Chypre  en  1361,  après  la  prise  de  Satalie.  Le  port  fut 
pris  facilement,  et  les  vainqueurs  passèrent  même  les  fossés 
qui  défendaient  le  château,  espérant  le  prendre  d'assaut.  Ils 
ne  réussirent  pas  cependant  à  déloger  les  Turcs,  qui  leur 
jetaient  des  flèches  avec  leur  habileté  ordinaire  ^  Les  chré- 
tiens ne  tardèrent  pas  à  s'enfuir  vers  le  rivage  :  Jacques  des 
Rossi  et  Mézières,  avec  quelques  soldats,  résistèrent  seuls 
pendant  quelque  temps  aux  Infidèles.  Les  vaisseaux  du  sei- 
gneur de  Monavgat  furent  cependant  brûlés.  La  flotte  revint 
ensuite  à  Famagouste,  où  le  roi  ordonna  des  processions  et 
des  actions  de  grâces  à  la  Vierge  et  à  Dieu  ;  elle  devait  se 
tenir  prête  pour  une  nouvelle  expédition,  qui  ne  partit  que 
vers  le  commencement  de  l'année  prochaine  ^ 

Les  Vénitiens  étaient  allés  au  Caire  et  avaient  exposé  au 
Soudan  les  intentions  pacifiques  du  roi  de  Chypre.  Deux 
grands  seigneurs  sarrasins,  «  les  plus  notables  de  sa  court  », 
furent  envoyés  pour  apprendre  les  intentions  du  roi;  trois 
autres  dignitaires  les  accompagnaient.    Les  ambassadeurs, 


1.  Machaut,  121  : 

. . .  trop  seroit  chose  sauvage 
De  traitier  à  vous  qui  n'avez 
Point  de  pooir,  bien  le  savez, 
Et  sans  doubte,  se  je  voie 
Gens  de  par  lui,  je  traiteroie. 

2.  Ms.  499  de  l'Arsenal,  f°  151  (lettre  de  Philippe  à  Bonifacedes  Lupi): 
«  christianis  castrum  de  Candelor  debellantibus,  magnanimus  Jacobus 
firmiter  stetit,  nec  tela  Turchorum  timuit,  artem  sue  milicie  demons- 
trando  ac  viriliter  dimicando.  Strenuitatem  (s/e)  ejus  non  defuit  nec  la- 
tuit  :  nostris  etenim  importune  terga  vertentibus,  meis  oculis  videntibus, 
quasi  solus  Jacobus  firmiter  stetit.  non  tela  Turchorum  timuit,  artem 
sue  milicie  demonstrando.  »  V.  dans  le  même  ms.  de  l'Arsenal,  f"^  153- 
3  v°,  la  réponse  de  Boniface  des  Lupi.  Padoue,  1^''  novembre  (1369). 
V.  sur  ce  personnage  Verci,  Storia  dclla  marca  trivigiana,  XIV,  62  et 
Pétrarque,  Senilia,  XIII,  2. 

3.  Machaut,  120-2;  Mâcheras,  94-6.  Cf.  Bustron,  263,  Amadi,  414. 


—  321  — 

Toqboghà,  grand  amiral  et  gladius  legu,  et  son  camarade, 
le  renégat  génois  Nasareddin,  que  les  lettres  du  Soudan  dé- 
clarent «  noble,  sage  et  discret  »  ',  arrivèrent  à  Famagouste^ 
sur  les  galères  vénitiennes,  le  dimanche  31  mai  1366  ■'.  Ils 
entrèrent  à  Nicosie  avec  les  Vénitiens  le  2  juin  et  furent  ins- 
tallés dans  la  maison  du  seigneur  do  Sur,  qui  avait  été  pré- 
parée pour  les  recevoir''.  Le  roi  leur  accorda  une  audience  et 
ils  s'y  rendirent  aussitôt  dans  de  riches  habits  de  «  dras  de 
soie  »  qui  faisaient  l'admiration  des  Chypriotes  ^  Arrivés  au 
palais,  ils  présentèrent  au  roi  une  lettre  d'Yalboghâ,  régent  de 
l'empire  sarrasin  pendant  la  minorité  du  jeune  soudan,  Scha- 
ban-Aschraf.  Le  «  très  haut  roi"  »  Yalboghà  recommandait  au 
«  lion  victorieux  »,  «  ami  do  l'empereur  et  des  rois  et  justicier 
de  son  pays  »,  les  deux  ambassadeurs,  en  lui  annonçant  les 
pleins  pouvoirs  qu'il  avait  donnés  à  Toqboghà.  Il  était  heu- 
reux de  conclure  la  paix  et  demandait  qu'on  lui  envoyât  au 
Caire  une  mission  chypriote". 

Le  roi  leur  parla  avec  bienveillance,  tout  en  leur  reprochant 
de  retenir  son  héritage,  d'avoir  jeté  en  prison  les  marchands 
chrétiens,  dont  ils  avaient  confisqué  les  biens,  de  rançonner 
les  pèlerins.  Il  espérait  que  ces  abus  cesseraient,  car  «  li 
mundes  doit  estre  communs*  ».  Ensuite  il  leur  donna  par  écrit 
ses  demandes  «  moyennes,  petites  et  grandes"  »,  demandes 
que  Machaut  n'énumère  pas  '"  et  qui  se  trouvent  résumées 
d'une  manière  très  complète  dans  un  fragment  historique  se 
trouvant  parmi  les  lettres  de  Philippe  de  Mézières".  Le  roi 

1.  «  Nobilem  et  sapientem  et  discretum  Nassarheldin  quem  Deus 
conducat  »  (trad.  de  la  lettre  dans  le  ms.  499  de  l'Arsenal,  f""'  \\1  v» 
et  suiv.). 

2.  «  In  Famagosta  »  (ibid.).  Cf.  Mâcheras,  96  (et  non  à  Limassol, 
Machaut,   124). 

3.  Jour  de  la  Trinité,  ms.  cité.  Mâcheras  donne  la  fausse  date  de 
27  mai. 

4.  Mâcheras,  l.  c.  C'était  la  maison  de  Jean  de  Sur,  qui  n'était  pas 
prince  cependant  (v.  la  traduction  ;  -/upou  —  seigneur,  dans  l'original). 

5.  Machaut,  124. 

6.  «  Rex  altissimus  Yelbongua  »  (ms.  cité). 

7.  Ihid. 

8.  Machaut,  125. 

9.  Ibid. 
10.  Ibid. 

«  Que  je  n'ay  pas  encore  escript, 
Car  trop  lonc  en  seroit  l'escript.  » 
11.11  contient  la  lettre  de  Yalboghà,  datée  du  6  de  Ramadhan  767(17  mai 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  21 


—  322  — 

demandait,  tout  en  réservant  l'assentiment  du  pape,  la  resti- 
tution entière  du  royaume  de  Jérusalem,  son  héritage,  et  la 
délivrance  des  chrétiens  captifs,  qui  recevraient  les  biens 
qu'on  leur  avait  confisqués.  Le  Soudan  ne  devait  pas  admettre 
dans  ses  ports  les  ennemis  du  roi  et  leur  fournir  des  vivres  ; 
il  devait  les  livrer  même  aux  Chypriotes,  s'ils  venaient  à  se 
présenter  dans  ses  possessions.  Les  marchands  chypriotes  et 
leurs  facteurs  seraient  exemptés  de  payer  tout  droit  de 
douane'. 

Les  ambassadeurs  trouvèrent  naturellement  les  demandes 
du  roi  exorbitantes;  ils  objectèrent  l'insuffisance  de  leurs 
pouvoirs,  surtout  en  ce  qui  concernait  la  restitution  du  royaume 
de  Jérusalem.  Ils  le  prièrent  d'envoyer  lui-même  des  pléni- 
potentiaires au  Caire  pour  y  faire  connaître  ces  conditions  ^ 
Le  roi  acquiesça  à  leurs  demandes  :  deux  Catalans,  Jean  d'Al- 
fonso,  juif  baptisé  et  Georges  Syati  va,  et  Paul  de  Bologne'',  furent 
chargés  des  négociations.  «  Un  très  bon  clerc,  maistre  en  de- 
crez,  »  nommé  Antoine^,  fut  chargé  de  mettre  par  écrit  ses 
propositions,  qu'il  ne  consentirait  jamais  à  changer.  Les  re- 
commandations qui  furent  données  aux  envoyés  chypriotes,  à 
cette  occasion,  sont  inimaginables.  Us  devaient  ne  céder  sur 


1366),  la  réponse  écrite  du  roi  et  ses  instructions  très  curieuses  données 
aux  ambassadeurs. 

1.  Ibid. 

2.  Ibid. 

3.  Que  Mâcheras  qualifie  de  notaire.  V.  pp.  95-6  et  p.  400  du  prés.  ouvr. 
11  y  a  une  très  grande  différence  entre  les  récits  de  Machaut  et  ceux  du 
chroniqueur  chypriote  sur  le  fait  de  ces  négociations.  Le  premier  ne 
mentionne  que  la  mi.ssion  d'Antoine  qui  serait  revenu  sans  résultat,  ce 
qui  amena  la  reprise  des  hostilités.  Nous  avons  suivi  le  récit  de  Mâcheras 
qui  en  admet  deux  de  la  part  du  roi  et  un  nouvel  envoi  d'ambassadeurs 
sarrasins  :  on  sait  que  ce  chroniqueur  employa  des  pièces  d'archives, 
tirées  de  la  chancellerie  royale.  La  version  de  Machaut  expliquerait 
cependant  assez  bien  le  manifeste  de  Pierre  I"",  daté  du  22  juin  1366, 
où  il  annonce  son  intention  de  recommencer  la  guerre  en  août.  Deux  ou 
même  trois  missions  étaient  difficilement  possibles  entre  le  4  ou  5  juin, 
date  probable  du  départ  des  émirs,  et  le  22.  Il  ne  faut  pas  oublier 
cependant  le  peu  de  sériosité  de  ces  négociations  interminables. 

4.  Machaut,  126,  127  :  «  qui  a  nom  Anthoine.  »  M.  de  Mas  Latrie 
serait  disposé  à  l'identifier  avec  Antoine  de  Bergame,  qualifié  «  artis 
medicine  professer,  canonicus  Paphensis  »  en  1378,  «  artium  et  medi- 
cine  doctor  »  en  1389  et  «  regni  Cypri  provisor  »  en  1390  {Ilist.  de 
Chi/pre,  II,  pp.  372,  418,  421);  il  était  chambellan  du  roi  quand  il 
mourut  en  1393.  M.  de  Mas  Latrie  a  retrouvé  sa  tombe  à  Nicosie,  dans 
la  mosquée  arabe  d'Achraet  (<6îrf.,  p.  418,  note  1;  cf.  Vile  de  Chypre, 
pp.  364-5). 


—  323  — 

aucun  point  et  rendre  les  Sarrasins  responsables  de  la  guerre 
qui  allait  éclater  s'ils  refusaient  d'admettre  les  demandes. 
Enfin,  puisque  les  grands  massacres  répugnaient  au  cœur 
sensible  du  roi,  ils  devaient  leur  offrir  un  combat  singulier 
de  mille  contre  mille,  de  cent  contre  cent  ou  de  dix  contre 
dix,  qui  déciderait  de  la  possession  du  royaume  de  Jéru- 
salem. Du  reste,  si  Yalboghà  se  croyait  en  état  de  combattre 
pour  sa  foi  et  son  pays,  Pierre  P"'  lui  offrait  de  vider  ensemble 
leur  querelle  \ 

De  grands  tournois  furent  ordonnés  ensuite,  et  les  Sarra- 
sins admirèrent  les  savantes  joutes  des  chevaliers  chrétiens. 
Enfin,  après  s'être  suffisamment  émerveillés 

«  Coment  il  ne  s'entretuoient  ^,  » 

ils  pensèrent  à  partir.  Une  galère  chypriote  fut  armée  pour 
les  envoyés  du  roi;  les  autres  s'embarquèrent  sur  les  vais- 
seaux de  Venise  ^ 

Le  Soudan  les  reçut  très  bien  au  Caire,  quoiqu'il  fût  étonné 
des  demandes  du  roi.  Ainsi  que  ce  dernier,  Yalboghà  n'avait 
pas  l'intention  sérieuse  de  conclure  une  paix  avec  son  voisin  ; 
son  seul  but  était,  paraît-il,  de  gagner  du  temps.  Les  ambas- 
sadeurs furent  renvoyés  avec  une  réponse  bienveillante  :  le 
Soudan  ne  devait  pas  tarder  à  donner  à  ses  émirs  les  pou- 
voirs nécessaires  pour  s'entendre  avec  le  roi*.  Les  ambassa- 
deurs vénitiens  et  le  consul  d'Alexandrie,  André  délie  Grazie, 
crurent  la  paix  déjà  conclue  ^;  Pierre  Soranzo  et  François 
Bembo  en  avertirent  le  Sénat,  puis  revinrent  à  Venise,  où, 
dès  le  30  mai,  la  querelle  aveô  le  Soudan  était  considérée 
comme  terminée ^  Un  firman  venait  même  de  décider  la  dé- 
livrance des  sujets  de  la  République  et  le  renouvellement  des 
anciens  traités''. 


1.  Ms.  cité. 

2.  Machaut,  /.  c. 

3.  Mâcheras,  96. 

4.  Ibid. 

5.  Caroldo,  f"  211.  V.  sur  le  nom  du  consul,  Cotnmem.,  VII,  n»  268; 
t.  111,  p.  48.  Le  consul  précédent,  Giovanni  Badoer,  était  revenu  à  \e- 
nise  vers  le  mois  d'août  1365  (Arch.  de  Venise,  Libi'o  Xovella,  1°  101). 

6.  Caroldo,  l.  c. 

7.  Cominem.,  VII,  n»  268;  t.  III,  p.  48  (traduction  en  dialecte  véni- 
tien, date  indécise,  —  première  moitié  de  l'année  1366,  probablement 


—  324  — 

La  joie  fut  grande  à  Venise  :  des  lettres  furent  envoyées 
à  Gènes  pour  y  annoncer  l'heureuse  nouvelle  ';  dès  le  6  juin, 
ses  ambassadeurs  à  Avignon  furent  avertis  de  ce  succès  diplo- 
matique; ils  devaient  faire  connaître  au  pape  le  but  unique- 
ment commercial  du  traité  et  demander  des  licences  aposto- 
liques pour  les  marchands.  Des  ambassadeurs  sarrasins  étaient 
partis  déjà  pour  l'île  de  Chypre,  les  négociations  continuaient 
à  Rhodes,  tout  dépendait  du  roi  Pierre,  qui  ne  devait  pas 
tarder  non  plus,  croyait-on,  à  faire  sa  paix  avec  le  Soudan ^ 

Bien  que  les  choses  eussent  pris  cet  aspect  pacifique,  le  roi 
de  Chypre  n'avait  pas  abandonné  cependant  ses  projets  de 
croisade.  Il  connaissait  assez  bien  les  mœurs  politiques  des 
Sarrasins  pour  ne  pas  se  faire  d'illusions  sur  cette  paix 
qu'on  se  représentait  prochaine.  La  flotte  de  Candelore  atten- 
dait encore  dans  le  port  de  Famagouste;  Jean  de  Sur  travail- 
lait à  Gênes  et  à  Avignon;  Mézières  reçut  enfin  l'ordre  d'aller 
à  Venise,  puis  dans  l'Europe  entière,  pour  préparer  une  nou- 
velle expédition. 

Il  partit  vers  la  fin  du  mois  de  juin,  portant  avec  lui  des 
lettres  du  roi,  datées  de  Famagouste,  le  22  du  même  mois. 
Pierre  I"  annonçait  à  tous  ses  frères  chrétiens  son  intention 
de  partir  au  mois  d'août,  avec  les  forces  qu'il  pourrait  ras- 
sembler jusqu'à  ce  terme,  pour  châtier  l'arrogance  des  Infi- 
dèles. Il  espérait  ajouter  de  nouveaux  titres  de  gloire  à  ceux 
que  la  chrétienté  avait  déjà  gagnés,  s'ils  lui  donnaient  leur 
concours ^ 

Nous  possédons  le  discours  que  prononça  Philippe  à  Venise 
devant  le  doge  et  son  conseil*.  Nommé  citoyen  de  Venise  pen- 
dant le  premier  voyage  du  roi  en  Occident ^  et  grand  ami  des 


mai).  Cf.  Heyd,  Le  Colonie,  II,  216,  note  2,  d'après  une  copie  faite  par 
le  professeur  Minotto.  On  récompensa,  le  24  août,  Nasareddin,  pour  la 
conclusion  du  traité  {Sen.  Misti,  32,  f"  8  v"). 

1.  Caroldo,  /.  c. 

2.  «  Et  subjungatis  quod  concordium  predictura  amodo  est  in  ma- 
nibus  domini  régis  Cipri  predicti  »  (Mas  Latrie,  Ilisl.  Ch.,  III,  754-5). 
Cf.  Caroldo,  211-11  v°. 

3.  Ms.  499  de  l'Arsenal,  f°  146  v». 

4.  Ibid.,  fo  138  V"  et  suiv. 

5.  Le22  juin  1365,  document  publié  par  M.  de  Mas  Latrie,  dans  la  Z?/6/. 
de  l'Ec.  des  Charles,  XXXIV  (1873),  74-7.  Des  privilèges  pareils  furent 
accordés  à  la  même  époque  aux  Chypriotes  Giustino  des  Giustini,  Guy 


—  325  ~ 

Vénitiens,  il  devait  s'attendre  à  voir  ses  demandes  bien  ac- 
cueillies. Les  avari  mercatores,  qu'il  avait  vus  avec  indigna- 
tion se  diriger  vers  l'Egypte,  malgré  les  excommunications 
du  légat,  n'étaient  pas  autorisés,  croyait-il,  par  le  gouver- 
nement de  la  République.  Venise,  qui  avait  favorisé  la  première 
expédition,  ne  pouvait  pas  refuser  son  concours  à  la  seconde. 

Il  se  trompait.  On  a  vu  la  manière  dont  l'expédition  avait 
été  jugée  dans  cette  ville.  De  plus,  le  nouveau  doge,  qui  n'aimait 
pas  la  croisade,  voulait  que  l'Orient  ne  fût  plus  troublé  par 
ces  guerres  incessantes,  dont  le  résultat  était  presque  nul. 
Dès  le  commencement  de  l'année,  les  ambassadeurs  vénitiens 
n'avaient  pas  cessé  de  travaillera  Avignon  pour  obtenir  du  pape 
qu'il  consentît  au  traité  qu'on  allait  conclure  avec  le  Soudan. 
Après  de  longs  efforts,  Urbain  venait  d'accorder  enfin  une 
licence  valable  pour  quatre  vaisseaux  et  huit  galères.  La  Ré- 
publique ne  devait  pas  empêcher  cependant,  ajoutait-il,  la 
«  future  croisade  »  ;  si  des  conventions  avaient  été  conclues 
déjà,  il  les  annulait  \  Le  doge  avait  envoyé  aussitôt  remercier 
le  pape  et  lui  offrir  les  services  de  la  République  (24  juillet)-. 

On  ne  s'attendait  pas  à  une  ambassade  de  Pierre  P""  ou  des 
Hospitaliers,  même  à  Avignon  :  le  doge  le  déclarait  à  ses 
ambassadeurs  auprès  du  pape  le  25  juin ^  On  dut  se  trouver 
assez  embarrassé  à  l'arrivée  de  Philippe  de  Mézières  deman- 
dant du  secours  pour  ce  roi  et  pour  cette  entreprise  que 
maintenant  l'on  n'aimait  guère  à  Venise. 

Le  discours  de  Philippe  est  assez  habile.  Bien  qu'il  fût  l'ad- 
versaire déclaré  de  tout  traité  avec  le  Soudan,  - —  il  le  montra 
bien  après  la  conclusion  de  celui  de  1369  — ,  bien  qu'il  fût 
certain  que  son  maître  lui-même  n'avait  pas  l'intention  de 
rester  en  paix  avec  ceux  qui  détenaient  son  héritage  et  celui 


de  Reggio,  médecin  du  roi,  Andréa  Sasso  et  Thibaut  Belferazo  (Mas 
Latrie, //îs<.  Ch.,  II,  272-3). 

1.  Le  23  juin  1366  (Comwem.,  VII,  n«267;t.  III,  p.  47).  Deux  galères 

gartirent  en  conséquence  le  18  février  de  l'année  suivante  (ibid.). 
f.  pp.  277  note  7,  278  note  2  et  310. 

2.  Commem.,  VI!,  n"  270;  t.  III,  p.  48. 

3.  Réponse  à  la  lettre  du  29  mai.  Les  ambassadeurs  auprès  du  Sou- 
dan étaient  revenus  déjà  avec  des  nouvelles  d'Alexandrie.  On  retrouve 
dans  cette  lettre  l'idée  que  le  roi  de  Chypre  seul  peut  décider  de  la 
paix  :  «  In  manibiis  domini  régis  Cipri  pendeat  totum  factum  »  (Mas 
Latrie,  Ilisl.  Ch.,  III,  756-7). 


—  32G  — 

de  tous  les  fidèles,  il  insista  principalement  sur  l'initiative 
prise  par  les  Vénitiens  dans  les  négociations  du  printemps. 
Venise  venait  de  couronner  ainsi  son  œuvre  :  elle  avait  sou- 
tenu d'abord  ce  roi  qui  l'aimait  depuis  son  enfance,  elle  lui 
avait  facilité  le  passage,  lui  avait  fait  une  réception  splendido 
et  offert  des  présents  magnifiques;  il  devait  surtout  une  recon- 
naissance éternelle  aux  frères  Frédéric,  Fantin  et  Marc  '  Cor- 
naro,  dont  le  dernier,  un  Cornélius  par  sa  naissance  ^  un  Marc 
—  nom  glorieux  —  par  le  baptême,  était  doge  maintenant. 
Ensuite,  quand  le  Soudan  menaçait  de  destruction  le  royaume 
de  Chypre,  la  République  intervint  pour  Pierre  P%  comme 
jadis  Rome   en  faveur  de  Judas  Machabée.  Le  Démétrius^ 
assyrien  avait  été  menacé  de  voir  un  ennemi  plus  puissant  se 
lever  contre  lui.  Cette  paix  était  en  train  d'être  conclue;  si 
cependant  elle  ne  l'était  pas,  le  roi  priait  le  doge  de  continuer 
ses  bons  offices  :  il  n'accepterait  jamais  une  autre  médiation 
que  la  sienne.  Si  néanmoins  le  pape  lui-môme  proclamait  un 
nouveau  passage,  —  et  c'était  le  but  réel  de  l'arrivée  de  Mé- 
zières  — ,  le  roi  comptait  sur  le  secours  de  Venise,  ce  secours 
qui  lui  avait  été  donné  autrefois*.  «  Qui  pourrait  vous  éloigner  du 
Christ?  »  disait-il  en  terminant.  «  Ni  les  tribulations,  ni  la  dé- 
tresse, ni  l'égoïsme  [utile  proprium),  ni  l'avarice,  ni  les  propos 
des  envieux,  ne  pourront  priver  Sa  Majesté  Royale  de  l'amour 


1.  On  a  parlé  déjà  de  leurs  intérêts  en  Chypre.  Ne  serait-ce  pas  un 
François  Co(rnaro)  que  cet  étranger,  dont  M.  de  Mas  Latrie  décrit  la 
tombé?  (t  le  25  janvier  1390;  Vile  de  Chypre^  363).  Les  frères  Cornaro 
avaient  prêté  de  l'argent  au  roi,  pendant  son  séjour  à  Venise.  Cf.  Hist. 
de  Chypre,  II,  434. 

2.  «  Nam  genus  ipsius  domini  ducis  ab  antiquis  in  civitate  Vene- 
ciarum  certe  preclarum,  excelsum  et  antiquurn  est...  sed  unde  venerunt 
nobiies  Cornerii  Venecias?  certe  de  domina  mundi,  civitate  roniana. 
Sed  ex  quibus  generacionibus  Romanorum  ?  certe  ex  principibus  Roma- 
norum...  »  {Lettres,  f'Jl39);  «  ...  nichiiominus  inpersonam  régie  Sere- 
nitatis  Deum  imploro,  quod,  sicut  per  prudenciam  et  strenuitatem  Fabii 
Cornelii,  consulis  Romanorum...  predecessoris  ipsius  domini  ducis,  res- 
publica  Romanorum  exaltata  fuit,  ita  Deo  placeat...  honorern  et  utili- 
tatem  Venetorum  augmentari  per  ipsumdominum  Marchum  Cornerii  » 
{ibid.).  Cf.  llist.  Chypre,  III,  814. 

3.  Le  pape  Urbain  est  aussi  le  vénérable  Mathathias,  qui  «  continue 
per  epistolas  suas  papales  ipsum  dominum  regem  pie  in  prelio  Dei 
confortando...  »  (ibid)  ;  le  conseil  des  80,  à  Venise,  est  le  Sénatromain, 
dépourvu  de  toute  envie  réciproque  (ibid.). 

4.  «  Nam  nobiies  predicti  Venetorum,  potentes  viribus,  amicis  fidem 
servant,  unicuique  quod  suum  reddendo  et  quibus  volunt  auxilio  esse 
ut  régnent,  veraciter  régnant  »  (ibid.). 


—  327  — 

des  Vénitiens,  ni  amener  le  contraire.  »  Ainsi  que  Rutli  le  disait 
àNoémi,  son  peuple  est  leur  peuple  et  son  Dieu  leur  Dieu'. 

Si  Mézières  se  faisait  d'étranges  illusions  en  croyant  à  la 
vérité  de  cette  comparaison,  la  parole  du  doge  ne  tarda  pas 
à  le  rappeler  à  une  réalité  plus  triste.  Le  très  prudent  Marc 
Cornaro  félicita  le  roi  sur  des  succès  qu'il  apprenait  toujours 
avec  plaisir  ;  il  s'étonnait  cependant  qu'il  eût  retenu  les  vais- 
seaux que  lui  avait  prêtés  Venise  pour  une  expédition  depuis 
longtemps  terminée.  Il  ne  doutait  pas  que  ces  galères  ne  fus- 
sent bient(jt  rendues  ^ 

Les  relations  entre  le  roi  et  le  doge  devinrent  ensuite  des 
plus  mauvaises.  Le  22  août,  le  Conseil  et  la  commission  spé- 
ciale [zonla)  empêchèrent  l'exportation  des  armes  et  des 
chevaux  en  Chypre  ^  Le  25,  on  défendit  aux  sujets  de  la  Répu- 
blique de  s'embarquer  pour  l'expédition  que  préparait  le  roi 
de  Chypre*.  Le  même  jour,  les  Prégades  décidaient,  d'après  le 
rapport  des  ambassadeurs  à  Alexandrie,  l'achat  de  gerfauts 
[ciffalchos],  jusqu'à  la  somme  de  600  ducats  d'or,  pour  la 
consolation^  àe.  l'émir  Yalboghà.  Bientôt  le  pape  dut  intervenir 
pour  rendre  leur  conduite  plus  bienveillante  envers  les  chré- 
tiens menacés  de  l'Orient. 

Mézières  se  trouvait  auprès  du  dernier  dès  le  commence- 
mont  du  mois  de  juillet^  et  il  réunissait  ses  efforts  à  ceux  de 
l'amiral  de  Chypre  pour  gagner  à  la  nouvelle  expédition 
son  appui. 

1.  Ibid. 

2.  Caroldo,  f"  213.  La  date  qu'on  y  assigne  est  impossible,  Cornaro 
n'étant  plus  doge  en  juillet  1368.  Les  vaisseaux,  dont  il  est  question, 
appartenaient,  parait-il,  à  des  particuliers. 

3.  Permission  spéciale  donnée  le  lendemain  au  bailli  de  la  Répu- 
blique en  Chypre,  Mas-Latrie,  Hist.  Ch.,  II,  283. 

4.  «  Si  pro  rege  Cypri  fiet  aliqua  armata  contra  soldanum  (ibid., 
p.  286).  Cf.  Caroldo,  f"  209  v"  :  «Pervenuta  nova  a  Venetia,  ch'  il  re  di 
Cypri  faceva  armar  V  galère  et  duc  legni  per  andar  a  danni  délia 
Soria,  fù  scritto  al  baylo  in  Cypri,  che  dovesse  far  comandamento  a 
tutti  li  sudditi  del  Vcneto  dominio,  chc  non  dovessero  per  modo  alcuno 
andar  a  danni  délia  Soria...  ma  attendor  a  gl'  interessi  loro.  » 

5.  «  Pro  consolatione  sua  »  (Mas  Latrie,  Ilist.  C/i.,  II,  285).  On  en- 
voyait au  Soudan,  de  Barcelone,  vers  le  commencement  du  siècle,  des 
«  falchons  grifals  blanchs  »  (Capmany,  o.  c,  IV,  64-5).  Ce  fut  aussi  le 
cadeau  do  Galéas  Yisconti  (Bibl.  de  S. -Marc,  lat.  XIV,  264,  f-^  38  v"  et 
suiv.  (1376). 

6.  En  tout  cas,  avant  le  17  août,  quand  les  privilèges  des  Vénitiens 
furent  révoqués,  grâce,  évidemment,  à  son  intervention  {Commem., 
VII,  n»  273;  t.  111,  p.  48). 


CHAPITRE  X. 

EFFORTS    DU    PAPE    EN    1366.    EXPEDITION  d'amÉdÉE  DE  SAVOIE 
ET    DE    LOUIS    DE  HONGRIE.   DERNIERS  COMBATS  EN  CHYPRE. 

Cet  appui  il  pouvait  l'espérer  avec  raison.  Pendant  qu'il 
repoussait  les  demandes  égoïstes  des  Vénitiens,  Urbain  V 
travaillait  assez  énergiquement  pour  la  croisade.  Une  expé- 
dition combinée,  écrivait-il  le  25  janvier  1366  à  l'empereur 
de  Constantinople,  devait  attaquer  bientôt  les  Turcs;  Louis 
de  Hongrie  partirait  avec  une  armée  de  terre,  pendant  que  le 
roi  de  Chypre  avancerait  avec  sa  flotte*.  Le  comte  de  Savoie 
devait  réunir  ses  forces  à  celles  des  deux  autres  champions 
de  l'Eglise.  Guillaume  de  Qumitallo,  recteur  de  Saint-Étienne 
de  Toulouse,  partit  à  cette  époque  en  Chypre  pour  y  tenir  la 
place  d'Arnaud,  docteur  en  décret  et  auditeur  du  péniten- 
tiaire, qui  venait  d'être  nommé  évêque  de  Famagouste.  Il 
apportait  probablement  des  lettres  d'exhortation  qui  ne  nous 
ont  pas  été  conservées^.  Des  galères  furent  demandées  au 
doge  de  Gênes  pour  Florimond  de  Lesparre,  ce  chevalier  du 
diocèse  de  Bordeaux  qui  devait  faire  tant  de  bruit  plus  tard^ 
et  des  reproches  sévères  adressés  au  doge  Cornaro,  qui  refu- 
sait de  donner  des  vaisseaux  au  comte  de  Savoie,  pour  ne 


1.  Arch.  du  Vatican,  2i8,  f"'  3'»-5;  Rinaldi,  XXVI,  129. 

2.  Arch.  du  Vatican,  248,  f°  49.  Il  devait  répandre  en  Chypre  le  goût 
des  lettres  et  les  bonnes  mœurs,  l'île  ne  possédant  pas  trop  de  per- 
sonnes «  eminenti  litterarum  scientia  et  gracia  meritorum  laudabilium 
prediti  ».  On  peut  voir  les  espérances  du  pape  à  cette  époque  dans 
une  lettre  au  doge  de  Venise  (ibid.,  f"«  35-5  v)  :  le  Soudan,  «  ex  primo 
insultu  carissimi  in  Christo  filii  nostri  Pétri...  tuarumque  ac  aliarum 
gencium  christiani  populi  territus,  et  de  suo  ac  imperii  Sarrasinici 
vulgi  casu,  vel  saltem  debilitatione,  dei  judicia  pertimescens.  cona- 
tur...  Christi  serves  esca  mundani   lucri  decipere  »  (25  janvier). 

3.  «  Nobilis  vir  Florimundus,  dominus  de  Sparra,  miles  Burdega- 
lensis  diocesis  »  (lettre  du  17  mars,  Arch.  du  Vatican,  248,  f"  66). 


—  329  — 

pas  indisposer  le  Soudan'.  C'était  une  honte  et  un  scandale  : 
les  contrées  d'outremer  étaient  menacées  par  les  Infidèles  à 
ce  moment  môme.  La  République  devait  se  souvenir  de 
l'exemple  donné  autrefois  par  elle-même  et  ne  pas  mettre 
une  pareille  tache  d'infamie  sur  son  nom^  Des  dîmes  furent 
imposées  plus  tard  en  Chypre  ^  pour  la  défense  de  Smyrne,  où 
Pierre  Racanelli  commandait  au  nom  du  pape  \  On  a  vu  que  les 
demandes  des  Vénitiens  furent  repoussées  avec  persévérance 
jusque  vers  la  fin  du  mois  de  juin;  tout  traité  avec  le  Soudan 
était  encore,  à  cette  époque'',  déclaré  nul  par  le  Saint-Siège. 
Si  cependant  des  licences  furent  accordées  bientôt  aux  Vé- 
nitiens®, les  causes  do  cette  décision  inattendue  sont  mul- 
tiples. On  venait  d'apprendre  avec  étonnement  qu'un  traité 
avait  été  conclu  entre  le  roi  de  Chj-pre  et  le  Soudan";  les 
chrétiens  de  l'Orient  n'étaient  donc  plus  en  danger,  et  la 
croisade  n'avait  plus  de  représentant.  Les  plaintes  des  Véni- 
tiens aussi  devenaient  de  plus  en  plus  fortes  :  si  le  commerce 
de  l'Egypte  était  intercepté  encore  quelque  temps,  la  ville 
serait  ruinée,  et  l'intérêt  de  la  chrétienté  demandait  qu'elle 
fût  florissante  \  Les  ambassadeurs,  qui  représentaient  à 
Avignon  le  roi  et  les  Hospitaliers,  défendirent  assez  faible- 
ment la  cause  de  leurs  maîtres,  et  les  plénipotentiaires  qui 
avaient  été  annoncés,  Philippe  de  Mézières  et  Pierre  Thomas, 


1.  «  Soldanum...  Babilonie,  ob  quedam  commercia,  que  in  terris  quas 
idem  soldanus  detinet  quasque  per  ips'os  nobiles  putatis  invadi  pro  lem- 
pore...  quidam  concives  vestri  exercera  proponunt,  non  intendentes 
provocare...  »  (/6«rf.,  67  v"-8). 

2.  «  Tante  infamie  maculam  »  (ihid.).  Le  pape  avait  déjà  demandé 
des  vaisseaux  pour  le  comte. 

3.  Lettre  à  Tarcbevèque  de  Nicosie,  6  mai  1368.  La  dime  devait  être 
recueillie  pendant  trois  ans  et  employée  aussi  à  la  destruction  de  ces 
«  perditionis  filios,  qui  sociales  dicuntur  »  (ibid.,  249,  f"*  108  v-lO  v"). 

4.  En  1363  :  il  devait  recevoir  6.000  florins  par  an,  dont  la  moitié 
serait  fournie  par  les  Hospitaliers  (ibid.,  245,  f"*  188  et  suiv.). 

5.  Mas-Latrie,  Hist.  Ch.,  III,  755-6. 

6.  V.  page  325. 

7.  «  Quodque,  prout  ipsi  ambaxiatores  nobis  exposuerunt  pro  parte 
dioti  ducis,  inter  te  dictumque  soldanum  concordia  tractabatur  » 
(Arch.  du  Vatican,  248,  f'^  124  v-ô  v".  lettre  du  pape  au  roi  de  Chypre, 
l-^'- juillet  1366). 

8.  «  Mercatores  de  terra  soldani  Babilonie  ad  tuum  regnum  Cypri 
quasi  continue  portabantur  et  quod  cives  civitatis  \'enetiarum  tam  de 
(iicto  regno  licentor  quam  de  .Mexandrina  civitatc,  cum  prefata  apos- 
tolice  sedis  licencia,  nonnulla  mercimonia  vcnalia  deferebant  «  {ibid.). 


—  330  — 

n'arrivaient  plus'.  Vaincu  par  les  intrigues,  trompé  par  de 
fausses  nouvelles,  le  pape  céda,  et  les  ambassadeurs  véni- 
tiens quittèrent  la  curie,  leur  mission  heureusement  ter- 
minée. Le  roi  en  fut  informé  par  une  lettre  pontificale  du 
1"  juillets 

Ailleurs  les  chances  étaient  devenues  tout  aussi  défavo- 
rables à  la  croisade.  L'idée  d'envoyer  les  grandes  compa- 
gnies en  Terre  Sainte  avait  été  abandonnée;  après  l'expédi- 
tion en  Espagne,  les  routiers  se  refusèrent  énergiquement  à 
prendre  la  croix.  Le  pape  fut  contraint  de  les  excommunier 
le  2  mai  1366^;  une  ligue,  comprenant  tous  les  États  de  la 
péninsule,  sauf  les  Lombards,  dont  on  espérait  cependant  le 
consentement,  fut  conclue  le  16  septembre,  pour  les  chasser 
de  l'Italie  ''. 

Louis  de  Hongrie  n'était  pas  préparé  à  partir  non  plus  pour 
attaquer  les  Turcs  en  Grèce  \  Des  ambassadeurs  hongrois 
s'étaient  présentés  cependant,  au  mois  de  mars,  à  Venise, 
pour  demander  quelques  vaisseaux  aux  dépens  du  roi.  Il 
connaissait  assez  bien  l'état  de  la  chrétienté  pour  ne  pas  se 
diriger  vers  la  Syrie  et  l'Egypte,  où  il  aurait  pu  froisser  des 
intérêts  légitimes;  son  but  était  de  combattre  les  Turcs  qui 
dévastaient  l'empire  de  Constantinople,  et  les  galères  no- 
lisées  devaient  empêcher  seulement,  dans  les  eaux  de  Satalie, 
la  retraite  des  ennemis  en  Asie".  Les  vaisseaux  furent  accordés, 
sans  nolis,  par  la  République,  qui  demanda  cependant  au  roi 
de  respecter  ses  privilèges  dans  l'empire  grec  et  de  ne  pas 
attaquer  —  ravertisscmont  devait  être  donné  sous  la  forme 


1.  «  Et  tuis  nunciis,  qui  ad  dictam  sedem  dicebantur  venturi  de  pro- 
ximo,  long-a  spe  expectatis  »  (ibid.).  Les  premiers  ambassadeurs  sont 
mentionnés  d'une  manière  très  vague  :  «  nonnullis  personis  pro 
parte  tua  »  {ibid.). 

2.  Lettre  citée.  Le  pape  ajoutait  cependant  que  des  licences  com- 
merciales avaient  été  accordées  seules  aux  Vénitiens,  qui  n'avaient  pas 
le  pouvoir  de  conclure  des  traités  contraires  à  l'honneur  de  l'Église 
ou  de  nature  à  empêcher  le  futur  passage,  «  si  quod,  prestante  domino, 
fieret  in  futurum  ». 

3.  Froissart,  éd.  Luce,  VL  p.  NCiv. 

4.  Canestrini  dans  VArchivio  storico  italiano,  1"  série,  t.  XV,  89-118. 

5.  «  In  subsidium  imperii  Romanie  «  (Wenzel,  o.  c,  II,  644). 

6.  «  Quod  intentio  Sue  Régie  Majestatis  erat,  habere  dictas  galeas  in 
mari  paratas  ad  partes  Satalie  et  ad  Buchum  (buccam  ?)  ad  turbandum 
{sic),  quod  Turchi  non  possent  descenderede  partibusGreciesupraTur- 
ciam  ))  (Wenzel,  ibid.,  p.  644). 


—  331  - 

la  plus  délicate^  —  les  émirs  de  Palatscha  et  d'Altologo,  avec 
lesquels  des  traités  avaient  été  conclus  pendant  la  révolte  de 
Crète'.  Le  roi  en  remercia  le  doge  par  une  lettre  du  20  juin  : 
il  devait  fixer,  au  temps  convenable,  une  autre  place  pour  le 
rassemblement  des  galères  ^ 

L'empereur  grec  était  à  Bude,  demandant  des  secours  et 
offrant  sa  soumission  complète  au  pape*;  Georges  Magni- 
carthès,  chancelier  de  Constantinople,  et  Etienne,  évoque  de 
Nitra,  allèrent  à  Avignon  pour  s'entendre  avec  le  pape". 
Urbain  V  écrivit  une  lettre  secrète  au  roi  en  lui  conseillant 
de  ne  pas  avoir  une  confiance  trop  grande  dans  les  offres  du 
schismatique;  il  devait  retarder  son  départ  d'une  année  et  ne 
lui  accorder  qu'un  secours  provisoire  (22  juin)^  Quelques 
jours  plus  tard  (1"  juillet),  une  croisade  contre  les  Turcs  fut 
proclamée,  d'après  la  proposition  et  le  plan  de  l'évêque  de 
Nitra \  L'empereur  fut  exhorté  à  persister  dans  son  dessein  ^ 
une  bulle  autorisa  les  prélats  de  Hongrie  à  prêcher  la  croi- 
sade dans  leurs  diocèses  ^  Guillaume  de  Noellet,  chantre  à 
l'église  de  Bayeux,  plus  tard  légat  en  Italie,  et  le  frère  Ro- 
dolphe de  Città  di  Castello  furent  envoyés  en  Hongrie  dans 
ce  but  (23  juillet)  '^ 

L'expédition  ne  partit  pas  cependant.  Deux  ambassadeurs, 
envoyés  le  20  septembre,  se  présentèrent  de  nouveau  à  Venise 
pour  demander  que  les  galères  qu'on  devait  envoyer  en  Orient 


1.  «  Quanto  tibi  melius  videbitur  »  (p.  645). 

2.  «  Quod  occasione  agendorum  insuie  nostre  Crète,  sumus  ad 
presens  in  treugua  cum  domino  Paiacie  et  Theologi  ("Ayio;  Oso'Xoyoç), 
quibus  nullo  modo  vellemus  defficere  fide  pro  honore  et  bono  no.stro  » 
(Wenzcl,  /.  c,  lettre  du  10  mars). 

3.  Ilnd.,  ]).  650.  Le  nombre  des  galères  devait  être  de  2  à  a;  elles 
serviraient  pendant  6  mois.  V.  la  mention  d'une  autre  lettre  du  24  juillet, 
«  in  Lippa  »  (Banat),  ap.  eund.,  l.  c. 

4.  Rinaldi,  XXVI,  130. 

5.  Ibid. 

6.  Ibid.\  Theiner,  Mon.  Ilnnq.,  Il,  73.  «  Dicto  imperatori  ac  ejus 
filiis,  reductis  ad  hujusmodi  unitatem,  eis  intérim  de  aliqua  armigera 
gante  succurras,  si  tibi  expédions  videatur. . .  ». 

7.  Wenzel,  II,  648-50;  Theiner,  Mon.  lîung.,  II,  74-5;  Rinaldi.  XXVI. 
130-3. 

8.  Rinaldi,  /.  r. 

9.  Theiner,  ,0.  c,  II,  76-9.  Des  indulgences  furent  accordées  à  la 
mère  du  roi,  Elisabeth,  qui  lui  avait  conseillé  de  prendre  la  croix  {ibid.. 
75-6).  Cf.  Chron.  Martin.,  f"  158;  2»  Vila  Urb.  V,  ap.  Baluze,  1.  405. 

10.  Wenzel,  II,  650-1. 


-  332  — 

fussent  vides  [corpora  galeanim)  ;  le  roi  se  chargeait  de  les 
équiper,  pour  éviter  tout  conflit  entre  la  République  et  les 
émirs  de  Turquie  \  Cette  demande  fut  acceptée,  et  un  nouvel 
ambassadeur  devait  partir  au  mois  de  décembre'.  Tous  ces 
préparatifs  n'aboutirent,  en  fin  de  compte,  à  rien. 

Ce  n'était  pas  le  cas  pour  l'expédition  que  devait  entre- 
prendre Amédée  VP.  Le  comte  de  Savoie,  dont  le  pape  men- 
tionnait le  prochain  départ  dans  sa  lettre  du  mois  de  janvier, 
avait  déjà  quitté  ses  États  en  laissant  la  régence  à  sa  femme, 
Bonne  de  Bourbon,  et  à  un  conseil  (3  janvier)*.  11  partit  de 
Chambéry  dans  la  seconde  moitié  du  mois  de  mai,  passa  quel- 
ques jours  à  Pavie,  où  il  engagea  Lucchino  dal  Verme  avec 
cent  hommes  d'élite  et  assista  au  baptême  de  Valentine,  fille 
de  Galéas  Visconti,  son  beau-frère.  Puis,  suivi  par  les  merce- 
naires et  par  soixante  de  ses  chevaliers,  il  arriva  à  Venise 
dans  les  premiers  jours  de  juin\ 

Des  négociations  avaient  été  commencées  dans  cette  ville 
dès  le  commencement  du  printemps.  Le  comte  demandait,  à 
ses  dépens,  cinq  galères  et  deux  fiistes,  s'engageant  à  servir 
ensuite  la  République  avec  ses  forces ^  On  refusa  ses  offres; 
un  second  coup  comme  celui  d'Alexandrie  n'aurait  pas  été 
agréable  aux  Vénitiens;  on  objecta  les  pertes  que  la  Répu- 


1.  Ibid.,  pp.  651-2.  Cf.  Sanudo,  c.  665.  Ils  demandèrent  cinq 
galères.  Commem.,  VII,  n"  284. 

2.  Lettres  du  roi,  6  décembre,  dans  Wenzel,  II,  652-653. 

3.  Il  y  eut  des  négociations  entre  le  roi  Louis  et  le  comte:  on  donna 
en  sept.  1365  (C.  de  Pierre  Gervais  aux  Arch.  camérales  de  Turin, 
roui.  26)  une  gratification  «  messagerie  régis  d'Ongrie  ». 

4.  Datta,  Spedizione  in  Oriente  di  Amedeo  VI,  pp.  243  et  suiv.  Le 
compte  de  cette  expédition,  qu'employa  Datta,  se  trouve  aujourd'hui 
aux  Archives  de  Turin  (v.  Vayra,  Curiosità  di  Sloria  subalpina,  IV, 
625  et  suiv.).  Nous  en  avons  tiré  des  renseignements  pour  ce  chapitre. 

5.  Datta,  69-79.  Cf.  Chroniques  de  Savoyc  dans  les  Monum.  Ifist. 
Pntrine  (de  Savoie),  Scriptores,  I,  300-1.  V.  aussi  les  Comptes  d'Ant. 
lio.rhier,  n°  65,  an.  1366,  8  juin.  —  On  voit  donner  le  24  juin  une  gra- 
tification «  menestreriis  et  eyraudo  régis  Chippri,  ex  dono  eis  facto  per 
dominum  in  portu  de  Venuda  »  {Compte  de  l'expédition,  f°  13).  On 
envoie  le  27  deux  ambassadeurs,  Galéot  de  Loyes  et  l'abbé  Jauce,  en 
Hongrie,  à  Conslantinople  et  en  Bohême  (f"  14). 

6.  «  Et  s'offeriva,  che,  spedita  l'impresa  sua  di  dar  favor  ail'  impe- 
ratore,  manderebbe  tutte  le  sue  forze  in  servitio  del  Veneto  dominio  » 
(Caroldo,  f"  208  v»).  11  aurait  demandé,  d'après  les  Chroniques,  40  ga- 
lères à  Venise,  40  à  Gênes  et  20  «  en  Catheloigne  et  en  Provence  » 
(c.  350-1). 


—  333  — 

blique  avait  souffertes  en  1365'  et  son  désir  de  ne  plus  irriter 
le  Soudan^  Le  pape  dut  intervenir,  le  31  mars,  pour  amener 
le  consentement  des  Vénitiens  ^  qui  se  rendirent  enfin  aux 
prières  d'Amédée  et  à  celles  du  comte  de  Vertus,  fils  de 
Galéas  Visconti,  qui  l'accompagnait \  Il  obtint  deux  galères 
seulement  et  encore  dut-il  s'engager  par  écrit,  le  6  avril, 
à  ne  pas  attaquer  les  côtes  de  la  Syrie  sans  avoir  pris  l'avis 
de  la  République \  Les  ambassadeurs,  Gérard  Destres,  son 
chancelier,  et  Humbert,  bâtard  de  Savoie ^  revinrent  avec  ces 
promesses. 

Des  ambassadeurs  furent  envoyés  d'abord  pour  demander 
au  comte  de  ne  pas  entrer  dans  la  ville  avec  plus  de  cinquante 
soldats  et  cinquante  chevaux,  afin  d'empêcher  des  désordres. 
■Puis,  comme  on  apprit  que  sa  suite  n'était  guère  supérieure 
à  ces  chiffres,  il  fut  très  bien  reçu  par  le  doge  et  son  Conseil. 
On  lui  offrit  môme  de  l'argent,  à  condition  de  donner  en  gage 
aux  Vénitiens  l'ile  de  Ténédos,  où  il  devait  prendre  ses  quar- 
tiers pendant  le  voyage '.  Amédée  trouva  à  Venise  Hugues  de 
Chalon-Arlay^  Amé  III  de  Genève  et  son  frère,  le  comte  de 
Montfort,  le  seigneur  de  Luxembourg  et  Jean-Thiébaut  de 
NeufchàteP.  Son  armée,  assez  nombreuse,  comptait  un  grand 
nombre  d'autres  chevaliers,  Jean  de  Vienne,  devenu  ensuite 
maréchal  de  France  et  tué  à  Nicopolis,  Guillaume  de  Granson, 
Aymon  Bonnivard,  Louis  de  Chalon-Arlay  et  Tristan  de 
Chalon-Auxerre,  son  cousin,  Chivard  de  Monthou,  Roland 
de  Vassy,    originaire  du  Bourbonnais,    envoyé    du   roi  de 


1.  Caroldo.  f»  208  v°. 

2.  Arch.  du  Vatican,  248,  f«^  67  V-S. 

3.  Même  lettre.  Le  comte  avait  annoncé  son  arrivée  avec  «  nonnulli 
nobiles  et  potentes,  ejus  socii  ». 

4.  Caroldo,  Le;  Homanin,  III,  232. 

5.  Commem.,  Vil,  n"  258;  t.  111,  p.  46.  Cet  engagement  fut  rendu 
au  comte  à  son  retour  (13  août  1367)  (ibid.). 

6.  Ibid. 

1.  Caroldo,  f^^  208-9.  Cf.  Romanin,  111,  232.  On  proposa  d'abord 
Gallipoli,  qui  fut  refusé,  à  cause  de  sa  situation  dangereuse.  2,000 
deniers  lurent  donnés  ensuite  à  l'envoyé  byzantin.  Sur  l'arrivée  du 
comte  (réception  à  Trévise),  v.  Mem.  del  passaggio,  ms.  cité,  f"  9. 

8.  Le   vert  chevalier,  v.   Luce,  Du  Guesclin,  p.  420;  cf.  notes  3,  4. 

9.  Cliron.  de  Sav.,  c.  301-2.  Cf.  Clerc,  Essai  sur  l'histoire  de  la 
Franche-Comté,  II,  157,  ap.  Chérest.  o.  c,  pp.  344-5.  Lesparre  se 
réunit  au  comte  àPavie,le  27  mai  (Arch.  de  Turin,  Viaggio  di  Levante, 
mazzo  2",  n"  I;  Datta,  p.  51;  cf.  App.,  p.  265). 


—  334  — 

Chypre  en  1364*.  Guillaume  de  Chalamont  et  le  cousin 
d'Ame  III,  Aymon  de  Genevois,  seigneur  d'Anihon  et  de 
Varrey',  Guy  de  Pontarlior,  maréchal  de  Bourgogne,  les 
bâtards  de  Savoie,  Humbcrt  et  les  deux  Antoine,  Jean  «  bâ- 
tard du  Dauphin  »''.  Des  Allemands,  des  Bohémiens,  des 
Anglais,  sous  le  commandement  de  Maurice  Lebron  et  de  Guil- 
laume, se  trouvaient  dans  l'armée  que  composaient  des  sujets 
du  comte  d'abord,  les  suites  des  chevaliers  étrangers,  des 
mercenaires  et  une  centaine  de  brigands  donnés  par  Galéas 
Visconti*.  Les  galères  qui  devaient  faire  le  passage,  com- 
mandées par  Sarrasin  Dandolo,  attendaient  dans  le  port.  Le 
comte  partit  vers  la  fin  du  mois ',  après  avoir  reçu  la  béné- 
diction de  l'évêque  de  Venise  (Castello),  sur  la  place  de  Saint- 
Marc,  au  cri  de  :  «  Vive  Savoie  !  »  ^  Il  passa  par  Pola,  Raguse, 
Modon  et  Coron',  où  il  trouva,  le  19  juillet^  le  reste  de  ses 
soldats,  sur  six  galères  génoises  et  quatre  de  Marseille  ^ 
La  flotte,  commandée  par  Etienne  de  la  Baume,  se  dirigea 
ensuite  vers  Négrepont,  où  elle  se  trouvait  le  2  août'". 

L'entreprise  de  Candelore  avait  réussi  déjà,  et  le  roi  de 
Chypre  demanda,  pour  continuer  les  hostilités,  le  secours 
de   celui    qui  devait  partir  jadis    avec  lui".    Les  intentions 


1.  Il  était  au  service  du  comte  (^Lettres,  f"  145  v),  qui  l'envoya 
plusieurs  fois  auprès  de  l'archiprêtre,  pour  obtenir,  sans  doute,  sa  par- 
ticipation à  la  croisade  (sept.  1365-févr.  13G6,  Compte  de  P.  Gervais, 
aux  Arch.  camérales  de  Turin). 

2.  Datta,  47-9  ;  Lévrier,  Chron.  Iiisl.  des  comtes  de  Gen.,  I,  190;  Mulctti, 
o.  c,  IV,  199.  Le  compte  porte  89  seigneurs  avec  leurs  suites(Datta,  49-50). 

3.  Compte,  f««  17,  34,  48,  59. 

4.  «  Johanni  clerico,  capitaneo  centum  brigandorum  »  (Datta,  /.  c. 
pp.  189-90).  80  seulement  (^/»p.,  p.  i,  n.  xlii,  1,  ibid.).  Galéas  paya  aussi 
le  nolis  de  quatre  galères  (C.  d  Antoine  Barbier,  roui.  65,  ann.  1366). 

5.  Cf.  Caroido,  f°  209.  Lucchino  fut  déconseillé  de  partir  contre  les 
«  Assyrii  »  par  Pétrarque,  son  ami  :  il  mourut  pendant  cette  campagne 
(v.  la  lettre  de  ce  dernier  au  jeune  dal  Verme). 

6.  «  Tant  et  sy  fièrement,  que  tout  en  retentissoit  sur  la  place  de 
Saint-Marc  »  {Chron.  de  Sav.,  c.  303). 

7.  Où  le  comte  donna  une  récompense  à  Perrin,  «  fol  »  (fatuus)  de 
Hugues  de  Galilée  (Compte,  f°  15.  Cf.  f°  63). 

8.  Datta,  86-92. 

9.  Chron.  de  Sav.,  c.  303  (v.  Comptes  des  très.  gén.  de  Savoie:  paie- 
ment fait  en  1368,  à  ceux  de  Marseille).  Des  vaisseaux  d'Aigues- 
Mortes,  Chr.  de  Sav.,  l.  c.  Cf.  Datta,  60-62  (il  ne  pouvait  pas  y  avoir 
six  galères  de  Venise).  Quatre  au  moins,  armées  à  Venise,  apparte- 
naient en  propre  au  comte  (6'.  de  P.  Gervais,  l.  c,  1366). 

10.  Datta,  92. 

11.  Cf.  Mâcheras,  p.  99. 


—  335  - 

du  comte  avaient  été  d'abord  d'attaquer  Turcs  et  Sarra- 
sins', de  prendre  même  Jérusalem,  s'il  faut  en  croire  les 
Chroniques  de  Savoie^;  elles  furent  changées  par  la  nouvelle 
du  traité  conclu  entre  le  roi  Pierre  et  le  Soudant  Le  comte 
s'engagea  alors  envers  le  roi  de  Hongrie  (mai  1366)  à  aller  en 
Grèce  pour  délivrer  l'empei^eur  de  Constantinople,  son  parent, 
retenu  en  captivité  par  Schischman  III,  roi  des  Bulgares.*  Il 
refusa  les  propositions  de  Pierre  P^ 

Enfin  les  troupes  arrivées  en  retard  à  Négrepont  se 
réunirent  à  l'armée,  qui  leva  «  ses  bannyères,  ses  estandars 
et  ses  pennons...  tellement  que  c'estoit  belle  et  riche  chose  à 
veoir^  ».  Puis  la  flotte  se  dirigea  vers  Gallipoli  (15  août),  où 
attendait  une  armée  turque  assez  nombreuse.  Elle  était  arrivée 
le  23  et  le  débarquement  se  fit  avec  difiiculté.  Les  Turcs  se  re- 
tirèrent enfin,  en  jetant  leurs  flèches  barbelées  ^  qui  causèrent 
de  grandes  pertes  dans  l'armée  chrétienne.  Le  premier  assaut 
ne  réussit  pas  :  la  garnison  jetait  du  haut  des  murs  des 
pierres,  des  planches  enflammées  et  de  la  graisse  bouillante. 
Les  chrétiens  furent  repousses,  malgré  l'intervention  du 
comte,  qui  réussit  seulement  à  rejeter  les  Turcs  dans  la  ville". 
Roland  de  Vassy  fut  tué  dans  cette  affaire;  Amédée,  qui  l'ai- 
mait beaucoup,  le  fit  transporter  à  Péra,  où  il  fut  enterré  avec 
de  grands  honneurs  ^ 

Pendant  la  nuit,  cependant,  les  Turcs  abandonnèrent  la 
ville,  et  les  chrétiens,  qui  avaient  décidé  pour  le  lendemain 
une  attaque  double,  parterre  et  par  mer,  furent  assez  étonnés 
de  voir  la  population  grecque  les  appeler  sur  les  murailles  ''. 
Jacques  de  Lucerne  fut  nommé  commandant  de  la  ville'". 

Le  comte  arriva  à  Constantinople  au  commencement  de 
septembre.  L'impératrice  lui  offrit  de  l'argent  et  deux  galères, 

1.  Lettre  du  pape  du  31  mars,  l.  c. 

2.  Chron.  de  Sav.,  c.  351. 

3.  Mâcheras,  /.  c. 

4.  Chron.  de  Sav..,  c.  300. 

5.  Ibid.,  p.  305. 

6.  «  Leurs  sayettes  (et  non  fayeltes)  barbelées...  »  {ibid.,  c.  306). 

7.  Ibid.  Il  y  eut  cependant  une  brèche  (Datta.  99-100). 

8.  Datta,  100-101.  Cf.  p.  188.  Il  était  chevalier  de  l'ordre  du  Tollier: 
18  blasons  avec  la  devise  de  l'ordre  furent  graves  sur  son  tombeau 
{ibid.).  Sur  Gallipoli,  Compte  de  l'expéd.,  î""  17,  18,  67. 

9.  Chron.  de  Sav.,  l.  c. 
10.  Datta,  101. 


—  336  - 

les  habitants  de  Péra  deux  autres,  et  il  se  dirigea  vers  Me- 
sembria,  qu'il  prit  d'assaut;  Lassillo,  Provato  et  d'autres  for- 
teresses environnantes  tombèrent  en  son  pouvoir,  et,  après 
avoir  délivré  l'empereur  (21  décembre),  pendant  le  siège  de 
Varna,  le  chef  des  croisés  partit  avec  Paléologue  et  revint  à 
Constantinople ,  où  il  arriva  au  printemps  de  l'année  sui- 
vante '. 

L'expédition  eut  ensuite  une  fin  malheureuse.  Le  chevale- 
resque^ Amédée,  indignement  trompé  par  les  Byzantins,  fut 
contraint  de  se  loger  dans  la  maison  d'une  veuve  de  Péra, 
ses  dépenses  ne  lui  furent  pas  payées,  il  dut  vendre  les  gages 
de  l'empereur  et  emprunter  pour  pouvoir  revenir^.  Avant  le 
départ  pour  l'Occident,  la  prise  des  forteresses  Enneacosia 
(14  mai)  et  Caloveïro  montra  au  monde  que  la  croisade  n'était 
pas  oubliée  \  11  partit  de  Constantinople  le  4  juin,  laissa  les 
malades  à  Négrepont  et  revint  par  le  môme  chemin  à  Venise, 
où  il  débarqua  le  31  juillet  1367".  Son  armée  fut  licenciée, 
et  il  se  dirigea  vers  ses  Etats,  après  avoir  présenté  au  pape, 
à  Viterbe,  les  ambassadeurs  de  l'empereur  grec,  promettant 
encore  une  fois  cette  union  qui  ne  fut  jamais  réalisée''.  11  était 
de  retour  à  Chambéry  le  10  décembre  de  la  même  année  \ 

Comme  on  le  voit,  cette  expédition  n'eut  pas  non  plus  de  ré- 
sultat durable.  Gallipoli  seul  passa  des  mains  des  Turcs  dans 
celles  de'l'empereur  de  Constantinople.  Ce  n'était  pas  même 


1.  Il  partit  de  Sizéboli,  le  6  avril  (Datta,  139). 

2.  V.  Frolssart,  Prison  amoureuse,  éd.  Schéler  des  Poésies,  I,  222  : 

Car  il  est  nobles  et  vaillans, 

D'onneur  faire  aigres  et  taillans, 

Celle  grasce  li  portent  tuit. 
A  treize  ans,  il  combattait  dans  des  joutes  à  Chambéry  (1347).  Celles 
qui  suivirent,  en  1348,  lui  donnèrent,  à  cause  de  l'habit  qu'il  y  porta, 
le  surnom  de  Comte  vert  (Cibrario,  Econom.  polit,  del  medio  evo,  II, 

fip.  181-5).  Sur  ses  habitudes  de  luxe,  ibid.,  III,  128.  Sa  politique  ne 
ut  cependant  pas  toujours  loyale  (Guichenon,  I,  413;  Datta,  Sloria 
de'  principi  di  Savoia  del  ramo  d'Acaia,  1,  p.  320;  Muletti,  o.  c,  IV, 
212-3  note). 

3.  Compte  de  l'expédition,  Arch.  de  Turin,  f»  4.  Paul,  patriarche  de 
Constantinople,  et  Frédéric  Cornaro  lui  firent  des  prêts  {ibid.,  etf°  7). 

4.  Datta,  142-3.  Cf.  Chr.  de  Sav.,  c.  315. 

5.  Datta,  155;  Compte,  î"  65. 

6.  Datta,  163-8;  Rinaldi,  XXVI,  152-4.  Cf.  2^  Vila  Urb.  F,  ap. 
Baluze,  I,  407  et  Chr.  de  Sav.,  l.  c.  Le  comte  resta  à  Venise  jusqu'au 
8  sept.  :  il  y  employa  un  guide  (Compte,  f°  79). 

7.  Datta,  171;  Compte,  f»  8. 


—  3;n  — 

une  croisade  :  la  délivrance  de  Paléologue  fut  le  but  principal 
et  presque  unique  de  cette  expédition,  qui  ressembla  beau- 
coup à  une  équipée'. 

Les  seigneurs  en  quête  d'aventures  n'étaient  nullement 
satisfaits:  beaucoup  d'entre  eux:  un  certain  «  sire  de  Mar- 
seille^ »,  Archimand  de  Groslée,  Argod  de  Morestel,  le 
bâtard  Antoine,  avec  son  précepteur  Jean  de  Chalais,  Pan- 
cerot  de  Serravalle,  Regnaud  d'Andelot,  Jean  et  Gautier  de 
Vienne'  se  rendirent  en  Chypre. 

Les  efforts  du  pape  s'étaient  tournés  de  nouveau  vers  la 
chrétienté  entière,  qu'il  appela  au  secours  du  roi  de  Chypre  et 
des  Hospitaliers,  menacés  par  les  Infidèles.  Tout  d'abord,  par 
une  bulle  du  17  août  1366,  due  à  l'intervention  de  Mézières\ 
qui  lui  fît  connaître  le  véritable  état  des  choses  en  Orient,  le 
privilège  de  faire  le  commerce  avec  le  Soudan  fut  retiré  aux 
Vénitiens,  aux  Génois  et  aux  Catalans.  Toute  licence  était 
dorénavant  impossible,  pendant  que  la  guerre  sainte  durait 
encore,  cette  guerre  qui  avait  été  proclamée  par  le  pape  lui- 
même'.  L'évêque  de  Castello  devait  porter  cette  lettre  à 
Venise  ;  l'archevêque  de  Gênes,  les  évoques  de  Barcelone  et 


1.  Le  pape  lui-même  lui  avait  recommandé,  à  Avignon,  de  secourir 
l'empereur  (Guichenon,  I,  418).  Peut-être,  si  le  roi  de  Hongrie  quon 
attendit  vainement  se  fût  réuni  à  l'expédition,  le  résultat  aurait-il  été 
autre.  Cf.  Chr.  de  Sav.,  c.  315:  «Mon  seigneur  mon  cousin  »,  dit-il 
à  l'empereur,  «  n'a  pas  esté  per  moy  que  le  terrain  que  lesTurstenoyent 
decza  le  bras  sainct  George  ne  soitconquis.  mais  a demouver perle  roij 
de  Orif/ric  qui  devait  venir,  comme  vous  sacs.  »  Deux  écuyers  hongrois 
furent  envoyés  vers  le  roi  pendant  l'expédition  (dompte,  f"  48).  Lexpé- 
dition  resta  célèbre  en  Savoie.  Une  tapisserie  du  xv  siècle  représen- 
tait «  l'histoire  du  conte  Aymé  qui  conquist  'Venise  sur  les  Serrazins  » 
(Vayra,  Le  lettere  e  le  arti  alla  corte  di  Savoia,  n"  557,  p.  99). 

2.  «  Domino  de  Marseillie  »  (f"  48  du  Compte). 

3.  F"^  48-59.  Deux  bouffons  do  Beriiab»)  partirent  pour  Chypre, 
en  septembre  (Compte,  f"  74). 

4.  Arch.  du  Vatican,  248,  f^^  256-6  v".  (v.  page  327  et  note  6).  Il  y 
est  question  de  l'arrivée  des  ambassadeurs  chypriotes,  qui  lui  annon- 
cèrent l'exaspération  des  Turcs  et  des  Sarrasins,  à  cause  de  la  prise 
d'Alexandrie  :  ils  veulent  dépeupler  les  deux  îles  et  en  séduire  (indu- 
cere  seu  potius  seducere)  les  alliés.  Le  doge  devait  faire  des  efforts 
pour  la  conclusion  d'une  paix. 

5.  Le  pape  n'exceptait  que  les  vaisseaux  qui  avaient  déjà  quitté  le 
port  de  chargement  ou  se  trouvaient  sur  le  point  de  partir  (ibid.).  Le 
cardinal  d'Albano,  protecteur  de  Venise,  y  arriva  vers  la  même  époque 
(Sanudo,  c.  666-7).  La  bulle  a  été  résumée  par  Rinaldi,  XX'Vl,  137; 

une  copie  parmi  les  lettres  de  Mézières,  f'"  149-9  v». 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières,  22 


—  338  - 

d'Elne  reçurent  des  missions  pareilles  pour  leurs  diocèses'. 

Au  mois  d'octobre,  les  demandes  de  secours  devinrent  plus 
étendues  et  plus  pressantes.  Le  pape  écrivit  à  l'empereur 
d'Allemagne,  aux  rois  de  France,  d'Angleterre,  de  Hongrie, 
d'Aragon,  d'Ecosse,  de  Danemark  et  do  Pologne,  à  la 
reine  Jeanne  de  Naples,  aux  ducs  d'Autriche  et  au  prince 
Noir,  pour  leur  demander  d'intervenir  dans  le  drame  qui  se 
jouait  en  Orient.  Après  la  grande  victoire  d'Alexandrie,  les 
combattants  du  Christ  et  les  athlètes  de  la  foi^  étaient  en 
danger  de  succomber.  Peu  de  fidèles  étaient  accourus  à  leur 
appel  et  chaque  jour  le  danger  devenait  plus  grand.  Les 
Turcs  et  les  Sarrasins  se  sont  réunis  pour  les  attaquer  ;  le 
nom  du  Christ  disparaîtra  à  jamais  de  l'Orient.  Le  chemin 
qui  mène  aux  Lieux-Saints  sera  coupé  par  cette  douloureuse 
catastrophe,  et,  à  la  honte  éternelle  des  chrétiens,  tout 
espoir  de  délivrer  Jérusalem,  disparaîtra.  Le  pape  finissait 
en  demandant  l'envoi  de  quelques  troupes  en  Orient  (6  octo- 
bre)^. Dans  l'Europe  agitée  par  d'autres  querelles,  les  paroles 
du  pape  restèrent  sans  écho;  pas  un  prince  ne  se  dirigea 
vers  la  Terre  Sainte. 

Cependant  quelques  chevaliers  étaient  partis  vers  l'Orient; 
ils  se  présentèrent  à  Venise,  la  ville  orthodoxe,  comme 
di^a  le  pape  dans  sa  lettre,  et  elle  les  empêcha  de  passer 
la  mer,  d'après  un  ordre  antérieur.  Le  pape  en  fut  indigné, 
il  écrivit  au  doge  le  15  octobre,  pour  l'exhorter  à  révoquer 
cette  mesure  malheureuse,  qui  pourrait  interrompre  les  bon- 


1.  Mention  dans  le  même  registre  des  Arc/i.  du   Vatican,  f°  256  v. 

2.  «  Pugiles  Christi  et  athletae  fidei  Christianae,  nonnullorum  fide- 
lium  adnisi  auxiiio.  » 

3.  «  De  aliqua  gente  armigera  velis...  celeriter  subvenire.  »  Des 
indulgences  furent  accordées  aux  croisés.  V.  la  lettre  au  roi  de  France 
dans  les  Arch.  du  Vatican,  248,  f"*  159  v-GO  etf"  158  (même  date  proba- 
blement, bien  qu'elle  ne  soit  pas  exprimée),  résumée  dans  Rinaldi, 
XXVI,  136-7.  Une  copie  dans  les  lettres  de  Méziéres,  f"  150  v.  La 
mention  des  autres,  Arch.  du  Vat.,  248,  f"»  160-60  v.  La  lettre  adressée 
à  Edouard  111  dans  Rymer,  111,  p.  123.  Bosio,  traduisant  cette  circulaire, 
qui  offre  cependant  des  variantes  (comme  dans  la  lettre  à  Charles  V, 
où  il  est  question  du  roi  Jean),  mentionne  celle  qui  fut  envoyée  au  doge 
de  Venise  (II,  69).  Des  brefs  furent  envoyés  aux  évéques,  leur  annonçant 
la  proclamation  de  la  croisade  et  accordant  des  indulgences  à  ceux 
qui  y  contribueront,  personnellement  ou  par  leurs  biens  (bref  àlarch. 
de  Tarragone,  Lettres,  f"  148  \°).  Lettres  au  roi  de  Hongrie  (Theiner, 
Mon.  Hung.,  Il,  83)  et  au  patriarche  d'Aquilée  (Rinaldi,  XXVI,  135-6). 


É 


—  339  — 

nés  relations  si  nécessaires,  entre  l'île  do  Chypre  et  Venise'. 
Une  autre  décision  du  Conseil  intordit  bientôt  tout  com- 
merce avec  l'île  de  Chypre  :  hîs  vaisseaux  vénitiens  ne  de- 
vaient pas  môme  porter  des  marchandises  achetées  ailleurs. 
Des  armes,  que  le  roi  avaitcommandéos  en  Occident  et  qu'on 
ciiargeait  à  Venise,  furent  retenues,  sous  le  prétexte  qu'il  n'y 
avait  pas  de  procurateur  connu,  bien  que  Frédéric  Cornaro  eût 
reçu  de  la  part  du  roi  l'autorisation  de  le  représenter.  Pierre  I" 
s'en  plaignit  par  une  lettre  du  23  novembre:  le  doge  violait 
de  la  sorte  les  traités  conclus  par  la  République  ^  et  l'engage- 
ment pris  récemment  envers  le  pape.  Bien  que  la  confirma- 
tion des  traités  avec  le  Soudan  fût  nuisible  à  la  croisade,  il 
avait  recommandé  sans  retard  aux  vaisseaux  qui  station- 
naient encore  à  Famagouste,  de  permettre  le  passage  des 
galères  marchandes  de  la  République.  Son  expédition  avait 
été  ajournée  pour  ne  pas  irriter  le  Soudan  contre  ses  amis 
les  Vénitiens.  Il  espérait  encore  la  révocation  du  décret  et  des 
secours  qui  lui  permettraient  de  continuer  ses  conquêtes  ^. 

Ces  espérances  furent  vaines,  malgré  les  insultes  que  souf- 
frirent les  Vénitiens  de  la  part  du  Soudan,  vers  la  morne 
époque.  Cinq  galères  de  Venise  et  deux  autres  vaisseaux, 
appartenant  aux  Catalans  et  aux  Génois,  avaient  été  en  effet 
arrêtés  dans  le  port  d'Alexandrie,  sous  le  prétexte  que  des 
Chypriotes  se  trouvaient  sur  leur  bord.  Un  combat  s'ensuivit 
entre  les  vaisseaux  de  la  Républi(|ue  et  les  quatre  galères  sar- 
rasines,  qui  voulaient  les  retenir'.  Les  musulmans  de  Beyrouth 
s'émurent  on  apprenant  cette  nouvelle  :  cinquante-huit  mar- 
chands vénitiens   furent  enfermés    et   leurs  biens,  estimés 


1.  Arch.  du  Vatican,  248,  f"*  162-2  v.  Cf.  Mas  Latrie.  Ih'st.  Clu/p., 
11,285. 

2.  «  Conventibus  irrite  derogatis.  » 

3.  «  Quod  de  facili  cum  potentia  nostra  et  parte  de  vestra  et  illorum 
qui  cum  suis  expensis  transl'rctabunt,  divinoauxilio,  necaliomediante, 
produci  poterit  ad  eflectum  »  (Mas  Latrie,  Hist.  Cfi.,  II,  286-8; 
Conimem.,  Vil,  n»  '■iOb).  Cette  prohibition  s'étendit  à  l'ile  de  Rhodes 
par  un  décret  du  l"^''  mai  1367  :  on  se  demandait  le  6,  si  un  envoyé  du 
roi  de  Hongrie,  qui  devait  aller  en  Orient,  «  intelligatur  de  per.sonis  pro- 
hibitis  ire  in  Ciprum  vel  Rodura  «  (Arch.  de  Venise,  Libro  Novella, 
f"  88  V"  ;  rép.  négative,  le  9  mai,  ibid.). 

4.  Commem.,  VII,  n"  302;  t.  III,  pp.  52-3.  Plainte  adressée,  le  18  no- 
vembre, par  46  matelots  et  passagers  retenus  à  Beyrouth. 


-  340  — 

à  60  mille  ducats,  saisis'.  Des  faits  pareils  eurent  lieu  à 
Tripoli,  le  12  novembre  ^  On  se  borna  à  demander  au  pape  la 
permission  d'envoyer  deux  galères  à  Alexandrie  avec  des  am- 
bassadeurs destinés  à  obtenir  l'élargissement  des  prisonniers 
et  la  restitution  de  leurs  marchandises.  Ils  devaient  traiter 
en  même  temps  la  paix  entre  le  Soudan  et  les  deux  États 
chrétiens  de  l'Orient.  Domenico  Michiel,  ancien  capitaine 
du  golfe,  et  François  Bembo,  l'ambassadeur  de  1366,  se 
dirigèrent  vers  Alexandrie,  le  18  février  1367  ^ 

Malgré  tous  ses  efforts,  le  pape  ne  pouvait  donc  plus 
envoyer  de  secours  au  roi  de  Chypre.  Il  écrivit  une  lettre 
décourageante  (22  octobre)  à  celui  qu'il  nommait  «  athlète 
intrépide  et  lion  valeureux  ».  Il  avait  reçu  ses  lettres  et  ses 
ambassadeurs,  qui  lui  avaient  exposé  la  situation  :  il  méri- 
tait d'autant  plus  le  secours  de  toute  la  chrétienté,  que  son 
expédition  avait  été  approuvée  par  le  pape  lui-même,  que  les 
commencements  en  avaient  été  heureux,  et  que  ses  États  se 
trouvaient  en  danger.  11  a  employé  lui-même  toute  sa  puissance 
à  lui  chercher  des  alliés;  des  privilèges  avaient  été  accordés; 
les  rois  chrétiens  étaient  invités  à  le  secourir.  11  avait  révo- 
qué les  privilèges  accordés  précédemment  aux  Génois  et  aux 
Vénitiens,  qui  lui  étaient  nécessaires  cependant  et  qui  souf- 
fraient de  ces  mesures.  Il  n'y  avait  qu'un  seul  moyen  pour 
échapper  à  ces  difficultés,  malheureuses  mais  fatales  :  faire 
la  paix  avec  le  Soudan*. 


1.  Caroldo,  f"  211  v"  :  «  ...  per  la  quai  cosa  11  Mori...  si  sollevarono 
et  corsero  aile  habitation!  delii  mercanti  Veneziani,  li  quali  non  si 
erano  ancora  ridotti  a  galera,  et  li  ritennero  al  numéro  di  58  persone, 
con  le  mercantie  et  robbe  loro,  par  valore  di  d.  GO"™  .  » 

2.  Rapport  d'Alvise  de  Molino,  bailli  de  Chypre  (Commem.,  VII,  n"  301  ; 
t.  III,  p.  52).  Le  roi  de  Chypre  exprima  ses  condoléances  ;  il  promit  de 
faire,  dans  sa  prochaine  expédition,  des  captifs  assez  importants  pour 
que  les  chrétiens  fussent  délivrés,  par  échange  (/.  c). 

3.  «  Com  etiandio  Sua  Oeatitudine  voleva  »  (Caroldo,  f»  211  v°).  V. 
les  licences  du  pape  pour  les  deux  galères,  envoyées  dans  ce  but,  dans 
les  Commem.,  VII,  n"  320;  t.  III,  p.  56  (22  janvier  1367).  On  demandait 
au  Soudan  le  rétablissement  des  relations,  le  29  septembre  (Sen. 
Misli,  32,  fo  86). 

4.  Arch.  du  Vatican,  248,  f"  148  v»;  lettres  de  Mézières,  f"  150  ; 
Rinaldi,  XXVI,  135  (résumé  et  citation).  Le  pape  était  intervenu,  la 
même  année,  auprès  du  To'\{Arch.  du  Vatican,  248,  f»  77),  de  la  reine 
Alix  et  du  primat  de  l'île  (ihid.,  î"  77  v»),  en  faveur  de  Philippe  d'Ibe- 
lin,  sire  d'Arsouf  {de  Azoto),  tombé  en  disgrâce  (22  avril)  (v.  Mâcheras, 
î"  99).  Il  invita,  le  23  juillet,  Pierre  I'"'  à  payer  à  l'église  de  Sainte-Marie 


-  3U  — 

C'était  tout  ce  que  Mézières  avait  pu  obtenir  à  Avignon. 
Le  pape  lui-même,  occupé  à  d'autres  projets,  désireux 
d'aller  à  Rome,  non  pour  «  s'y  faire  crucifier  »,  mais  pour 
rétablir  en  Italie  l'autorité  pontificale,  si  ébranlée  dans  les 
derniers  temps  par  les  guerres,  les  brigandages  et  les  ré- 
voltes, ne  pensait  plus  à  la  croisade.  Le  roi  devait  faire  la 
paix,  c'était  la  réponse  définitive  d'Urbain  V  qui  lui  retirait 
ainsi  sa  protection;  il  n'en  obtiendra  pas  d'autre  pendant 
son  voyage  de  1368. 

Mézières  ne  perdit  pas  tout  espoir.  Si  le  pape  refusait  son 
concours,  il  y  avait  la  chrétienté  entière,  tous  ces  rois  et  ces 
princes,  auxquels,  d'après  de  nouvelles  lettres  du  roi*,  il  de- 
vait annoncer  son  expédition  prochaine,  et  son  maitre  lui- 
même,  cet  athlète  du  Christ  \  que  rien  ne  pouvait  séparer  de 
ses  espérances.  L'état  des  Infidèles  était  trop  misérable  pour 
qu'ils  pussent  résister  pendant  longtemps  aux  attaques  des 
chrétiens;  quelques  troupes  dévouées  de  plus  et  le  prince  qui 
était  entré  à  Alexandrie  entrerait  bien  dans  la  ville  sainte 
elle-même^  Le  désastre  d'Alexandrie  avait  démoralisé  com- 
plètement, croyait-il,  les  Infidèles,  Turcs  et  Sarrasins  ;  les 
émirs  égyptiens,  désespérant  de  pouvoir  sauver  leur  pays, 
s'étaient  enfuis  en  Syrie,  abandonnant  les  États  du  Soudan 
au  vainqueur*.  La  puissance  des  Agarènes  devait  finir,  d'a- 
près leurs  propres  prophéties  :  Perceval  de  Cologne^  l'avait 


d'Arezzo  le  reste  du  legs  fait  par  Ange  Bertini,  ancien  amiral  de  Hugues 
\Y  (ihid.,  f"  134). 

1.  Lettre  à  Gérard  de  Dainville,  Lettres,  fos  146  v"-7  (v.  p.  17).  La 
lettre  est  évidemment  de  cette  époque  :  Jean  de  Sur  ne  fut  chargé 
d'aucune  mission  en  1365  et  Gérard  n'était  plus  évô(|ue  d'Arras  en 
1368.  V.  les  expressions  sur  l'indiflerence  des  chrétiens  et  la  maladie 
du  roi  (fin  de  1366).  En  outre,  Mézières  était  à  Venise  et  non  à  Avi- 
gnon, à  ré])oqne  du  premier  départ  du  roi  (juin  1365). 

2.  Il  est  à  remarquer  que  les  expressions,  comme  la  précédente  et 
celle  de  piiffil  CJirisli  se  retrouvent  dans  les  lettres  d'Urbain  V  et  dans 
celles  de  Mézières,  qui  les  a  réunies  dans  son  recueil. 

3.  Lettre  citée. 

4.  Oral.l)'ag..P  195:  «  Quasi  desperati  de  perditioneEgypti,  quidam 
admiralii  et  proceres  jjotontes  soldani  l']giptum  et  totam  Siriam  pro 
ipsis  tutam  non  reputabant,  quinymo  usque  in  Baldacli  (Bagdad),  civi- 
tatem  antiquain  Caldeorum...  fugerunt.  » 

5.  Ce  personnage,  qui  joua  un  rôle  dans  la  croisade,  passa  par  Chara- 
béry  en  janvier  1368,  avec  14  chevaux  {Comptes  de  lexpcdition 
d'Amédée'VI,  f"  108). 


—  342  — 

déclaré  au  roi  ;  ils  n'attendaient  pour  se  soumettre  que 
l'apparition  de  cette  flotte  chrétienne  annoncée  par  leurs 
voyants.  Rien  n'était  perdu  et  l'avenir  réservait  de  grandes 
victoires  encore  au  conquérant  d'Alexandrie. 

Les  lettres  qu'il  écrivit  à  cette  époque  respirent  une 
grande  confiance  et  une  grande  force  d'enthousiasme  :  ses 
pères,  les  chanoines  d'Amiens,  doivent  prier  pour  le  succès 
des  armes  chrétiennes;  une  expédition  prochaine  devait 
accroître  la  gloire  du  Machabée  moderne  '.  Son  frère  est 
invité  à  réunir  ses  prières  aux  siennes.  Le  rex  lieraldorum, 
qui  l'avait  suivi  en  Occident,  personnage  différent  de  ses 
pareils,  qui  emploie  un  art  mondain  pour  annoncer  la  croix  en 
Occident",  allait  le  visiter;  ensuite  il  devait  se  diriger  ail- 
leurs, appelant  les  grands  de  la  terre  au  secours  de  son  maî- 
tre. Des  lettres  du  roi  venaient  de  lui  annoncer  son  départ 
pour  une  nouvelle  expédition,  au  mois  de  novembre^;  de 
nouveaux  désastres  étaient  réservés  aux  Infidèles. 

Il  pensa  en  même  temps,  pendant  ce  séjour  à  Avignon,  qui 
se  prolongea,  paraît-il,  assez  longtemps,  à  gagner  des  adhé- 
rents pour  son  ordre  de  chevalerie.  Si  personne  n'accourait 
au  service  de  son  roi,  l'Ordre  de  la  Passion,  cette  milice 
d'élite,  disciplinée  et  connaissant  son  but,  devait  le  soutenir. 
Il  ne  tarda  pas  à  écrire  son  premier  livre  sur  l'Ordre  qu'il  se 
proposait  de  fonder. 

Deux  autres  ouvrages  durent  le  précéder  cependant.  Dans 
sa  Lamentation  de  Jérusalem  sur  la  négligence  des  chrétiens, 
il  déplora  l'indifférence  avec  laquelle  ses  propositions  et 
les  prières  du  roi  avaient  été  reçues  en  Occident,  par  ces 
princes  «  délicats  »,  inaccessibles  aux  sentiments  élevés  et 
pieux*.  Le  traité  devait  être  composé,  sans  doute,  de  lamen- 


1.  Lettre  aux  clianoines  d'.Amiens  (f"  144  ;  v.  pages  27-9  et  27  note  5 
de  cet  ouvrage).  Sur  la  date,  v.  les  expressions  qu'emploie  son  auteur, 
en  parlant  des  victoires  remportées  déjà  par  le  roi. 

2.  Lettre  à  Gérard  de  Dainville,  l.  c. 

3.  Pierre  partit  vers  le  commencement  du  mois  de  janvier  1367 
pour  l'expédition manquée  de  Tripoli.  V.  pp.  354-5. 

4.  Ms.  1943  de  la  Bibl.  Mazarine,  1"  rédaction  de  l'ouvrage  sur 
l'ordre  de  la  Passion,  f"  20  :  «  Et  ideo  causa  brevitatis  transibo  (des 
renseignements  sur  la  honte  que  devaient  ressentir  les  chrétiens  pour 
la  prise  de  Jérusalem),  quia  memini  me  in  libelle  lamentacionis  .Iheru- 
salem,  de  negligencia  christianorum  lacius  scripsisse.  »  Le  livre  dut  être 


-  343    - 

tations  de  rhétorique  et  de  figures  belles  pour  la  plupart;  ce- 
pendant des  détails  assez  intéressants,  qu'appelait  le  but 
même  du  livre,  devaient  se  trouver  mêlés  aux  lieux  communs 
qui  abondent  dans  les  ouvrages  de  Mézières.  Becquet  ne  le 
nomme  pas  dans  son  énumération  ;  peut-être  était-il  perdu 
dès  cette  époque*.  Charles  V  en  possédait  un  exemplaire, 
dans  sa  bibliothèque  du  Louvre'. 

Le  second  ouvrage  est  beaucoup  plus  considérable  :  son 
étendue,  ses  qualités  littéraires,  le  nombre  des  renseigne- 
ments historiques  qu'il  renferme,  le  placent  parmi  les  meil- 
leurs ouvrages  de  Mézières,  auprès  du  Songé  du  vieil  pèle- 
rin. Employé  par  Rinaldi  d'abord,  qui  en  connaissait  le  ma- 
nuscrit \  traduit  en  français  peut-être,  dès  le  règne  de  Char- 
les V*,  il  fut  publié  par  Henschen,  d'après  un  manuscrit  de 
Belgique^  dans  les  Acta  Sanctonim^,  puis  dans  une  édition 
séparée,  beaucoup  plus  riche  en  commentaires,  à  Anvers, 
enl659^ 


écrit  vers  l'année  1366.  «.  D'anciens  inventaires»  le  mentionneraient 
(Kervyn,  Froissart.  étude  littcraire,  I,  219). 

1.  Ou  bien  se  trouvait-il  parmi  ces  «  autres  ouvrages  écrits  en  latin 
et  en  français  »,  qui,  d'après  son  témoignage,  «  adhuc  extant  manus- 
cripta  in  Bibl.  Coel.  Par.  »  (Becquet,  Elof/ia,  p.  103). 

2.  «  Dans  la  bibliothèque  de  Charles  V  se  trouvait  un  ouvrage  qui 
venait  de  Mézières.  Il  avait  pour  titre  :  Lamentatio  super  (sic)  Jheru- 
salem  de  negligentia  christianorum  »  (Froissart,  éd.  Kervyn,  XV,  377). 
C'est  la  ville  de  Jérusalem  elle-même  qui  se  plaignait,  parait-il,  de 
cette  négligence.  V.  le  catalogue  de  Gilles  Mallet. 

3.  Il  cite  parfois  dans  le  tome  XXVI  les  Gestn  Ms.  S.  Pétri  Tkoni. 
ex  Phil.  e  Mazeriis  (pp.  95-6,  etc.),  ainsi  que  l'édition  de  Henschen. 

4.  Inventaire  de  Gilles  Mallet,  n"  208,  p.  45  :  «  Un  livre  à  une  che- 
mise blanche  de  la  Vie  et  des  Miracles  de  frère  Pierre  Thomas,  jadis 
carmelistre  et  patriarche  de  Constantinople,  à  n  fermoirs  d'argent 
csmailliés.  »  Etait-ce  une  traduction? 

5.  «  E\  Mss.  Belgicis  anohis  erutam  »(éd.  séparée,  préface).  Elle  fut 
tirée  d'un  ms.  de  la  chronique  du  prêtre  Thierry  de  Gorkum.  où  elle 
se  trouvait  après  la  mention  de  son  nom  («  Petrus  Thomae,  Carmelita, 
praefuit  patriarcha  anno  Domini  MCCCLXVI  »)  et  une  histoire  de 
l'origine  (le  Constantinople,  de  ses  empereurs  et  patriarches,  sous  le 
titre  de:  «  Originalis  legcnda  B.  Pétri  Thomae.  ])atriarchae  Constanti- 

nopolitani compilata  a  domino  Thoma  (s/f)  de  Manseriis  cum 

miraculis  ejus  »  (procès-verbal  de  Jean  de  Cosenza). 

6.  Janvier,  11  (29).  pp.  995-1022. 

7.  Vila  S.  Pétri  Thomasii  ex  Ordine  Fralrtim  B'""'  Virr/inis,  etc., 
seripta  ah  ociilato  leste  Philippo  Mazzerio.  Cancellario  Ci/pri.  et  a 
Godefrido  Ilenschenio  socielatis  Jcsii  illustrata,  .\ntverpiac  apud  Jaco- 
bum  Meursium,  anno  MDCLIX,  in-12.  C'est  la  nova  edilio,  dont  parle 
le  père  Daniel  dans  la  préface  de  Carmesson.  Le  livre,  enrichi  de  notes 


—  34'i  - 

La  Vie  de  Pierre  Thomas,  divisée  originairement  en  deux 
livres,  fut  écrite  par  Philippe  de  Mézières,  aussitôt  après  la 
mort  de  son  ami.  La  perte  est  récente  pour  lui,  dit-il,  il  en 
languit  encore  ;  le  ton  général,  qui  règne  dans  le  récit, 
montre  aussi  que  les  deux  dates  durent  être  assez  rapprochées. 
Cette  vie  s'arrête  brusquement  après  l'enterrement  du  saint 
dans  l'église  des  Carmes,  sans  donner  de  renseignements  sur  les 
miracles  opérés  sur  son  tombeau  ni  sur  la  conservation  mira- 
culeuse de  son  corps.  Philippe  n'aurait  pas  manqué  de  men- 
tionner ces  événements,  si  glorieux  pour  son  ami,  si  la  Vie 
avait  été  écrite  après  la  fin  du  mois  d'avril,  quand  commença 
l'enquête  sur  les  miracles.  Aussitôt  après  le  8  mai,  Mézières 
fut  trop  occupé  par  les  négociations  avec  les  Sarrasins  et 
l'expédition  de  Candelore,pour  pouvoir  composer  un  ouvrage 
de  cette  étendue,  et  une  phrase,  au  commencement  de  la  pré- 
face, montre  que  le  chancelier  se  trouvait  encore  en  Chypre  '. 

Ses  sources  étaient  excellentes  ;  le  prélat  lui-même  lui 
avait  raconté,  pendant  ses  longs  entretiens,  son  enfance,  le 
miracle  de  la  Vierge  qui  le  sauva  de  la  pauvreté,  ceux  de  la 
pluie  qu'il  appela  par  ses  prières,  à  Cahors  et  de  la  quête  qui 
rapporta  un  millier  de  florins  à  son  couvent.  Il  hii  devait 
encore  le  récit  du  miracle  d'Achaïe,  de  l'apaisement  de  la 
mer  entre  Chypre  et  Rhodes  et  beaucoup  d'autres,  qui  échap- 
pèrent par  malheur,  dit-il,  à  sa  pauvre  mémoire  ^  Des  per- 
sonnes dignes  de  foi,  comme  Bérenger  Grégoire^  et  d'autres 
encore*,  lui  avaient  raconté  des  anecdotes  sur  le  saint.  Puis, 
après  l'expédition  de  Satalie,  les  détails  deviennent  plus  pré- 
cis et  plus  nombreux,  Philippe  ayant  été  depuis  cette  époque 
l'ami  et  très  souvent  le  compagnon  du  prélat.   C'est  aussi  la 


et  documents,  fut  dédié  aux  supérieurs  de  l'ordre  des  Jésuites  réunis 
en  concile  (8  mai  1659). 

1.  «  Et  ne  tantum  lumen,  temporibus  nostris  exortum,  in  istis  par- 
tibus  orientalibus,  in  regno  Cypri,  sub  modio  abscondatur  «  (995). 
Cf.  «  cujus  amore  langueo  »  (ibid.).  Becquet  la  croyait  écrite  en  1368 
(p.  103),  Lebeuf  avant  1370  (/.  c.XVI,  221).  Cf.  Oudin,  Commentarium 
de  script,  ecclesiaaticis,  III,  1127;  Siipplem.  ad  Bellarminum.  p.  637. 
Sur  la  division  primitive,  Vossius,  De  hisloricis  lalinis,  Lyon,  1651, 
p.  528;  Possevin,  Apparatus  sacer,  éd.  de  Cologne,  II,  279. 

2.  Vila,  995. 

3.  Vita,  1004. 
'i.  Ibid.,  995. 


—  345  — 

partie  qu'il  traite  avec  le  plus  d'amour,  la  croisade  se  confon- 
dant, à  partir  de  ce  moment,  avec  la  biographie  même  de 
Pierre  Thomas.  L'ouvrage  gagne  un  intérêt  autobiographi- 
que qui  serait  plus  grand  encore,  si  Mézières  ne  s'effaçait 
modestement  devant  la  figure  douce  et  pieuse  de  celui  qu'il 
appelle  son  Père. 

Le  style,  assez  incorrect  souvent,  devient  d'une  beauté 
singulière  et  d'un  enthousiasme  communicatif  dans  ces  der- 
nières pages  de  la  vie  du  légat.  Le  récit  de  l'expédition  d'A- 
lexandrie, avec  tous  ces  efforts  préliminaires,  si  difficiles  et 
si  malheureux,  avec  la  joie  du  départ,  à  Rhodes,  au  milieu 
des  trompettes  qui  sonnent  sur  les  galères  et  des  étendards 
qui  s'élèvent,  avec  la  désillusion  douloureuse  du  retour,  est 
un  des  plus  beaux  morceaux  de  la  littérature  latine  de  cette 
époque.  La  mort  du  prélat  à  Faraagouste  et  le  discours  final, 
qui  ressemble  assez  bien  à  celui  qui  se  trouve  dans  ses  lettres 
et  qu'il  prononça  peut-être,  montrent  aussi  la  manière  élo- 
quente dont  écrivait  ce  soldat.  La  Vie  de  Pierre  Thomas, 
avec  ses  longueurs  et  ses  miracles,  n'est  pas  du  tout  une 
œuvre  «  humble  et  médiocre  »,  ainsi  que  le  croyait  Wad- 
ding  :  c'est  un  très  beau  livre  de  propagande  pour  la  croisade 
que  Pierre  Thomas  représenta  pendant  de  longues  années,  en 
Occident,  et  dont  l'insuccès  amena  sa  mort\ 

Son  premier  appel  aux  chrétiens  fut  écrit  bientôt  après, 

1.  «  Ilumilem  tamen  et  valde  diminutam.  prout  illa  aotas  ferebat.  » 
Puis  il  ajoute  :  «  Ego,  sordibus  diiutis  et  exuta  senecta,  feci  noviorem, 
auctiorem.. . .  »  {Vila  P.  T/iomae,  Introd.  ad  lect.).  W'adding.  qui  fut 
amené  par  le  hasard  à  écrire  cet  opuscule  — il  voulait  composer  une  vie 
de  Pierre  l'Allemand  {Theotonicus),  i)rédéccsseur  à  Patti  de  Pierre 
Thomas  —  a  rassemblé  cependant  beaucoup  de  documents  relatifs  à 
son  personnage.  Le  P.  Daniel  publia  aussi  en  16.59  un  Epitorne  Vilae 
S.  Pétri  T/iomasii...  et  scala  virlultiiii  (Anvers,  Meursius,  in-12,  31  pp. 
et  un  index).  Le  même  édita  la  Vita  S.  Pétri  T/iainae.  patriarchae 
Cimstanlinopolilani,  Icgali  aposlolici.  c.r  ordiiie  B.  Virg.  Marine.  . . 
scripta  ab  annis  trecentis  per  fi.  P.  Carmessonium.  in  S.  Pagina  ma- 
gislruni  ac  Fl\  minorum  Terrae  Saitriae  mi/tistrum.  mine  démuni 
primum  prodit,  Anver.s,  Marcel  Parijs,  1666.  in-r2,  avec  un  appendice 
de  documents  empruntés  à  l'ouvrage  de  Henschen,  Le  traité  de  Phi- 
lippe sur  la  l^résentation,  bien  qu'annoncé  dans  le  titre  et  la  préface, 
ne  s'y  trouve  pas.  Mézières  (nte  la  vie  écrite  par  Carmesson  dans  son 
Oratio  traged.,  {°  196  :  «  Miracuiis...  atestantibus,  prout  in  legenda 
sua  scripta  manu  magistri  .lohonnis  {sic)  Carmesoni,  solempnissimi 
in  theologia  doctoris...  lucidius  apparot.  »  Klle  ne  contient  que  bien  peu 
de  faits  nouveaux  (p.  'il)  et  emprunte  parfois  à  Mézières  des  expres- 
sions (Mézières,  998  =  Carmesson,  32;    Méz.,  997  =z  Carm.,    32, 


—  340  — 

pendant  ce  second  voyage  en  Occident.  Après  avoir  dentiandé 
vainement  le  secours  du  pape,  Philippe  avait  commencé  ses 
pérégrinations  à  la  recherche  d'alliés  pour  son  maître.  Il 
visita,  peut-être,  les  pays  méridionaux  :  l'Aragon,  où  régnait 
le  parent  de  son  roi,  la  Castille,  où  Henri  de  Transtamare 
avait  remplacé  son  frère,  peut-être  le  Portugal  aussi  ;  des 
voyages  en  Italie  seraient  possibles  encore.  Il  eut  à  souffrir 
des  privations  et  des  dangers  :  peut-être  est-ce  à  cette  épo- 
que qu'il  tomba  aux  mains  des  pirates  qui  allaient  le  jeter  à 
la  mer  pendant  un  naufrage,  et  qu'il  passa  quelques  jours 
dans  une  ile  déserte,  ayant  pour  seule  nourriture  un  morceau 
de  pain  sec,  qu'il  trempait  dans  l'eau  de  la  mer,  et  des  racines'. 
Pendant  que  le  roi  combattait  en  Orient,  à  Tripoli,  à  Lajazzo 
et  ailleurs,  Philippe  employait  tous  ses  efforts  à  gagner  les 
princes  de  l'Occident  pour  la  cause  de  la  croisade.  Il  ne 
réussit  pas. 

Mézières  était  de  retour  à  Venise  le  19  août  1367,  quand 
on  rencontre  encore  un  des  renseignements,  si  rares  et  si 
précieux,  sur  sa  personne.  Gérard  Destres,  chancelier  de 
Savoie,  paie  un  ducat  au  gondolier  qui  ramena  le  soir  à  son 
hôtel  le  comte  qui  avait  soupe  avec  le  chancelier  de  Chypre^. 
On  trouve  aussi,  parmi  les  gens  de  l'hôtel  d'Amédée  VI  se 
trouvant  à  Pavie  le  16  novembre  suivant,  un  «  bâtard  de  Mé- 
zières »  qui  pourrait  bien  être  le  fils  naturel  de  Philippe  \ 


Méz.,  995  z=  Carm.,  2)  et  même  la  lettre  de  P.  Thomas  à  Fempereur 
de  Constantinople.  que  Philippe  publia  d'après  une  copie  fournie  par 
le  prélat  (Méz.,  i^^  30,  31,  32).  Elle  est  cependant  contemjwraine 
(«  diebus  istis  novissimis  «)•  La  Bibl.  nat.  en  contient  deux  mss..  les 
nos  lat.  17641  (f'"  61  et  suiv.)  et  5615.  Ce  dernier  porte  le  nom  de  Jean 
de  Faventia  [«  religiosus  vir,  frater  .lohannes  de  Favencia,  ordinis  mino- 
rum,  gardianus  conventus  Paffi,  ratione  miraculi  sibi  per  sanctuin  lega- 
tum  ostensi  (cf.  Carmesson,  aux  miracles)  composuit  »].  On  a  accepté 
trop  facilement  l'attribution  (Wadding,  Vila,  65;  Baillet.  ap.  Lebeuf, 
XVI.  222;  Possevin,  Gros,  Willot,  etc.).  Ainsi  que  le  soupçonnait  déjà 
le  père  Daniel  (introd.  à  la  Vie  par  Carmesson,  p.  106,  note  e),  ce 
n'est  que  la  Vie  due  à  Carmesson  (et  non  son  discours,  Lebeuf,  /.  c, 
p.  222);  la  comparaison  des  mss.  est  décisive  :  il  n'y  a  que  des  mi- 
racles de  l'année  1366  de  plus. 

1.  Contempla tio  hore  mortis,  f"  199  v°. 

2.  «  Liberavit  ibidem  (Venise,  le  19  août),  dicta  die,  manu  dicti  do- 
mini,  quem  dominus  dédit  cuidam  homini.  qui  dominum  aduxit  supra 
unam  bargam  de  domo  cancellarii  régis  Chippri.  ubi  cenaverat  —  .i. 
ducatus  auri  »  (Compte  de  l'expédition  d'Amédée  VI,  f"  66). 

3.  «  Bastardi  de  Mezieres  »  (ibid.,  f"  96). 


-  347  — 

Le  chancelier  était  à  Venise  le  16  septembre  encore,  quand 
le  Sénat  lui  permit  de  partir  pour  l'ile  de  Chypre,  malgré  les 
prohibitions  existantes.  11  avait  avec  lui  environ  vingt  per- 
sonnes et  venait  de  terminer  son  voyage  à  Avignon  et  aux 
Cours  des  princes  chrétiens  de  l'Occident  \  11  est  bien  pro- 
bable qu'il  revint  en  Chypre  pour  annoncer  au  roi  le  résultat 
de  ses  efforts. 

Ce  fut  à  Avignon,  à  Venise  ou  en  Chypre,  pendant 
l'année  1367  encore^  ou  en  1368,  qu'il  écrivit  l'épître  aux 
chrétiens  et  la  préface  de  la  règle  de  son  ordre  '. 

La  chrétienté  était  plus  corrompue  que  jamais,  la  Passion 
du  Christ,  qui  les  avait  rachetés  tous,  était  oubliée  depuis 
longtemps.  Si  un  Juif  leur  avait  montré  la  voie  du  salut, 
ils  lui  auraient  gardé  quelque  reconnaissance,  tandis  qu'on 
passait  auprès  du  Christ,  avec  ignominie,  comme  devant  une 
statue.  Dieu  avait  puni  et  punissait  encore  ;  des  guerres,  des 
famines,  des  épidémies  et  enfin,  la  plaie  la  plus  douloureuse, 
la  perte  de  Jérusalem  s'étaient  abattues  sur  les  coupables. 

Cet  état  de  choses  ne  pouvait  durer  ;  autrement  la  terre  elle- 
même  s'ouvrirait  pour  les  engloutir,  comme  Dathan  etAbiron. 
La  chrétienté  devait  se  reconnaître,  il  lui   fallait  un  miroir. 


1.  «  €um  fuerit  dubium,  si  egregius  vir,  dominus  canzellarius  régis 
Cipri,  qui  fuit  ambaxiator  ad  dominum  papam  et  ad  alios  dominos 
potest  reverti  in  Ciprum  ad  domum  suani,  cum  comitiva  sua,  que  est 
cii'ca  pcrsonas  ..\\.,  pro  parte  ca])taiii  inajori  consilio  1367,  primo  maii, 
et  consiliarii  sint  diverse  oppinionis,  vadit  pars  per  modum  declara- 
cionis,  si  vidctur  vobis  quod  ire  possit  vel  non...  »  {Libro  Novella, 
fo  108). 

2.  Après  le  combat  de  Tripoli  (septembre  1367),  qu'il  mentionne 
(fo  nj  V"):  «  Sed  etcivitatem  antiquam  Syrie,  Tripolim,  et  alias  civitates 
et  castra  quam  pluriiria  inimicorum  fidei  viriliter  del)ellavit  »  et  même 
après  le  mois  d'octobre,  quand  cette  nouvelle  arriva  en  Occident;  peut- 
être  aussi  après  le  départ  du  roi,  bien  que  ses  plaintes  contre  la  chré- 
tienté occidentale  ne  soient  pas  une  raison.  Il  pouvait  en  être  sulli- 
samment  mécontent,  même  avant  l'arrivée  de  Pierre  1«''  (cf.  Molinier, 
art.  cité  des  Arch.  de  l'Or,  lai.,  1,  339).  Une  date  plus  certaine  est 
donnée  par  l'ouvrage  lui-môme  :  «  Fere  viginti  anni  elapsi  sunt, 
a  quo  teinpore  benignus  Jhesus,  sicut  pie  eslimo,  circa  religioneiu 
istam  cor  meum  inflammavit. . .  »  (f"  9  v").  Il  en  eut  la  première  idée 
en  1347. 

3.  Cette  première  rédaction  est  composée  d'une  «  Prefacio  seu  quod- 
dam  compcndium  régule  militaris  Passionis  .Ihesu  ('hristi  »,  puis  de 
r  «  Epistola  in  prcfacione  régule  militaris  Passionis  Jhcsu  (.'hristi, 
de  motivis  clare  concludentibus,  etc.  »  Les  deux  se  trouvent  dans  le 
ms.  1943  (ancien  1056)  de  la  Bibl.  Mazarine.  La  préface  occupe  les 


—  3'j8  — 

un  miroir  vivant,  dont  le  plomb  serait  le  corps  et  le  verre 
l'àme.  Le  feu  de  la  charité  devait  réunir  ces  parties.  Ce  mi- 
roir c'était  son  Ordre  de  la  Passion,  qu'il  avait  conçu  depuis 
vingt  ans  déjà  et  qu'il  n'avait  pas  encore  annoncé  aux  chré- 
tiens, ainsi  qu'il  devait  le  faire  '. 

Il  fallait  en  effet  un  Ordre  nouveau  pour  remplacer  les  au- 
tres, dont  l'enthousiasme  avait  disparu,  qui  n'avaient  plus  la 
sève  de  leur  jeunesse.  Cet  Ordre  réunira  tous  les  états:  les 
nobles  fourniront  le  chef  et  les  chevaliers;  le  clergé,  le  pa- 
triarche et  ses  suffragants  ;  les  bourgeois  les  frères;  le  menu 
peuple  ^  les  servants.  Ses  membres  s'engageront  à  observer 
quatre  vœux  :  ceux  de  pauvreté,  de  chasteté  conjugale  (le 
mariage  était  permis,  eu  égard  au  climat  chaud  de  l'Orient 
et  aux  facilités  que  cette  autorisation  apporterait  à  l'enrôle- 
ment) \  d'obédience  et  de  perfection  complète  [summe  perfec- 
tionis).  Grâce  à  cet  Ordre,  la  mémoire  de  la  Passion  sera  sans 
cesse  renouvelée;  des  cadets  de  famille  ne  courront  plus  les 
routes  avec  les  grandes  compagnies  *  et  l'état  de  la  chré- 


f"*  1-16,  numérotation  spéciale  (le  ms.  commence  par  un  «  Liber  de 
penitencia  »,  dû  à  Jean  de  Dambach,  dominicain  du  xiv^  siècle  {Arch. 
Or.  lai.,  I,  3;{8),  l'épître  suit  jusqu'au  f"  44).  Le  ms.  appartenait  aux 
Célestins  de  Paris  :  on  y  voit  des  corrections,  dues  peut-être  à  l'auteur. 
Une  traduction  française  se  trouve  dans  le  ms.  813  du  fonds  Ashmole, 
à  la  Bodléienne  d'Oxford  (J°^2  v"-18,oti  commence  le  prologue  de  1384). 
Ecrite  vers  la  fin  du  xiv^  siècle,  elle  appartenait  à  William  Howard, 
un  des  partisans  de  l'Ordre,  plus  tard.  L'auteur  l'envoya  en  Angle- 
terre, à  l'époque  de  la  rédaction  de  son  Iroisième  ouvrage  sur  la  che- 
valerie, en  1396  (cf.  f"  2  :  «  Philippe  de  Maisières,  indigne  chancelier 
du  petit  royaume  de  Chipre  jadis  apclé).  On  y  trouve  la  traduction 
du  prologue  de  1384  (^-^  18-27)  et  la  «  substance  de  la  règle  de  la  che- 
valerie de  la  Passion  de  Jhesus-Crist  »  (f"  30),  ainsi  que  «  l'oroison 
briefve  »  (f'^  32)  :  c'était  donc  un  recueil  complet  de  ceux  parmi  les 
opuscules  relatifs  à  l'Ordre,  qui  suffisaient  pour  en  donner  une  idée 
précise.  Le  ms.  865  de  la  même  bibliothèque  est  la  copie,  faite  par  le 
secrétaire  d'Ashmole,  du  ms.813  [Vépilre^e  1367  occupe  les  f"'*  389-430). 
—  Des  fragments  notables  du  ms.  de  la  Mazarine  ont  été  publiés  par 
M.  A.  Molinier,  dans  l'article  cité. 

1.  «  Insuper...  pluries  proposui  vitam  matris  mee  .s.  regulam... 
scribere  et  in  lucem  producere,  sed  peccata. . .  digne  me  prohibue- 
runt  »  (f"  10).  11  a  répété:  «  cum  corvo:  cras  cras  »  (f'  3  v°). 

2.  «  Status  rusticalis  et  manu  operantis  »  (f"  4  v»). 

3.  11  citait  à  l'appui  la  vie  des  patriarches.  La  corruption  avait  amené 
la  décadence  des  autres  ordres  (f"  9). 

4.  «  Namque  peccatores  homines  armorum  et  societates  hodie  effun- 
dentes  sanguinem  christianorum  in  viam  perdicionis,  quasi  ad  nup- 
cias  ambulantes,  ac  nobileset  ignobiles  secundos  genitos,  modicam  aut 
nullam  partem  in  hereditate  patris  habentes,  secundum  legem  regio- 


—  349  — 

tienté  deviendra  meilleur  par  leur  exemple.  Les  chrétiens 
de  l'Orient,  ceux  qui  étaient  tombés  déjà  sous  le  pouvoir 
des  Turcs  et  ceux  qui  combattaient  encore,  Chypriotes, 
Hospitaliers  et  Grecs',  seront  secourus,  la  Terre  Sainte  re- 
prise et  conservée,  la  vraie  foi  répandue  parmi  les  nations 
infidèles  et  schismatiqucs  et  l'Église  romaine  aura  des  dé- 
fenseurs contre  les  hérétiques,  les  rebelles  et  les  tyrans ^ 
C'était  le  but  sextuple  de  cette  fislula  altisonans  \  qui  de- 
vait prendre  le  nom  d'Ordre  de  la  Passion*.  Il  sera  lui- 
même  aidé  dans  cette  tâche  par  la  Vierge  Marie,  l'étoile 
de  la  mer,  la  lune  sans  éclipse,  la  protectrice  spéciale  de  son 
armée''. 

La  préface  donne  des  détails  très  précis  sur  l'organisa- 
tion de  l'Ordre.  L'armée  devait  s'établir  en  Orient,  sans 
penser  à  revenir  jamais  dans  les  pays  de  l'Occident.  Elle 
aurait  des  biens,  comme  jadis  l'Église  primitive,  sans  que 
ses  membres  violassent  cependant  leur  vœu  de  pauvreté  ^  Un 
chef  unique,  le  prince,  était  à  la  tête  des  chevaliers  et  de 
leur  suite'':  un  conseil  de  dix,  plus  deux  consuls,  devaient  l'as- 


num,  jam  expertes  in  armis,  ista  religio...  bénigne  suscipiet.  » 
C'était,  on  le  voit,  le  renouvellement  des  projets  du  pape  et  de  l'em- 
pereur sur  la  participation  des  grandes  compagnies  à  la  croisade,  seu- 
lement le  but  de  Mézières  était  plus  élevé  et  plus  large  :  il  ne  voulait 
pas  se  débarrasser  seulement  des  compagnies,  mais  les  amener  à  une 
meilleure  vie,  sauver  leur  àme  et  amener  ensuite  ces  soldats  convertis 
à  la  conquête  de  Jérusalem  et  de  la  Terre  Sainte  (f"  1  v). 

1.  «  Unum  videlicet  quod  ab  Agarenis  die  noctuque  debellatur,  sicut 
sunt  Ciprienses,  llospitalarii,  Greci,  et  alii  eis  adhérentes,  et,  nisi  afra- 
tribus  suis  occidentalibus  eis  cito  subveniatur,  amen,  amen  dicendo, 
dcstrucntur  et  nomen  domini  Jhesu  de  partibus  orientis,  heu  !  delebitur, 
quod  absit  (cf.  la  circulaire  du  pape):  jam  jam  major  pars  illarum  na- 
cionum  fidem  Christi  dereliquit,  sicut  imperium  Grecorum,  regnum 
Arménie,  regionesque  alie,  numéro  non  pauce. . .  »  (f"*  19-19  v"). 

2.  «  Ut  fidem  catholicam  etecclcsiam  saiictam  Uei  romanam  pertur- 
bantibus,  sicut  hereticis  et  sismaticis,  si  occurrerit,  resistatur  »  (f°  18). 
(^f.  f°  1  v°:  «  ista  religio  ad  unguem  regulata...  sufticiens  et  potens  erit 
ad  extirpandum  in  via  sua  tirannos  et  rebelles  ecclesie,  perturbantes 
pacem  ipsius  ecclesie  romane  ». 

3.  F°  19. 

4.  V.  sur  ces  buts,  f»*  1-1  v»  (Préface);  17  v»-23  (Épître). 

5.  «  Filiis  tuis  specialissimis  »  (f"  14). 

6.  «  Civitates,  castra,  terras,  fortalicia,  aurum.  argentum  et  omnia 
bona  temporalia. . .  semper  tamen  in  communi  rcligionis  »  (f"  6). 

7.  Ce  devait  être  probablement  le  roi  de  Chypre,  bien  que  l'idée  ne 
soit  pas  exprimée.  11  paraît  que  Mézières  ne  pensa  que  plus  tard  à 
l'oleclion  du  chef. 


—  350  — 

sister  dans  ses  fonctions'.  Los  provinces  seraient  adminis- 
trées par  des  présidents,  des  vice-présidents  {présidentes 
medioa^es)  et  des  châtelains ^  Un  patriarche \  avec  des  arche- 
vêques et  des  évoques,  devait  prier  pour  la  communauté 
pieuse  et  guerrière,  qui  se  renouvellera  sans  cesse,  sans 
quitter  son  poste  de  combat.  Les  enfants  des  chevaliers  du 
Christ  succéderaient  à  leurs  pères. 

Suivent  les  renseignements  sur  le  costume.  Les  chevaliers 
devaient  porter,  sur  une  chemise  de  lin  et  un  «  jupon  »,  des 
tuniques  de  couleur  claire,  à  croix  rouge,  descendant  au-delà 
des  genoux,  des  ceintures  de  soie  ou  de  cuir,  aux  agrafes  de 
corne  ornées  d'orichalque,  des  bottes  noires  sans  ornement 
et  des  capuces  rouges.  Les  frères  porteraient  sur  le  môme 
habit  une  croix  plus  étroite  et  des  franges*  noires  ;  leurs  ca- 
puces seraient  de  la  même  couleur  que  la  tunique.  Les  ser- 
vants enfin  auraient  une  grande  tunique  ou  jupon,  à  ceinture 
étroite  et  une  épitoge  comme  celle  des  écoliers  de  Paris.  Des 
détails  étaient  donnés  ensuite  sur  le  vêtement  des  clercs  et 
celui  des  femmes,  soumises  elles  aussi  à  la  règle;  sur  le  vê- 
tement du  prince  et  sur  les  habits  de  cérémonies.  Ils  ne  sont 
intéressants  au  reste  que  pour  l'histoire  du  costume  ^ 


1.  «  Duo  magni  consules  »  (f»  7  v°).  Ses  autres  t^rands  dignitaires 
étaient  :  le  grand  connétable,  le  grand  chancelier,  le  grand  maréchal, 
le  grand  amiral,  le  grand  trésorier,  le  grand  proviseur,  le  grand  advo- 
catns,  le  grand  procureur,  le  grand  modérateur  et  le  grand  justicier 
(f"  7  V"). 

2.  «  Et  taies  ultimi  (ceux  qui  commanderont  1-4  soldats)  voca- 
buntur  castellani  »  (f"  8)  ;  les  présidents  mineura  en  commanderont 
12  ou  6,  les  autres  vice-présidents  24  ;  les  présidents  auront  sous  leurs 
ordres  4,  5,  8  ou  12  de  ces  derniers. 

3.  Le  patriarche,  maitre  in  sacra  pagina,  était  le  «  patron  spi- 
rituel »  de  Tordre  (f°  8  v). 

4.  «  Frizellus.  »  Les  tuniques  devaient  être  rouges,  vertes,  écar- 
lates,  céleslines  ou  «  bleu  clair  »  (f°  26).  Le  manteau  du  prince  est 
blanc,  ainsi  que  l'habit  de  fête  des  chevaliers. 

5.  Un  très  long  chapitre  «  de  habitu  et  ve.stiraentis  militum  religio- 
sorum  sancte  milicie  ac  ipsorum  uxorum  »  est  consacré  au  vêtement 
(f"*  24  et  suiv.).  La  traduction  d'Oxford  contient,  au  commencement, 
des  dessins  contemporains  qui  représentent  :  deux  chevaliers,  un 
autre  chevalier,  une  dame,  un  «  chevalier  avec  les  armes  de  la  reli- 
gion »,  la  «  banière  commune  de  la  religion  »  et  «  les  armes  »,  le 
drapeau,  le  bouclier.  Des  copies  à  l'encre  noire  dans  le  ms.  865 
(£"■*  377-87).  Ashmole  a  reproduit  ces  figures  dans  son  livre  sur  l'ordre 
de  la  Jarretière  (The  institution,  laivs  and  cérémonies  of  Ihe  most 
noble  order  of  Ihe  Garter,  London,  1632).  Hélyot  donne  deux  gravures 
(chevalier,  chevalier  en  armes),  dans  son  Histoire  des  ordres  monas- 


—  351  — 

L'armée  organisée  de  cette  manière  '  devait  faire  mira- 
cle. Les  princes  délicats  pouvaient  dormir  et  festoyer  ^  la 
honte  de  la  chrétienté  serait  lavée  cependant.  Un  soldat  du 
Christ  chassera  mille  Infidèles,  deux  en  chasseront  dix  mille '. 
Jérusalem  deviendrait  peut-être  encore  une  fois  un  royaume 
des  fidèles'*. 

Comme  on  le  voit,  le  projet  n'était  pas  très  original  dans 
son  idée  première.  Charles  de  Sicile  avait  proposé  déjà  de 
réunir  tous  les  ordres  dans  un  seul,  sous  le  commandement 
d'un  chef  unique,  le  futur  roi  de  Jérusalem'.  Hajton  déve- 
loppa ce  projet:  un  fonds  commun  serait  formé  par  des  con- 
tributions fournies  par  les  fidèles,  le  vendredi,  jour  de  la 
Passion;  par  le  produit  dos  testaments,  des  bénéfices  pour 
une  année  et  des  prébendes  ^  Le  roi  de  Jérusalem  comman- 
derait le  nouvel  Ordre,  qui  serait  soumis  à  la  juridiction  du 
pape  et  ne  devrait  quitter  jamais  la  Terre-Sainte''.  Enfin,  on 
retrouvait  dans  le  livre  du  seigneur  arménien,  cette  idée  de 
convertir,  par  l'Ordre  modèle,  les  renégats  d'abord,  puis  les 
Infidèles  mêmes,  Kourdes  et  Bédouins^ 

Ce  qui  appartenait  en  propre  cà  Mézières,  qui  devait  con- 
naître le  livre  de  Hayton,  était  l'organisation  détaillée  de  cette 
armée  de  la  croix,  organisation  faite  avec  beaucoup  d'ingé- 
niosité et  de  sens  pratique,  et  ensuite  la  vulgarisation  d'un 
projet  qui  n'avait  été  présenté  jusqu'alors  qu'en  passant  et 
dans  des  traités  qui  ne  se  répandirent  pas  trop  dans  le  monde 


tiques,  t.VIII.ch.  f.xix,  pp.  429-33.  Bar  ajoute  aux  figures  qu'il  emprunte 
à  Ashmole  celles  du  chevalier  servant,  du  frère  servant  (sic),  de  !'«  hos- 
pitalière de  l'ordre  »  {Recueil  des  costumes  des  ordres  religieux  et 
militaires,  t.  111,  Paris,  178'»).  Ces  figures  paraissent  fantaisistes,  com- 
parées aux  indications  de  ÏKpltre. 

1.  Ll'! pitre  renvoie,  pour  de  plus  longs  renseignements,  à  la  règle 
elle-même:  («  prout  in  régula  clare  declarabitur  »,  «  in  régula  clarius 
declarabitur  »)  qu'il  écrivit,  paraît-il,  plus  tard. 

2.  «  Ipsis  ad  propria  remanentibus,  quia  delicati  sunt  »  (f"  1  v°). 
Cf.  f"  20  V". 

3.  «  Unus  illorum  mille  Thurcos  et  Tarthros  persequetur  et  duo  x™ 
Sarracenos  »  (f"  20  v"). 

4.  «  Terram  sanctam  liberabit  ac  in  posterum  firmi.ssime  retinebit  » 
(f"  17  vo). 

5.  Bibl.  nat.  fr.  6049,  f"  186. 

6.  Ms.  de  la  morne  bibliothèque,  f"^  37  v°-8. 

7.  Ibid.,  fo*  38  vo-9. 

8.  Ibid.,  f"'  39-9  yo. 


—  352  — 

chevaleresque.  Mézières  consacra  à  cette  œuvre  sa  vie  entière, 
il  propagea  cette  idée  par  la  parole  et  par  la  plume,  employa 
tous  ses  efforts  et  toute  son  habileté  pour  la  réaliser.  Chaque 
circonstance  favorable  le  trouvait  prêt  à  agiter  de  nouveau 
l'idée  de  son  Ordre,  destiné  à  rendre  de  si  grands  services 
à  la  croisade.  Il  ne  réussit  pas  malheureusement  :  le  peuple 
était  depuis  longtemps  indifférent  k  la  croisade,  les  seigneurs 
cherchaient  des  aventures  plus  faciles  ;  cette  vie  de  moines 
guerriers,  avec  une  discipline  de  fer  et  des  mœurs  patriar- 
cales, sans  gain  et  sans  gloire,  leur  répugnait.  L'armée  de 
Mézières,  ces  véritables  légions  du  Christ,  ne  s'établit  jamais 
dans  les  plaines  de  la  Syrie,  majs  c'est  un  beau  spectacle, 
dans  ce  xi\''  siècle,  si  léger  et  si  barbare  encore,  que  celai 
de  cet  homme  pieux  poursuivant  avec  persévérance  la  réali- 
sation d'un  projet,  auquel  jamais  il  ne  renonça. 


CHAPITRE  XI. 

DERNIERS  COMBATS   DE  PIERRE  I"^    —  SON    VOYAGE   EN  OCCIDENT 

ET  SON  ASSASSINAT. 

Pendant  que  Mézières  employait  tous  ses  efforts  en  Occi- 
dent pour  soulever  encore  une  fois  la  chrétienté  indifférente, 
la  guerre  avait  recommencé  en  Chypre,  malgré  les  négocia- 
tions qui  interrompirent  momentanément  les  hostilités. 

Ainsi  que  l'avait  promis  le  Soudan ,  les  deux  ambassa- 
deurs sarrasins,  Toqboghcà  et  Nasareddin,  revinrent  en 
Chypre  pour  demander  au  roi  la  restitution  des  captifs. 
Pierre  admit  leur  demande,  bien  qu'il  ne  les  ait  pas  envoyés 
tous  au  Caire,  ainsi  que  le  croit  Mâcheras'.  Guillaume 
Terras  (?)  et  Paul  de  Bologne  s'embarquèrent  ensuite  sur 
une  galère  et  se  dirigèrent  vers  l'Egypte  ^ 

Pendant  ce  temps,  des  changements  importants  s'étaient 
produits  dans  les  idées  d'Yalboghà  ;  peut-être  fut-il  trompé 
par  la  trop  grande  bienveillance  du  roi,  qu'il  croyait  réduit  à 
la  dernière  extrémité.  Quand  Paul  de  Bologne  —  son  com- 
pagnon, malade,  était  revenu  en  Chypre  —  se  présenta  au 
Caire,  il  fut  emprisonné  (octobre  1366).  L'émir  se  montra 
irrité  qu'on  lui  eût  fait  porter  les  lettres  du  roi  par  des 
gens  de  si  petit  état  et  qu'on  lui  ramenât  un  si  petit  nombre 
de  captifs.  La  galère  chypriote  fut  attaquée,  ainsi  que  les 
vaisseaux  vénitiens^  qui  se  trouvaient  dans  le  port  d'Alexan- 
drie, et  parmi  lesquels  elle  s'était  réfugiée  *  ;  les  marchands 


1.  50  Sarrasins  furent  confiés  seulement  aux  ambassadeurs,  qui 
devaient  promettre  la  délivrance  des  autres  après  la  conclusion  de  la 
paix(Cf.  IbnKhâdi  Schuhbah,  f"  182,  ap.  Weil,  Ge6'c/i?W«/e  r^e/- C/ta/Z/eu, 
IV,  514,  note  1).  C'est  ce  qui  arriva  en  1368. 

2.  Weil,  /.  c. 

3.  Les  vaisseaux  étaient  venus  pour  traiter  sur  la  liberté  de  faire 
le  commerce  et  de  visiter  la  Terre-Sainte.  Ibid. 

4.  V.  pp.  339-40.  Voyez  sur  le  secours  du  comte  de  Savoie,  que  le  roi 
demanda,  par  le  chevalier  Pierre  de  Levât  (?),  Mâcheras,  99  et  p.  334. 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  23 


—  354  — 

de  Beyrouth  emprisonnés.  Une  mission  catalane,  à  laquelle 
le  roi  avait  adjoint  de  nouveaux  ambassadeurs,  ne  réussit 
pas.  Ils  revinrent  à  Famagouste  le  26  novembre.  La  flotte 
royale  devait  partir  bientôt  vers  un  but  inconnu  ;  une  mala- 
die de  Pierre  I"  empêcha  l'expédition.  Il  n'obtint  sa  gué- 
rison  qu'au  commencement  du  mois  de  décembre,  grâce  à 
l'intervention  des  saints  Cyprien  et  Justine,  dont  il  visita 
les  reliques  à  Meniko^ 

Une  grande  flotte  s'était  rassemblée  à  Famagouste,  la  plus 
grande  après  celle  qui  avait  conquis  Alexandrie.  Elle  comp- 
tait 123  vaisseaux ^  dont  56  galères^;  les  Hospitaliers  en 
avaient  envoyé  quatre.  Lesparre,  récemment  venu  de  l'Occi- 
dent \  Brémont  de  la  Voulte  et  Philippe  d'Ibelin,  revenu  en 
grâce  auprès  du  roi^  se  réunirent  à  l'expédition.  On  remar- 
quait, parmi  les  autres  chevaliers  :  Jean  d'Ibelin,  comte  de 
Jaffa,  et  son  homonyme,  sénéchal  de  Jérusalem,  le  seigneur 
de  Rochefort,  arrivé  avec  Lesparre,  Simon  Thénouri,  maré- 
chal de  Jérusalem,  Jacques  de  Norès,  turcoplier  de  Chypre, 
Raymond  Visconti,  Jean  de  Moustry,  amiral  de  Chypre,  Pierre 
Malosello,  chambellan  du  roi,  Jean  Grimaldi*^,  Huguet  et 
Guy  de  Mimars^  Lascaris  Calophéros,  et  d'autres  encore. 
Des  Napolitains ^  la  suite  de  Jean  de  la  Rivière  ^  la  compa- 
gnie de  la  sainte  Vierge'  et  celle  de  l'archevêque  de  Nicosie 
s'embarquèrent  aussi  sur  la  flotte,  qui  partit,  sous  le  com- 
mandement du  roi,  un  dimanche,  le  17  janvier  1367' 


10 


1.  Machaut,  p.  130  :  «  pour  ce  qu'il  estoit  grans  yvers  ».  Cf.  Mâche- 
ras, p.  24.  Le  roi  bâtit  ensuite,  d'après  Amadi,  une  nouvelle  église  à 
Meniko  et  fit  argenter  les  têtes  des  deux  saints. 

2.  Chiffre  donné  par  Machaut,  130.  Mâcheras  compte  116  vaisseaux 
(p.  101). 

3.  Mâcheras,  l.  c. 

4.  Ibid.,  p.  99. 

5.  Mâcheras  nomme  Jean  d'Ibelin  :  il  serait  resté  en  France,  après 
le  départ  du  roi  de  Venise.  Il  faut  lire  probablement  Philippe,  le 
seigneur  d'Arsouf  se  trouvant  dans  l'armée  royale  pendant  cette 
expédition. 

6.  Revenu  d'Occident  avec  .lean  de  Sur,  le  22  septembre  (Amadi, 
417).  Grimaldi  serait,  d'après  Mâcheras,  un  Aragonais. 

7.  Mâcheras  cite  «  la  galère  napolitaine  ». 

8.  TElixXri^iépz,  p.  101.  Cf.  pp.   278,  306. 

9.  T'^ç  uTîEpayi'a;  ©soxoV.ou. 

10.  Mâcheras,  variante  du  ms.  d'Oxford  ;  celui  de  Venise  donne  le 
7  décembre,  qui  n'était  pas  un  dimanche  (p.  102). 


—  355  - 

L'expédition  était  arrivée  assez  loin,  quand  elle  fut  sur- 
prise par  une  grande  tempête  qui  dura  cinq  jours  et  cinq 
nuits'.  Les  vaisseaux  furent  dispersés,  le  roi  fut  jeté  sur  la 
côte  de  Chypre,  tandis  que  Lesparre  prenait  le  port  de  Tri- 
poli, où  il  attendit  vainement,  pendant  douze  jours,  le  reste 
de  la  flotte.  On  revint  à  Karpasso,  où  les  quelques  vaisseaux 
de  Tripoli  rejoignirent  les  autres,  avec  le  butina 

Cette  entreprise,  bien  qu'elle  n'ait  pas  réussi,  causa  quelque 
émotion  en  Egypte.  Le  roi  de  Chypre  n'était  donc  pas  perdu, 
il  pouvait  se  défendre  encore  et  même  attaquer.  Deux 
émirs,  Homar-el-Seyffy  et  Nasareddin ',  accompagnés  par  un 
cadi,  arrivèrent  en  Chypre,  avec  une  suite  de  quarante  Sar- 
rasins, pour  recommencer  les  négociations. 

Paul  de  Bologne  conduisait  ces  nouveaux  ambassadeurs, 
qui  débarquèrent  à  Saint-George  de  Dadas*,  vers  le  mois  de 
février  environ  ^  Ils  avaient  avec  eux  deux  envoyés  génois, 
Giovanni  Imperiali  et  Pietro  Racanelli",  capitaine  de  Smyrne, 
qui  revenaient  d'Alexandrie,  où  ils  avaient  demandé,  avec 
leurs  collègues  catalans,  l'envoi  des  émirs  en  Chypre". 
Le  roi  leur  accorda  une  audience  le  lendemain  de  leur  arrivée 
à  Famagouste  et  les  négociations  furent,  cette  fois,  assez 
heureuses,  grâce  à  l'intervention  des  conseillers  du  royaume 
qui  objectèrent  le  mauvais  état  du  Trésor,  et  à  celle  des 
ambassadeurs  occidentaux. 

Le  traité  conclu  à  cette  occasion  fut  très  favorable  aux 
prétentions  du  roi,  qui  ne  cédait  que  sur  la  question  du 
royaume  de  Jérusalem.  Les  prisonniers  devaient  être  resti- 
tués, le  roi  recevrait  la  moitié  de  la  douane  en  Syrie  et  en 


1.  Machaut,  131.  Le  roi  fut  repris  par  sa  fièvre. 

2.  Mâcheras,  103.  Machaut  ne  mentionne  pas  l'expédition  de  Les- 
parre. Le  roi  aurait  licencié  son  année,  d'après  Mâcheras  (/.  c.)  ;  il 
l'aurait  rendue  plus  forte,  d'après  Machaut,  et  ne  l'aurait  licenciée  qu'à 
l'arrivée  des  ambassadeurs  sarrasins  (p.  I'i2). 

3.  Ou  Nassar-El-Din  Mahmet  Cra'ia  (v.  la  lettre  du  roi  du  19  mai 
1368,  dans  Mas  Latrie,  Ilist.  Ch.,  III.  291  et  suiv.).  Le  premier  était 
«  le  plus  grant  de  son  hosté  »,  l'autre  «  y  (en  Chypre)  avoit  jà  esté  » 
(Machaut,  /.  c). 

4.  (?). 

5.  Mâcheras,  103-4. 

6.  «  Raguenel  »,  Machaut,  176.  Cf.  ibid.,  p.  178  ;  pp.  158,  note  2  et 
329  du  présent  ouvrage. 

7.  Machaut,  p.  176.  Cf.  Mâcheras,  103. 


—  356  — 

Egypte  \  les  pèlerins  munis  de  ses  lettres  do  recommanda- 
tion étaient  exempts  du  trevage  à  Jérusalem  et  ailleurs',  le 
Soudan  devait  envoyer  à  Famagouste  la  colonne  à  laquelle 
avait  été  lié  le  Christ  ^  Le  traité  fut  juré  par  le  roi  et  par  les 
ambassadeurs  S  qui  devaient  demander,  au  retour,  la  ratifica- 
tion du  Soudan.  Les  prisonniers  sarrasins  rassemblés,  au 
nombre  de  mille,  à  Nicosie  et  à  Famagouste,  les  accompa- 
gnèrent en  Egypte  ^ 

Le  roi  lui-même  nomma  comme  ambassadeurs  Jacques  de 
Norès,  le  turcoplier,  puis  des  personnages  moins  connus  : 
Pierre  de  Campi  (?),  Jacques  le  Petit  et  Hugues  la  Baume  ^  Un 
grand  nombre  de  chevaliers  chypriotes  demandèrent  la  permis- 
sion de  les  accompagner  et  faire  le  pèlerinage  de  Terre 
Sainte.  Pierre  I",  qui  n'avait  pas  grande  confiance  dans  la 
loyauté  des  Sarrasins,  n'accorda  cette  permission  qu'à  Guy 
le  Baveux  et  ses  deux  fils,  à  un  Anglais,  dont  Mâchant  fait 
l'éloge,  Robert  le  Roux,  et  à  deux  écuyers,  Jean  de  Contes 
et  Jean  de  Beauvilliers ^  Jean  de  Reims,  écuyer,  grand  ama- 
teur de  combats  et  «  amours  et  dames  »,  parvint  à  se  faire 
passer  cependant  comme  serviteur  d'un  des  ambassadeurs  de 
Gênes  et  à  partir  avec  l'expédition.  Le  Génois  Pierre  de 
Canale  ^  était  arrivé  en  Chypre  pour  hâter  le  départ,  le  Sou- 
dan ayant  refusé  encore  une  fois  de  traiter  séparément.  La 


1.  Machaut,  172.  Le  roi  devait  lever  ce  droit  à  Tyr,  Beyrouth,  Saïd, 
Alexandrie,  Damiette,  Tripoli,  Damas  et  Jérusalem  (De  Guignes,  IV, 
235-6). 

2.  Il  s'élevait,  d'après  Machaut  (/.  c),  à  «  V  florins  de  Florence  » 
par  tête. 

3.  Elle  se  trouvait  à  Jérusalem.  Pierre  se  proposait  de  la  placer 
dans  une  «  chapelle  belle  et  grosse  »  à  Famagouste,  que  le  pape  décla- 
rerait lieu  de  pèlerinage,  à  Tégal  de  la  Terre-Sainte,  si  une  nouvelle 
guerre  avec  les  Sarrasins  éclatait  (Machaut,  175). 

4.  Ibid.  Cf.  145  : 

«  Chascuns  (des  Sarrasins)  mist  le  doy  à  son  dan. 
Si  comme  leur  guise  l'ordonne.  » 
V.  aussi  la  lettre  citée  du  19  mai  1368. 

5.  Même  ceux  baptisés  qui  l'auraient  voulu  :  des  ordres  pareils  furent 
donnés  pour  les  Syriens  établis  en  Chypre  (Mâcheras,  104).  Cf.  pour 
toutes  ces  négociations,  De  Guignes,  l.  c. 

6.  Les  chroniques  arabes  n'en  mentionnent  que  trois,  De  Guignes, 
236. 

7.  Machaut,  178. 

8.  TsSavs;,  KavlX.  Cf.  Machéras,  106-7  :  un  «  marchand  prudent  ». 


—  357  - 

petite  flotte,  composée  de  la  galère  catalane,  d'une  saïtie  et 
de  trois  autres  vaisseaux  chypriotes',  quitta  le  port  de  Fama- 
gouste  le  14  mars  1367*. 

La  paix  n'avait  pas  encore  été  proclamée^  en  Chypre, 
quand  un  Arménien  apporta  à  Nicosie  la  nouvelle  d'une  atta- 
que des  Infidèles  contre  Gorigos.  Depuis  une  semaine,  le  Grand- 
Caraman  assiégeait  le  château  avec  45,000  hommes  ;  six  cour- 
riers avaient  été  dépêchés  en  vain  par  le  commandant  *.  On 
résistait  encore  à  cause  de  l'excellente  situation  de  la  forte- 
resse qui  dominait  la  ville  battue  par  la  mer\  et  qui  était 
située  sur  une  montagne,  abordable  seulement  par  trois  pas- 
sages difficiles".  Cependant  le  danger  était  grand  et  le  roi  était 
sollicité  d'envoyer  aussitôt  des  secours. 

Pierre  P'"  devait  rester  en  Chypre  pour  y  attendre  cette 
saïtie  du  Caire,  qui  allait  lui  annoncer  la  conclusion  défini- 
tive du  traité ^  Le  prince  d'Antioche  fut  invité  à  partir  avec 
dix  galères  \  Il  avait  avec  lui  son  frère,  le  connétable,  le 
comte  de  Rochas  et  Simon  Thénouri,  le  turcoplier,  Jean  de 
Norès,  Jean  d'ibelin,  sénéchal  de  Jérusalem,  Robert  le  Roux, 
Jean  de  Moustry,  amiral  de  Chypre,  Guy,  Robert  et  Renaud 
le  Baveux,  d'autres  seigneurs  français,  italiens  et  même  fla- 
mands, Lesparre,  Rochefort,  Philippe  de  Brunswick  et  Las- 
caris   Calophéros'.  L'armée  s'élevait  à  six   cents   hommes 


1.  Mâcheras,  106-7.  Cf.  p.  104. 

2.  .Macliaut,  178.  D'après  Mâcheras  aussi,  ils  partirent  à  cette  date 
(p.  107).  Les  chroniques  arabes  la  confirment  (cf.  De  Guignes,  IV, 
236,  note  a). 

3.  Elle  ne  le  fut  que  le  23  février  (Amadi,  41). 

4.  I\!achaut,135,  137.  Les  amhassadeurs  du  Soudan  désavouèrent  la 
conduite  de  l'émir  (Mâcheras,  104). 

5.  «...  la  mer  li  bat  au  gyron, 
Et  non  mie  tout  environ  » 

(ihid..  p.  135). 

6.  Deux  hommes  de  front  pouvaient  y  passer  à  peine  (ibid.).  La  for- 
teresse s'élevait  «  n  archies  »  loin  du  rivage.  Quant  à  la  ville,  elle 
était  complètement  ruinée,  ainsi  que  le  second  château,  situé  sur  l'écueil 
(il)id.).  Cf.  pp.  111-112  du  présent  ouvrage  et  Chronique  de  Dardel 
dans  le  2<'  vol.  des  llist.  arm.  des  croisades,  pp.  52-3.  (Xous  devons 
la  communication  des  bonnes  feuilles  contenant  la  chronique  à  l'iné- 
puisable bienveillance  de  M.  Ulysse  Robert). 

7.  Mâcheras.  107. 

8.  Mâchant,  138.  Cf.  Mâcheras,  104. 

9.  Machaut,   138-43;  Mâcheras,  104.   C'est  l'expédition  que  décrit 


—  358  - 

d'armes  et  trois  cents  archers.  Les  galères  qui  les  por- 
taient partirent  du  port  de  Famagouste  le  26  février  1367'. 
Elles  arrivèrent  à  Gorigos  deux  jours  plus  tard\  Les  Chy- 
priotes trouvèrent  le  Caraman  dans  une  position  très  forte, 
sur  la  montagne,  où  il  occupait  une  des  tours  qui  défen- 
daient les  approches  du  château  \  Les  troupes  descendirent 
dans  la  plaine  étroite  qui  séparait  la  ville  des  hauteurs  pour 
s'opposer  au  débarquement  des  chrétiens. 

Ce  débarquement  fut  difficile,  les  forces  du  prince  étant 
assez  réduites.  Les  chevaliers  les  plus  nombreux  et  les  plus 
vaillants  se  trouvaient  dans  les  deux  galères  restées  en 
Chypre.  On  ne  pouvait  pas  encore  attaquer  l'ennemi;  les 
chrétiens  campèrent  devant  le  château''. 

Comme  rien  ne  les  séparait  des  Infidèles,  plusieurs  cheva- 
liers, parmi  ceux  qui  étaient  venus  de  l'Occident,  se  révol- 
tèrent contre  cette  inaction  honteuse.  Lesparre,  fier  de  son 
dernier  fait  d'armes  à  Tripoli,  se  jeta  sur  les  Turcs  de  la 
plaine,  avec  Rochefort  et  quelques  autres  Français  ;  il  fut 
blessé  à  la  main  par  une  flèche  et  dut  se  retirer.  Vers  le  cou- 
cher du  soleil,  Moustry  arriva  enfin  avec  de  nouvelles  forces 
et,  le  lendemain  P'"  mars,  les  scènes  de  la  veille  se  répétè- 
rent ;  malgré  les  ordres  du  prince  et  de  son  conseil,  les  sol- 
dats de  l'amiral  se  jetèrent  sur  les  Turcs,  qui  les  mirent  en 
fuite  avec  de  grandes  pertes.  Le  gros  de  l'armée  s'en  émut 
et  accourut  avec  Philippe  d'Aumont  à  leur  secours  :  grâce  à 
leur  irrésistible  bravoure,  les  chevaliers  repoussèrent  les 
Turcs  jusqu'au  pied  de  la  moatagne,  leur  imprenable  posi- 
tion. Les  deux  grands  engins  du  Caraman  se  mirent  en 
mouvement  alors  ;  les  arbalètes,  les  flèches  et  les  garrots 
s'abattirent  sur  les  chrétiens,  qui  durent  se  retirer.  Une 
seconde  attaque,  avec  quelques  gens  d'armes  de  la  forteresse, 
eut  le  même  résultat  ;  les  archers  ennemis  décidèrent  de  la 


plus  minutieusement  Machaut,  d'après  les  rapports  de  son  ami,  Jean 
de  Beauvilliers  (p.  143). 

1.  Mâcheras,  l.  c. 

2.  Machaut,  146.  Cf.  Amadi,  416. 

3.  Mâcheras,  104.  La  tour  s'élevait  en  dehors  des  murailles,  près 
d'un  puits,  en  face  de  celle  que  Mâcheras  nomme  Ornitharios  (ibid., 
105). 

4.  Machaut,  146. 


—  359  — 

victoire.  Philippe  d'Aumont  et  Bonan  de  Bon  furent  tués. 
Moustry,  Rochefort  se  trouvèrent  parmi  les  blessés.  Presque 
tout  l'équipage  de  la  galère  de  l'amiral  fut  mis  hors  de  com- 
bat. Aussi,  malgré  l'arrivée  de  Brémont,  le  prince  défendit 
toute  nouvelle  attaque,  qui  ne  pouvait  amener  que  de  nou- 
velles pertes.  Le  turcoplier  fut  envoyé  en  Chypre  avec  les 
galères,  pour  demander  au  roi  des  arbalétriers,  et  les  chré- 
tiens restèrent  huit  jours  entiers  enfermés  dans  le  château. 
Dans  la  matinée  du  neuvième,  les  chevaliers  étrangers  qui 
causaient  sur  la  terrasse  virent  les  Turcs  qui  se  retiraient. 
Aussitôt  une  attaque  fut  décidée  :  trois  détachements  devaient 
leur  couper  le  chemin.  Ils  étaient  commandés  par  le  prince, 
Brémont  et  Lesparre.  Malgré  les  engins  des  Turcs,  les  chré- 
tiens se  comportèrent  si  vaillamment  que  la  retraite  se  ter- 
mina par  une  fuite.  Le  Caraman  voulut  rallier  ses  troupes  et 
se  jeta  avec  une  partie  de  ses  soldats  vers  le  point  où  s'éle- 
vait la  bannière  de  la  Vierge  :  les  chrétiens  le  reçurent  avec 
les  lances  droites,  tandis  que  les  arbalétriers  tiraient.  Après 
quelques  attaques  de  cette  façon,  avec  «  noise  grant  »  de  la 
part  des  chevaliers  ennemis,  aux  chevaux  harnachés  de  jaune 
et  de  vert,  la  nuit  arriva  «  noire  et  bleue  )>.  La  mêlée  devint 
«  mervilleuse  «  alors,  dans  l'obscurité,  et  la  retraite  du 
Caraman  ne  se  fît  pas  sans  de  grandes  pertes.  Il  se  retira 
rapidement  vers  ses  montagnes,  pendant  que  les  chrétiens 
pillaient  son  camp  et  enterraient  leurs  morts.  Quand  le  tur- 
coplier revint  après  trois  jours,  annonçant  de  grands  arme- 
ments en  Chypre,  il  vit  avec  étonnement 

«  Un  chevaliers  qui  là  estoit 
Qui  sus  la  grève  s'esbatoit.  '» 

Quelques  jours  après,  la  Hotte  se  dirigeait  avec  le  butin  vers 
Famagousto,  où  elle  arriva  le  14  rnars'^  à  la  grande  joie  du 
roi,  qui  ordonna  des  messes  pour  les  morts  ^. 

Quelques  mois  plus  tard,  n'ayant  pas  encore  reçu  de  nou- 
velles sur  les  négociations,  Pierre  P""  se  dirigeait  aussi  vers 


1.  Machaut,  p.  170.  Le  récit  de  la  bataille  occupe  les  pages  li7  à  170. 

2.  Mâcheras,  105-6;  Amadi,  416;  Bustron,  265. 
'S.  Machaut,  171-2. 


—  360  — 

Satalic,  où  une  partie  de  la  garnison  s'était  révoltée  contre  le 
gouverneur,  Léon  Antiaume,  qui  n'avait  pas  encore  distri- 
bué la  paie.  La  faute  en  était  au  roi  qui,  craignant  une 
attaque  du  Soudan,  avait  retenu  les  galères  qui  portaient 
chaque  année  des  vivres  et  de  l'argent  dans  la  ville.  Les 
mutins  s'étaient  saisis  des  clefs  de  la  ville,  qu'ils  menaçaient 
de  livrer  aux  Turcs'.  Le  roi  partit  le  26  mai,  avec  les  vais- 
seaux qu'il  préparait  pour  une  nouvelle  expédition  :  28  galères 
chypriotes,  les  quatre  galères  des  Hospitaliers  et  plusieurs 
petits  navires  ^  Il  entra  dans  la  ville,  distribua  la  solde  et  fit 
décapiter  le  chef  des  mutins,  Pierre  de  Canale\  Puis  il  partit 
pour  Rhodes,  attendant  toujours  des  nouvelles  de  l'Egypte. 

Ce  séjour  se  prolongea  assez  longtemps,  paraît-il  ;  des  que- 
relles, causées  par  l'envie,  s'élevèrent  entre  les  barons  chy- 
priotes et  ces  ultramarins,  si  arrogants  et  insoumis.  Lesparre 
et  Rochefort  attaquèrent  la  réputation  de  Moustry,  qui  s'en 
plaignit  au  roi,  et,  comme  celui-ci  prenait  le  parti  de  son 
amiral,  des  murmures  s'élevèrent  contre  lui-même.  On  insi- 
nua qu'il  manquait  de  courage  et  favorisait  les  schismati- 
ques  ;  Pierre  P'',  dont  le  tempérament  était  violent,  s'emporta 
et  leur  cria  qu'ils  mentaient  par  la  gorge.  11  était  bien  en 
état  de  les  insulter,  lui  répondit-on,  dans  son  pays  et  au 
milieu  de  son  armée.  Le  roi  leur  offrit  alors  de  combattre 
comme  Pierre  Lusignan,  et  les  deux  chevaliers  le  citèrent, 
en  partant,  à  Rome,  aux  fêtes  de  Noël,  devant  le  Pape*. 
Machaut  nous  a  conservé  dans  sa  chronique  même  les  très 
curieuses  et  très  amusantes  lettres  de  défi  qui  furent  échan- 
gées à  cette  occasion. 

Le  roi  apprit  enfin  les  événements  qui  venaient  de  se  pas- 
ser au  Caire. 

Quand  les  ambassadeurs  débarquèrent  à  Alexandrie,  le 
jeudi  25  mars'',  ils  recueillirent  d'assez  mauvaises  nouvelles  : 
Yalboghâ  lui-même  et  les  autres  émirs  avaient  voulu  tromper 


1.  Mâcheras,  107-9;  Amadi,  416-7;  Bustron,  264. 

2.  Voir  sa  suite,  très  brillante,  clans  Mâcheras,  /.  c. 

3.  Cavello  ou  Cavalli,  Bustron;  KavàX,  Mâcheras,  109. 

4.  Bustron,  264-5;  Amadi,  416-7;  Mâcheras,  112,  116. 

5.  Fête  de  l'Annonciation.   C'est  probablement  ce  que  veut  dire 
«  le  jour  de  feste  nostre  Dame  »  de  Machaut  (p.  183). 


—  361  - 

le  roi  par  leurs  offres  pacifiques.  On  se  proposait  d'arrêter  les 
marchands,  les  pèlerins  et  les  agents  qui  devaient  lever 
l'impôt  pour  le  roi  de  Chypre  ;  on  espérait  encore  que  les 
chevaliers  étrangers  seraient  licenciés  et  que  l'ile  resterait 
presque  sans  défense'.  Deux  cents  vaisseaux  attendaient  l'or- 
dre du  départ  dans  le  canal  d'Alexandrie  ^  Ils  ne  trouvèrent 
pas  cependant  au  Caire  le  puissant  émir.  Yalboghà,  dont  on 
avait  essayé  plusieurs  fois  d'ébranler  la  puissance'',  venait 
do  succomber  enfin  dans  la  lutte.  Ses  propres  mamelouks, 
indignés  par  sa  sévérité,  voulurent  se  saisir  de  sa  personne, 
dans  la  nuit  du  7  décembre  136G,  pendant  qu'il  était  à  la 
chasse  avec  le  Soudan.  Il  on  fut  informé  et  parvint  à  gagner 
Boulaq  Attekrouri,  où  se  trouvait  le  grand  chambellan  Tcibo- 
ghà,  avec  la  flotte.  Quand  il  voulut  revenir  ensuite  au  Caire, 
}>our  y  soulever  ses  partisans,  les  portes  de  la  forteresse 
étaient  fermées  et  les  mamelouks  sur  les  murs.  Il  dut  s'en- 
fuir encore  une  fois  à  Boulaq  et  ses  ennemis  gagnèrent  l'ap- 
pui du  Soudan,  que  la  tutelle  d'Yalboghà  impatientait.  Ce 
dernier  essaya  vainement  d'en  créer  un  autre  :  Anouk,  sur- 
nommé Almanssour,  frère  de  Schaban,  qu'il  fit  proclamer  à 
Arwa,  ne  fut  jamais  que  «  le  roi  de  l'île  ».  Le  jeune  Soudan  no 
tarda  pas  à  se  présenter  avec  son  armée  sur  la  rive  occiden- 
tale du  Nil  ;  une  partie  de  ses  troupes  parvint  même  à  passer 
le  fleuve  le  4  décembre,  et  la  population  se  déclara  pour  lui. 
Revenu  au  Caire  avec  quelques  chevaliers  fidèles,  Yalboghà 
fut  assiégé  par  la  foule  dans  sa  propre  maison,  où  il  fut  bien- 
tôt arrêté.  Cette  même  nuit,  la  prison  fut  attaquée  par  les 
chefs  des  rebelles,  qui  présentèrent  au  vainqueur  la  tête  d'Yal- 
boghà sur  une  torche  allumée.  Assandimour  Al-Nàsiri  le 
remplaça*.  Ce  dernier  même  avait  été  menacé,  le  13  mars, 
par  une  conspiration  des  émirs,  et  il  ne  parvint  à  se  saisir 
de  leurs  chefs  que  grâce  à  l'appui  que  lui  donnèrent  les 
anciens  soldats  d'Yalboghà  \ 


1.  Ihid..  pp.  183-6;  cf.  Mâcheras,  103,  106. 

2.  Macliaut,  190. 

3.  En  1366  encore,  quand  il   vainquit  les  émirs  révoltés  à  Kubbet 
Almassr,  le  Dôme  de  la  Victoire  (Weil,  IV,  515;  De  Guignes,  236). 

'..  Weil,  IV,  517-8;  De  Guignes,  /.  c. 

5.  Weil,  ihid..  518-9;  De  Guignes.  IV,  236-8.  Nous  n'avons  pas  pu 
employer  la  traduction  du  Maurid  al  Lalûfa  d'Abu'l-Mahàsin,  donnée 


-  362  - 

Les  ambassadeurs  du  roi  do  Chypre  furent  d'abord  très 
bien  reçus  ;  le  Soudan  se  chargea  de  leurs  dépenses  et  le 
turcoplier  et  ses  compagnons  visitèrent  par  son  ordre  les 
deux  Caire,  dont  chacun  était,  d'après  Machaut,  <(  mil  fois 
plus  grand  que  Paris'.  »  Trois  jours  après  leur  arrivée,  deux 
émirs  les  conduisirent  au  «  très  grant,  très  fort  et  très  noble 
chasteP  »,  couronné  de  coupoles  ^  qu'habitait  le  Soudan. 
Ils  traversèrent  sur  les  chevaux  qui  leur  avaient  été  présentés 
la  place  «  vuide,  longue  et  large  »  qui  précédait  le  palais  *; 
quatre  à  cinq  mille  chevaliers  de  la  suite  des  amiraux  y  fai- 
saient la  gardée  On  les  introduisit  ensuite,  après  leur  avoir 
fait  quitter  les  souliers,  dans  le  portique  à  colonnes  de  mar- 
bre, où  le  Soudan  recevait  les  ambassadeurs  ®.  Schabân 
Aschraf  se  trouvait  sur  un  lit  de  cérémonie,  auprès  duquel 
se  tenaient  deux  émirs,  la  hache  à  la  main.  Un  grand  nombre 
de  mamelouks  étaient  rangés  des  deux  côtés  de  la  salle'', 
où  des  ménétriers  chantaient  de  telle  manière 

Que  toutes  les  gens  essourdoient*. 

Après  les  cérémonies  d'usage,  le  turcoplier  demanda  au 

par  Carlyle  (Cambridge,  1792,  ap.  Herzsohn,  pnssim).  V.  aussi  sur  ces 
événements  la  thèse  de  Herzsohn  (41-5),  à  laquelle  nous  avons  em- 
prunté l'orthographe  des  noms  arabes. 

1.  Machaut,  p.  193.  Schiltberger  compte  12,000  rues  dans  Missir 
«  und  yetliche  gass  hat  zwoUF  tusent  hiiser  »  (p.  1071  La  ville  avait 
trois  lieues  de  longueur  et  une  et  demie  de  largeur,  d'après  Lannoy 
(/.  c,  p.  320).  Cf.  Lud.  de  Sudheim,  éd.  Neumann,  p.  40  :  «  Civitas 
Caira,  .sexies  major  quam  Parysius  ».  Le  seigneur  d'Anglure  parle  de 
12,000  mosquées  (!)  et  de  40,000  «  cabaretz,  ce  sont  lieux  et  estaux  ou 
les  viendes  cuictes  sont  vendues  »  (p.  60).  Cf.  Léon  l'Africain,  II, 
203  et  suiv. 

2.  Anglure,  60.  Cf.  Lannoy,  320  :  «  très  bel  et  gros  chastel,  bien 
muret  ». 

3.  Machaut,  195. 

4.  Anglure,  61.  Cf.  Lannoy,  320  :  a  moult  grande...  et  belle  comme 
un  marchié  »,  avec  4-5  grandes  mosquées  aux  environs  (p.  321).  Les 
chrétiens  n'y  entraient  pas  (ibid.). 

5.  Machaut,  194. 

6.  Un  portique  «  surmonté  d'un  dôme  extrêmement  élevé  et  très 
beau,  soutenu  par  plusieurs  colonnes  de  marbre  »;  il  fut  bâti,  pour 
les  audiences  publiques,  par  le  Soudan  Mohammed  (De  Guignes,  IV, 
241). 

7.  Comme  «  II  murs  »  (Machaut,  195).  Ils  étaient  au  nombre  de  1,000 
(ibid.).  Cf.  Schiltberger,  108  :  «  und  hat  tàglich  an  sinem  hof  zwaintzig 
tusent  man  ». 

8.  Machaut,  196. 


-  363  - 

Soudan  la  ratification  du  traité  conclu  par  ses  ambassadeurs. 
La  réponse  fut  défavorable  et  le  turcoplier  manifesta,  paraît- 
il,  dans  des  termes  trop  vifs  son  mécontentement.  Le  Soudan 
avait  ordonné  déjà,  selon  la  coutume  locale,  de  l'étendre  à 
terre  et  de  lui  faire  payer  la  hardiesse  de  son  langage,  quand 
un  vieil  émir  s'interposa,  en  montrant  les  résultats  que 
pouvait  avoir  pour  le  commerce  de  l'Egypte  cette  punition 
trop  sommaire:  les  chrétiens  ne  viendraient  plus  dans  un  pays 
où  leurs  ambassadeurs  étaient  si  singulièrement  traités  ;  et, 
comme  le  jeune  Schaban  lui  demandait  naïvement  ce  qu'il 
fallait  faire  «  à  ce  porc  d'ambassadeur  «,  il  lui  conseilla  de 
le  laisser  libre  de  se  retirer,  ce  que  le  malheureux  fit  avec 


reconnaissance  \ 


Cependant  les  négociations  ne  furent  pas  interrompues, 
grâce  aux  bons  avis  donnés  au  Soudan  et  aux  ambassadeurs 
par  l'émir  qui  avait  sauvé  les  derniers  et  par  Nasareddin 
Craïa,  grand  dragoman  d'Egypte,  précédemment  ser  Luciano 
Dell'  Orto,  de  Gênes".  Malgré  les  efforts  contraires  des  émirs 
Assandimour  et  «  Julep  '^»,  un  nouveau  traité  fut  proposé,  après 
vingt  jours  de  discussion.  On  ne  connaît  pas  les  stipulations 
de  ce  traité,  que  Machaut  déclare  une  «  pais  honteuse  »*. 
Après  avoir  admiré  la  ménagerie  du  Soudan,  ces  «  olifants  »  dont 
le  «  bouel  »  sonne  plus  fort  qu'une  «  buisine  '  »  et  les  «  bestes 
moult  estranges  »  qu'on  appelle  «  girafes  S),  les  ambassadeurs 

1.  Mâcheras,  109-111.  Ces  choses  se  passèrent  pendant  la  seconde 
audience,  quand  les  ambassadeurs  se  présentèrent,  portant  les  «  robes 
sarrazines  »  qui  leur  avaient  été  envoyées  par  le  Soudan,  selon  la 
coutume  (Machaut,  198). 

2.  Mâcheras,  /.  c.  Cf.  Machaut,  199.  Cf.  183:  «  .\miraus  et  grans 
droguement  ».  Machaut  le  déclare  digne  «  d'estre  noiez  »  (ibid.). 

3.  Sodamour  ou  Sedamur  dans  Machaut  (cf.  p.  361  du  présent  ou- 
vrage). Ils  conseillèrent  l'emprisonnement  ou  môme  l'exécution  des 
envoyés,  pour  que  la  prise  d'Alexandrie  fût  vengée  (Machaut,  199). 

4.  «...  au  roy  damageuse 

Et  à  tout  son  pais  honteuse  » 

{ibid.,  p.  200). 

5.  «  Et  quant  ycelluy  olifant  souffle,  il  retentist  par  cillui  bouel 
(trompa)  plus  fort  que  nulle  buisine  du  monde  ne  porroit  faire,  et  est 
celle  voix  gro.sse  et  terrible  à  ceulx  qui  n'en  sont  usagez  »  (.\nglure, 
62).  Cf.  Machaut,  201. 

6.  «  Cinq  autres  bestes  moult  estranges  et  moût  sauvages  à  veoir, 
lesquelles  sont  appellées  «  giraffa  »  »  (.\nglure,  62).  Les  ambassadeurs 
n'en  virent  qu'une  et  trois  éléphants  :  plus  heureux,  le  sire  d'Anglure 
en  avait  contemplé  six,  «  deux  moût  grans,  deux  moyens  et  deux  petis  » 
(p.  61). 


—  364  — 

chrétiens  quittèrent  enfin  la  ville,  avec  deux  envoyés  du  Sou- 
dan \  se  dirigeant  vers  Alexandrie.  Ils  arrivèrent  à  Fama- 
gouste  pondant  l'absence  du  ^oi^  Le  prince  d'Antioche  partit 
avec  eux  vers  Rhodes,  le  28  juin  \ 

Le  roi  était  à  la  chasse  quand  ils  arrivèrent;  il  revint 
joyeusement,  croyant  la  paix  déjà  conclue.  Les  ambassadeurs 
furent  introduits  dans  le  château,  en  présence  du  Grand- 
Maitre,  à  peine  revenu  de  l'Occident'',  de  Perceval  de  Co- 
logne, du  prince  de  Galilée,  de  Brémont  de  la  Voulte  et 
d'autres  chevaliers  ''.  Ils  déclarèrent  que  la  mort  d'Yalboghâ 
avait  annulé  les  négociations  antérieures  et  présentèrent  le 
nouveau  traité  que  proposait  le  Soudan,  Le  roi  en  fut  indigné 
et  leur  ordonna  de  partira  Léon  Antiaume  fut  envoyé  aussi- 
tôt en  Chypre  pour  y  préparer  une  nouvelle  expédition''. 

Le  roi  se  dirigea  ensuite  vers  l'Asie  Mineure.  L'ancien 
émir  de  Satalie  reconnut  la  suzeraineté  du  prince  et  ses  voi- 
sins s'empressèrent  d'envoyer  des  présents,  lui  demandant  le 
renouvellement  de  la  paix.  Pierre  I"  la  proclama  à  Satalie, 
puis  il  revint  en  Chypre,  où  sa  maladie  le  reprit*. 

Aussitôt  après  avoir  recouvré  la  santé,  il  partit  pour 
Famagouste,  où  s'était  rassemblée  une  flotte  de  140  vais- 
seaux ^  avec  sept  mille  hommes'".  Chypriotes  et  Occidentaux. 

1.  L'un  était  le  confident  d'Assandimour  (Machaut,  p.  202)  ;  l'autre 
avait  visité  déjà  deux  fois  l'Ile  ;  c'était  probablement  Nasareddin. 

2.  Mâcheras,  111. 

3.  Avec  deux  galères  (îi/c?.,  p.  112). 

4.  Machaut,  2Ô2-4. 

5.  Ibid.,  p.  202.  Le  roi  avait  appris  la  mort  d'Yalboghâ  avant  le 
départ  des  premiers  ambassadeurs  sarrasins  qui,  rappelés,  déclarèrent 
fausse  cette  nouvelle  (Mâcheras,  106). 

6.  Machaut,  204.  Le  roi  déclare,  dans  sa  lettre  du  19  mai  1368,  ne 
pas  connaître  les  causes  du  refus  du  Soudan  (Mas  Latrie,  I/isf.  Ch., 
II,  292).  Les  négociations  continuèrent,  entre  Venise  au  moins  et  le 
Soudan  ;  on  écrivit  le  29  sept,  au  Caire  pour  demander  le  rétablisse- 
ment du  commerce.  Des  instructions  furent  données  aux  ambassadeurs 
vénitiens  le  3  du  mois  suivant.  Le  même  jour  un  conseil  de  trois  Savi 
fut  créé  pour  s'occuper  des  affaires  de  Chypre  (5e».  Misti.,  32, 
fos  86-7,  105). 

7.  Mâcheras,  112. 

8.  Ibid.,  p.  113. 

9.  Machaut,  204.  Elle  était  suivie  par  une  petite  galère  de  Venise, 
qu'on  avait  envoyée  pour  espionner  les  mouvements  des  croisés  {Arch. 
d'Élntde  Venixe,  Icltcrc  de'  reltori,  siècles  xiv-xvi').  Le  très  inté- 
ressant rapport  du  patron,  Micaletto  Rosso,  nous  a  été  communiqué 
par  M.  V.  Lazzarini. 

10.  Chron.  des  quatre  Valois,  p.  185  :  «  sans  les  nautonniers  ou  ma- 


—  365  - 

Elle  était  destinée  d'abord  à  attaquer  Alexandrie  ;  des  espions 
avaient  été  envoyés  par  le  roi  pour  voir  l'état  où  se  trouvait 
la  ville.  Les  habitants  furent  informés  cependant,  des  astro- 
logues ayant  lu  «  es  estoiles  »  l'arrivée  prochaine  du  roi 
de  Chypre  et  on  travaillait  activement  aux  fortifications*.  Le 
roi  décida  de  se  jeter  sur  Tripoli,  la  plus  grande  ville  et  la 
plus  forte  position  des  Sarrasins  en  Syrie. 

La  flotte  y  arriva,  après  un  seul  jour  de  trajet,  le  18  sep- 
tembre 1367,  au  milieu  de  la  nuit^  La  ville  s'étendait  à  une 
«  lieuette  ^»  de  la  mer,  dans  une  plaine  fertile,  couverte  de 
jardins  et  de  riches  plantations  qui  en  faisaient  un  véritable 
«  paradis  terrestre  S).  La  rivière  des  jardins  %  venant  du 
Liban,  sur  lequel  s'appuyait  Tripoli,  en  arrosait  les  environs. 

Sept  petites  forteresses  la  défendaient  du  côté  de  la  mer"; 
du  côté  des  montagnes  s'élevaient  des  murailles  doubles, 
avec  des  fossés  et  des  barbacanes,  et  le  monticule  du  c/id' 
teau  pèlerin  qui  avait  vu  tant  de  combats  sauvages  entre  les 
Tares  et  les  croisés  \  Une  garnison  de  20,000  hommes  ^  sous 
le  commandement  d'un  Émir-Kébir,  attendait  les  chrétiens  *. 

Comme  à  Alexandrie  et  à  Gorigos,  ces  derniers  trouvèrent 
tout  le  rivage  couvert  de  Sarrasins.  Les  six  mille  archers 
syriens*"  de  l'émir  Idmor  *'  jetaient  sur  les  galères  des  flèches 


riniers.  >>  Il  y  avait,  parmi  eux,  des  Génois,  des  Français  çt  des  Anglais, 
attirés  par  les  appels  du  pape  {ibid.). 

1.  Machaut,  204-5. 

2.  Happort  de  Micaletto  Rosso,  Amadi,  417,  et  Mâcheras,  p.  113. 

3.  Machaut,  208.  Cf.  Mézières,  Chevalerie  de  la  Passion,  f"  12  v"  :  «  une 
lieue  ou  environ  en  terre,  près  de  la  mer  ». 

4.  Lud.  de  Sudheim,  ch.  XLvn  ;  cf.  éd.  Neumann,  p.  35  ;  Willibrandus 
ab  Oldenburg  (1211),  ap.  Allatius,  Symmicta.  1,  pp.  128-9;  Machaut, 
210. 

5.  «  Fons  hortoruin  »,  Lud.  de  Sudheim,  l.  c.  C'est  le  Nahr-Abou- 
.Mi  ou  Kadischa  d'aujourd'hui. 

6.  Beauvau,  Voyage  au  Levant,  124.  Une  de  ces  tours  s'appelait  la 
«tour  d'Amour  ».  Les  monticules  de  sable  qu'il  mentionne  étaient 
connus  par  Machaut,  210. 

7.  Will.  ab  Oldenburg,  129  :  «  quidam  monticulus,  Mompellerin  ». 
La  population  était  composée  de  Turcs,  de  chrétiens  et  de  Juifs  (p.  128). 
Ibn  Batouta  compare  la  ville  à  Damas  (tr.  angl.,  p.  23). 

8.  Machaut.  /.  c.  Abou'l  Mahàsin,  ap.  Ilisl.  arméniens  des  croi- 
sades, I,  716-7;  De  Guignes,  IV,  238.  L'émir  devait  entretenir  pour 
son  service  particulier  600  mamelouks  (Khalil  Dhaheri,  f"  33). 

9.  C.  Schefer,  Arch.  Or.  Int.,  11,93. 

10.  Chr.  des  quatre  Valois,  185. 

11.  De  Guignes,  IV,  238.  L'émir  était  alors  absent  de  la  ville. 


—  :^66  — 

et  (les  garrots  en  abondance  pour  empêcher  le  débarque- 
ment. La  galère  du  comte  de  Hereford  et  celles  dii  Génois 
Perrin  Grimaldi*  arrivèrent  les  premières  dans  le  port: 
Guerrot,  écuyer  gascon,  se  trouvait  à  la  tête  de  ceux  qui 
descendirent  sur  le  rivage.  Le  roi  venait  ensuite  avec  Per- 
ceval  de  Cologne,  Brémont  de  la  Voulte  et  les  chevaliers  de 
rOccident. 

Le  lendemain  matin,  19  septembre,  on  décida  une  double 
attaque,  «  l'une  amont  et  l'autre  aval  »  de  la  ville.  Le  premier 
corps,  commandé  par  le  prince  d'Antioche,  était  composé  de 
Chypriotes  et  d'Anglais:  le  roi  lui-même,  commandait  les 
autres.  La  résistance  des  Sarrasins  fut  très  énergique  cepen- 
dant, malgré  la  bravoure  de  cette  chevalerie  de  l'Occident, 
qui  se  signala  le  plus  pendant  ces  guerres.  L'avant-garde, 
composée  de  Génois  et  de  Vénitiens,  fut  repoussée  en  désordre 
par  les  archers  syriens  et  le  prince  dut  accourir  à  leur 
secours  avec  les  Hospitaliers  et  quelques  chevaliers  de  l'Oc- 
cident. Le  roi  et  l'amiral  se  réunirent  bientôt  aux  combat- 
tants et  l'avant-garde  recommença  son  attaque.  Enfin  les 
matelots  eux-mêmes  quittèrent  leurs  vaisseaux  pour  mettre 
la  main  à  la  «  besoingne  «^  Ils  prirent  les  Sarrasins  par 
derrière,  tandis  que  les  chevaliers  les  chassaient  vers  la 
montagne.  Les  ennemis  furent  bientôt  mis  en  déroute  et,  pen- 
dant que  le  roi  gardait  avec  quelques  chevaliers  le  pont  sur 
la  Kivière  des  Jardins,  les  chrétiens  commencèrent  à  piller 
leur  camp  et  les  environs,  faisant  une  abondante  récolte  de 
«  cameulx,  de  paveillons  et  de  despouilles^  »,  On  pilla  dans 
le  port  trois  vaisseaux  contenant  du  coton,  du  savon  et  du 
miel,  et  on  les  brûla  ensuite.  Beaucoup  parmi  les  vainqueurs 
ne  devaient  pas  rapporter  ce  butin  en  Occident*.  La  ville 

1.  «  De  Grimort  »  (Machaut,  205).  Mâcheras  l'appelle,  ainsi  que  .son 
frère  Jean,  de  Grimante  ou  de  Brimante  et  le  déclare  originaire 
d'Aragon  (v.  pp.  113,  116  et  ailleurs).  Pierre  Grimaldi  (Petrus  de 
Grimaldo,  Jannensis)  commandait  sept  à  huit  galères  pendant  cette 
expédition,  d'après  Micaletto  Rosso. 

2.  «  Cryant  et  huant,  si  que  les  Sarrasins  s'en  esbahirent  »  {Chr. 
des  quatre  Valois.  186). 

3.  IbicL,  pp.  186-7.  Le  récit,  qui  paraît  avoir  été  fait  d'après  le  té- 
moignage d'un  des  combattants,  est  très  long  et  très  intéressant.  Il 
s'arrête  malheureusement  après  la  victoire  du  rivage,  pour  raconter 
ensuite  les  exploits  du  vaillant  capitaine  Philippot  et  de  sa  «  route  ». 

'i.  Ibid.,  p.  187;  Machaut,  209. 


—  367  - 

ello-môme  qui  était  une  des  plus  riches  de  l'Orient,  avait  été 
prise  dès  le  début  de  l'action,  après  la  défaite  des  Sarrasins. 
Elle  fut  presque  détruite  par  les  vainqueurs,  qui  pillèrent  et 
tuèrent  jusque  vers  le  soir,  quand  le  roi  fit  sonner  les  trom- 
pettes pour  le  départ \ 

Cette  retraite  fut  désastreuse.  Les  Sarrasins,  en  se.  retirant, 
avaient  occupé  tous  les  jardins  et  les  plantations  de  cannes  à 
sucre  des  environs.  Ils  profitèrent  de  l'obscurité  et  de  l'in- 
discipline des  pillards  pour  les  attaquer  avec  succès.  Les 
chrétiens  perdirent  leur  gain  et  parvinrent  à  peine  à  se  sauver 
sur  leurs  galères.  Le  roi  dut  intervenir  lui-même  pour  sauver 
son  infanterie  que  sept  cents  chevaliers  arabes  avaient  jetée 
dans  les  marécages  des  plantations.  Il  perdit  en  tout  environ 
trois  cents  soldats,  tués  ou  pris  :  le  turcoplier  de  Rhodes 
était  parmi  les  premiers.  Aussi,  bien  que  la  flotte  fût  restée  à 
l'ancre  pendant  toute  la  journée  du  20  septembre,  on  ne  se 
risqua  pas  à  tenter  un  débarquement  que  rendait  difficile  la 
présence  des  Sarrasins  à  cheval  sur  le  rivage.  La  flotte 
quitta  ensuite,  le  matin  du  21  septembre,  le  port  de  Tripoli 
pour  se  diriger  vers  Tortose^. 

La  petite  ville  était  assez  bien  fortifiée,  son  château',  dont 
les  ruines  existent  encore,  regardait  la  mer  ;  une  muraille 
double,  avec  onze  tours,  «  pareilles  à  onze  pierres  précieuses  »  \ 


1.  Ibid.,  pp.  208-10. 

2.  Mâcheras,  llo-'i.  Cf.  Amadi,  417;  Bustron,  266.  Les  détails  qui 
ne  se  trouvent  pas  dans  ces  sources  et  dans  Machaut,  sont  pris  dans 
le  rapport  fait  par  Micaietto  Rosso  au  gouvernement  de  Candie. 
V.  aussi  la  lettre  qui  suit  dans  la  même  boîte.  —  D'après  Machaut, 
la  retraite  se  serait  faite  sans  aucune  perte  ;  les  chrétiens  ne  laissèrent, 
parmi  les  morts,  (ju'un  seul  chevalier,  neuf  ou  dix  autres  s'égarèrent. 
En  1368,  le  pape  demanda  cependant  au  roi  de  délivrer  Pierre  de 
Saint-Georges,  chevalier  limousin,  pris  à  Tripoli  (l"^'' novembre  1368, 
Arch.  du  Vatican,  249,  f"  192).  Les  évoques  de  Nicosie  et  de  Fama- 
gouste,  Raymond  Bérenger  et  Pierre  de  Sur,  amiral  de  Chypre,  fils 
de  Jean,  furent  sollicités  dans  le  même  but  (ibid.).  L'expédition  fut 
connue  bientôt  jusque  dans  les  régions  les  plus  éloignées  de  la  chré- 
tienté (v.  Detmar,  Chron.  von  1101-1395,  Chron.  der  deutschen  Slâdte, 
Liibeck,  1,  538,  11-2). 

3.  Situé  au  N. -Ouest  de  la  ville  (v.  Rey,  Monuments,  etc.,  p.  70  et 
211-4). 

4.  «  Sicut  undecim  pretiosis  lapidibus  ornatum  »  (Will.  ab  Olden- 
burg,  l.  c,  p.  130).  On  l'appelait  aussi  Taradensis  civitas  (.\ntarados, 
Rey,  p.  70),  Corcose  (Hayton  dans  L.  de  Backer,  Uexlrème  Orient 
au  moyen  âge,  p.  242),  Tiirquoyse  (Ricoldus  de  Monte  Croce,  ibidem, 
p.  275). 


—  368  - 

le  défendait  du  côté  de  la  terre.  C'était  une  place  forte  et 
un  lieu  de  pèlerinage  :  la  vieille  église  de  Notre-Dame  de 
Tortose,  bâtie  au  douzième  siècle,  s'élevait  au  centre  de  la 
ville,  au  milieu  des  palmiers  ;  Joinville  avait  eu  l'intention  de 
la  visiter  jadis.  Depuis  le  5  juin  1291,  Tortose  appartenait  aux. 
Sarrasins,  qui  avaient  pris,  en  1802,  la  petite  île  du  port', 
dernier  refuge  de  la  domination  chréfienne  en  Syrie:  on  en 
avait  fait  un  des  grands  magasins  de  la  flotte  syrienne.  Aussi 
l'émir  de  Tripoli  y  avait-il  rassemblé  des  rames,  de  l'ouate, 
de  la  poix  pour  les  galères  que  construisait,  dès  la  prise  d'A- 
lexandrie, le  Soudan.  Le  roi  prit  la  ville  et  les  faubourgs,  en- 
tra dans  l'ancienne  église  cathédrale,  où  se  trouvaient  ces 
matériaux  et  les  fit  brûler;  le  fer  et  les  clous  furent  jetés 
à  la  mer.  Il  emporta,  comme  signe  de  sa  victoire,  la  grande 
porte  du  Karak,  qu'il  envoya,  avec  celle  du  château  de  Tripoli, 
à  Gorigos^  Valanie^  petite  ville  du  voisinage,  Laodicée 
ou  Liche  (auj.  Latakieh),  Mallo,  Antiochette'',  furent  brû- 
lées, en  passant,  par  les  chrétiens,  qui  se  dirigeaient  vers 
Lajazzo,  où  Pierre  devait  s'aboucher  avec  Constant,  des- 
cendant d'une  famille  chypriote  de  basse  condition,  devenu, 
après  la  mort  de  Constantin  IV,  roi  d'Arménie  •'.  Une  troupe 
de  700  aventuriers  était  venue,  après  avoir  brûlé  le  port 
de  JafFa,  accroître  la  petite  armée  ^ 

1.  Rey,  /.  c,  et  p.  35  du  présent  ouvrage  Hayton  la  déclare 
admirat)le  pour  «  faire  de  grans  dommaiges  aux  ennemis  vrayment  » 
(/.  c). 

2.  Mâcheras,  p.  114.  L'attaque  contre  la  seconde  place  forte,  Valanie, 
se  fit,  paraît-il,  le  lendemain  {ibid.).  Cf.  Machaut,  212.  Le  22  septembre, 
Micaletto  Rosso,  que  la  tempête  avait  jeté  en  pleine  mer,  vit  pendant 
la  nuit,  se  trouvant  à  30  milles  du  rivage,  de  grands  feux  du  côté  de 
Tortose,  de  sorte  qu'il  s'imagina  que  le  roi  y  était  et  y  avait  débarqué 
avec  son  armée  (Sequenti  vero  die  inde  recessit  et  in  nocte,  dum  esset 
in  mari  per  milliaria  xxx,  vidit  versus  partes  Tortose  magnos  fochos, 
ita  quod  ymachinatus  fuit  quod  rex  erat  ibi  et  descenderat  illuc  cum 
exercitu  suo ). 

3.  Valence,  ap.  Machaut;  Valina,  ap.  Mâcheras;  Belinas  et  Valania, 
ap.  Sanudo.  V.  De  Guignes,  IV,  238.  Ducange-Rey,  p.  814. 

4.  Machaut,  213;  Mâcheras,  l.  c.  «  Et  oultre  ce  il  conquist  trois  fors 
chasteaux  en  Turquie,  c'est  assavoir':  saint  Nicolas  de  Ftamirre,  dont 
le  benoist  saint  fu  evesque.  Stanamur  et  Anthiocete  »  (Cheval,  de.  la 
Passion,  l.  c).  La  Chron.  des  quatre  Valois  le  fait  aller  à  Tyr(pp.  159 
et  suiv.). 

5.  Son  père  était  le  «  baron  Heyton  »,  homme  très  riche.  Constant 
demandait  avec  insistance  à  Pierre  l'^'"  un  asile  en  Chypre,  dont  il  ne 
jouit  jamais  (C/jr.  de  Dardel,  l.  c.,  pp.  36-7,  41). 

6.  Chron.  des  quatre  Valois,  pp.  187-9. 


—  369  — 

La  résistance  fut  sérieuse  à  Lajazzo',  le  plus  grand  port 
do  l'Arménie,  qu'on  venait  de  perdre  définitivement  après 
qu'il  eut  été  repris  en  1347*.  Deux  châteaux,  le  premier 
dans  une  île,  le  second  sur  la  cime  d'un  rocher  inabordable, 
étaient  défendus  par  une  garnison  qui  comptait  5,000  hommes 
à  cheval  et  un  grand  nombre  de  piétons.  Les  Sarrasins  furent 
facilement  chassés  du  premier  château  et  du  rivage,  où  ils 
voulaient  empêcher  le  débarquement.  Tous  les  efforts  du  roi 
vinrent  échouer  cependant  contre  le  rocher.  Il  n'avait  pris 
avec  lui  que  80  chevaliers  et  quelques  gens  d'armes  et  les 
archers  sarrasins  ne  paraissaient  pas  disposés  à  céder  la 
place.  La  ville  fut  brûlée '*  et  le  roi  se  retira  à  Gorigos'*,  où  il 
attendit  vainement  le  roi  Léon.  11  était  de  retour  à  Famagouste 
le  15  octobre,  quand  il  fit  emprisonner  à  Cérines  et  à  Nicosie  les 
ambassadeurs  et  publier  la  guerre  sainte  contre  les  Sarrasins. 
Pierre  et  Jean  Grimaldi  allèrent  jusqu'à  Sidon  avec  deux  galères 
génoises  et  revinrent  avec  quatre  vaisseaux,  qu'ils  venaient  de 
capturer\  Leur  exemple  fut  probablement  suivi  et  cette  guerre, 
qu'on  a  traitée  de  piraterie,  causa  au  Soudan,  en  empêchant 
tout  commerce  dans  les  eaux  de  la  Syrie  et  de  l'Egypte, 
plus  de  pertes  qu'une  grande  expédition  chevaleresque. 

Pierre  pensait  cependant  au  départ  :  les  fêtes  de  Noël 
approchaient  et  les  deux  seigneurs  français  devaient  l'atten- 
dre à  Rome".  C'est  en  vain  que  le  pape  écrivit  à  Raymond, 
archevêque  de  Nicosie,  pour  lui  ordonner  d'empêcher  ce 
voyage,  dont  le  but  était  si  peu  conforme  à  la  dignité  royale''  ; 
Pierre  P''  ne  pouvait  pas  souffrir  que  son  courage  fût  jamais 
mis  en  doute.  Des  considérations  plus  sérieuses,  pour  la  croi- 


1.  'Aytâi!  (Mâcheras),  Layas  (Mézières).  Auj.  Ayas. 

2.  Mas-Latrie,  L'île  de  Chypre,  234  et  p.  3,  note  1  du  prés,  ouvrage. 

3.  Machaut,  212-7. 

4.  «  Un  autre  port qui  estoit  assez  près  de  là  »  (Machaut,  216). 

Il  s'y  reposa  huit  jours,  attendant  le  roi  Constant.  I/liiver  qui  approchait 
et  la  proximité  du  terme  fixé  par  Lesparre  le  tirent  revenir  (p.  217). 
M.  Dulaurier  propose  de  voir  Gorigos  dans  cet  «  autre  port  »  (Jlist. 
cirmén.  des  croisades,  I,  717). 

5.  Mâcheras,  1 15-6.  Les  ambassadeurs  sarrasins  furent  enfermés  à 
Nicosie  dans  le  «  palais  du  seigneur  de  Sur  ». 

6.  C'est  le  seul  motif  que  donnent  Amadi,  p.  418,  et  Bustron,  p.  266  : 
«  a  deffendcr  la  lealtà  sua  contre  il  signer  di  Roccaforte  et  il  signer 
de  Sbarre  ». 

7.  Rinaldi,  XXVI,  155  (1367,  §  12). 

N.  JonoA.  P/nlippe  de  Mézières,  24 


—  370  — 

sade,  sinon  pour  lui-même,  l'amenaient  en  Occident:  il  espé- 
rait trouver  secours  auprès  du  pape  et  des  princes  occidentaux, 
maintenant  que  la  rupture  des  négociations  le  rejetait  dans  la 
guerre'.  Les  nouvelles  qu'il  recevait  de  l'Occident  l'encou- 
rageaient peut-être  à  partir.  Il  laissa  la  régence  à  son  frère 
Jean  et  le  gouvernement  de  sa  maison  à  Jean  Visconti,  puis 
il  s'embarqua  à  Paphos  sur  une  seule  galère,  avec  son  fils 
Pierre,  Hugues  de  Lusignan,  son  neveu,  le  turcoplier  Jacques 
de  Norès ,  Simon  Thénouri,  Pierre  d'Antioche,  l'amiral  Jean 
de  Moustry,  Thibaut  Belpherazo,  Philippe  de  Mézières  et 
d'autres  encore  ^  Des  privilèges  accordés  aux  perpériaires, 
au  prix  de  200  ducats  par  famille,  fournirent  encore  une 
fois  les  dépenses  du  voyage  ^ 

11  se  dirigea  d'abord  vers  Naples,  où  il  resta  quelques  jours 
auprès  de  la  reine  Jeanne*.  Attendait-il  quelque  secours  de 
sa  part  ?  Le  pape  lui  demanda  son  concours  après  la  mort  du 
roi,  en  1370 \  Il  est  plus  probable  cependant  qu'il  fut  retenu 
par  une  maladie  du  jeune  prince  Perrin^  C'est  à  Naples  que 
vint  le  trouver  un  secrétaire  du  doge  de  Venise,  lui  annon- 
çant le  prochain  départ  des  ambassadeurs  qui  devaient  traiter 
avec  le  Soudan  de  la  délivrance  des  marchands  retenus  en 
Syrie  et  demandant  son  consentements  Le  roi  apprit  alors 
que  rien  n'était  plus  à  espérer  de  la  part  du  pape.  Deux  en- 
voyés du  doge  s'étaient  présentés  en  effet,  à  Avignon,  d'après 


1.  Machaut,  219  : 

«  Car  il  s'en  vuet  aler  à  Romme. 
N'autre  chose  n'i  va  quérir 
Fors  au  Saint  Père  requérir 
Qu'il  ottroie  commun  passage.  » 

2.  Mâcheras,  116  et  suiv.:  Amadi  et  Bustron,  II.  ce.  Les  chevaliers 
qui  l'accompagnaient  n'étaient  pas  six  seulement,  ainsi  que  paraissent 
l'affirmer  ces  deux  chroniqueurs.  Il  faut  lire  certainement  soî  (=siioi) 
pour  sei  (Bustron,  266). 

3.  Mâcheras,  /.  c.  Amadi,  l.  c. 

4.  Mâcheras,  ibid. 

5.  Arch.  du  Vatican,  250,  f"  21  v«  (21  janvier,  an  VIII). 

6.  «  Era  per  inanzi  stato  mandate  un  secretario  ducale  al  rè  di 
Cypri,  il  quali  si  ritrovava  a  Napoli  perla  infirmità  d'un  suo  figliuoio» 
(Caroldo,  f»  217). 

7.  «  Per  notificarli,  che  trà  brevi  giorni  la  signoria  manderebbe 
suoi  nuncii  in  Alessandria  per  liberar  li  mercanti  ritenuti  et  che, 
assentendo  sua  Maiestà,  quando  si  potesse  far  con  honor  di  quella,  si 
tratterebbe  l'accordo  »  (Caroldo,  fo  217), 


—  371  — 

sa  demande,  pour  lui  rendre  compte  des  affaires  d'Orient  \ 
Malgré  les  scrupules  d'Urbain  V  qui  objectait  la  nécessité  de 
ce  passage  général,  qu'il  voulait  réaliser  encore,  ou  d'un 
passage  particulier  au  moins,  les  ambassadeurs,  François 
Bembo  et  Nicolas  Faliero,  parvinrent  à  le  convaincre.  La  chré- 
tienté n'était  plus  capable  d'un  pareil  effort,  ou  elle  ne  l'était 
pas  encore  :  une  tentative  malheureuse  mettrait  en  danger 
les  prisonniers  et  irriterait  davantage  les  Infidèles  ■.  Ils  offrirent 
même  de  faire  la  paix  entre  le  roi  de  Chypre  et  le  Soudan  ^ 
Deux  ambassadeurs  avaient  été  envoyés  déjà  à  Alexandrie,  sans 
résultat,  comme  on  l'a  vu  ;  deux  autres  devaient  partir  bientôt. 
Le  roi  admit  encore  une  fois  la  médiation  des  Vénitiens.  Nicolas 
Giustiniani,  procurateur  de  la  république,  et  Pierre  Malosello, 
furent  choisis  pour  cette  seconde  mission.  Ils  devaient  se 
réunir  au  mois  de  juin  aux  ambassadeurs  du  doge  Adorno*. 
Le  roi  se  dirigea  ensuite  vers  Rome,  où  il  arriva  dans  les 
premiers  jours  du  mois  de  mars  1368\  Il  alla  voir  le  pape,  au- 
quel il  exposa  sa  querelle,  et  son  intention  d'obtenir  justice  les 
armes  à  la  main.  Rochefort  s'était  enfui  déjà  et  Lesparre  céda 
devant  les  ordres  d'Urbain  qui  voulait  étouffer  cette  malheu- 


1.  «  Per  le  cose  di  Soria.  »  L'arrivée  des  ambassadeurs  fut  posté- 
rieure à  l'avènement  de  Contarini  (20  janvier  1368)  et  antérieure  au 
départ  du  rni  pour  Rouie  (février-mars). 

2.  «  Et  perche  sua  Santità  dimostrava  sommo  desiderio  che  si  fa- 
cesse  il  gênerai  passagio,  li  Oratori  gli  dissero  che  la  Christianità  ail' 
hora  si  ritrovava  in  tal  stato,  che  non  si  jwteva  far  cornmodamente 
gênerai  passagio.  Et  che,  volendo  ail'  hora  trattar  questa  materia  et 
anticipar  tanto  tempo  inanzi,  sarebbe  con  danno  et  pericolo  delli 
Christiani  ritenuti  nel  paese  del  Soldano,  et  sarebbe  cagione  che  gli 
infedeli  haverebbero  tanto  più  tempo  di  prepararsi  alla  difesa  >> 
(Caroldo,  f"  217).  Urbain  permettait,  au  mois  de  mai,  l'envoi  de  deux 
galères  de  Venise  dans  les  possessions  du  Soudan.  Arch.  iVÉtat  de 
Venise,  Bolle,  b.  4,  n"  181. 

3.  «  Com'  era  da  sperare.  »  Le  jurisconsulte  Raynaldo  de'  Raynaldi 
accompagnait  les  ambassadeurs  (Caroldo,  /.  c).  Une  querelle  avec  le 
seigneur  d'Altologo  rendait  les  Vénitiens  plus  ardents  à  conclure  la  paix 
avec  le  Soudan  (Archives  d'J'Jlal  de  Votise,  Senato  Misli,  31,  f"  122  v"  ; 
décision  du  30  avril). 

4.  Si  les  Génois  n'arrivaient  pas  à  Rhodes  au  l*""  juillet,  ils 
devaient  continuer  leur  voyage  vers  Alexandrie.  «  Se  ditti  ambas- 
sadori  facessero  il  viaggio  non  si  puo  sapere  »  (Caroldo,  /.  c).  Ils  parti- 
rent cependant,  mais  plus  tard.  V.  p.  376. 

5.  Il  s'y  trouvait  déjà,  le  16  mars,  quand  le  pape  demanda  des 
secours  au  doge  Contarini,  en  mentionnant  son  arrivée  («  nuper  ad 
apostolicam  sedem  accedens  »),  Archives  du  Vatican,  249,  f*^^  79-9  v". 


—  372  — 

rcusG  affaire.  Le  chevalier  gascon  se  présenta  au  palais  pon- 
tifical et  demanda  pardon  à  genoux  à  celui  qu'il  avait  offensé. 
Le  roi  de  Chypre  était,  déclara-t-il,  un  vrai  chevalier,  très 
chrétien  et  défenseur  de  l'Église'.  Suivit  un  repas  de  récon- 
ciliation pendant  lequel  Lesparre  servit  le  roi  et  le  pape. 
Rochefort  fut  vainement  sommé,  pendant  quarante  jours, 
de  se  présenter.  Il  ne  voulut  pas  imiter  son  compagnon 
et,  par  ordre  du  roi,  fut  déclaré  félon  et  calomniateur  ^ 

En  même  temps,  Pierre  I"  avait  entretenu  le  pape  du  pas- 
sage. Il  lui  avait  exposé  l'état  des  pays  de  l'Orient,  que  me- 
naçait le  danger  d'une  invasion,  les  pertes  que  souffriraient  les 
Occidentaux,  si  les  Infidèles  venaient  à  s'établir  en  Chypre  et 
à  Rhodes;  il  demanda  des  secours  prorapts  et  puissants'. 
Mézières,  qui  se  trouvait  certainement  à  Rome  à  cette  époque, 
dut  réunir  ses  efforts  à  ceux  de  son  maître  \ 

Ce  fut  une  nouvelle  désillusion  pour  les  champions  de  la 
croisade.  Le  pape  était  plus  préoccupé  des  affaires  d'Italie  que 
des  expéditions  lointaines  pour  la  délivrance  de  Jérusalem". 
Les  grandes  compagnies  continuaient  leurs  ravages,  malgré  ses 
efforts  et  ceux  de  l'empereur,  et  Bernabo  recommençait  à 
montrer  des  intentions  très  peu  pacifiques.  On  l'avait  vu,  dès 
l'année  1364,  démolir  les  châteaux  des  Guelfes  en  Lombardie® 
et  l'arrivée  seule  de  l'empereur  le  contraignit  à  ne  pas  troubler 
la  paix.  Gênes,  sous  le  gouvernement  d'Adorno,  ne  paraissait 
pas  disposée  à  fournir  des  secours  au  roi  qu'elle  venait  d'in- 
sulter à  Alexandrie  '  ;  Venise  avait  à  peine  fini  sa  guerre  avec 

1.  «  Et  chiamato  Pietro  Lusignan  cavalière  leale,  signor  valante, 
buon  christiaiio,  def'fensor  délia  chiesa  et  principe  virtuosissimo  », 
Bustron,  266.  Cf.  Amadi,  418  et  Mâcheras,  118. 

2.  Mâcheras,  178;  Bustron  et  Amadi,  /.  c.  Lesparre  sollicita  même  le 
pape  pour  le  passage  (Mâcheras,  /.  c,  118).  Il  est  à  Gènes  en  avril- 
juin  {May.  rai.  inlr.  et  ex.,  1369  (55),  f°  49  v". 

3.  «  Statumultramarinarum  partiumevidenti  periculograviquedetri- 
mento  fldelium,  si  circa  illum  debiturn  per  eandem  sedem  et  fidèles 
occidentis  non  apponatur  remedium  necessarium,  nobiscum  regalis 
gravitatis  prudentia  enarravit.  petens  instanter  de  hujus  remedio  cele- 
riter  provider!  «  (Arch.  du   Valiran,  249,  f"^  79-9  v"  ;   16  mars  1368). 

4.  11  s"y  trouvait  au  mois  de  mai,  quand  le  roi  donna  des  instruc- 
tions aux  ambassadeurs  de  Gênes  et  de  Venise  (Mas  Latrie,  Hist.  Ch., 
Il,  291-302  :  «  Philippe  de  Maiseriis  cancellario  »). 

5.  C'était  le  motif  de  son  voyage  en  Italie  (débarquement  à  Gênes 
le  28  mai  1367;  arrivée  à  Rome  le  16  octobre). 

6.  Corio,  Sloria  di  Milano,  î°  177  v°. 

7.  Le  roi  ne  visita  pas  même  cette  ville  pendant  ce  second  voyage. 


-  373  - 

le  comte  Mainard  de  Goritz  et  le  patriarche  d'Aquilée  '  ;  les 
Triestins  devaient  l'occuper  bientôt,  par  leur  révolte^  Des 
privilèges  pour  faire  le  commerce  avec  les  Infidèles  avaient  été 
demandés  et  obtenus,  à  la  grande  satisfaction  des  marchands^ 
et  le  nouveau  doge,  André  Contarini,  qui  avait  fait  lui 
aussi  le  commerce  en  Syrie*  et  dont  on  connaissait  les  dispo- 
sitions pacifiques'',  n'était  guère  partisan  d'une  expédition  qui 
aurait  ruiné  son  pays.  En  Occident  enfin,  la  Castille  était  en 
proie  aux  guerres  civiles,  le  roi  d'Aragon  avait  les  mêmes 
intérêts  en  Orient  que  les  communautés  italiennes,  la  France, 
où  les  grandes  compagnies,  revenues  d'Espagne,  allaient 
recommencer  leurs  dévastations®,  se  préparait  aune  nouvelle 
guerre  contre  les  Anglais.  Les  aff'aires  d'Italie  et  les  mêmes 
routiers  retenaient  l'empereur. 

Urbain  V  se  borna  donc  à  écrire  aux  doges  de  Venise  et 
de  Gênes  et  au  roi  d'Aragon  pour  leur  annoncer  les  demandes 
du  roi  et  leur  défendre  d'envoyer,  sans  sa  licence  spéciale, 
des  ambassadeurs  à  .\lexandrie'.  Leur  prospérité  même 
dépendait  en  quelque  sorte  de  l'état  des  pays  d'outre  mer  : 
ils  devaient  envoyer  des  ambassadeurs  à  Rome  pour  s'y  en- 
tendre avec  le  roi^  et  avec  ceux  qui  devaient  partir  pour 
l'Egypte,  et  pour  donner  des  informations'. 


1.  Romanin,  III,  234. 

2.  Aidés  parle  duc  d'Autriche,  Romanin,  237  et  suiv.;  Sanudo,  669. 

3.  Pour  12  galères  et  vaisseaux,  le  17  mai  1367.  Le  24  septembre, 
4  galères  se  dirigèrent  vers  Alexandrie,  puis,  bientôt  après,  .une  cin- 
quième (Commem.,  VII,  n"  351;  t.  111,  p.  61). 

4.  Sanudo,  /.  c. 

5.  «  Uomo  cattolico  ed  esperto  nelle  scienze  divine,  amatore  délia 
giustizia  et  del  bene  délia  Repubblica.  Desiderava  che  la  patria  avesse 
pace  e  ubertà  »  (Sanudo,  /.  c).  Cf.  Caresino,  ap.  Muratori,  XII,  c.  432  : 
«  pacis  et  ubertatis.patriae  zelator  assiduus.  » 

6.  Elles  prirent  Etampes  et  Etréchy,  en  juillet  1368  :  )e  roi  appela 
des  troupes  à  Paris  (de  Fréville,  dans  la  Bibl.  de  l'Èc.  des  Ch., 
1842,  p.  273). 

7.  «  Ceterum  quia  intelleximus  quod  ambaxiatores  tuos  intendis 
ad  soldanum  destinare  prefatum,  quod,  donec  tibi  nostra  innotcscat 
intentio.  non  videtur  expediens  »  (lettre  au  doge  de  Venise,  16  mars, 
Arch.  du  Vatican,  249,  i°^  79-9  v°).  Lettres  au  doge  Adorno  et  au  roi 
d'Aragon  {ibid.,  79  v°). 

8.  «  Et  firmandum  cum  dicto  rege,  necnon  cum  ambaxiatoribus 
Januensium,  quibus  similia  scripta  dirigimus  »  {ibid.). 

9.  «  Gratumque  haberemus  si  ad  nos  mittas  illos  cives  tuos,  qui 
ad  soldanum  Babilonie  protractanda  pacedestinati  fuerint,  vel  aliquos 
eorumdem  »  (ibid.).  Il  est  question  ici  de  Giustiniani  et  de  Malosello. 


—  374  — 

Les  plénipotentiaires  n'arrivèrent  à  Rome  que  vers  le  mois 
de  mai.  Le  roi  resta  pendant  ce  temps  auprès  du  pape,  paraît- 
il.  Le  vendredi  17  mars,  la  reine  de  Naples  fit  aussi  son  en- 
trée dans  la  ville  '  :  le  roi,  les  cardinaux  et  les  nobles  romains 
sortirent  à  sa  rencontre  et  l'accompagnèrent  jusqu'à  Saint- 
Pierre,  où  Urbain  lui-même  la  conduisit  au  grand-autel.  Deux 
jours  plus  tard,  le  dimanche  de  L-etarc,  la  rose  d'or  fut  don- 
née à  la  reine",  malgré  l'avis  d'une  partie  des  cardinaux, 
qui  voulaient  qu'elle  fût  accordée  au  roi  de  Chypre  ou  à  son 
jeune  fils.  «  Jamais  femme  n'avait  reçu  la  rose  d'or  »,  disaient- 
ils  au  pape  et  Urbain  V  leur  aurait  répondu  que  jamais  abbé 
de  Marseille  n'avait  été  pape  non  plus^ 

Le  dimanche  de  Pâques,  le  roi  et  la  reine  Jeanne  assis- 
tèrent à  la  messe  dans  l'église  de  Saint-Pierre  ;  le  pape 
donna  à  la  reine  une  épée  dorée,  dont  elle  fit  don  au  roi  de 
Chypre,  qui  la  ceignit  et  arma  chevalier  Nicolas  Spinola, 
chancelier  du  royaume  de  Naples  \ 

Enfin  les  ambassadeurs  des  communes  arrivèrent  à  Rome. 
Gênes  avait  envoyé  Dagnano  Cattaneo  et  Pierre  Racanelli, 
ancien  capitaine  de  Smyrne  pour  le  pape;  François  Bembo, 
l'ambassadeur  de  1366,  et  Nicolas  Faliero^,  représentaient 
les  Vénitiens.  Ils  exposèrent  au  roi  leurs  demandes,  en  le 
priant  de  ne  plus  empêcher  la  conclusion  d'une  paix  néces- 
saire, qui  rétablirait  le  commerce  des  communes  en  Orient  ^ 
Le  roi,  conseillé  par  le  pape\  accepta  leur  médiation  et  leur 
fit  connaître  sa  volonté  (19  mai  1368)*. 


1.  Bzowski,  Annales  ecclesiastici  post  Daronium,  II,  1342,  d'après 
une  clironi<|ue  de  Sicile  inédite  au  Vatican.  Cf.  Chronique  d'Orvielo, 
ap.  Muratori,  XV,  c.  693  iî. 

2.  Baluze,  II,  c.  770;  cf.  Matteo  Villani,  1.  IX,  ch.  95,  Chron.  Marli- 
nienne,  f"  159  et  1»  VUa  Urbani  V,  Baluze,  1,  381-2  :  «  tamquam  nota- 
biliori,  majori  et  excellentiori...  ». 

3.  Notes  du  moine  de  S.  Victor  sur  le  voyage  du  pape  à  Rome,  dans 
\a  Hômische  Quarlaischrifl  fiïr  ckrisUiches  Allcrthum  undf'ùr  Kirchen- 
geschichle,  IV  (1889),  p.  300. 

4.  «  Nicolaum  SpinelliumJuvenatium  (de  Giovcnazzo),  regni  Siciliae 
cancellariuin   »  (Bzowski,  /.  c,  c.  1344-5,  d'après  la  chron.  citée). 

5.  Faletro.  Mas  Latrie,  Ilht.  Ch..  II,  291-3  (19  mai);  ibid..  pp.  302-8 
(20  mai).  V.  plus  haut,  p.  371. 

6.  Ibid.   Cf.  Machaut,  221. 

7.  Araadi  et  Bustron,  II.  ce.  Cf.  la  lettre  de  Mézières  au  cardinal  de 
Bologne,  Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  499,  f"s  154  vo-5. 

8.  Mas  Latrie,  Ilisl.  Ch.,  II,  291-3;  d'après  les  rom?ftera.,  VII,  n"  425. 


—  375  — 

Il  exposa  d'abord  les  négociations  de  1367,  qu'avait  inter- 
rompues l'inexplicable  refus*  du  Soudan.  Ses  intentions 
cependant  étaient  pacifiques,  comme  toujours  ;  il  voulait  seu- 
lement que  les  stipulations  du  traité  de  1367  fussent  approu- 
vées parles  Infidèles.  Des  consuls  chypriotes  devaient  juger 
tout  procès  entre  leurs  conationaux,  en  s'adressant  aux  offi- 
ciers du  Soudan  pour  les  causes  mixtes.  Le  roi  seul  les 
nommerait  et  pourrait  les  destituer  ;  ils  jugeront  toutes  les 
causes  criminelles  des  Chypriotes,  qui  ne  pourront  pas  être 
emprisonnés  sans  leur  mandat^.  Le  Soudan  seul  percevra  des 
droits  de  douane  en  Egypte  et  en  Syrie,  contrairement  à  l'ac- 
cord de  1367;  les  ambassadeurs  étaient  autorisés  cependant 
à  demander  la  réduction  pour  les  Chypriotes  de  ce  droit  à  la 
moitié''.  Des  précautions  devront  être  prises  pour  empêcher 
qu'on  mît  sous  séquestre  les  marchandises  de  Chypre  et 
la  cargaison  des  vaisseaux  naufragés  '\  Les  Turcs  de  l'Asie 
Mineure  ne  devront  pas  débarquer  sur  les  terres  du  Sou- 
dan ;  s'ils  venaient  pour  faire  le  commerce,  lisseront  obligés 
de  promettre  qu'au  retour  ils  n'attaqueront  pas  le  roi^ 
Les  pèlerinages  en  Terre  Sainte  seront  libres.  Enfin,  toute 
querelle  qui  éclaterait  entre  les  Chypriotes  et  les  sujets  du 
Soudan,  devra  être  soumise  à  l'arbitrage  des  présidents  et 
des  recteurs  vénitiens  et  génois  en  Orient.  Les  arbitres 
étaient  tenus  d'assister  ceux  qui  accepteraient  leur  jugement 
contre  ceux  qui  ne  voudraient  pas  s'y  soumettre.  Un  défi 
devait  précéder  d'une  année  la  reprise  des  hostilités  ^ 

1.  «  Nescimus  qua  consideratione  vel  causa  ».  Mas  Latrie,  II,  292. 

2.  Ils  auront  le  droit  d'entretenir  deux  ou  plusieurs  bâtonniers 
(bastonarii,  ibid.,  p.  29'!,  les  cuvas  modernes). 

3.  «  Modietatem  illius  quod  usi  erant  solvere  in  locis  prelibatis.  » 
Dans  les  instructions  spéciales  cependant,  le  roi  consentait  à  payer 
deux  tiers  ou  même  trois  quarts. 

4.  Suivent  des  clauses  relatives  au  droit  de  douane  que  devaient 
payer  les  Sarrasins  en  Chypre  (égal  à  celui  des  chrétiens),  sur  les 
garanties  à  prendre  contre  les  dépositaires  infidèles  (privilège  spécial 
accordé  aux  Génois  et  aux  Vénitiens).  V.  aussi  les  instructions  se- 
crete.s  déjà  citées. 

5.  Ils  devaient  fournir  des  garanties,  en  partant.  Le  roi  devait 
prendre  aussi  des  mesures  pareilles  contre  les  adapidcs  (corsaires  ?) 
{ihid.). 

6.  Le  roi  n'était  pas  responsable  pour  les  attaques  des  autres  chré- 
tiens. Les  Hospitaliers  étaient  compris  dans  les  négociations  :  le  roi 
avait  demandé  probablement  à  Rhodes  l'assentiment  du  Grand-Maitre 
{ibid.).  —  On  retrouve  parmi  les  assistants  les  noms  du  turcoplier. 


—  376    - 

Des  instructions  spéciales  furent  données  aux  ambassadeurs, 
le  lendemain.  Tout  en  renouvelant  ses  demandes  antérieures, 
Pierre  P'  en  introduisait  de  nouvelles.  11  se  réservait  d'abord 
ses  droits  sur  le  royaume  de  Jérusalem.  Cinquante  personnes, 
ses  familiers,  ses  parents  et  ses  serviteurs  \  seraient  admis  à 
visiter,  chaque  année,  les  Lieux-Saints,  sans  payer  letrevage. 
Le  Soudan  devait  l'indemniser  des  dépenses  qu'il  venait  de 
faire,  par  la  faute  des  Sarrasins,  à  Tripoli  et  à  Lajazzo\  Si 
le  prince  d'Antioche  n'avait  pas  conclu  encore  un  autre  traité, 
qu'ils  ne  devaient  nullement  désavouer  \  les  ambassadeurs 
auront  à  insister  d'abord  pour  le  renouvellement  du  traité  de 
1367,  puis  pour  ces  conditions,  pendant  huit  jours.  Ils  pour- 
ront en  présenter  d'autres  ensuite,  sans  que  le  roi  s'engageât 
cependant  à  les  accepter*.  Le  prince  d'Antioche  fut  averti  de 
ces  nouvelles  négociations  par  des  lettres  royales  du  même 
jour^;  il  était  invité  à  remettre  aux  ambassadeurs  des  com- 
munes les  prisonniers  qui  se  trouvaient  encore  en  Chypre  et 
à  y  proclamer  l'accord  qu'ils  parviendraient  à  conclure^  Les 
deux  galères  vénitiennes,  ayant  à  leur  bord  les  plénipo- 
tentiaires de  la  république,  Nicolas  Giustiniani  et  Pierre 
Malosello,  quittèrent  Venise,  le  2  juin' ;  elles  se  réunirent  à 
Rhodes,  pendant  le  même  mois,  aux  vaisseaux  génois  qui 
portaient  Cassano  Cigala  et  Paul  Giustiniano*. 


du  chambellan  Malosello,  de  Guy  de  Bagnolo  et  d'un  autre  chambellan, 
enfin  celui  de  Philippe  de  Mézières  {ibid.,  p.  302). 

1.  «  Parentes,   familiares,  servitores,  domestici.  « 

2.  «  Sumptibus  et  expensis  restitutionem,  integram  satisfationem  et 
perfectam.  » 

3.  «  Et  non  nostram  comoditatem  aliqualiter  impedire.  » 

4.  V.  ces  instructions  «  ad  informationem  pleniorem  et  no.stram 
intentionem  sanius  capiendam  »  dans  Mas  Latrie,  /.  c.  pp.  302-8, 
d'après  les  Commem.,\'[\,  n°  426.  Mézières  se  retrouve  parmi  les  assis- 
tants. Une  décision  fut  prise  le  jour  môme  relativement  au  douaire  de 
Marie  de  Bourbon  (Arch.  nat.,  P.  1365',  cote  1422,  ap.  Huillard-Bré- 
holles,  Titres  de  la  maison  de  Bourbon,  I,  n°  3051). 

5.  Mas-Latrie,  l.  c.  p.  308  (cf.  Amadi.  l.  c.)  :  «  à  la  prière  et  requeste 
de  nostre  très  saint  père  le  pape  et  des  communes.  »  Les  Vénitiens 
envoient  le  2  mars,  eux  aussi,  un  ambassadeur  en  Chypre  (/Irc/t. 
d'État  de  Venise,  Sen.  Misli,  32,  f«  107). 

6.  «  Quelconque  acort  que  les  susdis  feront.  » 

7.  Ils  n'étaient  pas  encore  nommés  le  20  mai,  quand  le  roi,  après 
avoir  cité  les  ambassadeurs  génois,  ajoute  :  «  illi  duoquos  dicta  comu- 
nitas  (Venetiarum)  duxerit  transmittendos.  » 

8.  «  Cassanus  Cigala  »  et  «  Paulus  Justinianus  »,  instructions  du 


—  377  — 

Aussitôt  après  la  conclusion  de  l'accord  avec  les  ambassa- 
deurs des  communes,  Pierre  I"  se  dirigea  vers  Sienne,  où  il 
arriva  au  commencement  du  mois  de  Juin  avec  une  suite  de 
trois  cents  chevaliers.  «  Et  c'était  une  très  belle  gent  et  le 
plus  honorable  seigneur  et  les  meilleurs  chevaux  et  les 
choses  les  plus  notables  qui  entrassent  jamais  à  Sienne  '  ».  Il 
fut  reçu  par  les  magistrats  et  par  un  grand  nombre  de  bour- 
geois, qui  le  conduisirent  à  l'église  des  Frères  de  Campo- 
regi*,  où  il  fit  ses  dévotions.  Puis,  après  s'être  reposé  quel- 
ques jours  et  avoir  distribué  des  présents  à  ceux  qui  le 
visitèrent,  il  quitta  la  ville  et  chevaucha  vers  Pise. 

La  réception  dans  cette  ville,  où  il  arriva  le  14  juin,  fut 
très  brillante.  Le  doge  Jean  dell'  Agnello^et  un  grand  nombre 
de  chevaliers,  avec  tout  le  clergé,  sortit  à  sa  rencontre,  près 
de  Vicopisano''.  Un  baldaquin'*tle  soie,  porté  par  de  jeunes 
gentilshommes,  en  habits  de  même  coupure,  l'attendait.  Il 
entra  par  la  porta  aile  piagge\  avec  sa  suite  et  son  fils,  âgé 
de  dix  ans  ".  On  le  conduisit  d'abord  en  grande  cérémonie  à  la 
Cathédrale,  où  il  reçut  la  bénédiction,  puis  au  palais  de  l'arche- 
vêque, où  il  resta  trois  jours,  aux  dépens  de  la  commune,  qui 
lui  fit  de  riches  présents.  «  Pendant  ce  temps,  dit  le  chroni- 
queur, Messire  Jean  le  Doge  eut  plusieurs  entretiens  avec  lui 
et  lui  fit  plusieurs  promesses,  de  sorte  qu'il  reprit  courage  '  », 


20  mai  (/.  c).  Paul  «  de  Bancha  »  dans  les  Magistr.  Rationalium 
inlroitus  et  ea;<7?M  (Archives  de  Gênes),  1369  (55),  f»  11. 

1.  «  Ed  era  molto  bella  gente,  e  il  più  orrevole  signore,  el  meglio 
cavallo,  e  colle  più  notabili  cose,  che  signore  entrasse  mai  in  Siena  • 
(Cronicn  Saticse,  ap.  Muratori,  XV,  194  u).  La  date  du  jour  manque 
dans  le  texte. 

2.  «  Al  luogo  de'  Frati  di  Camjioregi  »  (ibid.). 

3.  V.  sur  ce  personnage,  qui  régna  quatre  ans  (1364-8)  à  Pise  et  Luc- 
ques,  avec  le  titre  nouveau  de  «  doge  »  Le  croniclie  di  Giov.  Sercambi, 
Lucckese,  publiées  par  Salv.  Bongi  (publ.  de  17s/.  slorico  ital.,  I  Rome 
1892),  pp.  126-7  et  Ammirato,  Ston'e  florentine,  éd.  de  Turin,  1853,  t. 
III,  307,  IV,  15-16. 

4.  A  un  mille  loin  de  Pise  :  «  Veniva  di  Siena,  e,  passando  Arno  a 
Vicopisano,  se  ne  venue  per  il  Valdarno  ».  Croiiica  di  Pisn,  dans  les 
Rerum  Ilnlicarum  Scriplores  de  Florence,  I,  c.  743  a.  Cf.  Cronica  di 
Pisn,  ibid-,  c.  1048  a  (chr.  contemporaine  peut-être,  ms.  de  1550). 

5.  Rer.  II.  Scr.  do  Florence,  l.  c. 

6.  «  Uno  suo  figliuolo  d'età  d'anni  dieci  ».  Cron.  Sanese,  L  c;  «  cou 
uno  suo  fîolo  ch'avea  cercha  anni  \\\  ».  Chr.  inédite  de  Ferrare  — 
1403,  Bibl.  roy.  publique  de  Munich,  lat.  850,  f"  136.  Sercambi,  p.  137. 

7.  «  In  nel  quai  tempo  Messer  (liovauni  Doge  ebbe  con  quello  molti 
ragionamenti,   e  feceli   moite  promesse,    tauto  che  e'  riprese   assai 


—  378  — 

Puis  il  prit,  accompagné  quelque  temps  par  le  doge,  le  chemin 
de  Florence,  par  Lucques,  où  on  lui  fit  grande  fête,  par 
Pistoie  et  par  Prato,  où  il  trouva  probablement  des  réceptions 
pareilles  \ 

Il  attendait  de  plus  grands  secours  do  la  part  des  Floren- 
tins, auxquels  il  s'était  déjà  adressé  au  commencement  de  ses 
guerres.  On  ne  connaît  pas  les  résultats  pratiques  de  sa 
visite;  quant  aux  fêtes  qui  célébrèrent  son  arrivée,  elles 
furent  magnifiques  :  la  commune  paya  ses  dépenses  ;  un 
grand  banquet  lui  fut  offert  dans  une  église^;  il  donna  à 
Sainte-Marie-Nouvelle  sa  lance  et  son  manteau  royal,  avec 
son  portrait  et  celui  de  son  fils,  en  broderie.  ''  Il  jouta  enfin 
dans  les  tournois  qui  furent  célébrés  à  cette  occasion  '*. 

A  Bologne,  où  il  arriva  ensuite,  Pierre  P""  rencontra  Frois- 
sart,  qui  parle  du  roi  avec  émotion  dans  son  Epinette  Amou- 
reKse" ;  Eustache  de  Conflans,  qu'il  connaissait,  raconta 
d'abord  au  futur  chroniqueur  les  guerres  d'Orient  et  le  motif 
de  l'arrivée  du  roi  ^  puis  il  fut  reçu  par  Pierre  lui-même 

«   qui  moult  estoit  sentans 

D'onnour  et  d'amour  grant  partie.  » 

Le  roi  de  Chypre  habita  à  Bologne,  où  il  put  voir  le  car- 
dinal  d'Albano,    Ange  Grimoard,  qui   venait  de  remplacer 


d'animo.  »  R.  It.  Scr.  de  Flor.,  l.  c  II  visitait,  dit  .l'autre  chronique, 
toutes  les  «  provinces  du  monde  »  «  por  andare  a  conquistare  lo  pas- 
sagio,  e  andar  contre  1'  Infedeli  »  (/.  c). 

1 .  Cronica  di  Pi  sa,  /.  e.  La  chronique  publiée  par  Muratori  le  fait  aller 
à  Rome  ;  il  aurait  cherché  le  pape  à  Pise  (L  c).  Cf.  p.  377,  note  1  du  pré- 
sent ouvrage.  Croniche  di  Sercambi,  1,  p.  137  (la  miniature  représen- 
tant l'arrivée  de  Pierre  !«■■  à  Pise  est  surtout  très  intéressante). 

2.  A  «  santa. . .  (sic)  et  tornô  in  santa  Maria  Novella  ». 

3.  Bandini,  Calalorjvs  mss.  Bibl.  S.  Laurent.,  Lut.,  t.  111,  373-4, 
repr.  dans  Mas  Latrie,  Hisl.  de  Clujpre,  11. 

4.  «  E  bene  lo  faceva  adestramente  »  (Cronica  di  Stefani,  ms.  de  la 
Magliabecchiana.  ap.  Mas  Latrie,  Ilist.  Ch..  II,  313).  Cf.  Croît.  Saiiese,  L 
c.  :  «  E  .stando  in  Firenze  temero  (!)i  Fiorentini  del  loro  stato...  e  li  Fio- 
rentini  fero,  che  per  l'avvenire  nissuno  signore  entrasse  in  Firenze». 

5.  Edition  Buchon  des  Chroniques,  t.  III,  501  : 

Et  c'est  raisons  que  je  renomme 

De  Cippre  le  noble  roy  père 

Et  que  de  ses  bienfais  me  père. 
11  l'aurait  accompagné  jusqu'à  Venise  (Froissart,  éd.  Kervyn,  I',  170, 
note  1).  V.  édition  Schéler  des  Œ'Mî;/'c.v/9oe7«"(7Mt'S,  Bruxelles,  1871,  II,  11. 

6.  Buchon,  ibid. 


—  379  — 

Androuin  comme  légat',  dans  le  couvent  bien  connu  de 
Saint-Dominique,  appartenant  aux  Frères  Prêcheurs".  Il 
quitta  la  ville  le  lundi  10  juillet*  et  se  dirigea,  accompagné 
de  Froissart,  vers  Ferrare*.  Pierre  comptait  y  trouver 
Charles  IV,  qu'il  attendit  deux  jours  au  milieu  des  fêtes. 
Le  roi  partit,  accompagné  jusqu'à  San  Felice  par  Hugues 
d'Esté,  se  dirigeant  vers  Mantoue.  Il  y  trouva  l'empereur 
qu'il  accompagna,  avec  le  marquis  Nicolas  d'Esté,  dans  son 
voyage  à  Ferrare  et  à  Modène  peut-être,  où  l'on  arriva  le 
4  août*.  Il  partit  ensuite  pour  Venise,  où  il  comptait  s'em- 
barquer. 

^Pierre  I'''  n'était  pas  encore  à  Venise  vers  la  tin  du  mois  de 
juillet  (27  juillet),  quand  le  doge  permit  le  transport  de  250 
chevaux  en  Chvpre  ^  11  y  trouva  des  dispositions  assez  favo- 
rables, grâce  aux  concessions  qu'il  vehait  de  faire  à  Rome. 
Les  Prégades  consentirent  même,  le  17  août,  à  lui  fournir 
2,000  rames'  et  des  armes  pour  quinze  cents  ducats ^  On  lui 
permit  aussi  de  transporter  en  Chypre,  jusqu'au  mois  de 
septembre,  300  personnes  de  sa  famille  ou  de  sa  suite.  Il  alla 
résider  à  Trévise  vers  le  21  août,  quand  des  ordres  furent 
donnés  en  conséquence  aux  podestats  et  aux  officiers  de  cette 


1.  Le  9  juin  1368  (Cron.  di  Bolorjna.  Muratori,  XVIII,  486  C). 

2.  «  Alloggiô  in  San  Domenico  de'  Frati  Predicatori  »  (ihid.). 

3.  Ihid. 

4.  Où  Tiercelet  de  Ferrare  donna,  par  son  ordre,  40  ducats  «  l'un 
sur  l'aultre  »  au  chroniqueur  {ibid.). 

5.  «  Corne  venue  lo  re  di  Cipro  a  Ferrara  1368.  — A  di  .xi.  de  luglio 

venne  lo  rè  di  Cipri  cou  bella  zente,  jier  andare  con  lo  imperadore 

acompagnarlo.  e  stette  in  Ferara  dui  die.  E  quando  el  se  parti, 
messere  Ugo  Facompagnoe  per  tino  a  San  Felixe.  E  possa  in  quello 
anno,  adi  4  d'agosto,  azunse  Carlo  imperadore  e  messere  Xiccholô  in 
Modeiia  e  messere  Ugo  andô  a  iîondeno  a  riceverlo,  che  vegnea  da 
Mantoa  con  lo  rc  de  Cipri.  »  Chr.  de  Ferrare —  1409;  ms.  cité,  f°  136. 
Sur  son  séjour  à  xMantoue,  Muratori.  Ant.  medii  aevi,  V,  1194.  — 
«  E  ando  dall'  imperadore  ».  Cron.  di  Bol.,  l.  r.  Cf.  Cron.  San.:  «  che 
era  suo  parente  »  (O.et  Mâcheras,  118.  Il  serait  allé  à  Milan  pour  ré- 
concilier Bernabo  à  l'Eglise  (v.  Mâcheras.  /.  c.  et  .Aniadi  et  Bustron.  //. 
ce).  La  paix  fut  conclue,  cependant,  par  l'intermédiaire  d'Etienne  de 
Bavière,  gendre  de  Bernabo,  et  du  cardinal  d'Albano.  Bzowski,  II, 
1344. 

6.  Archives  d'État  de  Venise,  Senato  Misli,  32,  f"  136,  repr.  par 
Mas  Latrie,  Jlist.  Ch.,  II,  312.  Des  ordres  furent  donnés  le  26  jjour  la 
réception  des  «  nuntios  et  familiares  illustris  domini  Régis  Cypri  » 
(Verci,  St.  délia  tnarca  triviginna.  XIV,  28). 

7.  «  Stellas  ramorum  »  (de  l'Arsenal),  ibid. 

8.  «  Juxta  formam  pactoruni  »,  ibid. 


-  380  — 

ville  et  de  Ceneda  '.  Mézières  l'avait  accompagné  pendant  tout 
son  voyage*. 

Une  bonne  nouvelle  vint  l'y  trouver  à  cette  époque.  Les 
Arméniens,  dont  l'existence  nationale  était  menacée  sans 
cesse  par  les  Sarrasins  et  par  les  Turcs,  avaient  décidé  de  faire 
un  dernier  effort.  Leur  roi,  Constant  ou  Constantin  V,  celui 
qui  avait  provoqué  l'expédition  de  Lajazzo  et  que  le  gain  seul 
préoccupait,  était  évidemment  incapable  de  tenir  tête  aux 
envahisseurs  et  de  rétablir  son  royaume,  dont  quelques 
restes  à  peine  subsistaient.  L'exemple  de  Gorigos  était  là 
pour  montrer  ce  qu'on  pouvait  faire  encore  avec  un  autre 
chef.  Bien  qu'après  la  mort  à  Venise  de  Bohémond,  fils  aîijé 
de  Jean  de  Lusignan,  qui  avait  accompagné  Pierre  I"  pendant 
son  premier  voyage  ^  la  couronne  d'Arménie  dût  revenir  de 
droit  à  son  frère  cadet  Léon,  le  futur  Léon  VI*,  une  faction 
offrit  la  couronne  au  roi  Pierre,  qu'elle  alla  peut-être  trouver 
en  Europe  ^  Le  roi  de  Chypre  qui  n'avait  pas  montré,  de 
retour  en  1365,  à  son  parent  réfugié  dans  son  royaume,  les 
lettres  d'Urbain  V  le  recommandant  au  parti  catholique®, 
accepta  cette  couronne.  Elle  ne  signifiait  pas  grand'chose 
dans  l'état  présent  du  pays,  mais  pouvait  lui  être  fort  utile 
dans  ses  guerres  avec  le  Soudan,  guerres  qu'il  attendait 
encore,  malgré  les  récentes  négociations.  11  fit  battre  monnaie 


1.  Ibid. 

2.  Il  se  trouvait  à  Venise  le  25  septembre,  deux  jours  après  le  départ 
du  roi.  V.  plus  loin. 

3.  11  mourut  en  1363,  d'après  Dardel  {Ilùt.  arm.  des  croisades,  II, 
36-7).  Ayant  connu  trop  tard  pour  les  premiers  chapitres  de  cet  ou- 
vrage, les  feuilles  contenant  cette  chronique,  que  je  croyais  encore 
inédite  (v.  p.  357,  note  6),  j'ai  répété  aux  pp.  110-11  les  erreurs  com- 
munes sur  l'histoire  de  l'Arménie  à  cette  époque.  Elles  doivent  être 
corrigées  dans  le  sens  indiqué  par  le  texte.  V.  aussi  Verratum. 

'i.  Ou  plutôt  Léon  V:  c'est  le  titre  qu'il  prend  lui-même  (v.  Dardel, 
18  et  66.  note  2).  11  était  né  en  1342  (ibid.,  32).  Sur  sa  jeune.sse  v.  la 
même  chronique,  pp.  32-4. 

5.  Après  son  départ  de  Rome,  d'après  Machaut,  pp.  222-3.  —  Le 
parti  national  arménien  demanda  secours  aux  ^'énitiens  :  on  répondit 
le  11  oct.  1368  à  la  «  reine  d'Arménie  »  (probablement  Marie,  veuve 
de  Constantin  IV  et  princesse  d'y\njou-Tarente,  v.  Dardel,  pp.  41,  42 
et  42  note  2)  qu'elle  obtiendra  des  secours  ou  bien  l'Arménie  sera 
comprise  dans  le  traité  avec-  le  Soudan.  Le  passage  aura  lieu  peut-être 
une  autre  fois  (Archives  d'État  de  Venise,  Sen.  Misti,  33,  f"  37). 

6.  Arch.  du  Vatican,  L.  S.,  247,  f"^  239  v"-40;  Rinaldi,  1365,  §  XXI 
(3  avril  1365),  Dardel,  pp.  35-7. 


—  381  — 

même,  comme  roi  d'Arménie  ou  «  Thakavar  de  tous  les 
Arméniens  '». 

Pierre  était  de  retour  à  Venise  le  Ô  septembre,  quand  un 
banquet  lui  fut  offert  par  le  doge".  Quelques  jours  après,  le 
23  septembre  ',  il  s'embarquait  avec  une  suite  de  plus  de  cinq 
cents  hommes  sur  huit  galères  vénitiennes,  se  dirigeant  vers 
son  île.  Peut-être  de  grands  projets  s'étaient-ils  formés  dans 
sa  tète  et  rêvait-il  encore  cette  délivrance  de  Jérusalem,  si 
difficile  à  atteindre,  malgré  tous  les  efforts. 

Mézièrcs  se  trouvait  à  Venise  au  moment  du  départ  du  roi, 
avec  lequel  il  avait  réglé,  pendant  quatre  jours,  toutes  les 
affaires  du  royaume  qui  le  regardaient  et  les  siennes  aussi, 
au  grand  contentement  de  la  clémence  royale  et  avec  hon- 
neur*. Il  était  décidé  à  y  rester  encore  quelque  temps  pour 
des  affaires  qui  le  concernaient,  affaires  qui  nous  sont  com- 
plètement inconnues,  puis  il  comptait  se  diriger  vers  la  Curie 
pour  y  traiter  probablement  des  affaires  de  la  croisade,  si 
cette  paix  avec  le  Soudan,  qui  n'était  pas  encore  conclue, 
n'aboutissait  pas. 

Deux  jours  après  le  départ  du  roi,  le  25  septembre,  il 
écrivit  une  lettre  des  plus   importantes  pour  sa  personne  et 


1.  «  Bedros  ou  Pedros,  roi  ou  thakavar  de  tous  les  Arméniens  »,  pièce 
à  effigie  cavalière,  publiée  par  E.  Langlois  dans  sa  Numismatique  de 
l'Arménie  au  moijen  <h/e>  Paris,  1855,  pi.  VI,  9,  p.  96.  Sur  une  autre 
monnaie,  oi^i  Munter(0//i  Franiierncs  Mynler  i  Orienten,  Kjœbenhavn, 
1806,  in-4",  pp.  32-8)  a  cru  reconnaître  le  même  titre,  v.  Buchon, 

Recherches  et  malfriaux  pour  servir  à  une  histoire (Paris  1811), 

pi.  VI,  n"  16,  et  pp.  406-7.  Les  habitants  auraient  prêté  serment  au  roi 
et  à  ses  successeurs,  envoyant  au  prince  d'Antioche  les  clefs  des  prin- 
cipales forteresses  (Machaut,  /.  c).  Des  ambassadeurs  arméniens, 
l'archevêque  de  Tarse  à  leur  tête,  se  présentèrent  plus  tard,  le 
1«''  juillet  i;}69,  à  Avignon,  pour  implorer  du  secours  contre  les  Sar- 
rasins. Cf.  Rinaldi,  1372,  §  30. 

2.  600  livres  «  ad  grosses  »  furent  accordées  à  cette  date  par  le  Grand 
Conseil  (Bibl.  de  l'Éc.  des  Charles,  XXXIV,  1873,  p.  74). 

3.  Lettre  citée  au  cardinal  de  Bologne.  Machaut  fixe  la  date  de  28 
septembre,  le  matin  (p.  223).  Ce  jour-là  Mézières  rédigea  à  Venise  le 
privilège  de  noblesse  de  Jean  Incuris  (et  non  Mercuris,  ainsi  que  lit 
Lebeuf),  bourgeois  de  Nuremberg,  qui,  ayant  pris  la  croix,  avait  été 
anobli  par  le  roi  «  in  preclara  doiuo  virtuosorum  nobilium  Cornerio- 
ruin  régie  habitacionis,  principibus  et  baronibus  suis  ac  non  modicis 
nobilibus  Veneciarum  civibus  presentibus  »,  le  23  du  même  mois.  Des 
armes  lui  furent  données  à  cette  occasion,  que  Philippe  interprète 
symboliquement  dans  le  privilège  (Lettres,  f"*  140  v-  1  v"). 

4.  Lettre  citée.  V.  p.  383,  note  2. 


-  38?  — 

ses  idées.  Elle  est  adressée  au  cardinal  de  Bologne,  Ange 
Grimoard.  Mézières  l'avait  connu  à  Avignon  pendant  le 
premier  voyage  du  roi  de  Chypre.  Urbain  V,  cédant  aux 
prières  dos  cardinaux  \  avait  nommé  son  frère,  précédem- 
ment prieur  à  Saint-Dié,  évêque  d'Avignon,  dont  le  siège, 
réservé  par  les  deux  papes  antérieurs,  était  vacant  depuis  de 
longues  années  ^  C'était  un  des  chanoines  les  plus  pieux  et 
les  plus  ponctuels  dans  l'accomplissement  de  leurs  devoirs  : 
on  louait  sa  science,  sa  «  circonspection  naturelle  »,  sa  pro- 
bité et  l'honnêteté  de  ses  mœurs  '.  Quelques  années  plus  tard 
(18  septembre  1366),  il  fut  élevé  au  cardinalat  et  devint 
évêque  d'Albano''.  Urbain  V  lui  confia  peut-être  une  mission 
auprès  du  roi  de  Castille,  Pierre  le  CrueP,  et  ensuite  la  léga- 
tion en  Italie,  où  il  remplaça  Andronin,  dont  la  politique  de 
conciliation  et  de  douceur  était  dangereuse,  maintenant  que 
son  «  grand  ami  »  de  Milan  s'agitait  de  nouveau. 

Mézières,  qui  venait  de  le  revoir  à  Bologne,  pendant  le 
séjour  du  roi  dans  cette  ville,  fut  un  des  correspondants  assi- 
dus de  ce  prélat  éclairé*^  qui  dotait  les  chanoines  de  Mont- 
pellier, dont  il  avait  fondé  le  collège,  de  revenus  et  d'une 
bibliothèque '.  Un  grand  nombre  de  ses  lettres  lui  sont  adres- 
sées et  une  familiarité  respectueuse  règne  dans  sa  corres- 
pondance avec  le  cardinal. 

Le  légat  venait  d'écrire  au  roi,  avant  son  départ,  des  lettres 
<c  cordiales  »,  auxquelles  Pierre  P'',  qui  n'en  recevait  guère, 
paraît-il,  pendant  ce  second  séjour  en  Europe,  s'empressa  de 
répondre  :  son  chancelier  devait  lui  remettre  cette  réponse  à 
Bologne,  pendant  son  voyage  à  la  Curie.  C'est  pour  s'excu- 
ser du  retard  que  Philippe  écrivit  sa  lettre  du  25  septembre. 


1.  3"  yUa  Urbani  V,  Baluze,  I,  417. 

2.  Sponda,  I,  773. 

3.  1«  Mla  Urbani  V,  Baluze,  I,  p.  366.  Cf.>  Vita.  l.  c. 

4.  la  Vila,  374. 

5.  Mariana,  1.  XVII,  ch.  ii.  Cf.  Baluze,  I,  993.  «  Cum  litteratura 
convenienti  »  (l''  Vita,  l.  c). 

6.  Cf.  cependant  la  3=»  Vita,  p.  V17  :  «  Scientiam  eminentem  non 
habebat.  »  Ce  fut,  assure-t-on,  une  des  causes  pour  lesquelles  Urbain 
ne  voulait  pas  l'élever  au  cardinalat. 

7.  1"  Vitn,  l.  c.  Cf.  3»  Vita,  p.  417.  Il  fut  ensuite  rappelé  par  Gré- 
goire XI  et  survécut  vingt  ans  à  son  frère.  Son  testament,  oii  il  re- 
connaît Clément  VII,  date  du  11  avril  1388  ;  il  mourut  le  16  (Duchesne, 
Hist.  des  card.  franc.,  I,  588-9). 


—  383  — 

Il  annonce  d'abord  le  départ  tout  récent  du  roi  pour  l'Orient  : 
il  était  parti,  plein  de  joie,  avec  une  suite  de  chevaliers  chyprio- 
tes et  d'autres  qu'il  avait  rassemblés  en  Italie  ou  que  sa  renom- 
mée avait  attirés  à  Venise  \  Il  devait  le  visiter  lui-même 
bientôt,  à  moins  que  des  affaires  intéressant  le  roi  ne  le  con- 
traignissent à  partir  aussitôt  pour  Rome  :  «  sous  l'ombre  de 
vos  ailes  ».  Après  avoir  parlé  de  ses  propres  affaires,  il  pas- 
sait ensuite  aux  négociations  commencées  récemment  par  les 
communes.  Jamais  traité  n'avait  été  plus  désastreux  pour  la 
foi  chrétienne  que  le  dernier;  tout  le  monde  était  de  cet 
avis.  Les  Sarrasins  étaient  comme  toujours  de  mauvaise  foi  : 
quatre  mois  après  le  départ  de  leurs  ambassadeurs,  les  Véni- 
tiens n'avaient  pas  obtenu  encore  la  délivrance  de  leurs  mar- 
chands. Le  roi  était  décidé  à  ne  pas  violer  cette  paix  mal- 
heureuse, puisque  la  volonté  du  pape  était  qu'elle  se  fît;  on 
croyait  cependant  à  Venise  que  le  Soudan  ne  voulait  pas 
l'observer.  «  Que  le  doux  Jésus  »,  dit-il,  en  terminant,  «  fasse 
ce  qu'il  croira  le  mieux  pour  la  république  des  chrétiens.'» 

L'opinion  des  Vénitiens  était  fondée  :  les  Sarrasins  ne 
voulaient  pas  la  paix.  Malgré  les  succès  récents  des  frères 
Grimaldi,  qui  avaient  pénétré  dans  le  port  d'Alexandrie  avec 
leurs  galères,  au  mois  de  mars  1368^,  les  ambassadeurs  véni- 
tiens et  génois  ne  réussirent  pas  à  conclure  un  nouveau 
traité.  Us  étaient  arrivés  à  Alexandrie  au  commencement  du 
mois  de  juillet  '  et  s'étaient  dirigés  vecs  le  Caire,  après  avoir 


1.  Il  était  venu  sur  une  seule  galère;  il  en  fallut  huit  pour  trans- 
porter sa  suite,  au  retour, 

2.  Bibl.  de  l'Arsenal,  499,  f»  144  v°:  «  ...  Audiat  vestra  reverenda 
paternitas...  dominum  meum  regem  et  cum  eo...  dominum  comitem 
Tripoliin  cum  galeis  .vin.  \'enetorum  atque  suis  et  quingentis  personis 
et  ultra,  inter  homines  armorum  et  familia(in)  sua(m)  domesticam, 
xxin-^  die  mensis  hujus  de  \'eneciis  recessisse...  Expedivi  namque  per 
gratiaia  Del  cum  domino  rege,  secum  per  .ini.  dies  existente  (sic), 
omnia  négocia  regnum  tangenciaac  eciammea...  nihilominus,  ex  quo 
placct  domino  nostro  pape,  dominus  meusrex  ex  parte  sua  indesinenter 
et  tirmiter  tractatum  et  concordiam  factam  tenebit...  Dulcis  Jhesus  fa- 
cia*  illudquod  sibi  melius  videbitur  in  oculis  suis  pro  republica  chris- 
tianorum...  ». 

3.  Jean  et  Pierre  Grimaldi  arrivèrent  à  Famagouste  avec  un  vaisseau 
barbaresque  qu'ils  avaient  capturé  à  Alexandrie,  le  l'""'  avril  1368,  Mâ- 
cheras, 119.  ("f.  Amadi,  419.  Le  10  mai  mourut  Jean  de  Sur,  un  des 
meilleurs  officiers  de  Pierre  (Amadi,  /.  c). 

4.  Ils  partirent  en  juin  et  arrivèrent  à  Hhodes,  le  5  juillet.  Cf.  Mâche- 
ras, 122  et  plus  haut,  p.  876. 


—  384  - 

demandé  des  otages  pour  leur  sécurité,  otages  qui  furent 
accordés  fallacieusement  par  le  Soudan,  des  condamnés  à 
mort  ayant  été  habillés  en  habits  d'émirs  ',  selon  les  chroni- 
queurs arabes.  Ils  se  présentèrent  ensuite  devant  le  Soudan 
et  demandèrent  le  renouvellement  de  la  paix,  d'après  les 
conditions  proposées  par  le  roi  de  Chypre.  L'église  du  Saint- 
Sépulcre,  fermée  depuis  la  prise  d'Alexandrie,  devait  être 
rouverte.  Le  Soudan  demanda  la  restitution  des  captifs 
d'abord  ^  et  deux  galères  chrétiennes  partirent  d'Alexandrie 
pour  obtenir  du  prince  d'Antioche  la  délivrance  des  am- 
bassadeurs sarrasins  (8  août).  Le  régent  les  confia  aux 
envoyés,  avec  acte  notarié,  à  Nicosie;  les  vaisseaux  quit- 
tèrent le  port  de  Famagouste  le  24  août. 

Les  ambassadeurs  des  communes  refusèrent  cependant 
d'autoriser  le  débarquement  des  prisonniers,  avant  la  rati- 
fication du  traité  par  le  Soudan.  Le  conseil  de  régence  pro- 
testa violemment  contre  cette  mesure,  qui  rendait  vaines  ses 
intentions  secrètes.  Menkeliboghâ'',  un  des  grands  ennemis 
de  la  paix,  se  jeta  sur  Cigala  et  le  frappa  au  visage,  en 
criant  :  «  Porc  de  vil  prix,  tu  te  moques  de  mon  seigneur  le 
Soudan  !  »  Il  ne  se  contenta  pas  de  ce  châtiment  et  le  saisit 
par  la  barbe,  menaçant  de  lui  couper  la  tète.  Le  même  émir 
qui  avait  conseillé  jadis  des  mesures  plus  douces,  intervint 
alors,  priant  le  Soudan  de  faire  la  paix  ;  on  se  borna  à  attendre, 
pour  déclarer  la  guerre,  que  le  roi  fût  revenu  d'Occident  ; 
on  se  rendrait  alors  mieux  compte  des  forces  dont  il  pouvait 
disposer  encore.  On  traîna  donc  les  choses  en  longueur 
jusqu'au  mois  de  septembre,  quand  Cigala  fut  envoyé  en 
Chypre  avec  de  nouvelles  propositions,  tout  aussi  peu  sérieuses 
que  les  premières.  Le  roi  écrivit  en  vain  une  lettre  indignée  ; 
tous  les  efforts  échouèrent  devant  la  mauvaise  volonté  des 
émirs.  Pierre  P^  malade  à  Famagouste,  en  informa  le  pape*. 


1.  Weil,  IV,  513-4. 

2.  Weil,  ihid.  Ils  auraient  proposé,  si  Chypre  leur  refusait  les  captifs, 
de  s'allier  au  Soudan.  Tout  cela  est  assez  confus  et  on  est  réduit,  pour 
ces  dernières  négociations,  à  Mâcheras  seul,  sujet  à  caution  parfois. 

3.  V.  sur  l'orthographe,  Herzsohn,  45. 

4.  Mâcheras,  121-7.  Cigala  (KaiÇaT^f^v  rxâps)  revint  cependant  à  Alexan- 
drie et  les  négociations  durèrent  sans  résultat  jusque  vers  le  milieu 
de  l'année  1369,  quand  elles  furent  interrompues  pour  un  moment. 


—  385  — 

Mézières  se  dirigea-t-il  vers  Rome  à  cette  époque, ainsi  qu'il 
se  proposait  de  le  faire?  Eraploya-t-il  ses  efforts  à  obtenir 
des  secours?  11  dut  apprendre  vers  le  mois  d'octobre,  à 
Venise  encore  peut-être,  l'échec  qu'éprouvèrent  au  Caire  les 
ambassadeurs  des  communes,  et  sa  joie  dut  être  grande  en 
voyant  que  la  paix  infâme  n'avait  pas  été  conclue.  Les  Véni- 
tiens et  les  Génois  se  réuniraient  peut-être,  maintenant  que 
leur  médiation  n'avait  pas  réussi,  au  roi  qu'ils  avaient  sou- 
tenu jadis,  et  une  nouvelle  série  de  guerres  aurait  achevé  la 
défaite  des  Sarrasins.  Le  pape  lui-même  ne  pouvait  plus 
recommander  une  paix  qui  était  évidemment  impossible. 
Peut-être  aussi  fondait-il  de  grands  espoirs  sur  cette  cheva- 
lerie de  la  Passion,  qui  devait  fournir  d'admirables  combat- 
tants au  roi  de  Chypre.  Avec  de  pareils  soldats  et  un  chef 
dont  la  vaillance  était  proverbiale  parmi  ses  ennemis  même\ 
de  grandes  choses  pouvaient  être  accomplies  encore.  C'est  au 
milieu  de  ces  rêves  de  victoire  que  le  trouva,  au  commence- 
ment de  l'année  1369,  la  nouvelle  de  la  mort  du  roi,  assas- 
siné à  Nicosie  dans  la  nuit  du  16  au  17  janvier. 

Pierre  P''  avait  d'autres  préoccupations  en  revenant  en 
Chypre*  que  celle  de  la  croisade.  Depuis  longtemps  déjà, 
sa  vie  dissolue  était  connue  en  Occident  ;  le  pape  lui-même 
était  intervenu,  dès  l'année  1367,  pour  lui  ordonner  de  re- 
prendre sa  femme  et  de  chasser  la  concubine  qu'il  avait 
admise  dans  son  palais  ''.  La  reine  Éléonore  profita  de  son 


Ce  qui  est  dit  dans  Machaut,  p.  222,  est  faux.  Cf.  Amadi,  p.  419  : 
«  El  soldan  prolongava  la  pace,  perché  udiva  a  molti  di  soi  amirà 
quali  havevaiio  diverse  opinioni  »  ;  Bustron,  pp.  267-8. 

1.  «  Tantum  enim  timorem  (sic)  invaserat  Sarracenos  post  cap- 
tionem  Alexandrie  ut  novum  proverbium  inter  se  suscitarent.  cum  sibi 
invicem  maledicerent,  dicentes  :  «  gladius  leouis  Pétri  régis  le  percus- 
siat  »  {Oratio  tragedica,  f"  197). 

2.  Pendant  le  voyage,  Pierre  I»''  trouva  à  Modon,  où  il  s'arrêta,  sa 
parente  Isabelle  de  Lusignan.  fille  du  roi  Guy  d'Arménie,  mariée  au 
despote  de  Morée,  Manuel.  Elle  lui  déclara  son  intention  de  faire 
épouser  au  jeune  Léon  de  Lusignan  Catherine,  héritière  de  l'Arcadie, 
et  den  faire  son  héritier.  La  mort  de  Pierre  empêcha  le  prétendant 
d'arriver  au  terme  fixé  et  il  épousa  Marguerite,  tille  de  Jean  de  Soissons. 
V.  Dardel,  37-9  et  les  notes  de  M.  Ulysse  Robert;  Hopf,  Chroniques 
gréco-romanes,  472,  \ii''  ;  le  même,  Griechetiland,  I,  449^. 

3.  Arch.  du  Vatican.  249,  f  -  22  v"-3:  Rinaldi,  X.Wl,  155;  Reinhard, 
Geschichte  von  Cijprus,  I,  90  (2  déc.  1367).  il  écrivit  à  la  même  époque 
à  l'archevêque  de  Nicosie,  l'exhortant  à  réprimander  le  coupable,  en 
employant  même  les  censures  ecclésiastiques.   Le  roi  souillait  ainsi, 

N.  JonG.\.  Phiiippe  de  Mézières.  2ô 


-   386  — 

absence  pour  se  venger  :  Jeanne  l'Allemand,  dame  de  Choulou 
et  veuve  de  Thomas  de  Montolif,  fut  saisie,  jetée  en  prison 
et  soumise  aux  tortures  les  plus  cruelles  pour  tuer  l'enfant 
qu'elle  portait  dans  son  sein.  Elle  fut  transportée  ensuite  à 
Cérines  et  jetée  dans  une  fosse'. 

Pierre  P""  en  fut  informé  et  écrivit  à  sa  femme  une  lettre 
menaçante  ;  la  concubine  du  roi  fut  enfermée  alors  au  couvent 
de  Sainte-Claire,  à  Nicosie,  où  elle  fut  contrainte  de  prendre 
le  voile.  Bientôt  les  plus  mauvaises  nouvelles  arrivèrent  de 
Chypre  en  Italie  :  Jean  Visconti  dénonçait  à  son  maître  les 
relations  criminelles  qui  existaient  entre  la  reine  et  le  comte 
de  Rochas,  Jean  du  Morf^  Le  roi,  qui  aimait  beaucoup  sa 
femme  ^  partit  aussitôt  pour  punir  les  coupables.  La  maladie 
le  retint  quelque  temps  à  Famagouste'',  puis  il  se  dirigea 
vers  Nicosie,  où  il  convoqua  la  Haute  Cour  pour  juger  sa 
querelle. 

Les  barons  chypriotes  n'avaient  jamais  été  très  favorables 
à  cette  guerre  continuelle,  qui  leur  apportait  du  butin,  il  est 
vrai,  mais  qui  empêchait  tout  commerce  entre  l'île  et  l'Orient 
et  mettait  en  danger  l'existence  de  cette  «  pierre  jetée  dans 
la  mer  »,  qu'ils  avaient  défendue  à  grand'peine  jusqu'alors. 
Us  ne  voyaient  pas  la  partie  nécessaire  des  expéditions  de 
Pierre  I",  qui,  en  occupant  l'ennemi  ailleurs  et  lui  donnant 
une  idée  excessive  de  ce  petit  État,  empêchaient  l'invasion  des 
Infidèles.  Ils  murmuraient  contre  ces  chevaliers  de  l'Occident 
qui  jouissaient  de  la  confiance  du  roi  et  qui  les  éclipsaient 
dans  les  combats  ^  «  Le  Chypriote  »,  dit  le  chroniqueur  arabe 


ajoutait  la  lettre,  la  gloire  qu'il  s'est  attirée  en  combattant  les  Turcs, 
comme  «  persécuter  acerrimus  »(ylrc/i.  du  Vatican,  ibid.,  f"*  22-2  v"). 

1.  Mâcheras,  127-9;  B.ustron,  268;  Amadi,  A19-20.  Les  malheurs  de 
Jeanne  l'Allemand  ont  été  chantés  par  le  peuple  chypriote  dans  les 
deux  gracieuses  pièces,  dont  on  trouvera  la  reproduction  à  la  fin  de  la 
chronique  de  Mâcheras. 

2.  La  lettre  aurait  été  écrite  le  13  septembre  d'après  Hustron  et 
Amadi,  le  13  décembre  d'après  Mâcheras,  p.  131.  Les  deux  dates  sont 
également  impossibles. 

3.  Mâcheras,  117;  Bustron,  269;  Amadi,  421. 

4.  «...  Si  fort  malades  devint 
Qu'il  jit  en  son  lit  moult  griefment, 
Sept  semainnes  entièrement  » 

(Machaut,  p.  255). 

5.  «  Ipsi  vero  malefici...  in  contemptum  Uei  conspiraverunt  contra 
Moysem,  dicentes  :  hic  contrarius  est  operibus  nostris,  mittamus  lignum 


—  387  — 

qui  a  raconté  la  prise  d'Alexandrie,  «  se  montrait  avare  envers 
ses  nobles  de  Chypre,  et  tout  ce  qui  lui  revint  à  l'occasioii 
de  la  prise  de  cette  ville,  il  en  fît  don  aux  rois  de  l'Occident, 
en  priva  ses  barons  et  donna  la  préférence  aux  Français'». 
Le  Moïse  et  VAron  de  Mézières  n'était  pour  eux  qu'un 
prince  brouillon  et  aventureux,  le  fléau  du  pays  ^  sur  lequel 
il  régnait  avec  tant  de  gloire,  mais  avec  tant  de  sévérité  et 
de  violence  aussi.  Dès  l'expédition  de  Tripoli,  le  mécon- 
tentement était  si  fort  que  le  prince  d'Antioche  crut  de  son 
devoir  d'en  avertir  le  roi^ 

Aussi  la  Cour  des  Barons  profîta-t-elle  de  cette  occasion 
pour  se  venger  de  ce  maître  odieux.  Jean  Visconti  fut  dé- 
claré coupable  d'avoir  accusé  injustement  la  reine  et  les  sei- 
gneurs s'offrirent  à  combattre  pour  défendre  l'innocence  de 
leur  souveraine.  Le  roi  fit  arrêter  son  serviteur  fidèle,  qui 
mourut  de  faim  et  de  soif  dans  la  prison  de  BufFavent.  Il 
accepta  le  jugement  des  barons,  non  sans  garder  l'espoir  de 
punir  ceux  qui  venaient  de  l'insulter  par  leur  jugement*. 

Une  prison  s'éleva  par  son  ordre  à  Nicosie  :  elle  était 
destinée,  disait-on,  à  contenir  la  reine  et  tous  ces  barons 
factieux,  qu'on  attirerait  dans  la  tour  de  la  Marguerite,  en 
prétextant  un  repas.  Les  femmes  et  les  filles  des  juges  furent 

in  panem  ejus  et  eradamus  eum  de  terra  et  videamus  quid  proderit 
ei  congregatio  Gallorum,  Anglorum  et  Almannorum,  qui  quietein  nos- 
tram  delicatam  per  regem  nostrum  perturbare  solebant  »  {Or.  Irag., 
f"  196  V"). 

1.  Mss.  de  la  bibl.  royale  de  Berlin,  Wetzstein,  11,  359-60,  f»  169  v". 
Cf.  p.  100,  note  1  du  prés,  ouvrage. 

2.  «  Quia  idem  Moyses  ipsos  semper  animabat  ad  sanctum  bellum 
Dei  et  acquisicionem  sancte  civitatis.  Ipsi  vero  a  juventute  nutriti 
eraiit  in  croceis  luxuriis  et  multipliarie  doliciis  corporis...»  (ibid.).  Le 
chroniqueur  arabe  parle  aussi  des  marchandises  qui  restaient  sans 
prix  à  cause  de  la  guerre  et  qu'ils  voulaient  porter  à  Alexandrie  {l.  c). 

3.  A  Salines  (Machaut,  254-5).  Les  seigneurs  chypriotes  avaient  pro- 
testé déjà  quand  l'expédition  de  mai  1366  avait  été  dirigée  contre  Alaïa. 
Sermo  de  ambaxiata  vicloriosissimi  régis  Jérusalem  et  Cipri  fada 
duci  et  communilali  Vencciarum  per  caiicellarium  Cipri,  Bibl.  de  l'Ar- 
senal, ms.  499,  f"*  38  v"  et  suiv.:  «  Sed  statim  regia  Magestas,  audiens 
ambaxatores  predictos,  indicit  armatam  suam  predictam  in  Turquiam 
transfretare  et  diverti  ibique  lucrata  est  lapides  et  sagittas  et  hoc  in 
indifjnacionem  et  nialivolenciain  nobilium  et  aliorum  de  armata.  » 

4.  Mâcheras,  136-41  (il  tenait  les  détails  de  ce  qu'il  raconte  de 
«  madame  Losé  »,  mère  de  Jean  le  Cuisinier,  parèque  de  Jean  du 
Mort  et  nourrice  des  filles  de  Simon  d'Antioche,  ibid.,  135).  Le  roi  avait 
délivré  d'abord  Jeanne  l'Allemand  (Mâcheras,  134  ;  Amadi,  pp.  421-2; 
Bustron,  pp.  270-1). 


—  388  - 

déshonorées  par  le  roi,  dont  le  désir  do  vengeance  confinait 
à  la  folie.  Chaque  jour,  sa  violence  devenait  plus  grande'. 

Les  chevaliers  continuaient,  de  leur  côté,  la  même  conduite 
arrogante  et  révoltée.  Le  jeune  prince  de  Tripoli,  ayant  de- 
mandé au  fils  de  Henri  de  Giblet,  vicomte  de  Nicosie,  des 
lévriers  turcs  pour  la  chasse,  fut  refusé  durement  et  son  père 
prononça  même  des  paroles  injurieuses  qui  furent  rapportées 
au  roi.  Pierre  P'  remplaça  Henri,  qu'il  envoya  à  Paphos,  et 
son  fils  fut  condamné  à  travailler  avec  des  ouvriers  de  la 
prison.  Il  voulut  contraindre  sa  fille  Marie  ^  à  épouser  un 
tailleur  français  établi  on  Chypre'  et,  comme  elle  résistait,  se 
réfugiant  dans  le  couvent  de  Sainte-Claire,  puis,  à  Fama- 
gouste,  dans  celui  de  Notre-Dame-de-Tortose\  le  roi  lui  fit 
griller  les  pieds  par  le  nouveau  vicomte,  Jean  de  Néville, 
qui  l'épousa  plus  tard^  Elle  dut  fouiller  la  terre  ensuite,  à 
côté  de  son  frère.  Marie  de  Giblet  s'en  indigna  et  fit  d'une 
manière  assez  originale,  s'il  faut  en  croire  les  chroniques, 
des  reproches  aux  barons  qui  souffraient  de  pareilles  indi- 
gnités ^ 

L'emprisonnement  du  sire  de  Giblet,  qui  suivit  bientôt  sa 
destitution,  avait  été  fait,  contrairement  aux  Assises  du 
royaume,  sans  consulter  la  Haute  Cour  ;  les  barons  se  déci- 
dèrent à  se  plaindre.  Ils  allèrent  en  corps  au  palais,  avec 


1.  Mâcheras,  141-2;  Amadi,  422;  Bustron,  271.  La  tour  contenait 
une  église  de  la  Miséricorde.  Celui  qui  découvrit  le  projet  fut  le 
confesseur  du  roi,  Jacques,  un  dominicain  (Mâcheras,  142.  Cf.  Bus- 
tron, 271-2). 

2.  Veuve  de  Guy  de  Verny  :  «  dame  vefve,  cointe  et  jolie  »  (Mâ- 
cheras, 145  ;  Machaut,  256).  L'affaire  avec  les  Giblet  se  passa  à  Akaki, 
où  le  roi  chassait  le  8  janvier  :  Henri  de  Giblet  habitait  le  casai  Meniko, 
avec  son  fils,  sa  fille  Marie  et  une  seconde,  de  naissance  illégitime, 
Louise.  V.  sur  ces  événements  Mâcheras,  142  et  suiv.,  Amadi,  422-3; 
Bustron,  272-3  ;  Machaut,  255-8  (il  place  les  faits  le  28). 

3.  Camus  le  Tailleur,  .serviteur  de  Raymond  Babin,  Mâcheras, 
145;  Bustron,  272  :  «  un  vil  faute  di  stalla  »;  Amadi,  423  :  «  con  un 
staulier  francese,  nominato  Caras  »  ;  Machaut,  260  :  «  à  un  sien  servant  ». 
Les  Assises  donnaient  des  règles  pour  le  mariage  des  héritières.  Cf. 
Mâcheras,  153. 

4.  Cf.  sur  ce  monastère,  Mas  Latrie,  l'Ile  de  Chypre,  349  et  note. 

5.  Mâcheras,  146.  Jean  de  Néville,  seigneur  d'Azot,  mourut  le 
11  janv.  1390  (Mas  Latrie,  l'Ile  de  Chypre,  372-3).  Marie  de  Mimars 
qu'épousa  ensuite  le  même  (?)  Néville,  mourut  en  1393,  son  mari 
étant,  à  cette  époque,  bouteilier  de  Chypre  (ibid.,  p.  357).  V.  Ducange- 
Rey,  Familles  d'Outremer,  287,  570. 

6.  Bustron,  272;  Amadi,  423-4. 


—  380  - 

les  deux  frères  du  roi  à  leur  tète,  et  exposèrent  leur  requête. 
Pierre  les  traita  durement  et  adressa  des  paroles  injurieuses 
à  son  frère  aîné  d'abord,  puis  à  Jacques,  le  connétable,  dont 
il  insulta  la  femme \  Les  seigneurs  partirent  indignés:  ils 
devaient  se  réunir  cette  nuit  même  dans  la  maison  de  Ray- 
mond Babin  pour  prendre  une  décision  ^ 

Jean  de  Moustry  s'adressa  au  roi  après  leur  départ  et  lui 
montra  respectueusement  l'imprudence  de  sa  conduite. 
Pierre  P',  qui  se  repentait  déjà  de  ce  qu'il  \enait  de  dire, 
le  chargea  de  le  réconcilier  avec  ses  frères.  Il  monta  aussitôt 
à  cheval  et  rencontra  les  barons,  qui  empêchèrent  cependant 
les  deux  princes  de  se  soumettre.  Le  turcoplier  revint  au 
palais  et  les  seigneurs  passèrent  la  nuit  en  conseil.  On  pro- 
posa de  faire  au  roi  des  remontrances,  de  lui  montrer  le  texte 
des  Assises ^  qui  défendait  de  pareilles  violences,  de  l'ar- 
rêter même  ou  de  quitter  l'île  et  de  chercher  leur  fortune 
ailleurs,  si  leurs  efforts  ne  réussissaient  pas.  Les  plus  hardis 
objectèrent  cependant  le  caractère  même  du  roi,  la  facilité 
avec  laquelle  il  avait  violé  déjà  les  serments  prêtés  à  son 
couronnement*,  et  proposèrent  de  l'assassiner,  pour  qu'il  ne 
pût  se  venger  ensuite.  Les  deux  princes  se  mirent  à  la 
tête  des  barons,  qui  se  dirigèrent  vers  le  palais  au  milieu 
de  la  nuit.  Bien  que  le  projet  criminel  ne  leur  fût  pas  com- 
muniqué. —  ils  dormaient  quand  on  le  proposa  —  les  disposi- 
tions des  barons,  l'heure  indue  à  laquelle  ils  se  mirent  en 


1.  Mâcheras,  147;  Amadi,  'i2'i  :  «  brutte  parole  «.  «  El  re  lo  biasmô 
lui  et  sua  moglie  molto  villanamente  ».  Bustron,  274  :  «  e  di  più  fili 
tocô  air  honor  di  casa  sua  »;  Machaut,  263-7  (plusieurs  inexactitudes). 
Henri  lui-même  aurait  été  enfermé  dans  la  prison  commune  :  son  fils 
et  sa  fille  ne  furent  pas  non  plus  soumis  au  jugement  de  la  Haute 
Cour  (Mâcheras,  152-3). 

2.  D'après  Mézières,  Oral,  trag.,  f"  197  v°  :  «  Et  cum  eodem  fratri- 
cida  (le  roi  Jacques)  adhuc  superest,  ut  credo,  quidam  baro,  Remun- 
dus  Babin  nomine,  fere  .c.  annorum,  in  domo  cujus  tanta  prodicio, 
scilicet  occidendi  regem  suum  naturalem.  fabricata  fuit.  »  Les  chro- 
niques chypriotes  placent  la  réunion  dans  la  maison  même  du  prince. 

3.  Qu'il  aurait  demandé  de  voir,  avant  le  départ  des  barons  (Mâ- 
cheras, 148). 

4.  Pierre  11  jura,  à  son  avènement,  d'après  Bustron,  de  respecter 
«  li  privilegii  de'  buoni  imperatori  re,  miei  precessori,  et  l'assise  del 
re  Almerico  et  del  re  Balduino,  suo  figliolo,  et  l'antiche  assise  et  usanze 
del  reame  ».  Descrizione  di  Cipro  (ms.  de  la  Bibl.  nat.,  à  la  date). 


—  390  — 

marche,  la  délivrance  des  prisonniers,  du  bailli  de  la  cour', 
d'Henri  de  Giblct  et  de  bien  d'autres,  dont  les  griefs  contre 
le  roi  étaient  multiples  et  sanglants,  étaient  autant  de  choses 
très  significatives'. 

Malgré  les  prières  de  son  chancelier,  qui  craignait  depuis 
longtemps  une  conspiration',  Pierre  l*"",  avec  sa  confiance 
chevaleresque,  n'avait  pas  de  gardes  dans  son  palais.  Les 
chevaliers  pénétrèrent  facilement  dans  les  appartements  qui 
donnaient  sur  la  rivière  :  le  roi  dormait  encore  dans  sa 
chambre.  Se  réveillant,  surpris,  au  bruit  de  leur  entrée 
tumultueuse,  il  en  demanda  la  cause  à  Échive  de  Scandelion, 
femme  de  Renier  le  Petit,  qui  se  trouvait  auprès  de  lui. 
«  Qui  oserait  venir  à  cette  heure,  si  ce  n'étaient  vos  frères  ?  » 
Le  roi  les  vit  entrer  bientôt  dans  l'appartement,  le  prince  à  leur 
tête.  Il  demanda  la  permission  de  s'habiller  et  son  frère  sortit. 
Les  assassins  pénétrèrent  alors  :  Philippe  d'Ibelin,  seigneur 
d'Arsur,  Henri  de  Giblet  et  Jean  de  Gavrelle.  Ils  frap- 
pèrent le  roi  de  leurs  poignards  et,  quand  il  tomba,  le  bailli 
de  la  cour,  Jean  Gorab*,  lui  coupa  la  tête,  pendant  qu'on 
retenait  ses  frères  dans  la  chambre  voisine.  Des  indignités 
furent  commises  sur  son  cadavre,  qui  fut  enterré  secrètement 
dans  l'église  de  Saint-Dominique,  auprès  de  Hugues  IV  '\  Beau- 

1.  Jean  Gorab,  enfermé  cette  nuit  même  et  menacé  de  mort  pour 
une  négligence  dans  son  service  (Mâcheras,  154-5). 

2.  Mâcheras,  154;  Bustron,  274;  Amadi,  425.  D'après  Bustron, 
la  plupart  n'avaient  pas  abandonné  le  premier  projet  de  conciliation  ; 
c'était,  en  tout  cas,  une  heure  bien  singulière,  pour  venir  la  proposer. 
—  D'après  le  chroniqueur  arabe,  on  aurait  trompé  le  roi,  en  lui 
annonçant  l'arrivée  avec  une  lettre  de  deux  envoyés  de  son  «  cousin  » 
de  Gênes  (le  meurtre  est  raconté  sur  les  f'^^*  196  v"-7). 

3.  Sonrje  du  vieil  pèlerin,  II,  f"98:  «  Et  te  souvengne,  biaufilz»,  dit 
la  reine  Vérité  à  Charles  VI,  «  comment  darrainement  et  nagueres  le 
tresvaillant  roy  de  Chipre,  Pierres  de  Lisignan,  par  deffaute  de  garde, 
orriblement  fu  murtris  en  son  lit  dormant,  car  il  fu  négligent  de 
tenir  la  garde  ordenée  de  son  corps,  telle  que  le  viel  pèlerin  li  avoit 
acoustumé,  et  pluiseurs  fois  conseillé  ».  C'est  cependant  un  certain 
«  Giblet  de  Cornalie  »  (Strambaldi  :  Roger  de  Juli  de  Cornalie),  officier 
de  service,  qui  introduisit  les  conspirateurs.  Cf.  Machaut,  267-8. 

4.  V.  Mas  Latrie,  l'Ile  de  Chypre,  355-6. 

5.  Mâcheras.  147-57;  Bustron.  275-6;  Amadi,  425-6.  Cf.  le  chroni- 
queur arabe  et  le  récit,  assez  exact,  de  la  Chronographia  regum  Fran- 
corinn  (II,  p.  304),  qui  ajoute  le  nom  de  Pierre  de  Mimars,  fils  de 
l'historien  (v.  Mâcheras,  p.  310)  à  ceux  des  trois  meurtriers.  L'assassi- 
nat fut  accompli  dans  la  nuit  du  16-7  janvier,  d'après  Mâcheras  et  Amadi; 
dans  celle  du  17-18,  d'après  Bustron  («  et  fo  alli  18  di  genaro  1368,  al 
alba  »,  more  venelo,  sans  doute).  Un  jour  entier  se  serait  écoulé  entre 


—  391  - 

coup  d'années  plus  tard,  quand  le  monastère  fut  détruit,  on 
trouva  ses  éperons  de  cuivre  doré,  qui  portaient  écrits,  dit 
Etienne  de  Lusignan,  «  les  noms  des  trois  roys  mages  »  *. 
Pierre  II  fut  proclamé  aussitôt  après  l'assassinat  du  roi 
son  père*.  Le  prince  d'Antioche  devait  gouverner  pendant 
sa  minorité*.  La  Haute  Cour,  réunie  aussitôt  après  le  meurtre, 
le  17  janvier'*,  déclara  que  «  les  novelletés  et  plusiors  cho- 
ses que  ou  tens  passé  se  faisoient  sans  Tassent  et  l'otroi  des 
hommes  liges  ^  «,  devaient  cesser  et,  pour  empocher  à  l'ave- 
nir de  pareilles  usurpations,  les  Assises  furent  remises  en 
vigueur,  d'après  le  livre  du  comte  de  Jaffa,  par  une  com- 
mission de  seize  barons,  au  mois  de  novembre^  Toutes  les 
donations  contraires  aux  Assises  —  parmi  lesquelles  celle  du 
fief  d'Haïa  Thalassa,  donné  à  Échive  de  Scandelion  par  son 
amant  —  furent  révoquées'.  Les  amis  de  Pierre  I"  furent 
persécutés  partout  :  Jean  de  Moustry  s'enfuit  devant  les 
officiers  du  régent,  fut  enfermé  et  vint  mourir  de  fatigue 
sur  un  rocher,  près  de  SataIie^    Un  sort  pareil  attendait 


la  délivrance  des  prisonniers  et  le  meurtre,  ce  qui  est  évidemment 
impossible,  le  roi  ne  pouvant  pas  être  surpris  dans  ces  circonstances. 
Le  récit  concorde  dans  les  trois  chroniques;  celui  que  donne  Machaut, 
bien  que  son  informateur,  Gautier  de  Conflans,  offrît  d'en  défendre 
la  véracité  en  champ  clos,  est  terriblement  dramatisé  (267-71).  — 
Mézières  soutient  dans  les  deux  passages  cités,  du  Songe  (cf.  aussi 
même  ms.,  1,  f"  66  v»)  et  de  VOratio  tragedica,  que  Pierre  fut  tué 
pendant  qu'il  dormait.  —  Henri  de  Giblet  est  connu;  sur  Philippe 
d'ibelin,  v.  p.  103  et  note  1.  11  avait  raison  de  haïr  le  roi  si,  c'est  lui  qui 
avait  été  exilé  en  Occident,  et  dont  la  femme,  Alix  de  Majorque,  était 
empêchée  par  Pierre  de  venir  le  rejoindre  {Arch.  du  Vatican,  247,  f°s 
111  v°-12,  5  juin  1365;  f»  150  v»,  17  sept.  ;  cf.  Mâcheras,  p.  99). 

1.  Et.  de  Lusignan,  f"  147  v». 

2.  Mâcheras,  157  ;  Amadi,  426-7;  Bustron,  276. 

3.  Le  turcoplier  lui  offrit  la  régence,  comme  au  plus  proche  parent 
de  Pierre  11  :  il  la  refusa  d'abord,  puis  l'accepta  {Assises  de  Jéru- 
salem, éd.  Beugnot,  préface). 

4.  Le  16,  d'après  les  Assises  (p.  1),  date  impossible,  la  réunion  ayant 
eu  lieu  «  le  meismes  jour  »  que  l'assassinat,  le  17  donc. 

5.  Ihid. 

6.  Le  16.  La  commission  en  corrigea  le  texte,  d'après  «  le  livre  du 
comte  de  Jaffa  »,  et  le  déposa  dans  une  église.  Elle  était  composée,  pour 
la  plupart,  des  hommes  du  17  janvier:  Jacques  le  connétable,  Philippe 
d'ibehn,  Jean  du  Morf,  Henri  de  Giblet,  Raymond  Babin,  etc.  (ibid., 
p.  6). 

7.  Chronique  de  Dardel,  40.  Surtout  les  fiefs  donnés  aux  «  forains  » 
détestés  (ihid.). 

8.  Mâcheras,  157-8.  Il  était  accusé  d'adultère  avec  la  femme  d'un 
des  conspirateurs. 


-  392  — 

certainement  Philippe  de  Mézières,  s'il  s'était   trouvé   en 
Chypre. 

Des  ambassadeurs  furent  envoyés  en  Occident  pour  annon- 
cer la  nouvelle  au  pape  et  aux  autres  princes  :  le  notaire 
Barthélémy  Escaface'  partit  dans  ce  but,  sur  une  saïtie.  Il 
revint  peut-être  en  Chypre  au  mois  de  février  ;  le  pape  avait 
reproché  amèrement  à  l'envoyé  le  meurtre  du  champion  de  la 
chrétienté;  cependant  il  s'était  résigné:  l'ambassadeur  reçut 
même  des  présents,  un  canonicat  à  Sainte-Sophie,  cathé- 
drale de  Nicosie  et  la  dignité  de  vicaire  de  l'archevêque^. 

La  douleur  fut  universelle  en  Occident,  quand  arriva  la  nou- 
velle de  cet  assassinat.  Le  roi  d'Aragon  envoya  des  ambassa- 
deurs à  la  reine  pour  la  consoler'^;  en  Italie,  en  France,  en 
Angleterre  l'indignation  fut  générale  contre  les  rebelles  et 
les  meurtriers.  Malgré  ses  défauts  et  ses  fautes,  Pierre  P"" 
resta  le  type  du  vrai  chevalier,  pieux  et  guerrier.  C'était  le 
bon  roi  de  Chypre*,  le  meilleur  roi  depuis  cent  ans\  le  digne 
émule  de  Godefroi  de  Bouillon*''.  On  se  souvenait  de  sa  force, 
de  sa  bravoure,  de  sa  grâce  dans  les  combats';  la  victoire 
d'Alexandrie  fut  considérée  comme  le  plus  parfait  exemple 
du  fait  d'armes  glorieux,  les  chevaliers  qui  jouissaient  de 
quelque  réputation  devaient  avoir  accompagné  le  défenseur 
du  Christ  à  cette  occasion,  ainsi  qu'à  Layas  et  dans  ses 
guerres  lointaines  ^    Froissart  \    Pétrarque  '",    Cuvelier  ", 

1.  Sur  les  Escaface  (Scafas),  originaires  de  Gênes,  v.  Mas  Latrie, 
L'Ile  de  Chypre,  pp.  352-3,  354.  On  retrouve  notre  notaire,  devenu 
chanoine  (v.  dans  le  texte)  en  1378  {Ilist.  Ch.,  II,  372). 

2.  Mâcheras,  171. 

3.  Zurita,  /Ina/es  de  Aragon,  II,  f"  357  v°. 

4.  L'Ermite  de  la  Faye,  ap.  Mas  Latrie, //is<.  Ch.,  II,  426;  Froissart, 
éd.  Kervyn,  XI,  231. 

5.  Cuvelier,  Chron.  de  Du  GuescUn,  I,  270:  «  le  meilleur  roy  qui 
fust  par  delà  conversant  V"  ans  a  passé.  » 

6.  Machaut,  273. 

7.  Machaut,  274.  L'auteur  l'avait  vu  lui-même  peut-être,  pendant  les 
voyages  de  Pierre  l^""  en  France.  Cf.  ihid.  : 

Et  je  meismes  m'en  merveil, 
Quant  à  li  pense  et  je  m'esveil. 

8.  Chaucer,  Canterbury  taies,  Prologue;  éd.  Skeat  IV  (1894),  vers 
51-60  ;  cf.  V,  p.  240, 

9.  Éd.  Kervyn,  XI,  p.  231. 

10.  Lettre  citée  à  la  p.  305.  Cf.  lettre  à  Philippe  de  Mézières,  Senilia, 
XIII,  2  :  «  Petrus,  inclytus  Cypri  rex,  indigni  vir  exitus,  sed  sacrae 
memoriae.  » 

11.  Passage  cité  dans  la  note  5. 


—  393  — 

l'auteur  (le  la  Chronique  de  Du  Guesclin,  Machaut,  Chaucer', 
les  chroniqueurs  italiens  et  anglais  parlèrent  avec  regret  de 
sa  mort  et  firent  l'éloge  de  ses  brillantes  vertus  chevale- 
resques ^ 

Mézières  venait  de  voir  le  pape  Urbain  pour  les  affaires  du 
passage  :  il  se  trouvait  à  Venise  quand  cette  douloureuse 
nouvelle  y  arriva  '\  Sa  position  en  Chypre  était  ébranlée  par 
ce  grand  malheur  et,  ce  qui  était  plus  grave  pour  lui,  la 
cause  de  la  croisade  venait  de  perdre  son  seul  représentant^. 
Le  monde  où  de  pareilles  trahisons  pouvaient  réussir  était 
décidément  trop  vieux  ;  la  Terre-Sainte  ne  pouvait  plus  être 
délivrée  dans  ces  temps  de  décadence  et  de  corruption  ^  Avec 
la  mort  de  son  roi,  les  fleurs  de  sa  milice,  dit-il,  brisées 
par  cette  tempête,  se  fanèrent". 

Il  voulait  mourir  dans  son  désespoir,  ou  quitter  au  moins 
les  cours  des  rois  et  le  bruit  des  palais  pour  se  consacrer  au 
Seigneur,  dans  cette  «  ville  des  eaux  »  qu'il  aima  tant  pendant 
toute  sa  vie  '  et  où  il  avait  de  vieux  amis  comme  les  frères 
Cornaro,   Fantin   et  Frédéric,  et    d'autres  encore.  Il  avait 


1.  Chaucer,  Canterhvnj  taies;  éd.  Skeat  IV,  p.  23G. 

2.  1"  Vito,  Urbani  V,  ap.  Baluzp,  I,  386-7;  Joe.  Zeni  vita  C.  Zeni 
(personnage  semblable  à  Pierre  h'"',  moins  l'idéal),  ap.  iMuratori,  XI.X., 
212;  cédulo  de  la  secrète  de  Nicosie  sous  Jacrjues  II  :  «  le  roi  Pierre  de 
bonne  mémoire,  le  grant  »  (l'ancien?  cf.  le  titre  de  «  il  Valente  »,  ap. 
Bustron  et  ailleurs),  ap.  Mas  Latrie,  Hisl.  Ch.,  II,  424.  Les  historiens 
modernes  ont  insisté  surtout  sur  le  côté  aventureux  de  sa  carrière,  côté 
dont  ils  relèvent  le  comique.  V.  Mas  Latrie,  éd.  de  Machaut,  note  xvii  ; 
Reinhard,  I,  263  (il  lui  manquait  «  eine  bessere  Erziehung  »  !), 
Stubbs,  0.  c,  p.  192;  Kugler,  GeschiclUe  t/er  Kreuzziige,  dans  la  coll. 
Oncken,  p.  422,  Ces  deux  derniers  écrivains  en  font  un  fou  de  génie, 
bien  à  tort  à  ce  qu'il  me  semble. 

3.  «  Filio  utique  mulieris,  divinadulcedine  previdente  et  miserante, 
cum  beato  papa  IJrbano  et  in  civitate  Veneciarum  illo  tune  existente 
et  négocia  regia  et  Orientalia  pro  domino  suo  et  ordinatione  regali 
procurante  »  (Or.  trag.,  f°  197). 

4..«  Spe  utique  in  dolore  frustratus,  tanto  bono  sui  desiderii  vide- 
licet  acquirendi  'l'errani  Sanctam,  producendi  novam  miliciam  et  multi- 
plicandi  fidem  catholicam  »  (ibid.,  fo  197  v"). 

5.  «  Proditionibus  invalescentibus  et  mundo  advesperascentc  et 
in  maligno  posito,  nec  erat  spes  resurgendi  »  (ibid.). 

6.  Ibtd..  f"  197. 

7.  «  Ipse  illo  tune  in  amaritudine  anime  sue  utique  in  Domino 
desidcrabat  mori  ac  de  .curiis  regum  strepituque  aularum  et  libro 
secularium  pcnitus  deleri....  desiderio  desiderabat  in  civitate  eximia, 
domina  aquarum,  scilicet  in  civitate  Veneciarum,  vitam  solitariam 
ducere  debere,  et,  gratia  distillante,  peccata  sua  et  infelicitatcm 
quoque  plangere  ».  Or.  trag.,  i"  197  v". 


—  394  — 

dépassé  déjà  la  quarantaine  et  n'avait  plus  foi  dans  sa  mis- 
sion :  il  devait  effacer  son  nom  du  livre  des  séculiers  et 
entrer  dans  un  cloître' .  Cette  intention  fut  réalisée  pour  quel- 
que temps,  et  quelque  monastère  de  Venise,  celui  des  frères 
Verbérésde  Saint-Jean  probablement  ^  auxquels  il  donna  plus 
tard  un  fragment  de  la  vraie  croix,  le  reçut  dans  ses  murs. 
Une  de  ses  lettres  est  datée  de  sa  «  cellule  »  ^ 

S'il  ne  pensait  pas  à  revenir  en  Chypre,  où  régnaient  les 
assassins  de  son  «  roy  de  lacrimable  et  victorieuse  mé- 
moire'* »,  il  ne  quitta  pas  cependant  les  affaires  de  ce  monde, 
ainsi  qu'il  se  le  proposait  dans  son  désespoir.  Ce  qui  est  cer- 
tain, c'est  qu'on  ne  rencontre  pas  de  trace  de  son  activité 
pendant  toute  l'année  1369,  qu'il  semble  avoir  passée  dans 
son  couvent,  sans  s'occuper  de  ce  qui  se  passait  dans  cette 
île  de  Chypre,  qui  était  devenue,  dit-il,  le  champ  d'Alche- 
damach  ou  du  sang^ 


1.  Ihid. 

2.  Miracoli  délia  croce  santissima  délia  iscuola  di  San  Giovanni 
Evangelista  in  Venezia,  ap.  Mas  Latrie,  Bihl.  Èc.  Ch.,  XXXIV,  75, 
note;  cf.  vas.  499  de  l'Arsenal,  f"^  142-3  y°.  Cf.  f'^  143  :  «  Nunc  vero  in 
cellula  temporaliter  satis  pulcra  Veneciis  aliqualiter  quiesco,  come- 
dens  panem  lacrimarum,  desiderans  post  tergum  meum  proicere 
omnia  peccata  mea,  expectans  eciam  adventum  domini  nostri  Jhesu 
Christi  »,  écrit-il  à  Gérard  de  Dainville,  son  frère  utérin,  évêque  de 
Térouanne. 

3.  Adressée  à  l'évêque  de  Térouanne.  V.  note  précédente. 

4.  Songe  du  vieil  pèlerin,  I,  f"  82. 

5.  Ibid.,  I,  f°  66  v°  (Archeldenriach,  Haceldama  ailleurs,  d'après  S. 
Mathieu,  c.  xxvii,  v.  7-8,  «  ager  sanguinis  »).  Cf.  Chron.  d'Érnoul, 
éd.  Mas  Latrie,  203  :  Caudemar  ou  Chaudemar. 

Sur  la  culpabilité  des  frères  du  roi  assassiné,  v.  Songe,  1,  f"^  83  : 
«  du  quel  frère,  nostre  roy  à  présent  (Jacques),  et  des  dois  de  sa  destre 
main  dequeurt  encore  le  piteux  sang  humain  du  tresvaillant  son  aisné 
frère,  le  roy  Piere  »;  Oral  Irag.,  f"  196  v"  :  «  germina  viperarum  duo, 
fratres  ipsius  incliti  régis  et  omnes  barones  regni  secrète  consilium 
inierunt  ut  ipsum  dolo  tenerent  et  occiderent...  inclito  rege...  igno- 
rante et  in  securitate  in  regiis  et  palatio  proprio  existente,  malefici  et 
fractores  fidei,  proditores  inauditi,  sanguineas  manus  injecerunt  in 
christum  Domini,  regemvidelicet  suum  et  dominum  naturalem,  ipsum 
in  lecto  proprio,  sub  canopio  secure  dormientem,  gladiis  inhmuaniter 
ipsum  letaliter  vulnerando,  uno  fratre  suo  présente,  crudeliter  occi- 
derunt.  »  Machaut  partage  cette  manière  de  voir  (/.  c).  Toutes  les 
chroniques  occidentales  contemporaines  désignent  les  deux  princes 
comme  les  chefs  des  meurtriers  (Cuvelier,  l,  270;  Christine  de  Pisan, 
dans  P.  Paris,  Les  mss.  français,  V,  145;  Vita  Urbani  V,  ap.  Baluze, 
L  386-7;  Petit  Thalamus,  383';  Chr.  des  quatre  Valois,  251;  cf.  200,  260; 
Ub.  Foglietta,  Annal.  Januens.,  ad  ann.  (d'après  Stella  seul?);  Chron. 
Eslense,  Muratori,  XV,  491  d  ;  Cran,  di  Pisa,  Rer.  It.  Scr.  de  Flo- 


—  395  — 

On  possède  cependant  la  lettre  qu'il  adressa,  vers  le  com- 
mencement de  cette  année  peut-être,  à  l'évêque  de  Trévise,  et 
cette  autre,  si  pleine  de  rhétorique,  où  il  félicita  Thomas 
de  Farignano,  général  des  Mineurs  et  plus  tard  cardinal  et 
patriarche  de  Grade,  d'avoir  été  absous  dans  le  procès 
d'hérésie  que  lui  avaient  intenté  des  envieux'.  Pétrarque 
lui-même,  ami  de  Thomas,  avait  plaidé  sa  cause  devant 
Urbain  V^ 

La  lettre  adressée  à  Pierre  de  Boanis  (Boïano  ?),  évêque  de 
Trévise  (1359-94),  porte  une  date,  le  8  février,  sans  indication 
d'année.  Il  avait  pu  connaître,  pendant  ses  voyages  en  Italie, 
ce  prélat  célèbre  par  sa  piété;  il  s'adressait  à  lui,  cette  fois, 
dans  le  but  de  demander  des  secours  pour  les  chartreux  de 
Montello,  dans  son  diocèse,  qu'il  avait  visités  tout  récemment, 
avec  le  neveu  de  l'évêque,  François*.  Il  les  avait  trouvés  dans 


rence,I,  743  a;  Crow.  di Pisa,  Muratori,  XV,  1048  n;  Chron.  Placent., 
ibid.,  XVI,  608-9  ;  Cron.  di  Sercambi,  I,  137  ;  Froissart,  éd.  Kervyn, 
XI,  231;  Chron.  (fer  deutschen  Stildle,  Strassburg,  II,  878;  Mainz,  II, 
190,  3-5  ;  Lûbeck,  I,  540,  6-7).  De  même  l'anonyme  arabe  de  Berlin 
désigne  «  le  prince  »  comme  c/ie/' du  complot  (/.  c).  II  n'y  a  que  les 
chroniques  chypriotes  (Mâcheras,  p.  157;  Bustron,  p.  276;  Amadi,  426), 
rédigées  beaucoup  après  les  événements  (la  plus  récente,  celle  de  Mâ- 
cheras, fut  écrite  sous  le  règne  du  fils  d'un  de  ceux  qui  avaient  profité 
du  meurtre),  qui  s'efforcent  d'écarter  toute  participation  des  frères  du 
roi.  M.  de  Mas  Latrie  a  soutenu  plusieurs  fois  cette  même  thèse  (///.s7. 
Ch.,  II,  342;  éd.  de  Machaut,  notes  83,  88,  89,  94,  95).  Ce  qui  plaide 
encore  contre  elle,  c'est  que  Mézières  n'avait  aucune  raison  de  quitter 
pour  toujours  le  royaume,  si  les  frères  du  roi  n'étaient  pas  les  complices 
du  meurtre,  dont  ils  favorisèrent  les  auteurs;  le  caractère  des  person- 
nages qu'ils  accompagnèrent  au  palais  et  leur  conduite  ne  pouvaient 
pas  laisser  de  doute  non  plus  sur  leur  but.  Les  plaintes  de  la  reine 
Eléonore  n'étaient  pas  de  pures  calomnies  :  elle  prétendit  venger  son 
mari,  dont  elle  montra  la  chemise  sanglante  au  fratricide,  quand,  dans 
unguet-apens  approuvé  par  le  jeune  Pierre  II,  qui  y  était  présent,  elle  fit 
tuer  le  prince  d'Antioche.  Il  ne  faut  pas  oublier  du  reste  qu'on  est  au 
.\iv«  siècle,  où  de  pareilles  mœurs  n'étaient  pas  une  exception  :  qu'on 
se  rappelle  Jeanne  de  Naples  et  André  de  Hongrie,  les  soupçons  qui 
atteignirent  Louis  d'Orléans,  le  meurtre  de  ce  dernier,  etc. 

1.  Ms.  de  l'Arsenal,  f°*  144  v"-5  \°.  Cf.  Wadding,  Annales  Minorum, 
1368.  Il  fut  suspendu  de  ses  fonctions,  une  année  après  avoir  été  élu, 
en  1368.  Cela  ne  dura  qu'un  mois,  ce  qui  permettrait  aussi  de  dater 
de  cette  môme  année  la  lettre  de  félicitations  de  Mézières.  V.  aussi 
Rpv)ie  hislorique.  XLIX,  315.  Farignano  (Frignano)  appelait  à  Rome, 
en  1382,  le  roi  détrôné  d'.\rménie,  Léon  VI  (Dardel,  p.  104). 

2.  Pétrarque,  Senilia,  1.  XI,  ép.  12. 

3.  «  Révérende  pater  et  domine  karissime...  visitavi  montem  do- 
mini  («  mons  autem  prelibatus,  videlicot  Montellus,  in  terminis  vestre 
hereditatis  spiritualis  ac  gregis  vobis  commissi  situatus  »)  in  quo,  ut 
pie  loquar,  sancti  Dei  habitant,  nobili  ac  circonspecto  viro  domino  Fran- 


-  396  — 

un  état  digne  de  pitié,  dit-il  ;  on  ne  pouvait  voir  sans  larmes 
leur  pauvreté  et  leur  ignorance.  Plus  malheureux  que  les 
oiseaux,  qui  ont  des  nids,  et  les  renards,  qui  ont  des  tanières, 
ils  erraient  par  la  campagne,  exposés  à  la  pluie,  sans  avoir  la 
nourriture  nécessaire.  De  plus,  les  livres  leur  manquent 
«  pour  glorifier  l'agneau  »  et  ils  n'ont  pas  de  vêtements.  Un 
riche  hourgeois  de  Trévise  se  montrait  disposé  à  offrir  50,000 
ducats  pour  bâtir  un  hôpital  ;  cet  argent  serait  plus  néces- 
saire aux  malheureux  serviteurs  du  Christ.  L'évêque  devait 
intervenir  en  leur  faveur  et  Pierre  de  Boïano,  qui  signala 
son  règne  par  des  fondations  nombreuses,  —  dans  la  cathé- 
drale de  Trévise,  le  palais  épiscopal,  l'autel  de  Saint-Marc, 
où  il  déposa  de  précieuses  reliques',  —  écouta  peut-être  la 
prière  du  chancelier^ 

Néanmoins  le  prince  d'Antioche  qui  devait  craindre  cet  en- 
nemi, dont  il  ne  pouvait  pas  se  saisir,  continua  avec  Mézières 
les  bonnes  relations  qui  avaient  existé  jadis  entre  le  chance- 
lier et  le  roi,  son  frère.  Il  lui  adressa  plusieurs  lettres  dans 
cette  même  année,  lui  annonçant  les  événements  qui  se  pas- 
saient dans  l'île  et  lui  demandant  probablement  son  avis.  On 
ne  le  chargea  pas  naturellement  de  cette  mission  à  la  curie, 
qui  fut  remplie  par  le  notaire  Barthélémy  Escaface.  Il  se 
trouvait  dans  son  couvent  à  Venise,  mangeant  «  le  pain  des 
larmes  '^  »  et  attendant  l'arrivée  du  Seigneur  quand  il  apprit, 
avec  de  bonnes  nouvelles  sur  la  santé  du  jeune  roi  qui  pro- 
gressait en  âge  et  en  sagesse  au  milieu  du  respect  général, 
la  rupture  définitive  des  négociations  en  Egypte*. 


cisco,  dilectissimo  vestro  nepote,  me  ducente,  santé  (sic)  procurante  et 
bénigne  associante  »  {Lettres,  f°  143  v»).  La  date  de  1369  paraît  pré- 
férable :  il  était  petit-être  à  Venise,  vers  le  commencement  de  l'année 
suivante  et  certainement  ailleurs  vers  la  même  époque,  en  1368.  Cf. 
Lebeuf,  XVII,  p.  495. 

1.  Ughelli,  Italia  sacra,  V,  487-8. 

2.  Mézières  le  remercie  pour  un  envoi  de  vin  et  de  drap  (pannis 
delectabilibus)  (lettre  citée). 

3.  «  Panem  lacrimarum  »  (lettre  à  Gérard  de  Dainville). 

4.  «  Juvenculus  rex  Cipri,  dominus  meus,  per  gratiam  Dei  bene  stat, 
proficit  enim  etate  et  sapientia  apud  Deum  et  homines  et  a  domino 
principe...  et  ab  omnibus  indiferenter  honoratur  et  videtur  diligi... 
Prcdictus  dominus  bajulus  Cipri  per  literas  suas  continuas  facta  sua 
atque  regni  familiariter  mihi  committit,  sicut  faciebat  dilectissimus 
meus  dominus  rex  preclarissime  memorie»  (letti'e  citée). 


—  397  — 

En  effet,  au  mois  de  juin  1369,  Jean  du  Morf  se  présenta 
devant  Alexandrie',  avec  quatre  galères,  et  demanda  la  con- 
clusion de  la  paix,  tant  de  fois  ajournée  par  le  Soudan.  L'en- 
trée du  port  lui  fut  refusée  et  il  s'en  vengea  en  attaquant 
une  galère  maghrabite,  puis  les  ports  de  Sidon  (Saïde),  Bey- 
routh, Giblet,  Tortose,  Laodicée  et  Lajazzo  ;  Batroun  fut 
brûlée.  Il  revint  à  Famagouste,  le  22  juillets 

L'arrivée  de  cette  nouvelle  en  Occident  révolta  le  pape  et 
les  communes  ;  elle  remplit  au  contraire  de  joie  celui  qui  avait 
déconseillé  le  plus  cette  paix  «  infâme  »,  Philippe  de  Méziè- 
res.  Les  ambassadeurs  chypriotes,  ainsi  que  ceux  de  Rhodes, 
de  Gènes  et  de  Venise,  écrit-il  à  son  frère,  l'évêque  de  Té- 
rouanne  ^  sont  revenus  sans  succès,  malgré  les  prières  humi- 
liantes des  chrétiens,  qui  s'étaient  obstinés  à  fléchir  la  vo- 
lonté du  Soudan.  Ce  serait  maintenant  le  moment  de  com- 
mencer une  action  énergique  pour  venger  ces  injures,  celui 
d'envoyer  en  Orient  les  compagnies  qui  dévastent  la  France 
et  l'Italie.  Les  communes  ne  se  décideront  pas  à  faire  ce  pas 
cependant,  à  cause  de  leur  avarice,  et  les  Sarrasins  continue- 
ront à  perpétrer  leurs  infamies,  puisque  personne  ne  s'élève 
pour  défendre  le  Christ  et  venger  les  crimes  des  chrétiens*. 

11  se  trompait  cette  fois.  Les  communes  s'étaient  décidées 
à  prendre  des  mesures  énergiques  contre  le  Soudan.  Venise 
prit  l'initiative  et  invita  les  Génois  à  envoyer  aussi  des  ambas- 
sadeurs auprès  du  pape.  Pierre  Morosini  et  Nicolas  Giustiniani, 
représentant  le  doge  Contarini,  se  réunirent  à  Gabriel  Caltaneo 
et  à  Thomas  Miono,  dans  la  petite  ville  de  Viterbe,  d'où  ils  se 
dirigèrent  vers  Montefiascone,  pour  y  trouver  Urbain  V.  Un 


1.  Parti  le  3  juin.  Mâcheras,  158-61  {double  récit);  Amadi,  427.  Cf. 
Bustron,  ad  ann.;  Maqrizi,  ap.  Weil,  IV,  523,  note  4;  Herzsohn,  6,  39. 

2.  Ibid. 

3.  Ms.  de  l'Arsenal,  f"  143  v"  :  «  Sed  heu  !  non  est  qui  zelet  pro  Cliristo 
necqui  expiet  scelus  christianorum».  Lebeuf  croyait  la  lettre  écrite  en 
1362  et  adressée  à  Gilles  Ascelin  de  Montaigu  (XVII,  496).  Nous  lui  avions 
assigné  d'abord  la  date  de  1370  (Revue  I/isL,  art.  cité,  pp,  315-7),  le 
meurtre  du  roi  y  étant  représenté  comme  datant  de  l'année  passée 
(anniis  praeterilus).  L'état  où  il  présente  les  négociations  permet  de 
fixer  une  date  plus  certaine.  Ces  négociations  r«'ommencere/(<  en  juillet 
1370  et  rien  ne  vint  les  interrompre  jusqu'à  la  conclusion  de  la  ])aix. 
Vaniiiis prncteritus  s'explique  par  le  système  chronologique  qu'emploie 
parfois  Mézières,  ainsi  que  Machaut. 

4.  Morne  lettre. 


—  398  - 

décret  du  Conseil  venait  de  défendre  tout  commerce  avec  les 
Sarrasins'. 

Un  traité  d'alliance  contre  le  Soudan  fut  conclu  enfin,  le 
28  juillet.  Chacune  des  parties  devait  fournir  deux  galères, 
qui  partiraient  au  mois  d'août  et  demanderaient,  à  Rhodes, 
l'adhésion  du  Grand-Maître  et  du  gouverneur  de  Chypre.  Puis 
elles  devaient  aller  à  Alexandrie  et  y  séjourner  jusqu'au 
mois  de  novembre,  demandant  au  Soudan  la  restitution  des 
captifs  et,  s'il  refusait,  le  menaçant  de  représailles  contre  les 
vaisseaux  de  ses  sujets.  Tout  commerce  devait  être  empêché, 
même  sur  les  galères  appartenant  à  d'autres  nations  chré- 
tiennes: aucun  Infidèle  ne  pourra  entrer  dans  les  eaux  de 
l'Egypte,  sous  peine  de  confiscation  des  marchandises.  Si 
toutes  ces  mesures  ne  réussissaient  pas  enfin,  une  campagne 
en  règle  devait  commencer  avec  le  mois  de  mai  de  l'année 
suivante  et  durer  jusqu'à  la  fin  de  novembre,  sous  le  comman- 
dement alternatif  des  commandants  de  galères  génois  et  véni- 
tiens. La  ligue  cessera  aux  fêtes  de  Noël  de  cette  même  année  K 
Le  manque  de  pouvoirs  des  ambassadeurs  génois  empêcha 
quelque  temps  les  préparatifs  ;  la  République  fut  sommée  de 
ratifier  le  traité  jusqu'au  15  août,  sous  peine  d'amendée 
Guy  Trevisan  fut  nommé  capitaine  pour  Venise;  les  deux 
galères  lui  furent  confiées  aussitôt. 

D'autre  part,  Pierre  Malosello  était  arrivé  en  Chypre,  en- 
voyé par  le  pape,  le  5  août.  Le  chambellan  exposa  au  prince 
ce  qui  venait  de  se  passer  à  Montefiascone  :  deux  ambassa- 
deurs chypriotes  partirent  vers  Rhodes  pour  se  réunir  aux  Vé- 


1.  Caroldo,  f"^  217  w°.  Les  pouvoirs  furent  donnés  à  Giustiniani  et 
Morosini,  le  16  juin.  Commem.,  VII,  n"  513;  t.  IIJ,  p.  8'i.  On  trouve 
dans  les  Ma,gistroruni  Rationalium  inlroilus  et  exilus,  1369(55),  f"  92  : 
«  die  Mil"  Jun.  (1369).  Gabriel  Cataneus  et  Thomas  de  Illionis  (s«e.^), 
nuper  ambaxiatores  electi  pro  factis  Alexandrie,  ad  eundum  Monte- 
flaschonem,  ubi  nunc  residet  curia  romana,  pro  se  inveniendo  cum 
ambaxiatore  ^'enetoruIn,  debent  nobis  lib.  DCL.  »  Ils  étaient  accom- 
pagnés par  un  scribe  et  sept  autres  personnes. 

2.  On  fixait  une  amende  de  20,000  florins  :  le  traité  fut  conclu  dans 
le  couvent  des  Mineurs.  Commem. ,  VII,  n"  512;  t.  III,  p.  84.  Le  pape 
avait  autorisé  la  ligue  dès  le  26.  Ihid.,  VII,  n°  509;  t.  III,  p.  83.  Il  dé- 
fendit tout  commerce  avec  les  Infidèles,  exhortant  les  chrétiens  à  les 
attaquer,  le  27.  Ibid.,  \\"  510,  p.  83.  Cf.  aussi  Comm.  Vil,  n"^  514  et 
515,  t.  III,  p.  85. 

3.  Commem.,  VII,  n"  513:  t.  III,  p.  84  (28  juillet).  Cf.  sur  les  indul- 
gences, Chron.  Martinienne,  i°^  159-9  v°. 


—  399  — 

nitiens  et  aux  Génois,  le  sire  de  Cassis  et  Jean  Gorab,  le  bailli 
de  la  cour'. 

Les  ambassadeurs,  réunis  à  ceux  du  Grand-Maître,  se  diri- 
gèrent alors  vers  Alexandrie,  où  le  Soudan  leur  offrit  des 
saufs-conduits  pour  aller  au  Caire  et  traiter  de  la  paix.  Les 
mésaventures  de  Cassano  Cigala  avaient  rendu  cependant 
d'une  prudence  excessive  ces  nouveaux  négociateurs  :  ils 
demandèrent  des  garanties  qu'on  leur  refusa.  La  réponse  du 
Soudan  fut  brève  :  ils  n'avaient  qu'à  venir  ou  à  s'en  aller.  Ils' 
préférèrent  la  dernière  alternative  et  s'éloignèrent  après 
avoir  écrit  une  lettre  injurieuse  qu'ils  plantèrent  sur  le  bout 
d'une  pique,  dans  le  port.  Les  ambassadeurs  des  communes 
revinrent  à  Rhodes  ;  les  deux  envoyés  du  prince  se  rendirent 
à  Paphos,  où  ils  débarquèrent  le  9  décembre.  Ce  furent  les 
seuls  exploits  de  la  grande  alliance  du  mois  de  juillet  ^ 

Le  reste  de  l'année  se  passa  sans  que  des  mesures  décisives 
fussent  prises  contre  les  Sarrasins.  Mézières  en  fut  affligé  ; 
les  espérances  qu'il  venait  de  former  encore  une  fois  sur  «  le 
fait  du  passage  »  s'évanouirent.  Les  communes  ne  parais- 
saient pas  disposées  à  entreprendre  quelque  chose  de  sérieux 
et,  ce  qui  était  plus  grave,  les  Sarrasins  se  préparaient  à 
attaquer  les  deux  îles  chrétiennes.  Leur  état  est  dangereux, 
écrit-il  dans  sa  lettre  au  protonotaire  Nicolas  d'Osimo,  dont 
il  connaissait  les  dispositions  favorables  pour  le  jeune  roi  et 
son  royaume  ^  Il  le  félicite  d'avoir  appuyé  à  la  curie  la  nomi- 
nation du  prieur  de  S.  Mathieu  (Mattia)  de  Murano,  comme 


1.  Mâcheras,  161-2;  Amadi,  427;  Bustron,  ad  ann.  Jean  Gorab 
(Gorap)  fut  auditeur  de  Chypre  en  1376  et  1391,  seigneur  de  Césarée 
(Mas-Latrie,  L'Jle  de  Chypre,  356;  v.  page  390  du  prés,  ouvrage,  et  l'ins- 
cription du  tombeau  de  sa  femme,  Vile  de  Chypre,  355-G). 

2.  Mâcheras,  163-4.  Amadi  et  Bustron,  //.  ce.  Cf.  Mag.  Rnl.  inlroihis 
et  exilus.  aux  Arch.  de  Gênes,  1369  (55),  fo*  172  v,  177,  193  v». 

3.  Ms.  de  l'Arsenal,  f"^  142  v"-3.  Cf.  pour  la  date  Lebeuf.  XVll,  495. 
Quant  à  Nicolas  (et  non  A.)d"Osimo  il  fut  notaire  et  secrétaire  du  pape, 
pendant  les  années  6-7  (probablement,  le  registre  de  cette  année  man- 
quant dans  les  Archives)  et  8  du  pontificat  d'Urbain  V  (v.  reg.  249,  250, 
des  Archives,  au  commencement).  On  lui  permit,  pendant  cette  dernière 
année,  de  résider  «  liors  de  la  curie  »  {exlra  curiam).  Sur  son  activité 
littéraire,  V.  Fabricius.  Bibl.  latinaet  le  catalogue  de  la  Bibl.  de  S.  Marc 
par  ValontinoUi,  11,  209.  La  lettre  de  Mézières  est  antérieure  à  son  départ, 
qui  eut  lieu  dans  les  premiers  mois  de  1370.  —  Philippe  intervint  aussi 
au  même  moment  pour  le  couvent  de  S.  .\ndré  à  Venise,  dont  le  prieur 
élu,  Jean  Bono,  porta  la  lettre  adressée  à  Nicolas  d'Osimo  {lettre  citée). 


—  400  — 

premier  abbé  du  Mont-Cassin,  après  de  longues  années  de 
vacance.  André  de  Faënza',  l'ami  de  Mézières,  venait  d'être 
nommé  en  effet  à  cette  dignité,  le  5  décembre  1369  \ 

Dans  la  même  lettre,  Mézières  parlait  d'un  départ  pour  la 
curie,  départ  que  rendit  inutile  l'arrivée  des  ambassadeurs 
nommés  par  le  prince.  II  ne  comptait  venir  lui-même  à  Rome 
que  si  sa  présence  était  nécessaire  et  priait  le  protonotaire  de 
l'avertir,  si  ce  cas  venait  à  se  présenter.  Il  paraît  bien  que, 
pendant  cette  année  encore,  ce  voyage  ne  se  fit  pas. 

En  effet,  les  envoyés  mentionnés  par  Mézières  étaient 
arrivés  en  cour  de  Rome  dès  le  commencement  de  l'année  1370. 
L'évêque  de  la  nouvelle  Pliocée  et  ses  deux  compagnons,  Guil- 
laume de  Zurivaco,  chevalier  et  maître  Georges  Syativa, 
docteur  en  décrets,  présentèrent  au  pape  des  lettres  du  prince, 
demandant  des  secours  ^  Éiéonore  s'était  servie  de  la  même 
voie  pour  faire  connaître  ses  plaintes  à  la  curie. 

Des  mesures,  assez  faibles,  il  est  vrai,  furent  prises  aussitôt 
par  Urbain  V,  qui  partageait  les  inquiétudes  du  régent  sur  le 
sort  qui  attendait  les  chrétiens  de  l'Orient.  Le  doge  Adorno 
et  son  collègue  Contarini,  la  reine  de  Sicile  même  furent 
invités,  par  des  lettres  du  21  janvier  1370,  à  se  souvenir  de 
la  solidarité  qui  devait  exister  entre  tous   les   fidèles  et   à 


1.  André  fut  chargé  par  le  pape,  avec  un  autre  abbé,  de  visiter  les 
couvents  du  territoire  vénitien,  le  27  oct.  1364,  Commein.,  VII,  n°  186  ; 
t.  m,  p.  36.  Cf.  n"  187,  ihid.  C'est  à  cette  époque  peut-être  que  Phi- 
lippe fit  sa  connaissance.  L'abbaye  du  Mont-Cassin,  devenue  depuis 
longtemps  un  évêché,  n'avait  plus  d'abbé,  dès  l'année  1367,  quand 
mourut  Angelo  Orsini.  Elle  fut  administrée  quelque  temps  par  des 
vicaires,  frères  Raymond,  Marzio,  Hugues.  Une  bulle,  datée  de  Mont- 
pellier, déc.  1367,  en  fit  de  nouveau  une  abbaye  (Tosti,  Sloria  di 
Monte  Cassino,  IV,  53-8). 

2.  Arch.  du  Vatican,  250,  fo^  13-3  v°  (5  déc.  1369,  an  8).  Tosti 
donne  la  date  de  1370,  due  à  une  erreur  de  calcul,  dans  la  détermi- 
nation de  cette  huitième  année.  Le  couvent  de  S.  Mattia  (\\  existe  un 
couvent  de  nonnes  du  nom  de  5.  Matleo,  dans  la  même  île  de  Murano) 
appartenait  aux  Camaldules  (Caliman.  ordinis,  ap.  Mézières;  cf. 
Lebeuf,  l.  c).  André  mourut  trois  ans  après  (Tosti,  63).  Les  Camaldules 
de  Murano  avaient  été  autorisés,  le  même  jour,  à  choisir  un  autre  abbé 
(Arch.  du  Vatican,  250,  f"^  12  v"-1.3). 

3.  «  Venerabilis  frater  episcopus  Folienove  ac  dilecti  filiiGuillelmus 
de  Zurivacho  (Zurnigi,  dans  Mâcheras,  171),  miles,  et  magister  Geor- 
gius  Syativa,  decretorum  doctor,  ambaxiatores  tui,  ad  nostram  pre-sen- 
tiam  destinati,  nonnulia  pro  salubri  statu  carissimi  in  Christo  filii 
nostri  Pétri  junioris....  et  regni  Cipri,  nobis...  sepius  exponere  cura- 
verunt  »  (ibid.,  f"  30). 


—  401  — 

accorder  leur  concours  au  jeune  roi  de  Chypre,  pour  qu'il 
pût  se  défendre  ou  obtenir  une  trêve  '.  Le  régent  fut  exhorté 
(l*""  février)  à  sauvegarder  l'existence  politique  du  royaume 
qui  lui  était  confié  ;  il  témoigna  à  la  reine  sa  profonde  compas- 
sion pour  ses  malheurs  et  ceux  de  son  fils  \  Puis,  avec  ces 
promesses  rassurantes,  les  trois  ambassadeurs  quittèrent  la 
curie,  se  dirigeant  vers  leur  île.  Le  Grand-Maître  fut  invité 
aussitôt  à  défendre  le  petit  royaume  contre  l'invasion  des 
Turcs  et  des  Sarrasins  (13  février)  ^.  Le  prince  d'Antioche  et 
le  Grand-Maître  adhérèrent  ensuite  à  l'union  vénéto-génoise 
de  1369  et  le  pape  exhorta  les  deux  doges  à  prolonger  le  terme 
de  leur  alliance  jusqu'après  les  fêtes  de  Noël  1370  (18  mai)'\ 
Cette  prorogation  n'était  plus  nécessaire.  Dès  le  commence- 
ment de  l'année,  le  Soudan,  effrayé  par  les  armements  du 
prince  d'Antioche,  avait  délivré  deux  marchands  italiens,  le 
Vénitien  Marc  des  Priuli  et  le  Génois  Barthélémy  Mallonc",  qui 
se  rendireiit  en  Chypre  avec  dos  propositions  de  paix.  Le 
prince  défendit  le  départ  des  vaisseaux  et  offrit  une  trêve,  tout 
en  refusant  de  traiter  séparément  (février  1370)  ".  Deux  autres 
prisonniers  suivirent  les  premiers  ;  Pierre  Cattaneo  et  Bernard 
Deche/ite  (di  Conte?)  arrivèrent  ù  Famagouste  pour  y  deman- 
der la  paix  au  nom  du  Soudan.  Thomas  Terras"  et  Etienne 
Fardin  se  réunirent,  de  la  part  du  prince,  aux  ambassadeurs 


1.  «  Quamdiu  erit  in  obediontia  carissiini  in  Cliri.sto  fîlii  nostri, 
Pétri,  régis  Cipri  illustrissimi,  tam  in  gucrra,  «luam  pace  ac  treuga, 
que  contiiigeret  ])er  vos  Hori  ciim  Infîdelibus  prelibafis  »  (Airh.  du 
Vaticnn.  250,  f"  21  ;  f"  21  v";   ibid.). 

2.  Ihid.,  f"  30:  «  Tibique...  tuo  nato  paterne  eompatimur  de  adversis, 
teque  et  ipsum  babenuis  in  visceribus  caritatis,  et  in  biis  que  pro 
tempore  poterimus,  favoribus  apostolicis  intendiinus  confovere.  Con- 
fortare  igitur,  carissinia  filia,  et  (le  dicto  tuo  nato  in  pueriiibus  annis.... 
custodiani  habeas  diligenteni  »  (13  février). 

3.  Ibid.,  f"  30  v».  Des  dîmes  pour  trois  ans  avaient  été  imposées  en 
Chypre,  dans  ce  but  peut-être,  dès  l'année  1368  (le  8  juin)  :  Bérenger 
Grégoire  devait  les  recueillir  (/6e«f.,  2'i9,  f"  122,  f"  12'*  v"). 

4.  Ihid.,  250,  f"  «1  (lettre  à  Contarini),  81  \"  (lettre  à  Adorno)  : 
«  ad  (juam  dilecti  filii,  niagister  et  conventus  llospitalis...  et  guber- 
nator  regni  Cipri,  nomine  ipsius  régis,  accessisse  dicuntur  »  (ihid.). 

5.  Ualdi,  Mâcheras,  167. 

6.  Mâcheras  (fausse  date  :  10  févr.  1369)  :  les  communes  furent 
averties  de  ces  propositions.  Un  Priuli  ])ri1  possession,  plus  tard,  de 
l'ile,  au  nom  de  la  Uépublique  (1489).  Mas-Latrie.  L'Ile  de  C/njjire, 
400-1. 

7.  Jean  Bédouin  remplaça  Terras,  qui  vint  à  mourir  (Mâcheras.  166). 
Cf.  Bustroii,  275. 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  26 


—  402  — 

des  communes  qui  étaient  arrivés  h  Rhodes  '  et  à  l'envoyé  du 
Grand-Maître,  le  grand  prieur  d'Auvergne  ^  Ils  partirent  de 
Famagouste,  le  28  juillet,  et  arrivèrent  à  Alexandrie  le  6  août. 
Les  marchands  et  les  ambassadeurs  des  communes  débar- 
quèrent seuls  pour  s'entendre  avec  le  Soudan,  qui  offrit  de 
délivrer  les  prisonniers  sans  restituer  leurs  biens.  Doria 
et  son  compagnon  furent  jetés  en  prison  pour  avoir  nifusé 
cette  proposition  ;  cependant  le  Soudan  finit  par  céder.  Bédouin 
arriva  au  Caire  et  conclut  la  paix,  que  le  prince  devait  ratifier 
ensuite.  Deux  amiraux,  chargés  de  cette  mission,  débarquè- 
rent à  Famagouste  le  29  septembre  et,  malgré  leurs  bravades, 
la  paix  fut  jurée  solennellement  par  le  bailli  du  royaume  et 
proclamée  à  Nicosie  et  ailleurs  \  Les  conditions  étaient  de 
beaucoup  plus  défavorables  que  celles  de  L"368  :  les  pèlerins 
devaient  payer  le  même  trevage,  les  droits  de  douane  restaient 
les  mêmes  aussi,  les  chrétiens  n'obtenaient  qu'un  seul  nouveau 
privilège  :  leurs  marchands  devaient  être  avertis  dorénavant, 
trois  mois  avant  la  reprise  des  hostilités  *. 

Mézières  était  toujours  à  Venise  à  cette  époque,  dans  le 
même  couvent.  Un  fragment  assez  curieux  d'un  livre  vénitien 
très  rare,  les  Miracoli  délia  croce  santissima  délia  iscuola 
di  San   Giovaiini  Evaiigelista  in    Venezia  '  et  une   de  ses 

1.  Pierre  Giustiniani  pour  Venise  et  Gautier  Doria  pour  Gênes 
(Mâcheras,  l.  c). 

2.  Ibid. 

3.  Mâcheras,  166-71.  Cf.  Amadi  et  Bustron,  année  1370. 

4.  Ce  sont,  à  proprement  parler,  les  conditions  mentionnées  dans 
une  demande  des  Hospitaliers,  qui  désiraient,  en  1403,  la  ratification 
de  la  paix  «  faite  après  la  prinse  d'Alixandre  »  (Paoli,  II,  108).  Les 
conditions  durent  être  les  mêmes  cependant  pour  les  Chypriotes,  ainsi 
que  le  remarque  M.  de  Mas  Latrie  (Ilist.  C/i.,  11,  348).  Le  traité  fut  juré 
au  Caire,  le  25  août  1370  (Sacy,  Chrestomalie  arabe,  2«  éd.,  II,  50). 
Aussitôt  le  droit  de  faire  commerce  avec  le  Soudan  fut  accordé  par  le 
pape  (Mas  Latrie,  Arch.  des  miss,  scient.,  1851,  374). 

5.  Ap.  Mas  Latrie,  Bibl.  éc.  ch.,  XXXIV,  75.  Le  titre  exact  du  livre 
est:  Vita  del  glorioso  S.  Giovanni  apostolo  ed  evangeli.sta,  con  alcuni 
miracoli  délia  santissima  croce  che  conservasi  nella  scuola  grande  di 
detto  santo,  avuta  in  dono  fino  dall'  anno  1370....  Venise,  1752,  in  ^o 
(on  compte  plusieurs  éditions).  La  confrérie  date  du  xin^  siècle  ;  l'église 
à  laquelle  Mézières  fit  son  offrande  fut  rebâtie  en  1349.  V.  Raccolta 
di  lef/ffi  di  massima  e  di  disciplina  incombenli  alli  Capiloli,  etc.  délia 
scuola  di  S.  Giovanni,  Venise,  1780;  Cornaro,  Nolizie  sluriche  délie 
chiese  di  Venezia,  371  et  suiv.  ;  Cïcogna,  Brève  nolizia  intorno  alla 
origine  delta  confralernità  di  S.  Giovanni  evangelista  in  Venezia, 
Venise,  1855.  —  Je  dois  le  contenu  de  cette  note  à  l'obligeance  de 
M.  Urbani  de  Gheltof. 


—  403  — 

lettres  'nous  donnent  des  détails  assez  curieux  sur  son  séjour 
dans  cette  ville.  Il  habitait  le  collège  des  Verbérés  de  Saint 
Jean  l'Évangéliste,  ainsi  que  le  montrent  les  expressions  de 
schola  nostra,  minimiis  vestcr  frator  qu'il  emploie  en  parlant 
de  l'école  et  des  Frères^  Il  voulut  leur  témoigner  sa  recon- 
naissance pour  leur  bienveillante  hospitalité  en  leur  faisant  le 
don  d'un  notable  fragment  de  la  vraie  croix  "\  Ce  fragment 
avait  été  donné  à  Pierre  Thomas  par  des  chrétiens  de  Syrie 
avant  les  guerres  de  Pierre  I"'',  en  1.360,  de  sorte  qu'il  lui 
était  doublement  cher.  Peut-être  le  patriarche  le  lui  avait-il 
donné  au  moment  de  sa  mort  et  cette  relique  se  trouvait-elle 
dans  la  croix  de  cérémonie  qui  éloigna  les  mauvais  esprits 
que  voyait  le  mourant  à  son  chevet.  Philippe  l'offrit  aux  Ver- 
bérés pour  qu'ils  le  missent  dans  une  belle  croix  ornée  d'or 
et  de  pierres  précieuses,  contenant  les  reliques  de  saint  Jean, 
leur  patron,  qu'il  avait  remarquées  dès  son  arrivée. 

La  cérémonie  eut  lieu  le  23  décembre  1370  :  «  le  noble  et 
insigne  personnage  Messire  Philippe  de  Mézières,  chevalier 
et  très  docte  chancelier  du  royaume  de  Chypre  et  de  Jéru- 
salem*», prêta  serment  devant  la  foule,  à  genoux  et  sans 
manteau,  après  la  messe,  qu'il  croyait  à  l'authenticité  de 
cette  relique.  Un  décret  fut  rédigé,  pour  commémorer  cet 
événement  :  c'est  celui  que  nous  a  conservé  le  livre  qui  traite 
des  miracles  accomplis  plus  tard  par  ladite  croix. 

Il  avait  appris,  dans  la  même  ville  de  Venise,  une  douloureuse 
nouvelle  qui  remplit  de  tristesse  son  âme  qui  commençait  à  se 
réveiller  à  la  vie,  dit-il,  après  la  mort  de  son  roi'.  Le  pape  Ur- 
bain V,  revenu  d'Italie  vers  la  fin  de  l'année  1370,  venait  de 


1.  Arsenal,  ms.  499,  fo«  141  v''-142.  La  «  lettre  »  paraît  contenir 
d'abord  une  espèce  d'acte  de  donation,  puis  VOratio  devotissima  sancte 
crticis  (ju'il  prononça  à  cette  occasion  et  que  mentionne  le  titre.  La 
présence  de  Philippe  écarte  l'idée  que  ce  fût  une  véritable  lettre. 

2  «  Sed...  per  vestram  caritatem  receptum  in  tanta  fraternitate  et  a 
Deo  et  apostolo  suo  me  fieri  participem  tanti  operis  spiritualis  » 
(lettre  citée). 

3.  «  Bonam  quantitatem  venerabilissimi  ligni  sancte  crucis  »  (ibid.). 

4.  «  El  nobcl  homo  e  insigne  M.  Philippodi  Masseri.  cavnllicr  e  dotti- 
ssimo  canccUier  del  regno  di  Ilierusalem  e  di  Cipro  »  (Mas  Latrie,  /.  c). 
Le  décret  est  daté  du  mois  de  février  1370  (zz:  1371):  il  est  presque 
certain  donc  qu'on  doit  lire  «  décembre  1370  »  au  lieu  de  «  1369  ». 

5.  «  Jamjam  diu  immersus  lacrimis  vigoreque  exaustus,  rege  meo 
saltem  sublato  ac  inique  perçusse,  per  processum  temporis  rospirare 
conabar.  »  .\rsenal,  ms.  499,  f"  155  (ce  sont  les  premiers  mots  de  la  lettre). 


-  404  — 

tomber  malade.  On  le  transporta  aussitôt  dans  la  maison  de  son 
frère,  le  cardinal  de  Bologne,  où  il  expira  le  19  décembre  \ 

Pbilippe  de  Mézières  s'empressa  d'écrire-  à  son  ami,  le 
cardinal  Ange  Grimoard,  frère  d'Urbain,  dont  la  maison  venait 
de  recevoir  le  mourant.  Il  parle  du  zèle  du  défunt  pour  la  croi- 
sade, de  son  amour  pour  la  croisade  et  de  sa  sainteté.  La  douleur 
de  sa  mort  avait  réveillé  pour  lui  celle  de  la  perte  de  Pierre  P'"  : 
son  cœur  en  tremble  et  ses  os  môme,  en  apprenant  subitement 
ce  grand  malheur.  Il  est  si  ému  encore  que  sa  douleur,  contrai- 
rement à  la  douleur  commune,  qui  se  manifeste  et  s'apaise  par 
des  larmes,  l'empêche  d'écrire.  Ce  saint  prélat,  «  prince  des 
princes  »,  dit-il  en  finissant,  était  en  même  temps  un  homme 
bienveillant  et  compatissant,  largus  in  donis  :  ses  neveux 
avaient  appris  à  connaître  par  de  gros  bénéfices  ^  cette  dernière 
qualité  du  défunt.  C'est  pourquoi  il  élèvera  lui-môme  la  voix 
devant  le  Seigneur  pour  témoigner  des  mérites  de  celui  dont 
la  mémoire  sera  éternelle.  Que  sa  langue  soit  collée  à  son 
palais'^,  s'il  oublie  jamais  de  remplir  ce  devoir  sacré. 

On  ne  connaît  plus  rien  sur  la  vie  de  Mézières,  pendant 
cette  année  1371  :  vers  le  commencement  de  1372  il  quittait 
enfin  Venise  et  le  couvent  des  Verbérés,  où  il  avait  espéré 
passer  sa  vie  entière,  pour  se  diriger  vers  Avignon.  Il  ne 
devait  revenir  jamais  dans  la  «  ville  des  eaux  »  qu'il  aima 
tant  et  dont  il  fait  l'éloge  dans  tous  ses  ouvrages. 

Des  relations  suivies  avaient  existé,  dès  le  commencement 
de  son  pontificat,  entre  le  nouveau  pape,  Grégoire  XI  (élu  le 
30  décembre  1.370),  et  la  famille  royale  de  Chypre.  Des  lettres 
de  recommandation  avaient  été  accordées  aux  personnes 
intéressées  dans  l'île,  Jean  des  Corsini,  frère  du  cardinal  de 
S.  Laurent  ^  Isabelle  de  Lusignan,  femme  du  despote  Manuel 


1.  Date  donnée  par  une  lettre  du  représentant  de  Bernabô  Visconti  à 
Avignon,  publiée  par  L.  Osio,  Documenti  diplomatici  tralii  dagli  Archivi 
Milanesi,  I  (Milan,  186.5),  p.  150  (de  même  dans  le  Diario  del  Motialdi, 
publ.  dans  l'éd.  de  Milan  des  St.  pistolesi,  p.  435).  Cf.  2"  Vita  Urbani, 
ap.  Baluze,  I,  412-3. 

2.  La  nouvelle  dut  arriver  à  Venise  vers  le  commencement  de 
janvier  1371. 

3.  «  Ecclesiasticis  bénéficias  pinguibusdotavit.  «Arsenal,  499,  f»  155  v". 

4.  «  Quamobrem  faucibus  meis  adhereat  lingua  mea,  si  in  conspectu 
Dei  mei  non  meminero  sui  »  (Ibi'd.). 

5.  Il    habitait   Rhodes   et   réclamait  des  sommes    prêtées  jadis    à 


—  405  — 

Cantacuzèno  \  Philippe  de  Cicandilis,  damoiseau  de  Constanti- 
nople  ^  Dominique  et  Jacques  Lercaro,  ce  dernier,  seigneur 
de  Roquebrune\  l'enfant  mineur  de  Brémont  de  la  Voulte  * 
et  les  frères  Cornaro  \  Le  jeune  roi  avait  été  félicité  (1"  mars) 
sur  sa  maturité  précoce  et  engagé  à  suivre,  comme  défen- 
seur (le  la  foi,  l'exemple  glorieux  de  ses  prédécesseurs  ^ 
Bientôt  l'évèque  de  Famagouste  se  présenta  devant  le  pape 
pour  lui  exposer  les  attentions  dont  était  entouré  le  jeune 
roi  par  le  prince  et  les  nobles  du  royaume  et  leur  dévouement 
pour  l'Église.  Enfin,  Jean  d'Antiochc  demandait,  par  son 
envoyé,  la  nomination  d'un  gardien  pour  la  sûreté  du  jeune 
Pierre  II  '.  Le  pape  envoya,  bien  qu'il  déclarât  la  chose 
inutile,  l'Hospitalier  Bertrand  de  la  Flotte  avec  un  compa- 
gnon ^ 

Ils  devaient  résider  au  château  de  Famagouste  ou  à  celui 
de  Cérines^  et  donner  d'utiles  conseils**  au  régent,  bien  que  la 
personne  du  roi  fût  confiée  comme  précédemment  au  prince 
et  à  la  reine  Éléonore.  Des  lettres  pontificales  furent  écrites, 
le  premier  mai,  pour  féliciter  les  nobles  de  leur  dévouement  ", 


Pierre  I"""',  28  janv.  1371  ;  Arch.  du  Vatican,  263,  a.  d.  Mêlé  aux  affai- 
res de  l'Orient,  il  devint,  après  la  nomination  de  Dardel  à  l'évêché  de 
Tortiboli,  chancelier  de  Léon  VI.  Dardel,  p.  105. 

1.  Elle  devait  recevoir  annuellement  10,000  besants  «  ex  redditibus 
terrae  Cipri  »,  ibid.,  263,  f"  264;  25  mars.  Ces  10  ou  12,000  besants 
étaient  le  revenu  d'une  partie  du  fief  d'Aradippo  donnée,  en  1368,  par 
le  roi  Pierre  à  sa  parente.  Dardel,  p.  38,  cf.  33,  note  1.  Elle  vint  même 
en  Chypre  pour  réclamer  son  droit,  ibid.,  p.  40.  Cf.  Mâcheras,  188. 

2.  Il  avait  servi  fidèlement  le  roi  Pierre  (30  avril;  ibid.,  263,  f''270). 
V.  sur  lui  Miklosich  cl  MûUer,  Acla  et  dipl.  gi-a-ca  (Vienne,  1865),  143. 

3.  «  Dominicus  Lercarii  »,  créancier,  lui  aussi,  de  Pierre  (7  juin; 
ibid.,  f»  59-59  v").  V.  aussi  Delaville  le  Roulx,  o.  c,  II,  189. 

4.  Le  pape  demandait  pour  lui  les  possessions  que  son  père  avait 
reçues  du  roi  défunt,  ibid.,  f"  98;  1  sept. 

5.  F'antin  et  Frédéric:  la  famille  avait  prêté  «  magnam...  quanti- 
tatem  »  d'argent  à  Pierre  I'''"  ;  une  partie  seulement  en  avait  été  payée, 
ibid.,  fo  109.  V.  p.  326,  n.  1. 

6.  Ibid.,  f"  20  V";  Hinaldi,  XVI,  496  et  suiv. 

7.  «  Pro  securo  statu  et  custodia...  Pctri,  régis  Cipri,  aliquas  per- 
sonas  deputare  curaremus  ».  Arch.  du  Vatican,  263,  f"  39. 

8.  «  Bertrandum  Flote,  fratrem  Hospitalis. . .  et  qucmdam  militem, 
ejus  socium  »,  ibid. 

9.  «  Castrum  civitatis  famagustane  seu  castrum  de  Charines  (.s-tc)  », 
ibid.,  f"«  39  v--40. 

10.  «  Utiles  sermones  »,  f"  39. 

11.  Une  lettre  fut  adressée  à  Jean  (Pierre  probablement)  de  Sur 
{ibid.,  f"  21  v"),  une  autre  à  tous  les  barons  du  royaume  (f"  22). 


—  406  — 

recommander  réducation  du  roi  à  sa  mère  '  et  demander  au 
régent,  avec  de  grandes  instances,  ce  couronnement  que  ce 
dernier  ajournait  sans  cesse  et  dont  le  pape  lui  avait  parlé 
déjà  dans  une  lettre  précédente  ^  Enfin  le  propre  père  de  la 
reine  Éléonore,  le  frère  mineur  Pierre  d'Aragon,  fut  chargé, 
quelque  temps  après,  d'une  mission  en  Chypre  «  pour  la  pros- 
périté et  la  tranquillité  du  royaume  »  \ 

Les  lettres  du  pape  produisirent  leur  effet  sur  le  prince 
d'Antioche  qui  consentit  à  écouter  ces  conseils.  Pierre  11 
demanda,  étant  arrivé  à  l'âge  légal,  la  garde  des  royaumes 
de  Chypre  et  de  Jérusalem,  avec  l'assentiment  de  son  oncle 
probablement,  et  l'assemblée  des  barons  fixa  (mercredi  24  dé- 
cembre) un  jour  pour  son  couronnement  '\  Pierre  reçut  la 
couronne  de  Chypre  des  mains  de  l'archevêque  de  Nicosie, 
Raymond,  après  avoir  juré  d'observer  les  Assises  faites 
par  les  rois  Amaury  et  Baudoin,  le  6  janvier  1372,  jour  de 
l'Epiphanie  ^  Philippe  de  Mézières,  bien  qu'absent,  fut  invité 
à  féliciter  le  pape  sur  son  avènement  et  à  lui  annoncer  l'accom- 
plissement de  ses  ordres.  Guy  de  Néphin  de  Limassol,  trésorier 
et  chanoine  de  Famagouste  ^  parent  du  prince  '   et  descen- 


1.  Et  aussi  «  diligenter  insistens,  Ipsum  juxta  datam  tibi  a  domino 
prudenciam  consolari  »  (même  date,  ihid.,  f»  21  v°).  Recommandation 
des  envoyés  au  prince  et  à  la  reine,  ibid.,  39  v"-40. 

2.  «  Et  insuper,  cum  tibi  nuper  pro  coronacione  dicti  régis  ad 
decus  et  decoram  sui  regni  et  omnium  sibi  subjectorum  consolacionem, 
ut  moris  est,  facienda  scripsimus,  iteratis  precibus  et  ex  corde  te  ro- 
gamus  »,  ibifl.,  î°  39.  Il  devait  le  faire  couronner  «  absque  more 
dispendio  »  {ibid.).  Un  nouveau  créancier  de  Pierre  P"',  Marc  Gri- 
maldi,  damoiseau  de  Gènes  et  familier  du  pape,  partit  pour  l'Ile  à  la 
même  époque,  ibid.,  i°^  39-9  v«. 

3.  «  Pro  ipsius  regni  prospero  statu  et  tranquillo  »,  ibid.,  î"  57. 
La  lettre  est  datée  du  4  juin  :  Pierre  était  de  retour  à  Avignon  vers  la 
fin  de  l'année  1372. 

4.  Mas-Latrie,  Ilist.  Ch.,  II,  351.  Il  avait  15  ans  à  cette  époque. 

5.  La  date  dans  Mézières,  Lettres,  f""^  158  et  suiv.  :  «  dederuntque 
manus  (les  barons  chypriotes)  patrifamilic  ut  in  festo  preterite  nuper 
Epiphanie  puer  regius,  vestre  clemencie  manu  sanctissime  benedi- 
cente,  dyademate  coronetur  factaque  eut  inde  leticia  magna  in  populo 
cypriensi.  »  Le  12  janv.,  d'après  les  chroniques  de  Chypre  (Mas  Latrie, 
/.  c).  Pierre  fut  consacré  comme  roi  de  Jérusalem,  le  12  octobre  de  la 
même  année  (ibid.). 

6.  «  Venerabilem  virum,  scientia  perspicuum,  moribus  et  ornatum, 
Guydonem  de  Nefinis,  ^hnoaaien&ia (Nemuciensis),  thezaurarium  Fama- 
gosteque  ecclcsiarum  canonicum.  ipsius  principis  colJateralem  »  (ibid.). 

1 .  Ibid.  Par  les  femmes  probablement. 


—  407  — 

fiant  des  sires  du  même  nom  ',  fut  chargé  de  l'accompagner 
dans  cette  mission.  Les  ambassadeurs  arrivèrent  à  Avignon 
au  commencement  de  l'année  1372  et  Mézières  prononça 
devant  le  pape  un  discours  qui  nous  a  été  conservé^ 

Il  commença  par  faire  l'éloge  du  nouveau  pape  qu'il  connais- 
sait depuis  longtemps  et  dans  la  maison  duquel  le  roi  de 
Chypre  avait  passé  quelques  jours  pendant  son  second  voyage''. 
Il  était  pareil  à  Grégoire  l*"",  de  glorieuse  et  sainte  mémoire  ; 
sa  sagesse,  son  amour  pour  les  lettres  en  faisaient  un  véritable 
Salomon.  La  terre  entière  se  réjouissait  de  son  heureux 
avènement.  C'est  la  substance  des  deux  premières  parties, 
dont  il  est  très  difficile  de  rendre  le  contenu  emphatique,  allé- 
gorique et  souvent  obscur.  Il  suffit  de  dire  qu'à  cette  grande 
occasion  Mézières,  qui  aimait  le  langage  figuré  et  s'en  ser- 
vait toujours,  prodigua  les  comparaisons,  les  exclamations 
et  toutes  les  figures  de  rhétorique. 

Si  les  réjouissances  avaient  été  incroyables  partout,  l'Orient 
avait  surpassé  les  autres  contrées  chrétiennes.  Le  jeune  roi 
avait  été  guéri  de  la  paralysie  des  péchés,  en  mettant  ses 
membres  en  mouvement  pour  honorer  l'élu.  Il  avait  trouvé 
enfin  ce  père  des  orphelins,  qui  devait  remplacer  le  sien,  le 
vaillant  roi  de  Judas,  Absalon.  Noémi,  la  mère  douloureuse, 
s'était  consolée  dans  son  malheur  en  apprenant  l'élévation  au 
trône  du  protecteur  des  veuves.  La  joie  du  prince  qui  gardait 
son  neveu,  l'enfant  royal,  comme  la  lumière  de  ses  yeux, 
n'avait  pas  été  moins  grande.  Il  aurait  voulu  féliciter  bientôt 


1.  Vn  Renaud  de  Néphin,  on  1206.  Amadi.  95.  Un  Pierre  de  Néphin, 
ch(ambellan?),  mourut  le  4  oct.  1352  (Mas-Latrie,  L'Ile  de  Chypre, 
S70).  Il  y  avait  aussi  une  famille  non  noble  de  ce  nom  {ibid.,  471). 

2.  Ms.  'i99  de  l'Arsenal,  f"**  158  et  suiv.  :  Cnllacia  de  lelicia  creacionis 
et  curonacionis  Grefiorii  pape  niidecimi.  e.rposita  coram  ipso  siiinino 
ponlijice  })er  Pli.  de  Mtfseriis,  caitcellurium  Cipri,  Aviniune,  in  mense 
fcbruarii,  anno  Domini  M<'ccc"l,.\.\ij''.  » 

3.  «  nie...  rex...  in  presencia  Vostre  Sanctitatis.  in  cubifcujlo  vestro 
secrète,  per.sonaliter...  sécréta  regia  non  inodica  pandens,  corpus  suum, 
aniniam,  honorem,  regnum  et  liliuin  suum  primogenituni,  cjuem  dili- 
gebat  anima  sua,  liumiliter  ac  dovotissime  in  sacratissimis  manibus  tuis 
recomman(landotradidit...Respiceleonemjuvenculum  Benjamin,  tili uni 
tuum,  (|ucm  diligis,  quein  vidisti,  quom  in  palatio  proprio  magnifiée  et 
lionoi'ilice  roluvisti  et  in  ultimum  jiatri  suoei(iuopro  benediclionepater- 
nali  valefaciens,  osculum  amoris  dedisti.  »  Arsenal,  ms.  499,  f"  160. 


—  408  — 

le  déftMiseur  de  l'Orient,  s'il  n'en  avait  pas  été  empêché  par 
des  affaires  ardues. 

Les  dernières  lettres  et  l'arrivée  de  l'ambassadeur  pontifical 
l'avaient  tiré  de  son  sommeil,  en  lui  donnant  la  lumière.  Il 
avait  nommé  des  ambassadeurs  et  avait  convoqué  aussitôt 
tous  les  barons  de  l'ilc  pour  reconnaître  le  nouveau  roi.  Il 
s'était  levé  lui-même  dans  l'assemblée  et  avait  recommandé 
aux  chevaliers  de  recevoir  comme  leur  roi  ce  jeune  Joas, 
qui  devait  remplacer  son  père  de  regrettable  mémoire.  La 
proposition  avait  été  reçue  avec  joie  et  Pierre  II  venait  d'être 
couronné,  le  6  janvier,  fête  de  l'Epiphanie,  devant  une  brillante 
et  nombreuse  assemblée. 

Cependant  le  petit  royaume  de  Chypre  était  en  danger  :  la 
paix  n'avait  été  qu'un  simulacre  de  la  part  des  éternels  ennemis 
des  chrétiens,  que  venaient  d'irriter  les  grandes  victoires  de 
Jonathas.  Méphiboseth,  son  fils,  pouvait  leur  résister  à  peine, 
si  le  pape  ne  lui  accordait  pas  son  concours.  Ce  concours,  il 
l'attendait  avec  confiance  de  la  part  de  l'ami  de  son  père,  qui 
l'avait  recommandé  jadis,  avec  son  corps  et  son  honneur  royal, 
au  cardinal  de  Beaufort.  11  devait  donc  lui  jeter  quelques 
miettes  de  sa  table  pontificale  et  l'aider  à  recouvrer  son 
royaume  et  celui  de  Jérusalem',  auquel  il  avait  droit,  étant 
le  successeur  de  David. 

Le  pape  n'était  pas  disposé  à  imiter  son  prédécesseur  en 
recommençant  les  croisades.  C'était  un  homme  faible  et  très 
prudent,  jeune  encore,  mais  sans  énergie  et  sans  enthousiasme, 
que  les  affaires  d'Italie  occupaient  exclusivement  à  cette 
époque.  Bernabô  avait  recommencé  ses  agissements  et  une 
seconde  sentence  d'excommunication  allait  être  lancée  bientôt 
contre  lui  K  II  se  borna  à  recommander  au  nouveau  roi  une 
ligne  de  conduite  digne  de  ses  prédécesseurs,  en  défendant 
l'Église  et   en   écoutant  les    bons  conseils  \  Des  privilèges 


1.  Discours  cité  :  «  Fac  ut  juvenculus  rex  Joas,  scilicet  Petrus,  filiolus 
tuus  nnturalis,  .Jérusalem  rex,  per  te  sedeat  super  soliuin  David  patris 
ejus  et  habitet  in  ■Jérusalem.  »  Arsenal,  499,  f"  160. 

2.  Le  'l'.'i  septembre,  Lûnig,  Codex  diptomaticus  Ilaliae,  Leipzig,  I, 
411-8.  Catlierine  de  Sienne  lui  demanda  vainement  à  Avignon  la  pro- 
clamation de  la  croisade  (Acta  sanctorum.  avril  III,  925). 

3.  Hinaldi,  XVI,  511  (juillet  1372).  Il  avait  écrit  à  Pierre  lui-même, 


—  409  — 

furent  accordés  aux  communes  pour  leur  commerce  avec  le 
Soudan  pendant  tout  son  règne  '. 

Guy  de  Néphin  resta  à  Avignon  jusqu'à  la  fin  de  l'année  ^  ; 
comme  récompense  pour  ses  services,  il  obtint  une  prébende 
et  un  canonicat  à  Limassol,  au  mois  d'août  1372  ■\  Le  séjour 
de  Mézières  fut  plus  long  ;  le  pape  le  retint  auprès  de  lui, 
comme  son  familier  pendant  toute  cette  année  et  même  pen- 
dant une  partie  de  celle  qui  suivit  *. 

Ses  relations  avec  l'île  de  Chypre  cessèrent-  presque  com- 
plètement à  cette  époque,  bien  qu'il  ait  gardé  pendant  toute  sa 
vie  le  titre  de  chancelier.  Il  employa  ailleurs,  sur  un  champ 
plus  vaste,  mais  avec  moins  d'éclat,  son  infatigable  activité. 

Ces  affaires  de  Chypre  ne  l'intéressaient  plus  du  reste, 
maintenant  qu'elles  n'avaient  rien  de  commun  avec  la  croi- 
sade :  il  était  à  Avignon  encore  vers  la  fin  de  l'année  1372  "', 
quand  arrivèrent  à  la  curie  les  ambassadeurs  Noël  le  Petit 
et  Guillaume  de  Cerny  ^  chargés  de  demander  l'intervention  du 
pape  contre  les  Génois,  qui  préparaient  une  invasion  '.  Leurs 
compatriotes  avaient  été  tués  par  les  Vénitiens  et  les 
Chypriotes,  à  l'occasion  d'une  querelle  qui  éclata  au  couron- 
nement du  roi,  à  Famagouste,  en  octobre  \  et  Gènes  était 
décidée  à  se  saisir  enfin  de  cette  proie,  si  longtemps  convoitée. 
Le  pape  lui-même  fut  contraint  de  reconnaître  la  justesse  de 
leurs  prétentions  :  la  reine-mère  donnait  une  sanction  à  leur 
acte  de  violence,  en  les  appelant  pour  venger  son  mari  et  rendre 


dès  le  18  février,  pour  lui  recommander  un  damoiseau  d'Arezzo,  Jo- 
hannes  Gre(jorii.  Arch.  du  Vatican,  264.  f"  227. 

1.  Privilèges  accordés  aux  Vénitiens,  le  2  juillet  1372  {Commem., 
VII,  n"  669;  t.  III.  p.  10'.);  le  18  octobre  1374  {ibid.,  n"  767.  p.  116); 
le  16  juillet  1377  {ibid.,  VllI,  n"  35,  t.  111,  p.  13'.).  Du  reste,  il  n'y  eut 
pas  de  guerres  en  Orient  pendant  ce  temps. 

2.  11  passa  par  Venise,  où  on  lui  accorda  un  privilège  de  cité,  le 
16  janvier  1372,  v.  st.,  liibl.  de  l'éc.  des  chartes,  .\XXIV,  78,  n.  1,  d'après 
les  Commem..  VII.  f"  160  v». 

3.  Le  5  août,  Arch.  du  Vatican,  reg.  de  la  Chancellerie,  Grégoire  XI, 
II,  f"^  243-4. 

4.  La  première  mention  de  son  séjour  en  France  se  rencontre  au 
mois  de  mai  1373  (v.  p.  420). 

5.  Les  ambassadeurs  partirent  de  Chypre  en  octobre.  Mâcheras,  187. 

6.  Gliiii  de  .Jarni,  ap.  .\madi,  435.  Getmin  di  Giorni,  ap.  Lorédan, 
436.  Cf.  Mâcheras,  187:  «  Atàfi  tè  TÇspvrjp.  » 

7.  Mâcheras  et  Amadi,  //.  ce. 

8.  A  cause  d'une  querelle  de  préséance  entre  les  représentants  de 
Gênes  et  de  Venise. 


-  410  — 

au  jeune  roi  le  pouvoir  usurpé  par  ses  oncles  '.  Un  marchand 
catalan,  Alphonse  Ferrand,  d'abord  ^  puis  le  père  même 
d'Éléonore,  le  vieux  moine  Pierre  d'Aragon,  arrivèrent  à 
Avignon  pour  exposer  ses  plaintes.  L'intervention  des  Hospi- 
taliers, intervention  demandée  par  le  pape,  ne  réussit  pas  ^  et 
Campo-Fregoso,  amiral  des  forces  génoises,  se  dirigea  vers 
l'ile  de  Chypre,  où  l'attendaient  des  succès  faciles,  grâce  à  la 
complicité  de  la  reine  et  de  son  parti.  Nicosie  fut  prise  le 
16  juin  1373,  Famagouste  au  mois  d'octobre,  et  les  assassins 
du  roi  Pierre*  punis  de  mort^  Quelque  temps  auparavant, 
le  14  mai,  Tacca  était  rentré  dans  Satalie,  avec  le  consen- 
tement du  roi  qui  ne  voulait  pas  la  donner  aux  Génois, 
et  les  derniers  soldats  chrétiens  quittèrent  la  côte  de  l'Asie 
pour  toujours  \  La  paix  ''  laissa  les  Chypriotes  trop  affaiblis 
pour  leur  permettre  de  commencer  des  guerres  offensives  et 
le  Soudan  ne  trouvera  pas  de  résistance  sérieuse  quand  il 
viendra  soumettre  l'île  et  mener  en  captivité  Janus,  le  troi- 
sième successeur  de  Pierre  le  Vaillant. 

Les  Hospitaliers  étaient  tout  aussi  incapables  de  continuer 
la  croisade.  Les  mésintelligences  entre  les  différentes  provinces 
de  l'Ordre  étaient  continuelles  :  les  Provençaux  et  les  Italiens 
se  querellèrent  si  violemment  dans  le  concile  de  novembre  1373, 
qu'on  craignit  une  guerre  ouverte.  Le  pape  leur  demanda 
vainement  de  prendre  des  mesures  contre  le  danger  où  se 


1.  Elle  avait  déjà  préparé  des  lettres  pareilles,  par  l'intermédiaire 
de  Nicolas  de  Naou,  employé  à  la  chancellerie  (tov  y.œn^riXdpri'j  [d-fw 
To3  auy/.p(xo'j,  Mâcheras,  171)  :  Marc  Grimaldi  devait  porter  ces  lettres 
en  Occident.  Le  complot  fut  découvert  par  le  prince  (Mâcheras,  171-2; 
Amadi,  430;  Bustron,  280). 

2.  Mâcheras,  187;  Amadi,  435. 

3.  Le  pape  annonça  son  insuccès  au  prince  d'Antioche  et  à  la  reine, 
en  1373  (Hinaldi,  XXVI,  234).  Le  roi  de  France  lui-même  fut  peut-être 
invité  à  intervenir  par  le  pape.  V.  aussi  Wadding,  /!??««/.  Minor.,  an  1372. 

4.  Le  seigneur  d'Arsur,  Henri  de  Giblet  et  .Jean  de  Gavrelle  (cf. 
aussi  les  Annalcf;  Genuenses.  dans  Muratori,  XVII,  1104-5). 

5.  V.  aussi  Romanin,  III,  252-3. 

6.  Mâcheras,  198-200.  Une  tentative  de  Tacca  en  1370,  Mâcheras, 
174-6;  Amadi,  420-1. 

7.  Conclue  le  21  octobre  1374  :  le  roi  s'engageait  à  payer  tribut  aux 
Génois  et  à  dédommager  \a.mahone;  Famagouste  sera  retenue  jusqu'au 
paiement  complet  (Sperone,  o.  c).  Suivit  une  seconde  guerre  et  le  traité 
définitif  du  7  juillet  1403,  dû  à  l'intervention  du  roi  de  France  et  des 
Hospitaliers  (Mas-Latrie,  JJist.  Ch.,  II,  466-71). 


—  411   - 

trouvait  la  foi  '.  Un  projet  de  croisad(3  fut  formé  en  effet, 
en  1375,  par  lo  pape  qui  voyait  avec  effroi  les  conquêtes 
incessantes  de  l'Islamisme  venant  de  soumettre  l'Arménie, 
la  Roumélie,  où  l'empereur  était  presque  un  prisonnier  ^  de 
vaincre  la  Bulgarie  et  la  Servie.  Cinq  cents  frères  devaient 
partir,  dans  le  printemps  de  l'année  1377,  pour  combattre  les 
Turcs  en  Roumélie  '.  Des  biens  de  l'Ordre  furent  vendus  en 
Italie,  jusqu'à  la  somme  de  60,000  florins  d'or  pour  cette  expé- 
dition*. Il  est  inutile  dédire  qu'elle  ne  fut  jamais  entreprise". 
Le  rôle  de  l'Orient  dans  la  croisade  était  donc  terminé.  Philippe 
devait  mettre  son  seul  espoir  dans  cette  milice  de  la  Passion 
qui  occupa  ses  derniers  jours  auxCélestins.  Cependant,  comme 
toute  expédition  était  devenue  impossible  dans  l'état  où  se 
trouvait  alors  l'Europe,  Philippe  de  Mézières  attendit  de 
longues  années  avant  de  recommencer  pour  la  seconde  fois 
son  œuvre  de  propagande,  qu'il  ne  quitta  jamais  ensuite. 

La  grande  préoccupation  de  Philippe  pendant  son  séjour  à 
Avignon,  fut  de  populariser  et  de  faire  adopter  en  Occident 
une  fête  qu'il  avait  vu  célébrer  en  Orient  et  surtout  en  Chypre  ^ 
où  elle  était  introduite  depuis  longtemps,  la  Présentation  de 
la  Vierge.  On  la  célébrait  en  automne,  le  21  novembre  ;  le 
nomocanon  de  Photius  '  la  mentionne  à  cette  date.  Germain, 
patriarche  de  Constantinople  et  Georges,  évêque  de  Nicomédie, 


1.  Vertot,  éd.  in-8",  II,  244  et  suiv.  ;  Herquet,  Heredia,  60-1. 

2.  «  Non  solum  eis  tributarii  facti  sunt,  sed  fere  in  eorum  manibus 
consistuiit.  )) 

3.  Lettre  aux  frères  de  Bohême  pour  demander  leur  contingent 
(8  décembre  1375),  ap.  Paoli,  II,  97-8.  Ibid.,  96-7  (au  roi  d'Angleterre), 
Hymer,  \\V\  40. 

4.  Lettre  du  pape  aux  précepteurs  «  Monopolitarum  domuum  », 
l"-  mars  1377  (Paoli,  II,  98;  cf.  pp.  98-101,  10  août  1377). 

5.  Le  Grand-Maître,  Robert  de  .Juilly,  mourut  cette  même  année, 
le  29  juillet  (Bosio,  o.  c,  II,  p.  83).  Mézières  s'exprime  sévèrement  sur 
le  compte  des  Hospitaliers:  «  il  viennent  là  (en  Terre-Sainte)  d'Occi- 
dent et  demeurent  .un.  ans  ou  .v.  pour  empêtrer  une  bonne  priorée 
ou  commandcrie  ôs  parties  d'Occident  et,  quant  il  en  ont  la  possession, 
de  retourner  en  Hodes:  ne  m'en  parle  nulz  bons;  c'est  une  moquerie 
ougrant  dérision  »  (Sonr/e  du  vieil  Pèlerin,  I,  f"  66  v). 

6.  Lettre  de  Philippe"  Bibl.  nat.,  mss.  lat.  14511,  f"'  182  y"-3;  17330, 
f"^  4-6;  14'i5i,  f'"*  2-3  v".  Publiée  dans  le  livre  de  Meurisse,  évêque  de 
Madaure,  Lcltres  de  Charles  eiiiqideme....  Metz,  1638,  pp.  6  et  suiv. 

7.  Titre  VII.  ch.  i,  ap.  Sponda,  Ann.  eccles.,  I,  806-7.  Elle  était 
célébrée  dans  l'église  primitive  (lettre  citée). 


—  412  — 

avaient  prononcé  des  discours  à  cette  occasion  *.  Philippe  de 
Mézières  voulait  témoigner,  en  propageant  cette  nouvelle  fête, 
de  sa  dévotion  spéciale  et  «  singulière  «  pour  la  Vierge  Marie, 
à  laquelle  il  avait  voué,  comme  Pierre  Thomas,  son  ami  ^  un 
culte  fervent  et  mystique.  Il  l'appelle  dans  ses  ouvrages  de 
vieillesse  «  la  doulce  espérance  du  povre  pèlerin  »,  «  la 
mère  de  gloire  »,  «  la  très  doulce  Vierge  Marie'»  et  c'est  à 
elle  qu'il  s'adresse,  dans  sa  Contemplation,  dans  son  anxiété 
pour  le  salut  et  son  effroi  devant  les  tortures  éternelles. 

Il  avait  fait  célébrer  d'abord  cette  fête  de  la  Présentation, 
à  Venise,  avec  l'aide  de  quelques  personnes  très  dévotes  *. 
Elle  fut  suivie  par  une  «  représentation  figurée  »  par  «  des  sym- 
boles et  des  visions  »,  qui  ajoutèrent  «à  la  solennité ^  Après 
son  arrivée  à  Avignon,  il  s'adressa  au  pape  pour  en  obtenir 
l'approbation  :  il  lui  présenta  l'office  en  latin,  tel  qu'il  l'avait 
traduit  du  grec  lui-même,  en  l'accompagnant  de  notes  de 
musique.  Des  fidèles  de  la  Vierge  secondèrent  ses  eff'orts  et  le 
pape,  après  avoir  lu  personnellement  le  manuscrit,  le  confia 
à  une  commission  de  personnages  ecclésiastiques,  qui  devaient 
l'examiner  aussi.  Elle  était  composée  de  prélats  que  Philippe 
connaissait  depuis  longtemps  et  qui  comptaient  même  parmi 
ses  amis  et  correspondants  ;  l'évêque  de  Pamiers,  confesseur 
d'Urbain  V  d'abord,  puis  de  son  successeur,  et  Guillaume 
Romain,  de  l'ordre  des  Frères  Prêcheurs,  maître  du, palais 
pontifical,  revirent  d'abord  l'office  de  la  nouvelle  fête.  Ber- 
trand Lagier  de  Figeac,  cordelier,  cardinal  de  Sainte-Pris- 
que  et  évèque  de  Glandèves,  le  lut  ensuite  et  y  fit  des 
annotations.   Philippe    de    Mézières  mentionne  enfin   Pierre 


1.  Sponda,  /.  c.  Crespet,  Summa  theologica.  584. 

2.  Vita,  II,  1012;  cf.  Wadding.  Vitn  S.  Pétri,  6. 

3.  Sot^fje  du  vieil  Pèlerin,  I,  f°  4;  Militia,  \'^  rédaction,  f»"*  10  v»  et 
suiv.  Eustache  Deschamps,  dont  il  recommanda  plus  tard  les  ditliés 
à  Charles  VI,  profes.sait  une  dévotion  pareille  pour  la  Vierge,  à  laquelle 
il  adressa  une  de  ses  ballades  {Œuvres,  I,  258)  et  sa  «  Prière  à  la 
Vierge  Marie  »  (III.  102-4).  C'est  du  reste  l'époque  où  le  culte  de  la 
Vierge  est  le  plus  fervent,  où  apparaissent  les  «  Mariale  »  (Cervinus, 
Gesch.  der  deutschen  Diclit.,  4'=  édit.,  II,  p.  130;  Friedjung,  Karl  IV, 
p.  99).  Baudouin,  évêque  de  Paderborn.  ordonnait  que  la  Conception 
de  Marie  fût  considérée  comme  la  fête  principale  dans  son  diocèse 
(Meibomius,  lier.  Germ.  Script.,  I,  285). 

4.  Lettre  citée,  p.  8  de  l'imprimé. 

5.  Itnd. 


-  413  - 

Albornoz,  ancien  archevêque  de  Séville  et  cardinal-prêtre  de 
Sainte-Praxède,  Thomas  de  Frignano,  nommé  récemment  pa- 
triarche de  Grade,  l'évèque  de  Chàlons,  les  provinciaux  de 
France  et  d'Irlande  et  le  procureur  de  l'ordre  des  Mineurs.  Leurs 
rapports  furent  favorables  et  le  pape,  qui  ne  semblait  pas  disposé 
d'abord  à  sanctionner  cette  innovation  empruntée  aux  Grecs,  ac- 
corda enfin  aux  efforts  pieux  de  Mézières  la  célébration  de  la 
fête.  Philippe  se  proposa  de  la  célébrer  dignement,  le  21  no- 
vembre de  la  même  année  ' .  Des  vêpres  et  des  matines  furent  célé- 
brées d'abord,  à  l'église  de  Saint-François,  appartenant  aux 
frères  Mineurs.  Une  nombreuse  et  brillante  assemblée  assis- 
tait à  la  messe,  le  pape  ayant  accordé  trois  années  et  trois 
fois  quarante  jours  d'indulgences  à  ceux  qui  se  présenteraient  à 
l'église,  à  cette  occasion  ^  Mézières  cite  les  noms  d'un  grand 
nombre  de  ses  amis,  le  cardinal  de  Bologne,  revenu  à  la  curie 
après  la  mort  de  son  frère,  l'ancien  évêque  de  Pampelune,  Pierre 
de  Monturac,  cardinal-prêtre  de  Sainte-Anastasie  et  vice-chan- 
celier de  l'Église,  un  des  protecteurs  de  Mézières  aussi,  le 
cardinal  de  Saint-Clément,  cousin  du  pape,  Pierre  Corsini, 


1.  Lettre  citée.  Cf.  ms.  lat.  17330.  Il  y  eut  une  seconde  célébration 
de  la  fête,  en  1375,  paraît-il,  «  in  eccle.sia  fratrum  heremitarum  sancti 
Augustini  »  (f"  17  v).  La  date  est  donnée  par  le  m.s.  17330.  Jean  de 
Bâle,  docteur  en  théologie,  prêcha  à  cette  occasion  devant  les  cardi- 
naux et  le  clergé  :  son  discours  nous  a  été  conservé  dans  le  même  ms. 
de  la  Bibliothèque  nationale  (f"*  1-3  v").  Sur  le  personnage  lui-même, 
Ossinger,  liibliotheca  Au(justiiiiana,  Ingolstadt,  1768,  440.  Cf.  P.  Paris, 
art.  cité  des  Mnn.  del'Ac.  des  Inscriptions.  378-9(1385:  Mézières  aurait 
assisté  lui-même  à  la  solennité).  On  y  trouve  encore  un  mystère  ou  plu- 
tôt des  indications  pour  un  mystère  représentant  la  présentation 
de  Marie  (f"'*  18  jusqu'à  la  fin).  Ce  qu'on  ne  parvient  pas  à  s'expliquer, 
c'est  que  le  discours  de  Jean  de  Bâle  déclare  très  expressément  que  la 
fête  fut  célébrée  la  première  fois  à  l'époque  où  il  prononça  son  discours. 
Le  ms.  14454  latin,  de  la  même  bibliothèque  (ancien  J  12  des  Cé- 
lestins,  puis  343  de  S.  Victor  ;  écriture  contemporaine)  contient  seu- 
lement l'office  et  les  lettres  de  Charles  V,  qui  manquent  dans  le  ms. 
précédent. 

2.  «  Très  annos  et  très  quadragenas  indulgentiarum  misericorditer 
concessit  »  (B.  N.  lat.  17330,  f"  17  v").  Les  indulgences  dont  il  est  ques- 
tion furent  confirmées  par  Clément  Vil,  élu  en  1378  (ms.  17330;  notice 
à  la  fin  de  l'office,  f"  17  v).  Le  ms.  avait  appartenu  à  Mézières,  ainsi 
que  le  montre  cette  phrase  :  Isle  liber  est  doinini  Philippi  de  Maseriis, 
canceUarii  regni  Cipri.  —  M.  Ch.  Bémont  me  signale  un  autre  ms. 
ayant  appartenu  à  Mézières.  C'est  un  cartulaire  de  l'église  du  Saint- 
Sépulcre  que  cite  André  Duchesne  {Ilist.  ffénéal.  de  la  maison  de 
Ckasteiijtiers  (\6'k3)  Preuves,  p.  37). 


—  414  - 

ancien  évêque  do  Florence,  cardinal  de  Saint-Laurent  m  Da- 
maso,  dont  le  frère  avait  eu  des  relations  avec  le  roi  Pierre  I", 
Jean  de  Limoges,  cardinal-prêtre  des  Saints-Achillée  etNérée, 
cousin  du  pape,  les  cardinaux  de  Sainte-Prisque,  de  Saint- 
Laurent  in  Lucifia,  de  Sainte-Marie  in  porticu,  do  Sainte -Marie 
in  via  lata,  Jean  de  la  Tour-d'Auvergne,  le  patriarche  de 
Grade  et  un  grand  nombre  d'autres  évoques,  archevêques 
et  dignitaires  ecclésiastiques.  L'assemblée  était  composée 
aussi  d'un  très  grand  nombre  de  laïques.  La  messe  fut  célébrée 
par  l'évoque  de  Cortone,  et  un  discours  prononcé,  en  latin 
d'abord  pour  le  clergé,  en  langue  vulgaire  ensuite  pour 
les  laïques,  par  François  de  Fabrica,  de  l'ordre  des  Mineurs, 
maître  en  théologie  \ 

Vers  la  même  époque,  en  1372  ou  au  commencement  de 
l'année  1373^,  Mézières  écrivit  une  lettre  circulaire  à  tous 
les  chrétiens  de  l'Occident,  dont  il  se  déclare  le  «  vermisseau  »*. 
en  leur  envoyant  l'office  de  la  nouvelle  fête  et  les  exhortant 
à  l'introduire  dans  leurs  différentes  contrées.  La  chrétienté 
était,  dit-il,  dans  un  état  de  décadence  complète,  véritable 
scandale  en  face  des  Infidèles.  Partout  des  séditions,  des 
guerres,  des  hérésies,  des  pestilences.  C'était  la  punition 
qu'elle  avait  méritée  par  ses  nombreux  péchés.  «  Devait- 
elle  désespérer  »  ^  cependant  ?  Pas  du  tout  :  il  y  avait  un 
moyen  d'échapper  encore  à  tous  ces  dangers  et  à  toutes  ces 
tempêtes,  un  port  de  salut,  la  Vierge,  «  médiatrice  de  Dieu 
et  des  hommes.  »  11  faut  s'adresser  à  elle,  en  lui  chantant  un 
«  nouveau  chant    »  un   carmen    novum    qu'il   a    rapporté, 


1.  Crééle7juin  1370àMontefiascone(Ç?/ar?rt/sc/ir//'</"/^r  c/ir.  Allerlh. 
und  fur  Kirchengesch.,  1889,  n'^  2).  Cf  Monaldi,  /.  c,  434. 

2.  Lettre  citée  :  «  Per  Franciscum  de  Fabrica,  ministrum  Assisii, 
solemnem  doctorem  in  theologia.  » 

3.  Les  mss.  ne  portent  pas  de  date.  La  lettre  est  cependant  sans  doute 
postérieure  à  la  fête  du  21  novembre  1372,  qu'elle  mentionne,  et  anté- 
rieure à  l'introduction  de  cette  même  fête  en  France  (21  novembre 
de  l'année  1373),  qu'il  n'aurait  pas  manqué  de  faire  valoir.  L'auteur 
paraît  se  trouver  encore  à  Avignon.  La  lettre  est  contenue  dans  les 
mss  latins  14511,  f"^  182  v«-3;  17330,  f"'^  4-6;  14454,  f*"*  2-3  v°,  de  la 
Bibliothèque  nationale  ;  Meurisse  en  a  donné  une  édition  —  quelque 
peu  différente  —  dans  son  opuscule  déjà  cité.  V.  aussi  un  fragment, 
dans  du  Boulay,  Ilist.  Univ.  Paris.,  IV,  441. 

4.  «  Vermiculus  vester  et  zelator  abortivus  »  (lettre  citée). 

5.  «  Quid  igitur  faciendum  est?  an  desperandum?  «,  etc.  {Ibid.) 


—  415  — 

bien  qu'indigne,  de  l'Orient.  Suit  l'histoire  de  l'introduction 
de  la  nouvelle  fête  en  Italie  et  à  Avignon.  Il  finit  par  les 
engager  à  suivre  son  exemple,  leur  montrant  les  profits 
innombrables  qu'ils  en  tireraient,  profits  mystiques,  qu'il 
énumère  dans  son  style  habituel  :  quant  à  lui,  il  leur  serait 
reconnaissant  s'ils  lui  accordaient  leurs  prières  '. 

Il  se  dirigea  bientôt,  appelé  par  le  roi  peut-être  ^  vers  la 
France.  Il  allait  y  passer,  presque  sans  interruption,  le  reste 
de  sa  vie,  si  aventureuse  jusqu'ici. 


1.  La  fête  devint  de  plus  en  plus  répandue.  Pie  II  et  Paul  II  l'adop- 
tèrent, en  offrant  des  indulgences  à  ceux  qui  la  célébreraient.  Sixte- 
Quint  la  favoi'isa  aussi,  en  la  rendant  universelle  (Meurisse,  o.  c,  p.  23). 
Elle  fut  supprimée  cependant  en  1726,  comme  ne  se  trouvant  pas 
mentionnée  dans  les  Ecritures  (Lebeuf,  Dissertations  sur  l'histoire  de 
Paris,  111,  'iTX).  La  visitatioii  de  la  Vierge  fut  empruntée  aux  Grecs, 
en  1385,  par  Urbain  VI  et  confirmée  par  Boniface  IX,  en  1389.  Leclcrc 
et  Renan,  o.  c,  I,  387. 

2.  Cf.  la  notice,  presque  contemporaine,  qui  se  trouvait  à  la  fin  d'un 
des  mss.  du  Songe  (dans  Du  Verdicr,  Bibliothèque  française,  V,  203)  : 
«  et  depuis  l'appela  à  son  service  Charles,  roi  de  France,  de  son  nom 
cinquième  ». 


CHAPITRE  XII. 

PHILIPPE  DE  MÉZIÈRES   A   LA  COUR  DE  CHARLES  V. 

Pendant  le  premier  voyage  du  roi  de  Chypre,  Philippe  avait 
pu  connaître  le  fils  aine  du  roi  de  France,  ce  Charles  V,  dont 
le  caractère  était  si  différent  de  celui  de  son  père.  Il  dut 
apprendre  avec  douleur  le  sage  et  prudent  refus  qu'opposa  ce 
prince,  devenu  roi  lui-même,  aux  demandes  de  Pierre  P^  Ce 
refus  mit  fin  aux  grandes  tentatives  de  croisade  et  réduisit  la 
guerre  sainte,  proclamée  avec  tant  d'éclat  par  Urbain  V,  à 
deux  expéditions  particulières,  celles  du  roi  de  Chypre  et  du 
comte  de  Savoie,  dont  le  résultat  fut  glorieux,  mais  pas  déci- 
sif. Il  avait  donc  des  raisons  pour  ne  pas  aimer  ce  prince 
«  né  vieux  »',  si  différent  de  lui-même,  ce  roi  maladif  et  pa- 
cifique, qui  n'accomplit  aucune  action  d'éclat  et  aucun  fait 
d'armes,  tout  en  sauvant  la  France  qu'avaient  perdue  les  bril- 
lantes expéditions  chevaleresques. 

Cependant  le  roi  prudent  et  «  subtil  »  ",  peu  enthousiaste  et 
peu  libéral^,  fut  pendant  de  longues  années  l'ami  et  le  protec- 
teur do  Mézières,  qui  voua  à  sa  mémoire  le  même  culte  recon- 
naissant et  pieux  qu'il  conserva  toujours  pour  son  premier 
maître,  Pierre  P"",  le  «  vaillant  »  et  le  rêveur.  II  ne  mentionne 
jamais  son  nom  sans  une  profonde  émotion  et  il  trouve,  pour 
en  déplorer  la  perte,  les  paroles  les  plus  chaudes  et  les  plus 
touchantes  qu'il   ait    jamais  écrites''.  II  remplit,  à  la  mort 


1.  Michelet,  Histoire  de  France,  III,  éd.  de  1837,  4^13. 

2.  Froissart,  éd.  Kervyn,  IX,  123  :  «  Li  rois  Charles  de  Franche... 
fu  durement  saf^es  et  soutils  et  bien  le  monstra  tant  comme  il  vesqui  ; 
car,  tous  quois  estans  en  ses  cambres  et  en  ses  déduis,  il  reconqueroit 
ce  que  si  prédécesseur  avoient  perdu  sur  les  camps,  la  teste  armée 
et  l'espée  en  la  main.  » 

3.  Il  était  surnommé  le  «  nummularius  »  (Leclerc,  dans  Vllistoire 
littéraire  de  la  France,  XXIV,  186). 

4.  Nova  religio  milicie  Passionis.  ms.  1943  de  la  Bibl.  Mazarine, 
f"  46  Y»  :  «  ...  ut  videlicet  a  lacrimis  aliqualiter  in  quiète  respiraret, 


-  417    - 

de  Charles  V,  le  vœu  qu'il  avait  fait  dix  années  auparavant  ; 
il  quitta  le  monde  pour  toujours  et  se  retira,  pendant  le 
reste  de  sa  vie,  aux  Célestins. 

C'est  ({ue  malgré  des  différences  apparentes,  beaucoup  de 
choses  étaient  communes  entre  le  roi  et  celui  qui  fut,  pendant 
quelques  années,  son  conseiller  le  plus  écouté.  Comme  Philippe 
de  Mézières,  Charles  V  rêvait  cette  délivrance  de  Jérusalem  qui 
aurait  rempli  ses  espérances  pieuses  '.  Il  s'intéressait  aux  affai- 
res de  l'Orient  et  sa  bibliothèque  contenait  des  ouvrages  relatifs 
à  la  croisade^  Son  amour  pour  les  lettrés  et  pour  les  savants 
était  connu.  Il  avait  rassemblé  autour  de  lui  un  grand  nombre 
d'écrivains  et  de  clercs,  auxquels  il  demandait  souvent  conseil, 
comme  à  de  «  sages  maistres  et  philozophes  '  »,  dans  les  affaires 
difficiles.  Philippe  put  rencontrer  à  la  cour  du  duc  de  Norman- 
die et  du  roi  de  France  Philippe  de  Vitry,  le  traducteur 
d'Ovide  et  le  correspondant  de  Pétrarque*,  Pierre  de  Bressuire, 
qui  traduisit  Tite-Live,  Evrard  de  Conty,  médecin  du  roi  et 
traducteur  des  Problèmes  d'Aristote,  l'Hospitalier  Simon  de 
Hesdin,  traducteur  de  Valère-Maxime''  et  de  plus  grands  per- 
sonnages encore,  Raoul  de  Presles,  qui  traduisit  la  Bible  et  la 
Civilas  Dei,  et  que  le  roi  allait  légitimer  pour  des  raisons  tout 
aussi  honorables  pour  lui-môme  que  pour  son  maître",  Nicole 

—  dulci  jam  flore  odorifero  evanescente,  flore,  utique  principe  florum, 
jubente  Domino  naturaliter  desiccato,  cujus  memoria  in  benedictione 
demorabitur.  » 

1.  11  désirait  aussi  ce  concile  «  équipollent  «  qui  réformerait  l'état 
de  la  chrétienté  et  que  Philippe  considérait  comme  le  premier  pas 
pour  une  croisade  future  (Songe  du  vieil  pèlerin,  il,  i'°  134). 

2.  V.  Inventaire  de  G.  Mallet,  n"  284:  «  Comment  Jherusalem  fut 
conquis  avecciues  la  terre  d'outremer  par  Ciodeffroy  de  I5uillon,  en 
prose...  »,  n"  1015:  «  llistoria  Jhcrosolimitana  et  de  Macliomete  » 
(pp.  62,  1G6). 

.'{.  Christine  de  Pisan,  Livre  des  fais  et  bonnes  meurs,  éd.  Petitot, 
III,  5,  II,  p.  11.  Cf.  la  même,  dans  une  de  ses  poésies,  ap.  Kervyn, 
Froissart,  XXI,  347  : 

«  Chiers  avoit  les  clers  scienceux, 

Les  preux  chevaliers  et  tous  ceulx 

Qui  à  bonnes  meurs  entendoient.  » 

4.  Pétrarque,  Variorum,  33. 

5.  En  1375.  La  traduction  fut  continuée  par  Nicole  de  Conesse,  pour 
le  duc  de  Berri  (Champoliion-Fiijjeac,  Louis  et  Charles  d'Orléans, 
pp.  156-7).  V.  Vexplicit  de  la  traduction  :  «  A  la  requeste  de  Jaque- 
min  Conrart,  son  trésorier.  » 

6.  «  Quaproptcr  dignum  est  hoc  homini  reddere,  qui  per  honesta 
cou;n()scitui'  ol)se(|uia  placuisso,  potissime  dum  in  re^no  nostro  cetus 
studentium  splenilore  somper  genuino  radietur  »   (déc.    1373).   Cf.  : 

N.  JoKGA.  Philippe  de  Mézières.  27 


—  418  — 

Oresme,  le  grand  économiste,  le  traducteur  d'Aristote,  un  esprit 
presque  moderne  par  la  largeur  de  ses  vues  et  dont  Mézières 
admirait  beaucoup  les  œuvres',  le  chancelier  Pierre  d'Orge- 
mont  qui  écrivit  peut-être  dans  les  Grandes  Chroniques^  ; 
des  poètes,  Eustache  Deschamps ^,  aux  dictées  si  recomman- 
dahles*  et  Gace  de  la  Bigne,  l'auteur  dos  Déduits^ ;  enfin  ce 
fatidique  Thomas  de  Pisan,  dont  Philippe  n'aimait  pas  trop 
les  astrologiques  rêveries,  malgré  la  faveur  dont  il  jouis- 
sait auprès  du  roi^  Les  parents  de  Charles  V,  ses  frères, 
le  duc  d'Anjou  et  le  duc  de  Berri,  qui  écrivit  peut-être  des 
ballades  et  dont  la  bibliothèque,  dispersée  en  1411,  était 
une  des  plus  grandes    de  cette  époque',    le  duc  de  Bour- 

«  ...  attentis  vitaque  ipsius  laudabili  et  scientia  renitente  »  (Archives 
nationales.  JJ  105,  n"  63). 

1.  Le  roi  le  récompensa  pour  la  traduction  de  deux  livres  «  lesquels 
nous  sont  très  nécessaires,  c'est  assavoir  Polithiques  et  Iconomi(iues  » 
(Froissart.  éd.  Kcrvyn,  XXI.  335).  Cf.  Uézières,  Songe  dt(  vieil  Pèlerin, 
11,  f"s  98  v°-9:  «  Encores,  biau-filz,  tu  te  dois  souverainement  déliter  de 
lire  et  estudier  »,  dit-il  à  Charles  VI,  «  les  II  livres  sollempnelz,  que 
compossa  (sir)  le  très  sage  pliillozofe  et  théologien,  maistres  Nichole 
Oresme,  évesque  de  Liseux,  à  la  requeste  de  ton  bon  père,  qui  fu  sage 
et  preudomme.  C'est  assavoir  les  livres  d'Etiques  et  de  PoUitiques.  » 
Cf.,  iljid.,  f"  40  V,  .V.  les  Extraits  des  journaux  du  trésor  -publiés  par 
M.  Moranvillé  (Bibl.  Éc.  Ch.,  XLIX,  1888),  382  :  le  roi  donne  à  Oresme, 
le  8  oct.  1377,  200  francs  d'or  «  pro  pena  et  labore  transferendo  de 
latino  in  gallicum  unum  librum  vocatum  :  de  celo  et  mundo.  « 

2.  Bibl.  Éc.  Ch.,  II,  66. 

3.  Huissier  d'armes  du  roi  d'abord  et  chargé  par  lui,  peut-être,  de 
tenir  un  «  Livre  de  mémoire  ».  attaché  ensuite  à  Louis  d'Orléans, 
comme  écuyer,  dès  l'année  1372  (Sarradin,  Elude  .sur  Eiislac/ie  Des- 
champs, Paris,  1879,  ia-8»,  71,  72). 

4.  Sonr/e,  II,  f"  99  v»  :  «  Tu  peus  bien  lire  et  ouyr  aussi  les  dictiés 
vertueux  de  ton  serviteur  et  officier  Hustace  Morel,  hone.stes  et  catho- 
liques, tendans  à  bone  édiffication.  »  Sur  ,1e  nom  de  Morel,  v.  Sarradin, 
p.  52.  V.  aussi  un  récent  article  de  iM.  Emile  Picot  dans  les  Mélanges 
Julien  Ilavel  (Paris,  1895j,  500-10. 

5.  Chapelain  du  roi  en  1370. 

6.  Arrivé  à  Paris,  d'après  l'invitation  du  roi  (Chr.  de  Pisan,  ap. 
Kervyn,  Froissart,  XXI,  346),  vers  le  mois  de  décembre  1368  (Lebeuf, 
Disserlalions.  III,  190),  comme phisicien  du  prince  d'abord  (donation  de 
l'année  1372,  Arch.  nat.,  JJ  106,  n"  318),  puis  conseiller  (autre  dona- 
tion, du  22  mai  1380,  ibid.,  117,  n"  74).  Christine  ne  commença  à  écrire 
qu'en  1399  (Lebeuf,  o.  c,  p.  94).  On  pourrait  ajouter  les  noms  de 
Froissart  et  de  Cuvelier,  dont  les  œuvres  sont  recommandées  aussi  à 
Charles  VI  par  son  ancien  précepteur  :  «  Encores,  biau  fîlz,  tu  peus 
avoir  des  feiseurs,  honestes  et  preudommes,  qui  font  les  biaux  dictiés 
de  Dieu  et  de  la  vierge  Marie  et  des  estoyres  honestes,  morales  et 
dévotes,  comme  estoit  le  povre  homme  appelé  Cuvelier,  esquelx  dictiés, 
biau-tilz,  aucunefois  tu  prendras  plus  grant  devocion  que  tu  ne  feras 
à  un  subtil  sermon  »  (Songe,  II,  f"  108  v). 

7.  Christ,   de  Pisan,  II,  ch.  xn  ;   t.   I,  pp.  351-2   de   l'éd.  Petitot  ; 


-  419  - 

gogne',  le  duc  do  Bourbon,  son  beau-frère',  étaient  aussi 
des  princes  éclairés,  aimant  les  beaux  livres  et  ceux  qui  les 
écrivaient. 

Le  roi  lui-môme  avait  installé  dans  une  des  tours  du  Louvre, 
qui  prit  le  nom  de  «  Tour  de  la  Librairie  »,  sa  bibliothèque 
contenant  plus  de  onze  cents  volumes^  d'astrologie,  de  méde- 
cine, d'histoire,  des  romans  et  des  livres  anciens  en  grand 
nombre.  Les  murailles  des  trois  chambres,  qui  la  contenaient, 
étaient  lambrissées  de  bois  d'Irlande,  la  voûte  de  bois  de  cy- 
près, avec  des  sculptures  en  bas-relief.  «  Trente  petits  chande- 
liers et  une  lampe  d'argent  »  rendaient  possible  le  travail  pen- 
dant la  nuit\  Les  «  meilleurs  escripveins  »  copiaient  pour 
lui  continuellement  des  œuvres  «  moult  bien  escrips  et  riche- 
ment adornez^  ».  Des  estiidcs  plus  modestes  étaient  instal- 
lées dans  ses  autres  châteaux  ^ 

Bien  que  le  latin  lui  fût  trop  difficile,  «  pour  la  force  des 
termes  soubtilz ',  «  et  qu'il  recourût  souvent  à  ce  ((  catholicon  » 
de  Jean  de  Gènes,  qu'il  avait  pris  «  pour  apprendre  »  *,  Charles  V 
était  loin  d'être  le  Sicambre  dont  parle  dédaigneusement 
Boccace^  Il  s'occupait  lui-même  de  philosophie,  de  théologie '" 
et  surtout  de  sciences  occultes  qui  étaient  pour  lui  «  chose 
esleue  et  singulière  »".  Thomas  de  Pisan  et  Gervais  Chré- 

Leclerc  et  Renan,  I,  213,  216.  Sur  ses  goûts  artistiques,  v.  De  Cham- 
peaux  et  Gauchery,  Les  travaux  d'art  exécutés  pour  Jean  de  France, 
duc  de  Berri/,  Paris,  (,'hainpion,  1894,  in -4".  Cf.  A.  Moiinier  dans  la 
Bévue  historique,  LVII,  i,  \'.i\.  Le  catalogue  de  sa  bil)liothoque  a  été 
publié  par  Hiver  de  l'.eauvoir  (Paris,  1860,  petit  in-8"). 

1.  Il  demanda  à  Christine  d'écrire  son  Livre  des  faits;  sa  collec- 
tion de  livres  rares  et  précieux  était  pareille  à  celle  du  duc  de  Berri. 
Son  fils  Jean  protégea  aussi  Christine  (Leclerc  et  Renan,  p.  217).  Gace 
fait  l'éloge  de  sa  science  (l.ebeuf,  o.  c,  III,  436). 

2.  Leclerc  et  Renan,  220-1. 

3.  Sauvai,  Antiquitez  de  Paris,  (I,  15.  V.  Christine  de  Pisan,  Livre 
des  faits,  1.  III,  ch.  xn. 

4.  Félibien,  Histoire  des  maisons  royales,  ap.  Boivin,  Mèm.  del'Acad. 
des  liiscr.,  II  (1736),  pp.  690  et  suiv. 

5.  Christine  de  Pisan,  /.  c,  p.  26. 

6.  Boivin,  l.  c,  692-3. 

7.  «  Pourcequepeut-estren'avoitle  latin, pourla  force  des  termes  soub- 
tilz, si  en  usage  comme  la  langue  françoise  »  (Christine  de  Pisan,  p.  6). 

8.  Gilles  Malet,  Inventaire;  cf.  Leclerc  et  Renan,  I,  195. 

9.  Baldolli,  Vita  di  Borcacci,  p.  389. 

10.  «  De  théologie  souvent  voloytoyr,  entendoit  les  poins  de  la  science, 
en  savoit  parler. . .  »  (Christine  de  Pisan,  l.  c).  V.  pour  ses  connais- 
sances d'autre  nature,  pp.  22  et  suiv. 

il.  Chr.  de  Pisan,  III,  ch.  iv,  p.  8. 


-  420  - 

tien'  étaient  parmi  ses  serviteurs  les  plus  appréciés,  bien  que 
ces  recherches  ne  nuississent  en  rien  à  sa  piété ^  Philippe  de 
Mézières  parle  avec  admiration  de  sa  dévotion,  de  ses  lec- 
tures assidues  de  la  Bible,  qu'il  lut  chaque  matin,  pendant 
de  longues  années,  à  genoux  et  tête  nue''. 

Il  dut  aimer  dans  Mézières  le  lettré  d'abord,  puis  le  dévot 
et  le  bon  conseiller.  Comme  lui,  il  haïssait  les  guerres  entre 
les  chrétiens*,  le  luxe  effréné  des  cours ^  la  licence  des  gens 
de  guerre  et  leur  esprit  batailleur \  Sur  presque  toutes  les 
choses  leurs  opinions  étaient  les  mêmes  et  Philippe  mentionne, 
avec  émotion,  ses  longs  entretiens  avec  le  roi  qui  lui  exposait 
parfois,  pendant  des  heures  entières,  ses  projets  et  ses  rêves, 
pendant  qu'ils  allaient  à  cheval  à  Melun  ou  aux  châteaux  des 
environs  de  Paris.  Et  le  «  vieil  pèlerin  n,  heureux  de  voir  ses 
idées  partagées,  ne  disait  «  onques  un  mot,  mais  escoutoit,  et 
non  pas  sans  larmes  de  devocion,  la  sapience  et  prudence  du 
sage  Salemon"  ». 

La  première  mention  du  séjour  de  Mézières  à  Paris  date  du 
mois  de  mai  1373.  La  mort  du  roi  de  Chypre  avait  eu  des  résul- 
tats désastreux  pour  sa  fortune  :  le  prince  d'Antioche  avait 
sans  doute  pris  une  attitude  peu  bienveillante  envers  le  chan- 
celier et,  comme  il  était  le  vrai  maître  du  royaume,  même 


1.  «  Souverain  médecin  et  astrologien  stipendié  et  moult  aprecié  du 
roy  Charles  le  Quint  »  (S.  de  Phares,  ap.  î>ebeuf,  o.  c,  pp.   i49-5G). 

2.  Chr.  (le  Pis..  1.  I,  ch.  xxni. 

3.  Songe  du  vieil  Pèlerin,  II,  f°  114  v"  :  «  Darrainement  de  la 
devocion  ton  père  Charle,  humble  et  dévot,  qui  lisoit  par  manière 
d'oracion  la  bible  tout  entière,  et  ainsi  le  fist  .\v.  ou  .xvi.  ans  sans 
faillir.  »  Cf.  Becquet,  d'après  Mézières,  o.  c,  17-8. 

4.  Cf.  l'idée  du  concile  général  qui  devait  réformer  l'Kglise  et  la 
chrétienté,  Songe,  II,  f°  134  et  Livre  des  fais,  111,  ch.  LXii,  éd.  Petitot, 
II,  pp.  116-8. 

5.  Chr.  de  Pisan,  I,  29.  I,  p.  306:  «  Ne  souffrist  que  homme  de  sa 
court. . .  pcrtast  trop  cours  abis,  ne  trop  oultrageuses  poulaines.  ne 
femmes  cousues  en  leur  robes  trop  estraintes,  ne  trop  grans  collez.  » 
Cf.  Songe  du  vieil  Pèlerin,  I,  f»^  101  v»,  133-3  v»;  II,  f°»  93-4. 

6.  Ihid.,  f°  126  vo  :  «  Il  te  doit  souvenir  que  le  sage  Salemon,  ton 
père  dévot  et  vray  catholique,  ne  voloit  pas  souffrir  que  ses  subgiés  ne 
autres  en  sa  présence  se  combatissent  en  champ.  »  Cf.  Chr.  de  Pisan, 
I,  24,  p.  291.  Un  édit  du  Parlement  de  Paris  avait  déjà  défendu, 
en  1364.  ces  combats  singuliers,  s'il  y  avait  des  preuves  testimoniales 
(Luce,  Du  Guesclin,  pp.  405-6). 

7.  Il  est  question  du  concile  général  :  «  Une  fois  en  chevauchant 
vers  Meleun,  secrètement  pariant...  et  fu  devant  que  cestui  sisme 
fust  de  maie  heure  commencié  »  (1378)  (Songe,  11,  f"  133  v). 


—  421  — 

après  le  couronaeraent  du  faible  Pierre  II',  Mézièrcs,  sommé 
de  revenir  en  Cliypre,  probablement  après  sa  mission,  perdit 
tous  les  fiefs  et  les  revenus  qui  lui  avaient  été  accordés  jadis 
par  son  ancien  maître  ^  Le  roi  de  France,  dont  il  devint 
bientôt,  paraît-il,  «  le  conseiller,  le  familier  et  le  commen- 
sal ■'»,  lui  accorda,  en  échange,  une  pension  de  1,200  livres 
par  an'',  (|u'il  recevait  sans  doute  par  trimestre,  ainsi  qu'on 
la  lui  payait  plus  tard,  quand  le  chiffre  en  fut  augmenté''. 
Puis,  comme  il  voulait  l'avoir  auprès  de  lui,  Charles  V  donna 
à  son  nouveau  conseiller  (mai  1373),  pour  récompenser  ses 
nombreux  et  importants  services,  deux  maisons,  dont  l'une 
s'appelait  la  maison  d'Isoré*.  Elles  avaient  appartenu  à  Louis 
de  Digoin,  écuycr  et  échanson  du  roi,  qui  les  avaient  rache- 
tées avec  leurs  jardins  et  dépendances  pour  en  faire  don  à 
Philippe.  L'acte  de  donation  les  déclare  sises  «  àParis,ouquarre- 
four  des  Barrez,  tenant,  d'une  part,  à  la  maison  qui  fu  feu  nostre 
amé  et  féal  chevalier  Jehan  d'Andresel',  laquelle  nous  avons 
pieça  prinse  et  adjointe  à  nostre  hostel  de  Saint-Pol,  et,  d'autre 
part,  à  la  maison  Geneviève  de  Vaulrichier,  aboutissans,  d'une 
part,  à  ladicte  maison  d'Andresel  et  à  la  court  Denisot  Poquet 
et,  d'autre  part,  à  la  grange  de  maistre  Jehan  Cordier  et  abou- 


1.  La  reine  essaya  vainement  de  substituer  sa  propre  influence  à 
celle  du  princo-bailli. 

2.  «  l'ostea  vero,  cum  essem  in  culminis  honore,  visitasti  (il  s'adresse 
à  Dieu)  me  subitanea  substractione  feodorum  et  reddituum  non  pau- 
coruni,  victorioso  rege  crudeliter  perempto  ad  partes  orientalium, 
et  sine  spe  recuperandi,  ut  contirmarer  divine  voluntati  »  (Con- 
templacio  horc  morli.t,  î"  199  v"). 

3.  «  ("onciliarius,  familiaris,  domesticus  et  commensalis  »  (notice 
proliminaire  de  sa  collection  de  prières,  Bibl.  Mazarine,  n"  516,  f»  2, 
repr.  dans  le  Catalogue,  I,  pp.  20i-5).  11  était  conseiller  royal  au  mois 
de  mai  1373.  V.  n.  6. 

4.  Quittance  du  31  juillet  137't  :  «  Pour  et  en  lieu  de  .xn.'=  francs 
qui  m'avoit  par  avant  ordonnés  chascun  an  pour  mes  gaiges  »  {Quit- 
tances ClairambauU,  IMbl.  nat.,  n''  69,  p.  10). 

5.  Ibid.  V.  aussi  P.  Paris,  Mém.  Ac.  Inscr.,  1843,  p.  383. 

6.  «  Kn  considération  des  bons  et  très  agréables  services  que  nostre 
bien-anié  et  féal  chevalier  et  conseillier  Phelippe  de  Maisiores,  chan- 
cellier  de  Ghipre,  nous  a  faiz  loyahnent  et  diligemment,  en  pluseurs 
et  divers'es  manières  et  fait  encores  chascun  jour»  (Arch.  nat.,  JJ  106, 
n°  102;  cf.  Paris,  /.  c).  L'acte  de  donation  ne  donne  pas  le  nom  de 
l'autre  maison,  qui  serait,  d'après  P.  Paris,  le  BeaulreiUis  (ihid.). 
V.  p.  422,  note  1. 

7.  Favori  et  chambellan  du  roi  Jean,  capitaine  général  du  bord  de 
la  Seine  à  Melun  (Luce,  Du  Guesclin,  297). 


—  422  — 

tissans  aussi,  par  tlarrère,  à  jcelhii  nostre  hostel  ».  La  maison 
d'Isoré  devait  une  rente  annuelle  do  six  livres  parisis  à  la 
veuve  de  Nicolas  Porret,  l'autre,  «  trois  tournois  de  fons  de 
terre  »  par  an  au  prieur  de  Saint-Éloi,  dans  la  censive  duquel 
elles  étaient  situées  toutes  les  deux.  L'année  suivante, 
comme  Philippe  voulait  reconstruire  et  étendre  son  hôtel 
ainsi  formé,  le  roi  lui  donna  d'abord  une  enclave  de  «  vint 
piez  de  quarrème  ou  environ  »,  appartenant  à  la  maison 
d'Andrezel,  puis  une  «  place  vuide  et  masure  »,  avec  un  puits, 
place  qui  tenait  d'un  côté  à  la  maison  de  Philippe  et  de  l'autre 
à  celle  de  Jean  Gresillon'.  Ce  ne  furent  pas  les  seules  libé- 
ralités du  roi  envers  son  conseiller  favori. 

Dès  son  arrivée  en  France,  Philippe  avait  employé  tous  ses 
efforts  pour  obtenir  du  roi  la  célébration  dans  le  royaume  de  la 
nouvelle  fête  de  la  Vierge.  Charles  Y,  qui  avait  lui-môme  une 
dévotion  spéciale  pour  elle^  écouta  avec  bienveillance  les 
propositions  du  chancelier.  La  fête  fut  célébrée  dès  le  21  no- 
vembre 1373  à  Paris,  dans  la  chapelle  du  roi,  devant  une 
nombreuse  assistance  «  de  prélats,  de  nobles  et  de  barons  ». 
Pierre,  abbé  de  Couches,  docteur  en  décrets  et  légat  du  pape 
en  France,  officia  à  cette  occasion  :  il  prononça  même,  après 
la  fin  de  l'office,  un  très  élégant  sermon  qui  ne  nous  a  pas  été 
conservé.  Le  roi  écrivit  plus  tard  au  doyen  et  au  chapitre  de 
Sainte-Marie  de  Melun  \  au  maître  et  aux  écoliers  du  collège  de 
Champagne  à  Paris  (10  novembre  1374)*  et  à  Nicolas  d'Arcis, 


1.  Archives  nationales,  JJ  106,  n°  101.  Un  acte  du  2  janvier  1539. 
cité  par  Lebeuf  (XV'II,  507,  note  2),  mentionne  l'aciiat  d'une  «  maison 
et  jardin  aboutissans  à  l'hôtel  de  Mézières,  appelé  le  Beautreillis,  ayant 
issue  en  la  rue  des  Célestins,  dite  le  petit  Muce,  et,  par  devant,  à  la 
grande  rue  St-Anthoine,  devant  l'hôtel  d'Angoulême».  Un  autre  titre  de 
la  censive  de  S'-Eloi  (20  juillet  1379;  ibid.)  se  rapporte  à  cette  môme 
maison  :  Pierre  Chapeluz  transporte  «  à  noble  homme  Philippe  de  Méziè- 
res, chancelier  de  Chypre,  neuflivres  dix  sols  de  rente  sur  une  maison 
tenant  aux  Célestins,  rue  Putemuce,  d'autre  part  au  lieu  dit  Les  Petits 
Champs  ».  Ces  maisons  devinrent  ensuite  la  propriété  des  Célestins. 
Un  inventaire  des  biens  du  couvent  de  Paris,  au  xvu^  siècle,  mentionne 
«  deux  maisons  joignantes  l'une  l'aultre,  seizes  à  Paris,  rue  du  Petit 
Musse  »,  qui  pourraient  bien  être  l'ancien  hôtel  de  Mézières  (Arch. 
nat.,  S  3745).  V.  aussi  la  description  de  «  l'hostel  Chambricquet  », 
xvi*-'  siècle  (ibid.,  S  3809,  p.  76). 

2.  Comme  «  apud  filium  potentissima  mediatrix  »,  dit  Philippe. 

3.  Ms.  lat.  1445'i  de  la  Bibl.  nationale,  f"  1  v°;  résumé  dans  les  .!/«//- 
démens  de  Charles  V.  publiés  par  M.  Delisle,  n°  1077,  p.  559. 

4.  Même  ms.,  f"  18  :  «  Dilectis  nostris  magistro  et  scoiaribus  domus 


—  423  — 

évéque  d'Auxerre  (10  février  1375)'  pour  leur  demander  de 
célébrer  la  Présentation  dans  leurs  églises  et  chapelles. 

Au  mois  de  juillet  de  l'année  1374  (30  juillet),  la 
pension  de  Mézières  avait  été  élevée  déjà  par  un  mandement 
du  roi  à  2,000  francs  d'or  par  an^  ce  qui  est  une  somme  as- 
sez importante.  11  en  reçut  un  trimestre  à  Paris,  de  la  main 
de  François  Chanteprime,  qui  fut,  pondant  tout  le  règne  de 
Charles  V,  le  receveur  des  aides  pour  la  guerre  \  On  retrouve, 
au  mois  d'octobre  de  cette  même  année,  le  nom  de  Mézières 
parmi  les  trente-trois  personnes  qui  devaient,  d'après  la  nou- 
velle loi  constitutive  décrétée  par  le  roi  (août  1374),  assister 
la  reine  et  les  ducs  de  Bourgogne  et  de  Bourbon,  comme  conseil 
de  régence,  pendant  une  minorité  éventuelle  *. 

11  resta  à  Paris  pendant  toute  cette  année  1374,  assistant 
régulièrement  aux  séances  du  Conseil,  distribuant  les  aumônes 
du  roi^  l'accompagnant  à  la  chasse"  et  à  ce  château  de 
Beautésur-Marne  ' ,  où  Charles  V  allait  souvent  avec  ses  lettrés, 


nostre  scolarium  de  Campania,  Parisins  in  monte  sancte   Genovefe 
fundatc.  »  Cf.  Lebeuf,  XVII,  505  («  collège  de  .Navarre  »). 

1.  La  lettre  ne  se  trouve  pas  dans  notre  ms.  :  elle  a  été  publiée  par 
l'évêque  Meurisse.  dans  l'opuscule  cité  (pp.  16-19).  Du  reste,  c'est  une 
circulaire,  où  quelques  termes  seulement  différent.  Philippe  est  appelé 
dans  cette  circulaire:  «  Dilectum  et  tidelem  militem  et  consiliariura 
nostrum,  Pliilippum  de  .Maseriis,  Cypri  cancellarium,  totum  eidem 
Virgini  deditum.  »  Cf.  p.  421,  note  6. 

2.  Quitt.  Clairambault,  n"  69,  p.  10.  La  date  du  mandement  manque  ; 
cependant,  comme  il  semble  bien  que  c'est  le  premier  paiement  de 
cette  pension  augmentée,  on  peut  en  déduire  qu'il  fut  donné  après 
le  mois  d'avril,  quand  Philippe  reçut  son  trimestre  ordinaire. 

o.  Anobli  «  pour  sa  vie  digne  d'éloges,  l'hoiméteté  de  ses  mœurs 
et  plusieurs  autres  genres  de  vertu  ».  le  26  janvier  i37'i  (Arch.  nat., 
J.I  106,  n"  270).  11  signe,  en  1387  encore,  dans  le  contrat  de  mariage 
du  duc  de  Touraine  (.larry.  Vie  polit,  de  L.  d'Ori,  App.,  vn,  p.  'lOi). 

4.  P.  Paris,  l  c,  pp.  385-7.  Philippe  occupe  la  douzième  place,  entre 
Raoul  de  Kenneval.  paneticrde  France,  et  Guil.  de  Craoïi.  Dix  bourgeois 
«  des  plus  notables  et  plus  souffisans  »  de  Paris  devaient  être  choisis 
par  la  reine,  dans  le  même  but. 

5.  Sonrje,  II,  f°  116:  «  Tu  dois...  mander  ton  confesseur  et  ton  omos- 
nier  partout,  pour  empêtrer  à  Dieu  suffrage  et  aide  et  faire  aucunes 
grâces  et  omosnes  piteuses,  comme  faisoit  dévotement  ton  bon  père,  qui, 
parcesto  manière,  ot  de  Dieu  mainte  belle  victoire  sur  les  anemis,  lui 
séant  en  sa  chaiere;  et  maintefois,  pour  en  empêtrer  le  suffrage  susdit, 
il  fist  du  viel  pèlerin  son  especial  messagier. . .  ». 

6.  Ibid.,  f»  95  :  «  Et  te  soveigne...  de  ton  bon  père,  qui  maintes  fois  au 
plus  biau  et  au  plus  grant  délit  de  sa  chasse,  (juant  il  estoit  l'eure  de 
retourner  à  sa  gi'ande  messe,  il  disoit  au  viel  pèlerin:  laissons  cestui 
délit  et  aluns  à  la  messe.  » 

7.  Une  planche  dans  .Montfaucon.  Monum.  de  la  monarchie  franc., 


—  424  — 

et  faisant,  en  définitif,  «  non  pas  petite  résidence  '  ».  Mézières 
connut  dans  le  conseil  du  roi  Pierre  d'Orgemont,  le  comte 
d'Harcourt,  le  seigneur  do  la  Rivière,  «  le  gracieux  forestier  » 
du  Songe  du  vieil  pèlerin^-  et  son  «  ami  singulier  »,  dont  le 
frère  avait  combattu  sous  Pierre  I",  l'archevêque  de  Reims  ; 
Etienne,  ancien  évoque  de  Paris,  cardinal  et  conseiller  sous 
Charles  V^  que  Mézières  cite  avec  éloges  dans  sa  satire  contre 
l'entourage  du  jeune  Charles  VI,  l'éA-ôque  deBeauvais,  Miles  de 
Dormans,  et  d'autres  encore*.  C'est  peut-être  à  ses  collègues 
et  à  lui-même  qu'il  pensait,  quand  il  écrivait  dans  le  Songe, 
contre  les  conseillers  prudents  qui  déclarent  «  presumptueux 
ou  frénétiques  »,  ceux  qui  disent  la  vérité  plus  d'une  fois  par 
mois^ 

Il  parait  avoir  quitté  Paris  vers  la  fin  de  l'année  1375, 
puisqu'on  le  trouve  mentionné  (septembre)  dans  les  comptes 
de  l'Hôtel-de-Ville  d'Auxerre,  comme  ayant  reçu  «  deux  poz 
de  vin,  couverts  de  deux  pains  »,  de  la  part  des  habitants. 
Il  y  porte  le  titre,  assez  inexplicable,  de  maître  d'hôtel  du 
duc  d'Anjou  ^    On  peut    conjecturer    qu'il   accompagne   ce 


111,  33,  pi.  vu,  n.  2,  représente  Charles  V,  à  cheval,  près  de  Vin- 
cennes,  ayant  auprès  de  lui  quatre  personnages  à  honnet  de  docteur, 
aux  manches  doctorales  de  pourpre  et  à  la  robe  d'azur  (cf.  Lebeuf, 
Dissertations,  III,  403-4  et  Christine  de  Pisan,  1,  xvni,  éd.  citée,  I, 
pp.  281-.5).  Peut-être  le  chAteau  est-il  celui  de  Beauté-sur-Marne, 
chanté  par  Deschamps  (Sarradin,  o.  c  ,  -p.  73). 

1.  «  J'ay  fait  aucunefois  non  pas  petite  résidence  «  (aux  cours  des 
roi.s),  Songe,  1,  f"  35. 

2.  «  A  un  sien  seigneur  et  ami  singulier,  en  figure  appelé  le  gra- 
cieux forestier  et  aucunefois  le  seigneur  du  petit  parc,  et  à  sa  gracieuse 
espouse  et  compaigne,  aussi  appelée  en  figure  la  blanche  flour  au 
chapel  vermoil  liécouppé  »  (f"  1  du  Songe).  11  lui  dédia  le  Songe  du 
povre  pèlerin,  que  nous  ne  possédons  pas.  Sur  Jean  de  la  Rivière  et 
son  frère,  v.  Christine  de  Pisan,  I,  xxxv,  éd.  citée,  I,  321-2. 

3.  «  Je  ne  di  pas  de  E.stienne,  évesque  de  Paris,  et  après  cardinal  « 
{Songe,  11,  f«  152). 

4.  Ces  conseillers  assistaient  à  la  séance  royale  dans  laquelle  Pierre 
Conrart,  seigneur  de  Bournazel,  accusa  le  comte  de  Flandre,  Louis  de 
Maie  (Kervyn,  Froissart,  IX.  511  et  suiv.  :  on  y  retrouve  «  mcssire 
Philippe  (le  Maisiéres  »).  V.  la  liste  des  conseillers  du  roi  en  1374, 
ap.  Le  Laboureur,  Histoire  de  Charles  VI,  p.  18,  note  19. 

5.  «  Qui  est  singuliers  es  consaulx,  il  est  réputés  orgueilleux,  pre- 
sumptueux ou  frénétiques,  mais  que  on  ait  dit  la  vérité  d'une  cause 
une  fois,  il  suffist  jwur  un  moys  »  (Songe,  II,  f"  \r>2). 

6.  «  Item,  pour  deux  poz  de  vin,  couverts  de  deux  pains  donnés  et 
présentés  pour  et  au  nom  des  habitans  à  Mons.  Philippe  de  Maisiéres, 
chevalier,  maistre  d'hostel  de  M.  d'Anjo  qui  passa  par  Auxerre  au  mois 
de   septembre   1375;  x  sols  iv  deniers,  ap.  Lebeuf,  Mém.    Ac.  Inscr. 


—  425  — 

prince,   envoyé  par  son  frère    pour  retenir  le  pape  prêt  à 
partir  pour  l'Italie. 

C'est  pendant  ce  voyage,  probablement,  que  Mézières  essaya 
de  conclure  un  traité  ou  une  trêve. au  moins  entre  le  jeune 
roi  de  Chypre  et  les  Génois.  Ses  efforts  ne  nous  sont  connus 
que  par  ce  qu'il  raconte,  en  quelques  lignes,  dans  une  lettre  à 
Frédéric  Cornaro  (1381)'.  Le  roi  de  France,  conseillé  par 
Philippe  de  Mé/.ières,  avait  pris  l'initiative  des  négociations  ; 
des  cardinaux  furent  cliargés  de  le  représenter  et  le  pape 
demanda  aux  Génois  d'envoyer  des  ambassadeurs.  Les  Véni- 
tiens, qui  avaient  refusé  le  secours  demandé  deux  fois  par  les 
ambassadeurs  de  Pierre  II",  ne  se  mêlèrent  pas  des  affaires 
de  l'île,  malgré  les  intérêts  do  Frédéric  Cornaro  ^  Les  car- 
dinaux, «  choisis  parmi  les  plus  considérables  de  la  curie*», 
offrirent  en  vain  aux  Génois  100,000  francs  au  nom  du  roi 
de  France  ;  des  offres  plus  élevées  encore  furent  refusées  par 
les  vainqueurs  ^  et  le  résultat  des  négociations  fut  complète- 
ment nul.  Le  roi  do  Chypre  s'allia  pour  sa  défense  avec  Ber- 
nabô,  dont  il  épousa  la  fille,  Valentine  (Valenza)'',  et  avec 
Venise,  dont  les  relations  avec  Gênes  devenaient  de  plus  en 
plus  tendues.  Le  traité  de  1377  l'obligeait  à  ne  conclure 
aucune  paix  et  aucune  trêve  avec  ses  ennemis,  sans  l'assen- 


XVll,  50.^).  La  fête  de  la  Présentation  fut  célébrée  pour  la  seconde  fois  à 
Avignon,  cette  mènne  année  et  sans  doute,  en  sa  présence.  V.p.  4l3,n.  1. 

1.  Arsenal,  '199,  f»  161  v"  :  «  Ad  inemoriam  tue  nobilitatis  reducatur 
quod  jatn,  ad  tractandam  ipsam  pacem,  inclite  memorie  dictas  dominas 
rex  Francio  bis  me  miserit  :  scmel  Avinioni,  coram  pie  memorie  (Ire- 
gorio  papa  XI"  et  alia  vice  Mediolani,  coram  domino  Barnabone.  » 

2.  Des  ambassadeurs  chypriotes  s'étaient  présentés  à  Venise  dès 
l'année  1372,  demandant  des  secours;  l'archevêque  de  Tarse  arriva 
en  t;!73  avec  une  mission  pareille.  Toute  intervention  était  impossible, 
lui  répondit-on,  à  cause  de  la  guerre  avec  Gènes  (réponse  du  21  mai 
137'i,  dans  Mas  Latrie,  Ilist.  C'h.,  Il,  359-60). 

3.  Intérêts  dont  il  fut  question  en  1381,  quand  les  Génois  lui  per- 
mirent d'exporter  ses  denrées  par  le  port  occupé  de  Famagouste. 

4.  «  De  suf(icencioribus  do  curia  »  (lettre  citée  de  Mézières). 

5.  Les  offres  se  seraient  élevées  à  plus  de  500  mille  florins,  d'après 
la  lettre. 

6.  Le  15  juin  1378,  Lucchino  Visconti  demandait  à  Gonzague  «  unum 
romannm  loquentom  do  Tristano  vel  Lanzaloto  aut  de  aliqua  alia  pulcra 
et  delectabili  materia  «  pour  tromper  le  temps  pendant  qu'il  conduisait 
cette  princesse  on  Chypre.  L.  Osio,  Documoili  diplomatici  tralli  daqli 
Archivi  Milanosi,  I  (Milan  1865),  197-8.  Cf.  Mâcheras,  327-30.  Le  projet 
du  mariage  avait  été  formé  dès  1376  {ibiiL,  180). 


-  426  — 

timent  du  tjran  et  de  la  République'.  Le  roi  le  ratifia,  le  6 
mars  de  l'année  suivante  ^ 

Mézières  était-il  allé  ii  Milan  pour  traiter  avec  Bernabù  et 
amener  la  conclusion  de  ce  traité  ?  C'est  très  probable.  Il  serait 
revenu  à  Paris  pour  exposer  au  roi  l'insuccès  de  sa  première 
mission  et  se  serait  dirigé  ensuite  vers  la  Lombardie,  où 
il  aurait  réussi  à  convaincre  le  seigneur  de  Milan,  qui  le 
connaissait  si  bien  par  ses  négociations  antérieures  pour  le 
pape  et  la  croisade.  Il  est  également  possible  encore  que  son 
séjour  à  Milan  se  soit  prolongé  jusque  vers  le  commencement  de 
l'année  1377  quand  rien  ne  restait  plus  à  faire  que  la  rédaction 
même  du  traité  ^ 

Ce  voyage  en  Lombardie  a  été,  par  les  pamphlétaires  du 
parti  bourguignon,  en  1407  et  après  cette  époque*,  attribué  à 
des  causes  tout  à  fait  honteuses.  Mézières  aurait  trempé  dans 
la  conspiration  qui  amena  le  meurtre  de  Pierre  P'■^  puis, 
sans  qu'on  en  comprît  bien  la  cause,  se  serait  enfui  quand 
les  assassins  du  roi  s'étaient  saisis  du  pouvoir.  Il  aurait 
alors  cherché  un  refuge  auprès  d'un  autre  grand  traître  : 
Bernabù.  Sa  conduite  envers  son  nouveau  maître  avait  été  la 
même  qu'avec  le  roi  de  Chypre  :  il  promit  à  l'infâme  Jean- 
Galéas  de  se  saisir  de  son  oncle  et  de  le  lui  apporter  vivant 
dans  le  château  et  à  l'heure  même  qu'il  désignerait.  Le  «  jeune 


1.  Mas  Latrie.  Il,  370.  Le  traité  fut  conclu  le  14  novembre.  Jean 
de  Brie,  turcoplier  de  Chypre,  le  jura  pour  le  roi,  l'année  suivante 
(ibid. ,  i^p.  o7i-2).  Deux  Cornari,  François  (c'est  donc  presque  certai- 
nement celui  dont  l'épitaphe  est  donné  par  M.  de  Mas-Latrie,  Ile  de 
Cfujpre,  363)  et  Zanachi,  assistaient  à  la  cérémonie  (p.  372). 

2.  Ibid.,  pp.  371-2. 

3.  On  ne  possède  pas  de  quittances  pour  sa  pension  avant  l'année  1377. 

4.  La  source  de  toutes  ces  calomnies  est  certainement  le  discours  de 
Jean  Petit,  prononcé  devant  le  roi.  le  8  mars  1408,  à  l'hôtel  de  S.  Pol 
(Monstrelet,  Chroniques,  éd.  de  la  Soc.  de  l'hist.  de  France,!,  229-30). 
V.  la  Geste  des  ducs  de  Bourf)on(jne  dans  Kervyn,  Chron.  rel.  à  l'IIisl.  de 
la  Belgique  sous  la  dom.  des  durs  de  Boiii-y..  Bruxelles,  1874,  p.  321. 
Elle  fut  amplifiée  par  la  Geste  (pp.  263-6)  et  le  Livre  des  trahisons 
de  France  envers  la  maison  de  Bourgogne,  dans  les  Chron.  rel.  à 
l'hist.  de  Bel;/.,  l,  pp.  2-4. 

5.  «  Leciuel  ou  temps  passé  avoit  servy  le  roy  de  Chippre,  et  telle- 
ment avoit  esté  privé  de  lui  que  par  marchiet  fait  à  uni?  sien  frère, 
lequel  désiroit  avoir  le  royaume,  il  copj)a  la  ^orge  au  dit  roy  en  son 
lit,  et  ce  pour  finance  qu'il  en  eult  à  son  dit  frère,  au  moyen  de  quoy 
Je  traytre  se  partist  de  Chippre. . .  «  Livre  des  trahisons,  p.  2, 


—  427  — 

serpent  »  en  fut  très  content  et  donna  pleins  pouvoirs  à  son 
rusé  conseiller,  qui  alla  à  Milan  et  pria  le  vieux  tyran  de 
visiter  son  neveu  malade  à  Pavie.  Bcrnabù  en  fut  quelque 
peu  étonné,  puisqu'il  y  avait  bien  dix  ans  qu'il  n'avait  pas  vu 
Jean-Galéas.  Cependant  l'habileté  de  Mézières  fut  si  grande 
qu'il  réussit  à  l'amener.  Ces  choses-là  se  passaient  en  1385. 
Le  «  ministre  de  trahison  »  resta  à  Milan  auprès  de  son  digne 
maître,  devenu  tyran  de  toute  la  Lombardie,  jusqu'en  1389, 
quand  il  arriva  à  Paris,  après  le  mariage  du  duc  d'Orléans 
avec  la  fille  de  Jean-Galéas.  Il  apportait  avec  lui  des  ins- 
tructions criminelles,  qui  devaient  amener  l'empoisonnement 
du  roi  et  la  succession  au  trône  de  Louis  d'Orléans  '. 

La  réponse  faite  à  ces  calomnies,  si  atroces  et  si  fantaisistes 
en  même  temps,  par  l'abbé  de  Saint-Fiacre,  l'adversaire  du  mé- 
prisable Jean  Petit,  contient  sur  ce  voyage  des  renseignements 
qui  ne  sont  pas  moins  inexacts.  Mézières  aurait  été  envoyé  en 
Lombardie  avant  sa  retraite  aux  Célestins,  «  ouquel  lieu  il 
persévéra  dévotement  jusqu'à  la  fin'  »,  par  Philippe,  duc  de 
Bourgogne,  qui  était  sympathique  à  ses  projets  de  croisade  ^ 
Il  fut  reçu  à  Milan  par  le  (.<  seigneur  »,  qui  ne  peut  être  que 
Bernabô,  d'une  manière  très  honorable:  le  prince  le  «  veoit  et 
oioit  parler  »  sur  le  fait  do  la  croisade,  avec  une  grande  bien- 
veillance \  Puis  Philippe  revint  à  Paris,  bien  avant  le  mariage 
de  Valentine^ 

En  allant  en  Lombardie,  Mézières  ne  pouvait  espérer  que 
Bernabô,  dont  il  connaissait  le  caractère,  son  frère  ou  Jean- 
Galéas,  qui  rêvait  tout  autre  chose  que  la  conquête  de  Jérusalem , 
participerait  à  la  croisade.  Depuis  la  mort  de  Pierre  I"'', 
il  n'attendait  plus  rien  d'un  passage  «  particulier  »  ;  c'était 


1.  Ihid.,  p.  3;  cf.  Geste,  p.  266. 

2.  Monstrelet,  I,  325.  Du  reste  l'affirmation  est  a.ssez  obscure  et  le 
récit  suivant  pourrait  être  interprété  comme  si  Philippe  se  trouvait 
déjà  aux  Célestins. 

3.  «  Et  pour  ce  (lue  monseigneur  de  Bourgongne  trespassé  aymoit 
monseigneur  do  Milan,  voiant  le  dit  Phelippc  cstre  de  grant  science 
et  proesse,  et  aiant  propos  d'aler  en  aide  de  la  Saincte  Terre,  icellui 
envoia  à  monseigneur  de  Milan  »  (Jbid.). 

4.  Ibid. 

5.  «  Item  ledit  Philippe  s'estoit  parti  dudit  duc  de  Milan  longtemps 
devant  ce  qu'il  fcust  moiicion  du  mariage  de  monseigneur  d'Orléans, 
ne  de  sa  femme  »  {ibid.).  11  n'aurait  résidé  même  jamais  avant  cette 
époque,  à  la  cour  de  Bernabô  (ibid.),  ce  qui  est  évidemment  faux, 


—  428  - 

la  chevalerie  de  la  Passion,  sous  le  commandement  des  rois 
de  France  et  d'Angleterre,  qui  devait  délivrer  la  Terre-Sainte. 
Le  voyage  en  Lombardie  et  ce  long  séjour  à  Milan  auraient  été 
complètement  inutiles  pour  cette  expédition  et,  quant  à  des 
relations  plus  étroites  entre  l'honnête  Mézières  et  les  deux 
princes  qu'il  gratifie  du  titre  de  jeune  et  vieux  serpent,  le 
Songe  du  vieil  Pèlerin  '  nous  montre  suffisamment  les  senti- 
ments qu'il  entretenait  à  leur  égard.  Quant  aux  allégations 
de  Jean  Petit,  elles  sont  également  contraires  au  caractère 
moral  de  Mézières  et  à  ce  qu'on  peut  connaître  sur  sa  vie, 
après  sa  retraite  aux  Célestins  ". 

Mézières  se  trouvait  de  retour  à  Paris  au  mois  de  janvier 
1377  quand  il  reçut  le  trimestre  de  sa  pension  \  On  possède 
ses  quittances  du  l""  avril*,  du  5"  et  du  26**  septembre  et  du 
4  décembre  '  de  la  même  année. 

C'est  à  cette  époque  que  Charles  V  ajouta  aux  dons  qu'il 
avait  fait  jusqu'alors  à  son  «  féal  chevalier  et  conseiller*  », 
celui  d'une  maison  sise  à  «  Charantonnel  »,  «  oultre  et  près 
du  pont  de  Charenton  ^  » ,  maison  qui  avait  été  vendue  par  Pierre 
de  Chevreuse,  maître  de  l'hôtel  du  roi,  à  Nicolas  Braque, 
chevalier  et  membre  du  conseil  royal  '",  pour  3,000  francs,  et 


1.  Bernabô  est,  dit  Philippe,  «  larges  aus  estranges  et  à  ses  subgez 
crueulz  »  (Songe.  I,  f"  75  v").  Jean-Gaiéas  l'avait  battu  «  à  un  seul  jeu 
des  esches»  et  lui  avait  pris  ses  Etats,  «  dont  mainte  gent  diversement 
parlèrent,  les  uns  blâmant  et  reprouvant  la  manière  du  math,  et  les 
aultres  Dieu  en  loèrent  »  (f»  76).  La  reine  Vérité  ne  trouve  pas  de  bien 
excellents  hcsants  dans  ces  États. 

2.  11  n'est  pas  probable  que  Philippe  ait  accompagné  Louis  de  Tou- 
raine,  son  ami  alors,  dans  son  voyage  en  Italie,  en  1391  (.Jarry,  o.  c, 
pp.  70  et  puiv.). 

3.  «  Pour  vacquer  et  entendre  à  ses  consauls  et  l'expedicion  de  ses 
besonenes  »  (2  janvier,  Bibl.  nat.,  Cabinet  des  titres,  pièces  originales, 
1940,  n"  11). 

4.  Ibid.,  n"  10. 

5.  «  l'our  estre  de  bon  conseil  »,  n»  6.  11  reçut  à  cette  date  la  moitié 
seulement  de  son  trimestre;  le  reste  lui  fut  payé  le  26. 

6.  N"  7. 

7.  N"  9. 

8.  Acte  de  donation  du  14  octobre  (Archives  nat.,  .JJ   lll,  n"  267). 

9.  Mandement  du  roi,  ordonnant  aux  conseillers  généraux  des  aides 
le  paiement  de  la  somme  qu'il  devait  pour  cet  aciiat  à  Nicolas  Braque. 
Bibl.  nat.,  C"ab.  des  titres,  pièc.  orig.  1940,  n»  8.  Résumé  dans  la  pu- 
blication de  M.  Delisle,  n"  1481,  pp.  747-8. 

10.  11  était  trésorier  royal  en  1349  (Moranvillé,  art.  cité,  p.  183); 
en  1377,  maître  d'hôtel  du  roi,  auquel  il  prête  14,200  fr.  d'or 
(Bibl.  nat.,  fr.  25704,  n»  360).  Une  donation  royale  en   1375   (maison 


—  429  — 

que  le  roi  avait  rachetée  pour  une  somme  un  peu  supérieure, 
dans  l'intention  de  la  donner  à  Philippe,  comme  récompense 
de  ses  services.  La  maison  était  libre  de  toute  redevance  : 
elle  comprenait,  outre  le  «manoir  »,  des  jardins,  des  cours, 
des  clos,  des  terres  «  et  plusieurs  biens  meubles  estanz  audit 
hostel,  comme  bestes  et  plusieurs  autres  biens  ».  Son  empla- 
cement esl  occupé  aujourd'hui  par  l'école  d'Alfort*. 

Philippe  avait  été  déjà  nommé  par  le  roi  précepteur  de 
son  fils  aîné,  le  futur  Charles  VI.  Bien  que  le  fait  ait  été  sou- 
vent contesté  ^  cette  fonction  fut  réellement  remplie  par 
Mézières  :  le  Songe  du  vieil  pèlerin  en  fournit  la  preuve.  11  a 
«  nourri  et  apprivoisé  »,  dit-il,  le  jeune  prince,  dont  il  a  été  le 
«  premier  fauconnier  ^).  De  tels  détails  abondent  sur  l'enfance 
du  roi.  Il  parle  môme  du  personnage  qui  fut  chargé  par  lui  de 
l'instruire  «  en  clergie'*  »  et  ces  relations  étroites  entre 
Charles  VI  et  Mézières  expliquent  le  ton  très  libre  et  très 
hardi  qui  règne  dans  le  second  songe. 

Le  16  mai  1376,  Mézières  terminait  un  ouvrage  qui  doit 
lui  être  attribué  à  juste  titre,  le  Somnium  Viiidarii^  dont 
il  rédigea  une  traduction  française  entre  le  13  septembre 
1376  et  le  mois  de  mars  de  l'année  1378  ^  L'ouvrage  est  trop 


«  prez  de  la  Porte  de  Chaume  à  Paris  »,  Arch.  nat.,  JJ  108,  n°  166). 
Fréquemment  cité  dans  le  reg.  JJ  89.  Etienne  Braque  était  conseiller  du 
roi,  en  138i  (Hibl.  nat.,  fr.  25705,  n"  81);  Jean  Braque,  maître  d'hôtel 
du  roi  en  1388  (Douct  d'Arcq,  Comptes  de  Uhôteldu  roi,  dans  les  publ. 
de  la  Soc.  de  l'iiist.  de  France,  p.  257).  V.  aussi  Arch.  nat.,  JJ  132. 

1.  P.  Paris,  dans  les  Mém.  Ac.  Inscr.,  1843,  p.  393. 

2.  Lebeuf,  XVII,  505  (le  titre  manquant  sur  l'épitaphe  de  Philippe); 
P.  Paris,  /.  r..  p.  387  (avec  des  doutes). 

3.  «  Marchander  à  un  faucon  pèlerin  blanc  au  bec  et  pies  dorés  qu'il  a 
nourri  et  aprivoysé,  et  duciuei  il  a  esté  premier  fauconnier  «  (Songe  du 
vieil  pèlerin,  I,  f"  2);  «  le  povre  pèlerin  jadis  fauconnier  tel  ou  quel  du 
josne  blanc  faucon  pèlerin  »  (f"  2  v).  Le  faucon  c'est  Charles  VI,  ainsi 
que  le  montre,  entre  autres,  la  table  des  identifications. 

4.  Songe,  11,  f"  22  vo;  «  Il  y  a  un  aumosnier...  en  la  nave  françoise 
(jui  par  Àrdant  Dosir  jà  jjieça  fu  pris  par  ellection  au  collège  de  Ch'am- 
paigne  et  de  Navarre,  pour  entroduire  en  gramaire  un  josne  blanc 
cerfvot  qui  est  devenu  un  très  grand  cerf-volant  et  fu  fil  du  fil 
d'une  très  haulte  et  très  noble  et  gracieuse  personne,  qui  estoit  appoUée 
dame  Bonne.  Cestui  proposé  aumosnier,  (pii  a  le  nom  de  celui  grant 
angele  (]ui  poise  les  âmes  ou  ciel,  est,  fort  contraire  as  aumosniers 
dessus  dis.  » 

5.  V.  la  bibliograpliie  dans  l'article  très  consciencieu.x  de  M.  Marcel, 
dans  la  Heviie  de  Léf/islalion  et  de  Jurisprudence,  XXI-X.\I1  (1862-3). 

6.  V.  sur  la  date  de  la  rédaction  latine,  P.  Paris,  dans  les  Mss. 
français,  [\,  'SU  ;   Lancelot,   Mém.   Ac.  In.'icr.,  t.  Xlll   de  l'ancienne 


—  430  — 

connu  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'en  donner  une  analyse*: 
du  reste  ce  n'est  pas  de  l'activité  littéraire  de  Mézières  que 
s'occupe  surtout  notre  travail.  Comme  on  continue  cependant, 
bien  que  justice  ait  été  faite  des  prétentions  qu'on  élevait  en 
faveur  des  autres  neuf  candidats  "^  à  attribuer  le  Songe  à 
Raoul  de  Presles  généralement  ^  et  quelquefois,  à  Charles 
de  Louviers  \  nous  présenterons,  en  résumé,  les  arguments 
qui  permettent,  avec  beaucoup  de  probabilité,  sinon  avec  une 
certitude  complète,  de  déclarer  que  Philippe  de  Mézières 
seul  en  pouvait  réclamer  la  paternité. 

Quelques  arguments  extérieurs  d'abord.  Un  précieux 
explicit,  publié  deux  fois  par  P.  Paris  %  tout  en  donnant  la 
date  à   laquelle  le    Songe  fut  terminé  ^   en  détermine  une 


série,  pp.  660  et  suivantes.  Cf.  aussi  la  mention  du  traité  conclu  ré- 
cemment entre  Jean  de  Montfort  et  Jeanne  de  Penttiièvre,  p.  147  de 
l'éd.  de  Goldast  {Monarchia  Romani  imperii,  !■■«  éd.,  I,  Hanovre,  1611), 
l'âge  assigné  au  dauphin  (p.  108).  Sur  celle  de  la  traduction,  surtout 
P.  Paris,  Mêm.  Ac.  Inscr.,  1843,  pp.  350-;5  et  Ms.  /"/•.,  IV.  323.  Le 
schisme  n'y  est  pas  mentionné  non  plus.  V.  aussi  Lancelot,  art.  cité 
dans  les  Mém.  Ac.  Inscr.,  t.  XllI  de  l'ancienne  série,  pp.  664-5  et 
Dupin,  Profession  d'avocat,  II,  703. 

1 .  La  meilleure,  la  plus  détaillée  et  la  plus  précise  est  celle  que  donne 
M.  Marcel. 

2.  Par  Paulin  Paris  surtout,  dans  l'article  des  Mémoires.  V.  aussi 
Marcel,  art.  cité.  Nous  mentionnons,  à  titre  de  curiosité  seulement, 
un  Jean  de  Vertus,  qui  vivait  entre  1367  et  1369  (Huillard-BrohoUes, 
Titres  de  la  maison  de  Bonrhnn,  I,  530,  5'»8),  et  occupait  la  charge  de 
receveur  pour  le  duc  de  Bourbon  dans  les  baillages  d'Autun,  de  Ghalon 
et  de  Montcenis.  Le  ms.  de  Berlin  (Bibl.  royale,  Gall.  fo!.  205)  du  Songe 
ajoute  un  nouveau  concurrent.  Ce  ne  serait  rien  moins,  d'après  une 
notice  moderne,  que  Guillaume  de  Machaut  ou  même  Froissart  !  Le  ms. 
la  Bibl.  nat.  de  Turin,  qui  contient  une  partie  du  Songe  (M  vi,  7, 
f"  41)  porte  le  nom  de  ;  «  Songe  du  vergier,  que  Ton  peult  nommer 
autrement  les  trois  estas  ». 

3.  L'ouvrage  est  attribué  à  Mézières  par  P.  Paris  (articles  cités),  par 
Jocher  (t.  III  de  son  Dictionnaire,  art.  de  Mazeriis)  et  par  Champollion- 
Figeac  {Louis  et  Ch.  d'Orléans,  pp.  178  et  suiv.).  On  retrouve  l'attri- 
bution à  Raoul  de  Presles  dans  Brunet,  Moréri  et,  plus  récemment, 
dans  un  article  de  la  Revue  de  Législation  et  de  Jurisprudence  (M.  La- 
boulaye,  en  1866,  n"  de  janvier),  dans  la  Revue  catliolique  de  Louvain, 
I,  article  de  M.  Brants,  etc. 

4.  Article  de  M.  Marcel  qui  se  fonde,  comme  ses  prédéces.seurs 
Savaron,  Taveau  et  l'abbé  Targuy,  sur  un  explicit  qui  ne  nous  a  pas 
été  conservé.  L'explicit,  pareil  à  celui  (jue  publia  P.  Paris,  portait  la 
signature  de  Carolus  de  Louviers.  On  invoque  encore  le  titre  de  con- 
siliarius,  que  se  donne  l'auteur  et  qui  conviendrait  à  Louviers  s'il 
avait  été  membre  du  Parlement,  chevalier  es  lois. 

5.  Mss.  français,  IV,  pp.  302-3  et  Mém.  de  VAcad.  des  Inscript., 
1843,  p.  349. 

6.  «  Hic  est  finis  quem  lUe  imposuit  qui  est  omnium  principium 


-  431  - 

seconde  :  l'auteur  aurait  pris  place  parmi  les  conseillers  et  agen- 
tes  in  rébus  du  roi,  deux  années  révolues  auparavant,  ce  qui 
revient  au  16  mai  1374.  Or  l'acte  de  donation  du  mois  de  mai 
1373',  où  la  date  dujour  manque  malheureusement,  donne  pour 
la  première  fois  à  Philippe  de  Mézières  le  titre  de  conseiller 
royal.  Philippe  emploie  assez  souvent  le  Somje  du  verger  dans 
son  roman  allégorique",  sans  le  citer  jamais,  ainsi  qu'il  le 
fait  toujours  pour  les  ouvrages  dont  il  s'est  servi''.  Le  livre, 
qui  contenait  cependant  des  idées  qu'il  partageait  lui-même, 
ne  se  trouve  pas  non  plus,  malgré  son  importance,  parmi 
ceux  qu'il  recommande  à  son  élève  Charles  VI  *. 

La  comparaison  entre  les  deux  Songes  parait  donner  des 
résultats  plus  concluants  encore.  Parmi  les  idées  communes, 
exprimées  presque  sous  la  même  forme,  il  faut  citer  leur  ma- 
nière d'apprécier  la  donation  de  Constantin  et  les  décrétales", 
leur  conception  sur  le  pouvoir  du  roi  de  France,  qui  aurait 
les  mêmes  droits  que  l'empereur  dans  ses  États  ^  la  satire 


atque  finis...  Anno  Domini  m.ccc."lx.\vi.  die  .\\\.^  Maii.  qua  eciam 
dio  illustri-ssimus  princeps  rex  Francie,  duobus  annis  revoluti.s,  inter 
agentesin  rebusdomussueetinconsiliarium  me,  qunmvis  indif/num  (ces 
mots  sont  la  signature  de  Mézières),  motu  })roprio  duxiteligendum.  Quia 
igitur  omnipotens  Deus  mo  perduxit  ad  tinem  hujus  operis  peroptatum, 
iulinitas  beiiedictionis  gracias  relï'ero,  sicut  po.ssurn,  cui  cum  pâtre  et 
spiritu  sancto  est  honor  et  gloria,  virtus  et  imperium  ah  eterno  et  nunc 
et  per  infinita  seculorum  secula.  Amen  »  (Hibl.  nat.  lat.  3459  a.  fol. 
328  V".  Ce  ms.,  pet.  in-S»,  de  329  f"**,  a  été  terminé  le  6  juillet  1482 
(fol.  304  V"),  et  donné  par  «  niaitre  .Jean  Bailly  »  aux  «  boursiers  et 
membres  »  du  collège  d'Ilarcourt  à  Paris  (f"  329). 

1.  11  y  a  bien  une  différence,  sinon  dans  le  mois,  du  moinsdans  l'année  : 
elle  pourrait  s'expliquer  par  une  faute  du  copiste,  bien  {lostérieur  (II''"* 
pour  ill''"*  ou  bien  1376  pour  1375).  Le  voyage  de  l'hilippe  (1375-77?) 
n'est  pas  un  cuipèchement. 

2.  V.  plus  loin. 

3.  La  Civitas  Dei,  dans  la  traduction  de  Raoul  de  Presles,  probable- 
ment {Sonf/e  (lu  V.  p.,  II,  f"  99),  les  poètes  contemporains (v.  plus  baut, 
p.  26),  le  so/e/mcZ  dictionnaire  (v.  p.  24),  les  traités  de  Mcole  Oresme.  etc. 

4.  Songe  du  v.  p.,  Il,  f"'*  98  et  suiv.  :  «  Es  quelx  livres  especialement 
tu  dois  lire. . .  » 

5.  Somnium,  pp.  79,  88  ;  Songe,  I,  f"«  68  v,  136,  69  v°,  95-5  \".  11  parle 
du  pape  saint  (Irégoire  qui  se  soumit  au  jugement  de  l'empereur  :  «  Bien 
seroient  aujourd'ui  les  decretaies  et  novellesanullécs,  destruites  et  vio- 
lées, se  en  tel  cas  ou  pareil  se  faisoit  «  (ibiif.,  f"  107).  Sur  la  politique  de 
Boniface  VIII,  le  même  jugement  se  retrouve  dans  le  Songe,  1,  f'*  94  v". 

6.  «  Et  per  consequens  rex  Kranciae  potest  dici  imperator  in  regno 
suo,  cum  neminein  recognoscat  supei-ioreni  »  {Somnium,  p.  137)  ; 
«  faire  nouvele  loy  comme  empereur  du  royaume  de  Gaule  »  (Sonne, 
II,  f  128). 


—  432  — 

qu'on  y  trouve  contre  les  prétentions  de  la  justice  ecclé- 
siastique *,  le  blâme  jeté  à  la  chevalerie  déchue  de  son 
ancienne  splendeur",  à  l'église  ignorante  et  sinloniaque^ 
à  ceux  qui  pratiquent  l'usure'*,  aux  femmes  chrétiennes  qui 
ont  des  relations  avec  les  Juifs'.  Ces  derniers  devraient  être 
chassés  de  l'Europe,  sans  qu'on  prît  cependant  leurs  biens''; 
les  deux  ouvrages  s'expriment  de  la  même  manière  sur  les 
duels,  qui  provoquent  Dieu',  —  l'opinion  personnelle  du  roi 
sur  ces  guerres  privées  est  mentionnée  dans  tous  les  deux* —  ; 
sur  les  extorsions  des  agents  de  finance  ',  sur  les  astro- 
logues, dont  on  distingue,  des  deux  côtés,  les  véritables  et 
honnêtes  malhematici^'^,  —  est-ce  Raoul  de  Presles  qui  se 

1.  «  Alias,  si  propter  peccati  colligantiam  vultis  de  talibus  cognos- 
cere,  non  restât  nisi  foros  principura  claudere,  seculares  leges  et 
décréta  principuiu  destruere  et  vestra  solum  reservare  »  {Somnimn, 
p.  64).  et.  Sonye,  11.  f^  136  v".  «  Qui  est  cellui  cas  criminel  ou  civil  »,  dit 
le  procureur,  «  qui  nous  puist  eschaper  que  nostre  chef  n'y  ait  aucune 
seigneurie  ?  » 

2.  Songe,  I,  f""  152  et  suiv.  ;  Somm'nm,  pp.  60-1.  Le  luxe  des  habits 
est  attaqué  par  les  deux  ouvrages  aussi  (Somnium,  ibid.  ;  Sonqe,  I, 
fos  93  \"-4). 

3.  Somnium,  86.  Cf.  Songe,  I,  f"  107  v  :  «  l'office  divin  se  fait  sans 
saveur  et  devocion  »,  etc.  :  Songe,  \,  97;  Somnium,  86. 

4.  Somnium,  93;  Songe,  II,  f"  128  v  :  «  Prester  à  usure,  qui  est 
chose  aux  crestiens  deffendue  et  abhoininable  à  Dieu.  » 

5.  Comme  nourrices  (Songe,  II,  128  v)  ou  même  concubines 
(Somnium,  pp.  92-3). 

6.  Somnium,  92-3  (le  «  si  Principi  assisterem,  et  daretur  loquendi 
audacia...  »  s'explique  par  l'anonymat  que  le  roi  demandait  à  l'auteur); 
Songe,  II,  f°  128  ^-9  ;  132:  «  lors,  parla  main  de  ta  susdicte  cham- 
brière Discrecion,  du  royaume  de  Gaule  tous  les  Juis  soient  licencié.  » 
Charles  VI  lui-même  aurait  été.  d'après  Mézières,  un  terrible  antisémite 
dans  sa  jeunesse,  «  tu  hayoies  fort  les  Juis,  et  vousises  bien  lors  qu'il 
fussent  tous  mis  à  mort  »  (ï"  129). 

7.  Somnium,  pp.  95-6  ;  Songe,  f"  125  v".  Cf.  surtout  Somn.,  p.  95  : 
«  Par  eam  contra  evangelium  Deus  tentatur  »  et  Songe,  î"  125  v»  : 
«  II  semble  donques  que  l'appelant  veuille  contraindre  Dieu.  » 

8.  Somnium,  p.  96  :  «  Unde  piissimus  rex  Franciae  modernus, 
Carolus  V',  vix  autem  nunquam  in  duellis  permittit  partes  ad  arma 
prosilire  »  ;  Songe,  II,  f"  126  v  :  «  II  te  doit  souvenir  que  le  sage 
Salemon,  ton  bon  père  dévot  et  vray  catholique,  ne  voloit  pas  souffrir 
que  ses  subgiés,  ne  autres  en  sa  présence  se  combatissent  en  champ.  » 

9.  Contre  les  fouages,  Somnium.  p.  111;  cf.  Songe,  II,  f"  145  v 
(contre  les  aides).  On  y  trouve  môme  deux  exemples  assez  semblable^ 

10.  Songe,  II,  f"*  30-40  v°.  Ces  derniers  s'occupent  du  mouvement 
des  étoiles  (f°  34).  Cf.  Somnium,  p.  205  :  «  Sicut  astrologi  ex  conside- 
ratione  causarum  praenuntiant  infallibiliter  éclipses  et  ex  conside- 
ratione  stellarum  praenuntiant  conjecturaliter  pluvias  et  siccitates.  » 
On  cite,  des  deux  côtés,  les  rois  bibliques  et  païens  qui  favori.sèrent 
l'astrologie  et  on  rencontre,  dans  les  deux  traités,  les  noms  de  Mo'ïse 
et  d'.\braham  (Somnium,  217;  Songe,  II,  f"  30  v"). 


—  433  - 

serait  permis  do  pareilles  tirades  contre  les  favoris  de 
Charles  V,  sur  les  Romains  et  leur  conduite  envers  le 
pape?\  Le  Songe  du  verger  félicite  le  roi  d'avoir  donné  une 
bonne  éducation  au  Dauphin  ^  :  Mézières  en  fut  le  précepteur. 
Les  deux  ouvrages  se  terminent  parla  soumission  au  juge- 
ment de  l'Église  de  tout  ce  qui  pouvait  y  être  contenu  ''  ; 
l'auteur  du  Songe  du  verger  enfin  ne  manque  pas  de  parler  à 
chaque  occasion  de  son  ignorance  et  de  son  humilité  :  les 
expressions  comme  mlnimns  ex  faniiliai'ihns,  quamvis  indi- 
gniis  sont  tout  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  plus  fréquent  dans 
Mézières*.  Il  serait  difficile  de  trouver  un  aussi  grand  nombre 
d'arguments  pour  un  autre  prétendant  et  Paulin  Paris  a  fait 
voir  depuis  longtemps  la  valeur  de  ceux  qu'on  a  apportés  en 
faveur  du  plus  sérieux,  de  Raoul  de  Presles. 

En  ce  qui  concerne  la  croisade,  si  le  chevalier  conteste 
d'abord  au  pape  le  droit  de  proclamer  la  guerre  sainte  contre 
les  Infidèles  qui  n'attaqueraient  pas  les  premiers,  le  clerc 
n'est  pas  en  peine  de  lui  répondre.  Les  Turcs  et  Sarrasins 
sont  des  bètes  sauvages  :  mieux  vaut  les  relancer  dans  leurs 
propres  repaires  qu'attendre  leur  attaque  inévitable.  Les  com- 
battants du  Christ  en  Espagne  méritent  les  mômes  indul- 
gences que  ceux  qui  défendent  la  foi  dans  les  régions  de 
l'Orient  \ 


1.  «  Locus  excidii  »,  p.  226  ;  «  maxime  quia  orbis  major  est  orbe  « 
(p.  225).  Songe,  I,  f»''  68  et  suiv. 

2.  P.  109. 

3.  P.  229  ;  Songe,  II,  P  222:  «  Cestui  songe...  je  l'ay  soubmis  et 
soubmet  à  l'examen  de  la  vénérable  dame,  l'Université  de  Paris,  et 
à  la  correccion  débonnaire  de  ma  mère  sainte  Église.  » 

4.  V.  la  Viln  et  les  traités  latins,  passim. 

5.  «  Et  videtur  quod  Sarracenis,  volentilius  in  pace  vivere,  non  sit 
molestia  inferenda  »  (Soinnium,  p.  98).  Ccjjendant,  répond  le  clerc  : 
«  Potest. . .  Romanus  pontifex  licite  et  juste  indulgentias  nedum  tran- 
seuntibus  ultra  mare  pro  recuperatione  Terrae  Sacrae  concedere, 
sed  etiam  volentibus  aggredi  Hispaniam  contra  Sarracenos  ibidem 
commorantes. . .  »  {iind.).  Puis  l'auteur  demande  des  indulgences 
pour  ceux  qui  voudraient  délivrer  l'bérilage  du  Saint-Siège  en  Italie 
\il>id.),  et  on  sait  que  c'était,  en  1368,  un  des  buts  de  la  Cheva- 
lerie de  la  Passion.  On  peut  remarquer  encore  l'étymologie  Carolus  zr: 
cara  lux  (p.  227  ;  Songe  du  v.  pe!.,  11,  f"  57  :  «  Karolus,  selon  son  inter- 
pretacion  vault  autant  à  dire  comme  cara  lux,  chière  lumière  ».  Cf. 
ihid.,  î"  71,  Épitrc  â  Richard,  f"  19  \°  :  «  Carolus,  c'est-à-dire  chière 
lumière  »),  les  éloges  accordés,  dans  les  deux  ouvrages,  à  la  piété  de 
Charles  de  Blois  (pie  recordationis  ».  p.  liG;  «  le  lienoist  Charlo,  jadis 
duc  de  Hretaigne  »,  f"  123),  la  libéralité  (lu'on  attribue  à  Titus,  etc. 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières.  28 


—  434  — 


Vers  le  commencement  de  l'année  1377,  Jean  Contarini, 
parent  du  doge  André,  arriva  en  France  pour  demander  au  roi 
que  les  marchands  vénitiens  fussent  exemptés  du  paiement  de 
la  foraine,  que  les  lettres  démarque,  accordées  aux  héritiers 
de  Raymond  Serailler,  marchand  de  Narbonne,  fussent 
suspendues  pour  cinq  années  encore',  et  pour  s'entendre  avec 
ces  mêmes  héritiers  à  l'effet  d'amener  la  révocation  détinitive 
des  lettres^  qui  causaient  plus  de  dommage  au  royaume 
qu'aux  Vénitiens ^  La  première  demande  fut  accordée  par  le 
roi  dès  le  1!)  février'',  la  seconde  trois  jours  auparavant^ 
Charles  V  annonça  ces  mesures  aux  Vénitiens,  en  les  remer- 
ciant d'avoir  fourni  des  vaisseaux  pour  ses  ambassadeurs  en 
Hongrie  (20  février)*. 

Mézières  avait  été  invité  par  le  doge  à  seconder  les  efforts 
de  son  ambassadeur.  Il  répond  à  Contarini  par  une  lettre  du 
l^mars  1377\  11  loue  le  zèle  de  l'ambassadeur,  qui  a  été  reçu 
honorablement  par  le  roi  et  écouté  avec  beaucoup  de  bien- 
veillance. Il  réussit  dans  ses  efforts.  Cependant,  comme  les 
héritiers  de  Serailler  étaient  nombreux  et  qu'on  no  pouvait 
pas  s'entendre  aussitôt  avec  eux,  il  lui  conseille  de  partir 
pour  éviter  la  dépense;  il  continuera  ces  négociations  lui-même 
«  leur  infime  citoyen  inutile  et  serviteur  fidèle  »  \  et  espère 


1.  Sur  Raymond  Serailler,  anobli  en  1353  (Arch.  nat.,  JJ,  83,  n°  92), 
«  habitant  de  Montpellier  et  citoyen  de  Chypre  »  {Commem.,  VI,  n"  9  ; 
t.  II,  277),  V.  Commem.,  VI,  92;  t.  II,  293,  ibid.,  IV,  238;  t.  II,  264; 
i/)id.,  VI,  n"  38;  t.  II,  283.  Ses  galères  furent  attaquées  deux  fois  parles 
Vénitiens.  Les  dédommagements  furent  refusés  et  le  duc  de  Normandie 
accorda  des  lettres  de  prise,  le  24  mai  1358  (Commem.,  VI,  92  ;  t.  II, 
p.  293;  cf.  VI,  n"  102;  ibid.,  p.  296)  ;  elles  furent  suspendues  par  le 
roi  Jean  pour  six  mois  seulement,  en  mars  1363  (Comwiem.,  VII,  n"  51; 
t.  III,  p.  12),  puis  par  Charles  V,  pour  cinq  ans,  le  11  décembre  1368 
(ibid.,  n°  470,  pp.  78-9).  Nouvelle  prolongation  pour  cinq  ans  due  à 
Thomas  de  Pisan,  le  22  mars  1373  :  des  négociations  étaient  déjà  com- 
mencées avec  les  héritiers  (ibid.,  n"  654;  p.  102).  En  1377,  ce  terme 
aussi  venait  d'échoir.  Cf.  aussi  Sen.  Misli,  31,  f"  4  v°  (1363). 

2.  Mas  Latrie,  dans  la  Dihl.  Éc.  Ch.,  XXXIV  (1873),  84-6. 

3.  Mas  Latrie,   dans  les  Documents  historiques,  Mélam/es,   III,  149. 

4.  Commem.,  VIII,  n"  24;  t.  III,  p.  132.  Sur  la  foraine,  v.  la  lettre 
de  Mézières,  p.  84,  et  Commem.,  VIII,  n"  27;  t.  III,  p.  133. 

5.  La  suspension  devait  commencer  aux  fêtes  de  Noël  (Mas  Latrie, 
MéL,  pp.  148-9). 

6.  Commem.,  l.  c. 

7.  Mas  Latrie,  Bibl.  Éc.  Ch.,  l.  c. 

8.  «  Michi,  quam  minime  civi  vestro,  licet  inutili,  ac  servitori  fideli  » 
(ibid.). 


—  435  — 

les  mener  à  bonne  fin.  Le  doge  peut  lui  confier  d'autres 
missions  encore,  il  sera  heureux  de  les  remplir. 

Ce  n'est  pas  la  dernière  fois  cependant  qu'on  retrouve  le 
nom  de  Serailler  dans  les  documents  vénitiens.  11  est  probable 
donc  que  Mézièrcs,  qui  n'aimait  pas  les  lettres  de  marque', 
employa  tous  ses  efforts  sans  obtenir  leur  révocation  défi- 
nitive ^ 

Mézières  assistait  encore,  en  1378,  à  la  séance  du  conseil 
royal  pendant  laquelle  Pierre  Conrart,  seigneur  de  Bour- 
nazel,  rendit  compte  des  afl"aires  de  Flandre ^  Il  apprit,  la 
même  année,  un  événement  qui  devait  l'attrister  profondé- 
ment, cette  élection  d'Urbain  VI  «  le  Barrois  »  qui  donna 
naissance  au  grand  schisme. 

Barthélémy  Prignano,  archevêque  de  Bari,  fut  élu  à  Rome, 
sous  la  pression  du  peuple  qui  menaçait  les  cardinaux  de 
rendre  leurs  tètes  aussi  rouges  que  leurs  chapeaux,  le  9  avril 
1378.  La  nouvelle  arriva  en  France  au  mois  de  mai  et,  bien 
que  le  roi  eût  refusé  de  féliciter  le  nouveau  pape  avant  de 
recevoir  les  informations  nécessaires  de  la  part  des  cardinaux 
français*,  la  plupart  de  ses  conseillers  et  officiers  paraissent 
avoir  reconnu  l'élection  d'Urbain  VI  comme  légale.  Ce  fut 
aussi  l'avis  de  Mézières,  qui  resta  fidèle  au  pape  italien  jus- 
qu'à l'arrivée  des  cardinaux  et  quelque  peu  plus  tard  môme. 

Au  mois  d'août,  les  envoyés  des  cardinaux,  l'évoque  de 
Famagouste,  pour  lequel  Mézières  professait  une  estime  par- 
ticulière%  et  Nicole  de  Saint-Saturnin,  maître  en  théologie,  de 
l'ordre  des  Frères  Prêcheurs,  arrivèrent  à  Paris  avec  des  lettres 
de  prûtestation^  L'évêque  d'All)ano,  Ange  Grimoard,  l'ami 
de  Philippe,  s'était  déclaré  aussi  contre  celui  qu'on  qualifiait 


1.  V.  le  Songe  du  vieil  pèlerin,  II,  1"  188. 

2.  Une  nouvelle  suspension  fut  accordée  le  1"  juillet  1395  (Cotnm. 
VIII,  n»  8;  t.  m,  p.  '23't),  puis  le  3  février  1401,  pour  le  môme  terme 
(Comin.,  IX,  \v>  2U2  ;  t.  III,  p.  280). 

3.  Froissart,  éd.  Kervyn,  IX,  511-6. 

4.  Grandes  Chroniques,  \'l,  p.  'l'il. 

5.  Le  «  Cardinalis  iNoumoseiisis  »  dont  il  est  question  dans  la  Contem- 
placio  hore  mortis,  f"  206  (c'est  un  des  trois  ])rélats  «  uti(iue  profuiide 
scientie  et  virtutis,  nec  non  et  probato  sanctitatis  »  qui  se  déclarèrent 
librement  pour  Clément  VII)  est,  non  un  cardinal  de  Famaffoiisle,  mais 
l'ancien  évoque  de  Nimes,  cardinal  Jean  de  Blanzac  (-1-  1379). 

G    Grandes  Chroniques,  l.  c. 


—  436  — 

d'intrus  et  d'apostat'.  Los  sympathies  de  Mézières  pour 
Urbain  VI  en  furent  quelque  peu  ébranlées.  Le  roi  assembla 
d'abord  des  clercs  des  Universités  de  Paris,  d'Orléans,  d'An- 
gers, etc.,  pour  leur  soumettre  le  cas  (1 1  septembre),  mais  leur 
réponse  fut  assez  incertaine  ^  Bientôt  on  apprit  la  fuite  des 
électeurs  et  l'élection  de  Robert  de  Genève  à  Fondi  (21  sep- 
tembre) :  le  nouveau  pape  fut  couronné  le  31  octobre,  et  il  se 
hâta  d'en  informer  le  roi  de  France  ^  Mézières  assistait  pro- 
bablement à  la  grande  assemblée  que  convoqua  le  roi,  le  16 
novembre  :  les  membres  de  ce  conseil  extraordinaire,  des 
prélats,  des  maitres  en  théologie,  des  docteurs  en  décrets  et 
en  lois  ainsi  que  «  pluseurs  autres  sages  de  son  conseil,  tant  che- 
valiers comme  autres  »,  déclarèrent,  après  avoir  prêté  serment, 
que  Clément  VII  était  le  vrai  pape*;  «  ledit  Barthélemi  » 
n'était  qu'un  imposteur^  Le  roi  accepta  cette  décision,  qui  fut 
publiée  dans  tout  le  royaume.  Des  lettres  dans  ce  sens  furent 
envoyées  en  Allemagne,  en  Hongrie,  en  Italie  et  ailleurs  ^ 
Jean  Roland,  évèque  d'Amiens  et  ami  de  Philippe,  alla  en 
Espagne,  où  il  parvint  à  faire  reconnaître  le  pape  français 
par  le  célèbre  concile  de  120  prélats,  qui  siégea  dans  ce 
but  deux  ans  après'.  Enfin,  Martin  de  Pampelune  lui- 
même,  «  qui  resplendist  en  meurs  et  en  science  comme  ou 


1.  Conlemplacio,  l.  c. 

2.  Grandes  Chroniques,  pp.  441-44.  Ils  conseillèrent  au  roi  de 
prendre  des  informations  plus  étendues. 

3.  Ibid.,  p.  445.  V.  la  lettre  des  cardinaux  français,  dalée  de  Fondi 
(19  octobre),  dans  Noël  Valois,  Annuaire- Bulletin  de  la  Soc.  pour 
l'Hisl.  de  France,  XXIV,  243-5  et  Jarry,  La  «  voie  de  fait  w,  dans  la 
Bibl.  de  l'Éc.  des  Chartes,  1892,  pp.  213  et  suiv. 

4.  «  Quorum  electorum  pretactas  litterasdirectivas  signatas  et  sigil- 
latas  ad  libitum  vidi,  et  omnia  que  eleccionem  amborum  et  conse- 
quencia  facti  tangere  possunt,  a  tribus  electoribus,  vita  et  scientia  non 
mediocriter  clarescentibus,  dominis  meis,  coram  Deo  publiée  et  secrète 
et  in  facto  causae  viva  voceque  plenius  audivi,  ac  de  eorum  beni- 
gnitate  per  eosdem  informatus,  ea  que  prius  tenueram  humiliter  cor- 
rexi  »  (Contemplncio.  f»  204  v°).  Cf.  Songe  du  v.  Pèlerin,  I,  f"  111  v»: 
«  Toutefois  moy  enfourmé  viva  voce  par  les  rouges  chapiaus  de  la 
seconde  élection  du  débonnaire  selonc  la  loy  civile,  en  mieux  je  muay 
mon  conseil...  » 

5.  Grandes  Chroniques,  pp.  445-7.  Cf.  Christine  de  Pisan,  Livre  des 
faits,  III,  56,  pp.  110-111.  Le  roi  influença  peut-être  cette  décision 
(Noël  Valois.  /.  c,  p.  227). 

6.  «  Par  le  conseil  de  pluseurs  sages  »  (Grandes  Chroniques, 
p.  447). 

7.  Conlemplatio,  f"  206;  Dardel,  97  (19  mai  1381). 


—  437  — 

ciel  fait  la  lune'  »,  bien  qu'il  eût  défendu  d'abord  avec  beau- 
coup d'énergie  Urbain  VP,  dont  il  avait  été  le  maître',  finit 
par  céder  et  se  réunir  à  ses  collègues*. 

Ces  moti/s,  les  persécutions  dirigées  par  Urbain  contre  les 
cardinaux  eréés  par  lui-même  %  la  décision  du  roi  de  Castille 
et  de  l'Université  de  Paris  et  plus  tard,  les  prophéties  de 
Marie  Robine,  Tilluminée  do  Gascogne,  et  l'avis  de  Pierre 
de  Luxemboarg^  achevèrent  de  convertir  Philippe  de  Mé- 
zières.  Il  défendit  dorénavant  le  pape  français  avec  son  en- 
thousiasme habituel.  Urbain  VI  devint  pour  lui  la  «  maie 
beste  »  de  l'Apocalypse  \  qui  venait  d'être  abandonnée  par 
ses  propres  créatures  ;  il  ne  devait  pas  s'obstiner  pour  sa 
perte,  mais  céder  devant  l'hostilité  de  tous  les  bons  chrétiens. 
Les  cardinaux,  qui  seuls  pouvaient  juger  de  la  question, 
s'étaient  déclarés  contre  lui,  et  il  devait  se  soumettre  à  leur 
décision*.  Cependant,  malgré  son  opinion  personnelle,  qui 
était  celle  des  humbles  et  des  ignorants  ^  il  se  soumettait 
au  jugement  do  ce  concile  général  de  la  chrétienté  qu'il  appe- 
tait  de  tous  ses  vœux*".  Un  seul  pape  devait  être  nommé  par 


1.  Songe  duv.  Pderin,  I,  f"  121  v».  Ce  «  très-notable  clerc  »  futchargé 
d'une  mission  auprès  de  la  cour  de  France  en  1397  ;  il  put  revoir  Phi- 
lippe de  Mézières  (J.  Juv.  des  Ursins,  éd.  Michaud  et  Poujoulat,  II, 
1"  série,  411). 

2.  «  Excepté  le  cardinal  de  Pampolune  qui  encores  y  voult  déli- 
bérer; mais  depuis  se  consenti-il  avec  les  autres  »  {Grandes  Chro- 
niques,  p.  4'i5). 

3.  «  Cardinalis  Pampelunensis,  magister  condam  sepetacti  Barrensis  » 
{Conleynplalio,  f"  206).  11  l'appelle  «  flos  doctoruin  »  (ihid.). 

\.  Songe  du  v.  Pèlerin,  I,  f°^  79  v",  121  v".  Il  lui  proposait  d'abdiquer. 

5.  Songe,  1,  f"  113;  Conlcmplnlio,  f"  206. 

6.  Songe  dit.  v.  Pèlerin,  ï"  113  v"  :  «  la  très  simple  en  Dieu  et  très 
dévote  et  catholique  créature,  Marie  Robine,  appellèe  des  parties  de 
Gascogne  par  revelacioii  et  relacion  dudit  benoit  cardinal.  » 

7.  Ibid.,  fû  79  v». 

8.  Songe  du  v.  Pèlerin,  f"  112;  Contemplât io,  î"  204  v°. 

9.  Songe  du  v.  Pèlerin,  f"  113  v°  :  «  avec  les  simples  vielles  dévotes 
et  catholiques.  »  Cf.  Conlemplatio,  ibid.:  «  more  bubulcorum.' » 

10.  Il  ne  se  faisait  pas  cependant  des  illusions  sur  sa  possibilité, 
pour  le  moment  au  moins.  Les  fidèles  devaient  se  déclarer  plutôt  dans 
la  querelle  que  suivre  ces  incertains  et  ces  neutres,  qui  sont  des  hypo- 
crites, amoureux  de  leurs  bénéfices  (Songe  du  v.  Pèlerin,  I,  f°  111  v") 
«  Nunc  vero  consilio  generaii,  mundo  in  maligno  posito,  ut  ita  loquar 
quasi  desperato,  ovicule  in  deserto  errantes  et  in  medio  luporum  heu 
habitantes,   non    uticiue  (pialiter  pastor  eligatur,   aut  quo  titulo  intro 
nisottu",  rimando  delxMit  in(iuirere,  .sed  quem  pastorem  final!  conclu 
sione  electores    unanimes  fidelibus  exhibuerunt,  sequantur  »  {Conl 
f°  205). 


—  438  - 

le  concile  et  mettrait  ainsi  fin  à  ce  scandale  qui  compromettait 
la  chrétienté  devant  ses  ennemis,  les  Infidèles  '.  C'était  aussi 
l'intention  de  Charles  V  et  il  allait  la  remplir,  quand  il  mou- 
rut". Mézières  ne  se  découragea  pas  cependant,  et  nous  le 
verrons  faire  des  propositions  semblables  à  son  fils  et  suc- 
cesseur \ 

On  ne  possède  pas  de  détails  sur  la  vie  de  Philippe  pen- 
dant les  quelques  années  qui  suivirent,  jusqu'à  la  mort  de 
Charles  V.  Il  continua  d'être  un  des  conseillers  les  plus 
écoutés  par  le  roi,  qui  s'entretenait  pendant  des  heures  en- 
tières avec  lui  et  demandait  toujours  son  avis  sur  les  aff'aires 
les  plus  importantes''.  Il  lui  faisait  des  dons  comme  celui  du 
beau  psautier  aux  fermoirs  d'argent  qui  lui  fut  offert  à 
Nogent-le-Roi  '',  et  se  faisait  accompagner  par  lui  dans  ses 
voyages. 

Mézières  profitait  de  sa  haute  situation  pour  proposer  au 
roi  des  réformes  utiles:  il  lui  demanda  d'accorder  aux  con- 
damnés à  mort  la  permission  de  recevoir  les  sacrements  de 
l'Église,  permission  qui  leur  avait  été  refusée  jusqu'alors. 
Charles  V  reçut  avec  bienveillance  sa  demande,  qui  était 
appuyée  par  le  grand  justicier'^  du  royaume,  et  la  lecture  de 
cette  «  queremonie  dévote  »  lui  fit  reconnaître  l'injustice 
d'une  coutume  peu  «  catholique  »\  11  se  décida  à  faire  une 
nouvelle  loi  pour  les  condamnés  et  confia  cette  mission  au 


1.  Y.  dans  la  relation  de  Simon  Sigoli  les  ironiques  questions  que 
fit  le  Soudan  sur  les  deux  papes  qui  administraient  l'Eglise. 

2.  Cf.  p.  417,  note  1  :  «  Avoit  entencion  le  sage  prince  de  mètre  sus 
bien  briefment  »  (Christine  de  Pisan,  1.  111,  ch.  lxii,  p.  117). 

3.  V.  p.  469. 

4.  Notice  citée  par  Du  Verdier,  Bibliothèque  française,  V,  203  : 
«  Mais,  pour  sa  grande  providence,  ledit  roi  souvent  le  venoit  voir, 
et  étoit  seul  avec  lui  trois  ou  quatre  heures,  pour  consulter  les  affaires 
de  son  royaume  et  de  son  peuple...  et,  quand  ledit  roi  étoit  fort  loin 
de  Paris,  il  envoyoit  ses  affaires  par  écrit  audit  chevalier,  et  ledit 
chevalier  lui  renvoyoit  par  écrit  son  avis.  »  Ces  choses-là  se  seraient 
passées  après  sa  retraite  aux  Célestins,  ce  qui  est  impossible,  Philippe 
n'ayant  quitté  la  cour  qu'après  la  mort  du  roi,  en  1380  (Oratio  traged., 
fo  197  v«). 

5.  «  Un  très  bel  Psaultier...  Preste  par  le  Roy  a  messire  Philippe  de 
Maisières  sa  vie  durant  »  (Gilles  Mallet,  Inv.,  p.  137). 

6.  «  Du  juge  publique  de  ton  royaume  qui  fait  morir  par  justice  les 
condam])nés  à  mort  (Son'/e.  II,  f"  128).  » 

7.  lOid. 


—  439  — 

chancelier  de  Franco*.  La  «  forte  cervelle  »  de  ce  dernier,  tel- 
lement obstiné,  dit  Mézières,  qu'on  aurait  plutôt  pu  «  retour- 
ner »  la  roue  d'un  moulin,  fit  rejeter  cette  proposition  dans 
le  Conseil.  Le  roi,  en  effet,  gagné  par  ses  arguments,  déclara 
que,  tant  qu'il  vivrait,  l'ancienne  coutume  ne  serait  pas 
changée'. 

Mézières  jouissait  aussi  de  l'amitié  d'un  des  plus  puissants 
conseillers  du  roi.  Bureau  de  la  Rivière  ^  «  un  vaillant  preud- 
homme  »\  auquel  il  dédia  plus  tard  (et  à  sa  femme  Marguerite 
d'Auneau,  de  la  maison  de  Dreux^j  le  Sojige  du  povre  pèle- 
rin. Il  se  lia,  vers  la  fin  du  règne  de  Charles  V  peut-être, 
avec  Pierre  d'Ailly,  le  grand  orateur  ecclésiastique,  plus  tard 
chancelier  de  l'Université  de  Paris.  Mézières  avait  protesté 
énergiquenient  contre  la  proposition  d'un  des  plus  hauts 
dignitaires  du  royaume,  dont  le  nom  est  inconnu^  qui  avait 
mis  en  doute  la  véracité  de  la  translation  de  la  Bible  par 
saint  Jérôme.  11  demandait  que  la  traduction  fût  revue  et 
corrigée  par  un  certain  «  Juif  perfide  et  ennemi  de  la  foi, 
qui  persistait  encore  dans  son  hérésie»'.  Le  roi  fut  convaincu 
par  les  arguments  de  Philippe,  et  Pierre  d'Ailly  remercie 
chaleureusement  ce   dernier  dans  la  préface    de    son  livre 


1.  «  Au  chief  de  la  justice  du  royaume  de  Gaule  »  (ihid.).  C'était 
Pierre  d'Ora;einont  et  non  pa.s  encore  Miles  de  Dormans,  évèque  de 
iJeauvais.  Mézières  fait  une  satire  de  «  l'endormi  »  dans  le  Son'je  du 
V.  P..  II,  f«  149. 

2.  Mézières  s'adressa  dans  le  même  but  à  Charles  VI  (/.  c).  La 
coutume  ne  fut  abolie  cependant  que  plus  tard,  le  12  février  1396, 
d'après  l'avis  des  ducs  de  Berri,  de  Bourgogne,  d'Orléans  et  de  Bourbon 
(Lebeuf,  Dissertai io)is  sur  rilisloire  de  Paris,  III,  410). 

3.  Second  fils  de  Jean  de  la  Rivière  et  d'Isabelle  d'Augerans,  premier 
chambellan  de  Charles  V,  qui  lui  fit  de  nombreuses  donations  et  qui 
fut  même  le  parrain  d'un  de  ses  fils  (Froissart,  éd.  Kervyn,  XXIII, 
p.  25;  VIII,  p.  369). 

4.  Ihid.,  XV,  p.  94. 

5.  Ibid.,  XXIII,  l.  c. 

6.  «  Quidam  meus  emulus  »,  dit  saint  Jérôme  dans  la  Contemplatio, 
«  indignitate  altaconstitutus  »  (f"  218).  Cf.  la  dédicace  de  Pierre  d'Ailly: 
Quem  ego  iimominatus  etiam  innominatum  taceo.  Ne  mee  arrogancie 
forte  ascribatur,  (juod  tam  pusillus  etdebilis  in  tam  fortem  et  magnum 
ausus  sum  exponere  vires  meas  «  (ms.  lat.  de  la  lUbl.  nat.,  lat.  3122,  f»  51). 
Cf.  Paul  Tsciiackert,  Peler  von  Ailli,  zur  Gesdiichte  dcsqr.  abendl. 
Schismas...  Gotha,  1877,  p.  349,  App..  d'après  le  ms.  18978'de  la  Bibl. 
de  Bourgogne,  à  Bruxelles. 

7.  «  Per  inimicum  fidei,  Judeum  perfidum  ac  in  Judaismo  obsti- 
natum...  licet  hebraicam  linguam  ignoraret  »  ( Contemplât io,  fo»217  v°, 
218). 


—  440  - 

Contre  les  nouveaux  Juifs,  écrit  avant  1378'.  Il  l'appelle 
son  «  redouté  seigneur  »^  et,  tout  en  mentionnant  ses 
grands  mérites  temporels  et  spirituels,  lui  demande  de  revoir 
son  traité  et  d'y  faire  les  corrections  nécessaires.  Philippe 
lui-même  cite  avec  éloges  ce  traité  dans  sa  Contemplatio 
hore  morlis  (1381  )\ 

Philippe  assista,  le  16  septembre  1380,  à  la  douloureuse 
agonie  de  son  ami  et  maître,  le  roi  Charles  Y.  Épuisé  par  la 
maladie,  le  prince  s'était  retiré  avec  ses  intimes  dans  son 
chAteau  favori  de  Beauté-sur-Marne,  dès  le  milieu  du  mois 
d'aoùt\  Ses  forces  ne  tardèrent  pas  à  diminuer,  grâce  anssi 
aux.  terribles  chagrins  qui  rendirent  si  triste  la  fin  de  cette 
vie  active.  11  était  très  faible  dans  la  soirée  du  15  septembre: 
aussi  ceux  qu'il  aimait  le  plus  parmi  ses  conseillers  et  un 
certain  nombre  d'autres  personnes  passèrent-ils  la  nuit 
auprès  du  mourant.  On  retrouve  parmi  les  assistants  °  Phi- 
lippe de  Mézières.  Le  roi  reçut  les  derniers  sacrements  des 
mains  de  son  confesseur,  déclara  solennellement  reconnaître 
Clément  VII  comme  le  vrai  pape,  abolit  les  fouages  et  s'étei- 
gnit doucement,  «  vers  le  lever  du  soleil  »  ^ 

Le  récit  très  circonstancié,  très  pieux  et  très  ému,  de  cette 
fin  si  digne  et  si  douce  se  trouve  dans  le  ms.  latin  8299  de  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris  :  il  a  été  signalé  et  publié 
assez  récemment  par  M.  Hauréau.  L'importance  historique 
et  littéraire  de  ce  récit  ne  manqua  pas  d'attirer  l'attention 
et  dans  un  article  paru,  il  y  a  quelque  temps,  dans  le 
Correspondant^  M.  Siméon  Luce  a  proposé  d'attribuer   ce 

1.  «  Contra  novos  Judeos  »,  Bibl.  nat.  ms.  lat.,  3122,  f"*  51-109  ; 
la  dédicace  dans  Tschackert,  l.  c. 

2.  «  Metuende  domine  »  (ibid.). 

3.  «  Prout  patet  per  scripturam  autenticam,  laborem  meum  ap- 
probantem  »,  dit  saint  Jérôme,  «  in  sacra  pagina  doctoris  toi,  Pétri  de 
Alliaco,  translacionem  meam  racionibus  non  paucis  approbantis, 
emulo  omniHo  superato  »  (Contemplniio,  f"  218). 

4.  S.  Luce,  dans  le  Correspondant  du  10  octobre  1892,  pp.  31  et  suiv. 

5.  Quel(|ues-uns  de  ces  personnages  seulement  sont  mentionnés 
dans  le  récit  latin  publié  par  M.  Hauréau  (v.  plus  loin).  On  trouve 
leurs  noms  au  complet  au  bas  de  la  déclaration  du  roi  sur  le  schisme 
(16  sept.  1380)  dans  Noël  Valois,  Aitnnait'e-BuJlcdn,  XXIV,  251-5. 
Cf.  Luce,  l.  c 

6.  «  Circa  ipsius  diei  solis  ortuni  »  (Noël  Valois,  /.  c).  Cf.  le  récit 
de  l'anonyme.  V.  aussi  Bibl.  de  l'Ec.  Ch.,  1889,  164-7. 


—  441  — 

fragment  de  chronique  à  celui  qui  serait  seul  digne  de  l'avoir 
écrit,  à  Philippe  de  Mézières'. 

Les  arguments  de  M.  Luce,  que  nous  ne  reprendrons  pas 
ici,  sont  des  plus  concluants.  Bien  que  le  sujet  appartienne 
plutôt  à  l'histoire  littéraire,  nous  croyons  devoir  en  présenter 
rapidement  quelques  autres  encore,  qui  rendent  cette  attribu- 
tion presque  certaine. 

Tout  d'abord  cette  relation,  contrairement  à  l'opinion  de 
M.  Hauréau,  n'a  rien  d'  «  officiel  »  ^  et  bien  que  Mézières 
ne  soit  pas  mentionné  parmi  ceux  qui  assistaient  à  la  mort 
du  roi,  nous  savons  par  ailleurs  qu'il  s'y  trouvait ^  En  outre, 
on  retrouve  dans  le  récit  des  expressions  qui  appartiennent 
en  propre  à  notre  auteur;  ainsi  Urbain  VI  j  est  appelé  Barthé- 
lemi  de  Bari*  et  la  légitimité  de  Clément  déclarée  dans  des 
termes  étrangement  pareils  à  ceux  de  la  Contemplation  de 
Philippe'.  Le  ton  du  fragment  enfin  est  tout  à  fait  celui  qui 
règne  dans  les  pages  consacrées  à  la  mort  de  Pierre  Thomas 
et  on  y  retrouve  même  l'invitation  de  se  retirer  adressée  par  les 
malados  à  leurs  amis,  dont  ils  ne  veulent  pas  troubler  le  repos  ^ 

Après  la  mort  de  son  protecteur,  Philippe  ne  tarda  pas  à 
quitter  la  cour  où  régnèrent,  pendant  cette  longue  et  terrible 


1.  Hauréau.  Notices  et  ejctrails  des  inss.  de  la  Bibl.  nalionale,  XXXI, 
2'"  partie,  pp.  278  et  suiv.  ;  Luce,  article  cité.  M.  Hauréau  était  disposé 
plutôt  à  l'attribuer  à  quelque  notaire  écrivant  sous  l'influence  du 
chancelier  d'Orgcniont  (/.  c,  p.  287). 

2.  Hauréau,  p.  287. 

3.  Déclaration  sur  le  schisme  par  le  notaire  royal  (Valois,  op.  cit.).  On 
remarquera  que  le  style  de  cette  déclaration  et  celui  de  notre  fragment 
sont  tout  différents. 

4.  «  Barensis...  Hartholomeus»(p.  280).  Cf.  «  ambaxiatoribus...  etaliis 
ipsius  liarrensis  »  (Contemplacio,  f"206),  «  Barrensis  ambaxiatoribus  » 
{ibid},  «  Barrensem  intrusum  »  (i/jid.),  «  a  Barrensi  »  (ibid.),  «  Bar- 
rensem  condam  archiepiscopum  »  (f"  205). 

5.  Hauréau,  p.  281  :  «  Credidimuset  tenuimus,  credimus  et  tenemus 
papam(  lementem  VII...  esse  i'«-»/«  totiusEcclesiepatronum  simpliciter 
et  pastorrm  »,  Contemplacio,  App.,  l.  c.  :  «  omnes  una  voce  acclamarent 
(^lementem  papam  verum...  »  ;  f"  205 •:  «  tanquam  verum  pasiorcm 
(il  est  (]uostion  cette  fois  d'Urbain  VI)  publice  sequuntur.  » 

6.  «  Recodite,  iiiquit,  amici  mei,  recedite  et  abite  modicum  ut  a 
vexationibus  et  labore  quos  assunipsi  (luiescam  »  (Hauréau,  p.  28'i; 
cf.  p.  314,  note  3  du  ))réseiit  ouvrage).  Il  faut  signaler  encore  ces  expres- 
sions, particulières;!  Phili])pe  :  «  portiunculamodica  »  (p.  278),  «  modi- 
cum bore  spatium  »  (p.  279).  «  ultra  id  quam  credi  posset  »  (p.  282), 
«  indignum  et  insi])i(Mifom  «  (p  28;]),  «  lacnjmosn^  etgemens  »  (p.  282). 
«  a  sua  niemoria  deleri  non  poterat  »  (ihid.).  Sur  une  autre  «  plainte  », 
à  l'occasion  de  la  mort  du  roi,  v.  Froissart,  éd.  Kervyn,  IX,  551-3. 


—  442  — 

minorité  de  Charles  YI,  des  tendances  et  des  habitudes  si 
contraires  aux  siennes.  Un  conseil  de  régence,  qui  différait 
sensiblement  de  celui  qu'avait  nommé  jadis  le  roi  défunt', 
assistait  dans  le  gouvernement  les  trois  oncles  du  nouveau 
prince,  devenus  tout-puissants.  Bureau  de  la  Rivière  s'effaça 
bientôt  et  les  autres  amis  de  Charles  Y  l'imitèrent.  Philippe 
se  retira  aussitôt  après  au  couvent  des  Célestins  de  Paris, 
auxquels  il  avait  fait  d'importantes  donations  dès  l'année 
1379^  Deux  serviteurs  fidèles  l'accompagnèrent  dans  sa  re- 
traite ^ 


1.  Il  était  composé  des  oncles  du  nouveau  roi,  du  connétable  de 
Clisson,  des  maréchaux  de  Santerre  et  de  Blainville,  de  l'amiral  Jean 
de  Vienne,  de  Pierre  de  Villiers,  de  Pierre  d'Aumont.  Le  chancelier 
Miles  de  Dormans,  le  premier  président  et  quelques  maîtres  des 
Comptes  prirent  part  aux  débats  (juelquefois  (Choisy,  Ili^loire  de 
Charles  VI,  p.  9). 

2.  Le  roi  approuva  la  création  d'une  rente  de  80  livres  de  terre  par 
an,  en  1379  :  elle  devait  servir  à  l'entretien  de  l'infirmerie  et  de  la 
chapelle  de  la  Vierge  que  Philippe  avait  fait  bâtir  dans  le  couvent 
(8  octobre,  Arch.  nat.,  .1.1  116,  n»  52).  V.  l'ordre  du  roi  aux  conseillers 
du  domaine  et  trésoriers  (même  date),  par  letiuel  il  exempte  Philippe, 
pour  cette  même  rente  annuelle,  du  quint  denier  et  du  droit  des  ventes 
(Arch.  nat.,  S  3780,  n"  4).  Le  même  vidimas  donne  Tordre  des  conseil- 
lers du  roi  sur  le  même  sujet  (7  avril  1380).  En  1394.  date  du  vidimus, 
ces  ordres  n'avaient  été  remplis  que  pour  la  moitié  de  la  somme. 

3.  Du  Verdier,  /.  c.  11  reçut  sa  pension  pour  le  mois  d'août  seule- 
ment, le  24.  Cf.  P.  Paris,  Èém.  Ac.  Inscr.,  1843,  p.  394.  On  possède 
une  quittance  du  mois  de  juillet,  sans  autre  date,  qui  pourrait  appar- 
tenir à  cette  époque,  elle  contient  la  mention  d'une  somme  pareille 
(Bibl.  nat.,  Cab.  des  titres,  pièc.  orig.,  1940,  n°  xn  ;  quitt.  Clairam- 
bault,  176,  f"  5945). 


CHAPITRE  XIII. 

MÉZIÈRES    AUX    CÉLESTINS.    SoN    ACTIVITE    LITTERAIRE 
JUSQU  EN    1389. 

Depuis  longtemps  déjà,  Mézières  manifestait  une  «  dévotion 
singulière  »  envers  l'ordre  des  Célestins,  dont  le  roi  lui-même 
était  le  principal  protecteur.  Un  autre  Mézières,  Jean,  avec 
lequel  il  n'avait  peut-être  aucun  lieu  de  parenté,  avait  bâti 
l'église  de  l'ordre  à  Sens'. 

L'église  de  Paris,  Notre-Dame  des  Célestins,  s'étendait 
entre  la  Seine  et  la  rue  du  Petit-Musc,  au  carrefour  des 
Barrés  où  se  trouvait  aussi  la  maison  de  Philippe.  Jacques 
Marcel,  bourgeois  de  Paris,  avait  acheté,  en  1319 ^  le  terrain, 
qui  était  occupé  alors  par  l'ancien  couvent  des  Carmes, 
des  Barrés^,  qui  donnèrent  leur  nom  au  carrefour  en  question. 
Leur  installation  se  composait  d'une  petite  église,  «  fort  basse  «, 
avec  un  cimetière  adjacent,  quelques  autres  bâtiments  et  des 
jardins  assez  peu  étendus.  Jacques  Marcel  fit  bâtir  deux  cha- 
pelles, auxquelles  il  assigna  un  revenu  annuel  de  20  livres  pa- 
risis.  Son  fils  Garnier,  qui  en  hérita  après  la  mort  de  Jacques 
(1320),  les  posséda  jusqu'en  1352,  quand  il  céda  aux  conseils 
du  secrétaire  du  roi,  le  chanoine  Robert  de  Jussy*,  ancien 
novice  des  Célestins  à  Saint-Pierre  de  Châtres,  et  en  fit  don 
à  quelques  frères  de  l'Ordre,  qui  s'établirent  à  Paris.  Garnier 


1.  V.  p.  15  note  1.  Après  sa  mort,  Isabelle  Biloard,  sa  femme,  appela 
quatre  Célestins  pour  desservir  la  chapelle  de  la  Vierge,  qu'il  avait 
bâtie  et  ([u'isabelle  agrandit  en  IIJGG.  Elle  se  retira  elle-même  en  1370 
dans  l'enceinte  du  nouveau  couvent,  où  elle  vécut  à  la  manière  des 
moines  jusqu'à  sa  mort,  en  137.5  (Becquet,  Elogia.  pp.  22-3). 

2.  Beurrier,  o.  f^.jpp.  4-5;  408. 

3.  Sauvai,  Antiquilez-  de  Paris,  I,  45fi. 

4.  Qui  inspira  aussi  les  donations  royales,  qu'il  signe  (V.  celte  qui 
se  rapporte  à  la  bourse  des  notaires). 


—  444  — 

leur  avait  légué  des  rentes  perpétuelles  sur  ses  maisons  et 
ses  terres  de  Larrez,  près  de  Melun'. 

Les  commencements  du  couvent  de  Paris  furent  donc 
assez  médiocres  :  la  fondation  de  Garnier  Marcel  ne  tarda  pas 
cependant  à  s'accroître.  Dès  l'année  1358,  pendant  la  régence 
du  duc  de  Normandie,  les  notaires  et  secrétaires  du  roi 
réunis  en  collège  accordèrent  une  bourse,  prise  sur  leurs 
salaires,  à  l'église  de  Paris  ^  La  donation  fut  confirmée  par 
le  duc''  qui  alla  porter  lui-même  le  premier  terme  aux  six 
frères  qui  s'étaient  établis  avec  leur  prieur  dans  les  deux  cha- 
pelles de  Marcel.  Le  paiement  devait  se  faire  par  mois  et  des 
ordres  sévères  furent  donnés  dans  ce  but  au  grand  audien- 
cier  Eustache  de  Marsan,  le  25  novembre  1359\  Le  roi  Jean, 
de  retour  à  Paris,  confirma  bientôt  cette  première  donation^ 
et,  vers  la  même  époque,  des  rentes,  en  valeur  de  200  livres, 
furent  amorties  pour  le  couvent  ^ 

Devenu  roi,  Charles  V  continua  ses  libéralités  envers  les 
Célestins  de  Paris,  qui  devinrent  ses  moines  préférés'.  Le  16 
mai  1365,  le  roi  lui-même  posa  la  première  pierre  de  leur 
nouvelle  maison  ^  De  l'argent  leur  fut  donné  pour  continuer  les 
travaux"  et  ils  furent  autorisés  à  prendre  le  bois  nécessaire 
dans  la  forêt  royale  de  Moret^".  Les  donations  se  succédèrent 
jusqu'à  ce  que  l'église  fût  terminée.  Le  roi  et  sa  famille  assis- 
tèrent à  la  consécration  du  sanctuaire,  le  15  septembre  1370". 
Guillaume  de  Melun,  archevêque  de  Sens,  un  des  protecteurs 
de  l'Ordre,  célébra  la  messe.  Des  ornements  d'église, 
deux  chapelles  de  drap  d'or,  parsemées  de  lis,  de  soleils  et 
d'étoiles,  une  grande  croix  d'argent  doré  furent  ofi'erts  par 

1.  Beurrier,  p.  5. 

2.  Ibid.,  p.  6  ;  Arch.  nat.  JJ  99,  196. 

3.  Août  1358,  Becquet,  10;  Beurrier,  7-11. 

4.  Beurrier,  12-3. 

5.  Octobre  1361,  Arch.  nat.,  JJ  91,  n"  20;  v.  Beurrier,  14-5.  Confir- 
mation des  privilèges  par  Charles  V  (déc.  1368)  (pp.  16-7). 

6.  Juin  1360.  Confirmation  en  août  J362,  .\rch.  nat.,   .JJ  91,  n"  359. 

7.  «  Specialem  gerimus  devocionem  et  affectum  »  {ibid.,  102, 
no  367). 

8.  Sur  la  pierre  qui  donne  cette  date,  pierre  qui  fut  retrouvée  en 
18'i7  (aujourd'hui  au  musée  de  Cluny.  n°  1936),  v.  Lenoir,  Slalistiquc 
monumentale  de  Paris,  texte,  p.  187  ;  Leclerc  et  Renan,  o.  c,  I,  80. 

9.  Ordonn.  du  24  mars  1367,  Beurrier,  58-9. 

10.  Ibid.,  58.  Autre  donation  le  31  mars  1368  (Arch.  nat.,  P.  1189). 
il.  Beurrier,  l.  c. 


—  445  — 

Charles  lui-même;  la  reine  Jeanne  de  Bourbon  donna  une 
image  do  la  Vierge  de  môme  métal  et  l'archevêque  une  image 
de  saint  Pierre'.  De  nouvelles  sommes,  assez  considérables 
—  5,000  francs  d'après  Beurrier  ^  —  furent  accordées  pour 
élever  le  cloître,  le  chapitre  et  les  autres  bâtiments.  L'enclos 
fut  élargi  cette  même  année  du  côté  de  la  Seine''.  Les  Céles- 
tins  de  Paris  furent  exemptés  de  toute  redevance  envers  le 
trésor*  et  pris  sous  la  protection  spéciale  du  roi  (octobre 
1369/.  Une  nouvelle  maison,  contiguë  au  couvent,  leur  fut 
accordée  en  1378^  Des  donations  privées  s'ajoutèrent  aux 
munificences  royales  :  Mézières  lui-même  donna  une  rente 
annuelle,  fit  construire  plusieurs  bâtiments  :  une  maison, 
un  cloître  et  une  citerne,  une  chapelle  ornée  de  très  belles 
peintures,  qu'il  dota  de  riches  ornements  et  d'une  rente,  et 
qui  prit  plus  tard  son  nom',  fit  planter  des  vignes ^  acheta 
des  rentes  pour  le  couvent",  ainsi  que  quatre  îles  avoisinantes 
sur  la  Seine'",  enrichit  la  bibliothèque  et  fonda  ces  deux 
cerei  pacis,  qu'on  allumait  pendant  la  messe,  d'après  ses 
instructions  conservées  dans  la  chapelle".  Le  comte  d'Etampes, 
Louis,  fit  don  de  son  manoir  de  Monglat,  dans  la  châtellenie 
de  Provins,  ainsi  que  d'une  rente  de  200  livres  tournois  par 
an  sur  ses  biens  de  Mormant  etde  Jarriel,  en  Brie^'.  Les  notai- 


1.  Ibid.,  59. 

2.  IlmL,  60. 

3.  Mai  1370  (Arch.  nat.,  K  49,  n"  442). 

4.  Privilège  renouvelé  en  1412,  Beurrier,  82-4. 

5.  Ibid.,  219-25;  Arch.  nat.,  JJ  100,  n»  545. 

6.  Achetée  par  le  roi  dans  ce  but,  lettres  du  26  août  1378,  Arch. 
nat.,  JJ  113,  n"305. 

7.  «  Capellae  domini  Philippi  de  Maseriis.  »  On  y  célébrait  une 
messe  en  sa  mémoire  (réd.  des  messes  de  1436,  Arch.,  nat.,  LL 
1505,  p.  69). 

8.  Lebeuf  (éd.  de  Cocheris),  Hist.  de  la  ville  et  de  tout  le  dioc.  de 
Paris,  Célestins,  pp.  453-4. 

9.  Cocheris,  /.  c.  V.  Arch.  nat.,  LL  1505,  p.  157  :  «  Item  et  sexa- 
ginta  francos  in  redditibus  perpetuis  convertendos.  »  Il  avait  dépensé 
plus  de  3,000  francs  pour  ces  bâtiments  (Cocheris,  ibid.). 

10.  Cocheris,  /.  c. 

11.  «  Et  dobeiit  accendi  a  principio  Sacramenti  usque  ad  percep- 
tionem  totalem  ejusdem,  secundum  quod  declaratur  in  tabulis  vitro 
coopertis  tam  in  predicta  capella  quam  in  choro  prope  sacristiam  « 
(Arch.  nat.,  l.  c,  p.  157). 

12.  Cocheris,  p.  459;  Arch.  nat.,  JJ  102,  n»  367. 


—  446  - 

res  du  roi  construisirent  deux  salles  dans  le  couvent  \  La  reine 
Jeanne  de  Bourbon  venant  à  mourir,  ses  entrailles  furent 
déposées  aux  Célestins,  devant  le  grand  auteP,  ainsi  que 
l'avait  été  le  cœur  de  Jean  de  Dormans,  mort  en  1373  ^ 
L'archevêque  de  Sens*  et  Marie  d'Espagne,  veuve  du  comte 
d'Alençon^  y  furent  enterrés. 

C'était  donc  une  des  plus  riches  églises  de  Paris,  une  des 
plus  belles®  et  des  plus  fréquentées  par  les  grands  seigneurs 
de  la  cour ',  quand  Philippe  vint  habiter  dans  cette  cellule 
qu'il  s'était  préparée,  paraît-il,  depuis  longtemps.  Il  voyait 
partout  le  souvenir  de  son  ancien  maître  :  les  beaux  vitraux 
du  chœur,  donnés  par  le  roi  en  1360",  les  ornements  qu'il 
offrit  en  1370,  les  deux  statues  de  Charles  V  et  de  la  reine 
Jeanne  qui  décoraient  le  portail".  Le  couvent  se  vantait,  dit 
Becquet,  d'être  un  «  couvent  royal'"  ». 

Mézières  y  passa  vingt-cinq  ans,  jusqu'à  sa  mort,  en  1405. 
Il  vivait  de  la  môme  manière  que  les  autres  religieux,  obser- 
vant leurs  règles  et  imitant  leur  austérité,  tout  en  restant 
un  laïque  ou,  pour  employer  sa  propre  expression,  un  «  célestin 
abortif  »,  se  nourrissant  des  miettes  de  la  table  de  ses  Pères 
et  sans  prendre  l'habit  de  l'Ordre. 


1.  Beurrier,  l.  c.  V.  aussi  la  donation  de  .lean  Luylier,  conseiller  du 
roi  au  parlement,  époux  de  Marie  Marcel,  dans  F3eurrier,  'i08;  Arcli.  nat., 
JJ  99,  n»  535.  Cf.  Beurrier,  408-9.  V.  une  donation  de  Gobin  Culdoé,  le 
16  août  1378  (Beurrier,  Gl),  et  Cocheris,  454-5,  sur  d'autres  donations. 

2.  Chr.  de  Pisan,  1.  111,  ch.  l,  p.  102.  Grandes  Chroniques,  VI, 
p.  416. 

3.  Beurrier,  379. 

4.  Ibid. 

5.  Beurrier,  368. 

6.  V.  les  descriptions  de  Christine,  /.  c,  pp.  24-6  :  «  L'église  tant 
belle  et  notable  des  Célestins,  si  comme  on  la  peut  veoir,  couverte 
d'ardoise  et  si  belle  que  riens  n'i  convient...  »  et  de  Guillebert  de 
Metz  (comm.  du  xv"^  siècle),  Description  de  la  ville  de  Paris  au  xv° 
siècle,  éd.  Le  Roux  de  Lincy  (Paris,  1855,  in-12),  49  et  suiv.  :  «  De 
souveraine  maistrise.  »  Cf.  Lenoir,  a.  c,  pp.  172-3. 

7.  Les  maisons  de  l'Ordre  en  province  n'étaient  pas  moins  célèbres  : 
Louis  de  Bourbon  voulait  se  retirer  dans  celle  qu'il  avait  fait  bâtir  à 
Vichy  (Chron.  du  bon  duc  Loijs  de  Bourbon,  pp.  292-3). 

8.  Beurrier,  77. 

9.  «  La  sculpture  de  son  ymage  et  de  la  Royne,  sespouse,  moult 
proprement  fais  »  (Christine  de  Pisan,  p.  25).  V.  Lenoir,  o.  c,  p.  176. 

10.  «  Sic  regium  est  hocce  monasterium. . .  Ideo  nomen  illud  vin- 
dicavit  semper  »  (Becquet,  14). 


—  447  — 

Il  a  décrit  souvent  dans  ses  ouvrages  ',  avec  de  grands 
éloges,  la  vie  «  angélique  »  de  ces  moines  laborieux  et  aus- 
tères. Ils  ne  cèdent  le  pas  que  devant  les  Chartreux;  Dieu  les 
a  envoyés,  dans  sa  miséricorde,  pour  préparer  les  esprits 
avant  le  jugement  dernier.  Ils  étaient  une  sainte  exception 
dans  ce  siècle  corrompu.  Leur  temps  se  passait,  selon  la  règle 
de  saint  Benoît  et  de  saint  Célestin,  dans  le  travail  des 
mains  et  la  prière.  Séparés  pour  toujours  du  monde,  éloignés 
de  la  terre,  ils  avaient  en  horreur  toute  distinction  et  tout 
office  ecclésiastique.  Très  chastes  et  très  pauvres,  ils  se  nour- 
rissaient do  choses  répugnantes  et  employaient  le  reste  de 
leur  vie  à  dompter,  par  des  macérations,  la  chair  rebelle. 
Quant  à  lui,  il  s'était  régénéré,  en  vivant  auprès  d'eux,  tout 
en  restant  indigne  de  leur  être  comparé,  et  comme  un  intrus 
dont  la  présence  troublait  les  prières. 

Si  on  s'imaginait  cependant  que  Mézières  renonça  pour 
toujours  aux  affaires  de  ce  monde  ^  on  se  tromperait.  Bien 
qu'il  n'ait  peut-être  jamais  quitté  le  couvent  des  Célestins'', 
son  activité  et  son  influence  sont  tout  aussi  grandes  qu'aupara- 
vant. Il  continue  à  entretenir  des  relations  étroites  avec  les 
personnages  les  plus  importants  de  son  époque  :  les  deux 
d'Ailly  d'abord.  Bureau  de  la  Rivière  et  les  autres  conseillers 
de  Charles  V  ;  Pierre  de  Luxembourg  devient  plus  tard 
son  ami  et  quelque  peu  aussi  son  élève;  le  roi  d'Arménie 
l'aide  dans  ses  efforts  pour  la  croisade  et  c'est  à  son  amitié 
pour  le  duc  d'Orléans  qu'il  faut  attribuer  toutes  les  calomnies 
qui  sont  inventées  contre  lui  par  le  parti  bourguignon.  11 
prend  une  part  importante  à  l'arrivée  au  pouvoir  des  «  Marmou- 
sets »  et  donne  de  très  utiles  et  très  hardis  conseils  au  jeune 
Charles  VI,  quand  il  saisit*  lui-même  la  direction  des  affaires. 
Il  intervient  plusieurs  fois  et  avec  beaucoup  d'énergie  dans 


1 .  Oralio  Irar/edica,  f»s  197  v"-8  ;  Contemp/alio  horc  morlis,  ^  200  v°  ; 
Salve  Sancla  Parens,  f"'^  29-29  v"  ;  TesUnncnt,  f"  242  v»;  lettre  aux 
Célestins  de  Colombiers  (Lettres,  f"*  145  v"-8).  Cf.  Chr.  de  Pisan,  pp. 
24-5. 

2.  «  Cerimonias  ipsorum  sanctas  sepc  impediendo  ac  nirais  laice  inter 
eos  conversando  »  (lettre  citée). 

3.  V.  aussi  ses  nombreux  achats  de  biens  pendant  ce  séjour  aux 
Célestins.  p.  510,  note  5. 

4.  V.  le  Soiiffc.  Il  accompagne  le  roi  au  chevet  d'un  des  conseillers 
du  royaume  {ibid.,  Il,  f°»  21-21  v")- 


—  448  — 

les  affaires  du  royaume,  ainsi  pour  conseiller  la  paix  avec  l'An- 
gleterre d'abord,  pour  prêcher  une  nouvelle  croisade  ensuite. 
Il  n'y  a  pas  de  grand  événement  à  cette  époque,  où  Ton  ne 
puisse  retrouver  l'inlluence  de  Philippe  de  Mézières. 

On  ne  connaît  rien  de  certain  sur  la  vie  de  Philippe  pendant 
le  reste  de  l'année  1380,  Il  s'occupa  d'abord  de  son  installa- 
tion aux  Célestins.  Il  choisit  pour  son  confesseur  le  Bourgui- 
gnon Pierre  Pocquet,  provincial  de  l'Ordre  en  France,  célèbre 
par  sa  piété'.  Les  deux  d'Ailly,  Hugues,  le  vénérable  vieil- 
lard qu'il  compare  à  Aaron  dans  sa  lettre  à  l'évêque  d'Amiens  ^ 
et  Pierre,  dont  il  était  aussi  l'ami  ^  le  visitèrent  probablement 
dans  sa  retraite.  Il  ne  s'intéressait  plus  aux  affaires  de  la 
cour,  dit-il,  et  se  consacrait  complètement  à  «  dame  Soli- 
tude^ ». 

Les  renseignements  sont  moins  vagues  et  plus  nombreux 
pour  l'année  1381.  Il  reprit  la  plume  pour  écrire  un  ouvrage 
perdu  depuis  longtemps  ^  cette  lettre  à  son  neveu  Jean  de 
Mézières,  sur  laquelle  Becquet  donne  quelques  indications 
dans  ses  Eloges,  et  qui  portait  le  titre  de  Epislola  exhor- 
tatoria,  etperiitiUs  omni  sacerdoti,  add.  Johannetn  deMazeriis, 
preshyterum,  canoniciun  ecclesiae  Noviomensis^.  Elle  était 
composée  de  33  chapitres,  contenant  en  outre  des  conseils 
pour  les  ecclésiastiques  et  une  longue  plainte  sur  la  mort  de 
Charles  V.  On  sait  encore  qu'elle  commençait  par  la  citation 
d'une  lettre  analogue  de  saint  Bernard,  l'auteur  favori  de 
Philippe^ 


1.  11  entra  au  couvent  de  Paris  en  1369,  après  avoir  été  prieur  de 
la  maison  de  Mantes  (Becquet,  95-6).  11  fut  aussi  le  confesseur  de  Pierre 
de  Luxembourg  et  on  lui  confia  l'éducation  de  S.  Jean  Bassand  (ifnd.). 
Gerson  le  déclare  un  des  plus  remarquables  personnages  du  temps. 
Mort  à  Paris,  comme  vicaire  général,  en  1408. 

2.  Bibl.  nat.,  lat.  14''i54,  î"  'M:  «  Utique  venerabilis  ille  senex,  Aaron, 
collateranus  videlicet,  devotus  Hugo  de  Aillyaco.  >■> 

3.  Becquet,  p.  102  :  «  Familiaris  quoque  et  amicus.  »  V.  plus  haut, 
p.  439. 

4.  Songe  du  v.  Pèlerin,  I.  f"  2  v°. 

5.  Lebeuf  le  citait  déjà  parmi  les  ouvrages  qu'il  n'avait  pu  retrouver 
{Mém.  Ac.  Inscr.,XYl,  p.  236). 

6.  Becquet,  p.  103. 

7.  «  Benefactoris  sui,  Caroli  V...  mortem  pluribus  deflet  »  (ibid.). 

8.  «  Proœmium  sic  incipit  :  «  Satis  et  plus  quam  satis  cum  beato 
Bernardo  ad  nepotem  suum  sustinui  »  (Ibid.). 


-  440  - 

Il  écrivit  vers  cette  môme  époque'  à  Bertrand  le  Hongre, 
échevin  de  Metz  et  grand  dévot  de  la  Vierge,  en  lui  envoyant 
une  copie  de  l'office  de  la  Présentation.  Philippe  le  priait 
d'introduire  la  nouvelle  fête  dans  cette  chapelle  des  Célestins 
que  ce  dernier  l)âtit  en  1370,  chapelle  très  modeste,  qui  ne 
se  trouve  pas  mentionnée  parmi  les  maisons  de  l'Ordre  avant 
l'année  1402.  Bertrand  reçut  l'envoi  de  Mézières  avec  «  grand 
«  liesse  et  joye  espirituel  »  et  fît  célébrer  la  fête  dans  son  petit 
monastère  «  comme  il  pot  et  sot,  en  trezelant  les  cloches  et 
«  en  joiant  des  orgues'  ».  Il  y  eut  de  plus  un  très  solennel 
discours  prononcé  par  un  maître  en  théologie.  La  fête  fut 
étendue,  grâce  à  ses  efforts,  au  couvent  des  Frères  Mendiants  et 
à  l'église  de  sa  paroisse.  Quelques  années  plus  tard,  en  1387, 
il  exhortait,  en  mourant,  ses  frères  les  Célestins  à  ne  pas 
oublier  la  célébration  de  la  nouvelle  fête  dans  leur  chapelle''. 

Vers  le  commencement  de  l'année  1381,  des  négociations 
avaient  commencé  à  Turin,  par  l'entremise  du  comte  de 
Savoie  ^  entre  les  Vénitiens  et  les  Génois.  Les  Vénitiens  et 
le  comte  voulaient  profiter  de  cette  occasion  pour  conclure 
cette  paix  tant  de  fois  ajournée,  entre  le  roi  de  Chypre  et 
Gênes  :  Frédéric  Cornaro,  qui  avait  de  grandes  propriétés 
à  Piskopi,  écrivit  à  Amédée,  le  20  avril,  pour  le  prier  de 
persister  dans  ces  dispositions ^  Bernabù  déclara  aussi, 
quelques  jours  après  (27  mai),  qu'il  ne  participerait  pas  à  un 


1.  «  Item  l'an  dessous  dit,  sçavoir  1381,  ou  environ.  »  Meurisse  a 
«  bien  voulu  coucher  »  dans  son  opuscule,  «  en  son  langage  même  », 
cette  notice,  qu'il  retrouva  dans  les  «  antiquités  »  du  couvent  des 
Célestins  de  Metz. 

2.  «  i^lt  en  toutes  aultres  manières  qu'il  savoit,  pour  atraire  les 
bonnes  gens  à  ladite  feste  solempniter  »  (Meurisse,  l.  c,  ad  finem). 
Une  légitimation  de  Perrinet  le  Hongre  (1390)  aux  Arch.  nat.,  JJ 
140,  no  10. 

3.  Becquet,  43.  La  chapelle  devint  un  couvent,  grâce  aux  efforts  de 
son  gendre,  qui  bâtit  le  chœur  où  fut  enseveli  le  corps  de  Bertrand 
(ibid.) 

4.  La  médiation  du  comte  fut  demandée,  en  faveur  des  Chypriotes 
aussi,  le  13  août  1381,  parle  doge  Contarini  (Guichenon.  Histoire  de 
Savoie,  II,  216). 

5.  11  était  à  Ferrare,  à  cette  époque  (Mas  Latrie,  Ilist.  Ch.,  II,  378-9). 
Cf.  Cibrario,  Sloria  délia  monarchia  di  Snvoia,  111,  350.  Un  ambas- 
sadeur du  comte  se  rendit  en  Chj'pre,  pour  y  traiter  de  la  paix  avec 
les  Génois  (Cibrario,  Specchio  cronologico,  182),  au  mois  de  décembre 
1381  (13800-  Mission  à  Gènes  en  1382  (Gabotto,  Letn  del  conte  Verdc, 
Florence,  1895,  197,  u.  2). 

N.  JoRGA.  PIlilippe  de  Mézièves.  29 


—  450  — 

traité  dont  serait  exclu  son  gendre,  le  roi  de  Chypre  ' .  Cornaro  se 
réunit  même  à  un  des  ambassadeurs  du  comte,  Barthélémy  de 
Chigny  '\  et  arriva  à  Gênes  pour  y  traiter  au  nom  du  roi,  vers 
le  mois  de  septembre  ^  Tous  ses  efforts,  qui  durent  être  grands, 
puisque  les  intérêts  des  Cornari  en  Chypre  étaient  considéra- 
bles, ne  réussirent  pas  cependant:  les  Génois  demandèrent  que 
le  roi  lui-même  envoyât  des  ambassadeurs  spéciaux,  refusant 
ainsi  toute  médiation  de  la  part  des  Vénitiens  et  des  Lombards^. 
Le  roi  de  Chypre  ne  fut  pas  compris  dans  le  traité  de  KîSl''. 

Cornaro  ne  se  découragea  pas.  Bien  que  le  traité  de  1381 
lui  eût  permis  de  faire  passer  ses  marchandises  par  le  port 
de  Famagouste  occupé  par  les  Génois  ^  il  continua  ses 
tentatives  pour  amener  une  paix  définitive  entre  le  roi,  si 
cruellement  dépouillé  d'une  partie  de  ses  États ',  et  la  Répu- 
blique. 11  avait  déjà  écrit  à  Mézières  par  des  ambassadeurs  ; 
il  lui  envoya  une  seconde  lettre  vers  la  fin  de  l'année  1381, 
l'exhortant  à  quitter  sa  retraite  pour  se  réunir  à  ceux  que 
devait  envoyer  le  roi  de  Chypre.  Il  faisait  l'éloge  de  son 
habileté  et  de  son  intelligence  et  lui  parlait  des  obligations 
qu'il  avait  envers  son  ancien  maître  et  le  fils  de  celui-ci. 

Mézières  reçut  cette  dernière  lettre  le  16  février  1382  et 
s'empressa  de  répondre  à  son  ami  et  «  compère  »*  (28  fév.). 
Il  reconnaît  ce  qu'il  doit  aux  Lusignan  et  au  royaume  de 
Chypre,  qu'il  devrait  défendre  contre  ses  ennemis  au  prix  des 
souffrances  et  de  la  mort  même.  11  ne  se  fie  pas  cependant  à  ses 


1.  Mas  Latrie,  /.  c. 

2.  Accrédité,  avec  Jehannin  et  Pierre  de  Provana,  le  16  septembre 
{ibid.).Ci.C\\\Q^di,Cron.di Saluzzo,édi\-\s.\Q<,Mon.Hist.Palr.,  SS.,\\\,\Q21 . 

3.  Lettre  de  Cornaro,  annonçant  son  arrivée  à  Gênes  (Mas  Latrie, 
l.  c,  2  octobre). 

4.  Lettre  de  Fr.  Cornaro  à  Philippe  de  Mézières,  ms.  499  de  l'Arsenal, 
fos  160  v. 

5.  Pour  n'avoir  pas  envoyé  de  représentants  (Mas  Latrie,  /.  c,  p.  380). 
Cf.  cependant  C//r6/(.rfe5rtuo(/e,:^/o/(.//is/./>a/r.,  1,35 LBernabos'en  plai- 
gnitdansunelettreadresséeauconitedeSavoie(Cibrario,o.  c,  III,  363-4). 
X'.  sur  la  paix  les  histoires  de  fiênes  (Varese,  Serra,  Canale),  celle  de 
Venise  (Romanin)  et  L.-Ag.  Casati,  La  guerra  di  Chioygia  e  la  pace 
di  Torino,  Florence,  Lemonnier,  1866. 

6.  Mas  Latrie,  /.  c,  p.  380. 

7.  «  Tam  injuste  porcione  regni  sui  privatum  »,  dit-il,  dans  sa  lettre 
du  20  avril  1381  (Mas  Latrie,  /.  c,  p.  378). 

8.  Arsenal,  499,  f"  160  v"  :  «  Litteras  vestras  datas  Venecias  (sic)  ultimo 
die  novembris  xvj"  die  februarii  recepi,  continentes  quod  per  alias  litte- 
ras eodem  ultimo  novembris  lactas  et  missas  per  aliquos  ambaxiatores. . .  » 


—  451  — 

talents,  car  il  n'était  plus,  dit-il,  l'arbre  de  jadis,  mais  un  pauvre 
arbor  inveterala,  un  chien  mort,  un  roseau  battu  par  la  tem- 
pête, une  puce  gelée'.  Il  ne  croit  pas  d'ailleurs  aux  dispo- 
sitions pacifiques  des  Génois.  En  1375,  Venise  et  Bernabù 
étaient  encore  tout-puissants,  le  comte  de  Savoie  très  zélé 
pour  le  royaume,  le  roi  Charles  et  l'empereur^  disposés  à 
employer  leur  influence  en  faveur  du  petit  royaume  oriental. 
Cependant,  malgré  les  offres  les  plus  avantageuses  de  la 
part  du  roi  de  France,  malgré  l'intervention  du  pape  et  des 
cardinaux,  les  Génois  refusèrent  tout  accommodement.  Les 
circonstances  étaient  changées  maintenant  :  les  deux  grands 
protecteurs  de  l'île  étaient  morts,  les  Génois  avaient  fini  avec 
gloire  leur  guerre  contre  Venise  et  les  Lombards  ;  on  rêvait 
non  seulement  de  conserver  les  conquêtes  actuelles,  mais  de 
soumettre  tout  le  royaume  de  Chypre.  «  S'il  y  a  dix  personnes 
«  à  Gênes  »,  dit-il,  pour  demander  la  paix,  «  cent  autres 
«  nourriront  des  aspirations  contraires.  » 

Il  hésite  lui-môme  à  quitter  cette  solitude  chérie  dans 
laquelle  il  espérait  passer  le  reste  de  ses  jours.  Il  ne  veut 
pas  être  comme  ces  mauvais  laboureurs  qui  tournent  la  tête, 
en  travaillant  :  il  veut  crucifier  pour  toujours  le  monde  et 
les  affaires.  Sa  vieillesse  est  avancée  et  il  peut  être  appelé 
bientôt  à  rendre  compte  de  ses  actions  dans  le  ciel.  Il  invoque 
ensuite  le  scandale  que  causerait  son  départ,  après  son  entrée 
dans  le  couvent  :  le  monde  s'en  égaierait  et  lancerait  contre 
lui  mille  traits  de  satire  ;  ses  amis,  qui  contemplaient  avec 
plaisir  sa  vie  édifiante,  s'en  indigneraient  et  les  affaires  du 
roi  lui-même  ne  gagneraient  pas  beaucoup  avec  un  messager 
qui  a  oublié  depuis  longtemps  les  affaires  de  Chypre. 

Il  se  garde  bien  de  refuser  nettement  ;  ce  serait  une  faute 
contre  l'humilité  que  d'exprimer  une  opinion  pareille.  Il  quit- 
terait avec  peine  sa  cellule,  mais  il  ne  peut  pas  s'empêcher 
d'aimer  le  royaume  dont  il  fut  jadis  le  chancelier.  Que  son 
ami  observe  bien  les  circonstances  :  si  elles  demandent  impé- 
rieusement son  départ,  il  écoutera  la  parole  de  ce  grand 


1.  Arsenal,  4'i9,  fol.  162  v:  «  Laudasti  nempe  canem  mortuum,  ut  ita 
loquar,  puliceui  congelatam  et  arundinem  vento  agitatam.  » 

2.  Charles  IV,  mort  en  1378.  On  ne  connaît  rien  sur  son  inter- 
vention. 


—  452  — 

protecteur  des  Chypriotes,  leur  défenseur  en  Occident  et  le  sou- 
tien de  la  croisade.  Il  prendra  conseil  des  Céiestins  et  de  ses 
amis  et  partira  pour  servir,  dans  d'autres  voies,  le  Seigneur. 

Mézières  ne  fut  pas  réduit  à  prendre  cette  grave  décision. 
Pierre  II  mourut  cette  même  année,  au  mois  d'octobre,  et 
son  successeur,  Jacques  I",  ne  pouvait  pas  prétendre  aux 
services  de  celui  qui  fut  pendant  si  longtemps  le  fidèle  servi- 
teur du  roi  assassiné.  Mézières  le  traite  sévèrement  dans  le 
Songe  du  vieil  Pèlerin:  il  fut  toujours  pour  lui  un  criminel, 
l'auteur  d'un  fratricide  odieux,  l'homme  des  doigts  duquel, 
dit-il,  découlait  encore  le  sang  de  son  frère  \  Du  reste  la 
paix  ne  tarda  pas  à  être  conclue  et  le  traité  du  19  février  1383 
mit  fin  —  en  apparence  et  pour  quelque  temps  seulement  — 
à  la  querelle  des  Chypriotes  avec  les  Génois  '\ 

On  ne  connaît  pas  l'époque  à  laquelle  furent  écrits  plu- 
sieurs traités  mentionnés  par  Mézières  dans  ses  ouvrages 
postérieurs.  Il  parle  d'une  «  épistre  de  doulce  amonicion  »  ^ 
ou  «  epistre  secrète  »,  adressée  à  Charles  VI  :  elle  conte- 
nait, entre  autres,  des  exhortations  pour  la  croisade*.  Le 
Songe  du  vieil  Pèlerin  cite  encore,  en  quelques  mots,  un 
ouvrage  sur  ((  la  vertu  du  sacrement  du  mariage  et  du  recon- 
«  fort  des  dames  mariées  n,  ouvrage  qui  contenait,  paraît-il, 
des  choses  assez  curieuses".  Enfin,  on  peut  mettre,  parmi  ces 


1.  Songe  du  vieil  pèlerin.  V.  p.  394,  note  5. 

2.  Il  y  eut  des  difficultés  pour  le  paiement  des  sommes  dues  à  la 
mahone,  en  1386  :  le  doge  Antoniotto  Adorno  prononça  la  sentence 
arbitrale  le  17  septembre  de  cette  année  (Mas  Latrie,  Ilist.  Ch.,  Il, 
405  et  suiv.).  La  décision  fut  approuvée  parle  nouveau  roi,  le  29  mars 
1387;  à  Gênes,  le  4  juillet  (pp.  412  et  suiv.).  Malgré  une  nouvelle  con- 
firmation du  traité  (9  octobre  1391)  par  le  roi  Jacques  (ihid.,  p.  423), 
les  Chypriotes  ne  renoncèrent  pas  à  reconquérir  Famagouste.  Des 
secours  furent  demandés  à  Venise,  en  1395  (Mas  Latrie,  dans  la  Collect. 
des  doc.  inéd.,  Mèl.  hist.,  IV,  1882,  pp.  365-66). 

3.  «  Lesquelles  visions  par  le  moyen  de  l'apostre  saint  Jaques  assés 
clerement  à  toy,  josne  Moyses,  biau-filz,  ont  esté  présentées  ou  révélées, 
comme  il  est  plus  clerement  contenu  en  l'epistre  secrète  de  doulce 
amonicion,  que  le  viel  pèlerin  naguaires  en  sa  selle...  {sic)  te  présenta  » 
{Songe  du  v.  pèlerin  (1389),  IL  f«  169). 

4.  «  Que  tu  ne  le  (le  passage)  perdes  pas  par  ta  deffaute...  et  grant 
négligence,  comme  il  est  contenu,  clerement  et  à  menu,  en  l'espistre 
secrète,  que  le  viel  pèlerin  en  s'cstude  dévotement  présenta  à  ta  royale 
Magesté  »  {Songe  du  v.  pèlerin,  II,  f"  192). 

5.  Il  renvoie  le  jeune  Charles  VI  à  cet  ouvrage  pour  y  trouver  des 
arguments  contre  les  mariages  précoces  (Song-e,  II,  f°  157). 


—  453  — 

mêmes  compositions  de  date  incertaine  :  le  Poirier  fleuri, 
traité  allégorique,  dédié  à  un  «  certain  »  prince'.  Il  y 
était  question  d'un  très  bel  arbre,  couvert  de  fleurs  innom- 
brables, dont  le  fruit  était  menacé  cependant  par  trois  vents 
différents  et  par  une  inondation  ^  Il  était  antérieur  à  VOratio 
tragcdica. 

Becquet  date  de  l'année  1382^  la  lettre  qu'adressa  Mézières 
à  Jean  Roland,  évêque  d'Amiens*,  pour  lui  recommander 
d'appeler  dans  la  ville  les  Célestins  qui  devaient  y  restaurer 
les  bonnes  mœurs  et  la  piété.  La  lettre  est  presque  un  traité, 
portant  le  titre  De  laudihus  béate  Marie  Virginis  super 
Salve  sancta  parens.  La  Bibliothèque  Nationale  de  Paris 
en  possède  le  seul  exemplaire  connu".  Jean  Roland  était 
venu,  paraît-il,  à  Paris,  pour  chercher  la  brebis  galeuse  qui 
manquait  dans  son  troupeau,  et  l'avait  trouvée  aux  Célestins, 
où  elle  se  nourrissait  des  miettes  de  leur  table  *.  Il  lui  témoi- 
gna beaucoup  de  bienveillance  et  fît  des  efforts  dignes  d'éloges 
pour  sauver  son  Ame  pécheresse.  C'est  pour  le  remercier  de 
cette  visite  que  Mézières  adressa  à  l'évêque  d'Amiens  son 
petit  traité.  Il  lui  conseillait  d'introduire  dans  sa  ville  les 
Célestins,  qui  ne  s'y  établirent  qu'en  1401. 

Pendant  qu'il  s'occupait  ainsi  à  composer  de  petits  traités 
pieux,  Philippe  n'avait  pas  oublié  le  but  principal  de  sa  vie, 
la  croisade.  Bien  qu'il  eût  cessé  pour  quelque  temps  de  prê- 
cher cette  expédition  salutaire,  il  n'avait  pas  renoncé  à  ses 
espérances.  Au  contraire,  jamais  son  zèle  ne  fut  plus  grand 
que  dans  sa  retraite  aux  Célestins.  La  guerre  sainte  devait 
recommencer,  croyait-il,  et  c'était  à  son  ordre  de  la  Passion 
que  revenait  la  glorieuse  mission  de  la  faire''. 

Un  appel  fut  adressé  par  lui  à  la  chrétienté  indifférente,  en 


1 .  Charles  VI.  «  Xec  a  memoria  tua,  o  veterane,  recédant  ea  que  satis 
clare  cuidam  magno  principi  descripcisti,  paradigma  videlicet  de  qua- 
dam  arbore  piri,  vulgari  eloquio. . .  >>  {Or.  trag..  i°  199). 

2.  «  Flores  piri  prelifi,urati  a  tribus  ventis  et  ab  inundacione  aqua- 
rum  possunt  evelli  »  {H)id.\  Cf.  Moréri,  art.  Maisicres;  Lebeuf,  X\'I,  236. 

3.  L.  c,  p.  103. 

4.  De  1376  à  1388. 

5.  Lat.  14454,  f"'^  19  v"  et  suiv. 

6.  K^"^  28  v"-30. 

7.  Becquet,  pp.  39-42. 


—  454  — 

1384'.  Dieu  lui  avait  inspiré  deux  nouvelles  tables  de  la  loi, 
pour  remplacer  celles  que  son  serviteur  avait  brisées  dans 
son  désespoir,  comme  Moïse.  Ces  secondes  tables  forment  le 
prologue  de  la  règle  et  ses  rubriques  ^  :  l'auteur  réunit  son 
nouvel  ouvrage  à  la  préface  et  à  l'épître  de  1368*  et  envoya, 
partout  où  il  espérait  trouver  des  adhérents,  le  livre  ainsi 
formé. 

Le  prologue  est  assez  insignifiant;  Philippe  j  expose  toute 
sa  vie  passée,  son  départ  pour  l'Orient,  sa  douleur  après 
l'abandon  d'Alexandrie,  ses  relations  avec  cette  fleur  du 
champ  des  lis  qui  venait  de  mourir \  Il  avait  alors  quitté  le 
monde  pour  se  netirer  sur  la  montagne  des  Célestins  ^  où  le 
Seigneur  eut  pitié  de  lui  et  lui  envoya  ses  nouveaux  ordres  *. 
Il  avait  cherché  à  les  accomplir,  bien  qu'il  doutât  quelque  peu 
du  succès  de  ses  efforts,  pendant  sa  vie  au  moins.  S'il  n'a  pu 
combattre  comme  David,  il  aura  rassemblé  au  moins  les 
matériaux  vivants  '  du  temple  futur,  matériaux  qu'il  léguera 
à  l'Ordre,  son  fils  bien-aimé.  Quand  le  temps  viendra, 
quand,  après  avoir  tué  leurs  parents  criminels,  les  péchés, 
les  soldats  du  Christ  se  dirigeront  à  travers  les  déserts  de  la 

1.  11  n'y  avait,  pour  le  moment,  rien  à  faire  avec  les /)nncfs .  La 
F'rance  était  au  pouvoir  des  oncles  du  roi,  qui  —  sauf  peut-être  le 
duc  de  Bourgogne  (Monstrelet,  1,325) —  étaient  des  gens  très  pra- 
tiques; Richard  11  avait  atteint  à  peine  sa  majorité  en  Angleterre  et 
Wenceslas  d'Allemagne  n'était  pas  précisément  l'homme  de  Mézières 
(v.  son  portrait  satirique  dans  le  Songe  du  v.  Pèlerin,  1,  f"*  62  v^-S). 
Des  dissensions  intérieures  déchiraient  la  Hongrie,  où  le  roi  Louis 
était  mort  (1382).  Venise  continuait  à  entretenir  de  bonnes  relations 
avec  le  Soudan  (nouvelles  licences  pontificales,  accordées  le  18  avril 
1384,  Cominem.,  Vlll,  n°  181;  t.  III,  p.  169);  Gênes  exceptait  les 
Turcs,  dans  son  alliance  offensive  et  défensive  avec  l'empereur  grec 
(Heyd,  IIUl.  du  commerce  du  Levant  (2°  éd.),  II,  259). 

2.  Bibliothèque  Mazarine,  1943,  ancien  1056,  f"*  45-50  v»  :  Prologus 
regulemilitarisseumiliciepasuionisJhesu  Chrisli,  ibid.,  fos 51-122:  Inci- 
pit:  Tiluli  lihrorum  régule mililaris seumilicie pnssionis  Jhesu  Chrisli. 

3.  «  Ecce  vobis  descripsi...  hancregulam. . .  triapremittendo,  vide- 
licet:  compendium  seu  prefacionem. . .  epistolam  insuper  in  préfacions 
régule  inductivam,  et  presentem  prologum,  deinde  tocius  régule  ta- 
bulam  seu  rubricas  premittendo  »  (f"  49). 

4.  F"^  45-46  v. 

5.  «  De  valle  liliorum  ad  montem  Celestinorum  »  (f"  46  v). 

6.  «  In  quo  quidem  monte  omni[no]  resperso  celesti  odore,  in  ultimo 
quadro  dierum  scribcntis,  in  spiritu  date  sint  viro  peregrino  alie  ta- 
bule due  spiriluales  »  (ibid.). 

7.  «  Scilicet  prelatos  et  canonicos  sacerdotes,  velud  aurum  sanctitate  et 
caritate  refulgentes,  et  non  minus  sacram  scripturam  annunciando  et 
predicando,  velud  argentum  bene  sonantes,  milites  vero  et  fratres  sancte 


—  455  — 

contrition  vers  le  pays  de  Chanaan\  ils  se  souviendront  peut- 
être  de  Philippinus  ',  leur  humble  fondateur. 

Suivent  les  rubriques  des  trente  livres*  qui  devaient  com- 
poser la  règle''.  L'auteur  y  renouvelle  ses  anciennes  instruc- 
tions et  en  ajoute  de  nouvelles,  de  sorte  qu'il  arrive  à  donner 
l'idée  complète  de  cette  «  monarchie  militaire,  inconnue 
((  jusqu'alors  »  qu'il  se  proposait  d'établir  en  Orient.  Le  rêve 
de  Mézières  est  assez  intéressant  et  montre  dans  cet  enthou- 
siaste, doué  d'une  imagination  puissante,  un  organisateur  très 
sage  et  d'un  grand  sens  pratique. 

Le  chef  de  la  religion  devait  être  le  prince,  comme  il  a  été 
dit  ailleurs.  11  était  élu  par  l'Ordre  entier''  et  le  Conseil  général 
pouvait  le  déposer,  s'il  se  rendait  coupable  de  fautes  graves*. 
Il  devait  habiter  dans  une  maison  spéciale,  près  du  palais  de 
l'Ordre,  présider  chaque  jour  un  Conseil  de  justice,  réunir 
à  sa  table  les  grands  officiers  et  les  chevaliers''.  Il  comman- 
dait les  troupes  en  temps  de  guerre,  on  portait  devant  lui 
un  drapeau  spécial,  et,  dans  les  très  graves  circonstances,  le 
grand  étendard,  V oriflamme  de  l'ordre®.  Comme  cet  ordre 
n'était  pas  formé,  il  n'y  avait  pas  de  prince  encore  ^ 

Mézières  énumérait  dans  le  premier  livre  les  officiers  pris 
parmi  les  chevaliers  :  ils  étaient  au  nombre  de  trente-quatre, 


religionis,  velud  es  et  ferrum,  in  bellis  fortes,  duri  bellatores  et  persé- 
vérantes, et  servientes  religionis,  velud  lapides  vivi  et  ligna  qua- 
drata. . .  »  (f"  48  v). 

1.  F"''  'i7-8. 

2.  F"  48  v°;  cf.  f"  45:  «  Ecce  Philippinus  vester,  duodecimus  suorum 
fratrum  et  sororum.  » 

3.  Chiffre  qui  a  aussi  un  sens  mystique  (f"  'i9). 

4.  Etait-elle  composée  ?  certains  passages  le  feraient  croire.  V.  f°  49  : 
«  Divisi  igitur  banc  regulam  in  xxx*  libris...  »  On  la  retrouve 
môme  dans  l'énumcration  des  morceaux  que  contient  l'opuscule.  V. 
plus  haut,  p.  454,  note  3. 

5.  V"  97. 

6.  (f  Gravissima  culpa  »  (f"  112). 

7.  F'"*  75-8.  Il  y  avait  encore  deux  tables  communes,  celle  du  pa- 
triarche et  celle  du  preccplor  cqiinrum  (f"  75). 

8.  «  Velud  apud  reges  Francie  oliflamba  »  (f"  82  v"). 

9.  M.  Molinieracru  le  retrouver  dans  le /o/mnn^'s,  dont  parle  quelque 
part  Mé/.icres:  ce  serait  un  prince  français,  l.e  nom  ])arait  plutôt  pris  au 
hasard  et  remplace,  sous  la  plume  de  >lézières.  le  X  moderne,  par  exem- 
ple. Voici  du  reste  le  passage:  «  Qualiterprinceps  in  omnibus  scripturis 
nominabit  se:  ego  talis  N,  scilicet.lohannes,  sine  cognominamento  {sic) 
princcps  et  servus  milicie  Passionis  Jhesu  Christi  »  (f"  101). 


—  456  — 

d'après  ce  nouveau  projet  ';  ils  devaient  déposer  leur  pouvoir 
dans  le  grand  chapitre  universel,  qui  se  réunissait  tous  les 
quatre  ou  six  ans"  sous  ja  présidence  d'un  dictateur,  ayant 
douze  pères  conscrits  et  douze  coadjuteurs.  Une  autre  assem- 
blée, annuelle,  le  Chapitre  général,  composé  d'un  sénateur  et 
vingt-quatre  discreti,  avait  des  attributions  moindres^.  Des 
grands  baillis  rendaient  la  justice  en  première  instance*:  le 
podestà  [potcstas)  jugeait  tous  les  procès  entre  les  habitants 
et  les  étrangers  ^  Pour  les  querelles  des  officiers,  on  devait 
essayer  d'abord  des  moyens  secrets  et  conciliatoires  :  autre- 
ment, les  chapitres  décidaient  et  en  dernière  instance  le  pape*. 
La  justice  était  organisée  d'après  le  plan  que  Mézières 
développa  en  partie  dans  le  Songe  du  vieil  Pèlerin' .  La  règle 
servait  de  loi  ;  si  ses  prescriptions  n'étaient  pas  suffisantes, 
on  recourait  au  droit  canonique  et  au  droit  civil.  Le  pa- 
triarche avait  sa  juridiction  particulière  ^  ainsi  que  les 
grands  officiers.  Il  n'y  avait  pas  d'avocats  :  toute  partie 
plaignante  devait  s'adresser  d'abord  à  un  fonctionnaire 
spécial,  qui  s'appelait  le  moderator,  ou  à  son  suppléant  ^ 
Ainsi  que  le  montre  son  nom,  ce  dernier  proposait  son  arbi- 
trage; s'il  était  refusé,  le  procès  était  entendu'"  et  chacune 
des  parties  devait  exposer  sa  requête  elle-même  ou,  si  elle  en 
était  incapable,  par  V avocat  des  pauvres^^  ou  un  autre  fonc- 
tionnaire de  l'Ordre.  Avant  de  prononcer  la  décision,  on  pro- 

1.  F"  54. 

2.  «  Patres  conscripti  »;  «  de  .iiii.in  .\i.  annis  »  (f»  54  v"). 

3.  Ihid. 

4.  Le  «  baillivus  magnus  principalis  conventus  »,  par  exemple  : 
il  rendait,  dit  l'auteur,  \a  justice  commune  (f»  54  v»). 

5.  Ihid. 

6.  Il  ne  croit  pas  cependant  que  l'occasion  put  se  présenter  jamais 
de  le  faire  (f"  111  v»). 

7.  Songe,  1,  f'"*  146  et  suiv. 

8.  F»  70.  11  ne  devra  pas  cependant  juger  leviter,  mais  mature 
(ibid.). 

9.  L'avocat,  le  consul  ou  le  référendaire  (f"  109). 

10.  «  Sine  strepitu  et  pumpa  »  (ibid.). 

11.  Sans  «  superflua  declamacione  »  (f"  109  v").  Sur  les  avocats, 
dont  la  langue  «  clique  »  toujours,  v.  So»f/e  du  v.  Pèlerin,  I,  86  ;  sur 
leur  cruauté  envers  les  pauvres  gens,  f"  137.  Mézières  demanda  à 
Charles  VI,  en  1389,  la  création  de  «  deux  advocas  proudommes,  s'il 
se  pourront  trouver,  qui  tant  seulement  plaideront  et  soustendront  les 
causes  des  vrais  povres,  ausquelx  tu  donras  bons  gaiges  et  bien  paies, 
comme  à  deux  chevaliers  »  (II,  f"  146).  Cet  avocat  des  pauvres  existait 
en  Savoie  dès  l'année  1372  (Cibrario,  Specchio  cronoloyico.  207). 


—  457  — 

posait  encore  une  fois  un  accommodement.  Les  mécontents 
pouvaient  s'adresser  au  Conseil  du  prince,  où  le  chancelier 
résumait  la  cause  et  les  débats  ;  la  sentence  était  prononcée 
ensuite  par  le  prince  lui-même  qui  prenait  l'avis  de  ses  of- 
ficiers'. On  punissait  également  les  querelleurs^  et  les  magis- 
trats qui  s'amusaient  à  rendre  les  procès  éternels''. 

A  côté  des  fonctionnaires  laïques,  qui  ne  devaient  pas  bri- 
guer leurs  charges  sous  peine  sévère,  l'auteur  avait  formé  le 
corps  des  ecclésiastiques .  Le  patriarche  en  était  le  chef:  venaient 
ensuite  les  archevêques,  les  évêques,  les  scribes,  les  cha- 
noines et  les  Hospitaliers'*.  Ils  étaient  chargés,  bien  entendu, 
du  service  divin,  qui  devait  se  célébrer  d'une  manière  spé- 
ciale. La  présence  à  l'église  était  obligatoire,  les  enfants  mêmes 
devaient  y  aller''.  La  règle  ordonnait  qu'on  portât  des  haires 
chaque  samedi".  Le  patriarche  officiait  en  personne  dans 
la  grande  église  du  couvent  principal  :  il  y  avait  des  orgues 
et  môme  des  trompettes  d'argent  et  des  instruments  de  toute 
nature,  dont  on  jouait  pendant  la  messe.  Les  cloches 
devaient  sonner  comme  à  Rome,  à  Saint-Pierre  et  à  Saint- 
Jean  de  Latran". 

Les  simples  chevaliers  devaient  être  au  nombre  de  100,000 
au  moins  et,  dès  l'arrivée  en  Terre-Sainte,  des  conditions 
étaient  fixées  pour  leur  admission.  Ils  devaient  se  purifier 
longtemps  auparavant,  on  les  amenait  ensuite  devant  le 
prince,  le  patriarche  et  les  officiers*.  On  bénissait  leurs  per- 
sonnes et  leurs  épées,  puis  le  prince  leur  en  donnait  une  de 
sa  propre  main.  Lo  nouveau  reçu  faisait  les  quatre  vœux  de 
l'Ordre  et  allait  ensuite  à  l'église  ;  un  prandiimi  jocunditatis 
terminait  la  fête'. 

Le  chevalier  était  dorénavant  quelque  chose  par  son  Ordre 

1.  Dans  le  grand  consistoire  ou  le  consistoire  quotidien  (f"^  72-2  v»). 

2.  F»  110. 

3.  F»  87  v"  :  «  De  culpa  prolongandi  litigia,  eiongandi  a  dulci  uni- 
tate  pacis  et  concordie. . .  » 

4.  F°  64  v°. 

5.  Tous  les  membres  de  la  communauté  devaient  se  confesser  une 
fois  par  mois,  au  moins  (f"  58  v"). 

6.  «  Omni  feria  sexta  ad  carnem  utentur  camisiis  staminiis,  et  non 
lineis,  et  mantello  de  sacco  »  (f"  GO). 

7.  F<"=  60-61  V". 

8.  F»  98. 

9.  F"s  98  v"-9  vo. 


—  458  — 

seulement.  11  ne  pouvait  pas  avoir  de  biens  et  il  devait 
rendre  compte  de  ceux  qui  lui  était  confiés  par  la  commu- 
nauté*. La  table  était  commune  aussi.  Il  ne  pouvait  pas  quit- 
ter son  Ordre  ni  revenir  en  Occident^ 

On  soumettait  les  femmes  aux  mêmes  règles.  Elles  aussi'' 
devaient  prêter  serment  et  mener  une  vie  très  retirée.  Les  che- 
valiers ne  pouvaient  pas  sortir  après  une  certaine  heure  de  la 
nuit,  elles  étaient  tenues  aussi  de  passer  presque  tout  leur  temps 
à  la  maison,  comme  des  recluses,  dit  rauteur\  Leur  vie  devait 
être  très  chaste  et  très  pure,  ajoute-t-il;  si  les  veuves  pou- 
vaient se  marier  indéfiniment,  c'était  dans  l'intérêt  de  ^Ordre^ 
Tout  bavardage  et  toute  dispute  étaient  défendus  sévèrement*^; 
les  jeux  étaient  prohibés  après  l'âge  de  14  ans'^,  pour  les  filles 
comme  pour  les  garçons;  un  chapitre  spécial  fixait  les  livres, 
latins  ou  de  langue  vulgaire,  qu'on  pouvait  lire  pour  passer 
le  temps,  et  ceux  qui  étaient  défendus  ^  Les  jongleurs  étaient 
sévèrement  éloignés  de  cette  société  austère''.  La  femme  devait 
se  consacrer  surtout  à  sa  famille,  élever  des  enfants  vigoureux, 
dans  cette  Sparte  chrétienne,  les  nourrir  elle-même  comme 
la  Vierge  et  la  mère  de  saint  Bernard'",  ne  pas  les  aimer  ex- 
cessivement —  il  y  avait  des  punitions  pour  celles  ou  ceux 
qui  s'en  rendaient  coupables",  —  les  punir  en  cas  de  néces- 
sité, mais  sans  cruauté,  ce  qui  était  encore  défendu '^ 


1.  F<»*  90,  92.  Ce  qui  n'excluait  pas  les  héritages,  la  mort  du  chevalier 
dégageant  ses  biens. 

2.  F»*-  89-9  V. 

3.  po  99. 

4.  «  Quasi  recluse  esse  debeant  in  domibus  propriis,  et  qualiter 
cavere  debeant  ab  omni  vagacione  »  (f°  106). 

5.  F»  105  v». 

6.  «  De  silencio  honesto  mulierura  »  (f»  106).  «  Qualiter  mulieres 
religionis  sancte  refrenare  debeant  linguas  proprias  et  cavere  a  de- 
tracti.one,  murmuracione  et  litigio  »  (f°  106  v). 

7.  F°  91  V. 

8.  «  Quales  libres  seu  quales  istorias  regiminis  seubellorum,  morales 
aut  naturales,  ultra  sacram  scripturam  docendo  et  animando  milites 
nostre  sancte  religionis  et  eciam  uxores  ipsoruin  tempore  ocii  et  in 
expedicionibus,  in  vulgari  seu  latino  sermone,  comuniter  legentur  et  a 
quibus  libris  et  istoriis  religio  nostra  sancta  cavere  debeat  »  (f"  91  v"). 

9.  «  ...  Istos  joculatores  communes  principum  et  dominorum  secu- 
larium  ante  ipsos  pulsare  seu  ludere  in  aulis  nec  alibi  »  (f"  91  v°). 

10.  F"  106  v». 

11.  F»  106  v".  Le  chapitre  est  déclaré  être  supprimé,  sur  la  marge. 

12.  «  De   nimia  crudelitate   aliquorum  religiosorum    in  castigando 
uxorem,  filios  et  familiam  »  (f°  87  v"). 


—  459  — 

Les  jeunes  garçons  pouvaient  succéder  à  leurs  pères,  s'ils 
en  étaient  dignes \  Jusqu'alors  l'Ordre  se  préoccupait  sérieu- 
sement de  leur  éducation.  Ils  étaient  envoyés  en  Occident  pour 
y  apprendre  les  langues'  ou  élevés  dans  une  des  nombreuses 
écoles  locales.  Il  y  en  avait  pour  les  clercs,  qui  devaient  montrer, 
comme  dans  l'Eglise  primitive,  une  dévotion  spéciale  pour  rece- 
voir la  tonsure,  et  pour  les  laïques.  On  y  apprenait  la  musique, 
les  arts  libéraux,  le  droit  canonique  et  autre,  la  médecine  même, 
qui  n'était  pas  prohibée  comme  l'astrologie,  le  latin,  que  de- 
vaient connaître  même  ceux  qui  se  destinaient  à  combattre'',  le 
grec,  les  langues  orientales,  le  chaldéen  ou  «  le  sarrasinois  »,  le 
tartare  et  l'arménien*.  La  règle  contenait  beaucoup  d'autres 
chapitres  encore,  dont  le  classement  serait  assez  difficile.  Les 
uns  concernaient  la  monnaie,  qui  devait  être  de  très  bon  aloi  et 
dont  on  devait  empêcher  l'exportation  par  des  mesures  spécia- 
les^; les  autres  se  rapportaient  aux  ambassadeurs  qui  devaient 
résider  k  la  cour  du  pape  et  des  princes  occidentaux*,  aux  guerres 
et  aux  différents  engins  qu'on  pouvait  y  employer",  etc.  C'était 
une  véritable  constitution  très  précise  et  très  détaillée,  destinée 
à  faire  merveille  si  jamais  on  l'appliquait.  Rien  ne  manquait 
plus  que  les  soldats  qui  devaient  vivre  sous  cette  règle.  Ils  ne  se 
hâtèrent  pas  d'accourir  et  Mézières  ne  recommencera  ses  efforts 
que  vers  l'année  1392,  quand  l'approche  de  la  paix  entre  les  rois 
de  France  et  d'Angleterre  lui  donnera  de  nouvelles  espérances. 

C'est  vers  l'année  138G  ou  1387  que  Mézières  écrivit 
deux  petits  traités  mystiques,  la  Contemplât io  hore  mortis^ 


1.  F»  105  V". 

2.  «  Pro  linguis  adi?cendis  »  (fo  100). 

3.  «  Suflicit  eis  quod  sciant  usualiter  loqui  latinum,  légère  et  scri- 
berc  »  (f"  103  v). 

'i.  «  Usualiter  linguam  caldeicam  seu  arrabicam,  vcl  sarraceiiicam  », 
«  linguam  tartaricam...  linguam  grccam...  linguam  bermenicam  » 
(f"  103).  Dans  une  première  école,  les  enfants  de  5  à  6  ans  apprenaient 
à  parler  le  latin  (ibid.). 

5.  «  Semper  tidelis  et  non  ficta  (f"  102  v°). 

6.  F»  89  v°. 

7.  F°*  78  et  suiv.  Mézières  propose  ailleurs  de  nommer  un  cbe- 
valicr  éclairé  et  un  clore,  pour  écrire  les  cbroniques  de  l'Ordre  (f"  69). 

8.  Lebeuf  la  croyait  écrite  «  vers  l'an  1392,  sentant  sa  fin  appro- 
cher »  (XVII,  50).  C'est  impossible,  puisque  le  pape  Urbain  VI  y  est 
représenté  comme  vivant  (-1- octobre  l.'iSi»).  L'auteur  discute  le  sdnsme 
comme  un  événement  assez  récent  (i""  20 'i  v"  et  suiv.).  Enfin,  il  déclare 
lui  même  être  âgé  de  ))lus  de  cinquante  ans  (f"  197)  :  «  Quia  non 


-  460  — 

et  le  Soliloqiihmi  peccatons\  Ils  furent  précédés  par  un  pre- 
mier testament,  s'occupant  de  ses  biens  et  de  son  ârae,  dit-il^ 
testament  qui  ne  nous  a  pas  été  conservé.  Ces  ouvrages  ont 
un  intérêt  médiocre  ;  ils  sont  de  pure  rhétorique. 

C'est  à  cette  époque  que  commencèrent  des  relations  sui- 
vies entre  Philippe  de  Mézières  et  Pierre  de  Luxembourg. 
Pierre  était  venu  à  Paris,  âgé  de  huit  ans  à  peine'\  pour  y  étu- 
dier: doux  de  ses  familiers  l'accompagnaient.  Il  prit  à  son  ser- 
vice, après  son  arrivée  «  Guy  de  Maisières  »,  probablement  quel- 
que parent  de  Philippe*.  L'enfant  menait  une  vie  très  austère, 
il  négligeait  son  corps"  et  se  flagellait  jusqu'au  sang*;  il  mani- 
festa même  le  désir  de  se  retirer  pour  toujours  aux  Célestins''. 
Ses  parents  s'y  opposèrent  et  Philippe,  «  un  grand  noble  )),ditun 


solum  .xxxvin.  annis,  quam  ymo  (quinimo)  quinquaginta  et  ultra  in 
lecto  peccatorum  paraliticus  jacuisti.  »  Cette  date  ne  peut  pas  signifier 
50  ans  passés  au  milieu  des  péchés,  après  qu'il  eut  alleinl  la  maturilé. 
Cf.  f°  188  :  «  Qui  (Deus)  sua  pietate,  non  solum  .xv.  annos  pueritie 
mee  ad  vitam  crescendo  adjunxit.  quamvero  .xx.\.  et  ultra  au  juven- 
tutem  meam  multiplicavit.  » 

1.  Même  date  de  1392,  ap.  Lebeuf,  /.  c.  L'auteur  déclare  avoir 
navigué  pendant  soixante  ans  («  per  hoc  mare...  l'ère  .lx.  annis  navi- 
gavi  »  ;  f"  228).  On  ne  peut  pas  élever,  ici  non  plus,  l'objection  discutée 
plus  haut,  l'auteur  étant  déjà  mort  en  l'i07,  quand  il  aurait  atteint, 
d'après  ce  calcul,  ses  80  ans. 

2.  «  Scripsi  enim  alibi  testamentum  meum  seu  ultimam  volun- 
tatem,  videlicet  de  divisione  seu  legacione  bonorum  temporalium, 
utique  paucorum  (?)  ...  ac  de  sepultura  mea  et  officio  funeris.  »  (Ar- 
senal, ms.  409,  f"  197  v").  Ce  testament  ne  peut  pas  être  celui  (ju'il 
écrivit  après  l'année  1387  (en  1392)  et  qui  ne  contient  pas  la  legacio 
bonorum  mentionnée.  C'est  probablement  celui  que  mentionne  ce  tes- 
tament français  (Ms.  de  l'Arsenal,  409,  f°  241):  «  ...  des  biens temporeuz 
que  Dieu  li  a  habondemment  preste  pour  sa  nécessité,  il  a  escript  de  sa 
main  son  testament  et  esleu  les  dessus  dis  sergans  de  Dieu,  Cellestins 
et  autres,  ses  pères  et  frères  espirituculz,  ses  commissaires.  »  11  est 
mentionné  aussi  dans  la  déclaration  des  héritiers. 

3.  Procès  de  Pierre  de  Luxembourg,  Acla  Sanctorum,  juillet,  I,  531 
(commencement  de  l'année  1390).  Nous  n'avons  pas  utilisé  une  vie  du 
saint,  qui  se  trouve  à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal  (v.  Froissart,  éd. 
Kervyn,  XIII,  pp.  333  et  suiv.)  et  qui  pourrait  bien  contenir  des  ren- 
seignements intéressants  sur  Philippe  de  Mézières  lui-même.  Ce  ms. 
provenait  des  Célestins. 

4.  «  A  tempore  quo...  erat  etatis  viii  annorum  vel  circa,  d.  loquens 
fuitcumeoconversatus,  et  primo  Parisiis.  »  «...  Commensalisetcubicu- 
larius  tam  Parisiis,  in  Lotharingia  et  Picardia,  quam  hic  Avenione.  » 
(ibid.). 

5.  Témoignage  d'Ltienne  Alant,  autre  cubiculaire  du  saint  {Ad. 
Sanct.,  p.  536). 

6.  Ibid.,  p.  534. 

7.  «  Et  quidem  Coelestinorum  Ordini...  ex  animo  se  addixisset,  ni... 
obstitissent  parentes...  »  (Becquet,  28). 


—  461  — 

des  témoins  du  procès  de  Pierre,  «  très  riche,  qui  avait  quitté 
«  les  biens  et  les  honneurs  et  vivait  d'après  la  règle  des 
«  Célestins,  de  sorte  qu'il  était  considéré  comme  le  plus 
«  dévot  parmi  les  dévots  de  Paris  »',  entremit  ses  conseils 
pour  le  faire  changer  de  décision  ^ 

En  1384,  Pierre  de  Luxembourg  fut  nommé  évoque  de 
Metz  et  quitta  Paris  pour  aller  dans  son  diocèse.  Puis, 
ayant  été  nommé  cardinal  malgré  son  extrême  jeunesse  et  ses 
scrupules  pieux,  il  se  prépara  à  partir  pour  Avignon,  où  il 
trouva  la  mort  (1387). 

Les  relations  avec  Philippe  continuèrent  pendant  le  second 
séjour  à  Paris  du  cardinal.  Pierre  de  Luxembourg  allait  aux 
Célestins  avec  Guy  de  Mézières  ou  quelque  autre  de  ses  fami- 
liers pour  s'y  entretenir  avec  son  ami.  Ils  entraient  tous  les 
deux  dans  la  chapelle  bâtie  par  ce  dernier  et  conversaient  pen- 
dant longtemps  sur  les  aftaires  de  la  foi  et  la  manière  de 
vivre  des  Célestins  et  des  Chartreux'.  Ils  lisaient  ensemble 
les  Vies  des  Saints  et  d'autres  livres  de  piété,  que  le  cardinal 
emportait  souvent  pour  les  faire  copier  par  Guy  et  par  ses  autres 
clercs''.  Ce  dernier  l'entendait  parfois  citer  à  table  et  ailleurs 
les  paroles  qu'il  avait  entendu  dire  par  Philippe^  Ses  visites 
aux  Célestins  étaient  très  nombreuses,  deux  ou  trois  fois 
par  semaine",  et,  de  plus,  le  cardinal  se  rendait  au  couvent 
quand  il  ne  pouvait  pas  voir  le  roi  à  l'hôtel  de  Saint-Pol'. 

Mézières  ne  parle  qu'une  seule  fois  de  son  ami  Pierre  de 
Luxembourg:  «  le  très  noble  et  très  innocent  »  prélat  lui 
aurait  conseillé  de  reconnaître  le  vrai  pape  Clément  VIP. 
Son  influence  dut  être  très  grande  sur  le  jeune  cardinal  ; 
c'est  à  elle  peut-être  qu'il  faut  attribuer  le  projet  qu'il  forma 


1.  «  Interrogatus  cujus  famae  erat  dictus  dominus  Philippus?  Dixit, 
quod  magnus  nobilis  erat  et  dives,  sed  mundi  divitias  et  honores  dimisit 
et  tenebat  vitam  Caelestinorum,  et  iiiter  caeteros  dévotes  Parisiis  de- 
votissimus  reputabatur  »  (Act.  Sancl.,  pp.  548-9). 

2.  «  Quibus  in  exercitationibus...  sanctae  mediocritati.s  limites  non 
modice  excessisset,  nisi  meliorem  eimentem  dedisset...  magnus  servus 
Dei,  nomine  Philippus  de  Mazieres  »  (p.  518). 

3.  Pp.  548,  549. 

4.  Ihid.,  548. 

5.  P.  549  (XF  témoin). 

6.  Pp.  548-9. 

7.  Témoin  \n,  P.  Dallovargue,  ihid.,  p.  549. 

8.  Songe  du  v.  pèlerin,  I,  f"  113  v» 


-  462  — 

vers  cette  époque,  de  prendre  avec  lui  trois  maîtres  en  théo- 
logie et  trois  docteurs  en  décrets  et  de  traverser,  en  prêchant, 
la  chrétienté  entière'.  Guy  de  Mézières  et  Pierre  d'Ailly  se 
trouvaient  parmi  ceux  qu'il  avait  choisis  pour  cette  mission ^ 
Ce  dernier  demanda  la  canonisation  de  Pierre  au  nom  du 
roi  de  France,  en  1389'. 

Pierre  de  Luxembourg  quitta  Paris  en  1387;  quelque  temps 
auparavant  un  autre  personnage  y  venait  de  bien  loin,  pour 
demander  du  secours  à  la  chrétienté  occidentale.  Il  devait 
être  pendant  quelques  années  l'ami  de  Mézières  et  le  fau- 
teur de  ses  projets  :  c'était  Léon  de  Lusignan,  roi  d'Arménie. 

Le  roi  Léon  VI,  que  le  pape  recommandait  si  chaleureuse- 
sement  aux  Arméniens  au  moment  de  l'expédition  de  Pierre  P'", 
venait  de  finir  un  règne  désastreux.  Après  son  arrivée  dans 
Sis  assiégée  (26  juillet  1374),  où  l'avaient  appelé  les 
vœux  des  Arméniens,  une  expédition  de  l'émir  d'Alep  avait 
amené  (avril)  la  soumission  du  pays  et  la  prise  du  roi  et  de 
sa  famille,  qui  furent  enfermés  dans  le  château  du  Caire  en 
juillet  1375.  Leur  captivité  fut  longue  et  dure.  Léon  ne  parvint 
à  obtenir  sa  liberté  que  grâce  aux  sollicitations  du  roi  de 
Castille\  dont  il  avait  fait  demander  l'intervention  en  1380 
par  le  cordelier  JeanDardel,  son  confesseur".  Il  partit  pour 
l'Europe  après  sept  ans  de  captivité  (7  octobre  1382),  visita  le 
pape  Clément  VII,  le  duc  d'Anjou'^  et  s'arrêta  en  Castille,  où 
il  fut  pendant  longtemps  l'hôte  du  roi  Jean  I",  qui  lui  donna 
les  seigneuries  de  Madrid,  Villareal  et  Andujar '. 

1.  Act.  Sancl.,  p.  551.  Il  voulait  visiter  entre  autres  Amiens,  on  se 
trouvait  la  tête  de  saint  Jean,  la  chapelle  de  la  Vierge  («  locum  d. 
Mariae  »)  à  Boulogne-sur-Mer  et  le  tombea^u  de  saint  Thomas  Becket  à 
Cantorbéry  (ïbid.,  p.  548). 

2.  P.  551. 

3.  P.  609  (le  16  juin  1389). 

4.  Buchon,  Recherches  et  éclaircissements,  p.  409.  Cf.  Saint-Martin  dans 
les  Mém.  Ac.  Inscr.,  XII,  2«  partie,  pp.  147  et  suiv.  et  Jlist.  ami.  des 
crois.,  I,  722.  —  La  découverte  de  la  Chronique  de  Dardel  par  M. 
Ulysse  Robert  vient  de  renouveler  le  sujet.  V.  sur  cette  partie  de  la 
vie  de  Léon  les  pp.  41  et  suiv.  (I/ist.  arm.,  11).  Sur  d'autres  interven- 
tions, V.  Dardel,  pp.  92-5.  La  Bibl.  de  la  ville,  à  Leipzig,  contient  la 
réponse  de  Charles  IV  aux  prières  de  Léon  VI  (Rep.  n,  fol.  171,  f»  11). 

5.  Dardel,  pp.  95  et  suiv. 

6.  Dardel,  pp.  107-8;  Res  gestae  ab  anno  MCCCLXXXIII-MCCCCV, 
dans  les  Chroniques  relatives  à  Vhisl.  de  Relg.,  éd.  Kervyn,  Bruxelles, 
1857,  209. 

7.  Gonzalèsd'Avila,  TAca/ro...,  p.  152,  cité  dans  les /Tis^.  ar/n.,  I,  739. 


—  463  — 

Il  ne  pouvait  pas  se  résigner  cependant  à  abandonner  toute 
espérance  de  revenir  dans  son  pays.  II  avait  imploré  le  secours 
du  roi  de  Castille  qui,  tout  en  lui  promettant  une  flotte, 
lui  conseilla  de  voir  son  voisin,  Charles  VI'.  Léon  arriva 
à  Paris  le  30  juin  1384^  II  fut  amené  par  des  messagers  du 
roi  à  son  hôteP,  et  fut  très  bien  reçu  par  Charles  VI  et  ses 
oncles.  Une  grande  fête  fut  donnée  en  son  honneur'*  et  une 
pension  assignée  pour  son  entretien''.  Il  s'établit  à  Paris,  où 
il  habitait  l'hôtel  des  Tournelles^  C'était  un  homme  petit  de 
taille,  mais  do  grande  vertu,  très  intelligent,  très  perspicace 
et  très  affable,  «  et  il  montrait  dans  toutes  ses  habitudes 
«  l'élégance  agréable,  qui  distingue  un  grand  prince'.   » 

Des  relations  amicales  ne  tardèrent  pas  à  s'établir  entre 
le  roi  dépossédé  et  le  champion  de  la  croisade  \  Ils  avaient  tous 
les  deux  le  même  but  :  soulever  encore  une  fois  la  chrétienté 
occidentale  et  la  diriger  vers  l'Orient  pour  y  restaurer  les 
anciens  royaumes  catholiques,  de  l'Arménie  et  de  Jérusalem. 
Dès  son  arrivée  à  Paris",  Léon  avait  fait  déjà  des  demandes 
dans  ce  sens  :  la  guerre  entre  la  France  et  l'Angleterre  empê- 
chait cependant  toute  intervention  en  sa  faveur.  II  devait 
donc  employer  ses  efforts  pour  apaiser  cette  discorde.  C'était 
aussi  l'opinion  de  Mézières. 


1.  Rel.  de  S.  Denis,  éd.  Bellaguet  (Coll.  des  doc.  inédits),  I,  325. 

2.  Ibid.  Res  gestae,  p.  209,  Dardel,  p.  108. 

3.  «  Regale  palacium  »,  l'hôtel  du  Louvre  (v.  Dardel,  108). 

4.  «  Eique  fecit  magnum  festum  »  {Res  yestae,  l.  c). 

5.  Rel.  de  S.  Denis,  327  ;  J.-Juv.  des  Ursins,  éd.  Michaud  et  Pou- 
joulat,  II,  362;  Bibl.  nat.  Pièces  orig.  Arménie,  213,  ap.  Jarry.  o.  c, 
p.  25. 

6.  D'où  est  daté  son  testament  (v.  p.  479).  Il  reçut  aussi  en  don  le 
château  de  Saint-Ouen  (Froissart,  éd.  Kervyn,  XI,'  229,  233  et  suiv.). 

7.  «  Nam,  quamvis  esset  statura  pusillus,  magna  tamen  regnabat 
virtns  in  exiguo  corpore.  Vivacis  erat  ingenii,  et  in  agilibus  gerens 
oculum  perspicacem,  verbo  et  aff'abilitate  coinmendabilis  existebat,  et 
tota  sua  liabitudine  venustam  principis  eximii  eleganciam  preten- 
debat  «  (Rel.  de  S.  Denis,  pp.  320-2).  11  fut  toujours  auprès  du  roi 
dans  les  grandes  solennités,  le  tournoi  de  Saint-Denis,  le  mariage 
d'Amédée  VI II  de  Savoie  {Dominici  Machanei  Chronicon,  Mon.  hist. 
Patriac  de  Turin,  vS'5.  I,  c.  746). 

8.  Il  est  intéressant  de  remarquer  que  Léon  VI,  prince  assez  cheva- 
leresque, était,  comme  le  roi  Jean  et  Pierre  de  Chypre,  le  créateur 
d'un  Ordre  :  l'Ordre  «  de  la  Haiche  »  (Dardel,  p.  52). 

9.  Dans  le  conseil  («in  consistorio  Principum  ))\  dit  le  Religieux 
de  S.  Denis,  1,  327. 


—  464  — 

Après  l'expédition  de  l'évêque  de  Norwich,  les  hostilités 
entre  les  deux  nations  avaient  été  interrompues  par  une  trêve, 
en  1384.  Cette  trêve  expirait  au  commencement  de  l'année 
1386  et  le  Conseil  du  roi  se  rassembla  pour  décider  s'il  ne  valait 
pas  mieux  recommencer  la  guerre,  à  cause  des  nombreuses 
violations  du  traité  commises  par  les  ennemis.  Les  adver- 
saires de  la  guerre  s'adressèrent  alors  au  roi  d'Arménie  qui, 
ne  connaissant  pas  suffisamment  ni  le  latin  ni  le  français' , 
n'avait  pas  pris  la  parole.  Son  discours  fut  écouté  avec 
bienveillance:  il  conseillait  la  paix  malgré  les  mauvaises  dis- 
positions des  Anglais,  qui  s'attireraient  seuls,  s'ils  persis- 
taient, le  reproche  d'être  orgueilleux.  Il  n'avait  aucune 
relation  avec  eux,  il  s'offrait  cependant  à  aller  à  Londres,  es- 
pérant les  convaincre  aussi.  Son  avis  fut  adopté  par  le  Conseil 
et  Léon  se  dirigea  vers  Douvres  avec  une  brillante  suite.  Il  fut 
bien  reçu  par  le  roi  lui-même,  qui  vint  à  sa  rencontre  et  lui 
donna  le  baiser  de  paix.  Des  conférences  furent  tenues  quelques 
jours  après  son  arrivée^  :  il  exposa  l'état  déplorable  de 
l'Orient,  qui  souffrait  depuis  soixante  ans  les  cruautés  et  les 
dévastations  des  Sarrasins,  et  les  espérances  qu'on  avait  fon- 
dées sur  son  intervention.  La  guerre  entre  chrétiens,  cette 
guerre  honteuse  et  inutile,  puisque  toutes  les  conquêtes  avaient 
été  perdues,  devait  cesser  pour  la  confusion  des  ennemis  de 
la  croix'*.  C'est  ainsi  qu'on  pourrait  reprendre  aux  Infidèles 
Bethléem  et  Sion. 

Le  roi  d'Angleterre  se  montra  disposé  à  conclure  une  paix 
définitive.  Il  lui  annonça  le  prochain  départ  de  ses  ambassa- 
deurs, l'exhorta  à  continuer  ses  efforts  et  manifesta  même  le 
désir  de  parler  au  roi  Charles*.  Léon  revint  en  France  avec  de 
riches  présents,  qui  lui  furent  malheureusement  dérobés  par  des 


1.  «  Virum  utique  vivacis  ingenii  oculique  perspicacis...  qui,  quamvis 
hucusque  silencium  in  colloquiis  regiis  tenuisset,  cum  lingue  latine 
periciam  val  sponte  fluens  ydioma  gallicum  non  haberet...  »  {ibid., 
pp.  418  et  suiv.). 

2.  Au  mois  de  novembre  1385?  V.  Rymer,  IIP,  186. 

3.  «  Ad  confusionem  adversariorum  Crucifixi  et  ad  disrumpendum 
christicolarum  jugum,  qui,  per  Orientem  dispersi,  vestrum  subsidium, 
serenissimi  principes,  de  die  in  diem  prestolantur  et  humiliter  effla- 
gitant  »,  (ibid.,  p.  422);  Froissart,  XII,  pp.  12  et  suiv. 

4.  Rel.  de  S.  Denis,  I,  p.  427. 


—  465  — 

voleurs  à  Pari  s  \  Des  ambassadeurs  anglais    furent  envoyés 
le  22  janvier  do  la  même  année'. 

On  espérait  en  France  que  Richard  II  lui-même  viendrait 
s'entendre  avec  Charles  VI  :  ce  dernier  se  dirigea  vers  Bou- 
logne avec  sa  noblesse.  Quand  on  sut  que  des  chevaliers  seuls 
avaient  été  envoyés  pour  les  négociations,  le  roi  revint  à 
Paris  et  des  conférences  commencèrent  à  Lélinghem,  entre 
Calais  et  Boulogne.  Elles  ne  réussirent  pas  cependant  et  on 
put  craindre  un  moment  que  le  roi  de  France  ne  débarquât 
en  Angleterre  avec  la  grande  armée  qu'il  avait  rassemblée 
dans  ce  but  et  qui  ne  partit  jamais  '\  Puis,  bien  que  la  trêve 
ne  fût  pas  renouvelée,  les  choses  restèrent  dans  le  môme  état 
qu'auparavant  :  il  n'y  eut  qu'une  tentative  d'invasion  en 
Saintonge,  de  la  part  du  comte  d'Arundel,  en  juin  1388  \  Le 
2  décembre  de  cette  même  année  1388,  Charles  VI  était  déclaré 
majeur,  sur  la  proposition  du  cardinal  de  Laon''. 

Cet  événement  rendit  les  espérances  de  Mézières  plus 
brillantes  que  jamais.  Il  avait  une  grande  influence  sur  ce 
jeune  roi  dont  il  avait  été  le  fauconnier ,  et  il  le  connaissait 
assez  bien  pour  attendre  de  lui  la  réalisation  de  ses  projets. 

En  effet,  la  majorité  de  Charles  VI  apporta  beaucoup  de 
changements  dans  le  gouvernement  de  la  France.  Des  mesures 
sévères  furent  prises  contre  les  fonctionnaires  qui  avaient 
abusé  de  l'appui  qu'ils  avaient  trouvé  auprès  des  oncles  du  roi 
pour  s'enrichir  aux  dépens  du  peuple.  Le  seigneur  de  Béthisy 
mourut  pendant  le  voyage  du  roi  dans  le  Midi,  en  invoquant 
son  aninen  protecteur,  le  duc  de  Berri  ^  Les  négociations 
recommencèrent  avec  l'Angleterre  et  bientôt  la  trêve  de  Lélin- 
ghem (18  juin  1389)  mit  fin  aux  hostilités  entre  les  deux  grandes 
puissances  de  l'Occident.  Charles  VI  songeait,  tout  en  menant 
joyeuse  vie,  <(  danses,  caroles  et  soûlas  »  ',  une  grande  expé- 

1.  Ibid.  Il  n'aurait  accepté  qu'un  anneau  d'une  valeur  de  100  francs 
(Froissart,  éd.  Kervyn,  XII,  18). 

2.  «  Ad  rc(iuestam  régis  Armeniae  »  (lîymer,  Foedera.  HT'  (1740), 
p.  191). 

3.  h'el.  de  S.  Denis,  I,  'i2()-8  ;  Froissart,  /.  c. 

4.  Froissart,  XllI,  146-158,  273-6. 

5.  Rel.  de  S.  Denis,  I,  560-2.  Froissart,  p.  278. 

6.  Froissart,  XIV,  70.  Le  gouvernement  du  Languedoc  fut  repris  au 
duc  et  donné  au  sire  de  (.'lievreuse.  Les  impôts  furent  aussi  diminués. 

7.  «    Car  c'estoient   tous    reviaulx,    danses,    carolz  et   suulas  tous 

N.  JoROA.  Philippe  de  Mézières.  30 


—  466  — 

dition  en  Italie  qui  mettrait  fin  au  schisme',  et  une  nouvelle 
guerre  sainte,  un  nouveau  voyage  qui  briserait  les  forces  du 
terrible  «  Amurath-Bacquin  «  ■  et  l'amènerait  à  la  restitution 
du  royaume  d'Arménie  ^ 

C'était  donc  le  roi  idéal  de  Mézières  que  ce  prince  jeune 
et  aventureux,  qui  rêvait,  tout  en  réorganisant  son  royaume, 
de  conquêtes  lointaines  et  de  guerres  brillantes  contre  les  Infi- 
dèles'*. Après  de  longues  années  d'attente,  pendant  lesquelles 
il  avait  presque  désespéré  du  succès  de  sa  cause,  un  nouveau 
combattant  du  Christ  se  levait  pour  poursuivre  ces  projets 
pieux.  Infiniment  plus  puissant  que  son  ancien  maître,  le  roi 
de  Chypre,  et  tout  aussi  brave  que  lui,  Charles  VI  était  certai- 
nement le  prince  destiné  à  délivrer  la  Terre-Sainte.  Des  visions 
merveilleuses,  des  révélations  secrètes  avaient  annoncé  déjà 
sa  mission  ~'  ;  les  Sarrasins  craignaient  de  nouveau  pour  leur 
existence.  Le  roi  d'Angleterre,  devenu  l'ami  de  son  ancien 
adversaire,  était  tout  disposé  à  réunir  sa  puissance  à  celle 
des  Français  et  peut-être  même,  devant  ce  brillant  exemple, 
la  chrétienté  entière,  avec  un  seul  pape  à  sa  tête,  oublierait- 
elle  toutes  les  préoccupations  profanes  pour  se  réunir  aux 
champions  de  la  foi  et  rétablir  le  royaume  de  Jérusalem. 

Plus  confiant  que  jamais  dans  le  succès  de  la  croisade,  il  se 
mit  à  écrire  de  nouveau  en  sa  faveur  des  traités  et  des  épîtres, 
des  appels  à  la  chrétienté  et  de  beaux  romans  allégoriques. 

Il  avait  composé,  avant  cette  date  de  1389,  le  Songe  du 


les  jours  et  toutes  les  nuits  au  recommenchier   »  (Froissart,  ibid., 
p.  43). 

1.  Il  confia  au  duc  de  Bourgogne  (après  la  mort  d'Urbain  VI, 
18  oct.  1389)  son  intention  d'aller  «  à  puissance  de  gens  d'armes  » 
pour  restituer  le  vrai  pape  dans  son  siège,  à  Rome,  et  puis  «  destruire 
tous  incredureté  »  (Froissart,  ihid.,  p.  85).  Il  devait  être  accompagné 
par  le  comte  de  Savoie,  les  ducs  de  Touraine,  de  Berri,  de  Bourgogne 
et  de  Bourbon,  le  connétable,  comte  de  S.  Pol,  et  le  sire  de  Coucy.  Cette 
expédition  avait  cependant  des  buts  différents  aussi  (Jarry,  Loiiia  d'Or- 
léans, pp.  67  et  suiv.  ;  la  Voie  de  fait,  l.  c.  et  le  chapitre  m  de  notre 
Thomas  III  de  Saluces). 

2.  Froissart,  L  c.  pp.  386-7  :  «  Mettre  sus  ung  voiage  et  aler  veoir 
celluy  Amorath-Bacquin  et  recouvrer  le  royaulme  d'Ermenie.  » 

3.  l'ne  ligue  contre  Amurat  fut  conclue  en  nov.-déc.  1388  entre 
Chypre.  Péra,  Métélin,  Rhodes  et  la  mahone  de  Chio  {Alli  délia  soc. 
ligure  di  st.  palria,  XIII,  fasc.  5,  pp.  953  et  suiv.). 

4  II  envoie,  en  1393,  des  ornements  pour  une  chapelle,  à  Jérusalem 
(Moranvillé,  dans  la  Bibl.  Ec.  Ch.,  1888,  pp.  389-90). 
5.  V.  p.  30,  note  1. 


—  407  — 

povre  Pèlerin,  ouvrage  malheureusement  perdu,  sur  lequel 
on  no  trouve  que  des  renseignements  assez  incomplets  dans 
le  Songe  du  vieil  Pèlerin^.  Il  était  dédié  à  son  «  ami  singu- 
«  lier  »,  «  le  gracieux  forestier  »  et  à  sa  femme,  «  la  blanche 
«  flour  au  chapel  vermoil  dccouppé  ».  Les  personnages  qua- 
lifiés ainsi  sont  le  sire  de  la  Rivière  et  Marguerite  d'Auneau, 
pour  lesquels  il  avait  gardé,  même  dans  leur  infortune,  son 
ancienne  amitié.  C'est  pour  les  consoler  de  cette  disgrâce 
où  ils  étaient  tombés  après  la  mort  du  roi,  dos  «  tribulacions 
«  et  visitacions  de  la  divine  bonté  »,  qu'il  avait  écrit  ce 
beau  livre  allégorique,  plein  d'c(  examples,  estoyres  et 
«  figures  ».  Il  contenait,  dit-il,  «  une  partie  des  aventures 
«  du  dit  povre  polcrin,  dès  sa  jonesse,  ix  journées  princi- 
(c  pales  du  grant  pèlerinage  des  sauvés  et  des  dampnés,  ix 
«  autres  journées  singulières  des  chevaliers  preuz,  par 
«  lesquelles  on  peut  parvenir  à  prouesse  et  souveraine  vail- 
«  lance  en  ce  monde  et  comme  preuz  seoir  à  la  table  du  roy 
«  et  en  la  tin  à  la  table  de  l'aignelet  occis,  lassus  en  paradis.  » 
Il  y  était  question  encore  des  contraires  de  cette  bonne  che- 
valerie, de  «  la  foie  amour  »  et  de  la  vraie,  de  la  sainte  alchi- 
mie et  du  «  vray  besant  de  l'ame  »,  qui  rendait  ceux  qui  le 
recevaient  «  sénateur  en  paradis  »  ". 

L'ouvrage  suivant  était  dédié  à  Charles  VI  même.  Bureau  de 
la  Rivière,  qu'il  mentionne  dans  la  préface,  était  maintenant 
le  plus  écouté  parmi  les  nouveaux  conseillers  du  roi':  les 


1.  Songe  du  viel  Pèlerin.  I,  f"^  1-2:  «  Pour  lesquels  (Bureau  et  sa 
femme)  le  dit  povre  pèlerin...  a  composé  un  livre  intitulé:  le  Pèleri- 
nage (lu  povre  pèlerin  et  reconfort  de  son  père  et  de  sa  mère  »  (f"  1  v"). 
Le  sire  de  la  Rivière  avait  été  aussi  le  protecteur  de  Froissart,  qui  le 
mentionne,  dans  le  Dit  du  Flourin,  parmi  ceux  qui  «  pour  dix  frans 
ne  vous  faudront  mie  »  (Poésies  de  Froissart,  éd.  Aug.  Schéler.  p.  232). 

2.  Lebeuf  ne  connaissait  déjà  plus  que  de  nom  le  Songe  du  povre 
pèlerin  (t.  X\'ll,  V.Kf).  [.'auteur  de  l'article  Maisieres  dans  le  Diction- 
naire de  Moréri  déclare  qu'il  contenait  «  les  règles  de  la  vertu  et  du 
véritable  honneur  ». 

3.  liurcau  reçut  des  donations  nombreuses  avant  et  après  que  le  roi 
futdevenu  majeur:  en  138 j  (Hibl.  nat.,  coll.  Clairambault,  191,  n"  101), 
1389,  1390  et  1391  {ihid.,  w^  63  et  suiv.).  I,e  roi  lui  accorda,  en  1392,  les 
chàtellcniesde  Crècy  en-i!rie  et  de  (lOurnay-sur-Marne  (Arcli.  nat.,  K 
5^1,  n'^  (il).  11  resta  toujours  l'ami  de  Philippe,  (jui  lui  conseilla  peut-être 
ce  voyage  en  Terre-Sainte  qu'il  entreprit,  après  sa  délivrance,  en  139'», 
et  (jui  fut  interrompu  (Bibl.  nat.,  ihid..  n"  25  ;  cf.  S.  Luce,  dans  le  Cor- 
respondant àw  10  octobre  1892.  p.  45;  cf.  aussi  n"  26).  11  mourut  le  16 
aoîit  1400  et  son  fils,  Charles,  comte  de  Dammartin,  conseiller  du  duc  de 


—  468  — 

Marmousets .  Il  dut  le  récommander  chaleureusement  à  ce 
«  blanc  faucon  »,  que  l'auteur  avait  jadis  élevé.  C'est  le 
Songe  du  vieil  pèlerin,  que  Mézières  écrivait  aussitôt  après 
les  événements  de  décembre  1388'  et  qu'il  termina  entre  les 
mois  de  juin  et  d'octobre  de  l'année  suivante  ^ 

On  en  possède  une  analyse  assez  peu  fidèle,  que  nous  no 
reprendrons  pas  du  reste''.  Il  suffit  de  dire  que  c'est  un  de 
ces  voyages  allégoriques,  dont  le  moyen  âge  était  si  friand. 
La  reine  Vérité  visite,  pour  en  observer  les  mœurs, 
l'Europe  entière,  ainsi  que  les  parties  connues  alors  de  l'Asie 
et  de  l'Afrique.  Les  mœurs  contemporaines  y  sont  très 
vivement  dépeintes  et  c'est  sans  contredit  un  document 
historique  de  premier  ordre.  Les  conseils  qui  y  sont  donnés 
au  jeune  roi  ne  sont  pas  moins  intéressants  \ 

Les  passages  qui  nous  intéressent  le  plus  se  trouvent  surtout 
dans  le  quatrième  quartier  des  instructions  que  donne  la  reine 
Vérité  au  jeune  roi  de  France:  la  comparaison  est  empruntée 


Guienne  en  1408  {ibicL,  no  30,  émancipé  par  son  père  en  1394,  n»  25) 
joua  un  certain  rôle  au  commencement  du  xv  siècle. 

1.  Le  ton  général  de  l'ouvrage  le  montre  suffisamment. 

2.  L'ouvrage  donne  lui-même  sa  date  à  la  fin:  1389.  Il  mentionne 
la  trêve  de  Lélinghem  (juin  1389)  et  ne  parle  pas  de  la  mort  d'Urbain 
VL  Enfin  la  bataille  de  Cossovo  y  est  mentionnée  (15  juin -27  août). 

3.  Le  meilleur  ms.  est  contenu  dans  lesn'js  2682-3  de  la  Bibliothèque 
de  l'Arsenal  (v.  Catalogue,  III,  p.  75),  qui  datent  de  la  fin  du  xiv 
siècle.  La  Bibl.  Nationale  en  possède  deux  :  le  premier  fut  écrit  pour 
le  connétable  Arthur  de  Richemont,  au  commencement  du  xv«  siècle 
(parchemin,  373  pages,  reliure  moderne,  préface  très  curieuse,  con- 
tenant des  recommandations  aux  lecteurs  et  une  espèce  de  biographie 
de  Mézières  ;  nombreuses  miniatures,  qu'une  notice  moderne  qualifie, 
à  tort  ou  à  raison,  de  «  fort  mal  faites  »);  il  porte  le  n"  22542  du  fonds 
français.  L'autre,  fr.  9200-1,  en  deux  volumes  (livresI-II,  III),  futécrit 
par  «  Guiot  d'Augerans,  en  la  ville  de  Brucelles»,  en  1465  (parchemin, 
miniatures).  La  Bibl.  impériale  de  Vienne  possède,  sous  le  n"  2551, 
un  autre  exemplaire,  provenant  de  la  bibliothèque  d'Eugène  de  Savoie  : 
il  appartenait  jadis  à  Tani\eguy  du  Châtel  (renseignements  dus  à 
l'obligeance  de  .M.  le  D""  Alfred  Goldlin  de  Tiefenau,  conservateur  de 
la  bibliothèque).  La  librairie  de  Bourgogne  contenait  plusieurs  exem- 
plaires «non  parfaits»  du  Songe  (n"""  1600,  1886,  2186),  et  Lebeuf  cite  une 
copie  qui  appartint  au  duc  de  Bourbon  (Dissertations,  III,  440).  Cf.  Du 
Verdier,  o.  c,  V  (1773)  202-3  et  la  notice  du  Catalogue  de  l'Arsenal. 

4.  Des  fragments  ont  été  publiés  dans:  Mas-Latrie,  II,  204,  note  1, 
207,  note  1,  215-16,  277,  note  1,  332-3,  381-5,  386-91;  Lebeuf,  o.  c., 
XVI,  225-7,  227-8,  229,  230,  230-1,  231-2,  233-4;  Dissert,  sur  Vhisl. 
de  Paris,  III,  passim  ;  le  résumé  de  quelques  chapitres  dans  Becquet, 
0.  c,  pp.  104-7. 


—  469  - 

au  jeu  des  échecs  '.  Mézières  recommande  à  son  ancien  élève 
une  ligne  de  conduite  favorable  à  la  croisade. 

Comme  il  ne  s'est  jamais  souillé  du  sang  des  Anglais  et 
que  le  roi  Richard  est  tout  aussi  innocent  que  lui,  le 
«  blanc  faucon  »  pourra  conclure  plus  facilement  une  paix 
avec  ses  ennemis  et  mettre  fin  à  cette  longue  guerre,  qui 
ressemblait  à  celle  des  Grecs  contre  les  Troyens^  Il  ne 
devait  pas  employer  dans  les  négociations  ces  clercs  et  ces 
avocats,  dontle  rôle  est  de  prolonger  éternellement  les  débats, 
ni  demander  conseil  aux  «  anciens  chevetaines  »,  qui  se 
réjouissent  de  vivre  au  milieu  des  guerres  comme  la  loutre 
dans  reau\  «  Mon  conseil  si  est  tel...  que,  pour  briefve  et 
«  ferme  conclusion  de  vraie  pais  obtenir,  biau  filz,  tu  doies 
«  tout  faire  de  ta  part,  et  ton  frerre  aussi  d'Engleterre,  que, 
«  nonobstant  la  vielle  hayne  de  vos  pères,  en  personne  vous 
«  puisses  trouver  ensemble,  en  certain  lieu  convenable,  es 
((  frontières  de  ton  royaume,  biau  filz,  et  là  privement  parler 
«  ensemble  et  à  paon  de  conseilliers  privés  de  l'une  partie  et 

«  de  l'autre '"  ».  Ils  se  communiqueront  dans  cette  entrevue 

les  révélations  merveilleuses  sur  le  fait  de  la  paix,  qui  leur 
avaient  été  envoyées  par  le  Saint-Esprit  et  parviendront 
facilement  à  conclure  un  traité,  qui  leur  permettra  de  se 
diriger  vers  la  Terre-Sainte  '.  Devant  ce  grand  dessein,  leurs 
intérêts  terrestres,  si  méprisables,  devaient  disparaître,  le  roi 
de  France  pourrait  céder  même  quelques  villes  et  châteaux 
des  frontières,  qui  ne  valent  pas  le  sang  qui  a  été  répandu 
pour  leur  possession,  à  moins  que  ces  places  ne  fissent  partie 
intégrante  «  de  la  vraye  essence,  honneur  et  gloire  ancienne 


1.  Que  le  roi  lui-même  aimait  avec  passion  (Douët  d'Arcq,  Comptes 
de  Vhàli'l  du  roi,  215). 

2.  Sonric  du  v.  P.,  II,  f»^  168-8  v". 

3.  «  Qui  ont  esté  nourri  et  enrichi  en  la  guerre,  comme  la  loutre 
en  l'estanc  »  (f"  169).  Les  Res  gestae  ah  anno  1383-405  (dans  Kervyn, 
Cliroii.  relal.  à  l'hist.  de  Be/git/iie.  )).  228).  attribuent  à  ces  bonnes  rela- 
tions avec  la  France  le  inécontontenient  do  «  jjlures  .\nglici  ». 

't.  V"  169.  Cette  paix  devait  être  cependant  la  paix  «  désirée  » 
et  non  de  ces  paix  «  fourrées,  »  qu'on  avait  vu  si  souvent  conclure  et 
qui  n'étaient  qu'une  guerre  hypocrite  et  honteuse,  amenant  de  plus 
grands  nialheui's  (ihid..  f"*  86  v"-7  v"). 

5.  (^es  révélations  étaient  très  clairement  conteiuies  dans  «  l'cjjistre 
secrète  de  doulce  nnionicion  »  (f"  169).  En  13i9déjà,  Jean  de  Hocjuc- 
taillade,   «  pauperrimus  Cordelatus  »,  annonçait  prophétiquement  la 


--  470  — 

«  de  la  couronne  de  France  «'.  Si  par  malheur  cependant 
cette  paix  tant  désirée  était  impossible,  le  roi  devait  atta- 
quer son  adversaire,  mais  avec  beaucoup  de  précaution,  et 
sans  cette  légèreté  et  cette  précipitation  qui  amènent  la  ruine 
des  États. 

Le  passage  général  suivrait  la  paix  ou  la  victoire,  ce 
passage  annoncé  par  tant  de  merveilleuses  visions.  Le  Conseil 
rojal  choisirait  d'abord  des  comités  pour  chaque  bailliage, 
qui  mettraient  fin  aux  guerres  privées  et  rassembleraient  de 
l'argent  ^  Le  roi  demanderait  ensuite  au  pape  tous  les  legs 
faits  dans  ce  but  dès  le  temps  de  Philippe  de  Valois,  ainsi 
que  des  indulgences  pour  les  soldats  de  la  croix  ^  Tous  les 
princes  de  la  chrétienté  seraient  invités  à  prendre  part  à  la 
guerre  sainte  \  des  secours  demandés  aux  Républiques  de 
Gênes  et  de  Venise  ;  on  rassemblerait  des  vaisseaux,  surtout 
des  taf foreuses",  à  Venise  ou  a  Brindisi  et  à  Naples^  Quatre 
armées  partiraient  en  même  temps  :  les  rois  d'Espagne  attaque- 
raient les  Sarrasins  de  Grenade,  de  «  Bellemarine  »,  de  Maroc, 
de  Tlemcen  et  de  Tunis  ;  l'empereur,  avec  les  princes  aile- 


naissance  d'un  prince  français  du  nom  de  Charles,  qui  entrera  dans 
Home  et  Florence,  à  23  ans,  et  délivrera  Jérusalem  (Froissart.  éd. 
Kervyn,  VI,  pp.  494-5).  V.  aussi,  sur  de  pareilles  instances  pour  la 
paix,  ibid.,  XI Y,  430. 

1.  «  De  laquelle»,  ajoute-t-il,  «  tu  es  ministres,  et  ne  le  peus  ven- 
dre, donner  ou  engaiger,  ou  préjudice  de  la  dicte  couronne  confourraée 
de  Dieu  aus  roys  de  France  »  (f"  170). 

2.  F"  193. 

3.  F"  195. 

4.  Fo  193  v.  In  concile  général  (que  l'évèque  de  Langres  et  le  roi 
de  Sicile  demandaient  déjà,  au  commencement  du  siècle,  Bibl.  nat. 
lat.  7470,  f"  117;  I5ibl.  nat.  fr.  6049,  f"190)  devait  les  y  préparer.  Con- 
voqué dans  quelque  «  grosse  cité,  anciennement  gouvernée  en  com- 
munauté »,  dont  la  piété  fût  connue,  il  devait  apaiser  toutes  les  guerres 
existantes,  entre  Guelfes  et  Gibelins,  Armagnac  et  Foix,  Espagnols 
et  Portugais,  France  et  Angleterre.  Le  gouvernement  tyrannique  des 
États  sera  réformé,  les  papes  suspendront  leurs  pouvoirs  et  seront  jugés 
par  «  les  personnes  ordenées  du  dit  conseil  et  parlement  gênerai  »  ; 
on  s'occupera  ensuite  à  réduire  «  les  sismatiques  et  les  infidelz  Tartres, 
Thruchs  (.v/c),  .Juis  et  Sarrasins  à  la  vraie  foy  de  l'Église  de  Homme, 
par  sainctes  predicacions...  et  aus  obstinés  et  rebelles  par  la  saincte 
espée  de  ma  suer  lionne  .aventure  »  (c'est  Vcrilé  qui  parle).  Des 
«  consaulx  et  parlemens  particuliers  »,  rassemblés  dans  le  même  but, 
le  précéderaient  (ibid.,  f"*  132  vo-133  v°).  Cï.  Deschamps,  Œuvres,  I, 
138-9. 

5.  F»  19'i. 

6.  «  A  Venise,  a  BraiMiris(cf.  p.  238),  en  F^ullie,  ou  à  Naples  »  (ibid.). 


—  471  — 

mands,  le  roi  de  Hongrie  et  de  Bohême  se  dirigeraient  par 
terre  vers  Constantinople,  en  réduisant  en  chemin  les  schisma- 
tiqiies  de  Rassie,  de  Bulgarie  et  de  Grèce  ;  les  Teutons  et  le 
roi  de  Lithuanie,  devenu  récemment  chrétien,  se  réuniraient 
à  eux  devant  la  ville  impériale  ;  enfin  le  roi  de  France  lui- 
môme,  avec  son  frère  d'Angleterre,  les  Flamands,  les  Écossais, 
les  Lorrains  et  les  Italierîs,  passerait  la  mer,  se  dirigeant  vers 
la  Syrie  et  l'Egypte'.  Le  Soudan  devait  être  sommé  d'abord 
de  rendre  aux  chrétiens  les  Lieux-Saints  qu'il  occupait  injus- 
tement". 

C'est  aussitôt  après  la  composition  du  Songe,  entre  la  fin 
de  l'année  1889  et  le  printemps  de  l'année  suivante  ^  que 
Mézières  écrit,  dans  le  môme  but,  un  autre  ouvrage  assez 
considérable  et  très  intéressant,  VOrafio  tragedica.  11  garde 
les  mômes  espérances  qu'auparavant  et  attend  les  mêmes 
choses  de  la  part  des  deux  jeunes  rois  de  France  et  d'An- 
gleterre. Cependant  sa  confiance  n'est  pas  entière.  11  a  vu 
trop  souvent  ses  projets  échouer,  au  moment  même  de  leur 
réalisation  la  plus  brillante,  pour  ne  pas  se  tenir  en  garde 
contre  les  illusions.  11  craint  cette  fois  les  conseils  des 
mauvais  courtisans,  et  les  changements  qu'amène  si  souvent 
l'âge  dans  les  dispositions  des  jeunes  princes.  Aussi  VOratio 
tragedica  est-elle,  comme  le  Songe,  un  livre  très  prudent  et 
d'un  enthousiasme  mitigé  par  les  désillusions  antérieures. 


1.  Sonne  du  v.  P.,  II,  f"  193  v». 

2.  11  donne  ensuite  dos  détails  sur  les  provisions  qu'on  devait  pré- 
parer (environ  six  mois  auparavant),  sur  l'épo(iue  du  départ  (juillet, 
au  plus  tard,  pour  arriver  en  Orient  au  mois  de  septembre  ou  d'octobre), 
sur  la  nature  dos  vaisseaux  (on  doit  éviter  les  galères).  La  reine  et  les 
femmes  des  clievaliers  devaient  accompagner  l'expédition,  «  honeste- 
ment  vestues,  à  nécessité  et  non  à  volupté  »  (f"  195). 

3.  F]ntre  l'époque  où  il  termina  le  Songe  et  celle  de  l'expédition 
d'Afrique  qu'il  n'aurait  pas  manqué  de  mentionner.  Cf.  Becquet,  p.  107 
(année  1399):  «  Oratio  tragoedica  seu  declamatoria  cujusdam  veterani 
solitarii  Coelestinorum,  indigni  nomine,  in  Passionem  Domini  nostri 
Jesu  Christi.  »  Cf.  I.ebeuf,  XA'I,  235-6.  L'auteur  déclare  être  sexagé- 
naire: «  (luia  sexagenarius  predicares  »  (f"  199  v»),  il  déclare  avoir 
eu  la  première  idée  de  son  ordre  il  y  a  40  ans  :  «  .xi..  annis  elapsis 
inspirate  «  (f'^  193)  et  avoir  parcouru  la  chrétienté  pendant  45  ans 
(«  fore  por  .xlv.  annos  oontinuos  discurrendo  per  mundum,  de  regno 
ad  regnum  »,  f"  129  v").  On  y  mentionne  aussi  la  guerre  que  faisait 
Raymond-Louis  de  Turenne  au  pape,  qui  l'avait  dépouillé  des  biens 
donnés  à  sa  famille  par  Grégoire  Xi  (sur  cette  guerre,  Froissart,  XIV, 
296-7,  cf.  Calai,  de  la  Bibl.  Mazarinc.  IIL  293). 


—  472  — 

Le  livre  commence  toujours  par  un  prologue,  mais  non  pas  un 
prologue  comme  celui  de  la  Nouvelle  milice,  plein  de 
foi  dans  son  entreprise  et  dans  lui-même.  11  parle  des  diffé- 
rentes espèces  de  chevaliers  :  ceux  qui,  dans  une  vie  solitaire, 
défendent  les  opprimés,  ceux  qui  consacrent  leur  existence  au 
bien  public,  ceux  qui  défendent  l'Église,  «  s'approchant  ainsi 
«  des  sancta  sanctorum  »,  ceux  enfin  qui,  comme  lui  jadis, 
«  pleins  d'un  zèle  singulier  pour  la  foi  et  animés  pieusement 
«  pour  l'honneur  de  la  croix,  désirent  exercer  leur  chevalerie 
«  contre  les  Agarènes,  les  Sarrasins  qui  occupent  Jérusalem, 
«  la  ville  sainte,  par  droit  de  pirates  et  violent  honteusement 
«  les  Lieux-Saints*  ».  Il  était  jadis  de  ces  derniers:  rien  ne 
lui  paraissait  plus  possible  que  de  créer  cette  milice  du  Christ, 
qui  fut  pendant  si  longtemps  son  idéal  et  pour  laquelle  il  passa 
tant  de  nuits  sans  sommeil'.  Maintenant  il  renonce  au  rôle 
actif  qu'il  exerça  pendant  toute  sa  jeunesse  guerrière  :  ce 
n'est  plus,  ou  plutôt  ce  n'est  pas  encore  le  temps  d'une  nouvelle 
croisade  :  les  péchés  de  la  chrétienté  entière  s'y  opposent,  et 
les  siens,  qui  sont  très  nombreux  aussi  ^.  Cependant  il  ne  se 
décourage  pas  encore,  lui,  I'k  ardent  désir  »  [vir  desiderio- 
rurri):  il  aura  sa  récompense  comme  tous  ceux  qui  com- 
battent pour  la  croix.  Si,  à  l'avenir,  la  voie  des  armes  lui  est 
fermée,  il  consacrera  sa  vieillesse  à  «  la  milice  spirituelle  » 


1.  «  Alii  vero  milites,  singulari  zelo  fidei,  accensi  ac  honore  Crucifixi 
devotius  animati,  miliciam  suam  exercere  desiderant  contra  Agarenos, 
Sarracenos,  civitatem  sanctam  .Iherusalem  et  Terrani  Sanctam  piraterie 
jure  occupantes  ac  loca  sancta  Passionis  Doinini  Jhesu  Christ!  detur- 
pando  violantes,  qui  quidem  Sarraceni  fidèles  nostro^  christianos  cap- 
tivos  ubique  in  potestate  sua  sub  jugo  importabili  et  usque  ad  mortem 
amaram  comprimendo  sibiquc  serviendo,  inhuinaniter  conculcant  » 
{Ovalin,  P  120).  Le  seul  nis.  se  trouve  à  la  bibliothèque  Mazarine,  1651, 
provenant  des  Célestins  (v.  v"  de  la  p.  1  et  le  f"  209).  11  contient 
(papier,  reliure  moderne)  une  Exposilio  ail  quorum  verhoi-um  Chrisli... 
(fo"  1-40),  écrite  en  l.'i98,  puis  un  Liber  de  vita  solitaria  (f"^  4;j-82  v"), 
un  Transilus  Sancli  Jhcronimi  (f"s  8;j-r28),  presque  contem- 
porains, un  livre  d'astronomie  enfin.  VOralio  occupe  les  f"-  129-210 
(ou  209  par  une  faute  de  numérotation).  Pas  de  titre  général.  On  lit  au 
commencement  :  «  Prologus  in  oracione  tragedica  seu  declamatoria  Pas- 
sionis  Domini  nostri  Christi  «,  j)uisun  prologue  «  in  oracione  tragedica 
seu  declamatoria,  Passionem  Domini  nostri  non  mediocriter  tangente, 
cujusdam  veterani  solitarii  Celestinorum.  »  L'écriture  change  souvent 
(p!  ex.,  f"  155). 

2.  «  ...  Pro  qua  tôt  noctes  duxisti  insompnes  »  (f»  130). 

3.  F"s  129-30. 


-  473  - 

de  la  Passion'.  Il  emploiera  cette  Passion  pour  le  salut  de 
son  âme:  la  science  pratique  lui  manque,  il  lui  reste  encore 
la  spéculation  pure  de  son  idéal  ^  Son  œuvre  sera  donc  un 
poème  mystique  en  l'honneur  de  la  Passion. 

Nous  ne  nous  arrêterons  que  sur  la  quatrième  partie.  Philippe 
y  retrace  toute  sa  vie  antérieure,  depuis  son  départ  du  château 
de  Mézières  jusqu'après  sa  retraite  aux  Célestins.  Il  parle  de  ses 
rêves  de  jeunesse,  de  la  première  idée  de  sa  chevalerie,  de  son 
séjour  en  Chypre  auprès  du  «  jeune  roi  oriental  « ,  qui  lui  accorda 
toute  sa  confiance.  Il  passe  ensuite  à  l'histoire  des  guerres  de 
Pierre  P'"  et  raconte  encore  une  fois  la  prise  glorieuse  d'Alexan- 
drie, l'arche  sainte  où  était  placée  la  verge  mystique  de  Moïse 
qui  aurait  conduit  les  chrétiens  à  travers  la  Mer  Rouge,  vers 
Jérusalem '.  Le  récit  est  plus  circonstancié  souvent  et  plus  ému 
que  dans  la  Vie  de  Pierre  Thomas  :  il  montre  ses  espérances  après 
ce  fait  d'armes,  qui  comblait  tous  ses  désirs,  et  ses  désillusions 
amères,  quand  les  chevaliers  rebelles  firent  échouer  l'entre- 
prise parleur  refus.  Il  parle  du  châtiment  céleste  qui  atteignit 
tous  ceux  qui  conseillèrent  le  départ  ;  de  la  perte  de  Pierre 
Thomas,  mort  de  désespoir  quelques  mois  après  le  retour,  et 
du  meurtre  infâme  de  son  roi,  le  vaillant  Achitophel.  Son 
séjour  en  France  est  mentionné  ainsi  que  sa  douleur,  qu'il  ne 
pouvait  pas  apaiser  dans  les  cours  des  princes  \  Il  cherchait 
depuis  longtemps  un  abri  pour  sa  vieillesse  :  cet  abri  il  le 
trouva  enfin  sous  l'ombre  des  ailes  de  ses  Pères,  les  Célestins'. 

Il  a  abandonné  maintenant  tous  ses  anciens  projets  de 
combat  ;  ne  pouvant  plus  remplir,  à  cause  de  ses  propres 
péchés  et  de  ceux  des  chrétiens,  le  rôle  de  Lia,  il  s'est 
résigné  à  mener,   comme  Rachel,   une  vie  contemplative ^ 


1.  «  Idem  solitarius  elej^it  sibi  in  hac  milicia  sancte  Passianis  Jhe^u 
Christi  rcsiduuin  senectutis  sue  milicia  spirituali  exercere  debere  » 
(f-'13;i). 

2.  F°  130. 

3.  «  Archain  Novi  Testament!,  videlicet  illam  famosam  Alexandriam 
diviciis  repletam,in  qua  quidem  mistice  recondita  erat  virga  Moysi...  » 
(f"  196). 

'i.  «  Ainaritudinem,  declamationem  superius  tactas  non  sine  suspiriis 
sepe  reminiscendo,  nec  in  tanto  teinpore  remedium  sui  doloris  cum 
tantis  principibus  aliqualiter  inveniri  potuit  »  (f"  197  v"). 

5.  «  Sub  ala  scrvoruin  suoruni  Celestinorum  miro  modo  sua  gracia 
iii  abscondito  tabernacuii  sui  collocando  abscondit  »  (f"*  197  V). 

6.  «  Et<iuiacum  Lia  turbata,  Passioncui  Uomini  par  miiiciam  uovam 


—  474  — 

Cependant  son  ancien  idéal  le  tente  parfois,  au  milieu  de  ses 
prières  et  de  ses  macérations  :  des  «  fantaisies  »  apparaissent 
encore  devant  ses  yeux  dans  sa  cellule  '  et  il  se  reprend  à 
espérer  la  réalisation  de  ces  projets  auxquels  il  ne  renoncera 
qu'au  moment  de  sa  mort.  S'il  avait  un  pied  dans  la  tombe, 
dit-il,  il  voudrait  travailler  encore  pour  sa  chevalerie  ^  La 
voix  «  intellectuelle  »  vient  le  reprendre  alors  sévèrement  en 
lui  montrant  les  exemples  de  tous  ceux  qui  n'atteignirent 
jamais  le  but  de  leurs  douloureux  efforts  :  Daniel  qui  ne  vit 
pas  les  murs  de  Jérusalem  s'élever  de  nouveau,  Jérémie  qui 
mourut  loin  de  la  patrie  qu'il  croyait  perdue  pour  toujours  ; 
Moïse  qui  n'entra  pas  dans  ce  pays  de  Chanaan  qu'il  avait  vu 
du  haut  de  la  montagne.  Il  devait  se  résigner  comme  eux  et 
garder  le  silence  devant  la  volonté  de  Dieu\ 

Il  se  taira  donc,  non  sans  avoir  parlé  de  ses  nouvelles 
espérances.  Ce  rôle  de  libérateur  de  Jérusalem,  qu'il  ne 
pouvait  plus  remplir  dans  sa  vieillesse,  était  réservé  peut- 
être  à  un  autre.  Il  avait  été  jadis  le  jardinier  d'une  plante 
merveilleuse,  d'un  arbrisseau  aromatique,  qui  Horissait  main- 
tenant dans  toute  sa  splendeur*.  Cette  plantula  du  royaume 
des  lis  pourrai c  bien  être  le  successeur  de  Godefroi  de 
Bouillon  :  les  prophéties  des  astrologues',  ses  propres  visions'' 


sepe  tactam  recenssere  exterius  non  valebat,  saltem  ad  cont.emplandam 
inspirituipsam  Passionem  misteriumque  ipsius  in  quiète  cum  Rachele, 
rorante  divina  gracia,  gressus  suos  dirigera  obtabat...  »  (f"  197  v")- 

1.  «  Sepe,  Deus  scit,  in  orando  et  cum  Deo  loquendo,  ut  assolet, 
fantasie  desiderii  sepetacti  et  milicie  desiderate  fines,  hujus  vete- 
rani  orationes  sepe  perturbando,  cum  strepitu  et  aliqua  novitate  intra- 
bant,  et  merorem  suum  sepe  replicatum  sine  modo  renovabant...  » 
(f"  198). 

2.  «  Quinymo,  ipsam  Miliciam  desiderando,  dicebat:  si  haberem 
pedem  in  turnulo,  adhuc  in  Milicia  desiderata  iaborare  velleoi  » 
(f"  19;i  V"). 

3.  F»  198. 

4.  «  Et  ecce  quedam  plantula  balsaini,  cujus  idem  veteranus  condam 
ortholanus,  licet  penitus  indignus,  fuerat,  in  valle  florum  cantici  can- 
ticorum,  scilicet  liliorum,  miro  modo  excrevit  et  in  altum  pahnites  suos 
extendit  »  {ibid.). 

5.  «  ...  Ita  ut  (juasi  omnes  prophetico  sermone  vaticinarent  hanc 
plantulam  pro  reformatione  reipublice  christicolarum  divinitus  exortarn, 
astrologis  videlicet  et  sapientibus  Iiifideiibus  certis  christianis  devotis 
et  fide  dignis  confitentibus  quod  hec  plantula  Sarracenos  de  posses- 
sione  sua  Terre  Sancte  magnifiée  expeilere  debebat  »  (f"  198  v"). 

6.  «  Reminiscens  que  magna  et  laagnalia  et  altissima  temporibus 


-  475  — 


lui  promettaient  une  pareille  destinée.  Tout  le  monde  con- 
naissait déjà  sa  mission  divine  et,  vers  l'Orient,  les  Sarrasins 
effrayés  prenaient  des  mesures  de  défense'. 

Il  n'y  avait  qu'une  chose  qui  put  empêcher  le  jeune  et 
énergique  roi  de  France.  Depuis  de  longues  années,  la  guerre 
séparait  son  royaume  et  celui  de  certaines  bêtes  féroces,  les 
léopards',  et  cette  guerre  était  devenue,  à  cause  de  sa  longue 
duré(3,  comme  une  chose  naturelle. 

Cet  empêchement  allait  disparaître  :  les  deux  ennemis 
ne  voulaient  plus  troubler  la  paix  de  l'Occident  ;  leur  amitié 
était  déjà  connue  dans  les  pays  des  chrétiens.  La  paix 
était  attendue  partout  avec  espoir  et  reconnaissance ^  on 
s'attendait  à  voir  «  paître  ensemble  le  lion  et  l'agneau,  le 
«  lis  et  le  léopard  »'\  Le  schisme  ne  déchirera  plus  l'Eglise 
et  la  chrétienté  se  réunira  contre  son  ennemi  séculaire. 

La  fin  de  ce  livre  est  quelque  peu  pessimiste.  Le  vieux 
pèlerin  se  souvient  dos  recommandations  de  la  «  voix  intel- 
lectuelle »  et  craint  d'espérer  encore  une  fois  la  réalisation  de 
ses  rêves.  Les  dispositions  des  jeunes  hommes  sont  souvent 
trompeuses  ^:  les  tyrans  ont  commencé  par  être  des  princes 
doux  et  pieux  ;  Saiil  fut  d'abord  le  serviteur  de  Dieu  et  l'exé- 
cuteur de  SCS  volontés.  Il  se  reporte  à  son  livre  du  Poirier 


istis  fienda  per  visionem  eciam,  Jacobo  apostolo  mediante,  éidem  plan- 
tule  oblata  fuerant...  »  (f"  198  v"). 

1.  «  Ipsis  Infidelibus  tremore  percussis,  jam  de  remedio  oportuno 
inter  se  tractantibus  »  (ihid.). 

2.  «  Nisi  discencio  inveterata  inter  lilia  et  animalia  ferocia  varietate 
coloris  adornata  pritis  a  Deo  sopiatur  »  (ibid.). 

'S.  «  Plantula  nostra  dilectissima  et  alia  plantula  graciosa,  animalibus 
superius  lactis  ornata,  velud  quidam  flores  campi  electi,  odorein  sua- 
vitatis  et  ainoris  inter  se  invicem  in  spiritu  emittcntes,  a  Deo  facti  sunt 
amici...  Hec  enim  amicicia  utriusque  plantule,  iiiurmurantibus  einulis 
pacis,  in  lucein  pi-oducta,  ut  jam  de  universali  gaudio  pacis  inter 
régna  quasi  natuiali  odio  dudum  coiifirmata  publiée  et  secrète  trac- 
taretur,  in  consolacionem  populorum  »  (ibid.). 

4.  «  Pax  firma  contirmetur:  agrius  et  leo,  leopardus  et  lilium  insi- 
mul  pascantur  et  nutriantur;  ccclosia  ad  unum  verum  pastorem  redu- 
catur,  Sancta  Sanctoruui  mundetur  et  nova  Milicia  Passionis  Jhesu 
Christi  in  salutem,  ut  ila  dixerim,  piratarum  et  beilatorum  in  viam 
perdicionis  ambulancium  de  novo  constituatur  »  (f"*  198  v"-199).  Cf. 
«  unii'o  ecclesiam  catholicam...  et  restaurare  Jérusalem  divino  cultui  » 
(fo  198  y). 

5.  «  Quis  plene  judicare  valet  de  via  juvenis  in  sua  juventute  ?  » 
(f"  199).  Et,  ailleurs  :  «  quinymo  et  sapientes  hujus  mundi  atque  rec- 
tores  sepe  proferunt  falsa  pro  veris  »  (ibid.). 


—  476  - 

feuri,  où  il  est  question  de  ces  beaux  arbrisseaux  qui  ne 
produisent  pas  les  fruits  qu'ils  promettaient  d'abord  \  Il  n'y 
a  pas,  dans  ce  monde,  que  des  abeilles  qui  cueillent  le  miel 
sans  empoisonner  la  fleur  :  les  scarabées  ^  les  guêpes  et 
d'autres  insectes  malfaisants  sucent  le  suc  de  la  plante,  quand 
le  beau  fruit  apparaît  déjà.  Puis  il  est  très  vieux  lui-même, 
il  a  déjà  un  pied  dans  la  tombe  ;  avec  ses  soixante  ans  bien 
comptés,  ce  n'est  plus  le  temps  de  rêver  de  guerres  loin- 
taines et  de  bâtir  des  châteaux  en  Espagne  '.  Il  devait 
atteindre  son  but,  d'une  manière  mystique  seulement,  écou- 
tant, comme  Marie,  aux  pieds  du  Seigneur  '*. 

Des  ambassadeurs  génois  s'étaient  présentés  à  Paris,  vers 
la  fin  de  l'année  1389,  avec  la  mission  de  demander  au  roi  son 
secours  pour  une  nouvelle  croisade.  Ils  auraient  voulu  avoir  le 
duc  d'Orléans  pour  commandant  ^  Bien  que  leur  proposition 
fût  rejetée  et  que  des  circonstances  d'autre  nature  retinssent 
le  roi  de  France  pour  quelque  temps  encore,  le  saint 
«  voyage  »  se  fît  au  printemps  de  l'année  suivante  (1390). 
Louis  II,  duc  de  Bourbon,  ce  prince  aventureux  et  brouillon, 
qui  avait  hérité  des  prétentions  du  prince  de  Galilée  sur  l'ile 
de  Chypre,  et  qui  pensait  à  y  aller  pour  se  former  lui  aussi  un 
royaume  en  Orient ^  était  le  chef  de  l'expédition,  chef 
assez  médiocre,  sans  énergie  et  sans  habileté,  dont  la  person- 
nalité insignifiante  contribua  beaucoup  à  l'insuccès  de  l'armée 
chrétienne. 

Celle-ci,  composée  de  1,500  chevaliers,  quitta  le  port 
de   Marseille  vers  le  mois  de  mai  1390.  On  se  dirigea  vers 


1.  «  0  tu  veterane,  vox  inquit,  si  bene  ponderares  in  libro  tue  con- 
templacionis  de  arbore  piri...  utique  habenas  paulisper  retraheres  ad 
leviter  credenduin.  maxime  in  eventibus  futuris  »  (ibùl.,  f"  199  v). 

2.  «  Scarbonibus  •>■>  (ihid.). 

3.  «  Recogita  igitur  quia  sexagenarius  predicaris  et jam  unum  pedem, 
ut  ita  dixerim,  habes  in  tamulo,  non  esttibi  tempus  amplius  fabricandi 
castra  in  Yspania.  nec  anxius  tractandi  de  bello  temporali.  Sede  ergo 
in  ceilula  tuatibi  dilecta,  tace  et  quiosce  cum  sancto  Ar.senio,  maxime 
ab  hiis  que  foiis  surit  »  (f"  199  v").  S.  Arsène  était  cité  déjà,  au  commen- 
cement du  second  Somje,  comme  le  type  s'énéré  de  l'ermite. 

4.  Fo  199  V". 

5.  Pendant  le  séjour  du  roi  à  Toulouse  (29  novembre  1389-7  janvier 
1390).  Delaville  le'Roulx,  p.   165;  Jarry,  p.  52. 

6.  ("abaret  d'Orronville,  Chron.  du  hou  duc  Loi/s.  éd.  Chazaud  (Soc. 
de  l'Hist.  de  France).  Cf.  notre  Thomas  III de  Saluées,  p.  177,  189. 


—  477   - 

l'Afrique,  où  les  Infidèles  n'avaient  pas  été  attaqués  depuis 
un  siècle  et  où  l'on  ne  soupçonnait  peut-être  pas  les  intentions 
des  croisés.  Les  chrétiens  espéraient  soumettre  la  ville  même 
d'Afrique  et  s'y  maintenir  jusqu'à  l'arrivée  de  nouvelles 
troupes  et  surtout  de  ce  «  roy  de  France  qui  estoit  jeune  et 
«  qui  desiroit  les  armes  et  qui  aux  Anglois  avoit  trièves  S). 

L'expédition  ne  dura  que  soixante  jours  ^:  la  ville,  très  bien 
défendue,  ne  fut  pas  prise  par  les  croisés,  dont  les  Sarrasins 
achetèrent  la  retraite  ''\  Au  moment  du  départ,  les  chevaliers 
furent  attaqués,  sinon  avec  beaucoup  de  pertes,  au  moins 
avec  beaucoup  de  bruit  S  par  les  Infidèles.  Une  partie  des 
chrétiens  se  dirigea  vers  Jérusalem  ^  les  autres  servirent  les 
intérêts  des  Génois  en  Sicile  et  en  Sardaigne.  La  paix  ne 
tarda  pas  à  être  conclue  entre  les  rois  musulmans  de  l'Afri- 
que et  les  Génois  eux-mêmes®,  et  le  seul  résultat  de  cette 
équipée  fut  la  conclusion  d'une  alliance  entre  les  rois  à'Auf- 
frique,  de  Tunis,  de  Bougie,  de  Grenade  et  leurs  voisins". 

L'insuccès  de  la  croisade  de  Barbarie,  à  laquelle 
Mézières  n'eut  aucune  part,  n'était  pas  de  nature  à  lui  faire 
perdre  l'espoir.  Si  le  duc  de  Bourbon  était  revenu  honteu- 
sement en  France,  une  autre  expédition,  beaucoup  plus 
importante,  ne  devait  pas  tarder  à  partir.  Le  roi  de  France 
n'attendait  que  la  conclusion  de  la  paix  avec  les  Anglais  pour 
se  diriger  vers  la  Romanie  et  combattre  contre  «  Bajazet- 
Bacquin  »  ^  Le  duc  d'Orléans  était' du  même  avis:  le 
voyage  lui  paraissait  nécessaire  «  pour  exaulchier  la  foy 
«  crestienne  et  confondre  les  incrédules  »  et  acquitter  de  la 
sorte  la  dette  de  ses  prédécesseurs  et  parents  ^  Les  princi- 

1.  Froissart,  éd.  Kervyn.  XIV,  269-70;  cf.  Christine  de  Pisan,  II, 
ch.  XIV  ;  t.  I,  p.  60  de  led.  Petitot;  Rihl.  Éc.  Ch.,  1894.  593-4. 

2.  Ibid.,  p.  274. 

3.  Cabaret  croit  qu'une  paix  honorable  précéda  le  départ. 

4.  «  Huer  et  crier  »  (Froissart,  /.  c,  p.  274). 

5.  Ibid. 

6.  En  1391;  en  1392  avec  les  Vénitiens  (Cowm.,  VIII,  n"  381,  t.  III, 
215-6  ;  Uelaville  le  Houlx,  /.  c). 

7.  Les  rois  de  «  iJellemarine  »  et  de  Tlemcen  (Froissart,  l.  c,  p.  278). 

8.  Mandement  du  28  juillet  1391.  relatifà  500  francs  que  le  roi  donne 
à  Arnoul  Boucher,  trésorier  de  la  {guerre,  «  en  entencion  de  nous  servir 
hoiiiu)rablomont  ou  voyage  que  nous  entendien  faire  ou  pays  de  Hom- 
menie  »  (Jarry,  p.  56,  note  2). 

9.  «  Et  acciûittcr  les  àines  de  nos  prédécesseurs  »  (Froissart,  /.  c, 
p.  279"). 


—  -'.78  — 

paiix  conseillers  du  roi,  Bureau  de  la  Rivière  et  Jean  le  Mer- 
cier*, soutenaient  de  toutes  leurs  forces  cette  grande  idée.  Ils 
parlèrent  au  roi  de  son  intention  de  conquérir  la  Terre-Sainte 
et  le  jeune  prince  s'écria,  en  les  écoutant  :  «  C'est  vérité,  toutes 
«  mes  pensées  nuit  et  jour  ne  s'enclinent  ailleurs  »  -.  Los  com- 
battants de  1390  furent  récompensés  à  leur  retour ■'  et  les 
préparatifs  de  la  nouvelle  croisade  commencèrent  dès  l'année 
suivante*.  Vers  la  même  époque  une  expédition  des  Hospita- 
liers fut  décidée  pour  défendre  Srayrne,  menacée  par  Bajazet". 

Les  conférences  en  vue  de  la  paix  avaient  continué  pendant 
l'année  1390*';  elles  furent  reprises  avec  plus  d'activité  au 
commencement  de  l'année  1392,  le  roi  de  France  désirant 
finir  plus  tôt  les  négociations  et  accomplir  ses  grands  projets 
en  Italie  et  en  Orient.  Des  conférences  furent  tenues  (mars- 
avril)  à  Amiens  :  Charles  VI  et  le  duc  d'Orléans  y  assistaient. 
Un  nouveau  rendez-vous  fut  fixé  pour  le  l"''  juillet  à  Lélingliem . 
On  se  réunit  le  22  du  même  mois '.  Quelques  jours  après,  le 
5  août,  Charles  VI  était  saisi  d'un  accès  de  folie,  dans  la 
forêt  du  Mans  ^ 

Les  grands  projets  de  croisade  s'évanouirent.  Les  Mar- 
mousets tombèrent  du  pouvoir  et  les  oncles  du  roi  s'en  sai- 
sirent de  nouveau.  Bureau  de  la  Rivière  dut  quitter  la  cour 
d'abord  :  il  fut  ensuite  emprisonné  dans  la  bastille  de  Saint- 
Antoine  (septembre  1392). 

L'année  suivante,  le29novembre^  Léon  de  Lusignan,  l'ami 


1.  «  Et  croy,  selon  que  je  fuis  pour  lors  infourmé,  que  ce  furent  le 
sire  de  la  IJivière  et  messire  Jehan  le  Merchier  »  (ibid.,  p.  280^. 

2.  Ibid. 

3.  Donation  faite  à  Jean  de  Trie  par  le  duc  d'Orléans  pour  avoir 
combattu  en  Barbarie  et  en  Prusse  (Jarry,  55-6). 

4.  V.  p.  477,  note  8. 

5.  L'expédition  devait  partir  d'Avignon,  au  printemps  ae  l'année 
1392  (Herquet,  J-F.  Heredia,  82-3). 

6.  Entrevue  à  Lélinghem,  4  juillet  1390,  puis  le  1"  septembre  1391 
(Moranvillé,  dans  la  Bibl.  de  fEc.  des  Ch.,  1889,  359,  367-9;  Jarry,  57). 
Le  livre  de  M.  Jarry  est  une  source  très  riche  pour  toutes  ces  négocia- 
tions. Cf.  Bes  gesLae  ah  anno  1383-1405,  dans  Kervyn,  Chroniques  rel. 
à  /.'histoire  de  la  Belgique,  pp.  214,5. 

7.  Jarry,  115;  ChampoUion-Figeac,  o.c.  70;  Moranvillé,  Le,  369-75. 

8.  Froissart,  l.  c,  21-53. 

9.  Épitaphe  française,  dans  Lenoir,  o.  c.  Allas,  pi.  xiv.  V.  sur  son  sceau, 
annexé  à  une  quittance  du  25  mars  1389  dans  la  Bévue  de  l'Or,  latin, 
I,  pp.  163  et  suiv. 


—  479  — 

de  Mézières,  mourait  dans  son  hôtel  des  Tournelles  :  il  fut 
enterré  aux  Célestins,  près  de  la  reine  Jeanne,  au  nord  du 
maître  autel'.  Son  corps,  vêtu  d'  «  une  grosse  flossoye 
«  blanche  »,  avec  la  couronne  d'or  sur  la  tête  et  les  pieds 
nus,  fut  porté  par  quatre  serviteurs,  habillés  de  blanc,  portant 
chacun  une  torche ^  Un  testament  rédigé  le  20  juillet  1392 
partageait  ses  biens  entre  les  pauvres,  l'église  des  Célestins, 
ses  serviteurs  et  familiers  et  Guyot,  «  son  fils  bastard  et 
((   non  légitime  ))\  Mézières  était  un  des  exécuteurs*. 

Vers  le  commencement  de  cette  môme  année  1393,  un 
personnage  très  curieux  arrivait  à  Paris.  Il  venait  de  l'Orient, 
où  il  avait  eu  des  visions  merveilleuses  qui  lui  ordonnaient  de 
pacifier  l'Occident  :  c'était  Robert  le  Mennot,  petit  gentil- 
homme normand  originaire  du  Clos-de-Cotentin\  Ayant  con- 
sulté un  prêtre  à  Avignon,  il  avait  reçu  de  lui  des  encourage- 
ments et  s'était  ensuite  mis  en  chemin,  vêtu  d'un  habit  de  moine 
et  prêchant.  Il  apprit  à  Paris  que  les  négociations  continuaient 
à  Abbeville,  où  le  roi  lui-même  se  trouvait  dès  le  16  mars  "  et 
s'y  rendit  aussitôt  pour  exécuter  les  ordres  divins  '.  Il  y  arriva 


1.  Ibid.  Texte,  p.  185  :  «  Et  per  amicitiam  et  notitiam  ipsius  pie 
memorie  (de  F'iiilippe  de  Mézières)  dominas  Léo,  quondam  rex  Ar- 
ménie, fuit  intus  sepelitus,  occasione  cujus  ultra  II™  fr.  habuimus 
pro  reditibus  emendis  »  (réd.  des  messes,  ap.  Lebeuf-Cocheris,  o.  c, 
p.  454). 

2.  Disposition  du  testament  (Arcb.  nat.,  LL  1505,  f"=*  9  et  suiv., 
publié  pai"  Lantilois.  o.  r.,  j)  p.  207  et  suiv.  Hist.  ami..  I,  732,  note  2).  U 
défendait  cependant  qu'on  mît  la  couronne  sur  sa  tète  (p.  209).  Cf.  la 
description  qu'en  fait  le  Religieux  de  Saint-Denis,  pp.  112-4:  «  Non 
sine  admiracione  multorum,  cum  nunquam  simile  audissent  vel  vidis- 
sent  »  et  Chron.  du  bon  duc  Loi/s  de  Bourbon,  395.  V.  aussi  ibid.,  269. 

3.  Testament,  /.  c.  (iuyot  devint  archidiacre  de  Brie  et  chanoine  de 
Sens  (Langlois,  p.  210,  n.  1). 

4.  «  Messire  Philippe  Maisières,  chevalier  et  chancellier  de  Chypre  » 
(p.  210). 

5.  Mézières,  Chevalerie  de  la  Pasxion.  f"  112  v"  :  «  Robert  l'Ermite 
du  clos  de  Constentin  en  Normandie,  singulier  me.ssaige  de  Dieu  et  de 
monseigneur  saint  Jaque  aux  roys  de  France  et  d'Angleterre  sur  le  fait 
de  la  paix  des  II  roys  et  sur  le  fait  de  l'union  de  l'église  et  du  saint 
passage  d'oultre-mer  ».  Cf.  sur  le  sens  du  ('los-de-Cotentin  au  wy 
siècle,  Luce,  Du  Gue.<irlin,  p.  258.  Sur  Robert  l'Ermite,  v.  l'article 
fondé  uniquement  sur  les  données  de  Froissart,  et  trop  déclamatoire 
de  M.  L.  Puiseux  (.l/cm.  de  la  Société  des  antiquaires  de  Normandie, 
1859,  pp.  124  et  suiv.). 

6.  Jarry,  1 15. 

7.  C'est  (le  Robert  qu'il  est  question  probablement  dans  les  passages 
du  Snnrie  du  vieil  Pèlerin,  relatifs  aux  visions  sur  la  paix  et  la  conquête 
de  Jérusalem  par  les  deux  rois  réunis  (v.  note  5  et  p.  466). 


—  480  — 

au  mois  d'avril  ^  et  oaû  une  entrevue  avec  le  roi  de  France, 
qui  le  nomma  gentilhomme  de  sa  chambre  et  le  recommanda 
au  duc  de  Bourgogne  pour  i)rendre  part  aux  négociations.  Il 
tint  un  langage  très  éloquent  et  très  hardi  à  l'égard  de  ce  dernier 
et  attira  l'attention  des  ambassadeurs  anglais.  Le  duc  de 
Lancastre  en  parla  au  roi  Richard,  qui  manifesta  le  désir  de 
voir  ce  singulier  négociateur^. 

Cependant  on  n'arriva  pas  à  s'entendre,  cette  année  encore. 
Le  roi  futrepris  parla  maladie  le  15  juin  et  on  put  un  moment 
craindre  la  reprise  des  hostilités.  Des  ordres  furent  donnés 
au  sénéchal  de  Rouergue  pour  fortifier  ses  places  et  châteaux, 
le  30  janvier  1394\  11  n'en  fut  rien  cependant  et  une  nouvelle 
trêve  pour  quatre  ans  fut  conclue  le  27  mai  *  entre  les  deux 
royaumes.  En  mai  1395,  Robert  l'Ermite  passa  on  Angleterre, 
où  il  visita  le  roi  à  Eltham  et  le  duc  de  Glocester  dans  son 
château  de  Plesby\  Son  but  était  la  conclusion  d'une  paix 
définitive,  qui  rendrait  possible  la  restauration  de  l'unité  de 
l'Église  et  la  conquête  de  Jérusalem  par  les  deux  rois  alliés. 

Ce  but  était  celui  de  Mézières  aussi,  qui  avait  placé  depuis 
longtemps  ses  espérances  dans  cette  noble plantiila  de  France. 
Il  connaissait  les  visions  de  Robert  l'Ermite  et  la  mission 
confiée  à  ce  dernier  par  saint  Jacques  lui-même.  Aussitôt 
après  l'arrivée  de  Robert  à  Paris,  des  relations  étroites  s'éta- 
blirent sans  doute  entre  ces  deux  hommes  pieux,  dont  l'idéal 
était  le  même.  Robert  l'Ermite  adhéra  à  l'ordre  de  la  Passion® 
et  se  chargea  de  le  faire  connaître  en  Angleterre  ^  Le  duc 
d'York,  le  comte  de  Huntingdon,  Jean  de  Harlestone  furent 
gagnés  ainsi  aux  idées  de  Mézières  ^  Le  messager  de  saint 


1.  Froissart,  XV,  88.  Les  conférences  furent  ajournées  le  29  du 
même  mois  jusqu'au  21  mai  (Jarry,  115). 

2.  Froissart,  ibid. 

3.  Jarry,  125. 

4.  Rymer,  III'',  95  8. 

5.  Froissart,  ibid.,  p.  88. 

6.  Mézières  le  cite,  au.ssitôt  après  lui-même,  dans  la  li^te  qu'il  donne 
des  adhérents  de  l'ordre,  à  la  fin  de  la  Chevalerie  (f^^  112  v"-113). 

7.  Philippe  dit  dans  son  Epltre,  parlant  au  roi  d'Angleterre:  «  Vostre 
très  débonnaire  et  royale  devocion  puet  avoir  esté  enfourmée  plus 
plainement  par  vostre  très  loyal  serviteur  et  orateur,  ledit  Robert  l'Er- 
mite »  (f°  :i7) 

8.  Mézières  envoya  la  règle  au  comte  de  Huntingdon,  pour  la  présen- 
ter au  roi  :  «   Et  darrainement  par  le  livre  de  la  substance  abregié 


—  481  — 
Jacques  portait  avec  lui  une  lettre  du  roi  de  France,  datée 
du  15  mai  1395,  lettre  où  il  est  impossible  de  méconnaître 
la  main  de  Philippe*.  Charles  VI  souhaitait  à  son  voisin  des 
succès  en  Irlande,  où  il  reçut,  le  25  mars  de  cette  même  année, 
la  soumission  des  quatre  principaux  rois  indigènes'.  Il  l'invi- 
tait à  continuer  ses  dispositions  pacifiques  envers  la  France, 
dispositions  que  lui  avaient  inspirées  le  Saint-Esprit  lui- 
même  ^  La  maudite  guerre  entre  chrétiens,  quia  duré  soixante 
longues  années,  doit  cesser  enfin  et  Dieu  réunira  certainement 
les   ce   parois  »  ennemies   et  depuis   longtemps  séparées   de 

do  la  dicte  chevalerie  que  le  vieil  solitaire  humblement  et  à  r^rant 
devocion  bailla  naga.res  à  vostre  très  amé  frère,  le  comte  de  Hon- 
tuitone,  très  puissaijt  roy,  pour  le  vous  présenter  et  vous  enfori  er 
du  bien  a  advenir  de  la  dicte  chevalerie  Et  pour  ce  auxi  que  ar 
vostretres  amé  oncle,  le  duc  de  Wyork,  et  p^ar  messire  Jel  an^de 
Harlostone  et  autres  très  vaillans  chevaliers,S'ous  \oynuxlTh<4, 
vostre  debonnaireto  en  pourra  estre  informée  >,  (Fpù/rr  f<r-m    ""     ' 

MézièroVTl'Sb'rto^',''"''-^''%'^^''^'  ^''  expressions  habituelles  de 
wezicros.  11  hxe  la  date  de  soixante  ans  pour  la  durée  de   la  guerre 
comme  dans  VEp,slre.  f-  56:  («  qui  lx  a  duré»;  «  lx  ans  en  encàl)' 

de  la  «  'sninte  fEv  Inl'  r  "  ^''^e  corrective  »,  de  la  «  multiplication  >, 

'a.«  samte  foy  catholique  »,  etc.  La  lettre  a  été  publiée  nar  Ker- 

S/'t   XVm'îr.7r.'  son.édition  de  Froissart,  XX^ •J-f,''s' ^Zi 

rois  ^"  '  "^  '""'■^^  échangées  entre  les  deux 

Une  autre  lettre,  qu;on  doit  dater  de  l'année  précédente  (1394)  nous 

renseisne  sur  les  relations  d'amitié  qui  existaient  entre  Pli  lippe  e"  un 

res  grand  personnage  de  la  cour  de  France.    Fnguerran    de  (ïucî 

lui-même,  plus  tard  un  des  chevaliersde  la  Passion.  IWèS  répondant 

haîîe   ni   iUl-ï  '^/î   ^l^  boissons,  qui   lai   annonçait  se    suS    en 

Ita  le,  ou  il  défendait  les  intérêts  de  Louis  d'Orléans,  observe  ou'il  n'est 

qu  un  «  peregrinus  et  advena  »  dans  ce  pays,  que  l'œuvre  est  difi^île 

(«grande  opus  aggressi  estis  »)  et  que  parois   de  bons  annmence 

ïrn'a'rïe'nT  re<.î:rr''''' ''^ 'f ^^^^^'^  ^"/''"^  ^^^P« doJosus  XenuT). 
n  n  a  rien  a  objecter  cependant  contre  les  motifs  de  son  expédition 
(«  yerumptamen,  m,  domine,  parentibus  et  amicis  servire  ac  in  nece 
sitate  juribus  eorura  subvenire  non  reprobo,  nec  contradico  vmô  ouan 
^1"  ^''"'•f'^^'''^^-  '''^-  ««mper  tiîneo,  maxime  rSud,rVc  te 
miniscendo  »),  il  doit  observer  une  conduite  modérée  et  ne  iamais  lui 

ttil'de  t  n  ami"!;  f.rJ'î  mercenaire,  indigne  d'être  nomm^irsert" 
teur  ue  son  ami,  le  titre  de  Père.  La  lettre  finit  par  des  vœux  nour 
de  nouveaux  succès  ;  saint  Augustin,  son  patron  («  Augusïinum  devo- 
tum  vestrum  et  protectorem,  recensere  audivi  »)  et  la  Vier  e  ïe^Droté 

2.  Lingard,  A  J/istorf/  of  England,  éd.  Haudry.  III    47 
FroisLn!^X^^:'ïl-;^;^"390:""'  ^^''^^-^-P'''^-  --«^  inspirée» 
N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézièves.  31 


—  482  — 

France  et  d'Angleterre,  pour  en  faire  son  église'.  Il  doit 
éviter  les  conseils  de  ces  hommes  sans  conscience  qui  chan- 
tent comme  la  sirène  et  dont  la  langue  «  oint  »  et  «  point  » 
comme  celle  du  scorpion.  Si  leur  union  durait,  on  pourrait 
mettre  fin  au  «  maudit  sisme  »  et  partir  pour  la  Terre-Sainte. 
«  Nous  devons  enprendre  »,  dit  la  lettre,  «  le  senct  passage 
d'oultre-mer  pour  secourre  nos  frères  crestiens  et  déliverer 
la  Terre-Sainte  à  nous  acquise  par  le  précious  sanc  de  l'aignclet 
occis  parles  brebis'^  ». 

C'est  presque  le  résumé  d'un  livre  que  Mézières  écrivit 
aussitôt  après  le  retour  de  Robert  rErmite\  d'après  l'ordre 
exprès  du  roi  de  France.  C'esiV  Epkre  à  Richard  If,  ou,  pour 
garder  le  titre  de  l'auteur,  «  une  povre  et  simple  epistre  d'un 
vieil  solitaire  desCelestins  de  Paris,  adressant  à  très  excellent 
et  très  puissant,  très  débonnaire,  catholique  et  très  devost 
prince  Richart,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  d'Angleterre*  ». 

Elle  fut  composée  entre  le  retour  de  Robert  l'Ermite,  qui 
lui  annonça  les  vertus  et  bonnes  dispositions  du  roi,  et  les 
premières  ouvertures  faites  par  Richard  pour  son  mariage 
avec  Isabelle  de  France  (juillet  1395)  ■'.  Ce  mariage  forme  une 


1.  «  Jehu-Crist...  fera  rassembler  ensemble  les  deux  parois  un 
grant  temps  jà  piéçà  ennemies  et  séparées  l'une  de  l'autre  par  mortel 
guerre,  c'est  assaver  France  et  Angleterre,  en  une  temple  et  esglise 
de  Dieu  «  (p.  389). 

2.  P.  390. 

3.  Philippe  parle  dans  VÉpisli-e  de  la  «  vertu  attrative  »  (f»  14  v) 
et  d'autres  qualités  du  roi,  dont  il  «  a  esté  à  plain  et  longuement  en  Dieu 
enfourmé  par  le  preudomme  de  dieu  Robert  l'Ermite,  message  de  Dieu 
singulier  as  il  roys  cy  dessus  proposés  »  (ibid.). 

4.  Le  titre  continue  ensuite  :  «  Pour  aucune  confirmacion  tele  quele 
de  la  vraye  paix  et  amour  fraternelle  du  dit  roy  d'Angleterre  et  de 
Charles,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France  »  {ihid.).  L'épître  a  été 
connue  d'abord  et  utilisée  par  Kervyn  dans  les  notes  au  XV'^  volume 
de  Froissart  (pp.  377-82),  où  il  en  donne  un  assez  bon  résumé.  L'exem- 
plaire unique  (parchemin  in-8",  83  pp.)  se  trouve  au  Brilish  Muséum 
(Royal  B.  V'I)  ;  il  faisait  partie  précédemment  de  la  bibliothèque  de 
Georges  II.  V.  f"  82  v°  :  «  Se  en  ceste  présente  epistre...  par  manière 
d'un  songe  d'un  vieillart  pensée  et  ymaginée  et  par  la  benivolence  et 
exprès  commandement  de  la  royale  Majesté  de  vostre  très  aimé  frère, 
Charles,  roy  de  France,  dittée  et  composée...  »  (f"  82  v").  Le  roi 
Richard  était  grand  amateur  de  beaux  manuscrits  et  «  moult  bien 
parloit  et  lisoit  francois  •>■>.. 

5.  L'auteur  représente  ce  mariage  comme  en  état  de  projet  seule- 
ment «  parmi  les  fusiciens  »  (la  guerre  est  traitée  comme  une  maladie) 
d'Angleterre. 


-  483  — 

des  neuf  «  matères  «,  analogues  aux  neuf  hiérarchies  des 
anges,  qui  composent  le  livre. 

Les  quatre  premières  sont  les  plus  importantes:  le  «  songe 
figuratif  »,  qui  n'en  est  pas  un,  à  vrai  dire,  sur  «  la  doulce 
confirmation  do  la  paix  »,  la  discussion  du  «  sisme  de  l'église  », 
des  maux  qu'il  engendre  et  du  remède  qu'il  faut  y  mettre,  le 
saint  passage,  la  réformation  de  la  chrétienté  par  la  croisade 
et  la  proposition  de  cet  électuaire,  qui  est  le  mariage  du  roi 
d'Angleterre. 

L'auteur  commence  comme  toujours  par  des  protestations 
d'humilité:  il  est  indigne  do  donner  des  conseils  à  un  pareil 
prince;  cependant  le  roi  l'écouterapeut-étre,  comme  le  Seigneur 
écouta  la  Samaritaine.  Il  parlera  donc  comme  l'ànesse  de 
Balaam,  et  s'adressera  au  noble  ayjnantqne  Dieu  transplanta 
d'  «  Inde  la  maiour  »  en  Angleterre.  Ce  noble  «  aymant  »  s'est 
décidé,  après  de  longues  années  de  guerre,  à  s'entendre  avec 
une  plante  miraculeuse,  un  arbre  de  baume,  qui  s'éleva  sur 
le  sol  de  la  France.  Ils  veulent  mettre  fin  à  ces  dissensions 
malheureuses  qui  ont  coûté  la  vie  à  cent  mille  chrétiens'  et 
fermer  la  plaie  horrible  de  la  guerre. 

Cette  plaie,  plus  dangereuse  que  les  plaies  de  l'Egypte, 
était  béante  depuis  soixante  ans  \  Son  venin  avait  atteint 
tout  le  monde  et  l'auteur  en  avait  été  infecté  jadis  ^  Tous  les 
remèdes  ont  été  vains  et  c'est  alors  que,  pour  le  bien  de  ses 
anciens  compagnons,  le  combattant  d'autrefois  s'est  adressé, 
dans  sa  solitude,  à  Dieu,  le  plus  grand  des  médecins.  Uarbrisscl 
de  baume  avait  été  envoyé  dans  ce  but  sur  la  terre.  Il  com- 
blera la  plaie,  en  rapprochera  les  lèvres  et  la  cicatrisera  avec 
le  temps  \  La  chevalerie  anglaise,  cette  «  aguille  »,  qui  devait 
châtier  seulement  les  Français  corrompus,  d'après  les  pré- 
dictions de  Merlin,  pouvait  s'opposer  cependant  à  cette  paci- 
fication salutaire.  Un  aimant  avait  été  chargé  de  l'attirer 
par  sa  puissance  et  de  la  diriger  vers  l'étoile  «  tramontaine  », 


1.  «  .c.   mille  âmes  par  aventure  sont  esté  portées  en   enfer  » 
(t'o  79  v°). 

2.  F''  6. 

3.  «  Pour  ses  péchiez  a  esté  aucunes  foys  férus  et  envenimes  de 
venin  soventefoiz  répété  de  la  dicte  plaie  »  (f"  7  v"). 

4.  F"s  8-10  Y". 


—  484  — 

qui  n'est  que  la  vierge  Marie,  l'étoile  des  mers.  Les  deux  envoyés 
de  Dieu  deviendront,  le  premier  une  escarboucle  brillante, 
montrant  le  chemin  de  Jérusalem,  l'autre  un  diamant  merveil- 
leux, souvenir  amical  et  antidote  pour  le  poison  '. 

Il  y  a  cependant  encore  une  plaie  au  milieu  des  chrétiens. 
C'est  l'Église,  déchirée  en  deux  par  le  schisme  ^  Depuis  de 
longues  années,  les  chrétiens  s'étaient  résignés  à  la  voir  ainsi: 
ils  prenaient  chacun  leur  part  et  laissaient  le  reste  de  son 
corps  aux  oiseaux  de  proie.  C'est  en  vain  que  le  remède  dou- 
cereux, lepopilium,  a  été  employé  contre  cette  «  parfonde  fosse 
d'ignorance  et  de  malediccion  ».  Il  faut  ne  pas  faire  attention 
aux  prêtres  «  qui  veuUent  régner  et  non  pas  par  Dieu'  »,  et 
intervenir  énergiquement,  sans  attendre  l'appel  de  la  chré- 
tienté. Si  la  guerre  durait  encore,  il  faudrait  faire  dans  ce 
but  une  trêve,  fùt-elle  de  cent  ans. 

Quant  au  passage,  il  a  corné  lui-même  pendant  quarante 
ans  «  as  empereurs  et  roys  et  princes  de  la  crestienté,  pour 
assembler  à  la  chasse  de  Dieu  les  grands  lévriers  et  les  chiens 
courants*  »  sans  atteindre  son  but.  Jérusalem,  qui  n'avait  été 
perdue  que  grâce  à  l'indifférence  des  Occidentaux,  continuait 
à  être  une  honte  pour  les  chrétiens.  Le  Soudan  en  était  le 
maître,  le  Calvaire  du  Christ  souffrait  des  profanations,  les 
pèlerins  étaient  inquiétés.  Personne  ne  s'était  levé  contre 
cette  injustice,  avant  ces  deux  rois  bien  avisés,  Charles  VI 
et  Richard  °. 

Il  leur  offrira  pour  sa  part  une  «  petite  medicine  »,  sa 
nouvelle  milice  de  la  Passion,  qui  ramènera  à  Dieu  les  gens 
d'armes  et  partira  comme  une  fourrière  pour  préparer  le 
grand  passage.  Elle  est  composée  de  sept  langages  et  con- 
tient des  adhérents  de  grand  renom.  Richard  doit  la  rece- 
voir pour  faciliter  le  passage  et  accomplir  le  vœu  de  ses 
ancêtres  ^ 


1.  F°5  10  vo-22. 

2.  «  Detranchiée  et  en  .n.  moitiés  partie  »  (f°  23). 

3.  F"  27.  Dans  des  termes  pareils,  Thierry  de  Niem  confie  cette 
mission  à  l'empereur  {De  Schismate,  1.  III,  ch.  vin,  éd.  de  Strasbourg, 
p.  158-60). 

4.  po  32  Y». 

5.  F"  32. 

6.  F"'*  34-8  v.  Il  dépensera  un  million  de  florins  de  moins,  grâce  à 
la  chevalerie  de  la  Passion  (f'^  38).   L'auteur  intercale  ici  la  bannière 


—  485  — 

Qiiant  à  la  quatrième  matière,  c'est  un  «  laictuaire  assez 
alectif  »,  qui  pourrait  fortifier  un  des  bords  de  la  plaie. 
Plusieurs  «  fusiciens  grans  et  moïens  »  du  royaume  d'Angle- 
terre en  ont  conçu  l'idée'.  Cet  électuaire,  «  un  certain 
mariage  pour  la  haulte  personne  de  votre  royale  Majesté  », 
n'est  pas  un  remède  bien  difficile  à  prendre  comme  tant 
d'autres.  Il  lui  souhaite  donc  une  femme  comme  sa  mère 
par  exemple,  ou  Hélène,  la  «  très  sage  hostelière  »,  qu'épousa 
Constantin  ou  enfin  Griselidis,  l'inimitable  héroïne  du 
«  solempnel  docteur  et  souverain  poète  maistre  François 
Potrac  de  Puis^  ». 

La  cinquième  «  matière  »  contient  de  nouveaux  conseils  pour 
la  paix,  avec  des  menaces  contre  les  fauteurs  de  la  guerre,  qui 
auront  le  sort  de  Dathan  et  d'Abiron^  La  sixième  contient  une 
parabole,  oh.  l'on  voit  Sapience  divine  festoyer  les  deux 
rois  dans  son  palais  :  la  France  et  l'Angleterre,  deux 
royaumes,  mais  une  seule  maison*.  Suit  «  une  orison  briefve 
contre  ceulz  qui  destourberont  la  paiz  ^  ».  Le  septième  cha- 
pitre-s'occupe  encore  de  la  guerre  et  des  servitudes  où  tom- 
berait le  roi,  si  elle  continuait,  envers  «  ceulz  qui  font  les 
armeures  et  toutes  autres  gens  de  métier  pour  la  guerre,  à 
trésorier,  à  communes,  à  gens  de  l'Esgliso,  et  jusques  à  vostre 
petit  vallet  de  chambre  qui  murmurera  aucune  foiz,  si  le 
convendra  lever  plus  matin  pour  la  guerre  qu'il  n'aura  cous- 
tume  autre  fois''  ».  La  guerre  est  condamnable  comme  la 
mère  de  très  grands  péchés,  de  Vaine-Gloire,  Oultrecuidance, 


de  l'Ordre:  fond  bleu  à  ornements  blancs,  bords  dorés  et  rouges,  croix 
rouge,  ayant  au  milieu  une  rosette,  qui  représente  l'agneau  portant  un 
étendard  surmonté  par  la  croix  (f"  35). 

1.  «  Nouvelles  sont  jà  esparses  ou  royaume  de  Gaule  que  aucuns 
fusiciens  grans  et  moiens  de  vostre  royaume  et  d'ailleurs,  meus  de 
prime  face  pour  bonne  consolacion,  nouvelle  generacion  et  consoli- 
dacion  des  maladies  advenir  et  à  fortificacion  auxi  d'une  des  bordures 
de  la  grant  plaie  occidentale...  pensant  bien  faire,  vous  ont  offert  et 
offrent  un  lectuaire  »  (f"  39). 

2.  ¥"  '19.  Parmi  les  écrivains  français  de  l'époque,  Bressuire  cite 
aussi  Pétrarque,  dans  son  Reduçtorium  morale  (Nolhac,  Pétrarque  et 
l'humanisme,  dans  la  Bibl.  de  l'Kc.  des  H.  Et.,  p.  V24). 

3.  F"^  50-5'!  V". 
'».  F'"*  54  vo-7  v. 

5.  F"  58  :  «  Sire  Dieux,  dissipe  et  destruis  tous  ceulxqui  veuUent  les 
batailles  en  contre  leurs  frères  crestiens.  » 

6.  F»  59. 


—  486  - 

Presumpcion  et  Avarice  ;  elle  est  cruelle  et  impie  :  on  ne  doit 
l'admettre  que  si  elle  est  la  cause  d'un  grand  bien  fait  pour 
la  chrétienté  \ 

L'auteur  décrit  dans  lo  huitième  chapitre  le  «  vergier 
delitable  »  de  la  paix,  avec  son  bon  roi  et  les  murs  qui  en 
sont  la  protection.  Il  n'y  a  pas  de  mien  ni  de  tien  et  le  Saint- 
Esprit  y  fait  couler  ses  douze  rivières,  dont  les  quatre  prin- 
cipales sont  Sûreté,  Vrai  Repos,  Abondance-de-tous-biens  et 
Souffrance.  Le  contraire  est  le  «  jardin  horrible  et  péril- 
leux »  de  la  guerre.  Nemrod  y  règne,  le  fort  y  majige  le 
faible,  les  quatre  rivières  principales  sont  «  l'Heresie  et  l'In- 
vocacion-des-demons,  la  Paour-continuelle,  Mescognoissance 
et  Ingratitude  ».  L'herbe  est  sanguinolente  et  les  peintures 
du  palais  royal  représentent  les  batailles  d'Actium  et  de 
Fontenoy  et  les  exploits  d'  «  Hanibal,  roy  d'Aufrique  ». 
Des  «  locustes  à  grans  dens  »,  qui  sont  les  périls  de  la  guerre, 
y  détruisent  tout  fruit.  On  n'entend  au  lieu  des  «  gracieuses 
chansonettes  amoureuses  »  que  des  «  lamentacions  et..,, 
larmes  et  soupirs  ».  Les  habitants,  «  sans  repos  toute  la  nuit, 
au  vent  et  à  la  pluie  chantent  :  garde  la  garde  ^  ». 

Après  s'être  excusé  sur  la  longueur  de  son  discours  et 
avoir  fait  l'anagramme  du  nom  de  Richard'',  l'auteur  passe  à 
la  neuvième  et  dernière  «  matère  ».  Il  y  est  question  de  la 
«  josne  marguerite  pierre  précieuse  »,  qui  n'est  pas  cepen- 
dant trop  jeune  pour  un  prince  vertueux.  Il  doit  se  réjouir  au 
contraire  de  ce  qu'il  l'élévera  lui-môme,  de  sorte  qu'il  pourra 
dire  plus  tard  :  «  ceste  est  m'espouse,  ceste  est  ma  fille  ». 
Il  l'honorera  certainement,  sans  permettre  cependant  qu'une 
femme  succède  au  trône,  ce  qui  causerait  des  guerres  comme 
celle  de  France \  La  «  belle  blanchcpelle  transmuée  »  lui 
sera  de  grand  service  plus  tard,  quand  elle  aura  atteint  l'âge 
de  raison  :  toutes  les  discordes  possibles  avec  «  les  barons, 

1.  F««  59-61. 

2.  F°^  62-70. 

3.  Riche  et  art,  «  de  vertu  et  justice  et  de  bon  gouvernement  » 
(fo  75).  On  retrouve  ailleurs  l'ctymologie  Carolus  «  Cara  lux  »  (f"  19  v, 
V.  p.  433,  note  5).  Il  le  félicite  pour  ses  victoires  sur  les  «  Ybernois, 
habitans  es  montaignes  avec  les  bettes  sauvages  »  (f"  75;  cf.  p.  481, 
note  2). 

4.  11  doit  emprunter  cette  coutume  aux  «  loys  royales  du  royaume 
de  Gaule  »  (f"  79). 


—  487  — 

le  clergié  ou  le  pueple  »  seront  apaisées  par  sa  douceur'. 
Il  sera  auprès  de  son  beau-père  comme  Olivier  auprès  de 
Roland  et  Artus  auprès  de  Charlemagne.  Ils  combattront 
ensemble  contre  les  Infidèles.  «  Et,  que  plus  est,  quand  par  la 
«  grâce  de  Dieu  vous  aurés  conquesté  Turquie,  Egypte  et 
«  Surie,  qui  sont  remplies  de  toute  manières  de  richesses  et  de 
«  délices,  par  la  bonté  du  doulx  Jhesu  et  par  la  vertu  de  la  foy , 
«  vous  ferez  pou  de  compte  de  vos  royaumes  d'Occident,  qui 
«  sont  et  frois  et  engelez  et  à  orgueil  et  à  avarice  et  à  luxure 
«  souventefois  enclins  ^  »  L'auteur  finit  en  s'excusant  d'avoir 
fait  des  observations  trop  «  rigoreuses  »  au  jeune  roi:  c'est  la 
seule  manière  de  remédier  à  quelque  chose ^ 

Les  efforts  de  Mézières  et  des  amis  de  la  paix  réussirent 
enfin.  Au  mois  de  juillet  1395,  des  ambassadeurs  se  présen- 
tèrent à  Paris  pour  demander  la  main  d'Isabelle,  Agée  à  peine 
de  huit  ans*.  Un  traité  de  mariage  fut  conclu  le  9  mars  de 
l'année  suivante  et  la  trêve  prolongée  ensuite  pour  vingt-huit 
ans  encore.  Le  roi  d'Angleterre  lui-même  arriva  en  France 
vers  la  fin  de  l'année  pour  recevoir  sa  fiancée.  Le  mariage  eut 
lieu  le  4  novembre  %  et  Isabelle  fut  couronnée  le  7  janvier  de 
l'année  suivante  ^ 

Restait  encore,  maintenant  que  cette  longue  trêve  était 
presque  une  paix  définitive  entre  les  deux  royaumes,  la  paci- 
fication de  l'Eglise  et  le  passage  général.  La  mort  d'Urbain 
VI  n'avait  pas  amené  la  concorde  entre  les  deux  partis  :  le 
napolitain  Perrino  Tomacelli  fut  élu  par  les  cardinaux  d'Ur- 
bain (2  novembre  1389)  sous  le  nom  de  Boniface  IX.  Benoît 
XIII  avait  remplacé  depuis  peu  (1394)  Clément  VII  à  Avignon. 
Aucun  des  deux  ne  paraissait  disposé,  malgré  tous  les  efi"orts 
de  ces  7'ois  qu'invoquait  Mézières  dans  VEpistre,  à  céder  sa 
place.  Richard  avait  parlé  de  ces  aff'aires  à  Robert  l'Ermite 
pendant  les  fêtes  du  mariage  et  Robert  résolut  de  poursuivre 

1.  F»  80. 

2.  F°«  81  vo-2. 

3.  «  Et  vous  plaiso  à  souvenir,  très  sage  roy,  que  à  la  court  desgrans 
roys  souvent  se  trouvent  aucuns  fusicieiis  qui  usent  fort  de  l'oingne- 
mcnt  popilion  appelé,  c'est  assavoir  d'un  einplastre  alectif  qui  a  nom 
plncuerunl  «  (f"  82  v"). 

4.  Froissart,  éd.  Kervyn,  XV,  pp.  188-202;  Rymer,  IIl",  108-9. 

5.  Ibid.,  pp.  306-7:  Hymer,  ibid.,  112  et  suiv.,  125. 

6.  Lingard,  /.  c,  49. 


_  488  — 

sa  mission,  en  allant  à  Avignon  et  à  Rome  pour  le  fait  du 
schisme.  On-  attendait  dans  cette  dernière  ville  l'arrivée  de 
Pierre  d'Ailly  au  nom  du  clergé  français  :  les  deux  messagers 
ne  réussirent  pas  cependant  et  le  schisme  dura  de  longues 
années  encore  \  Mézières,  qui  voyait  avec  douleur  ces  divisions, 
resta  le  partisan  de  Benoît  XIII,  comme  il  avait  été  celui  de 
son  prédécesseur.  Le  pape  français  fut  parmi  ceux  qui 
approuvèrent  la  création  de  sa  chevalerie^ . 

Quant  au  passage,  il  devenait  de  plus  en  plus  nécessaire. 
Bajazet,  continuant  l'œuvre  de  son  père,  menaçait  les  der- 
niers restes  de  l'empire  de  Constantinople.  Les  Vénitiens 
mêmes,  dont  les  relations  avec  le  Sultan,  qui  ne  leur  refusait 
pas  les  privilèges  de  commerce^  étaient  des  plus  cordiales,  s'en 
émurent  et  envoyèrent  une  petite  flotte  au  secours  de  l'em- 
pereur*. Le  roi  de  Hongrie  qui  avait  provoqué  cette  décision  du 
Conseil,  s'adressait  à  tous  les  princes  de  la  chrétienté  pour 
les  inviter  à  l'aider  dans  la  guerre  sainte  qu'il  allait  entre- 
prendre. Ses  lettres  arrivèrent  en  France  au  mois  d'avril 
1395  et  causèrent  une  grande  émotion'.  Les  plus  brillants 
parmi  les  chevaliers  français  écoutèrent  favorablement  sa 
demande  et  prirent  la  croix  pour  combattre  en  Hongrie. 
Eustache  Deschamps  invitait  la  chrétienté  entière  à  conclure 
de  longues  trêves  et  à  se  mettre  «  en  arroy  » 

Pour  conquérir  de  cuer  la  Sainte  Terre ^. 

1.  Froissart,  éd.  Kervyn,  XIV,  86;  Rinaldi,  XXVII,  p.  4  et  la  note  de 
Mansi  ;  Martène,  Vclera  Monumcnla.  VII,  c.  591.  Robert  exposa  le 
résultat  de  sa  mission  le  15  janvier  1398  {ibid.).  II  alla  une  seconde 
fois  à,  Rome,  dans  le  même  ijut,  en  1407  (ibid.).  On  ignore  la  date  de 
sa  mort. 

2.  V.  p.  492. 

3.  Il  confirma  (mai  1390),  d'après  la  demande  de  l'ambassadeur 
Francesco  Quirini  (envoyé  le  17  février  1390),  les  privilèges  accordés 
aux  Vénitiens  par  les  seigneurs  de  Palatscha  et  d'Altologo  [nouveau 
privilège  en  1403,  Bibl.  de  l'Éc.  des  Charles,  b"  série,  t.  V,  pp.  224 
et  suiv.  :  serait-il  question  du  traité  de  septembre  1370?  (Commem., 
VII,  n"  596  ;  t. III,  p.  95)],  leur  accordant  le  droit  de  faire  le  commerce 
dans  ses  propres  Etats.  Commem.,  VIII,  n"  346;  t.  III,  p.  207;  Roma- 
nin,  Storia  docvmentata  di  Venezia,  III,  pp.  331-3. 

4.  Quatre  galères,  sous  Thomas  Mocenigo  (ibid.,  p.  333). 

5.  P.  Bavyn,  Mcm.  du  Voiage,  f"^  340  v"-41  v».  dans  Delà  ville  Le 
Roulx,  0.  c,  I,  p.  231.  Cf.  Froissart,  XV,  220.  Les  ambassadeurs,  l'arche- 
vêque de  Gran,  Jean  de  Kanizsa,  et  le  trésorier  du  roi,  partirent  après 
neuf  jours,  emportant  de  grandes  promesses.  Sur  la  chevauchée  du 
comte  d'Ku  (1393-4),  v.  Delaville  Le  Roulx,  /.  c,  p.  227. 

6.  IJeschamps,  Œuvres,  I,  138-9.  L'éditeur  croit  que  la  pièce  pourrait 


-  489  — 

L'expédition  partit  au  printemps  de  l'année  suivante.  Les 
Bavarois  sous  Jean  de  Nuremberg  et  Robert,  comte  palatin 
du  Rhin,  des  Suisses,  des  Hospitaliers  et  des  Polonais  peut- 
être  se  réunirent  à  la  chevalerie  française,  que  commandait 
le  comte  de  Nevers'.  Avec  les  Hongrois  et  les  Valaques,  leurs 
alliés,  le  nombre  des  chrétiens  s'élevait  à  60,000  hommes. 

Mézières  ne  se  faisait  pas  d'illusions  sur  le  succès  de  cette 
nouvelle  croisade,  si  brillante  et  si  certaine  de  vaincre.  lien 
parle  avec  dédain  et  avec  une  indignation  prophétique  dans 
son  livre  sur  la  Chevalerie  de  la  Pasmm  de  Jésiis-CIirist, 
qu'il  écrivit  en  cette  même  année  1)396  où  partit  avec  tant  de 
fracas  l'armée  de  ces  grands  seigneurs,  vaniteux  et  imprudents. 
La  nouvelle  expédition  ne  faisait  que  continuer  les  croisades 
antérieures,  dont  le  résultat  avait  été  nul  à  cause  des  grandes 
dépenses  et  de  ^indiscipline^  De  pareilles  guerres  étaient 
plutôt  contraires  au  véritable  intérêt  des  chrétiens  :  les  princes 
qui  partaient  en  Orient  perdaient  du  temps  d'abord,  puis,  quand 
il  fallait  frapper  un  coup  décisif  et  se  montrer  dignes  de  la 
protection  divine,  ils  se  hâtaient  de  revenir  dans  leurs 
royaumes,' abandonnant  leurs  frères  d'Orient  à  la  vengeance 
des  Infidèles  irrités. 

Ces  expéditions  étaient  dues  à  l'amour  des  chevaliers  chré- 
tiens et  surtout  des  Français,  des  Anglais  et  des  Allemands 
pour  ((  une  des  plus  grandes  dames  du  monde  »,  Vaine  Gloire. 
Il  suffisait  que  quelques  chevaliers  renommés  se  décidassent 
à  partir  pour  la  Barbarie,  la  Prusse,  Grenade  ou  la  Hongrie 
et  les  pays  du  Danube,  pour  que  les  autres  les  suivissent 
comme  des  brebis.  Leur  expédition  n'avait  rien  de  cette 
humilité,  qui  convient  aux  vrais  pèlerins:  ils  allaient   tous 


bien   avoir  été  écrite  vers  l'année   1395.  Cf.  son  épître  aux  roi.s   de 
France  et  d'Angleterre  : 

«...  Soit  l'amour  do  Dieu  prise, 

Ne  guerriez  l'un  l'autre  désormais, 

Sur  Sarrazins  soit  vo  guerre  remise. 

A  voz  subgez  soit  donné  bonne  paiz.  » 
(Œuvres,  III,  172).  Ce  sont  absolument  les  idées   de  Mézières  et  de 
Robert  l'Ermite. 

1.  Delavillc  Le  Houlx,  la  France  en  Orient,  chap.  Nicopolis. 

2.  Ainsi  ([u'à  l'envie  des  cboi's.  Il  n'excepte  même  pas  la  croisade  du 
«  benoist  saint  Loys  »  (ms.  2251  de  l'Arsenal,  f"- ;51-32  v").  Un  anonyme 
dédia  à  Philippe  «  un  sermon  sur  saint  Louis  »  (Froissart,  Kervyn.'XV, 
377).  —  V.  la  description  du  ms.  dans  les  Arch.  île  l'Or.  lat..  l,  3'i6. 


49n 


comme  des  rois,  «  les  menistreulx  et  les  hyraiix  precedens  à 
grans  pourpes  et  à  grans  paremens,  en  robes  et  en  vaisselle 
d'argent,  faisans  les  grans  disners  des  viandes  oultrageuses  », 
Ils  dépensaient  dans  un  mois  plus  qu'ils  ne  devraient  le  faire 
pendant  trois  et  se  montraient  dignes  d'être  appelés  plutôt 
les  serviteurs  du  Dieu  infernal'. 

Les  combattants  de  Hongrie  n'étaient  guère  supérieurs  à 
ceux  qui  les  avaient  précédés  et,  bien  que  l'auteur  ne  les 
nomme  pas  expressément,  c'est  évidemment  du  comte  de 
Nevers  et  de  son  armée  qu'il  s'agit.  C'est  en  vain  que  les  trêves 
ont  été  conclues  entre  la  France  et  l'Angleterre  ^  et  que  Provi- 
dence divine  avait  offert  aux  chrétiens  le  bon  vin  d'Engadi. 
Ils  avaient  préféré  mépriser  ses  avertissements  et  chercher  en 
Allemagne  et  en  Hongrie  «  la  cervoise  hommeleuse  et  le 
bochet  enaigry  ».  La  Syrie  et  l'Egypte,  avec  leurs  «  anciennes 
richesses  et  délices  non  pareilles  »,  les  endroits  vulnérables 
des  Infidèles,  leur  étaient  ouverts.  Cependant  «  ils  vont  que- 
tant  les  montaignes,  les  terres  inhabitables  et  les  desers  de 
Servie  et  de  la  double  Allaquuie  [sic]  ;  si  ne  sera  pas  merveille 
s'il  s'en  repentiront...  ^». 

Il  leur  proposera  pour  sa  part,  dans  sa  «  rude  épistre*  », 
une  manne  céleste,  l'ordre  de  la  Passion,  dont  le  succès  est 
assez  grand  depuis  quelque  temps,  grâce  à  quatre  personnages 
surtout,  qui  en  furent  les  évangélistes^  Ce  sont  Jean  de 
Blézy,  seigneur  de  Mauvilly,  chambellan  du  roi  et  capitaine 


1.  Chevalerie  de  la  Passion,  f"«  31-32  v.  Des  aides  furent  levés 
dans  les  États  du  duc  de  Bourgogne,  dès  le  l'^'' janvier  1394  (Delaviile 
Le  Roulx,  0.  c.,  II,  18).  II  comptait  obtenir  80,000  francs  du  comte  de 
Vertus  (ibid.,  p.  20);  le  receveur  d'Artois  et  de  Flandre  fut  invité 
à  faire  des  emprunts  aux  Etats  des  pays  et  aux  Lombards  qui  s'y  étaient 
établis  (p.  21). 

2.  «  Helas  !  les  roynes  Providence  par  Destination  et  Dispensacion 
divines  avoient  offert  prestemment  des  François  et  Angles  l'accort  fait 
aux  dessus  dits  chevaliers  »  (f"  42  v). 

3.  Fo  42  v". 

4.  «  Une  rude  epistre  pour  satisfaire  aucunement  et  grossement 
par  la  bonté  de  Dieu,  à  aucuns  chevaliers  qui  ne  rcçoyvent  pas  si 
plaineoient,  comme  il  seroit  expédient...  le  don  de  Dieu  »,  etc.  (f"  1). 

5.  «  Ces  quatre  cy-dessus  recitez,  comme  .nu.  evangelistes,  depuis 
l'an  de  grâce  mil  .ccc.nu.*''  et  ..\.  jusques  à  l'an  .ini.""  et  .xv.  en 
divers  pays  et  royaumes  par  la  grâce  de  Dieu  ont  preschié  et  anoncié 
lâdicte  sainte  chevalerie  »  (f"  113).  Ce  passage  a  été  reproduit  par  M. 
A.  Molinier  dans  l'article  cité  des  Arch.  de  l'Orient  lalin. 


—  491    - 

de  Paris',  Louis  de  Giac,  chambellan  et  grand  échanson  du 
roi,  Othe  de  Granson  «  de  la  terre  de  Savoye  »,  chevalier 
d'honneur  de  Richard  II  et  de  son  oncle,  le  duc  de  Lancastre, 
et  enfin  le  «  singulier  messaigé  de  Dieu  et  de  monseigneur 
saint  Jaque  »,  Robert  l'Ermite.  Ils  ont  gagné  à  la  chevalerie 
nombre  de  grands  seigneurs,  parmi  lesquels  six  «  ducs 
royaulx  »^,  des  maîtres  en  décrets  et  en  théologie  et  plusieurs 
autres  adhérents.  Une  liste  à  la  fin  du  livre  nous  donne  les 
noms  des  plus  importants:  on  y  trouve,  parmi  les  membres  qui 
s'engagèrent  par  écrit  ou  par  promesses  solennelles,  le  duc 
Louis  de  Bourbon,  Boucicaut  le  jeune,  l'amiral  Jean  de 
Vienne,  tous  deux  en  Hongrie  à'cette  époque,  l'archidiacre  de 
Narbonne,  secrétaire  du  roi  de  France,  le  vicomte  de  Rodez 
et  Ponce,  son  frère,  Jean  et  Henri  de  Chàlon-Auxerre,  Jean 
de  Sainte-Croix,  Gilles  de  Poissy  et  d'autres  encore,  en 
France.  Le  duc  d'York  et  son  fils,  le  comte  de  Rutland,  le 
comte-maréchal,  le  comte  de  Northumberland,  Henri  Percy, 
Hugues  Despenser,  Raoul  Percy,  Thomas  West,  Louis  de 
Clifford,  l'évèque  de  Saint-David's  se  trouvaient  parmi  les  An- 
glais. Le  sire  de  Lesparre,  peut-être  l'ancien  adversaire  de 
Pierre  P"",  le  vicomte  d'Orthez  et  le  sire  de  Castillon  représen- 
taient le  midi  de  la  France.  Mézières  énumère  encore  parmi  ses 
chevaliers  des  Écossais,  comme  David  et  Alexandre  de  Lind- 
say ,  des  Navarrais,  comme  Arnault  d' Aigremont,  des  Espagnols 
comme  Pierre  Lopez''  d'Ayalaet  même  le  chancelier  du  «  roy  de 
Suèse  »  Hugues  de  Hanost.  Le  duc  de  Berri  avait  promis,  par 
des  lettres  patentes,  100  hommes  d'armes  au  nouvel  Ordre,  le 
duc  d'Orléans  lui  avait  fait  de  grandes  promesses,  le  comte  de 
Vertus,  Jean-Galéas,  duc  de  Milan,  offrit  30  mille  florins  et 
«  très  grant  aide  de  bouche  »,  Pierre  de  Craon,  200  livres  de 
rente.  L'Ordre  comptait  parmi  ses  protecteurs  Louis,  comte 
d'Étampes,  Philippe  d'Artois,  connétable  de  France,  Pierre 
de  Navarre,  Henri  de  Bar,  le  sire  de  Coucy,  le  comte  de 
Saint-Pol,  le  maréchal  de  Normandie,  seigneur  de  la  Frette, 
Guillaume  Martel  de  Basquevilie,  allié  à  l'ancien  croisé  de  1365, 


1.  Il  combattit, à  Nicopolis  et  c'est  avec  son  ombre  que  s'entretient 
Philijme  dans  VEpistre  lamentable  et  consolatoire,  v.  p.  503. 

2.  Chevalerie  de  ta  Passion,  f"  18. 

3.  «  Pierre  Louppes  »  (f"  113  v).  V.  sur  lui  Rymer.  IIP,  171. 


-   492  - 

Jean  et  Aubert  de  Hangest,  des  Picards,  Jacques  de  Montraaur, 
gouverneur  du  Dauphiné,  les  archevêques  de  Reims  et  de  Vien- 
ne, les  évêques  de  Senlis  et  du  Puy  (Pierre  d'Ailly),  les  ducs  de 
Glocester  et  de  Lancastre  et  même  «  le  pape  Bcnedic,  qui  de  son 
propre  mouvement  a  voulu  avoir  le  livre  de  la  chevalerie  »'. 

La  Chevalerie  avait  cependant  aussi  ses  ennemis,  parmi  les 
gens  riches  comme  un  œuf,  qui  ne  pouvaient  pas  se  résoudre  à 
quitter  leur  vie  tranquille  pour  aller  outremer,  «  au  souleil,  à  la 
pluye,  aux  fortunes  de  la  mer  »,  mangeant  «  vielz  bescuit  » 
et  ne  soupant  pas  toujours.  Ils  avaient  honte  de  rester  chez 
eux  quand  l'expédition  partirait,  et  cherchaient  à  discréditer 
le  nouvel  Ordre  par  des  objections  mal  fondées  :  ils  ne  con- 
naissaient pas  les  lieux  et  les  moyens  d'approvisionnement,  ils 
croyaient  la  chose  irréalisable,  craignaient  des  discordes  entre 
des  soldats  si  nombreux  et  regrettaient  cette  clause  de  l'élec- 
tion qui  empêchait  quelque  grand  prince  de  devenir  le  chef 
et  le  protecteur  de  la  chevalerie.  Ces  adversaires  étaient, 
pour  la  plupart,  de  mauvaise  foi,  n'ayant  jamais  lu  cette 
règle,  qu'avaient  approuvée  jadis  des  rois  de  l'Orient  et  de 
l'Occident  et  quatre  papes ^  En  continuant  leur  opposition, 
ils  s'exposaient  à  subir  le  sort  des  Hébreux,  qui  ne  voulaient 
pas  cueillir  dans  le  désert  cette  manne  dans  laquelle  laPassion 
du  Christ  était  latente '^  En  se  donnant  la  peine  de  s'infor- 
mer, ils  découvriraient  l'Ordre  dans  toute  sa  grandeur  et  son 
utilité,  donnant  à  ses  membres  des  vivres,  des  armées,  de 
grands  biens  pris  à  l'ennemi,  et  préparant  la  conquête  de 
Jérusalem^. 

La  Chevalerie  a  été  imaghiée  jadis  par  un  povre  et  vieux 
pèlerin,  le  nommé  Ardent  désir,  qui,  sentant  sa  faiblesse  et 
son  grand  âge,  vient  déposer  aujourd'hui  ses  pouvoirs  devant 
Providence  divine  et  ses  quatre  suivantes.  Il  est  courbé 
par  la  vieillesse  et  porte  dans  sa  main  ce  livre  de  la  Passion, 
que  quarante  ans   de   travail  ont  usé  et  déchiré \   La  reine 


1.  Chevalerie  de  la  Passion,  f°«  112  v"-ir±  v».   La  liste  commence 
par  son  propre  nom,  «  la  povre  créature  ». 

2.  F»''  4-4  v. 

3.  «  La  sainte  et  amère  Passion  du   benoist  fils  de  Dieu,   laquelle 
estoit  latente  en  la  manne  des  enfans  d'Israël  »  (f"  3  v"). 

4.  F»^  2  v"-3. 

5.  »  Lequel  portoit  en  l'une  de  ses  mains  une  potence  pour  lui 


—  493  — 

reçoit  avec  bienveillance  ce  livre  de  légation,  que  lui  présente 
le  pèlerin,  la  «  teste  enclin  »  et  écoute  les  vœux  que  forme 
le  vieillard,  soutenu  par  sa  sœur,  Doulce  Espérance.  Il  veut 
que  ses  péchés  soient  traités  avec  indulgence  et  que  sa  mis- 
sion soit  donnée  à  un  autre.  Quant  à  lui,  puisqu'il  ne  verra 
pas,  à  cause  de  son  âge,  «  la  bannière  de  la  sainte  chevalerie 
drecié  en  la  sainte  cité  de  Jherusalem  »,  et  la  gloire  de  la  chré- 
tienté refleurir  en  Terre  Sainte,  qu'on  lui  permette  de  «  repo- 
ser et  rendre  l'esperit  à  Dieu  '».  Cette  demande  est  exaucée 
par  Providence,  qui  lui  nommera  un  successeur.  Elle  finit  en 
lui  donnant  des  conseils  pour  le  reste  de  ses  jours  ^ 

L'assemblée  contient  cependant  les  partisans  et  les  défen- 
seurs de  la  croisade  et  la  reine  profite  de  leur  présence  pour 
leur  tenir  de  beaux  discours  encourageants.  Elle  a  cherché 
à  sauver  le  monde  dès  la  chute  d'Adam  et  le  temps  des  pro- 
phètes. Tout  ce  qui  a  été  fait  pour  la  rédemption  des  âmes  lui 
est  dû,  et  c'est  à  cette  sollicitude  pour  les  hommes  qu'il  faut 
attribuer  la  création  du  nouvel  Ordre,  qui  est  une  nouvelle 
arche  de  Noé,  uu  triade  salutaire,  la  boutique  de  la  reine  de 
Saba^  La  chevalerie  de  la  Passion  remplacera  par  les  vertus 
Vaine  Gloire,  son  maître  d'hôtel,  Nabuserdan,  et  ses  quatre 
chambrières,  Largesse,  Prodigalité,  Joliveté  et  Validire  {sic)'\ 
La  légèreté  des  croisés  disparaîtra  par  son  influence;  l'argent, 
qu'ils  dépensent  aujourd'hui  en  quelques  mois,  soutiendra  l'ar- 
mée de  la  croix  pendant  trois  ou  même  cinq  ans\  Ce  sera 
une  des  institutions  les  «  plushonnourables,  plus  raisonnables, 
plus  clères,  plus  fermes  et  plus  durables  w^:  une  armée  de 
cent  mille  hommes,  qui  seront  rassemblés  facilement,  se  diri- 
gera vers  l'Egypte  et  frappera  le  serpent  à  la  tête.  Bajazet 
devra  se  retirer  en  Asie"  «  et  lors  les  gens  d'armes  crestiens 

apuyer,  et  en  l'autre  main  un  livre,  en  grant  partie  rongiés  de  ras  et 
d  espines  dessirez  »  (f"  9). 

1.  F°  19. 

2.  Fos  20  vo-21  V». 

3.  «  Cornent  la  Chevalerie  est  figurée  à  la  boticle  de  la  royne  Sabba  » 
(fo  29  v°). 

4.  F°  32  v». 

5.  F"  35. 

6.  F""  40  v». 

7.  F"  36  v"  :  «  Par  l'art  de  sage  descipline  de  Chevalerie  aucunes  foiz 
on  gaignera  plus  tost  un  royaume  que  on  ne  fera  un  fort  chasteau 
en  la  frontière.  » 


—  494  - 

des  frontières  de  Honguerie  et  d'ailleurs  ligièrement  pourroient 
recouvrer  aucunes  forteresses  qui  seroient  demourées  en  la 
poissance  des  Thurs  »\ 

Mézières  se  proposait  d'écrire  ensuite  la  règle  en  trente 
livres ^  en  latin  et  en  français,  règle  qui  ne  devait  être  com- 
muniquée qu'aux  dignitaires  et  aux  protecteurs  de  l'Ordre  ;  un 
résumé  du  livre  pour  être  envoyé  dans  la  chrétienté  entière 
et  intitulé^:  La  substance  abregié  de  la  chevalerie  de  la  Pas- 
sion; un  Livre  du  secret,  concernant  les  ressources  financières 
de  l'Ordre*  et  sa  substance  abregié\  destinée  à  être  tout  aussi 
répandue  que  l'abrégé  de  la  règle  ;  Le  livre  du  commencement 
enfin,  montrant  ce  que  devaient  faire  les  chevaliers  à  leur  arrivée 
en  Terre  Sainte ^  Ces  cinq  livres  devaient  représenter  les  cinq 
plaies  du  Christ  et  cinq  des  tables  de  Moïse  ;  Mézières  avait 
écrit,  en  1396',  les  deux  «  substances  abrégées  «,  qu'il 
avait  envoyées  en  France,  en  Angleterre  et  ailleurs.  Nous  ne 
possédons  que  Vépistre  en  la  prefacion  de  la  substance  de 
l'ordre,  son  prologue  et  celui  du  Livre  du  commencement^ . 

Le  premier  traité  est,  en  partie,  la  traduction  de  celui  qu'il 
écrivit  en  1368.  Le  commencement  est  le  même  et  des  difi"é- 
rences  très  notables  ne  commencent  à  apparaître  qu'après 


1.  Chevalerie  de  la  Passion,  f°  37. 

2.  «  Laquelle  l?ègle  en  .xxx.  livres  et  un  volume  ou  .n.,  non  pas 
petit,  plus  clèrement  sera  contenue  »  (f"  90  v»)  ;  «  un  grant  livre  en 
deux  volumes,  en  francoys  et  en  latin...  livre  de  sainte  règle  nommé  » 
(f"  92  v"). 

3.  «  Un  autre  petit  livre,  en  françois  et  en  latin,  qui  est  appelle  la 
substance  abregié  de  la  Chevalerie  de  la  Passion  Jhesucrist  :  et  cestui 
livre  doit  estre  porté  et  présenté  par  toute  la  crestienté  catholique  » 
(f°  93).  ■ 

4.  «  Item  un  autre  livre  qui  est  appelle  le  livre  du  secret  de  la 
saincte  Chevalerie,  qui  contient  les  finances  et  trésor  de  la  Cheva- 
lerie »  (f"  92  v°). 

5.  «  Item  un  autre  petit  livre,  par  manière  d'un  quayer.  C'est  assa- 
voir cestui  présent  livre  (la  mention  se  trouve  dans  le  proloque  du 
traité)  contenant  en  brief  la  substance  abrégée  et  en  gros  dudit  livre 
du  secret  »  (f°  93  v»). 

6.  F»  94. 

7.  C'est  la  date  fixée  par  l'auteur  pour  la  «  rude  epistre  »  (f-»  14  : 
«  aujourd'uy,  qui  est  l'an  delà  nativité  de  notre  seigneur  Dieu  Jhesucrist 
.M.ccc.nu.'"'  et  .xvi.  »).  Les  autres  traités,  bien  que  leur  réunion  ne 
paraisse  pas  intentionnelle,  datent  évidemment  de  la  même  époque. 

8.  L'auteur  déclare  (f"  44)  que  la  «  substance  abrégée  du  trésor  » 
devait  suivre  celle  de  la  règle  :  il  n'en  est  rien  dans  ce  que  nous  pos- 
sédons. 


—  41)  F)  — 

plusieurs  folios',  à  l'énumération  des  motifs  pour  lesquels 
l'Ordre  fut  créé.  Il  contient  cependant  des  choses  nouvelles 
et  en  assez  grand  nombre  pour  que  l'analyse  de  cette  Epistre 
soit  nécessaire  et  intéressante. 

En  1367,  Mézières  proposait  six  objets  seulement  à  son 
Ordre.  Ils  sont  spécifiés  d'une  manière  plus  précise  dans  son 
nouveau  traité,  où  les  causes  ne  sont  que  l'énumération  des 
rôles  différents  que  doit  remplir  la  chevalerie^. 

L'Ordre  est  créé,  sans  doute,  pour  délivrer  Jérusalem  et 
réformer  la  chrétienté,  en  renouvelant  le  souvenir  de  la  Pas- 
sion. La  foi  catholique  se  multipliera,  les  hérétiques,  les 
schismatiques  et  les  Syriens  «  demourans  deçà  la  mer  » 
seront  amenés  à  contrition,  l'Eglise  regagnera  son  unité, 
sans  que  le  sang  soit  versé.  De  plus,  l'Ordre  formera  l'avant- 
garde  du  passage  général  des  deux  rois  et  même  leur  arrière- 
garde.  Il  disciplinera  les  vagabonds,  soignera  les  blessés  et 
les  arrachera  à  l'ennemi;  il  gardera  les  rois,  quand  ils  seront 
«  hors  de  forteresse  »,  et  formera  la  garnison  des  châteaux 
dangereux  conquis  par  les  chrétiens.  Les  chevaliers  seront  en 
outre  «  les  espiees  veillans  et  non  dormans  »  de  l'armée,  les 
négociateurs  de  la  paix  avec  les  ennemis,  les  sentinelles  et 
les  inspecteurs  du  camp,  pendant  la  nuit,  les  arbitres  des 
querelles  et  des  troubles.  L'Ordre  recevra  dans  son  sein  tous 
ceux  qui  seront  amenés  en  Orient  par  un  vœu  de  leurs  parents 
ou  une  clause  testamentaire,  ainsi  que  les  cadets  de  famille. 
Enfin  il  partira  seul  «  se  par  la  permission  divine  les  roys 
«  seroient  destourbés,  que  jà  n'avingne,  de  tost  faire  le 
«  saint  passaige  »  '\ 

Suit  l'amplification  de  chacun  de  ces  points  et  l'auteur  finit 
en  promettant  que  la  Vierge  Marie,  advocate  singulière  de 
l'Ordre,  le  protégera  «  comme  doulce  mère  fait  ses  enffens*  ». 

Le  prologue  qui  suit  contient  la  même  substance  que  les 
rubriques  de  la  rédaction  de  1384,  c'est-à-dire  «  les  particu- 
lières choses  et  office  de  la  sainte  chevalerie^  ».   L'auteur 


1.  F»  47  v. 

2.  Ko*  47  v»  et  .suiv. 

3.  F"  50. 

4.  F"  69  yo. 

5.  «  Le  prologue  de  la  substance  abregié  de  la  sainte  Chevalerie  de 


—  \%  — 

ajoute  de  plus  quelques  détails  sur  les  différents  consistoires 
de  l'Ordre,  sur  les  présidents  d'honneur',  etc.,  et  promet  de 
donner  des  renseignements  plus  étendus  dans  la  Règle,  qu'on 
écrira  plus  tard^ 

Le  prologue  du  Livide  du  commencement  est  de  beaucoup 
plus  important  :  il  contient  des  données  qui  devaient  se  retrou- 
ver dans  le  Livre  du  trésor.  La  chevalerie  de  la  Passion  sera 
formée  de  21  mille  combattants,  dont  6  à  7  mille  chevaliers 
et  écuyers^  Chaque  membre,  frère,  servant  du  chevalier, 
paiera  au  moment  de  son  admission  une  somme  proportionnée 
à  sa  fortune,  pour  son  entretien  et  son  armement.  La  somme 
sera  de  500  francs  pour  un  chevalier  avec  trois  chevaux,  deux 
valets  et  une  chambrière,  s'il  s'engage  à  servir  trois  ans  seu- 
lement ;  600  francs  pour  les  mômes  pendant  cinq  ans.  Il  paiera 
sept  et  huit  cents  francs  s'il  veut  avoir  en  plus  un  écuyer 
et  un  valet  à  pied.  Les  prix  seront  notablement  plus  élevés 
pour  les  riches.  Un  frère  avec  2  chevaux,  un  gros  valet  et  un 
valet  à  pied  paiera  300  et  400  francs,  d'après  la  durée  de  son 
vœu,  le  sergent,  avec  sa  femme,  200  francs  ou  cent  francs 
môme  pour  les  pauvres.  Les  chevaliers  riches  seront  invités 
même  à  payer  la  part  des  autres.  Des  dispositions  spéciales 
permettaient  à  ces  derniers  de  ne  verser  qu'un  tiers  de  leur 
cotisation  au  commencement,  le  reste  devant  être  payé  à  la 
fin  de  l'année*. 

Le  trésor  ainsi  formé  ne  devait  pas  servir  à  l'entretien  des 
combattants  avant  leur  arrivée  en  Orient.  «  Pour  ce  est-il 
«  expédiant  et  nécessaire  de  mettre  en  la  bourse  du  commun 


la  Passion  de  Jhesucrist  «  (f°^  72-2  v°).  Ce  prologue  n'a  aucune  ressem- 
blance de  style  avec  celui  de  1384,  sauf  le  développement  des  rubriques. 

1.  Il  mentionne  quelques  officiers  nouveaux,  les  inspecteurs  de  la 
règle,  les  «  .vin.  notaires  de  la  vie  des  francs  chevaliers  »  (f"  82)  et 
«  les  piteus  commissaires  de  la  derraine  voulenté  »  {ibid.).  Il  autorise 
les  riches  à  donner  leurs  biens  à  leurs  enfants  avant  d'entrer  dans 
l'Ordre  et  à  les  retenir  même,  pourvu  qu'ils  mènent  le  même  train  de 
vie  que  leurs  camarades  (f°  90).  Ils  peuvent  recevoir  même  des  héri- 
tages (ibid.).  L'ordre,  fixé  en  Orient,  deviendra  la  monarchie  de  la 
Passion. 

2.  F»  90  v°. 

3.  F°  99  v".  Cf.  f"  95.  «  En  laquelle  Chevalerie  aura  .xxi.".  com- 
batans  de  la  Chevalerie  et  plus  »  (f°  99);  31,000  même  (f"  99  v). 

4.  ((  La  copie  du  prologue  du  livre  du  commencement  de  la  sainte 
Chevalerie  de  la  Passion  de  nostre  seigneur  Jhesucrist  »  (f°>'  95  V- 
103  v»). 


-  497  — 

«  par  la  dicte  chevalerie,  comme  font  les  escoliers  à  Paris  et 
«  aillcurs\  ),  Un  chevalier  riche  avec  trois  chevaux  paie 
trente  francs  par  mois,  les  autres  vingt-cinq,  les  prix  sont  en 
proportion  pour  le  reste  de  l'armée,  sauf  les  prêtres  qui 
paient  ce  qu'ils  veulent  l 

L'expédition  devait  s'embarquer  sur  30  galères,  50  tafo- 
resses,  20  «  lins  »,  50  huissiers  et  15  grandes  «  poutres  «  sans 
rames.  La  traversée  devait  durer  quatre  mois  et  coûter  au 
trésor  la  somme  de  600,000  ducats  ou  florins  de  Florence. 
Avec  l'argent  pour  les  armes  et  celui  qu'on  devait  dépenser 
pendant  les  premiers  deux  mois,  la  dépense  s'élèverait  à 
1,200,000  ducats,  sans  compter  le  butin  et  les  dons  des  rois. 
Il  fallait  donc  à  la  chevalerie  au  début  de  la  guerre  1,050,000 
ducats  dans  son  trésor'^ 

Suit  l'énumération  des  officiers  et  les  noms  des  adhérents. 
On  trouve  aussi  un  renseignement  intéressant  sur  le  gouver- 
nement suprême  de  l'Ordre.  Avant  l'élection  du  prince,  le 
grand  président  de  la  langue  la  plus  nombreuse  commandera 
les  chevaliers.  Le  premier  prince  sera  pris  aussi  dans  son 
sein  :  toutefois  chaque  nation  plus  tard  aurait  son  tour\ 

On  connaît  le  résultat  de  cette  brillante  expédition  de  Hon- 
grie. Après  avoir  traversé  l'Europe  entière,  la  chevalerie 
occidentale  arriva  sur  les  bords  du  Danube  en  automne  :  Widdin 
fut  pris  facilement  et  ensuite  Rachowa.  Bajazet  vint  trouver 
les  chrétiens,  alors  devant  Nicopolis. 

La  bataille  fut  livrée  le  28  septembre.  Les  chevaliers  fran- 
çais demandèrent  l'honneur  d'attaquer  les  premiers  et  ne 
voulurent  pas  céder,  aiguillonnés  par  Vaine  Gloire,  malgré  les 
prudentes  représentations  du  roi  Sigismond,  dont  les  soldats 
étaient  plus  habitués  à  la  manière  de  combattre  les  Turcs 
Victorieux  d'abord,  ils  parvinrent  à  mettre  en  fuite  la  cava- 
lerie légère  de  l'ennemi  :  ils  étaient  fatigués  déjà  par  la  pour- 
suite, quand  ils  rencontrèrent  devant  eux  la  masse  solide  et 
compacte  des  60,000  janissaires.  La  déroute  fut  complète  : 

1.  F»  97. 

2.  Fos  97  v-S. 

3.  Fos  99-1  Ot. 

le  t-  li^l  ™m™eremo,:?r'  '"''  ''^'"''''  ''''  "''  "«»"-  "-^ 

N.  JoKOA.  P/n/Ippe  de  Mézières.  30 


-  498  — 
Sirismond  s-entuit  à  Constanlinople  et  revint  par  mer  dans 
"èf  ÉUts,  la  Valachic  fut  envahie  par  le  Satan,  les  cheva- 
tes  de    •Occident,  le  comte   de  Novers,   le   comte   d  Eu 
Henri  de  Bar,  Boucicaut  et  beaucoup  d'autres  encore  furen 
envoyés  à  Hausse.  Jacques  de  Heilly  part.l  vers  la  France 
pour  y  faire  connaître  le  désastre  et  les  propositions  du  vam- 

''"LT  nouvelle  de  Nicopolis  était  arrivée  à  Paris  dès  le  com- 
mencement du  mois  de  décembre:  on  la  c-t  «"sse  et  es 
premiers  ambassadeurs  furent  enfermés  au  Cfc.telet  Cepen- 
danTle  roi  lui-même,  le  duc  de  Bar,  le  duc  d'Orléans,  la  dame 
de  Concy,  envoyèrent  des  courriers  en  Hongne  et  a  Yen.se 
nour  obtenir  des  informations'.  On  ne  tarda  pas  a  avoir  une 
c  «  empiète.  Heilly  arriva  dans  lanuit  deNo«l  et  accou- 
^n  tout  houséettout  espouronné  »  porter  la  nouvelle  à 

^'untetice  funèbre  fut  célébré  pour  les  morts  dans  toutes 
,.,  ég  ses  de  la  ville,  le  9  janvier  mV.  Pu  s  on  s  occupa 
de  la  rançon  des  prisonniers.  Dino  des  Rapondi,  Lombard  de 
Paris  proposa  d'employer  la  médiatiou  des  Génois  des  Ven,- 
W  et  du  roi  de  Chypre._  Les  ambassadeurs  français  ne 
T^'1H^rpnt  Que  vers  le  mois  d'avril. 

'^  s  îa  douleur  fut  grande  à  l'arrivée  de  ces  désastreuses 
no'vel  es  on  ne  tard!  pas  à  se  rendre  compte  des  véritables 
"nie  d  la  défaite  ef  à  y  voir  la  part  des  chevahers  eux- 
m™mes  si  indisciplinés,  si  vaniteux  et  s.  confiants  dans  la 
"crotr;  Eustache  Descbamps  parla  avec  indignation  de  leur 
rsance.  honteuses  avant  la  victoire,  ^f^^^ 
le  récit  coloré  et  vivant  fut  reproduit  ensuite  par  Fioissart  . 

,     T.  vr   -^99  t^   -^29    335-6;  XVI,  1   et  suiv.  ; 

1.  Froissait,  éd.  Kervyn,   X\,  322-5   32y^^o,  ^^^^  . 

Religieux  de  S.  Denis,  H,  PP-  .^^^^'^  V  \.h  xxvi  PP  597-8  ;  Klinyen- 
Christine  de  Pisan.  Livre  ^f /.«^'f  '  \'iJ;^„,^^j;' sïïgans,  Gotha,  1861, 
berger  Chronih  hgg_.  ^«^Sipnnes  contemporaines^  dans  Muratori  et 
PP   152-5  ;  les  chroniques  itahennes  contemçorai  gchiltberger, 

Çïrtarotti  ;  Gobelinus  ^^^f-^^^^'Z^à  Le  Rouix,  1.286^92. 
^r Les' t,  "rïoTîa  ^écei?(De1:ville  Le  Roulx,  o.  c,  p.  290). 

3-  ■^*'^-  ,  .„v  rrnlPrps  du  colfe   de  veiller  sur  les  in- 

'*'^' '^^ 'S?"  e.  d'eS^Ser  la'^conqu.te  de  Con.tan.inople. 

5..Froissart,  XV,  332-37. 


—  499  — 

Les  prédictions  deMézières  s'accomplissaient:  il  vit  avec  tris- 
tesse, il  est  vrai,  mais  avec  quelque  plaisir  aussi,  la  punition 
que  Dieu  avait  infligée  aux  sectateurs  aventureux  de  Vaine 
gloire. 

C'est  alors,  entre  l'arrivée  des  premières  nouvelles  et  le 
départ  des  ambassadeurs,  que,  pour  recommander  au  duc  de 
Bourgogne  la  conduite  qu'il  fallait  tenir,  il  écrivit  son  dernier 
ouvrage  YÉpistre  lamentable  et  consolatoire' . 

1.  Le  titre  complet,  dans  Kervyn,  Froissart,  XVI,  pp.  444-fin,  qui  en 
a  reproduit   «la  moitié  environ»   (communication   due  à  M    Clétu 
conservateur  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique;   c'est  le  seul  des 
ouvrages  de   Mez.eres  que   nous  n'ayons   pu  voir  par  nous-mêmes) 
Ln  exemplaire  (copie  de  la  l-'e  moitié  du  xv«  siècle,  in-4o)  à  la  Biblio- 
heque  de  Bourgogne,   n»  10486.   «  Belle  écriture   semi-cursive.  avec 
ettres  capitulaires,  les  unes  ornées  et  rehaussées  d'or  et  de  couleurs 
les  autres  simplement  rouges  ou  bleues,  avec  entrelacs  à  la  plume' 

cationflf  hn.?Ml''''P"7'  r"!  \  '^^^^^  ^«"^^  "  ("^é"^^  com^muni: 
cation).  La  bibliotlieque  de  lord  Ashburnham  en  possédait  une  autre 

àT^^  Mi  P.  "^''  P''\'-  ^''^^''^^  ^"  ^«"l'^'  «•  '-  ^^ble):  elle  ne  se  trouve 
a  la  Bibliothèque  m  Laurentienne  de  Florence,  nia  la  Bibliothèque 
IVationale  de  Pans,  qui  se  sont  partagé  cette  riche  collection  ^ 


CHAPITRE   XIV. 

ÉP,STRK  LAMENTABLE.    -   DERNIERS   .OWS  DE  MÉZ.KRES. 

SA.   MORT. 

„  commence  par  la  parabole  du  Sa™aritam  _  le  ma^de 
.„,..  rfp  blessures  et  «  du  dernier  quartiei  de  sa  Me, 
"•  i  mêm     II  a  beaucoup  souffert  dans  sou  «  voyage  ». 

Cette  médicine  est,   on  le  fleMne,  1 01 

ordre  , m  est  7/;^^!^ C^s^l^ TouXer!.:  It 
niers  événements.  Les  quaire   venu     i  nhôrlipnce  et 

+  n^rJp  nknnline  de  chevalerie,  Obédience  ei 
5rrT„r  J:t;rL  AUes  de  Luder.  Or^e^ 
Justice,   uuu  „    T  n  flisHTiline    que    reconnaissent   les 

Le  roi  Charles  VI,  le  restaurateur  de  la  paix,  B 

1    Froissart,  XVI,  445. 

3-  J.'t3'«'Srparadventure  les  catholiques  eussent  esté  mieulx 
régulé'que  on  dit  qu'ils  ne  furent.  » 


—  5U1   — 

cette  injure  sanglante  et  l'auteur  s'adresse  avec  éloquence  à 
ce  «  fils  du  très-vaillant  saint  Louys  »,  pour  lui  demander  son 
secours  :  «  0  noble  et  vaillant  roy  de  France  »,  dit-il,  «  ....  à 
qui  ton  loyal  peuple  deubt  d'estre  relevé  de  tous  maulx  et 
longuement  en  doulce  espérance,  rafreschi  et  renouvelle  en 
Dieu  la  douleur  de  ton  cuer  de  la  piteuse  tragédie  de  la  ver- 
goigne  et  de  la  perte  cy-dessus  répétée.  Et  te  souviengne, 
mon  doulx  seigneur,  que  par  le  commandement  de  Dieu,  de 
tes  rebelles  en  Flandres  et  de  pluseurs  tes  subgès,  à  très- 
grans  mauls  pris  et  apparilliés,  tu  fis  en  ta  jeunesse  solen- 
nelle justice.  Et  en  la  magnanimité  de  ta  magnificence  royale, 
par  la  vertu  de  la  croix,  pense  de  vengier  veullament  la  grant 
vergoingne  de  la  foy  et  de  la  crestienté  et  singulièrement  du 
roy  de  Honguerie  qui  est  si  prochains  de  ta  noble  lignie  '.  » 

Pour  atteindre  ce  but,  une  nouvelle  génération  est  néces- 
saire ;  elle  ne  sera  pas  formée  des  «  gens  de  pié  »  et  de 
«  commune  »  surtout  :  ils  sont  rudes,  peu  nourris  de  vertu 
et  rebelles  envers  leurs  seigneurs  \  ni  des  princes,  qui  possè- 
dent, il  est  vrai,  la  vaillance  et  le  pouvoir,  mais  qui  sont 
dominés  par  l'orgueil  et  l'envie,  le  goût  des  dépenses  et  des 
«  grans  estats  ».  La  constance  leur  manque  dans  ce  qu'ils 
entreprennent  et  l'amour  excessif  pour  leur  royaume  et  leurs 
parents  les  empêchent  de  partir  '\  Ce  sera  ailleurs  que  le 
nouvel  Ordre  recrutera  ses  adhérents,  parmi  les  «  gens  d'on- 
neurdumoïen  estât  de  la  crestienté  »,  les  chevaliers,  écuyers, 
bourgeois  et  marchands  même  '*.  Ils  ont  toutes  les  qualités 
des  deux  autres  états  sans  avoir  leurs  défauts,  de  sorte  qu'ils 
pourront  devenir  facilement  le  nouveau  peuple  d'Israël  avec 
le  roi  Jésus  à  leur  tête  et  Moïse,  Josué  et  David  comme  lieu- 
tenants. 


1.  Froissart  XVI.  p.  458. 

2.  «  ('ar  par  nature  la  plus  grande  part  est  rude,  fèblement  nourie 
en  vertu  et  de  gro.s  engin  ;  et,  que  pis  est,  comme  par  nature  ou  par 
malle  nouriture,  les  aucuns  sentent  aucunement  de  rébellion  à  leurs 
seigneurs  naturels,  pour  ce  qu'ils  se  sentent  en  servage  »  (pp.  467-8). 

3.  «  l'ar  Tabsenco  aucunefois  d'une  noble  dame,  qui  a  nom  Cxmis- 
tance,  ou  par  det'aulte  de  finance,  ou  pour  amour  moins  honnourable  et 
charnelle  de  leurs  femmes  et  enft'ans  et  de  leurs  propres  royaumes  » 
(p.  470). 

4.  C  est  assavoir  chevnliors,  et  escuiers,  aucuns  barons,  nobles,  bour- 
gois,  mcrchans  et  gens  d'onneur  du  moïen  estât  de  la  chrétienté  » 
(p.  473). 


—  502  — 

Quelle  sera  la  conduite  des  chrétiens  après  le  désastre  de 
Nicopolis  ?  Ils  doivent  penser  à  deux  choses,  à  la  délivrance 
des  prisonniers  d'abord,  puis  à  la  vengeance.  Quant  au  pre- 
mier point,  Mézières  fait  observer  le  manque  de  bonne  foi  des 
Turcs  qu'il  a  connus  dans  sa  jeunesse  \  les  grandes  rançons 
qu'ils  exigeraient  et  le  secours  que  leur  donnerait  cet  argent 
pour  une  nouvelle  guerre.  En  tout  cas,  si  on  se  décide  à  payer 
une  rançon,  il  ne  faut  pas  emplojer  des  Français  auprès  du 
Sultan,  mais  des  Vénitiens  et  autres  marchands  de  l'Italie,  qui 
sont  habitués  à  traiter  avec  les  Infidèles  \  Ils  peuvent  obtenir 
les  meilleures  conditions  possibles  et  employer,  pour  le  paie- 
ment, des  besants  authentiques  pris  dans  la  bourse  Libé- 
ra liié. 

a  Se  le  traittié  proposé  n'aura  bonne  conclusion  »  cependant, 
«  il  est  de  nécessité  de  venir  à  la  voie  de  fait  pour  recou- 
vrer messeigneurs  »,  les  prisonniers ^  C'est  alors  que  com- 
mence le  rôle  de  cette  nouvelle  wédicine,  destinée  à  mettre 
fin  à  la  puissance  des  Infidèles.  Le  roi  de  France,  son  «  fils, 
frère  et  cousin  »  d'Angleterre  et  le  duc  de  Bourgogne  devaient 
prendre  la  croix  et  se  diriger  vers  la  Turquie,  avec  Tordre 
do  la  Passion  ''.  La  Chevalerie  ne  coûtera  rien  aux  princes,  elle 
s'entretiendra  elle-même  et  leur  fournira  à  ses  frais  une  garde 
de  500  à  1000  chevaliers.  Elle  sera  une  par  sa  règle,  son 
nom  et  son  habit  ;  cependant,  pour  des  raisons  stratégiques, 
on  la  divisera  en  trois  grands  corps,  qui  se  réuniront  plus 
tard  pour  terminer  la  conquête.  Le  premier  et  le  plus  grand, 
ayant  à  sa  tête  le  roi  de  France  lui-même,  à  ce  qu'il  paraît, 
s'embarquera  à  Venise  et  ira  frapper  le  serpent  à  la  tête,  en 
Romanie  ;  il  sera  formé  des  chevaliers  de  France,  d'Angleterre, 
d'Ecosse  et  d'Italie.  La  seconde  expédition  contiendra  les 
membres  originaires  des  pays  du  Nord,  l'Allemagne  avec  la 
Hongrie,  la  Pologne  et  les  royaumes  Scandinaves  :  elle  se 
réunira,  après  avoir  ramené  à  la  foi  les  schismatiques,  à  la 
première  division,  devant  Constantinople.  Les  Espagnols  for- 

1.  V.  les  données  sur  Morbassan,  Caraman  et  Carmien  (Kerman), 


pp. 

509  et  suiv 

2. 

P. 

480-1. 

3. 

P. 

489. 

4. 

P. 

490. 

-  503  — 

meront  le  troisième  corps  qui  combattra  contre  les  Infidèles 
d'Espagne  et  d'Afrique  et  empêchera  une  attaque  offensive 
des  Turcs  contre  les  pays  de  l'Occident,  laissés  sans  défense. 
Sa  mission  terminée,  ce  détachement  pourrait  se  rendre  par  le 
nord  de  l'Afrique  à  Alexandrie  et  ensuite  en  Asie'.  Les  trois 
corps  réunis,  pénétrant  par  le  port  do  Tré})isonde,  soumet- 
traient facilement,  après  la  défaite  de  Bajazet,  l'Arménie,  la 
Syrie  et  la  Palestine  ^  Comme  on  le  voit,  ce  sont  les  mêmes 
idées  que  l'auteur  exposait  en  1389,  dans  le  Songe  du  vieil 
pèlerin'^. 

Le  livre  finit  par  une  vision.  Désolé  de  ne  pouvoir  ré- 
former l'état  moral  de  la  chrétienté '%  l'auteur  restait  pensif 
dans  sa  cellule,  la  tète  entre  les  mains.  Il  lui  parut  alors 
qu'il  se  trouvait  dans  la  chapelle  de  l'infirmerie,  où  un  homme 
couvert  de  sang,  portant  une  large  blessure  au  côté  gauche, 
se  présenta  devant  ses  yeux.  Il  avait  les  pieds  nus  et  la  tète 
découverte,  un  bourdon  de  pèlerin  lui  servait  d'appui  ;  une 
vieille  robe  turque  couvrait  son  corps  ;  son  sang  coulait  «  à 
grans  ruisseaux  »  jusqu'à  ses  pieds;  Mézières  reconnut  son 
ami,  Jean  de  Blézy,  un  des  quatre  évangélistes  de  l'ordre 
de  la  Passion  ''. 

.V  sa  demande,  Blézy  lui  raconta  une  parabole  merveil- 
leuse. Une  dame  richement  vêtue  s'était  présentée  dans  le 
camp  des  chrétiens,  à  la  veille  de  la  bataille;  c'était  dame 
Discipline  de  chevalerie,  «  mère  des  victoires  )>,  un  «  brachet 
couchant  »  la  suivait.  Obédience  double  ;  elle  portait  dans 
ses  mains  la  verge  d'or  de  la  règle  et  l'épée  de  justice.  Un 
ouragan  passa  sur  elle  alors  et  la  défigura  :  le  lendemain  les 


1.  Ces  deux  dernières  divisions  devaient  être  commandées  par  leurs 
présidents  respectifs. 

2.  P.  492-501. 

3.  P.  470-471. 

4.  «  De  ce  que  après  sa  grant  plaie  générale  s'il  ne  se  veoit  aucun 
conimeiiceinoiit  de  remède  sout'tisant  pour  contrester  aus  ennemis  de 
la  l'oy,  ne  de  notable  amendement  des  vies  et  des  meurs  des  gouver- 
neurs du  peuple  crestien,  désirant  d'estre  bien  mors  en  Dieu  en  sa 
peine, et  lamentable  contemplation  »  (p.  514). 

5.  l'itait-ce  le  fils  de  GeollVoi  de  15lé/,y,  maître  d'hôtel  de  la  reine 
entre  1347  (octobre,  .\rch.  nat.,  JJ  77,  u"  328)  et  1350  (août,  ibid.,  78, 
n"  266).  Le  roi  lui  fit  don  (à  cette  dernière  date)  d'une  mai.son  à 
Crépan,  avec  ses  attenances  (/i(V/.).  Sur  Jean  de  Blézy,  voir  Moranvillé, 
dans  la  Bihl.  Éc.  Ch-,  1888,  pp.  397,  398. 


-   504  — 

chrétiens  étaient  anéantis,  à  la  grande  douleur  de  leur  protec- 
trice, «  madame  Sainte-Foy'  ». 

Quant  à  lui,  il  avait  été  envoyé  en  Occident,  pour  demander 
du  secours,  par  le  comte  de  Nevers  et  ses  compagnons  et 
surtout  par  Louis  de  Giac%  autre  arai  de  Mézières,  qui  re- 
gretta amèrement  de  n'avoir  pas  suivi  ses  conseils.  Il  finit 
en  recommandant  la  Chevalerie,  qui  pourrait  guérir  de  leurs 
blessures  les  chevaliers  occidentaux. 

Les  prisonniers  furent  délivrés  après  neuf  mois,  mais  la 
croisade  ne  partit  pas  si  tôt.  Un  impôt  fut  décrété,  il  est  vrai, 
en  Languedoc,  dès  l'année  1397  «  pour  secourir  et  aider  à 
la  chrestienté  de  Grèce  et  des  autres  parties  orientales  '*  )>. 
Théodore  Cantacuzène,  oncle  de  l'empereur  de  Constantinople, 
se  présenta  lui-même  en  France,  au  mois  de  janvier  1398*, 
dans  le  but  de  demander  des  secours  pour  l'empire  menacé, 
mais  le  roi  se  borna  à  le  recommander  aux  Vénitiens,  en  lui 
donnant,  pour  sa  part,  12,00C  florins  '.  Les  ducs  de  Berri  et 
de  Bourgogne  et  surtout  Louis  d'Orléans,  étaient  cependant 
favorables  à  une  nouvelle  expédition  ^  Si  le  duc  fut  empêché 
par  son  frère  de  se  mettre  à  la  tête  des  croisés,  si  pareille 
défense  fut  faite  au  comte  de  Hereford  par  son  père,  l'expédition 
n'en  partit  pas  moins,  au  mois  de  juin  1399,  sous  le  com- 
mandement d'un  homme  énergique  et  vaillant,  d'un  membre 
de  la  chevalerie  de  Mézières,  Boucicaut  le  jeune  \ 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  sur  le  récit  de  cette  nouvelle 
croisade,  d'ailleurs  insignifiante.  Quelques  années  plus  tard 
(avril  1403),  Boucicaut  se  dirigea  vers  l'Egypte,  d'après  les 


1.  P.  516-7. 

2.  «  Espécialment  de  par  ton  loyal  ami,  Loys  de  Giach,  qui  main- 
teffois  t'a  regretté  »  (p.  519).  Un  Pierre  de  Giac  était,  comme  conseiller 
du  roi,  le  collègue  de  Mézières  en  1392  (Arcli.  nat.,  JJ,  153,  n"  93  : 
«  Nobilium  somtuorum  (sic)  et  pregatorum  obsequiorum,  que  nobis 
jamdiu  noscitur. . .  prebuisse  »).  Les  journaux  du  Tré.sor  le  nomment, 
en  avril  1392,  «  nuper  cancellarius,  capiens  jura  cancellarie  »  (Moran- 
villé,  art.  cité,  p.  389;  cf.  pp.  403,  407). 

3.  Ainsi  que  «  pour  poursuir  la  paix  et  union  de  l'Kglise  »  (Jarry, 
216-7). 

4.  l'-'''  janvier  1398  (ibid.).  Le  pape  prêcha  la  croisade  le  1"'  avril 
de  cette  même  année  (ibid.). 

5.  Commem.,  IX,  n»  120  ;  t.  III,  p.  260  (lettre  du  28  juin).  Cf.  n"  126, 
p.  262. 

6.  Jarry,  l.  c. 

7.  Rel.  de  S.  Denis,  II,  562;  Livre  des  faits,  247  et  suiv.  Cf.  Jarry,  227. 


—  505  — 

conseils  que  donnait  Philippe  dans  sa  Chevalerie,  se  distingua 
par  (le  beaux  faits  d'arnios,  surtout  à  Alexandrie,  et  finit  sa 
croisade  comme  toutes  les  expéditions  antérieures  avec  beau- 
coup de  gloire  et  très  peu  de  profit.  Cette  croisade  était 
destinée  à  être,  pour  les  Occidentaux,  la  dernière. 

Le  reste  de  la  vie  de  Mézières  n'offre  plus  d'intérêt  et  les 
détails  manquent  presque  complètement.  11  menait  une  exis- 
tence très  modeste  et  très  retirée,  celle  d'un  véritable  Célestin 
moins  rhal)it.  S'il  s'emploie  auprès  du  roi,  dont  il  est 
le  conseiller,  pour  introduire  les  Célestins  à  Amiens,  il 
n'entretient  que  des  relations  assez  rares  avec  la  Cour.  Le 
seul  qui  soit  son  ami,  pendant  cette  dernière  période  de  son 
activité,  est  Louis  d'Orléans,  un  prince,  «  de  belles  parleures, 
aornë  naturelement  de  rhétorique  \  »  qui  devait  plaire  au 
savant  et  pieux  Mézières. 

C'était,  comme  son  père  Charles  V,  un  protecteur  des  écri- 
vains :  Froissart  lui  dédia  le  Dit  du  Florin  ^  Christine  de 
Pisan  écrivit  pour  lui  quelques-uns  de  ses  ouvrages.  Des- 
champs, auquel  le  duc  répondait  parfois  par  des  épîtres  en 
vers  ■',  était  son  maître  d'hôtel.  Sa  bibliothèque  était  assez 
grande  et  on  le  voit  souvent  offrir  des  livres  au  roi  et  au  duc 
de  Bcrri  ''.  I3ien  ({u'il  ainiAt  beaucoup  les  «  danseurs,  flat- 
teurs et  gens  de  méchante  vie  »'',  les  grandes  fêtes  et  les 
grandes  dépenses  ",  sa  piété  était  célèbre.  Il  bâtit,  après  la 
«  danse  des  sauvages,  »  cette  chapelle  des  Célestins  ^  qu'il 
orna  do  belles  peintures  et  de  vitraux,  et  la  chapelle  des 
frères  d'Ambert^  11  constitua  des  rentes  au  couvent  de  Paris' 


1.  Christine  de  Pisan,  Livre  des  f ails,  1.  II,  ch.  xvi  ;  I,  p.  372  de 
l'éd.  Petitot. 

2.  Froissart,  éd.  Kervyn,XVI,  pp.  372-3  (sans  que  ces  relations  fussent 
cependant  bien  étroites). 

3.  ChampoUionFigeac,  o.  c,  pp.  129-30. 

4.  Ibid.,  p.  126  ;  136-7  ;  Leclerc  et  Renan,  I,  217-20. 

5.  Monstrelet,  VI,  195  {Chronique  anonyme). 

6.  Ibid.  On  l'accusa  d'avoir  employé  à  son  profit  le  produit  d'une 
taille  de  17.000,000  (ChampoUion-Figeac,  253). 

7.  Monstrelet,  I,  160  ;  Hel.  de  S.  Denis,  II,  73-'i. 

8.  «  L'an  mil  (juatre  cens  et  trois  j'ay  a.«!sis  la  première  pierre  en 
l'église  et  chapelle  que  je  faiz  faii-e  audit  lieu  »  (Testament,  .\rch. 
nat.,  X'',  9807  ;  lîibl.  nat.,  fonds  Moreau,  n"  1162,  publié  par  Beurrier, 
p.  311). 

9.  Beurrier,  336.  Il  lui  donna  aussi  des  ornements  d'église  et  deux 


-  506  — 

et  voulut  être  nommé  le  second  fondateur  des  maisons 
d'Amiens  et  de  Villeneuve  \  On  le  voyait  venir  souvent  aux 
Célestins  de  Paris  ^  où  il  avait  sa  cellule  dans  le  dortoir 
commun  :  il  assistait  aux  matines  et  écoutait  parfois  cinq 
à  six  messes  par  jour  ^  Un  récit,  de  beaucoup  postérieur,  il 
est  vrai,  parle  d'une  vision  prophétique  qu'il  aurait  eue,  quelque 
peu  avant  sa  mort,  dans  le  couvent:  il  en  fut  offraj'é  et  en 
parla  au  prieur,  Guillaume  de  Feu,  qui  le  confessa.  Une 
peinture,  représentant  la  mort  avec  cette  légende  juvenes 
et  senes  rapio,  rappelait,    dit-on,  cet  événement \ 

Ses  relations  avec  Mézières,  qu'il  nomma  parmi  ses  exécu- 
teurs testamentaires,  en  1403%  étaient  assez  cordiales.  Ils 
s'entretenaient  ensemble  dans  la  chapelle  bâtie  par  ce  dernier 
et  se  confiaient  probablement  leurs  projets,  si  semblables". 
Comme  PhiUppe,  Louis  d'Orléans  voulait  la  paix  de  la  chré- 
tienté entière,  le  rétablissement  de  l'unité  dans  l'Église  pour 
laquelle  il  travailla  pendant  longtemps,  et  le  passage  général 
qu'il  voulait  conduire  en  1399.  Si  le  roi  de  France  ne  partageait 
plus  ses  projets,  si  la  raison  chancelante  du  prince  ne  permet- 
tait plus  au  vieux  pèlerin  d'espérer  ce  qu'il  croyait  possible 
jadis,  si  le  roi  d'Angleterre,  adonné  aux  plaisirs  '  et  peu  enthou- 
siaste pour  la  croisade,  qu'il  soutenait  jadis,  allait  disparaître 
bientôt  de  la  scène,  la  parole  de  ce  jeune  prince  pieux  et  vail- 
lant pouvait  le  consoler  de  ses  désillusions  et  de  ses  malheurs. 

Cette  amitié  si  étroite  ne  manqua  pas  d'éveiller  des  soupçons 


bibles,  dont  une  avait  appartenu  à  Charles  V  (ibid.,  p.  337).  V.   Rel. 
de  S.  iJenis,  II,  74,  et  Lebeuf-Coclieris,  III,  454. 

1.  «  Desquels  deux  lieux  je  veux  estre  second  fondateur  »  (tes- 
tament, ap.  Beurrier,  318).  Pour  d'autres  donations  aux  iMaisons  de 
rOrdre,  ibid.,  310-18. 

2.  Chr.  de  Pisan,  I,  p.  370.  Ayant  son  «  petit  hostel  »  le  long  de 
la  Seine,  tout  près  (Sauvai,  Anl.  de  Paris,  II,  211);  «  le  petit  hostel  de 
monseigneur  le  duc,  séant  devant  la  fontaine  de  Saint-l'ol,  en  la  grant  rue 
Saint-.\nthoine  »  (mention  de  1394  environ,  dans  ChampoUion-Figeac, 
82).  Il  possédait  en  outre  son  propre  hôtel  et  celui  de  Bohême,  donné 
par  le  roi. 

3.  .Monstrelet,  I,  229-30  :  Islore  et  cran,  de  Flandre,  éd.  Kervyn, 
VI,  420.  Cf.  Beurrier,  p.  285  et  préf. 

4.  Beurrier,  285. 

5.  Testament  du  19  octobre  1403,  /.  c,  pp.  332-5:  «  Messire  Phi- 
lippes  de  Maisieres  »,  auprès  de  Saquet  de  Blaru. 

6.  Discours  de  Jean  Petit,  dans  Monstrelet,  I,  p.  239,  et  les  chroni- 
queurs bourguignons.  V.  plus  loin  :  «  en  un  oratoire  ». 

7.  Froissart,  éd.  Kervyn  (1395). 


-  507  — 

parmi  les  noaibreiix  ennemis  du  duc  d'Orléans.  Aussi  quand 
plus  tard  Louis  tomba,  tué  par  les  assassins  que  soudoya 
Jean  sans  Peur,  le  parti  bourguignon  eut-il  soin  de  réunir 
dans  leurs  injures  le  nom  de  Philippe  à  celui  de  son  protec- 
teur. C'était  un  faux  moine,  un  scélérat  aux  gages  de  Milan  : 
il  conspirait  avec  Jean-Galéas  et  son  gendre  la  mort  du  roi. 
Ses  sortilèges  étaient  connus  :  il  s'était  entendu  avec  un 
apostat  très  versé  dans  les  sciences  nécromanliques,  avait 
revêtu  l'habit  de  son  protecteur  et  s'était  dirigé,  portant  l'épée 
et  l'anneau  d'or  du  prince,  vers  le  chùteau  solitaire  deMontgé, 
«  près  de  Laignj  la  Frumée'  ».  Ils  y  avaient  passé  la  nuit, 
invoquant  le  diable  qui  ne  tarda  pas  à  leur  apparaître  et  à 
prendre  leurs  ordres  criminels.  Le  roi  tomba  malade  aussitôt 
et  Louis  d'Orléans  rêva  de  mettre  la  couronne  sur  sa  tète. 
Puis,  quand  le  duc  de  Bourgogne  arriva  au  pouvoir,  les 
agissements  infâmes  recommencèrent,  contre  lui  cette  fois. 
Un  pendu  fut  décroché  à  Montfaucon  et  on  le  cribla  de 
coups  d'épée,  on  voulut  tuer  le  duc  pendant  qu'il  y  chassait 
au  vol.  De  plus  cet  homme  extraordinaire,  plusieurs  fois 
assassin,  l'auteur  de  cette  tentative  de  meurtre  en  1393, 
qui  fut  la  danse  des  sauvages  \  parvint  à  s'échapper  de  Ba- 
paume  où  le  duc  l'avait  enfermé,  après  jugement.  Il  dut  son 
salut  à  des  (f  encans  »  et  recommença  probablement  ses 
tentatives  criminelles \ 


1.  Mongaïs,  dans  Monstrelet,  /.  c.  «  Tour  de  Montgai  »  ap.  Martin  de 
Cotignies,  Geste  des  ducs  de  Boiirf/orjne,  éd.  Kervyn,  pp.  271-2  : 

«...  Vont  le  loue  Marne 
Vers  une  tour  quarré 
Que  l'on  dist  de  Mongai, 
Vers  Laigni  la  Frumée.  » 
Il   s'agit   ici   de  la  ville  de  Lagny  et  du  château  de  Montgé  (Seine- 
et-Marne,  arr.  Meaux). 

2.  «  Signear,  ce  fait  orrible  dont  je  fay  mention, 
Avint  par  le  consail,  ensement,  dist-on, 
Phelipes  de  Masières,  le  traytonr  ftMon, 

Tous  jours  en  maçonnant  la  mort  du  roy  Charlon.  « 
(La  Geste  des  ducs  de  /iourgoi/ne,  276).  Cf.  Chr.  Bourguignonne,  dans 
Froissart,  éd.  Kervyn.  XV.  pp.  8'i-92.  L'accusation  est  d'autant  plus  ridi- 
cule (jue  la  culpabilité  du  duc  lui-même  est  loin  d'être  prouvée  («  sine 
causa  »,  Rcl.  de  S.  Denis,  II,  72;  «  par  druerie  et  sot  esbatement  », 
Chr.  des  quatre  Valois.  ;J28  ;  J.-Juv.  des  Ursins,  p.  390). 

3.  La  Geste  des  ducs  de  Bourgogne.  ;{25  : 

«  Mais  il  en  escapa  depuis  par  ses  encans. 
Dont  li  dus  de  Bourgongne  on  fu  au  cuer  dolans.  » 
M.  Kervyn  de  Lcttonliove  croyait  que  c'était  un  fait  historique  :  Phi- 


—  508  — 

L'accusation,  formulée  d'abord  par  Jean  Petit  et  répétée 
par  des  chroniqueurs  du  parti  bourguignon,  est  trop  enfantine 
pour  qu'on  s'y  arrête.  L'abbé  de  Saint-Fiacre'  protesta  éner- 
giquement  pour  cet  homme  «  de  grant  proesse  »  et  les  calom- 
nies de  Petit  ne  durent  pas  trouver  d'écho,  même  à  cette 
époque:  la  vie  entière  de  Philippe  est  là  pour  protester  contre 
de  pareilles  suppositions. 

Une  lettre  qu'il  écrivit  vers  cette  époque  à  deux  Célestins 
de  Colombiers-,  Raoul  «  de  Saacto  Georio  »,  seigneur  de  la  Bas- 
tide, et  Jean  de  Chauraont,  originaire  du  Dauphiné^  nous 
montre  l'état  de  son  âme  pendant  ces  dernières  années  de 
retraite.  Il  continue,  dit-il,  à  être  un  figuier  stérile,  malgré 
les  avertissements  de  Dieu:  bien  qu'il  ait  quitté  les  cours,  où 
il  passa  trente  ans  de  sa  vie  au  milieu  des  armes  et  des  volup- 
tés, ces  instruments  de  la  vanité  terrestre  qui  disparaissent 
comme  l'écume  au  souffle  du  vent,  il  n'a  pas  pris  encore 
l'habit  des  Célestins.  Il  ne  peut  pas  se  résoudre  à  le  faire  et 
reste,  après  de  longues  années  de  séjour,  un  Célestin  avorté, 
gênant  ses  pères  par  ses  habitudes  profanes  *.    Il  finit  en  les 


lippe  aurait  pu  y  trouver  même  «  la  mort  »,  —  s'il  ne  l'avait  pas  fait 
déjà  depuis  longtemps.  D'après  la  Geste,  Mézières  aurait  pleuré,  bien 
que  mort,  l'assassinat  de  son  auii  (p.  307).  V.  pour  toutes  ces  accu- 
sations, qui  se  fondent  sur  le  discours  de  Jean  Petit,  Monstrelet,  I, 
229-:i0  :  Rel.  de  S.  Denis,  III,  760;  le  Livre  des  trahisons.  3-4,  30-1  ; 
La  Geste,  271-2,  282,  321,  325. 

1.  Monstrelet.  I.  325  (le  Livre  des  trahisons,  p.  34)  l'appelle  Jehan  Ca- 
nart):  «Tantqu'àl'istoiredel'ommede  grant  proesse,  messire  Phelippe 
de  iMaizières,  lequel  a  honteusement  diffamé  ledit  proposant...  »  (contrai- 
rement à  l'interprétation  de  Le  Laboureur,  le  duc  seul  fut  accusé 
d'intempérance  et  de  débauche). 

2.  En  Vivarais,  couvent  bâti  par  Pierre  de  Colombiers,  cardinal 
d'Ostie,  qui  appela  par  son  testament  treize  Célestins  de  Gentilly  dans 
son  château,  devenu  leur  couvent  (5  juillet  1361).  —  Becquet,  21  ;  cf. 
Arch.  nat.,  JJ  97,  n"  659.  Chassés  d'abord  par  .\imar  de  Roussillon, 
ils  furent  rétablis  par  le  pape  et  le  roi  de  France,  le  l*^""  mars  1363. 
Charles  V,  Charles  M  et  le  duc  d'Orléans  les  protégèrent  (ibid.). 

3.  Jean  de  Chaumont  reçut  une  donation  de  la  part  du  dauphin 
Humbert  vers  1350  (.Arch.  nat.,  JJ,  87,  n»  65),  Bernard  de  Chaumont 
(JJ  81,  n»  456),  Perrinet  (JJ  159),  Vatellin  (JJ  148.  n"  161)  étaient 
peut-être  ses  parents.  On  n'identifie  pas  sûrement  le  nom  de  Raoul 
«  de  Sancto  Georio  «(f"  145  v»  des  lettres).  Peut-être  est-ce  Saint-Geours 
(d'Auribat  ou  de  Marenne):  Lebeuf  lisait  5.  Géric  (Gérit). 

4.  «  Cerimonias  ipsorum  sanctas  impediendo  ac  nirnis  laice  inter 
eos  conversando.  »  L'n  ms..  contenant  des  lettres  de  .Mézières,  a  été 
brûlé  à  Strasbourg,  en  1870  (v.  Hœnel,  Catal.  de  la  Bibl.  de  Stras- 
bourg, p.  455;  Arch.  de  l'Or.  lat..  I,  719). 


-  509  - 

louant  sur  leur  vie  calme  dans  la  retraite  :  ils  ont  bien  fait 
de  prendre  leurs  femmes  avec  eux. 

Déjà  dès  l'année  1392*,  il  avait  écrit  en  français  son  tes- 
tament, ou,  pour  employer  ses  propres  termes  «  la  préparation 
en  Dieu  de  la  mort  d'un  pauvre  viol  pèlerin,  selon  son  désir 
et  pauvre  dévotion^  ».  Il  voulait  être  mené  dans  sa  chapelle. 
Si  la  mort  n'était  pas  subite,  on  lui  mettrait  autour  du  cou 
une  lourde  chaîne  de  fer,  qu'il  n'ôterait  qu'au  moment  de 
recevoir  le  Saint-Sacrement''.  Puis,  aussitôt  qu'il  aurait  rendu 
l'âme,  on  devait  le  traîner  tout  nu  parles  pieds  jusque  dans  le 
chœur,  où  il  resterait  les  bras  en  croix,  lié  à  une  claie  par  trois 
cordes.  Il  attendrait  ainsi,  «  ce  biau  trésor  as  vers*  »,  jusqu'à 
ce  qu'on  vînt  pour  le  porter  à  la  fosse.  Cette  claie  de 
bois  remplacerait  suffisamment  «  l'uisel  esleue  et  paré  de 
ses  armes  vaines  et  mondoines....  que  on  eust  par  aventure 
représenté  a  l'entierement  du  maleureus  pèlerin,  se  Dieu  l'eust 
tant  hay  qu'il  fust  mors  es  cours  des  princes  de  ce  monde  ».  " 

L'enterrement  devait  être  très  simple  :  la  claie,  couverte 
de  «  II  aunes  de  cavenach  ou  toile  noire  cru  et  d'une  petite 
flossaie  ^  »  sera  traînée  de  la  même  manière  jusqu'à  la  fosse, 
où  la  «  charogne  du  pauvre  pèlerin  '  »  sera  précipitée  toute 
nue.  Une  petite  tombe  sera  élevée  à  sa  mémoire  \  Personne 


1.  «  Escript. . .  en  la  selle  des  Celestins  de  Paris. . .  environ  l'an  de 
grâce  .MCCCIIII"  et  XII  »  (ms.  408  de  l'Arsenal,  f»  247  v).  Le  testa- 
ment y  occupe  les  f"«  238-47  ;  (lueiqucs  lignes  manquent  au  commen- 
cement :  ce  livre  et  les  deux  traités  mystiques  qui  le  précédèrent 
(v.  pp.  459-60)  devaient  former,  d'a})rès  l'intention  de  l'auteur  même, 
un  seul  volume  (f"  241  v"  :  «  en  cestui  présent  volume  de  sa  main  »). 
Une  copie  plus  complète,  mais  sans  la  liste  des  chapitres,  occupe 
les  f"«  122-36  du  n°  15077  franc  de  la  Bibliothèque  Nationale  de  Paris. 

2.  Ms.  de  la  Xalionale,  f"  122. 

3.  On  lui  présenterait  une  palme,  qu'il  portait  dans  les  processions, 
et  un  certain  cierge  blanc,  qui  se  trouvait  dans  son  oratoire  (f»  246  v° 
du  ms.  de  l'Arsenal). 

4.  F"  244. 

5.  F"  245  v». 

6.  F"  243  v«. 

7.  F»  232. 

8.  «  Il  souffist  assés  au  viel  pèlerin  que  la  memore  de  sa  povreté  en 
l'église  de  Dieu  militant,  c'est  assavoir  soit  représentée  par  la  tombe 
de  sa  sépulture  ou  chapitre  ou  matriloge  du  couvent  et  es  saintes  et 
dévotes  prières  de  la  benoiste  religion  des  Celestins,  amis  de  la  divine 
bonté  »  (f"  247  v°). 


—  510  - 

ne  devait  être  averti  de  sa  mort  quo»«  Martin,  son  bon  ami  en 
Dieu  »  et  ses  exécuteurs  testamentaires  \ 

Philippe  est  mentionné  encore  parmi  ceux  qui  firent  des 
donations  à  la  nouvelle  église  d'Amiens'  Une  lettre  lui  fut 
adressée  ensuite  par  le  Sénat  vénitien  en  1403 '*.  Son  dernier 
testament  date  du  mois  d'avril  de  l'année  1405\  Pour  témoigner 
de  sa  reconnaissance  envers  les  Célestins,  qui  lui  avaient 
procuré  de  «  grans  plaisirs  »  pendant  son  long  séjour  dans 
leur  couvent,  Philippe,  qui  leur  avait  déjà  cédé  en  1 393  (9  mai) 
les  80  arpents  de  bois  achetés  dans  ce  but  à  Chartrettes, 
ainsi  que  l'hôtel  et  des  dépendances  de  Mimorant,  qu'il  avait 
acquis  de  Christine  de  Pisan  en  1392  (14  novembre)',   leur 


1.  Ibid.  «  Et  à  certaines  persones  dévotes  et  amies  en  Dieu  du  dit 
poure  pèlerin,  et  ce  secrètement  »  (ibid.').  Ce  Martin  parait  être  Martin 
Justin,  qui  se  trouvait  au  couvent  en  1387  (Arch.  nat.,  S  3758  b,  n"  74). 

2.  V.  p.  453. 

3.  Le  30  octobre  1403  (Arch.  de  Venise,  Senato  Misti,  XLVI,  f»  41, 
ap.  Delavilie  Le  Roulx,  o.  c,  IL  124-6).  Le  sénat  avait  écrit  au  roi 
Charles  pour  justifier  la  conduite  de  la  flotte  vénitienne  à  Modon. 
On  lit  à  la  fin  de  la  lettre  cette  notice  :  «  Scriptum  fuit  etiam  die  su- 
pradicto  novembris  per  similes  literas  domino  Phylipo  de  Masseriis, 
consiliario  régis,  mutatis  mutandis  »  (ibid.,  pp.  125-6).  Les  lettres 
furent  envoyées  au  notaire  Pierre  des  Gualfredini.  «  qui  nudius  tertius 
recessit  de  Parrisio  pro  eundo  ad  dominum  ducem  Burgundie  »  (lettre 
du  20  oct.  1403,  ibid.,  pp.  127-8).  Des  lettres  semblables  devaient  être 
adressées,  s'il  était  nécessaire,  à  d'autres  personnages  influents  de  la 
cour  du  roi  de  France  (p.  128). 

4.  Déclaration  des  héritiers,  Archives  nationales,  S  3758  a  (sans 
numéro).  V.  la  même  pièce,  dans  un  vidimus  du  7  déc.  1405,  ibid., 
S  3758  B,  n"  14.  C'est  un  second  testament  (v.  ibid.),  le  premier,  qui 
ne  nous  a  pas  été  conservé  (v.  p.  460),  étant  annulé  à  cette  occasion. 

5.  Sur  Chartrettes,  Arch.  nat.,  S  3822,  f"  170;  ibid.,  S  3780,  n"  3. 
La  propriété,  que  le  chevalier  Guichard  de  Chartrettes  avait  engagée 
à  Jean  d'Arcis  et  ce  dernier  à  maître  Jean  Sauvaget,  fut  vendue,  à  la 
requête  des  Célestins,  dont  Sauvaget  était  le  débiteur,  pour  dix  francs 
d'or,  le  30  janvier  1393.  «  Et  depuis  les  criées  faictes  et  parfaictes,  mes- 
sire  Philippe  de  Maisières  les  mist  à  l'enchère  à  la  somme  de  cent  cin- 
quante livres  tournois,  et  luy  furent  adjugez  à  la  dicte  somme  »  (f"  3 
du  reg.  S  3822).  Chartrettes  est  dans  Seine-et-Marne,  arr.  Melun. 
—  Sur  Mimorant,  voir  même  registre,  f°  1,  S  3780,  n"  1.  Le  quint 
denier,  s'élevant  à  37  1.  t.,  10  s.  de  cette  vente  fut  abandonné  par  un 
privilège  du  roi,  renouvelant  celui  de  1379  (v.  p.  442,  note  2),  le  5 
juillet  1393  (S  3780,  n°  4  ;  mandement  du  roi,  22  avril  1412,  ibid., 
n"  8).  Les  revenus  devaient  servir  aussi  «  pour  la  fondacion  de  la  chap- 
pelle  qu'il  avoit  ediffiée  »  (S  3822).  Mimorant  est  situé  près  de  Perthes 
(Seine-et-Marne,  arr.  Melun).  Le  petit  Mimorant  fut  donné  plus  tard 
aux  Célestins  par  Guy  de  Vitry,  novice  au  couvent  de  Paris  (S  3780, 
sans  numéro).  —  Mézières  eut  en  outre  des  affaires  assez  compliquées, 
en  1384-7,  avec  le  chevalier  Philippe  de  Trie,  son  débiteur  et  celui  des 
Célestins  :  le  résultat  fut  qu'il  céda  au  couvent,  le  18  février  1387,  ses 


—  P)  1 1  — 

lègue  toute  sa  fortune  s'élevant  à  800  livres  tournois'.  Les 
Religieux  avaient  cependant  charge  de  payer  à  ses  neveux  et 
héritiers  «  naturels  »,  Jean  de  Mézières,  chanoine  à  Noyon,  et 
l'écuyer  Jean  de  Pont-l'Evêque,  ia  somme  de  trois  cents  livres 
tournois  que  ces  derniers  partageraient  avec  plusieurs  person- 
nes et  congrégations  ^ 

Il  mourut  le  29  mai"  1405  et  ne  vit  pas  les  malheurs  qui 
s'ahattirent  sur  son  pays  et  rendirent  ses  projets  pieux  irréali- 
sables pour  toujours. 

On  l'enterra  en  habit  de  Célestin  dans  sa  chapelle*,  sous 
une  tombe  de  pierre,  portant  deux  épitaphes,  l'une  en  fran- 
çais et  l'autre  en  latin.  La  première  faisait  l'histoire  de  sa 
vie  aventureuse  et  contenait  des  vœux  pour  le  salut  de  ses 
deux  derniers  maîtres,  Grégoire  XI  et  Charles  V\  L'autre, 


droits  sur  Attainville,  en  écliange  pour  64  1.  p.  de  rente  (Arch.  nat., 
S  3757  A,  ;5.S13,  3758  1$). 

1.  Déclaration  des  héritiers.  II.  ce. 

2.  On  y  trouve  des  legs  pour  leglise  de  Saint- Pol  et  celle  de  Mézières, 
pour  rilotel-Dieu  de  Paris  et  les  Ordres  .Mendiants  de  la  même  ville, 
pour  les  Carmes  «  pour  ce  qui  célèbrent  la  Presentacion  Nostre 
Uaine  »,  pour  l'œuvre  de  Notre-Dame  à  Paris,  la  confrérie  de  cette 
même  église,  du  Sépulcre,  du  Saint-Esprit,  de  la  «  Conception  Nostre 
Dame  à  Saint- Pol  »,  de  la  «  Magdelaine  à  Saint  Eustace  »  et  des 
Quinze-Vingts.  De  petites  sommes  étaient  assignées  à  un  grand 
nombre  de  personnes,  parmi  lesquelles:  Guillaume  Jacques,  son  «  ser- 
viteur et  famillior  »,  un  de  ses  exécuteurs  testamentaires  aussi.  Phi- 
lippot,  «  son  tilleul  »,  Simonnet,  «  son  frère  »,  Kaoulet  le  Barbier, 
«  qui  lui  faisoit  sa  barbe  »  et  ses  vaiiels,  Perrin  le  Chaussetier, 
Satalieu,  Jehanfiin  Bailleul  et  Huillemment  (1).  Les  exécuteurs  testa- 
mentaires se  présentèrent  devant  Guillaume,  seigneur  de  Tignonville 
et  les  deux  héritiers  déclarèrent  accepter  le  reste,  le  »  juin  1405  (/.  c). 

3.  D'après  son  épitaphe  même;  un  ms.  du  «Testament»,  contenant 
la  copie  moderne  dune  notice  conservée  aux  Célestins,  donne  cepen- 
dant la  date  du  24  (8  cal.  juin). 

4.  Qui  fut  reconstruite  au  commencement  du  xvn^  siècle. 

0.  «  Cygist  Monseigneur  Philippesde  .Maisièresen  sangters,  chevalier, 
chancelier  de  Chypre,  conseillier  et  banneret  de  Thostel  du  roy  de 
France,  Charles,  le  quint  de  ce  nom,  qui  trespassa  de  la  gloire  de 
riiostel  royal  à  l'humilité  des  Célestins  l'an  de  grâce  1380,  et  rendit  son 
esprit  à  Dieu  le  vingt-neutiesme  jour  de  may,  l'an  de  grâce  mil  quatre 
cents  cinq.  » 

Puis,  au  milieu  de  la  tombe  : 

«  Ledit  chevalier  fut  faict  chancelier  de  Chypre,  au  temps  de  très 
vaillant  roy  Pierre  de  Lusignan.  quint  roy  latin  de  Hierusalem,  après 
Godefroy  de  lîuillon,  roy  de  Cypre  :  lequel  par  sa  grande  prouesse  et 
haute  entreprinse  print  par  bataille  et  à  ses  frais,  les  citez  d'Alexandrie 
en  Egypte,  Tripoly  en  Surie,  Layas  en  Arménie,  Sathalie  en  Turquie, 
et  plusieurs  autres  citez  et  chasteaux  sur  les  ennemis  de  la  foy  de 
Jésus  Cri.st.  Et,  après  la  piteuse  mort  du  très  excellent  roy,   ledit*  son 


—  51?  - 

en  vers,  était  composée  probablement  par  lui-même  et  ne 
laisse  pas  d'être  touchante  dans  son  style  affecté  et  quelque 
peu  barbare  : 

Qui  bella  secutus,  plagas  mundi  perlustrando, 
El,  vanis  allectus,  allas  œdes  freqnentando, 
Mollibus  indiitvs,  dcliciis  inhaerendo, 
Nunc,  pulvis  e/fecliis,  sub  tumba  tubam  expecto  '. 

L'église  de  Saint-Denis  possède  aujourd'hui  la  belle 
plaque  de  cuivre  doré  qui  était  fixée  probablement  dans  le  mur 
de  la  chapelle  au-dessus  du  tombeau.  Elle  est  composée  de 
trois  registres  :  le  premier  représente  l'auteur  lui-même,  à 
genoux,  implorant  la  Vierge,  avec  son  patron  S.  Philippe  à  ses 
côtés  ;  Jésus  sur  la  croix,  avec  les  soldats  et  Marie  qui  pleure, 
occupe  le  second  ;  le  troisième  contient  cette  prière  seule, 
en  latin  :  «  0  bien-heureux  pères  élus,  Célestins,  prêtres  divins 
du  Dieu  très  haut,  souvenez-vous,  je  vous  implore,  de  votre 
dévot  Philippe,  nommé  jadis  chancelier  de  Chypre^  ». 

Philippe  de  Mézières  est  sans  doute  une  des  plus  belles 
figures  de  ce  xiv°  siècle,  où  elles  ne  sont  pas  très  fréquentes. 
Homme  d'action,  il  ne  se  confond  pas  avec  ces  brillants  aven- 
turiers, qui  dépensent  en  actions  d'éclat  inutiles  leur  courage 
et  leurs  talents.  Sa  longue  vie  de  soixante-dix-huit  ans  offre  le 
développement  d'une  pensée  unique,  à  laquelle  toutes  ses 
actions  se  subordonnent.  Dès  son  premier  départ  de  Mézières, 
son  but  était  fixé  pour  toujours  :  il  voulait  recommencer  les 
croisades  et  restaurer  le  royaume  de  Jérusalem. 

Ce  but  ne  pouvait  être  atteint  cependant  par  les  moyens 
qu'on  avait  employés  jusqu'alors.  Ce  fut  sa  conviction  inébran- 


chancelier  fut  appelle  au  service  du  pape  Grégoire  XI.  et  finalement  au 
service  de  son  droict  seigneur  naturel,  lettré,  sage,  débonnaire,  catholi- 
que, et  bien  fortuné  roy  de  France,  Charles  le  Quint  de  son  nom  ;  des- 
quels pape  et  roy  les  bonnes  mémoires  soient  présentées  devant  Uieu  » 
(Meurisse,  o.  c,  21-3  ;  Le  Laboureur,  215  et  suiv.  V.  p.  13,  n.  1.  Cf. 
Firmianus,  De  viris  illus tribus,  Bibl.  nat.  de  Paris,  lat.  18830,  f"  30  v»). 

1.  Jbid. 

2.  «  0  beat!  patres  Celestini,  divini  sacerdotes  Dei  altissimi,  memen- 
tote,  obsecro,  mei,  zelatoris  vestri,  Philippi,  quondam  cancellarii  Cipri 
nominati.  »  Reproduction  en  couleurs  dans  la  Stalislique  monumentale 
de  Paris,  Célestins.  Cf.  texte,  p.  182  :  «  Il  se  nommait  Philippe  Adam» 
{sic!  pour  qdam).  Cf.  sur  la  planche  même. 


—  513  — 

lable  que  le  courage  des  chrétiens  devait  avant  tout  être 
discipliné'  et  les  équipées  chevaleresques,  si  peu  solides, 
remplacées  par  la  guerre  sérieuse  et  prudente  que  devait 
faire  aux  Infidèles  un  nouvel  Ordre  religieux,  l'Ordre  de  la 
Passion.  Cet  ordre,  qui  était  un  excellent  instrument  de 
combat,  pouvait  seul  rendre  l'Asie  aux  chrétiens,  et  la  co)i- 
ception  do  Mézières  n'avait  rien  de  chimérique. 

En  attendant  le  concours  des  chrétiens,  il  se  trompait. 
Malgré  ses  appels  désespérés,  la  chevalerie  du  Christ  ne 
devint  jamais  une  réalité,  et  ses  dernières  années  de 
lutte,  pendant  lcs(iuelles  les  désillusions  succèdent  aux  espé- 
rances les  plus  brillantes,  ont  un  intérêt  tragique  pour  l'obser- 
vateur. La  défaite  de  Nicopolis,  l'insuccès  de  l'expédition  de 
Boucicaut  lui  prouvèrent  l'inutilité  de  ses  efforts  et,  pendant 
les  dernières  années  de  sa  vie,  il  paraît  avoir  abandonné 
même  tout  espoir. 

Mézières,  le  vieil  pèlerin,  ne  fut  un  écrivain  que  par  hasard  : 
ses  livres,  comme  ses  voyages,  furent  des  œuvres  de  propa- 
gande. Leur  intérêt  n'en  est  pas  moindre  cependant,  et  ce  noble 
et  grand  esprit  est  un  des  premiers  écrivains  de  son  temps 
par  la  largeur  de  ses  idées  et  la  douceur  naïve  de  son  style. 


1.  Personne  ne  désapprouvait  plus  que  lui  la  cruauté  des  chevaliers 
envers  leurs  prisonniers  sarrasins  :  «  C'est  assavoir,  «écrit-il  dans  sa 
Chevalerie  (f"  65),  «  que  les  prisonniers  sarrasins  prins  en  bataille  ou 
aleurs  {^ic)  humainement  elle  tractra,  trop  autrement  qu'il  n'est  acous- 
tumé,  et  aucunefoiz  les  affranchira  et  renvoira  sur  aucune  espérance 
d'aucun  prouflit  de  l'ost  ou  d'atraire  les  à  la  foy,  toute  rigoreur  (sic) 
delaissié,  sauve  à  l'eure  de  la  bataille.  » 


FIN. 


N.  JoRGA..  Philippe  de  Mézières.  33 


TABLE  ÏIISTORIQUE  ET  GÉOGIUPIIIQUE 


Abbevillc,  177,  479. 

Aboiikir,  276  n.  1. 

Abzac  (Gantonet  d),  279  et  n.  3. 

Acciaiuoli  (INicolas,  sénéchal  de  Sicile), 

142. 
Achaïc,  110,  120,  273,  344. 
Achaïe  (Amédéc  do  Savoie,  prince  d). 

208  n.  5. 
Achaïe   (Robert  d'Anjou,    prince   d). 

—  V.  Constanlinople  (Robert,  em- 
pereur latin  de). 
Acre  (S.  Jean  d  ),  2,  33,  34,  35,  101 

n.  7;  111,  128  n.  4. 
Actiuni  (bataille  d),  486. 
Adana,  110. 
Adorno  (Antoniotto,  doge  de  Gênes), 

452  n.  2. 
Adorno     (Gabriel,    doge    de     Gènes), 

151   n.  4;  171,  173,  243,  252,  258 

eln.  5,  259  et  n.   1,  2  ;   261  n.  1; 

262  ctn.  2,  263  etn.  4,  6,  8  ;  264, 

269  et  n.  4,  271  n.  13;   280  n.  6; 

305  et  n.    1,    328,  371,  372,  373 

n.  7,  390  n.2,  400. 
Adorno  (Jannot,  frère  du  précédent), 

259  et  n.  1. 
Adraniytti  (ville  et  golfe  d),    51  n.  5; 

52  n.  3  ;  53  n.  2. 
Adriatique  (Mer),  199. 
Africpie,  5,  468,  471  n.  3  ;  486,  503. 


Africpie  (ville  d).  —  V.  Mahédia. 

Agarènes.  —  V.  Sarrasins. 

Agen,  132  et  n.  4,  133. 

Agnello  (Jean   dell' ,    doge  de   Pise), 

377  etn.  3,  7  ;  378. 
Agrani  (Etienne,   évêque  élu  d),  136, 

137  et  n.  6. 
Agris  (messire  d),  184. 
Aïano  (Gastel  d),  222. 
Aïdin  (principauté  d),   42,  54.  —  V. 

aussi  Altologo. 
x\igremont  (Arnault  d),  491. 
Aigucs-Mortes,  334  n.  9. 
Ailly  (Hugues  d'),  447,  448  et  n.  2. 
Ailly  (Pierre  d'),   439  et  n.  6,  440  et 

n.  3,  447,  4'i8,  462,  488,  492. 
Aïrasca  (Fcrlino  d),  281  et  n.  3,  293. 
Akaki,  388  n.  2. 
Alaïa.  —  V.  Candelore. 
yVlant  (Etienne),  460  n.  5. 
Albano  (évèques  d).  • — •  V.  Grimoard 

(Ange)  et  Périgord  (Tallcyrand  de). 
.\.lbarno  (Isnard  d  ),  57. 
Albcnga  (Église  et  château  d),    157, 

258  n.  7. 
Albi,  133. 

Albornoz  (Alvaro-Garcia),  207  n.  4. 
Albornoz  (Garcia- Alvaro),  207  et  n.  4. 
Albornoz  (cardinal  Gilles,   légal),  155 

n.  2,  4;  158  n.  4;  207  et  n.  4,  6; 

208  et  n.  1,   209  et  n.  4,  5;  210 

et  n.  4,  5;  211  et   n.   2,   212,  213 


516  - 


cln.  4,  214,  215,  216,  218  et  n.  1, 
219  et  n.  1,  2;  220  n.  1,6,  9;  221, 
222  n.  1;224,  227,  268,  269  et  n. 
2.  6;  271    . 

Albornoz  (Gomez,  gouverneur  de  Bo- 
logne), 207  n.  4;  215  et  n.  4,  217 
n.  5;  218  et  n.  1,  221,  222,  225. 

Albornoz  (Pierre,  archevêque  de  Sc- 
ville,  puis  cardinal),  412,  413. 

Albrct  (Arnaud-Ainanicu,  sire  d), 
187. 

Alcudia,  94. 

Alençon  (.Ican  d'  ,  archevêque  de 
Rouen),  177  n.  3. 

Alençon  (Robert,  comte  d  ),  187. 

Alcp,  35  et  n.  7,  462. 

Ale\andre-lc-Grand,  24,  26  n.  3. 

Alcxandrettc,  60. 

Alexandrie,  2,  4.  6,  14  et  n.  2,  34, 
35,  44,  99,  100  n.  1,3;  121,  124 
n.  1;  131,  170  et  n.  5,  215,  244- 
246,  254,  265  n.  1;  267,  273,  277- 
280,  283  n.  3;  284  et  n.  3,  4,  5  ; 
286-297,  299-311,  315,  323,  325 
n.  3,  327,  329 n.  8;  332,  338-342, 
345.  353-356,  360,  361,  363-365, 
368,  370-373,  383-385,  387,  392, 
397-399,  402  et  n.  4,  454,  473,  503, 
505,  511  n.  5. 

Alexandrie  (patriarches  d  ).  —  V. 
Ilumbert  H  (de  Dauphiné)  et  Tho- 
mas (Pierre). 

Alfonso  (.Jean  d' ,  messager  du  roi  de 
Chvprc),  322. 

Alfort,  429. 

Algésiras,  68. 

Allemagne,  25,  41,  46,84,  173  et  n. 
4,  6;  174,  176,  187  n.  4;  190  et  n. 
2,  196  n.  3  ;  204  n.  8;  240  n.  5; 
244,  245,  247,  248,  255  n.  6;  257, 
266  n.  2;  267  et  n.  9,  270  n.  6, 
280,  386  n.  5  ;  436,  490,  502. 

Allemand  (.lean),  50. 

Allemand  (Jeanne  1' ,  dame  chypriote), 
385,  386  n.  1. 

Allemand  (Pierre  1' ,  évêquc  de  Patti), 
3'i5  n.  1. 


Allemands,  2,  11  et  n.  7,  31,  96,  97 
n.  4;  173,  178,  195,  204  n.  8;  209, 
217  n.  3;  231,  240,  266  n.  2;  334, 
470,  471,  489. 

Alphonse  X  (roi  de  CastlUe),   207. 

Alphonse  XI  (roi  de  Castille),  29,  66 
n.  2;  68,  69,  92,  207. 

Altologo  (ville,  princi[)auté  et  émir 
d),  52  et  n.  3,  54.  60,  61,  141  et 
n.  3,  281,  331  et  n.  2,  371,  488 
n.  3. 

Amalfi  (Antoine,  évêquc  d).  —  V. 
Mclfi  (évoque  de). 

Amaury  de  Lusignan,  roi  de  Chypre, 
389  n.  4  ;  406. 

Ambcrt,  505  et  n.  8. 

Ambroise  (Saint),  25  n.  2. 

Amédce  YI  (comte  de  Savoie),  7  n.  1  ; 
83,  120  n.  7;  164  et  n.  4,  203  n. 
3;  204  n.  8;  205  n.  5;  209,  213 
n.  2;  220,  221  et  n.  1,  2;  234,  235 
et  n.  4,  237  et  n.  5,  238  n.  9,  10-; 
239-241,  243  et  n.  2,  263  n.  4; 
267  et  n.  9,  268  n.  6;  299,  328, 
329  n.  2;  332-337,346  n.  2;  353, 
416,  449  et  n.  4,  5;  450,  451  et  n. 
5. 

Amédée  VII  (comte  de  Savoie),  466 
n.  1. 

Amédée  VIII  (comte  de  Savoie),  463 
n.  7. 

Amiénois,  10  n.  3;  11  et  n.  5,  6;  12 
n.  2;  13  n.  1  ;  29  n.  5;  31  et  n. 
2,  92  n.  1. 

Amiens  (ville,  cathédrale  et  diocèse), 
11-13,  22,  23  et  n.  3,  27-29,  63 
n.  1;  68,  71,  92,  182  et  n.  4,  6  ; 
184 n.  1;  342  et  n.  1,  453,  462, 
505,  506  et  n.  1,  510. 

Amiens  (évoques  d).  —  V.  Cherche- 
mont  (Jean  de)  et  Roland  (Jean). 

Amposta,  202  n.  2. 

Amurat  (Sultan),  5,  272  et  n.  1,  466 
et  n.  2,  3;  488. 

Anamour,  125  n.  6;  275  et  n.  2. 

Ancône  (ville  et  Marche  d),  34,  206, 
222,  288  n.  1. 


517 


Ancùnltalns,  W. 

Andclot  (l\cgnaiit  d'),  337. 

Aiidrô  H  (roi  de  Hongrie),  1. 

Andrc  (de  Hongrie,  roi  non  couronné 
do  INaplcs),  65,  66  et  n.  2,  5;  67 
etn.  1,  2,  3;  69,  186  n.  1;  394  n. 
5;  500. 

Andrczel  (Jean  d),  421  et  n.  7,    422. 

Andrinople,  148. 

Androuin  de  la  Roche,  cardinal  de 
Gluny,  216  et  n.  7,  219-221, 
223-227,  229  et  n.  2,  234,  2'i3, 
244,  247,  269  et  n.  3,  6;  271  cl  n. 
10,  13;  379,  382. 

Andiijar,  462. 

Angclos  (Jean),  280. 

Angers,  436. 

Anglais,  22,  26  n.  5;  29,  n.  1  ;  30  n. 
3;  89,  96  et  n.  4,  124  n.  1  ;  140, 
165  n.  6;  166  n.  7;  179,  185, 
240,  254  et  n.  2,  265,  269  et  n.  2, 
270,  278  n.  7;  279  et  n.  9,  301  et 
n.  8,  334,  356,  364  n.  10;  366, 
373,  386  n.  5  ;  464,  465,  469  et 
n.  3,  470  n.  4;  477,  480,  483, 
489,  490  n.  2;  491. 

Anglais  (Guillaume  1'  ,  condottiere), 
334. 

Angles  (Guichard  d),  184. 

Angleterre,  16  et  n.  4,  25,  38,  40, 
41,  44,  46,  51,  56,  96,  124  n.  1  ; 
165  n.  5;  174  n.  1;  176,  178,  180 
et  n.  3,  181  et  n.  2,  6;  182  et  n. 
1,2,  5;  184-186,  221,  226  n.  3; 
240  n.  5;  279  n.  8;  300,  301  n. 
8;  347  n.  3:  392,  448.  463-465, 
475  n.  2,3;  480,  482  n.  1,5;  483, 
485,  487,  490,  494,  502. 

Angleterre  (comtc-marcchal  d),  491. 

Anglurc  (sire  d),  198  n.  4;  283,  363 
n.  6. 

Angoulènic,  184. 

Angoulème  (Hôtel  d),  422  n.  2. 

Anjou  (vicomte  d'),  278  n.  3. 

Anjou  (Blanche  d  Anjou-Sicile)  ,  107 
n.  2. 

Anjou  (Louis  d),  182  n.  6;  183  ctn. 


5,  187,  267,  418.  424  cl  n.  6,  425, 
454  n.  1;  462,  463,  465,  478. 

Anjou    (Marie  d).    —   V,    Arménie 
(Marie,  reine  d). 

Anjou  (Robert  d  ).  —  V.  Robert  (roi 
de  Aaplcs). 

Annonciadc  (Ordre  de  1  ),  83,  331  n.  8  ; 
335. 

Anouk  (Almanssour),  361. 

Anthon,  334. 

Anliaumc  (Léon),  276,  360,  364. 

Anlioche,  308. 

Antioche  (bataille  d),  26  n.  1. 

Antioche  (Pierre  d  ),  370. 

Antioche  (prince  d').  —  V.   Lusignan 
(Jean  de). 

Anliochetle,  125  n.  6  ;  368  et  n.  4. 

Anlivari,  171  n.  2. 

Antoine.  —  V.  Denis  (chevalier  chy- 
priote). 

Antoine  (Bastille  Saint),  478. 

Antoine  (Saint),  186. 

Anvers  (ville  et  archidiaconé  d),  14n. 
4;  214  n.  3;   343. 

Apt  (diocèse  d  ),  204  n.  8. 

Apulic,  134.  —  V.  Pouille. 

Aquila,  54. 

Acjuila  (Pierre  d),  168  n.  5. 

Aquiléc  (ville  et  patriarcat  d  ),  15  i, 
171  et  n.  2;  199,  246,  247. 

Aquilée  (Nicolas  de  Luxembourg,  pa- 
triarche d'),  100,  137  n.  7. 

Aquilée  (Louis  Torriani,  patriarche  d). 
—  V.  Torriani  (Louis). 

Aquilée  (Marquard  Randeck,  patriar- 
che d'),  338  n.  3;  373. 

Aquitaine,  168,  184,   186. 

Ara  (Thomas,  messager  du  roi  de 
Ghyprc).  305. 

Arabes,  287,  288,  296,  356  n.  6  ;  357 
n.  2;  361,  36i,  384,386,  390  n.  3, 
5;  395  n.  5;  459  n.  4. 

Arabie,  1 1  et  n.  7. 

Aradippo,  405  n.  1. 

Aragon,  93  n.  4;  144  n.  2;  288  n.  1  ; 
307,  315,  346,  366  n.  1. 

Aragon  (Éléonore  d'  ,   reine  de  Chy- 


—  518  — 


pre),  107etn.  2,  14'tn.5;  198  n.  4; 

385  n.  2,  386,  387,  392,394  n.  5; 

400,  401  cl  n.  2,  405,  406  et  n.  1, 

407,  409,  410  et  n.  1,  3;  421  n.  1. 
Aragon   (infant    Ferdinand  d',     frère 

de     Pierre     le    Cérémonieux),     93 

n.  4. 
Aragon    (Pierre  d',   comte   de    Riba- 

gorça),  107  n.  2;  406  et  n.  3,  408, 

410. 
Aragon  (rois  d).  —   V.   Jacques  !<'■■, 

Jacques  II  et  Pierre  IV  le  (jérémo- 

nieux. 
Aragonais,  95,  307  n.  5;  354  n.  6. 
Arcadie,  280  n.  6. 
Arcadic  (Érard  III,  seigneur  d),  110. 

—  V.   aussi    Lascaris    (Erard,    co- 

seigneur  d'Arcadie). 
Arcadie  (Catherine,  héritière  d),  385 

n.  2. 
Archlac  (Foulques  d'),  162  et  n.  5. 
Archipel,  51  et  n.  1. 
Archiprctrc  (1').   —  V.  Cervolc  (Ar- 

nauld  de). 
Arcis  (Jean  d),  510  n.  5. 
Arcis  (Nicolas  d' ,  évoque  d'Auxerre), 

422,  423. 
Arezzo,  340  n.  4;  408  n.  3. 
Aristote,  24  et  n.  2. 
Arles  (ville  et  État  d"),  267. 
Armagnac  (comté  d'),  470  n.  4. 
Armagnac  (Jean  I^r,  comte  d'),  157. 
Arménie,  213  et  n.  1,  33,  34,  35,  40, 

55  n.   1  ;    60,   71,  110,    111,    113, 

114,  257  n.  3;  318,  368,  369,  380 

et  n.    1,  5;   381,    411,  462,   463  et 

n.  5,  466  et  n.  2,  511  n.  5. 
Arménie      (Marie      d'Anjou -Tarente, 

reine  d),  380  n.   5. 
Arménie  (rois  d  ).  —  V.  Héthoum  II, 

Guy  (de  Lusignan),  Constantin  IV, 

Constant  (Constantin  V),  Lusignan 

(Boliéiuond  de),    Léon  V  (VI). 
Arméniens,  3,  60,  108  et  n.  4,  110  n. 

2;   112,  138,    159  n.    2;  182  n.  1; 

318,  351.  357,  380  et  n.  1,  5;  459 

n.  4;  462. 


Arras,  341  n.  1. 

Arras   (évoque   d).     —    V.    Dainville 

(Gérard  de). 
Arsène  (Saint),   25  n.  3;  476  et  n.  3. 
Arsur  (seigneur  d).  —  V.  Ibelin (Phi- 
lippe d). 
Artlicz  (vicomte  d),  491. 
Arthur  (roi),  25,  487. 
Artois,  182  n.  5;  490  n.  1. 
Artois  (Jean  d'  ,  comte  d'Eu),  160  n. 

11;  165  et  n.  4. 
Artois  (Philippe  d',  comte  d'Eu),   488 

n.  5;  491,  498. 
Artus  (roi).  —  V.  Arthur. 
Artus,  Artù  (Bertrand,  comte  de  Fra- 

lieti),  67. 
Arue  (Mermet  d),  95. 
Arundel  (comte  d),  465. 
Arwa,  361. 

Ashby-de-la-Zouch,  269  n  .6. 
Ashmole  (Élie),  350  n.  5. 
Asie,  2,  5,  83,  86,  98,  110,  122,  123 

n.  3;  126,  142,  205,274,275,  277, 

318,  330,  410,  468,  493, 503,  513. 
Asie-Mineure,  4,  33,  44,  52  n.  3;  53 

n.  2;  114,  115,  122,285,  317,364, 

375. 
Assandimour  (Al-Nasirî,   émir),   361, 

363  etn.  3,  364  n.  1. 
Assanti   (Ligorio,  co-seigncur  de  Ni- 

syros),  79. 
Assise,  414  n.  2. 
Astribort    (Nicolas    d',    messager    de 

Humbert  II,  Dauphin),  47. 
Athènes  (archevêché   d),    140   n.    4; 

171  n.  2;  242  n.  6. 
Athènes  (Gautier  II,  duc  d'),   41. 
Attainville,  510  n.  5. 
Atligny  (Église  d),  14  n.  4. 
Aubcrt    (cardinal     Audouin,     évèque 

d'Ostie),  155. 
Aude    (Bonvassal    d',    chancelier    de 

Chypre),  128  n.  4. 
Audrehem  (maréchal  d),  29  n.  1  ;  95, 

96  et  n.  4,  160  n.  11  ;  166,  270  et 

n.  6. 
Augcrans  (Guiot  d),  468  n.  3. 


519  — 


Augcrans  (Isabelle  d"),  439  n.  3. 

Augiistins  (moines),  413  n.  1 . 

Aurnclas  (vicomte  d').  —  V.  Majorque 
(Fcrrarid  d  ). 

Aumont  (Philippe  d'),  358,  359. 

Aumont  (Pierre  d),  442  n.  1. 

Auneau    (Marguerite  d' ,   dame    de  la 
Rivière),  424  n.  2;  439,  467  et  n.  1. 

Autriche,  96  n.  4;  373  n.  2. 

Autriche  (Albert  III,  ducd'),  146,  147, 
338,  373  n.  2. 

Autriche  (Catherine   de  Luxembourg, 
duchesse  d),  198. 

Autriche  (Lcopold  IV,  duc  d'),  209  cl 
n.  2,  338. 

Autriche  (Rodolphe  IV,  duc  d'),  157, 
169,  198,  199,  209,  338. 

Autun  (badiiage  d),  430  n.  2. 

Auvergne,  49,  402. 

Auvergne  (Jean   de  la   Tour-d' ,    car- 
dinal), 414. 

Auxerre,  154,   155,  185  et  n.  5,  424 
et  n.  6. 

Auxcrrc(comte  d).  — V.  Chalon  (Jean 
III  d  ). 

Auxerre  (évoque  d').  —  V.  Arcis (Ni- 
colas d'). 

Avcrroïstcs,  144  n.   1. 

Aversa  (couvent  d),  67. 

Avignon,  1,  17,  38  et  n.  1,  44,  46- 
49,  52  n.  3;  59,  61,  78  n.  4;  79. 
89  n.  1;  93  et  n.  4;  94  n.  2;  97, 
100,  101,  115,  117-119,  134,  136, 
139,  144,  149,  152,  154,  155  et  n 
3,  158-160,  162-164,  166,  172  cl 
n.  2,  173,  194  n.  3;  196  n.  3;  202- 
207,  211,  213-216,  218,  220,  225 
n.  6;  233,  242  el  n.  3,  254,  257  et 
n.  3,  258  n.  5;  263,  264.267-269, 
272,  278  n.  2;  281  n.  8;  305,  309 
n.  5;  310,324,325,  329,331,337, 
341  el  n.  1,  342,  347,  370,  381  n. 
1;  382,  404  n.  1  ;  406  n.  3;  407- 
414,  424  n.  6;  425  n.  1;  460  n.  4; 
461,  478  n.  5;  479,  487,  488. 


Rabin  (Raymond),  103,  116, 120,  282, 

388  n.  3;  389  eln.  2,  391  n.   6. 
Babylone.  — V.  Caire. 
Hadocr  (Giovanni),  323  n.  5. 
Bagdad,   341  n.  4. 
Bagnolo    (Guy    de,    médecin    du    roi 

de    Chypre),    103  n.    4;   144    n.  1  ; 

145,  152  n.  2;  261  et  n.  2,  4;  265 

et  n.   3,   310,  312,  314,  324  n.  5; 

375  n.  6. 
Bagnols  (Grimaldi,  comte  de),  94. 
Baillcul  (Jehannin),  511  n.  2. 
Ballly  (.lean  de).  430  n.  6. 
Baiuviilc  (seigneur  de),  99. 
Baja/el  (Sultan),  5,  477,   478,  488  el 

n.  3,  493,  497,  498,  502,   503. 
Baktumar  (cmir),  307. 
Baldoïno   dclla  (^ccca.  —  V.  Limassol 

(Lambcrlin,  évoque  de). 
Bi\le,  174,  271. 

Bàlo(,lcan  do,  prédicateur),  413  n.  1. 
Balkans,  5. 

Baltique  (Mer),  162  n.  8. 
Bambasio   (Thomas,    organisateur    de 

fclcs),  254  n.  1. 
Banal,  331  n.  3. 
Bancha   (Paul  de).  —  V.   Giusliniano 

(Paul). 
Baone  ?  (François  do),  395  et  n.  3. 
Baone    (Pierre    de).    —    V.     Trévise 

(Pierre  do  Baone,  évoque  do). 
Bapaunie,  507. 

Bar  (Robert,  duc  de),  187,  498. 
Bar  (Marie  de  Valois,  duchesse  de),  188. 
Bar  (Henri  de),  491,  498. 
Baranow,  195  el  n.  1. 
Barbarcsques,  383  n.  3. 
Barbarie,  7  n.  1  ;  291,  477,  478  n.  3; 

489. 
Barbier  (Raoulcl  le),  511  n.  2. 
Barcelone.  107  n.  2;  327  n.  5. 
Barcelone  (comtes  de),  281. 
Barcelone     (Guillaume    de     Torellas, 

évoque  de),  337. 
Bargadin  de  Metz,  voyageur,  86  n.  3. 


—  520  — 


Bari  (archevêque  de)  ;   le  Barrois.  — 

V.  Urbain  VI. 
Baseio    (Pierre,    bailli    de  Venise    en 

Chypre),  309. 
Basquevillc  (Guillaume  VI  Martel  de), 

278  el  n.  7. 
Basqueville  (Guillaume  VII  Martel  de), 

491. 
Bassand  (S.  Jean),  448  n.  1. 
Bassano,  150. 
Bastide  (seigneur  de   la).    —    V.    S. 

Geours  (Raoul  de). 
Batroun,  34,  397. 
Baudet  (Gui),  38. 
Baudouin  (roi  de  Jérusalem),  389  n.  4, 

406. 
Baudry  (Bonaventure) ,  7,  10. 
Baume  (Etienne  de  la),  334. 
Baume  (Hugues  de  la),  356. 
Baumgarten  (Annequin  de),   211,  268 

et  n.  2,  270  et  n.  5. 
Baux  (bâtard  de),  50. 
Baux    (Bertrand    de,    soigneur   d'An- 

dria),  43. 
Baux  (Marie  de,  Dauphinc),  47,  58. 
Baveux  (Gui  le),  279  n.  5;   356,  357. 
Baveux  (Renaud  le),  357. 
Baveux  (Robert  le),  357.. 
Bavière,  246. 
Bavière  (Etienne  I«^  duc  de),  170  et 

n.  2,  209,  379  n.  5. 
Bavière  (Isabeau  de,  reine  de  France), 

146  n.  2;  471  n.  2. 
Bavière  (Meinhard   de),  210,    170    et 

n.  2. 
Bavière  (Otto  de),   195  n.  8;    170  et 

n.  2. 
Baycux  (Eglise  de),  331. 
Bazzano,  209  n.  5. 
Bcaucaire  (séncchausscc  de),  162  n.  6; 

172  n.  5. 
Beauchamp    (Thomas    do,    comte    do 

Warvvick),  205  et  n.  5;   243,   254, 

265,  279  et  n.  8. 
Beau  fort   (cardinal   do).    —  V.   Gré- 
goire XI. 
Beaujeu  (Antoine,  sire  de),  188  n.  5. 


Beaujeu  (Edouard  I""",  sire  de),  42. 
Beaujeu   (Marie   du   Thil,   dame   de), 

42  n.  3. 
Beauté-sur-Marne,    423  et  n.  7;   440. 
Bcautreillis  (Hôtel  du),  421  n.  6;  422 

n.  2. 
Boauvais,  183. 
Beau  vais  (évoques  de)  —  V.  Dormans 

(Jean  et  Miles  de). 
Beauvilliers  (Jean  de),  356,  357  n.  9. 
Beauvoir,  59. 

Becket  (S.  Thomas),  462  n.  1. 
Bodford  (duc  de),  23  n.  3. 
Bédouin  (Jean),  401  n.  7;  402. 
Bédouins,  290,  292,  293,  351. 
Bédouins  (Hewara),  298  n.  4. 
Belferago.  —  V.  Belferazo. 
Belferazo  (Thibaut),  324  n.  5;  370. 
Belges,  343  n.  5. 
Belgique,  343,  499  n.  1. 
Bellemarine.  —  V.  Benemarin. 
Belon  (Benoît),  183. 
Belphérage.  —  V.  Belferazo. 
Belvès,  131  n.  4.  —  V.  St«  Foj. 
Bembo  (François),   260,  309,   310  et 

n.  1;  323,  340,  371,  374. 
Bénédictins,  154. 
Benemarin  (Maures  de),    207    n.    6; 

470,  477  n.  7. 
Benoît  (Nicolas),  139,  l'iO. 
Benoît  XII  (pape),  30  n.  3;  38,  39,  48 

et>.  6,  108  n.  4;  168  n.  4. 
Benoît    XIH(papc),    89    n.    1;    487, 

488,  492. 
Benoît  (Saint),  447. 
Berbères,    308.    —   V.    aussi   Barba- 

rcsques. 
Bérongcr  (Raymond,  Grand-Maître  des 

Hospitaliers),  62  n.  2;  281  et  n.  1, 

282,  319  et  n.    1;   364,  375,   378, 

399,  401  etn.  4;  402. 
Borgame  (Antoine  de),  322  et  n.  3,  4. 
Berlin,  394  n.  5;  430  n.  2. 
Bernard  (Saint),  11   et  n.  5  ;   15,   24 

n.  2  et  4;  448  et  n.  8,  458. 
Bernard-Everard  (Arnaud  de),  204  n. 

1;  319. 


-  521 


Berne  (Jacques  de),  3  n.  1. 

Berne  (Pierre  de),  17. 

Berri  (Jean,  duc  do),  278  n.  6  ;    417, 

n.  5;  418  et  n.  7;  419  n.  1;  439,  n 

2;  442,  454  n.  1;  463,  465  et  n.  G, 

466  n.  1;  478,  491,  504,  505. 
Bersuire  (Pierre).  —  V.  Bressuire. 
Bertini     (Ange,      amiral     chypriote), 

340  n.  4. 
Béthisy  (seigneur  de),  465. 
Bethléem,  11,  464. 
Bculhen,  195  cl  n.  2. 
Beyrouth,  277  n.  7;   318,   339   n.   4; 

354,  356  n.  1;  397. 
Biandrà,   Biandrate  (Jean  de,  frère  de 

rilùpilal),  42,  43,  47. 
Bigiie  (Gacc  de  la),   418  et  n.  5,   419 

n.  1. 
Biloanl  (Isabelle),  443  n.  1. 
Binvillo  (seigneur  de).  —  V.  Bainville. 
Blainvillc  (maréclial  de),  442  n.  1. 
Blaru  (Saquet  de),  506  n.  5. 
Blézy  (GefTroi  de),  503  n.  5. 
Blézy  (Jean  de),    490,    491    et  n.    1, 

503  etn.  5. 
Blois  (Charles  de,  duc  de  Bretagne), 

433  n.  5. 
Blois    (Marie  de,   duchesse    d'Anjou), 

183  n.  5;  188. 
Boccace,  419. 

Boccanegra  (Baptiste),  151. 
lîoccanegra  (Barthélémy),  151  n.  4. 
lioccanegra  (Jean),  151  n.  4. 
Boccanegra  (Nicolas),  151  n.  4. 
Boccanegra  (Simon,  doge  de  Gènes), 

151  etn.  3,  4;  157. 
Boèce,  24  n.  2. 
Bohême,   22,  41,  191,  194,  245  et  n. 

2,    267,  300,  332  n.  5;    411    n.   3; 

471. 
Bohème    (IIôLcl    de,     à     Paris),     506 

n.  2. 
Bohême  (rois  de).  —  V.  Luxenihourg 

(Jean    de),   Charles  IV  (empereur) 

et  Wenceslas  (empereur). 
Bohémiens,  334. 
Boiardi  (famille  des),  220  et  n.  1. 


Boison  (Bertrand  de),  319. 

Boldenslèvc  (Guillaume  de),  186  n.  2. 

Bolognais,  210  n.  5;  213,  214  n.  1; 
226  n.  11. 

Bologne,  41,  43,  206,  207  et  n.  4, 
208  et  n.  5,  209  etn.  5,  210,  215, 
217  et  n.  3,5,  6;  218  etn.  1,  2,  19 
et  n.  4,  221,  223  et  n.  9,  224, 
225  et  n.  5,  6;  226  et  n.  10,  227  et  n. 
8,  228  et  n.  4,  5;  233,  234,  235 
et  n.  4,  236  n.  2,  242  et  n.  4,  243, 
244,  246  n.  3;  271,378,379,  382. 

Bologne  (Bcltramin  Paravicini,  car- 
dinal, évèque  de,  légat),  43,  97, 
134  n.  8. 

Bologne  (Aimcry  Gatti,  évèque  de),  219 
n.  4;  222  et  n.  6,  223  et  n.  9,  224 
et  n.  1. 

Bologne  (Paul  de),  322  et  n.  3,  353, 
355. 

Bologne  (Pierre  de),  253. 

Bolonchini  (Sylvestre),  142  n.  2. 

Bondcno,  373  n.  5. 

Honiface  VIII  (pape),  431  n.  4. 

Boniface  IX.  (pape),  415  n.  1;  487. 

Bonnivard  (Aiinon),  333. 

Bono  (Jean),  399  n.  3. 

Bono  (Marin),  200  et  n.  1. 

Bons  (Bonan  de),  359. 

Bons  (Pierre  de),  276. 

Booksell  (Alain  de),  179. 

Bordeaux,  16,  133,  184  n.  2;  204 
n.  1;  328  et  n.  3. 

Bosnie,  500. 

Bossidarius  (juge  de  Serbie),  134,  135 
n.  1. 

Boucher  (Arnoul),  477  n.  8. 

Boucicaut  (Jean  I'''  le  Meingre,  dit),  56, 
70,  160  n.  11;  166  et  n.  1.  186. 

Boucicaut  (Jean  II  le  Meingre,  dit), 
491,  498,  504,  505,  513. 

Bougie,  477. 

Bouillon  (Godefroi  de),  2,  25,  80, 
392,  417  n.  2;  474,  511  n.  5. 

Boula(|-Allokrouri,  361. 

Boulogne  (-sur-Mer),  177,  182,  186, 
462  n.  1;  465. 


—  522  — 


Boulogne    (Gui    de,     cardinal),     185 

n.  5. 
Bourbon     (Bonne    de,      comtesse    de 

Savoie),  332. 
Bourbon      (Jeanne     de,        reine     de 

France).  163,   187,   188,   189,  423 

et  n.  4,  445,  446  et  n.  9,  479. 
Bourbon    (Louis    ler,     duc    de),     36, 

82. 
Bourbon    (Louis    II,    duc    de),   419, 

423,   439    n.   2;    446  n.  7  ;     463, 

465,    466   n.    1  ;    468    n.   3  ;    476, 

477,  478,  491. 
Bourbon    (Marie    de,    impératrice    de 

Constantinople),     82,     101    n.    7  ; 

104,  105,   110,  115,   116  et  n.  3, 

118,  376  n.  4;  442,  454  u.  1. 
Bourbonnais,  333. 
Bourget,  221  n.  1. 
Bourgogne,  162,  165  n.  6;  334,  468, 

n.  3;  499  n.  1. 
Bourgogne  (Eudes  IV,  duc  de),  48. 
Bourgogne  (Jean-sans-Peur,  duc   de), 

419  n.  1  ;  507  et  n.  3. 
Bourgogne     (Philippe-le-Hardi,     duc 

de),  166,  n.  5;  182,  187,  188,  267, 

418,  419  et  n.  1,  423,  427  et  n.  3, 

439,   n.    2  ;    442,    454  n.    1  ;  463, 

465,  466  n.  1;  478,  480,  490  n.  1; 

499,  500,  502,  504,  510  n.  3. 
Bourguignons,  24  n.  6;  426,447,448, 

506  n.  6;  507,  508. 
Bournazel  (seigneur  de).   —  V.  Con- 

rart  (Pierre). 
Boves  (châtelain  de).    —   V.  Lorraine 

(Antoine  de). 
Brabant,  173,  190  n.  1,  2. 
Brabant  (Jeanne,  duchesse    de),  190. 
Brabant    (Wenceslas,    duc    de),    163, 

n.  6;  187  et  n.  4,   190,  195  n.  8; 

245. 
Bragadin  (Pierre),  200  n.  4. 
Bragadin  (de  Metz).  —  V.  Bargadin. 
Bramborough  (Guillaume  de),  306  n. 

2. 
Brandebourg,  245. 
Braque  (Etienne),  428  n.  10. 


Braque  (Jean),  428  n.  10. 

Braque  (Nicolas),  428  et  n.  10. 

Brcdensched  (.fcan  de),  202  n.  3. 

Brcil  (le),  131  n.  4. 

Breslau,  195,  197  n.  1. 

Bressuire    (Pierre),    192,    n.    4;    417, 

485  n.  2. 
Bretagne,  22,  63,  177  n.  1. 
Bretagne  (Jean  III,    duc   de),    22    n. 

2.  —  V.  aussi  Blois  (Charles  de)  et 

Montfort  (Jean  de). 
Brétigny  (traité  de),    166,   n.   2;    219 

n.  4. 
Bretons,  30,  278  n.  3. 
Brie,  165,  n.  6;  445,  479  n.  3. 
Brie  (Badin  de),  274  n.  4  ;  282. 
Bric  (Jean  de),  274,  282,  426. 
Brignais,  165  n.  6. 
Brindisi,   36,    47,  238   et  n.  10,    470 

et  n.  6. 
Brocard  (auteur  de  mémoires),  37. 
Brohoin  (Nicolas),  172. 
Brousse,  52  n.  3  :  498. 
Bruges,  190  et  n.  2. 
Brunier  (Aimon),  50. 
Brunier  (Jacques),  50,  58  n.  2. 
Brunswick-Grubenhagen  (Héloïsc  de), 

143  n.  2. 
Brunswick  (Hugues  de),  282. 
Brunswick   (Philippe  de),    101    n.   7  ; 

120,    143  n.     1  ;    152  n.    2  ;   282, 

285,  357. 
Bruxelles,  190,  468  n.  3. 
Bucy  (Simon  de),  23  n.  3. 
Bude,  247, 331. 
Buffavcnt,  387. 
Bulgares,  335. 
Bulgarie,  335,  471,  500. 
Buonaccorso,  50  n.  1. 
Burlc,  Burley  (Simon  de),  184. 
Burlus  (lac),  100  n.  3. 
Butau,  Butaut.  —  V.  Waydot. 
Byblos  (Henri  de),  128  n.  4. 
Byzance.  —  V.  Constantinople. 
Byzantins,   5,  42  n.  7;   55  n.  1;   112 

n.  6;  138,  148  n.  5. 


—  523  — 


Cabane    (Philippine,    dite     la     Cata- 

naisc),  67. 
Cacn,  65,  n.  6;  176,  177  n.  3. 
Caffa,  46  n.  2;  5icln.  2,  3;  171,  n.  2. 
Cahors,  133,  3'*'i. 
Caimbasilica    (François,    chevalier    tic 

Loinbardie),   210  n.  'i  ;   218  cl  ad- 
denda. 
Caire,    40,  284  n.  4  ;   287,   290,   294, 

296,  299  et  n.   1,   307,  309  n.  5; 

310,311,  318,  320-323,  329  n.  1, 

8;  353,  357,  360-362,  364  et  n.  6; 

373  n.  9  ;   383,   385,   399,   402  et 

n.  4,  462. 
Calabre  (Charles,   duc   de),  67  n.    3; 

68. 
Calabre     (André,     duc    de).     —    V. 

André  (roi  non  couronné  de  Naplcs). 
Calais,  177,  178  et  n.  1,  3;   182  n.  5, 

6;  183,  184  n.  1;  465. 
Caldarini  (Jean),  225  n.  6. 
Calcrgi  (famille  des),  230,  253. 
Calergi  (Georges),  230  n.  2. 
Calcrgi  (Zanachi),  230,  251. 
Caloveïro,  336. 
Camaldules,  400  n.  2. 
(lambalcch,  86  n.  3. 
(krnbrai,  14  n.  4;  15,  17. 
Cambrai  (Gérard    de   Daimille,    é\c- 

cpic  de).  —  V.  Dainville  (Gérard  de). 
Cambrai    (Pierre    de    Clcrniont,    cvè- 

que  de). — V.  Clcrniont  (Pierre de). 
CamcUa.  —  V.  Ilcms. 
Campi  (Pierre  de),  356. 
Cam[)ofregoso  (Pierre  de),  410. 
Canale  (Pierre  de),  356  et  n.  8,  360. 
Canart   (Jean,    curé   de  S.    Fiacre,   à 

Paris).  V.  S.  Fiacre  (curé  de). 
Candelorc  (ville  et  émir  de),  34,   114, 

115  n.  1;  124. 125  et  n.  6,  127   n. 

2;  274,  276,  319. 320  et  n.  2,  324, 

334,  344,  387  n.  3. 


Candie  (ville  de),  229,230,  252,  311. 

Canée  (la),  141,  252. 

Cantacuzène  (Jean,  empereur  byzan- 
tin), 57,  98  etn.  1,  136  n.  6. 

Cantacuzène  (Manuel,  despote  de  Mo- 
rée),  385  n.  2  ;  404,  405. 

Cantacuzène  (Marie),  280. 

Cantacuzène  (Mathieu,  empereur  by- 
zantin), 136  n.  6. 

Cantacuzène  (Théodore,  oncle  de 
l'empereur  Manuel),  504. 

Canterburj,  462  n.  1. 

Capistrano  (S. -Jean  de),  134. 

Capodistria  (évêque  de).  —  V.  Quirini 
(François). 

Capoue  (prieur  des  Hospitaliers  à).  — 
V.  Albarno  (Isnard  d'). 

Cappadoce,  114. 

Caraman  (le  Grand)  et  ses  Etats,  33, 
55  n.  1;  113  n.  2;  114,  115  n.  1; 
122,  123  n.  3;  124,357,358,  359, 
502  n.  1.  —  V.  aussi  Ibrabira-bey. 

Caras.  —  V.  Canuis. 

Caresiiii  (Raphaël  des,  chancelier  de 
Venise),  235,  254,  255  etn.  1. 

Carinthie,  190  n.  2  ,  199,  246. 

Carmadino  (Jean  de,  et  son  fils), 
116  etn.  6;  120,  142.  274,  275. 

Carmayn.  —  V.  Carmadino. 

Carmes,  105,  133,  138,  139,  315, 
316,  317,  343  n.5;  344,  443,  511 
n.  2. 

Carmesson  (frère  Jean),  315,  316  et 
n.  6,  317  et  n.  1,  345  n.  1. 

Carmignano  (Pierre  de),  50  n.  5. 

Carpasso  (ville  et  châtelaine  de),  275, 
355. 

Carpalhes  (monts),  5. 

Carrare  (François  I*""  de,  seigneur  de 
Padoue),  148,  150,  205  n.  5;  209 
et  n.  1,  210,  228.  271  n.  13. 

Carrctto      (frère     Daniel      de,     vice- 
recteur  de  Bologne),   221    et  n.    6. 
223,  224. 
Carrctto  (frère  Manuel   de).    —  V.    le 

précédent. 
Casatc,  Casiatis  (Jacques  de),  36. 


524 


Casimir  III  (roi de  Pologne),  173, 194, 

195  et  n.  5,  6,  8;  196,  197  et  n.  1, 

338. 
Cassis  (sire  de),  399. 
Caslelfranco,  222. 
Castello  (évêchc  de),  253,  337. 
Castello  (Nicolas  Morosini,  évoque  de), 

97,  309. 
Caslclnuovo,  64. 
Caslelsarrazin,  281. 
Castillans,  68. 
Castille,    288   n.   1;  346,    373,    382, 

462. 
Castille  (rois   de).   —  V.   Alphonse  V 

et  Alphonse  XI,    Henri  (de  Trans- 

tamarc)  et  Jean  I'^'". 
Caslillon  (seigneur  de),  491. 
Castracane    (Castruccio    des    Intermi- 

nelli   ou  Antelminelli,    seigneur  de 

Lucques,  et  ses  fils,  Henri  et  Vale- 

rand),  64. 
Castro  Formiginio,  222  n.  4. 
Catalan  (Lucas  le),  115  n.  3. 
Catalans,  34  n.    2;    36,    41,    42,   99, 

115  ctn.  3,  119  n.  5;    213   n.    2; 

231,  297,  307  et  n.    3,   322,  339, 

354,  355,  357. 
Catalogne,  332  n.  6. 
Catanais.  —  V.  Cabane  (Philippine). 
Cattaneo    (Dagnano     ou     Damiano), 

374. 
Cattaneo  (François),  115  n.  3. 
Cattaneo  (Gabriel),  397,  398  n.  1. 
Cattaneo  (Mallonc),  78  n.  4. 
Cattaneo  (Meliano),  78  n.  4. 
Cattaneo     (Ottobone,      capitaine     de 

Smyrne),  205. 
Cattaneo  (Pierre),  401. 
Cattaro,  135  et  n.  1. 
Célestin  I*^"^  (pape),  447. 
Cclestins,  6,  12  et  n.  1,  15  n.  4;  27, 

347  n.  3;  411,  417,  422  n.  2;  427, 

428,   438  n.  4;  442-449,  451-454 

460  et  n.  2,  3,  7;  461  et  n.  1,  472 

n.  1;  473  et  n.  6,  479  et  n.  1,  482, 

505  cl  n.    8,   9;    506  et  n.  1,  508- 

512. 


Celsi  (Laurent,  doge  de  Venise),  145, 
150,  170  etn.  6,  171,  178  et  n.  2, 
185,  200,205  n.  5;  211  n.  2;  212, 
221  etn.  3,  223  n.  3;  224,  231- 
243,  251-255,  259-261,  269  et  n. 
4,  271  etn.  13,  280  n.  6;  309. 

Ceneda,  380. 

Ccntellas  (Gilabert  de),  95. 

Cento,  226. 

Ccphalias  (Gcren.,  Nestegius  ou  Nas- 
tagio  de  Géra  ?),  134,  135  et  n. 
1. 

Céphalonie,  50,  63. 

Cepoy  (Jean  de),  38  n.  3. 

Cérines,  91,  105,  106  n.  6,  126,  276, 
369,  386,  405  et  n.  9. 

Cerny  (Guillaume  de),  409  et  n.  6. 

Cervole  (Arnaud  de,  dit  l'Archi- 
prètre),  271  et  n.  6,  334  n.  1. 

César  (Jules-),  25,  289. 

Césarée,  399  n.  1. 

Ccsène,  215  etn.   3,    218   n.    1 


219 


;  221. 


Chalais  (Chartreux  de),  48  n.  1. 

Chalais(Jcan  de),  337. 

Chalamont  (Guillaume  de),  334. 

Chaidéens,  341,  n.  4. 

Chalîl  (Çalàh-ed-dîn,  émir),  291. 

Chalon,  430  n.  2;  160  et  n.  3. 

Ghalon-Arlay  (Hugues  de),  333  et  n. 

8. 
Chalon-Arlay  (Louis  de),  188,  333. 
Ciialon-Auxcrre  (Henri  de),  491. 
Chalon    (Jean    III    de,    comte    d'Au- 

xcrrc),  188  n.  5. 
Chalon    (Jean    IV    de,    comte    d'Au- 

xerre),  491. 

Chalon- Auxcrre  (Tristan  de),  333. 

Chàlons,  15  n.  4;  122. 

Chàlons    (Archambaud,    cvcque    de), 

413. 
Chambarlhac,   Chamlicrlliac   (Philippe 

de,    archevêque     de    Nicosie),     101 

n.  3;  104   n.    2;    108    n.  4;    120, 

121,  158. 

Chambéry,  332,  336  et  n.   2,   341  n. 

5. 


—  525  — 


Chambricquet    (Ilôtcl   à   Paris),    422 

n.  2. 
Champagne,  13,  165  n.  6. 
Champagne    (collège    de    Champagne 

et  de  Navarre,    à  Paris),  422  et  n. 

4,  429  n.  4. 
Champagne  (maréchal  de),  284  et  n.  8. 
Chandos  (Jean),  184,  185. 
Chantomcrle  (Thibaut  do),  188  n.  5. 
Chanloprimc  (François),  423  et  n.  3. 
Chantzianis  (Sarrasin),  276. 
Chapeluz  (Pierre),  422  n.  2. 
Charenlon,  428. 
Charenloiincl,  428. 
Charlcmagne,  25  et  n.  1,  80,  487. 
Charles  IV  (empereur),   22,  93,    135, 

145  n.  6;  149,  157,  161  n.  2,  3; 
163,  166  n.  7;  169,  173,  189  et  n. 
8,  191197,  209,  213  n.  2;  220, 
223  n.  8;  228  et  n.  5,  229  n.  1  ; 
244,  245,  247,  255,  267,  270,  271 
n.  8  ;  303,  304  et  n.  7,  338,  348 
n.  4;  372,  373,  370  et  n.  5,  451 
et  n.  2,  462  n.   4. 

Charles  IV  (le  Bel,  roi  de  France),  36. 

Charles  V  (roi  de  France),  6,  7  n.  1  ; 

13,  17,  58  n.  1,    2;   66   n.    2;  99, 

146  n.  2;  159  n.  2;  165  n.  4;  168, 
173  n.  4;  175-177,  182-187,  186- 
189,  196  n.  3;  241  n.  1;  244.  267, 
269  et  n.  7,  271  et  n.  6,  278  n.  3, 
4;  279  n.  4;  297  n.  5;  305,  306, 
338  et  n.  3,  343  et  n.  2,  373  n.  6; 
4lOn.  3,  7;  413  n.  1;  415-425, 
428-436,  438-448,  451,  454,  467, 
505  et  n.  9,  508  n.  2. 

Charles  VI  (roi  de  France),  7  et  n.  1, 
8  n.  1;  13,  25  et  n.  9,  26,  30  n. 
1  et  2;  66  n.  2;  68,  69,  92,  165 
n.  5;  213  n.  2;  390  n.  3;  412 
n.  3;  418  et  n.  4,  418  n.  6;  420 
n.  3,  6;  423  n.  5,  6;  424,  426- 
429,  431-433,  438-442,  447  et  n. 
4,  452-454,  456  n  11;  459,  461- 
471,  474-485,  487,  488  cl  n.  6, 
490,  491,  495,  498,  500-502,  504- 
508,  510  n.  3,  5. 


Charles  II  (le  Mauvais,  roi  de  Navarre), 
38,  69  n.  4;  162,  169,  175,  176, 
177  et  n.   1,  2;  278  n.  4,  7;   306. 

Charles  If  (le  Boiteux,  roi  de  Sicile), 
351,  470  n.  4. 

Charles  Ili  (roi  de  Sicile),  67  n.    3. 

Charny  (GeofFroi  de),  56,  70. 

Charolais  (Jean  de),  36. 

Charlrcttes  ((«uichard  de),  510  n.  5. 

Chartreux,  395,  396  etn.  3,  447,  461. 

Châtel  (Tannegui  du),   468  n.  3. 

Châtres,  443. 

Chaumont  (Bernard  de),  508  n.  3. 

Chaumont  (,Iean  de),  508  et  n.  3. 

Chaumont  (Perrinet  de),  508  n.  3. 

Chaumont  (Vatellin  de),  508  n.  3. 

Chaussetier  (Perrin  le),  511  n.  2. 

Chauvel  (Jean),  95. 

Chélidoni  ou  (^liélidonia  (cap),  127  n. 
2;  128,  285. 

Chepoix.  —  V.  Cepoy  (Jean  de). 

Cherbourg,   177  et  n.  3. 

Cherchcmont  (Jean  de,  évèque  d'A- 
miens), 28. 

Chevrcusc  (Pierre  de),  428,  465  n.  6. 

Chigny  (Barthélémy  de),  450  et  n.  2. 

Chio,  51,  58  n.  1;  90  et  n.  1,  256, 
466  n.  3. 

Chirac,  154. 

Chosroës,  25  n.  3. 

Choulou  (dame   de).  —  V.    Allemand 

(Jeanne  1'). 
Chrétien  (Gervais),  419.  420  et  n.  1. 
Chrysopolis,  136  n.  7. 
Chypre,  3  etn.  1,  4,  5,  6;  10  n.  8,  10; 
13  etn.  6,  17-19,  27  n.  2,  3  ;  31,  33- 
35,  38-40,  53,  56  n.  1  ;  57,62,  66 
n.  2;  71,  76-80,  82-89,91.  92  et  n. 
1,  97-99,  101-110,  113-120,  124- 
129,  138,  140-145,  148,  151  n.  3; 
158,  171,  181  et  n.  5,  182  n.  1; 
195-198,  200  n.  10; 203  n.  3;  205, 
213  n.  2;  219  n.  1;  231,  232,  237. 
242  n.  6;  256-259,  261-263,  273, 
274,  276,  280  n.  6,  7;  282,  300, 
304  et  n.  2,  306-309,  311,  317- 
319,  322-325,   327-329,  337  et  n. 


—  526 


3,  4;  339  et  n.  3,  340  et  n.  2,  344 
et  n.  1,  347  et  n.  1,  353,  355-359, 
361,  363  n.  4;  364  et  n.  1,  6;  368 
n.  5  ;  372,  375  et  n.  4,  376  et  n.  5, 
379-385,  388  et  n.  5,  389  et  n.  4, 
392-394,  396  et  n.  4,  398-401,  405- 
411,  421,  425  n.  6;  426  n.  5;  434 
n.  1;  450  et  n.  7,  451,  466  n.  3; 
473,  476,  511  n.  5. 

Chypre  (connétable  de),  294. 

Chypriotes,  34,  38,  39  n.  2;  42  n.  3; 
52,  55,  60,  77,  78  et  n.  4,  79,  86, 
111,  112,  115  etn.  2,  119  et  n.  1, 
5;  123,  126  et  n.  3,  128,  158,  182 
n.  1;  232  n.  2;  256,272,  275,  276, 
277,  281,  284,  288  et  n.  1,  298  n. 
2;  301  etn.  10,  305,  308,  309  n. 
3;  316,  317,  321,  322  etn.  3,  324 
n.  5;  337  n.  4;  339,  349  et  n.  1, 
353,  356-360,  365,  366.  368,  375, 
383,  386-389,  394  n.  5;  396-398, 
402  n.  4;  406  n.  2,  5;  409,  410, 425 
n.  2;  449  n.  4;  451,  452  et  n.  2. 

Cicandilis  (Philippe  de),  405  et  n.  2. 

Cicéron,  26  et  n.  10. 

Cigala  (Cassano),  376  et  n.  8,  384  et 
n.  4,  399. 

Cilicie,  111,  114  et  n.  5,  125  n.  6. 

Città  di  Castello  (frère  Rodolphe  de), 
331. 

Città-Nova  (diocèse  de),  171  n.  2. 

Clarence  (Jacques  de).  —  V.  Majorque 
(Jacques  II,  roi  de). 

Clarentza  (Clarence),  47. 

Claudien,  26- 

Clément  VI  (pape),  39-51,  54-62,64, 
89-98,  107  n.  2;  133  n.  5;  134, 
158,  160  et  n.  12,  168  n.  4,  207, 
279  n.  4;  298  n.  5;  382. 

Clément  VII  (pape),  89  n.  1  ;  382  n. 
7;  413  n.  2;  435-441,  461,  462, 
466  n.  1;  470  et  n.  4,  471  n.  3; 
487,  488. 

Clerc  (Jean  le),  334  n.  4. 

Clermont,  29,  59,  220  n.  7. 

Clermont  (Etienne,  abbé  de  Saint- 
Allyre,  à),  220  n.  7. 


Clermont     (Pierre     de,      évêque     de 

Cambrai),  157. 
Clermont  (Robert,  comte  de),  36. 
Glifford  (Louis  de),  491. 
Clisson    (Olivier    IV    de,     connétable 

de  France),    442  n.  1. 
Cluny  (cardinal  de).  —  V.  Androuin 

(de  la  Roche). 
Cocatrix  (Geoffroi),  13  n.  6. 
Cocherel,  166  n.  2;  188. 
Colecchio,  64. 
Collace,  51  n.  5. 
Collier  (Ordre  du).  —  V.  Annonciade 

(Ordre  de  1'). 
Cologne,  163  et  n.  6,   164,  175,  190 

et  n.  1. 
Cologne  (Albert  de),  24. 
Cologne  (Perceval  de),    278  et  n.   6, 

284,  288  n.  10  ;  290, 293,  294,  341 

et  n.  5,  364,  366. 
Colombiers  (Célestins  de),  447  n.  1,508. 
Colombiers  (Pierre  de,  cardinal  d'Os- 

tie),  61  n.  4;  508  n.  2. 
Compagnie  (Blanche),  270  n.  5. 
Compagnie  (de  S.  Georges),  268  n.  2. 
Compagnie  (de  la  Stella),  268  n.  2. 
Compagnies  (Grandes),  172,  186  n.  1; 

196  n.  3;  267-272,  299,  306,  307, 

329  n.  3;    330,  348  et  n.    4,  372, 

373  etn.  6,  397. 
Compiègne,  188  n.  3. 
Compostclle,  166  n.  2. 
Conches  (Pierre,  abbé  de),  422. 
Conciles  (Pierre  de),  89. 
Concordia  (diocèse  de),  171  n.  2. 
Condom,  132. 
Conegliano,  200,  259  n.  7. 
Conflans  (Eustache  de),  378. 
Conflans  (Gautier  de),  390  n.  5. 
Conrart  (Jacquemin),  417  n.  5. 
Gonrart   (Pierre,    seigneur    de   Bour- 

nazel),  424  n.  4;  435. 
Constance,  178  n.  5. 
Constance  (empereur),  25. 
Constant  (roi  d'Arménie),  368  et  n.  5, 

369,  380. 
Constantin  (empereur),  25  et  n.  5 


—  527  — 


Constantin  IV  (roi  d'Arménie),  3,  60, 
110  et  n.  2,  368,  380  n.  5. 

Constantin  V.  — V.  Constant. 

Constanlinople  (ville  et  empire  de), 
36,  40  n.  6;  57,  137,  138,  140, 
141  et  n.  2,198,  205,  242n.  6;272 
et  n.  3,  4;  280,  300  et  n.  4,  310, 
313  n.  5;  330-332,  335,  336,  343 
n.  4,  5;  349  n.  1;  405,  471,  488, 
498  et  n.  4,  502,"  504. 

Constanlinople  (empereurs  grecs  de). 
—  V.  GantacLizène  (Jean  et  Mathieu), 
Palcologue  (Michel  et  Jean). 

Constanlinople  (empereurs  latins  de)  — 
V.  Rohert  (empereur  latin  de  Cons- 
tanlinople) et  Bourbon  (Marie,  im- 
pératrice de  Constanlinople). 

Constanlinople  (Calliste ,  patriarche  grec 
de),  137  n.  1,  138. 

Constanlinople  (Germain,  patriarche 
grec  do),  411. 

Constanlinople  (patriarcat  latin  de), 
140  n.  3,  4. 

Constanlinople  (Henri,  patriarche  latin 
de),  39,  41  cl  n.  9,  43,  51. 

Constanlinople  (Paul,  patriarche  latin 
de),  126  n.  2;  336  n.  3. 

Constanlinople  (Pierre,  patriarche  latin 
de).  — V.  Thomas  (Pierre). 

Conlarini  (André,  doge  de  Venise), 
231,  370,  371  n.  1,  5;  373  etn.  5, 
7,  9;  381,  397,  400,  401  et  n.  4, 
434,  435,  449  n.  4. 

Conlarini  (Jean),  434. 

Contarini  (Marin),  200  n.  4. 

Conlarini  (Zacharie),  260. 

Conte  (Bernard  do),   401. 

Contes  (Jean  de),  356. 

Conty (Evrard  de),   417. 

Coracesium,  114. 

Cordeliers,  412,  462,  469  n.  5.  —  V. 
Mineurs  (frères). 

Cordier  (maître  Jean),  421. 

Corfou  (archevêché  de),  140  n.  4; 
242  n.  6. 

Corinllie  (archevêché  de),  140  n.  4; 
171  n.  2;  242  n.  6. 


Cormakiti  (cap),  275. 

Cornalie  (Giblet  [?]  de),  390  n.  3. 

Cornaro  (famille),  145  et  n.  4,  381  n. 

3;  450. 
Cornaro  (palais),    147   et  n,    4,  200, 

251,  326  n.  2. 
Cornaro  (André),  44  n.  2. 
Cornaro  (Fantin),  326  et  n.  1,  393. 
Cornaro  (François),  326  n.  1  ;   426  et 

n.  1. 
Cornaro  (Franguli),  230  n.  2. 
Cornaro  (Frédéric),  83  n.  6;  326  et  n.  1 , 

336  n.  3  ;  339,  393,  405  et  n.  5,  425  et 

n.  3,  449  etn.  5,  450  et  n.  2,  3,  4; 

451. 
Cornaro  (Jean-Baptiste),   83  n.  6. 
Cornaro  (Louis),  230  n.  2. 
Cornaro  (Marc,  doge  de  Venise),    153 

n.  1;  253,  309  et  n.  5,  310n.  6,  7; 

324-329,  331,  333,   337-339. 
Cornaro  (Marc,  dit  Calzina),  230  n.  2. 
Cornaro  (Zanachi),  426  n.  1. 
Corneilhan  (Pierre  de,   Grand-Maître 

de  l'hôpital),  99. 
Corneto,  213. 

Corniche  (route  de  la),  152. 
Coron   (ville  et  diocèse  de),  110,   150 

n.  1;  252,  334  etn.  7. 
Coron  (châtelaine  de),  277. 
Coron    (évoques    de).    —   V.    Thomas 

(Pierre),    Torriani  (Louis),   Molino 

(Georges  de). 
Corsini  (Jean),  404,  413. 
Corsini  (Pierre,   évêque    de   Volterra, 

puis  de  Florence  ;   cardinal)  157  et 

n.  7,  404.  413. 
Cor ticella  (pont  de),  226  et  n.  10. 
Cortone    (Benoît    Vallali,   évêque  de), 

414. 
Corvara  (Aldchrando  de,  chancelier  de 

Gênes),  264. 
Corvara  (Conradin  de),  258  n.  5. 
Cosenza  (maître    Jean  de),   317,    343 

n.   5. 
Cossovo  (bataille  de),  468  n.  2. 
Cosles.  278  n.  3. 
Cotentin  (Glos-de-),  479  et  n.  5. 


528  — 


Coucy  (Enguerrand  VII,  sire  de),  466 

n.  1;  481  n.  1;  491. 
Coucy  (Isabelle  de  Lorraine,  dame  de) 

498. 
Coulonges,  278  n.  6. 
Couronne  (Henri  de  la),  275^ 
Court  (Guillaume  le).  —  V.  Curti. 
Cracovie,  180  n.  3;  194,  195  et  n.  3, 

7;  196  etn.  1,  197  n.  1;  288  n.  1. 
Cracovie  (Bodzantha,  cvèquc  de),  197. 
Crambouse,  285  et  n.  6. 
Craon(Jean  de,  archevêque  de  Reims), 

155,  169  n.  3;  187,  424. 
Craon  (Pierre  de),  491. 
Crécy  (bataille  de),  22  et  n.  1,  191. 
Grécy-en-Brie,  467  n.  3. 
Cremeno  (Jean  de).  —  V.  Carmadino 

(Jean  de). 
Crémieu  (Augustins  de),  48  n.  1. 
Crémone,  218  n.  7;  221,  234. 
Crepacuore.  —  V.  Crevalcore. 
Crépan,  503  n.  5. 
Crcspellano,   222. 
Crespin  (Jean),  165  n.  6. 
Crète  (île  de),    38,    141  et  n.  2,  152 

185,  203,  221,  223  n.  3;  226  n.  3; 

229,  231-235,   237  et  n.  5,   239  n. 

1,  2;  240  et  n.    7,    242  n.  6:  251- 

255.  260  etn.  1,  277,  281,  288  n. 

1;  308  n.  6;   310,  331  etn.  2. 
Crète  (archevêché  de),  140  n.  4;  171 

n.  2. 
Crète  (François  Michel,  archevêque  de) 

43,   46,    57,    58,   60.    —   V.  aussi 

Del  fin  (Orso)  et  Thomas  (rre).    Pie 
Cretois,  230,  234  etn.  2,  3,  5;  251  et 

n.  2,  253,  278. 
Crevalcore,  212,  222. 
Crozat  (Jean,    doyen  de  Tudèle),  169 

n.  4. 
Cucherla,  217. 
Cuenca,  207. 

Culdoe  (Gobin),  446  n.  1. 
Curlo  (Chrétien),  264  et  n.  4, 
Curti  (Guillaume,  cardinal),  30  n.  3  ; 

39,  40. 
Cuvelier,  26,  418  n.  6. 


Dadas  (S.  Georges  de),  355. 
Dainville    (Gui    de,    cvêque    d'Arras, 

de  Térouanne  et  de  Cambrai;  cardi- 
nal), 15-18,  341  n.  1;  342  etn.  2, 

394  n.  2,  3;  397. 
Dainville  (Jean  de),  15,  16  et  n.  1,  4; 

17  et  n.  2.  18. 
Dainville  (Michel  de),  15,  16  etn.  1,  8. 
Dallovargue  (Pierre),   461  n.  7. 
Dal mates,  145  n.  6. 
Dalmatie,  44,  135,  136. 
Dalmatie  (ban  de),  223  n.  3. 
Damanhoûr,  303  n.  2. 
Damas,  34,   198  n.  2,  248,  273,  276, 

307  n.  1;  365  n.  7. 
Dambach  (Jean  de),  347  n.  3. 
Damiette,   356  n.  1. 
Dammartin    (Charles  de   Trie,    comte 

de),  160  n.  11;  165  et  n.  5,  187. 
Dammartin    (Charles    de    la    Rivière, 

comte  de),  467  n.  3. 
Dandolo    (André,    doge     de   Venise), 

43,    46,  50,  61  n.  2;    62  n.  2;  97 

n.  1;  98,  134  n.  8;  253. 
Dandolo  (Léonard,  duc  de  Crète), 230. 
Dandolo  (Sarrasin),  334. 
Danemark,  163  n.  5;  164,  248,  249. 
Danemark  (Marguerite  de),  163. 
Danemark  (Waldemar  IV  de).  —  V. 

Waldemar  IV  (roi  de  Danemark). 
Danois,  163,  180  n.  3;  195  n.  4. 
Dardel    (Jean,   évêque  de  Tortiboli), 

404  n.  5;  462. 
Dauphin  (Jean,  bâtard  du),  334. 
Dauphiné,    48  n.  8;   50  n.  1;  76,  83, 

162  n.  8;  268  n.  6;  492,  508. 
Dauphins.    —  V.    Guignes  et    Hum- 

bert  II. 
David  II  (roi  d'Ecosse),  179  et  n.  4, 

180  etn.  6,  181  n.  6;  338. 
Dechente.  —  V.  Conte  (de). 
Delfin  (Jean,  doge  de  Venise),  100, 

101,  145  etn.  6,  310  n.  1. 


—  529  — 


Delfin    (Orso,     archevêque    de    Crète 

et  patriarche  de  Grade),  100,  139  cl 

n.  5,  8;  140,  152. 
Delfin  (Victor),  ?A0. 
Deiuandi    (Pierre,  archidiacre   de    Li- 

massol),  158  et  n.  3. 
Démuin,  23  n.  3. 
Denis  (messire),  90  et  n.  4,  91. 
Dcrl)y  (Henri,  comte  de).  —  V.  Henri 

IV  (roi  d'Angleterre). 
Deschamps  (Eustache),  26,   412  n.  3; 

418  et  n.  3,  423  n.  7;  488  et  n.  6, 

498,  505. 
Desiderato  (notaire  vénitien),    224  n. 

3;  235. 
Despenser  (Hiif,'ues),  179,  491. 
Des[)ortcs  (Pierre),  34. 
Destres  (Gérard),  333,  347  et  n.  2. 
Digoin  (Louis  de),  421. 
Dinan,  96  n.  4. 
Doges  (de  Gènes).  —  V.  Murta  (Jean 

de),    Boccanegra   (Simon),    Adorno 

(Gabriel),  Adorno  (Antoniotlo). 
Doges  (de   Venise).    —    V.    Dandolo 

(André),    Gradenigo    (Jean),    Celsi 

(Laurent),  Gornaro  (Marc),  Gonta- 

rini  (André). 
Dolo,  150. 
Dominicains,  347  n.  3.  —  V.  Prêcheurs 

(Frères). 
Dons  (Notrc-Dame-des-),  162  n.  3. 
Doria  (Gautier),  402  et  n.  1. 
Dormans  (Guillaume  de,  chancelier  de 

Normandie),  267. 
Dormans  (Jean   de,  évêqvie  de  Beau- 

vais),  169  n.  1  ;  188,  446. 
Dormans   (Miles  .do,  évoque  de  Beau- 

vais),  424,  439  n.  1  ;  442  n.  1. 
Douchan    (Etienne,     roi    de  Serbie), 

134  et  n.  8,  135  et  n.  5,  137. 
Douchan  (Ourosch),  135  et  n.  3. 
Douvres,  178  et  n.  3,  464. 
Dravc,  199. 

Dreux  (Maison  de),  439. 
Duodo  (Bernard),  309  n.  3. 
Durazzo    (archevêché  de),    140   n.  4: 
171  n.  2:  242  n.  6. 

N.  JoRGA.  Philippe  de  Méziéres 


Durazzo  (Charles  de),    67    n.  1;    186 

n.  1. 
Durfort  (Astorgc  de),  206. 


E 


Écluse  (bataille  de  i  ),  63. 

Écossais,  294,  471,  491. 

Ecosse,  502 

Ecosse  (roi  d  ).  —  V.  David  II  (roi 
d'Ecosse). 

Edouard  (Saint-),  25  n.  6. 

Edouard  III  (roi  d'Angleterre),  43,  166 
n.  7  ;  167  n.  3  ;  169. 177-182,  185, 
186,  205  n.  5;  254  et  n.  2,  271, 
338  et  n.  3,  411  n.  3;  428. 

Edouard  (prince  de  Galles,  dit  le  Prince- 
Noir),  25,  162  n.  4;  182,  183,  184 
etn.  2,  271. 

Egypte,  2,  4,  11  n.  7;  33,  86,  109, 
110,  114,  122,  237,  267,  273,285, 
286  n.  7;  291  et  n.  2,  297,  299  et 
n.  2,  305  et  n.  8,  307  et  n.  5,  310 
n.  2;  311,  318-320,  325,  329,  330, 
341  n.  4;  353,  355,  356,  360,363 
et  n.  2,  369,  373,  375,  396,  398, 
471,  483,  487,  490,  493,  504,  511 
n.  5. 

Égyptiens,  3,  55  n.  1  ;  60,  11 1.  —  V. 
aussi:  Sarrasins. 

Elisabeth  (impératrice  d  Allemagne, 
femme  de  Cliarles  IV),  173,  193, 
195. 

Ellerhach  (Burcard  d'),  280. 

Elnc  (Pierre,  évoque  d  ),  338. 

Eltham,  480. 

Empereurs  (d'Allemagne),  484  n.  3. 
—  V.  Charles  IV  et  Wenceslas. 

Empeste.  —  V.  Amposta. 

Engaddi  (île   d).  —  V.   Chypre  (île 

de). 
Enncakosia,  336. 

Épéc  (Ordre  de  1),  76  n.  2  ;  83  et  n.  2; 
84,  85  et  n.  1,  120  et  n.  3. 

34 


—  530  — 


Éphèse.  —  V.  Altologo. 

Eracle.  —  V.  Iléraclius. 

Erfurt,  190. 

Ermcnck,  55  n.  1  ;  114. 

Ermirio  (Guillaume),  256  et  n.  3,  257. 

Ermite  (Pierre  1).  — V.  Pierre  (l'Er- 
mite). 

Ermite  (Robert  1).  —  V.  Mcnnot 
(Robert  le). 

Escaface  (famille),  392  n.  1. 

Escaface  (Barthélémy),  392  et  n.  1, 
396. 

Esclavonic,  135,  171. 

Escu-d'or  (Ordre  de  1'),  83. 

Esneval  (Charles  d"),  23  n.  3. 

Espagne,  40,  51,  68.  69,  74,  84,  92, 
300,  301,  307,  330,  373,  433  et  n. 
5,  436,  470,  503. 

Espagne.  —  V.  Louis  d'Espagne, 
Marie  d'Espagne. 

Esslingen,  190. 

Este  (Albert  d),  210,  213,  219  n. 
4. 

Este  (Aldobrandin  d),  209. 

Este  (François  d),  64. 

Este  (Hugues  d),210,  213,  219  n.  4; 
379  et  n.  5. 

Este  (Nicolas  II  d'),  147,  148,  201  et 
n.  4,  209  et  n.  5,  210,  212,  213, 
214  n.  4;  219  n.  4;  222  et  n.  4, 
227  et  n.  5,  228  et  n.  4,  268  n. 
3;  271  n.   13,  379  et  n.  5. 

Este  (Nicolas  III  d),  54. 

Este(Obizzo  III  d'),  64. 

Etampes,  373  n.  6. 

Elampes  (Louis  II,  comte  d),  187  n. 
5;  445,  491. 

Étoile  (Ordre  de  1),  83. 

Etrechy,  373  n.  6. 

Eu  (comtes  de).  — V.  Artois  (Philippe, 
et  Jean  d). 

Europe  et  Européens,  2,  5,  6,  22,  43, 
58,  68,  71,  73,  77,  83  n.  6;  101 
n.  7;  149,  153  n.  3;  199,  244-246, 
249,  257  n.  3;  265  n.  1  ;  267,  287, 
297,  324,  338,  380,  382,  411,  432, 
462,  468,  497. 


Évreux,  278  n.  3. 


Fabrica  (François  de),  414  et  n.  2. 

Facnza  (André  de),  400  et  n.  1,  2. 

Faënza  (Jean  de),  346  n.  1. 

Falicro  (Marin),  44  n.  2;  146. 

Falicro  (Nicolas),  310,  371,  374  et  n. 
5. 

Falsterbode,  248  n.   2. 

Famagouste,  35,  79,  81,  90  et  n.  3, 
101  n.  1,  2;  106  et  n.  3,  4;  107, 
115,  117-120,  126,  128,  129,  139, 
142,  200  n.  10;  255-257,  265,  266, 
274,  278  n.  3;  282  et  n.  6,  285  n. 
2;  298  n.  2;  305,  312,  314-318, 
320,  321  et  n.  2,  324,  339,  345, 
354-359,  364,  369,  383  n.  3;  384, 
386,  388  et  n.  4,  397,  401,  402, 
405  etn.  9,  406  et  n.  6,  409,  410 
et  n.  7,  425  n.  3;  4.50,  452  n.  2. 

Famagouste  (Arnaud,  évoque  de), 
328. 

Famagouste  (Bertrand?  évoque  de), 
435. 

Farignano  (Thomas  de).  —  V.  Fri- 
gnano  (Thomas  de). 

Fellino,  280  n.  4. 

Felton  (Guillaume),  183. 

Felton  (Thomas),  184. 

Fenio  (Jean  de),  143. 

FenoUar  (Omberto  de),  307  n.  5. 

Fermo  (Bongiovanni,  évoque  de) 
137. 

Ferrand  (Alphonse),  410. 

Ferrarc,  50  n.  4;  213,  214  n.  4  ;  226, 
379  et  n.  5,  449  n.  5. 

Ferra re  (seigneurs  de).  —  V.  Este. 

Ferrare  (Tiercelet  de),  379  n.  4. 

Ferrières  (Raoul  de),  179. 

Feux  (Guillaume  de),  506. 

Fieschi  (Niccolino,  dit  Cardinale), 
78. 

Fieschi  (Tedisio),  264  et  n.  5. 


—  531  — 


Figeac  (Bertrand  Lagicr  de,  cardi- 
nal), 412,   'il4. 

Filitzls  (Costas),  111. 

Flrmin  (Saint-),  28. 

Flamands,  357,  471. 

Flandre,  166  n.  3;  173,  174  et  n.  1, 
190  n.  1,  2;  247,  279  n.  2;  435, 
490  n.  1;501. 

Flandre  (Louis  de  Maie,  comte  de), 
173  n.  4;  190,  424  n.  4. 

Flandre  (Marguerite  de  Brabant,  com- 
tesse de),  187. 

Florence,  50,  142  n.  2;  154  n.  5;  155 
n.  1  ;  157  et  n.  7.  159  n.  3;  259 
n.  2;  294  n.  4  ;  356  n.  2;  378  et 
n.  4,  413,  469  n.  5;  497,  499  n.  1. 

Florentins,  41,  43,  50,  82  n.  4;  119, 
142  et  n.  2,  206,  212,  218,  270, 
271,  378  et  n.  4. 

Flotte  (Bertrand  de  la),  405  et  n.  8. 

Foix,  470  n.  4. 

Foix  (Gaston-Phcbus,  comte  de),  157. 

Fondi,   436  et  n.   3. 

Fontenoy  (bataille  de),  25,  486. 

Forbin  (Jean),  119  n.  5. 

Forli,  209. 

Fortimécs  (Iles-),  49. 

ForluMces  (Iles-)  (roi  des).  —  V.  Louis 
d'Espagne. 

Fos,  95. 

Foscariiii  (Jean),  310. 

France  (grand-prieur  des  Hospitaliers 
en).  —  V.   JuiUy  (Robert  do). 

France  (Jeanne  de,  reine  de  France), 
37. 

France  (reines  de). —  V.  la  précédente 
et  Luxembourg  (Bonne  de),  Bour- 
bon (Jeanne  de),  Bavière  (Isabeau 
de). 

France  (rois  de).  —  V.  Louis  IX, 
Pbilippe-Augustc,  Pbilippe  le  Bel, 
Charles  IV,  Philippe  de  Valois, 
Jean  II,    Charles  V   et   Charles  VI. 

Fraucrort-surlc-Mcin,  245. 

Francio,  30. 

Franconie,   190,  191. 

Francs,  30  et  n.  1,    36.    38  n.    1,  52 


n.  3;  99,  100  n.  3,    4;   123  n.  3 

295,  298  n.  4. 
Fraschia,  251  et  n.  7. 
Frédéric  !<"•  (empereur  d'Allemagne), 

194  n.  3. 
Frédéric  II  (empereur  d'Allemagne), 

1. 
Frédéric  III  (empereur  d'Allemagne), 

84,  88. 
Frotte  (seigneur  de  la),  491. 
Fréville  (Baudouin  do),  184. 
Fribourg  (Claux  de).  183. 
Fricamps  (Jean  Friquet  de),  278  et  n. 

4. 
Frignano  (Thomas  de,  cardinal),    395 

et  n.  1,  413,  414. 
Frioul,  100,  246,  247. 
Frise,  245. 
Froissart  (.lean),  378  et  n.   5,    379  et 

n.  4,  418  n.  6;    439  n.   2;  467  n. 

1  ;   498,  505  et  n.  2. 


G 


Gaban,  111. 

Galilée  (Hugues  de    Lusignan,    prince 

de),  101  n.  7;  104,  105,  110,  115- 

118,  152,  261    n.   3;   293,    301   n. 

10;   334  n.  7;  364,  370.  476. 
Galles    (prince    de).    —    V.    Edouard 

(prince  de  Galles,  dit  le  prince  Noir). 
Galles  (Jeanne  de  Kent,  princesse   de, 

(eramc  du  précédent),  184. 
Gallicra  (porta  di),  226  et  n.  10. 
Gallipoli,    333    n.     7;    335   et    n.    8; 

33G. 
Galloni  di  Cesio,  222  n.  4. 
Ganghara  (émir),  291,  293. 
Garât  (bailli),  316. 
Gascogne,  157.  437  et  n.  6. 
Gascons,  30,  162,  366,  372. 
Gattclusio  (François,  seigneur  de  Mété- 

lin).   137  n.  1. 
Gauro  (Benoit),  200  et  n.  2. 
Gavrelle(Jcan  de),  142,   390,  410  et 

n.  4. 


532  — 


Gênes  (ville  et  république  de),  9  n.  1  ; 
34,  41,  42,  50.  58  n.  1  ;  62,  78, 
79,  97  et  n.  1,  100,  134  n.  6  ;  137, 
141  n.  4;  144,  145  n.  4;  150,  151 
et  n.  1,  4;  152  et  n.  1,  153,  174  et 
n.  3,  203,  207,  220  n.  7;  246  et 
n.  5,  252  et  n.  3,  256-266,  272,  280 
n.  7;  286  n.  6;  288  n.  1;  300,  305, 
324,  332  n.  6;  356,  363,  372  n.  2, 
4,  5,  7;  374,  376  et  n.  5,  383,  384, 
392  n.  1;  397-402,  409  n.  8;  425 
et  n.  2,  449-452,  454  n.  1;  470. 

Gènes  (Gui,  archevêque  de),  263  et 
n.  5;  337. 

Gênes  (Jean  de),  419. 

Genève  (Ame  III,  comte  de),  293. 

Genève  (Hugues  de),  50. 

Genève  (Robert  de).  —  V.  Clément  VII. 

Genevois  (Aymon  de),  333,  334. 

Gentilly,  508  n.  2. 

GcofTroi  (chapelain  de  Pierre  Thomas), 
314. 

Georges  II  (roi  d'Angleterre),  482 n.  4. 

Géorgie,  34. 

Géorgiens,  34. 

Gérakiès,  274. 

Gerson  (Jean),  448  n.  1. 

Gervais  (Pierre),  221  n.  1. 

Ghazan  (khan).  34,  35. 

Giac  (Louis  de),  491,  504  et  n.  2. 

Giac  (Pierre  de),  504  n.  2. 

Giblet,  397. 

Giblet  (Henri  ou  Gharion  de),  108  et 
n.  3,  120,  281.  285,  388  et  n.  2; 
389  n.  1;  390  et  n.  5,  391  n.  6; 
410  et  n.  4. 

Giblet  (Louise  de),  388  n.  2. 

Giblet  (Marie  de),  388  n.  2;  391  n.  1. 

Giblet  (fils  de  Henri  de),  388  et  n.  2, 
389  n.  1. 

Gibraltar  (ville  et  détroit  de),    68,  69. 

Giorgi  (Pancrace),  62  n.  2  ;  97. 

Giovenazzo,  374  n.  4. 

Girardini  (Guolfo  des,  podestat  de 
Bologne),  218. 

Giudecca,  146. 

Giussano  (Bruno  de),  218. 


Giustini  (Giustino  des),  324  n.  5. 
Giustiniani  (Marc),  200  n.  4. 
Giustiniani  (Nicolas),   310   n.  1  ;    371, 

373  n.  9;  370  et  n.  7,  397. 
Giustiniani  (Pancrace).   46  n.  4  ;   58, 

200  n.  4. 
Giustiniani  (Pierre),  44,  402  et  n.  1. 
Giustiniano  (Paul),    151    n.  2;   376  et 

n.  8. 
Glandèves  (Bertrand  Lagier  de  Figeac, 

cvcque  de).  —  V.  Figeac  (Bertrand 

Lagier  de). 
G locesler  (Thomas,  duc  de),  480,  492. 
Glogau,  194  et  n.  6. 
Gnesen    (Jaroslaw,    évêque    de),    197 

n.  2. 
Goano  (Nicolas  de),  267  et  n.  2. 
Gonème  (Jean  de),  276. 
Gonnesse  (Nicole  de),  417  n.  5. 
Gonzague  (famille),  209,  220. 
Gonzague   (Feltrin   de),    209  et  n.  1  ; 

211,  228,  271  n.  13. 
Gonzague  (Louis  de),  228. 
Gonzague  (Philippin  de),  228. 
Gorab  (Jean),  390  etn.  1;  399  etn.  1. 
Gorigos  (ville  et  territoire  de),  3,  110- 

114,  246,  n.  1;357  etn.  5,  6;  358, 

365,  368,  369  et  n.  4,  380. 
Gorigos  (comtes  de).  —  V.  Hayton  et 

Schabân. 
Goritz  (Albert  IV,  comte  de),    100. 
Goritz  (Mainard  de),  373. 
Gorkum  (Thierry  de),  343  n.  5. 
Gothland,  250. 
Gournay-sur-Seine,  467  n.  3. 
Gozon    (Dieudonné    de,    Grand-Maî- 
tre des  Hospitaliers),  51,  57,  58,  59, 

60,  61,  62,  98. 
Gozon  (Hugues  de),  319  n.  1. 
Gradenigo  (famille),  230,  253. 
Gradcnigo  (Jean),  230  n.  2. 
Gradenigo    (Jean,    doge    de    Venise), 

100,  101,  137. 
Gradenigo    (Léonard,    dit   Calogero). 

252  et  n.  1,  4. 
Gradenigo   (Marc,  dit  le  Sage),   230, 

n.  2;  251  n.  2. 


—  533  — 


Gradcnigo  (Marc,  dit  le  Vieux),  230, 

251  et  n.  2,  252. 
Gradenigo  (Marin),  101  n.  3. 
Gradcnigo    (Titus,    Léon,    François  et 

Antoine),  230  n.  2. 
Grado,  246. 

Grado  (patriarcat  de),  171  et  n.  2. 
Grado  (André,   patriarche  de),   41  n. 

1,  2;  97  n.  6. 
Grado     (Fortunicr,     patriarche    de), 

13'i    n.   6  ;   137  n.  7.  —   V.    aussi 

Dclfin  (Orso)  et  Frignano  (Thomas 

de). 
Gran,  171  n.  2. 
Gran   (archevêque  de).  —  V.  Kanizsa 

(,lean  de). 
Granccy  (Eudes  de),  270  n.  6. 
Grands-Maitrcs  (des  Hospitaliers).  — 

V.  Villaret  (Foulques  de),  Villeneuve 

(Hélion  de),  Gozon  (Dicudonnc  de). 

Cornoliiian  (Pierre  de),  Pins  (Roger 

de),    Bércngcr  (Raymond),   Hcredia 

(Jean  Fernandcz  de). 
Grands-Maîtres  (des  Teutoniques).  — 

V.  Kniprode  (Winrich  de). 
Granson  (Guillaume  de),  333. 
Granson  (Othe  de),  491. 
Grazie  (André  délie),  323  et  n.  5. 
Grèce,  40,  42,  330  et  n.  6,  335,  471. 
(Jrecs,  11  et  n.  7.  51,  57  n.  3;    108 

et  n.  4;    111,   137,  138,  141,   148, 

205,    229-231,    251  et  n.   7,   253, 

284,   316,   335,   3'i9  et  n.  1,   413, 

415  n.  1;  459  n.  4. 
Grégoire  (Saint),  24  n.  6  ;  26,  407. 
Grégoire  VU  (pape),  1. 
Grégoire  IX  (pape),  108  n.  4. 
Grégoire  XI  (pape),  89  n.  1;  298,   n. 

5;   382,   405  et  n.  4,  7;  406-414, 

422.  425  et  n.  1,  451,   471   n.  3; 
.     511  et  n.  5. 
(îrégoirc  (Bércngcr),  105  et  n.  3,  106, 

313  et  n.  G,  317,  3'i4,  401,  n.  3. 
Grégoire  (Jean,   damoiseau  d'Arczzo), 

408  n.  3. 
Grenade,  306,  470,  477,  489. 
Grenoble,  48  n.  1  ;  49,  58  n.  5  ;  59  n.  2. 


Grenoble  (Jean  de  Chissey,  évcquedc), 

50  n.  1. 
Grésillon  (Jean),  422. 
Grey  (lord  Richard,  de  Codnor),  166 

n.  7;  279  et  n.  7. 
Grimaldi  (Charles),  93  n.  4;  94. 
Grimaldi  (Jean),  354  et  n.  6,    366  n. 

1;  369. 
Grimaldi  (Perrin),   366  et  n.  1,   369, 

383  et  n.  3. 
Grimani  (Pierre),  258. 
Grimoard  (Ange,  cardinal),  24  n.  1  ; 

227  n.  1;    228  n.  4;  337  n.  5;  374 

n.  7;  378,  379  et  n.  5,  381-383, 

413,  435. 
Grisac,  154. 
Grisac  (Guillaume  Grimoard  de),  154, 

n.  1;  172  n.  5. 
Grisélidis,  26. 
Gritti  (famille).  251. 
Gritli  (André),  260  et  n.  5. 
Groslée  (Archimand  de),  337. 
Gualfredini  (Pierre  des),  510  n.  3. 
Gubbio  (Martin  de),  319. 
Guelfes,  372,  470  n.  4. 
Guérandc  (traité  de),  166  n.  2. 
Guerrot  (écuyer),  366. 
Guesclin  (Bertrand  du),  96,  166  n.  2, 

183  et  n.  4,    184,  188  n.  5;  271, 

306  et n.  2,  307. 
Guibelins,  470  n.  4. 
Guienne  (duc  de).    467   n.    3.    —  V. 

Berri  (Jean,  duc  de). 
Guines,  96. 

Guigues  (Dauphin  de  Vienne),  47. 
Guise  (château  de),  183  n.  5. 


Hache  (Ordre  de  la),  i63  n.  8. 

Hadji  (Soudan),  55  n.  1. 

Ilaïa-Tliala^sa,  391. 

Ilainaut  (Jean  d'Avcsnes,  comte  de), 
22  n.  1. 

llaiiiaul  (Philippe  de,  reine  d'An- 
gleterre), 179  et  n.  3,  182  n.  1. 


534 


Hancourt  (Jean  de),  162  n.  2. 

Hangest  (Aubert  de),  49  n.  2. 

Hangest  (Jean  de),  49  n.  2. 

Hannibal,  25. 

Hanost  (  Hugues  de ,  chancelier  de 
Suède),  491. 

Harcourt  (collège  d' ,  à  Paris),  430 
n.  6. 

Harcourt  (Louis,  comte  d),  184, 
424. 

Harllcur,  278  n.  7. 

Harlestone  (Jean  de),  480  et  n.  8. 

Hassan  (émir),  277  n.  1. 

Hawkwood  (John),  268  n.  2. 

Hayton  (baron),  368  n.  5. 

Hayton  (comte  de  Gorigos  cl  chro- 
niqueur), 112,  351,  468  n.  1. 

Habraïka,  112  n.  7. 

Heilly  (Jacques  de),  498. 

Hélène  (Sainte),  25,  121. 

Hèms,  34,  35  n.  7. 

Henri  le""  (empereur  d'Allemagne),  25, 
128  n.  4. 

Henri  IV  (empereur  d'Allemagne),  25 
n.  10. 

Henri  IV  (roi  d'Angleterre),  32  n.  2. 

Henri  V  (roi  d'Angleterre),  286  n.  7. 

Henri  VI  (roi  d'Angleterre),  23  n.  3. 

Henri  II,  de  Transtamare  (le  Magni- 
fique, roi  de  Castillc),  346. 

Henri  I»""  (roi  de  Chypre),  128  n.  4  ; 
152. 

Henri  II  (roi  de  Chypre),  34,  35,  36, 
86. 

Henri  (prince  de  Lithuanlc).  —  V. 
Waydot. 

Héraclius  (empereur),  25. 

Ileredia  (Jean  Fernandez  de,  Grand- 
Maître  des  HospitaUcrs),  166  n.  3; 
202  et  n.  2. 

Hereford  (comtes  de),  179,  366, 
504, 

Ilesdin,  182  n.  4,  5. 

Hesdin  (Simon  de),  417. 

Héthoum  II  (roi  d'Arménie),  34. 

Héthoumiens,  110  n.  2. 

Hildesheim  (Jean  d  )  316  et  n.  3. 


Ilolland  (Thomas),  165  n.  6. 

Hollande,  245. 

Homar-el-Seyfly  (émir),  355  et  n.  3. 

Hongre  (Bertrand  le),  449  et  n.  2, 
3. 

Hongre  (Perrinet  le),  449  n.  2. 

Hongrie,  11  et  n.  7,  135,  171,  176, 
198  n.  2;  203,  233  n.  4;  246,  270 
etn.  6;  271,  331,  332  n.  5;  434, 
436,  454  n.l;  488,  489,  490,491. 
494,  497,  498,  500,  502. 

Hongrie  (Elisabeth,  reine  de),  331 
n.  9. 

Hongrie  (rois  de).  —  V.  André  H, 
Louis  1*=''  et  Sigismond. 

Hongrois,  5,  217  n.  3;  223  et  n.  4, 
236  n.  4;  270  n.  5;  330,  337  n.  1; 
489. 

Honoré  (Jean),  28. 

Hospitaliers,  2,  34-36,  38-40,  43,  60, 
62  etn.  2,  79,98,  101,  119  et  n.  5, 
128  n.  4;  137,  139,  140,  144  et 
n.  3,  158  n.  3;  221,  243,  262,  263, 
272  ei  n.  1,  273  et  n.  2,  281  et  n. 
3,  282,  284  et  n.  7,  293,  294,  301, 
n.  7;  318,  319  et  n.  4,  325,  329  et 
n.  4,  337,  349  et  n.  1,  354,  360, 
366,  375  n.  6;  401  n.  4;  402  n.  4; 
405  etn.  8,  410  et  n.  7,  411  et  n. 
3,  4,  5  ;  417,  478,  489. 

Howard  CWilliam),  347  n.  3. 

Hugues  I^""  (roi  de  Chypre),  123. 

Hugues  IV  (roi  de  Chypre),  3,  19,  37, 
39  etn.  2,  41  etn.  4,  43,  45,  52, 
54,  55,  61,  62  et  n.  2,  66  n.  2  ; 
70,  76,  77  et  n.  1,  78  et  n.  4,  7,9; 
80,  84-92,  95  n.  5;  98  et  n.  1,  99 
etn.  3,  101-107,  111,112,  115-117 
et  n.  4,  119,  138  et  n.  4,  142  n.  2; 
152  et  n.  1,  2;  257  n.  3;  278  n.  6; 
296  n.  5;  306,  340  n,  4;  390. 

Huillement  ('P),  511  n.  2. 

Humbert  II  (Dauphin  de  Vienne),  6, 
33,  40  n.  1;  43,  45-51,  54-59,  63, 
69,  70,  71,  76,  88  n.  2;  140,  508 
n.  3. 

Huntingdon  (comte  de),  480  et  n.  8. 


—  535 


Ibelin  (Alix  d' ,  reine  de  Chypre), 
101  n.  7;  107,  138,  285,  316,  340 
n.  4. 

Ibelin  (Gui  d'  ,  cvcquo  de  Limas- 
sol),  102. 

Ibelin  (Jean  d'  ,  comte  de  JaQa), 
282  et  n.  5,  354. 

Ibelin  (Jean  d' ,  fils  de  Philippe), 
120,  143,  152  n.  2;  282  n.  5;  354 
et  n.  5,  357. 

Ibelin  (Philippe  d'  ,  seigneur  d'Ar- 
souf),  103  et  n.  1,  120,  340  n.  4; 
354  et  n.  5,  390  et  n.  5,  391  n.  6; 
410  et  n.  4. 

Ibelin  (Thomas  d),  103  n.  1. 

Ibrahim-Bcy  (Grand-Caraman),  114, 
115.  —  V.  Caraman  (Grand-). 

Iconiiim  (empire  et  ville  d),  33,  112, 
114. 

Ida  (mont),  53  n.  2. 

Idmor  (émir),  365,  368. 

Illiono  (Thomas),  397,  398  n.  1. 

Illyrie,  171  n.  2. 

Imbros,  51,  59. 

Impcriali  (Jean),  355. 

Incuris  (Jean),  381. 

Inde,  86  n.  3;  287,  483. 

Innocent  III  (pape),  1. 

Innocent  VI  (pape),  14,  88  n.  1;  89 
n.  1;  98,  100,  101,  104  n.  2;  113- 
120,  133-141,  149,  150  n.  1;  152- 
154,  157-160,  162,  185  n.  5;  207, 
209  et  n.  5,  210,  216  n.  7;  219  n. 
4;  382,  383. 

Ipek  (diocèse  d),  171  n.  2. 

Irlandais,  486  n.  3. 

Irlande,  413,  419,  481. 

Isorc  (maison  d),  421,  432. 

Islrie,  112. 

Italie,  20,  31,  46,  50,  56,  58,  64,  78, 
135,  150,  154.  155  n.  1;  157,  158 
n.  4;  159  n.  3;  192  n.  4;  205-207, 
211-214,  216,  219  n.  'i;  220  et  n.  3, 
5;  222  n.  1;   243,   250,   259,  261, 


262  etn.  2,  265,  268-270,  280  n. 
4;  330,  331,  341,  346,  357,  372  et 
n.  5,  373,  382,  392,  395,  408,  411, 
414,  425,  428  n.  2;  433  n.  5;  436, 
466,  478,  481  n.  1;  502. 


Jacobites,  108  n.  4;  287  et  n.  4. 
Jacques  (confesseur  de  Pierre  I^"",  roi 

de  Chypre),  388  n.  1. 
Jacques  (Guillaume),  511  n.  2. 
Jacques  (juif),  303. 
Jacques  I^''  (roi  d'Aragon),  207. 
Jacques  II  (roi  d'Aragon),  34,  40. 
Jacques  I"   (roi  de  Chypre),   84,    102 

n.  2;  143  n.  1;  145,  198  n.  4;   257 

et  n.  3,   301   et  n.  10,    357,  389  et 

n.  1,   2;    390,   391  n.  6;  394  n.  5; 

410,  452  et  n.2. 
Jacques  II  (roi  de  Majorque),  69  n.  4; 

93,  94  etn.  1,  95  et  n.  3. 
Jacques  III  (roi  de    Alajorque,  époux 

de  Jeanne  I''<=  de  Naples),    94,  95  et 

n.  3,  150,  161  et  n.  5. 
Jacques  (Saint),  452  n.  3;  474  n.  6; 

479  et  n.  5,  480,  481,  491. 
Jaffa,  368. 

Jafla  (comte  de),  391  et  n.  6. 
JafTa  (comte  de).  —  V.  Ibelin  (Jean  d', 

comte  de  JafTa). 
Jagellon  (roi  de  Lithuanie),  471. 
Janus  (roi  de  Chypre),   5,   84,  195  n. 

3;  394  n.  5;  410. 
Jarretière  (Ordre  de  la),  350  n.  5. 
Jarriel,  445. 
Jauce  (abbé),  332  n.  5. 
Jean  (Frère  Mineur).  —  V.  Héthoum  II 

(roi  d'Arménie). 
Jean  XXII  (pape),  37,  38  etn.  1,  108 

n.  4;  168. 
Jean  (le  pilote),  249  et  n.  3. 
JeanI"(roideCastillc).  437,  462,  463. 
Jean  II  (roi  do  France).  13,  16,  22,  83, 

87-89,  92,  93,  115.  119,  149,  159- 

162,   164-172,   175-178,  180,  182 


—  536 


et  n.  4,  5,  7;  184-187,  189,  196 
n.  3;  202  et  n.  1,  205,  210,  212- 
216,  221  n.  1;  237  n.  1;  244,  266, 
268,  278  n.  7;  338  n.  3;  416  et  n. 

2,  421  n.  7;  434  n.  1;  444,  463  n. 
8;  508  n.  2. 

Jean  (Saint),  29  n.  3. 

Jeanne  (de  Bourbon,  reine  de  France). 

—  V.  Bourbon  (Jeanne  de). 
Jeanne  (reine  douairière  de  France). 

—  V.  France  (Jeanne  de). 
Jeanne  I'^  (reine  de  JNaples),  41,   52, 

66-68,  94,  154,  161  et  n.  3,  5;  233, 
268  n.  6;  270  et  n.  5,  271,  338, 
370,  374  et  n.  2,  394  n.  5;  400. 

Jeanne  II  (reine  de  Naples),  67  n. 
3. 

Jérusalem  (ville  et  royaume),  2,  3,  26 
n.  3;  30  n.  1;  32etn.  1,  36,  55,  57, 
71-76.82-85,88,  102-104,  106etn. 

3,  107,  116  et  n.3,  120.  122etn.  1, 
128  n.  4;  142,  167,  176,  194  n.  3; 
211  n.  5;  246,  248,  284  n.  4;  299 
et  n.  2,  301.  304  et  n.  7,  306,  307, 
316,  322,  323,  335.  338,  341,  342 
etn.  4,  343  n.  2;  347,  348  n.  4; 
351,  355,  356  et  n.  1,3;  372,  376, 
381,  406  et  n.  5,  408  et  n  1,  417 
et  n.  2,  427,  463,  466  etn.  4,  469 
n.  5;  472-475,  477,  479  n.  7;  480, 
484,  492,  493,  495,  511  n.  5; 
512. 

Jérusalem  (église  du   S. -Sépulcre   à), 

128  n.  4;  384,  413  n.  2. 
Jérusalem  (maréchal  de),  294. 
Jésvùtes,  343  n.  7. 
Joinvillc,  368. 
Joisan  (civitas),  213  n.  3. 
Jorni  (Guillaume   de).    —    V.    Cerny 

(Guillaume  de). 
Josèphe  (Flave),  26  n.  4. 
Joure  (la).  —  V.  Save. 
Joyeuse  (Dragonet  de),  60,  61  n.  1. 
Juifs,  51,   122,    129,   269,   287,   303 

n.  2;  322,  347,  365  n.  7;  432  etn. 

6.  439  et  n.  7,  440  etn.  1,  470  n. 

4;  472. 


Juilly  (Robert  de,  Grand-Maître  des 
Hospitaliers),  160  n.  11;  166  etn. 
3,  205,  411  n.  5. 

Julep  (émir),  363. 

Juli  (Roger  de).  —  V.  Cornalie  (Gi- 
blet  de). 

Julien  (l'Apostat),  25. 

Julicrs,  190  n.  1. 

Juliers  (Guillaume  VI,  duc  de),  190. 

Jussy  (Robert  de),  443  et  n.  4. 

Justin  (Martin),  510  et  n.  1. 


Kadischa.  —  V.  Nalir-Abou-Ali. 

Kacrléon,  180  et  n.  5. 

Kalisch,  194,  195. 

Kanizsa  (Jean  de,  archevêque  de  Gran), 

488  n.  5. 
Kapsokalini  (Costas),  229. 
Rarlstein,  197  n.  3. 
Karpasso.  —  V.  Carpasso. 
Kauen,  178  n.  7. 
Kcinstut  (roi  de   Lithuanie),    178    et 

n.  7. 
Kermian  (Etat  et  émir  de),  33,  55  n. 

1;  114  et  n.  7,  502  n.  1. 
Khalil  (émir),  302,  303  n.  2. 
Khondouk  (émir),  302. 
Kmada  (François),  305. 
Kniprode  (AVinrich  de,   Grand-Maître 

de  1  Ordre  teutonique),  247. 
Koniggrâtz,  197  n.  3. 
Kônigsberg,  179  n.  7;  247, 
Kolocza,     Colocza     (archevêché    de), 

140  n.  4;  171  n.  2. 
Konich.  —  V.  Iconium, 
Korykos,  112. 
Kostcn,  194. 
Rotiimboghà(Almanssouri,cmir),  297, 

302,  307. 
Kourdes,  351. 
Koutlouk  (-Schah),  35. 
Kubbct-Ahnassr  (Dôme  de  la  Victoire), 

361  n.  3. 
Kutayeh,  55  n.  1. 


537  — 


Lagny,  507  et  n.  1. 
Lajazzo,   3  n.  1  ;   60,    110,   115  n.  1; 
346,  368,  369  et  n.  1,  4;  376,380, 
392,  397,  511  n.  5. 
Lala  (Catalo  de),  225  n.  6. 
Lamas,  111. 
Lampron,  110  n.  2. 
Lampsaque,  140. 
Lancastre  (Jean  de  Gand,  dvic  de),  93, 

278  n.  6;  480,  491,  492. 
Lango,  318. 

Langres  (Guillaume  de  Poitiers,   évo- 
que de),  188. 
Langres   (Guy    Baudet  ?,   cvcque    de, 
auteur  de  mémoires  sur  la  croisade), 
470  n.  4. 
Languedoc,  465  n.  6;  504. 
Lannoy  (Guilleberl  de),  286  n.  7. 
Laodicée,  368,  397. 
Laodicce   (Simon,    cvèque   de,  vicaire 
de  Famagouste),  62  n.  2;  314,  316. 
Laon,  188  n.  3. 
Laon  (Geoffroi  le  Meingrc,  évoque  de), 

188. 
Larcndali,  114. 
Larnaca,  81. 
Larrez,  444. 
Lascaris  (Erard ,  co-seigneur  d'Arcadie), 

280  n.  6. 
Lascaris  (Jean,    Calophéros),    280    et 

n.   6,  285,  354,  357. 
Lassillo,  337. 
Latakich.  —  V.  Laodicée. 
Lattes  (château  de),  93. 
Lauria  (Jean  et  Robert  de),  272  n.  6. 
Lausanne,  204  n.  8. 
Lausanne  (Âimon  de  Cossonay,  cvêqne 

de),  204  n.  8. 
Layas.  —  V.  Lajazzo. 
Lebron  (Maurice),  334. 
Lcclourc,  132. 
Leipzig,  472  n.  4. 

Lclinghem,  465,  468  n.  2;  478  cl  n.  6. 
Lens  (Baudouin  de),  96. 


Léon  V  ou  VI  (roi  d'Arménie),  3,110- 

112,  380  et  n.  4,   385  n.  2;  395  n. 

1;   447,  462-465,  478  et  n.  9,  479 

et  n.  1,  2. 
Lépante  (archevêché   de),    140   n.   4; 

171  n.  2;  242  n.  6. 
Lcrcari  (Dominique),  405  et  n.  3. 
Lercari  (Jacques),  405. 
Lesparrc  (Florimont  do),  329  et  n.  3, 

333  n.   9;   354,  355  et  n.  2,  357- 

360,  369  n.  4,  6;  371,  372  et  n.  1, 

2;  491. 
Levant,  52  n.  3. 
Levât  (Pierre  de),  353  n.  4. 
Liban  (Mont-),  365. 
Liche.  —  V.  Laodicée. 
Lido  (S.  Nicolas  du),  147,  309. 
Liegnitz,  194. 
Ligniers   (seigneur    de).    —  V.    Loyc 

(Pierre  de). 
Limassol,  158,  282,  304,  311,  321  n. 

2;  406  et  n.  6,  409. 
Limassol  (Lambertin,   évêque  de).  39 

et  n.  3. 
Limoges,  185  n.  5;  278  n.  6. 
Limoges  (Jean  de),  414. 
Lincoln,  269  n.  6. 
Lindsay  (Alexandre  de),  491. 
Lindsay  (David  de),  491. 
Lipari  (évèchc  et  évoques). —  V.  Patli. 
Lippa,  331  n.  3. 
Lisieux    (évoque    de).   —  V.    Oresme 

(Nicole). 
Lithuanie,  197,   247  n.  7. 
Lithuanie   (rois    de).  —  V.  Jagellon, 

Kcinstut,  Waydot. 
Livonic,  41. 
Livournc,  50. 
Lluchmayor,  95. 
Lombard  (Jean),  90  cl   n.    1,   2;    91 

n.  3. 
Lombardie  cl  Lombards,  31  et   n.    1, 

45,  51,  59,   63  et  n.  2,  64  et  n.  2, 

66,  69,  72,  92  n.  1  ;  112  n.  11  ;  1 19 
n.  2;  122,  137,  149  et  n.  4,  152, 
154  et  n.  5,  185  n.  3;  190  n.  2; 
199,  206,  207,  208  n.  6;  211.  217, 


—  538  — 


218,  228  et  n.  5,  229,  233,  235  n. 

4;   281,   330,  372,   426-428,  450, 

451.  490  n.  1;  498. 
Londres  (ville  et  bourgeois  de),   178- 

182,  185  n.  5;  186,  464. 
Lopcz  (Pierre,  d  Ayala),  491  et  n.  3. 
Loredan  (Paul),  200  n.  4;  254. 
Loria  (Jean  et  Robert  de).  — V.  Lauria. 
Lorinch  (Noël),  184. 
Lorraine,  268,  270,  460  n.  4. 
Lorraine  (Antoine  de),  23  n.  3. 
Lorraine  (Jean  I<^'',  duc  de),  163  n.  6; 

187. 
Lorrains,  471. 

Lorry  (Robert  de),  169  et  n.  1 . 
Lostène  (Dominique),  317. 
Louis  (le  Débonnaire),  25  et  n.  10. 
Louis  (de  Bavière,  empereur),  48. 
Louis  VII  (roi  de  France),  123. 
Louis  IX  (roi  de  France),  1.  2,  25  n. 

6;  193  et  n.  3,  489  n.  2;  501. 
Louis  d'Espagne  ou  de  la  Cerda   (roi 

des  Iles  Fortunées),  49. 
Louppy    (Raoul    de,     ou      Raoul     de 

Vienne),  160  n.  6. 
Louviers  (Charles  de),  430  et  n.  4. 
Louvre,  343,  419,  463  n.  3. 
Lovixellis  (Gualdisio  de),    210   n.    4; 

218  etn.  4,  7. 
Loye    (Pierre    de,     seigneur    de   Li- 

gniers),  50. 
Loyes  (Galéot  de),  332  n.  5. 
Lucerne  (Jacques  de),  335. 
Lucignano,  112  n.  11. 
Lucinges  (bâtard  de),  55  n.  3;  56  et 

n.  2,  76. 
Lucinges   (Etienne  ou  Estevenin  de), 

50,  56  et  n.  3,  76. 
Lucques,  97,  377  n.  3;  378. 
Lucques  (Ange  de),  116. 
Lûbeck,  191. 
Lugo,  213,  214  n.  1;  219,  222,  226, 

228  n.  1. 
Luna  (Thérèse  do),  207. 
Lupi  (Bonifacc  des),  320  n.  2. 
Lusace,  191. 
Lusignan  (château  de),  185  n.  1. 


Lusignan  (famille  de),  110,  185  n.  1; 
450. 

Lusignan  (Amaury  de,  prince  de 
Tyr),  35,  79. 

Lusignan  (Amaury  de,  roi  de  Chy- 
pre). —  V.  Amaury  (roi  de  Chypre). 

Lusignan  (Bohémond  de,  fds  du 
prince  de  Tyr),  79. 

Lusignan  (Bohémond  de,  roi  d'Ar- 
ménie), 257  et  n.  3,  380  et  n.  3. 

Lusignan  (Echive  de),  95  n.  3, 

Lusignan  (Gui  de,  roi  d'Arménie), 
79  et  n.  4,  385  n.  2. 

Lusignan  (Gui  de,  fils  de  Hugues 
IV),  82  et  n.3,  83,  101  n.  7;  104, 
107  n.  2;  116  etn.  2,  3;  117. 

Lusignan  (Guyot  de,  fils  de  Léon  VI), 
479  etn.  3. 

Lusignan  (Hugues  de,  prince  de 
Galilée).  —  V.  Galilée  (Hugues  de 
Lusignan,  prince  de). 

Lusignan  (Hugues  IV,  roi  de  Chypre). 
—  V.  Hugues  IV  (roi  de  Chypre). 

Lusignan  (Isabelle  de,  fille  de  Hu- 
gues IV),  91  n.  3. 

Lusignan  (Isabelle  de,  fille  du  roi 
Gui  et  princesse  de  Morée),  385  n.  2. 

Lusignan  (Jacques  de).  —  V.  Jacques 
I"  (roi  de  Chypre). 

Lusignan  (Janus  de).  —  V.  Janus  (roi 
do  Chypre). 

Lusignan  (Jean  de,  fils  du  prince  de 
Tyr),  79,  380. 

Lusignan  (Jean  de,  prince  d'An- 
tioche),  5,  19,  89-91,  118  n.  4; 
120  et  n.  5,  123,  172  n.  2;  203, 
232  etn.  6,  284,  296,  301  etn.  10, 
357-359,  364,  366,  370,  376,  381 
n.  1;  384,  387,  389  et  n.  2,  390, 
391  et  n.  3,  394  et  n.  5,  396  et  n. 
4,  398-402,  405-408,  410  et  n.  1, 
3;  420,  421  n.  1;  426  n.  5. 

Lusignan  (Mariette  de),  107  n.  2. 

Lusignan  (Pierre  de).  —  V.  Pierre  !'-'■' 
et  Pierre  II  (rois  de  Chypre). 

Lusignan  (Robert  de),  112  et  n.  11, 
113,  124  n.  1, 


539 


Lusignan  (Soldanc  de,  mère  de  Léon 
VI),  257  n.  3. 

Lusignan  (Thomas  de),  91  n.  3. 

Lusignano  (famille  de),  112  n.  11. 

Luxembourg  (famille  de),  191. 

Luxembourg  (Bonne  de,  reine  de 
France),  183,  429  n.  4. 

Luxembourg  (Charles  de).  —  V.  Char- 
les IV  (empereur  d'Allemagne). 

Luxembourg  (Jean  de,  roi  de  Bo- 
hème), 22,  38,  69  et  n.  3,  4;  190. 

Luxembourg  (Jean  de,  parent  do 
Pierre  I"),  172  n.  2. 

Luxembourg  (Pierre  de,  cardinal), 
15  n.  4;  437  et  n.  6,  447,  448  n. 
1;  460  et  n.  3,  4,  5,  7;  461  et  n. 
2,  462  et  n.  1. 

Luxembourg  (seigneur  de),  333. 

Luxembourg  (Wcnceslas  de).  —  V. 
Brabant  (duc  de)  et  Wcnceslas  (em- 
pereur). 

Luylier  (Jean),  446  n.  1. 

Lycaonie,  114. 

Lyon  (Henri  de  Villars,  archevêque 
de),  47. 

Lyon  (ville  et  concile  de),  35  n.  8; 
160,  173,  175  n.  3;  221  n.  1. 


M 

Machabce(Judas),27n.5;  29n.  5;80. 

Machabées,  72. 

Machaul   (Guillaume    de),   392  n.   7; 

430  n.  2. 
Màcori,  271  n.  6. 
Madrid,  462. 
Maghrabilcs,  292  et  n.  9,  397.  —  V. 

Barbarcsques  et  Berbères. 
Magnésie,  53  n.  2. 
Alagnicarthès  (Georges),  331. 
Mahcdia,  477. 
Mahomet,    30,   246  n.   6;   304   n.  4  ; 

417  n.  2. 
Maignclay  (Tristan  de),  160  n.   11. 
Mauvilly  (seigneur  de).   —  V.    Blézy 

(Jean  de). 


Maisicrcs  (Simon  de),  13  n.  6. 
Maisières (Philippe  de).  — V.  Mczières. 
Majorque,  93  etn.  4. 
Majorque    (Alix    de,    dame   d'Ibelin), 

390  n.  5. 
Majorque  (Fernand    ou  Ferrand   de), 

95  n.  3. 
Majorque    (Isabelle    de,    marquise   de 

Montfcrrat),  95. 
Malaspina  (Michel),  205. 
Maie  (Louis  de,  comte  de  Flandre).  — 

V.  Flandre  (Louis  de  Malc,  comte  de). 
Malghera,  149,  200  et  n.  6. 
Mallo,  368. 

Mallone  (Barthélémy),  401  et  n.  5. 
Malmistra,  110. 

Malocello,  Malosello  (famille),  103  n.  3. 
MaloccUo  (Pierre),  103  et  n.  3,  151  et 

n.  3,  264  n.  4;  285,  313,  354,371. 

373  n.   9;  375  n.   6;  376  et  n.  7, 
398. 

Mamelouks,  70,  290,  296,  361. 

Manacor,  94. 

Manavgat  (ville  et  émir  de),  115  et  n. 

1,  124,  125,  127  n.  2;  320. 
Manavgat-Sou,  115  n.  1. 
Manfredi  (château  des),  222. 
Mans,  478. 

Mansuerius.  —  V.  Masuerius. 
Mantes,  448  n.  1. 
Mantoue,  189  n.  8;  379  et  n.  5. 
Manlzas  (prêtre  grec),  108. 
Mar  (Pierre  da),  285  et  n.  1. 
^laraclée,  35. 

Marcel  (Garnicr),  443,  444. 
Marcel  (Jacques),  443. 
Marcel  (Marie),  446  n.  1. 
Marie  d  Espagne,  comtesse  d'Alcnçon, 

446. 
Marmousets,  447,  468,  478. 
Marne,  507  n.  1. 
Maroc,  69,  470. 
Marsan  (Eustache  de),  444. 
Marseillais,  297. 
Marseille,  47,  49.  50  et  n.  1,  63,  154, 

155,  288  n.    1;    319,   334  et  n.  9, 

374  et  n.  3,  476. 


—  540  — 


Marseille  (sire  do),  337  et  n.  2. 
Martelet- Saint- Jean  (rue  du,  à  Paris), 

lÔn.  4. 
Martin.  —  V.  Justin  (Martin). 
Mascrino    (Bernard    de,    seigneur     de 

Plaines),  204  n.  1. 
Masserii  (famille  des),  9,  10  n.  2. 
Masserio  (François),  10  n.  2. 
Masuerius  (Petrus),  14  n.  4. 
Mauny  (Gautier  de),  179. 
Maures,  68,  207  n.  6;  340  n.  1. 
Mayence,  175. 

May  non  (Iluguenet  de),  313. 
Mazarini  (famille  des),  10  n.  9. 
Mazoerius.  —  V.  Masuerius. 
Mazzerius  (Petrus),  14  n.  4. 
Meaux,  507  n.  1. 
Meaux  (Jean  de),  16  n.  4. 
Meaux  (Philippe,    évêque   de).    —  V. 

Vitry  (Philippe  de). 
Mecque  (la),  291. 
Méditerranée,  36,  114,  249. 
Méhédieh.  —  V.  Mahédia. 
Mêlas,  115  et  n.  1. 
Melfi  (Antoine  de  Rivello,  évêque  de), 

203  et  n.  2. 
Melun,  165   n.  6;    189,  420  et  n.  7, 

421  n.  7;  422,  445,  510  n.  5. 
Mendiants  (moines),  449,  511  n.  2. 
Meniko,  354  et  n.  1,  388  n.  2. 
Menkeliboghâ  (émir),  384. 
Mennot  (Robert  le,  dit  Robert  l'Ermite), 

479  et  n.    5,    7;    480  et  n.   6,    7; 

482  et  n.  2,   487,  488  et  n.  1,  491. 
Mercier  (Jean  le),  478  et  n.  1. 
Merlin,  26,  483. 
Merval,  168  n.  5. 
Mesembria,  336. 
Messine  (évcché  de),  171  n.  2. 
Mestre,  149  n.  3;  150,  200. 
Métélin,  51,318,  466  n.  3.  — V.  aussi 

Gatelusio. 
Metz,  36  n,  3;  198,  449  et  n.  1,  461. 
Meulan,  278  n.  3. 
Meung  (.Tcan  de),  24  n.  2. 
Mézières  (en   Picardie,    bourg  et  châ- 
teau), 9  n.  1;  10  n.  1;  12  n.  1;  13, 


22.  23  et  n,  3,  63,  68,  69  n.  5;  71, 

473,  511  etn.  2,  512. 
Mézières  (bâtard  de),  346  et  n.  3. 
Mézières  (Gui  de),  15  n.  4;  460  et  n. 

4,  461,  462. 
Mézières  (Guillaume  de),  14   et  n.  3, 

317. 
Mézières    (Jean    de,   conseiller  royal), 

15  n.  1  ;  443  et  n.  1. 
Mézières  (Jean  de,  chanoine  de  Noyon, 

neveu  de  Philijope),  15  et  n,  1  et  3, 

448,  511. 
Mézières  (Philippe  de),  passim. 
Michel  (aumônier,  précepteur  de  Char- 
les VI),  429  n.  4. 
Michel  (Jean,  sergent),  58  n.  1. 
Michèle  (Domenico,  di   Santa  Fosca), 

231.  251,  254,  340. 
Milan,  20,  134  n.   6;  151  et  n.    7,  8; 

206,  207,  213  n.  1;  216,  217,  218 

et  n.    3,    221  et  n.   4,  226  et  n.  5, 

13;  228,  236  n.   4;  241,  242  et  n. 

3,  243  et  n.  8,  307,  379  n.  5;  382, 

425  n.  1;  426,  427,  428,  507. 
Milan  (Jean,    archevêque  de).    —   V. 

Visconti  (Jean). 
Milan    (Robert    Visconti,    archevêque 

de),  210. 
Milan  (seigneurs,  puis  ducs  de).  —  V. 

Visconti    (Bernabô,    Galéas,     Jean, 

Jean-Galéas,  Lucchino,  Mathieu). 
Milet.  —  V.  Palatscha. 
Mileto  (comte  de).  —  V.  Sanseverino 

(Robert  de). 
Milo,  40. 

Mimars  (Gui  de),  120,  282,  354. 
Mimars  (Huguet  de),  354. 
Mimars  (Marie  de),  388  n.  5. 
Mimars  (Pierre  de),  390  n.  5. 
Mimorant  (Grand  et  Petit),  510  etn.  5. 
Mineurs  (Frères),  41, 134  n.  6;  398  n.  2; 

413,  414.  — V.  Mendiants  (moines). 
Minotto  (Pasqualin),  253,  254. 
Misnie,  173,  190,  191  et  n.  4. 
Misnie  (Balthasar,  marquis  de),  191. 
Misnie  (Frédéric-le-Fort,  marquis  de), 

173,  190,  191. 


—  D41 


Misnic   (Frcdôric-lc-Sérieiix,    marquis 

de),  190,  191. 
Misnie   (Guillaume,  marquis  de),  191 

cl  n.  2. 
Missir.  —  V.  Caire  (le). 
Mitry  (Jean  do),  175. 
Moccnigo  (Pierre),  200  n.  4. 
Mocenigo  (Thomas),  488  n.  4. 
Modenais,  219,  222. 
Modène,  211,  217  n,  5;   227,    379  et 

n.  5. 
Modon  (ville  et  châtelains  de),  277  n. 

2;  334,  385  n.  2;  510  n.     3 
Mohamet-Reïs,  213  n.   2;  275. 
Mohammed  (Soudan),  362  n.  6. 
Moïse  (condottiere  hongrois),  236  n.  4. 
Moldavie  (Etienne,  prince  de),  197  n.  1. 
Molino  (Alvisc  de),  340  n.  2. 
Molino  (André  de),  39. 
Molino  (Georges  de,  évoque  de  Coron), 

252. 
Momiachus  (Chrétien),  172  n.  2. 
Monglat,  445. 
Mongols  (et  khans  des),   33,   34  et  n. 

2,  46  n.  2  ;  51,  86,  114,  197  n.  1; 

288,  290,  351  n.  3;  459  n.  4;  470 

n.  4. 
Monopoli,  411  n.  4. 
Monreale  (évèché  de) ,  171  n .  2 . 
Montaigu  (Gilles  Aycelin   de,    évoque 

de  Térouanno,    puis   cardinal),  214 

et  n.  3. 
Monthéliard  (Amphélise  de),  154  n.  1. 
Mont-Gassin,  154   n.   5;   400  et  n.  1. 
Mont-Cassin    (Hugues,    Marzlo,    Ray- 
mond, vicaires  de),  400  n.  1. 
Montcenis  (bailliage  de),  430  a.  2. 
Montdidier,  23  n.  3. 
Montdragon  (Dragonet  de),   319. 
Monlebello,  217  n.  5. 
Montefiascone,  397,  398  cl  n.    1,   413 

n.  3. 
Montclimart,  268  n.   6. 
Montcllo,  395  et  n.  3. 
Montfaucon,  507. 
Montfcrrat,  228  n.  4. 
Montferrat  (.lean  II,  marquis  de),  150, 


151,  226  et  n.   5,    228,   244    n.  2; 

272. 
Montferrat  (marquise  de).  —  V.    Ma- 
jorque (Isabelle  de). 
Montfleury  (château,  puis  abbaye  de), 

48  n.  1  ;  58. 
Montfort  (Échive  de),  107  n.  2. 
Montfort  (Jean  de,   duc  de  Bretagne), 

333,  429  n.  6. 
Montfort  (Rupin  de),  107  n.  2. 
Montgé,  507  et  n.  1. 
Monthou  (Chivard  de),  333. 
Montmaur   (Jacques     de,    gouverneur 

du  Dauphiné),  492. 
Montmélian,  221  n.  1. 
Montmuran  (bataille  de),  96  n.  4. 
Montolif  (Hugues  de),  120,  282. 
Montolif  (Jean  de),  120,  316. 
Montolif  (Roger  de),  282. 
Montolif  (Thomas  de),  90,  117  et  n. 

4,  119,  120,  256,  316,  386. 
Montpazier,  132  et  n.  2. 
Montpellier    (ville    et    seigneurie    de), 

93,  99,  154,  156,  172  et  n.  2,382, 

400  n.  1;  434  n.  1. 
Montreuil,   177. 
Monturac    ou    Monteruc    (Pierre    de, 

cardinal),  413. 
Moravie,  246. 

Moravie  (marquis  de),  157. 
Morbassan.  —  V.   Umurbeg. 
Morée,  139. 
Morée  (despote  de).  —  V.  Cantacuzène 

(Manuel,  despote  de  Morée). 
Morel  (Eustache).    —    V.   Deschamps 

(Euslachc). 
Morestel  (Argod  de),  337. 
Moret,  444. 
Morf   (Jean    du,    comte    de    Rochas 

ou  d'Édesse),  117  et  n.  4,  119, 120, 

256,  282,  293,  294,  302,  387,  391 

n.  6;  397  et  n.  1. 
Morges,  204  n.  8. 
Mormant.  4'i5. 
Morosinl  (Marc),  200  n.  4. 
Morosini  (Pierre),  397,  398  n.  1. 
Morosinl  (Robert),  200  n.  4. 


—  542  — 


Morlimor  (Hugues).  270  n.  5. 

Moslo  (Pierre  (]n),  200  n.  4. 

Moulins     (Philippe      de,     évêquc     de 

Noyon).  214  et  n.  3,  216. 
Moustry  (Jean  de),  318,  319,  320,  354, 

357,  358,  359,  360,  366,  370,  389, 

391  et  n.  8. 
Murano,  399,  400  n.  2. 
Murta  (Jean  de,    doge    de   Gènes),  97 

n.  1. 
Myloi,  121  et  n.  3,  142,  276,  282. 
Myra,  112  n.  10;  126  n.  6;  127  et  n. 

2. 


N 


Nabinaud    (Elle    de,     archevêque     de 

Nicosie),  107  n.  2;  108  et  n.  4. 
Nâgel  (Nicolas  de),  204  n.  8. 
Nahr-Abou-Ali,  365  n.  5;  366. 
Najara  (bataille  do),  162  n.  4. 
Naou  (Nicolas  de),   410  n.  1. 
Naples,  37,  66,  72,  92,  144  n.  5  ;  154, 
155  n.  1;  161,   270  n.  5;    288    n. 
1;  319,  370  et  n.  6,  374,  470  n.  6. 
Naples    (Nicole    de).    —  V.     Spinelli 

(Nicolas). 
Naples  (rois  de).  —  V.  Sicile  (rois  de). 
Napolitains,  354  et  n.  7. 
Narbonnc,  122,  288  n.  1  ;  434. 
Narbonne  (archidiacre  de),  491. 
Narbonne  (Robert  Paynel,  évèque  de), 

156. 
Narbonne  (vicomte  de),  36. 
Nasareddin     (Nassar-el-Din     Mahmct 
Craïa),  321  et  n.  1,  323  n.   7  ;   353 
et  n.  1,  355  et  n.  3,  363,  364  n.  1. 
Navarrals,  491. 

Navarre  (collège  de).  —  V.   Champa- 
gne (collège  de). 
Navarre    (Louis   de,    comte  de  Beau- 

mont-le-Roger),  177. 
Navarre     (Philippe    de,      comte      de 
Longueville),  177  et  n.  2. 


Navarre    (Pierre    de,     ensuite    comte 

de  Mortairi),    491. 
Navarre  (roi  de).  —  V.  Charles  II,   le 

Mauvais  (roi  de  Navarre). 
Naxos  (archevêché  de),  140  n.  4;  242 

n.  6. 
Négrepont,  37,  38,  40  et  n.  9,  41  n.  4  ; 
42,  46,  50,  55  n.  1;  62,  100,  273, 
334,  335,  336. 
Ncgro  (Ughetto  di),  267  et  n.  2. 
Néopatras  (Patradjik)  (archevêché  de), 

140  n.  4;  242  n.  6. 
Néphin  (famille  de),  407  n.  1. 
Néphin  (Gui  do),  406  et  n.  6,   409  et 

n.  2. 
Néphin  (Pierre  de),  407  n.  1. 
Néphin  (Renaud  de),  407  n.  1. 
Nerga,  178  n.  7. 
Ncstoriens,  108,  316. 
Ncufchàtel,  204  n.  8. 
Neufchâtel  (Jean-Thiébaut  de),  333. 
Ncufchàtel  (Louis,  comte  de),  204  n.  8. 
Neustadt,  194. 
Nevers    (Jean,    comte  de),   489,   490, 

498,  500,  504. 
Nevers    (Pierre   Aycelin,   évèque    de), 

214  et  n.  3,  216. 
NeviUe  (Jean  de),  388  et  n.  5. 
Nice  (Jean  de).  —  V.  Denis  (messire). 
Nicolas  (condottiere  hongrois),  236  n. 

4. 
Nlcomédlc  (Georges,  évèque  de),  411. 
NIcopolis,  2,  5,  7  et  n.   1,    333,   491 

et  n.  1,   497,  498,  502,  513. 
Nicosie,  90,  91,  102  et  n.  1,  104,  105, 
106  n.  4;  107,  108   et  n.    4,    129, 
138,  142  et  n.  3,  144  n.  1;  171  n. 
2;  200  n.  10;  275,  276,  282,  304, 
312,  313  n.  6;  317,  318,  321,  322 
n.  4;  356,  357,  369  et  n.  5,  384- 
388,  392,  393  n.  2;  402,  410. 
Nicosie  (archevêques  de).  —  V.  Cham- 
barlhac  (Philippe  de),  Nabinaud  (Élic 
de),   Pradèlc  (Raymond  de  la). 
Nicosie  (Alain,  évèque  élu  de),  128  n.  4. 
Nicosie  (Henri    de  Byblos,  archidiacre 
de),  128  n.  4. 


r.i 


43   — 


Nicosie    (Raoul,   archidiacre   de),   128 

n.  \. 
Nicosie  (doyen    de).    —   V.   Grégoire 

(Bcrenger). 
Nicosie  (vicoinlcs    do).    —   V.  Gijjlct 

(Henri  do),  Ncville  (Jean  de). 
Niem  (Thierry  do),  48 'i  n.  3. 
Nil,  289,  296,  3G1. 
Nîmes,  99. 
Nisyros,  79. 
Nitria,  202  n.  3. 
Nilria  (Etienne,  évoque  de),  331. 
Noellel  (Guillaume  de),  331. 
Nogcnt-lc-Roi,  'i38. 
Noir  (Prince-).  —  V.  Edouard  (prince 

de  Galles,  dit  le  Prince-Noir). 
Noire  (Mer),  195  et  n.  8. 
Nonantola,  209  n.  5. 
Norès  (Jacques   de),    120,    125,  127, 

256,  282,  354,  356,  357,  359,  362, 

363,  370,  376  n.  6;  391  n.  3. 
Norès  (Janot  de),  addenda. 
Norès  (Louis  ou  Alvise  de),  90   et  n. 

5,91. 
Norès  (Simon  de).    —  Leçon  erronée 

pour  ïhénouri  (Simon). 
Normandie,  6,  31  et  n.  1,  49,  95,  165 

n.  6;  175,  479  n.  5;  491. 
Normandie  (Charles  et  Jean,  ducs  de). 

—  V.  Charles  V  et  Jean  II  (rois  de 

France). 
Normands,  479. 
Northumherland    (Henri,    comte    de), 

491. 
Norvège,  6,  41,  163,  248,  249.   250. 
Norvège    (Hakon    VI,    roi   de),    163, 

250. 
Norwich    (Henri    Despenser,     évoque 

de),  464. 
Noyon,  15  et  n.  3,  448,  511. 
Noyon  (Gilles  de  Lorris,  évoque  de), 

188.    —  V.    Moulins  (Philippe  de, 

évoque  de  Noyon). 
Nubie,  86,  297. 
Nuremberg,  245,  381  n.  3. 
Nuremberg  (Jean  de),  489. 


Oclavien  (-Auguste),  25. 

Ognihuono  (Hugues),  103  et  n.  4,  109. 

Olcggio  (Jean  d),  209. 

Olivier,  25,  487. 

Oltedo  (André  d  ),  239  n.  6. 

Oppeln,  194  n.  6;  195. 

Oresme  (Nicole),  24  et   n.   2,  94,  418 

et  n.   1,  431  n.  2. 
Orgemonl    (Pierre    d',    chancelier    de 

France).  418,  424,   439   n.    1  ;  441 

n.  1. 
Oriago,  150. 

Orléans,  268  et  n.  3,  436. 
Orléans  (Blanche,  duchesse  d'),  188. 
Orléans  (Loui.s,  duc  d  ),    214    n.    3; 

394,  n.  5,  418  n.  3;  423  n.  3;  427 

et  n.  5,  428  n.  2;  439   n.   2;    447, 

466  n.  1;   476,    477    et  n.   9.    478 

otn.  3,  481  n.    1;   491,   498,    504- 

508. 
Orléans  (Philippe,  duc  d),  96  n.  2. 
Orléans  (Valentine   Visconti,   duchesse 

d).  —  V.  Visconti  (Valentine,  fille 

de  Jean-Galéas). 
Orose,  26. 

Orsini  (Angelo),   400  n.  1. 
Orto  (Lucien  dell).  — V.  Nasarcddin. 
Osimo  (A.  d).  —  V.    Osimo  (Nicolas 

d). 
Osimo  (Nicolas  d  ),  399  et  n.  3,  400. 
Ostic    (évoques).    —  V.    Innocent  VI 

(pape),   Colomljiors  (Pierre  de),   et 

Aubert  (Audouin). 
Ostrevant,  16. 
Othim  (Jean  d),  270  n.  5. 
Othim  (Nicolas  d),  270  n.  5. 
Otranto,   238  et  n.  10. 
Oxford,  354  n.  10. 


Pachost  (Albert),  76. 
Paderborn  (Baudouin,  évoque  de).  412 
n.  3. 


—  544  — 


Padoue,  150  cl  n.  3,  211,  218  n.  8; 
320  n.  2. 

Padoue  (seigneur  de).  —  V.  Carrare 
(François  I»''  de). 

Paix  (Cliarlcs  de  la,  roi  de  Naplcs). 
—  V.  Charles  III  (roi  de  Sicile). 

Palatscha,  53  n.  2;  281,  331  et  n.  2, 
'i88  n.  3. 

Palcologiie  (Jean  ,  empereur  de 
Constantinople),  37,  38  et  n.  2,  57, 
136  et  n.  6,  137-139,  110,  196 
ri.  3;  205,  253,  266  n.  5;  272,  280, 
308, 328,  331,  332  n.  6  ;  335,  336, 
337  et  n.  1,  345  n.  1;  411,  454 
n.  1. 

Palcologue    (Michel,    empereur),    42. 

Palcrme  (archevêché  de),  171  n.  2. 

Palestine,  248,  503. 

Palma,  95. 

Pamiers  (Raymond  d'Accons,  cvêque 
de),  412. 

Pampelune  (Martin  de  Zalva,  cvêque 
de),  413,  436,  437  et  n.  1-4. 

Pandaïa,  275. 

Pandegoli,  209. 

Pannochia,  280. 

Paphos,  79,  106  et  n.  6,  110,  142, 
274,  275,322  n.  4;345n.  1;  370, 
388.  399. 

Paphos  (?,  évêque  de),  98  n.  3;  99. 

Paphos  (Pierre,  cvêque  de),  128  n.  4. 

Paradiso  (André),  200,  260. 

Pardsepert,  111. 

Parduhitz  (Ernest  de,  archevêque 
de  Prague),  15;5  n.  4. 

Parenzo  (diocèse  de),  171  n.  2. 

Parietibus-Tortis  (Pierre  Arnaud  de), 
59. 

Paris  (ville,  Eglise  et  Université  do), 
16,  59,  133,  160,  175,  176,  182 
n.  5,  6;  183,  184  n.  1;  185-190, 
196  n.  3;  203,  240  n.  8  ;  267  n. 
3;  362  et  n.  1,  373  n.  6;  418  n. 
6;  420-428,  430  n,  6;  433  n.  3; 
435-439,  442-448,  453,  460-465, 
476,  479,  480,  482,  487,  491,  497- 
499,505  et  n.  9,  506,  509-511. 


Paris  (Etienne,  évêque  de),  424  et  n.  3. 

Paris  (Guillaume  de),  24  n.  6. 

Parme,  64,  208  n.  5;  212,  280  n.  4. 

Parme  (Paul  de),  50  n.  5. 

Paros,  40. 

Parqueté  (Pierre  la),  16  n.  4. 

Parthenay  (sire  de),  184. 

Pasnadego,  145  n    6. 

Passion  (Ordre  do  la),  55   n.    3  ;    70, 

71,  299  et  n.  4,  300  et  n.  3;   342, 

347-352,  385,  411,  428,  433  n.  5; 

453-455,  472,  473  et  n.  1,  7;   474 

n.  2;  475  n.   6;  480  et  n.  6,  481  n. 

1;  484  etn.  6,  490-497,  500,  502- 

504,  513. 
Passit  ou  Passes  (seigneur  de),   120. 
Pastoureaux,  36. 
Patras  (archevêché  de),  140  n.  4  ;  171 

n.  2;  242  n.  6. 
Patras  (Bongiovanni,   archevêque  de), 

273. 
Paul  II  (pape),  415,  n.  1. 
Pavie,  25  n.  2;    150,  319,   332,    333 

n.  9;  346,  427. 
Pembroke  (Richard  de),  179. 
Penthicvro    (Jeanne    de,   duchesse   de 

Bretagne),  429  n.  6. 
Pepoli  (Jacques),  206. 
Pepoli  (.Tean),  206,  207. 
PepoU  (Thaddée),  41,  64. 
Pera,  41,  243,  260,    280   n.   6;   335, 

336,  466  n.  3. 
Percy  (Henry),  491. 
Percy  (Raoul),  491. 
Périèques,  198  n.  4;  370. 
Périgord,  131,  279. 
Périgord  (cardinal Talleyrand  du),  133 

et  n.  7;   156,   157,   165,   166,  185 

n.  5;  186  etn.    1,    204,   237   n.  1, 

2;  239  n.  8;  242. 
Périgueux,  186. 
Pcrouse,  41,  43. 
Perpignan,  122. 
Perrin  (bouffon  de  Hugues,  prince  de 

Gahîée),  334  n.  7. 
Perrin  (roi  de  Chypre).   —  V.    Pierre 

H. 


—  545  — 


Perse,  33,  34,  289,  297. 

Perthcs,  510  n,  5. 

Peste  (grande),  51  n.  2. 

Petit  (Jacques  le),  144,  356. 

Petit  (Jean),  426  n.  4;  427,  428,  506 

n.  6;  507  n.  3;  508. 
Petit  (Noël  le),  409. 
Petit  (Renier  le),  390. 
Petit  (Simon  le),  62  n.  2. 
Pétrarque,  26,  144  n.  1;  192  n.  4;  253 

et   n.   2,   3;    254  et  n.  1,  2;  305, 

334  n.  5;  392,  417. 
Pliare-de-Mcssinc,  158  n.  4. 
Philippe- Auguste  (roi   de  France),  25 

n.  9. 
Philippc-le- Bel  (roi  de  France),  1,  21, 

22,  36  et  n.  1. 
Philippe  de  Valois  (roi  de  France),  13, 

22,  37,  38  ctn.  1,   40  et  n.  6,  45, 

46,  49,  50  n.  1;  58   n.   2;   69,    88 

n.  1  ;  89,  93  et  n.    4,   161,  168  n. 

4;  189,  428  n.  10;  470. 
Philippot  (condottiere),  360  n.  3. 
Phllippot  (filleul    do  Philippe    de  Mc- 

zières),  511  n.  2. 
Phocée  (Nouvelle),  51  n.  5. 
Phocce  (Nouvelle,  cvêque  de  la),  400 

et  n.  3. 
Photius  (patriarche  de  Constantinople), 

411. 
Picard    (Henri  ,    maire   de  Londres), 

181  n.  6. 
Picardie,  6,  9  n.  1  ;  10  n.  10;  11,  13 

n.  2;  23  n.  3;   29,  31  et  n.   1,  72, 

96,  130,  460  n.  4. 
Picards,   10  n.   Il;    11,    13,   30,    64, 

77,  85,  492. 
Piccamiglio  (Conrad),  42  n.  3  ;  43. 
Picquigny  (Jean  de),  183. 
Pie  II  (pape),  415  n.  1. 
Piémont,  268  n.  2. 
Pierre  IV,  le  Cérémonieux  (roi  d'Ara- 
gon), 93  et  n.  4,  5;  94,  107  n.  2; 

144  n.  5;  169,  307  n.   3,   5;  338, 

344,  373  ctn.  7,  392. 
Pierre  l'^'",  le  Cruel  (roi  de  Castille), 

107  n.  2;  207,  382. 


Pierre  l'^''  (roi  de  Chypre),  3-7,  9  n.  1  ; 
14,  17-19,  23.  27  n.  3,  5;  33,  39, 
52  n.  3,  5  ;  66  et  n.  2,  67  et  n.  2, 
76  etn.  2,  4;  80-92,100-129,  131, 
137,  140-153,  158etn.l,  2;  160- 
167,  170-206,  212-216,  219  n.  1; 
221,  222  et  n.  7,  225,  228,  229. 
231-247,  250,  252  et  n.  4,  254-268, 
272-286,  289-342,  346  et  n.  2, 
347  etn.  1,  2;  349  n.  7;  353-385, 
388-396,  405  n.  1,  5;  407-410, 
413,  416,  420,  421  et  n.  2.  424, 
426  et  n.  5,  427,  450,  452,  462, 
463  n.  8;  466,  473  et  n.  3,  491, 
500,  511  n.  5. 

Pierre  II  (roi  de  Chypre),  19,  66  n. 
2;  85  n.  1;  107  n.  2;  143  n.  1; 
151  n.  1;  239  n.  2;  370  et  n.  6, 
374,  377  et  n.  6,  383  n.  2;  388, 
389  n.  4  ;  391  et  n.  3,  394  n.  5  ;  396 
et  n.  4,  400  n.  3;  401  et  n.  1.2; 
405-410,  420,  425,  426  et  n.  1, 
449-452. 

Pierre  l'Ermite,  29  etn.  5,  72,  73, 
87. 

Pierrepont  (château  de),  23  n.  3. 

Pilerga,  110,  112  n.  7. 

Pins  (Guillaume  de),   16. 

Pins  (Roger  de,  Grand-Maître  de 
l'Hôpital),  119  n.  5;  139,  144  et 
n.  3,  158,  204  et  n.  1,  262,  272, 
280  n.  6,  281. 

Pisan  (Christine  de),  418  n.  6  ;  419 
n.  1  ;  505,  510  et  n.  5. 

Pisan  (Thomas  de),  418  et  n.  6,  419, 
434  n.  1. 

Pisani  (Nicolas),  62  n.  2;  97. 

Pisans,  38  et  n.  1,  40,  41,  43,  64  et 
n.  2;  256,  270. 

Piscopi,  83  n.  6;  145,  147  n.  4;  449. 

Pise,  64,  157,  259  n.  2;  377  et  n.  3, 
'i;  378  n.  1. 

Plskopi.  —  V.  Piscopi. 

Pistoic,  378. 

Piumazzo,  222  et  n.  5. 

Plaisance,  29. 

Plaisians  (Guillaume  de),  36  n.  1. 


N.  JoRGA.  Philippe  de  Mézières. 


35 


546  — 


Plantagcncis  (Maison  des).  12'i  n.  1. 

Plalon,  2'i  n.  1. 

Plesby,  480. 

Ploniani.   197  n.  1. 

Pô,  159  n.  3. 

Pocquel  (Dcnisot),  421. 

Pocquct  (Pierre),  448  cl  n.  1. 

Poissy  (Gilles  de),  491. 

Poitiers  (ville  et  bataille  de),  16   et  n. 

4,  162   n.   '.  ;    165   n.    5,   6;    18i, 

241  n.  1. 
Poitou,  112  n.  11;  113,  184,  185. 
Pola  (ville  et  diocèse  de),  71  n.  2,  334. 
Pôle  (Guillaume  de  la),  269  et  n.  6, 

279. 
Pologne,  41,  173  et  n.  3,  195  n.  3,  8; 

198  n.  2;  502. 
Pologne  (Hcdvvigc  de),  195  n.  3. 
Pologne  (rois  de).  —  V.  Casimir  et  Vla- 

dlslas  V. 
Polonais,  195,  489. 
Pommiers  (Amanieu  de),  162  et  n.  4, 

5;  188,  n.  5. 
Pompilius  (Numa),  26. 
Pons  (sire  de),  184. 
Pontarlier  (Gui  de),  334. 
Ponlcliardon  (Richard  de),  18i. 
Pont-de-l'Arche,  177. 
Ponthieu,  177. 
Pont  1  Evcque  (Jean  de),    15  et  n.    5, 

511. 
Pon  toise,  183. 
Porrct  (Nicolas),  422. 
Portopisano,  50  n.  3. 
Port-Pclerin,  35. 
Portugais,  470  n.  4. 
Posen,  194  et  n.  6. 
Pouillc,  470  n.  6. —  V.  aussi:  Apulie. 
Pradèle     (Raymond     de     la,       arche- 
vêque de  Nicosie),  105  n.  3;  126  n. 

2;  282  et  n.  4,  313,  315,  329  n.  3; 

340  n.  4;  354,  369,  385  n.  3;  406. 
Prague,   173,    192,    193,   194  et  n.  2, 

245,  246,  247. 
Prague  (archevêque  de).  — V.  Pardu- 

bitz  (Ernest  de). 
Prato,  378. 


Préaux  (sire  de).  —  V.  Rivière  (Jean 

de  la). 
Prêcheurs  (Frères),  202,  379  et  n.  2, 

412,  435. 
Présentation  (fête  de  la),  29.  345  n.  1; 

411,  412,  413  et  n.  1,  414,  415  n. 

1;  423,  424  n.  6;  449,  511  et  n.  2. 
Presles  (Raoul  de),  417   et  n.  6,   430 

et  n.  3,  431  n.  2;  432,  433. 
Prignano  (Rarthélemy).  —  V.  Urbain 

VI. 
Priuli  (François),  401  n.  6. 
Priuli  (Jacques  des),  45. 
Priuli  (Jean  des),  200  n.  4. 
Priuli  (Marc),  401. 
Provana  (Jehannin  de),  450  n.  2. 
Provana  (Pierre  de),  450  n.  2. 
Provato,  336. 

Provençaux,  198  n.  4;  410. 
Provence,   31  et  n.  1,  94,  95.  187  et 

n.  1,  268  n.  3;  332  n.  6. 
Provins,  445. 

Provins  (Gui  de),  271  n.  5. 
Prusse,   251,  303  et  n.  8,  .478  n.  3; 

489. 
Psararis  (Michel),  111. 
Plolcmaïs.  —  V.  Acre  (S.  Jean  d'). 
Puccio  (Thomas,    des  Ghisilieri),   227 

n.  5. 
Puchay  (seigneur  de),  278. 
Puy  (Saintc-Marie-du-),  134. 
Puy  (évêquc  de).  —   V.  Ailly  (Pierre 

d). 
Puy  (Hugues  de),  274. 
Pythagore,  26  n.  4. 


Q 


Qâ'a-qarâ-fé  (archers),  293. 
Quiéret. —  V.  Woincourt  (Quiéret  de). 
Quiéret  (famille),  96  n.  3. 
Quirini  (François),  488  n.  3. 
Quirini  (François,  cvêque  de  Capodis- 

trla,  puis  patriarche  de  Grado),  97, 

126  n.  2. 
Qumitallo  (Guillaume  de),  328  et  n.  2. 


—  547  — 


Racanelli  (Pierre  GiusUniano),    158  n. 

2;  329  ctn.  4,  355  et  n.  6,  374. 
Rachowa,  497. 
Ragnse  (archevêché  et  ville  de),  171  n. 

2;  334. 
Raincval.  —  V.  Renneval. 
Ramponi  (François  de),  222,  225  et  n. 

5. 
Rapondl  (Dino  des).  'i98. 
Rassic,  171  n.  2;  471. 
Ravagnin  (Benintendi),  255  n.  1. 
Ravcnnc   (Petrocino,   archevêque   de), 

157  etn.  7,  222  n.  1. 
Ravennc  (Église  de),  228  n.  1. 
Raynaldi  (Raynaldo  des),  371  n.  3. 
RccancUi.  —  V.  Racanelli. 
Reggio  (Emilia),  64,  209,  211. 
Reggio  (Azzo  de),  154. 
Reims  (ville  et  Église  de),    59,  187, 

190. 
Reims  (Gui  de  Roye,  archevêque  de) 

—  V.  Craon  (Jean  de),  492. 
Reims  (Jean  de),    278,   279  et  n.   1, 

356. 
Renneval  (riuillaume  de),  23  n.  3. 
Renneval  (Raoïd  do),  423  n.  4. 
Rcnty  (Oudard  de),  188  n.  5. 
Retimo,  252. 
Revcl  (Renaud  de),  50. 
Rhin,  174,  175  n.  1;  195,  246,  271. 
Rhin  (Rohert,  comte  palatin  du),  489. 
Rhodes  (île  et  diocèse  de),  2,  31,  37, 

38  et  n.  1,  40  n.  6;  42,47,  58,60, 

61  n.  1,  4;  71.  97,   101,  106,  109. 

119,  120,  124  et  n.  1,  141  etn.  2. 

5;  144  et  n.  3,  171  n.  2;  204,  242 

n.  6;   260,  266,   273  etn.  2,  274, 

277  n.  2;    278,  280-284.   294  etn. 

2,  300-305,  318.  319.  324,  337  n. 

4;  339  n.   3;   340,  34  4,   345,  360, 

364,  367,  371  n.  4;  372.  375  n.  6; 

376,  383  n.  4;   397,  399,  402,  466 

n.  3.  —  V.  Hospitaliers. 
Rhône,  159  n.  3;  162  n.  6. 


Rhuin  (Guillaume  de),  49. 
Ribagorça   (Pierre,    comte  de).  —  V. 

Aragon  (Pierre  de). 
Ricasoli  (Lapo  des),  213. 
Richard  I'"''  (roi  d  Angleterre),  181  n.  5. 
Richard  II  (roi  d'Angleterre),    7,   8  n. 
1;  24  n.  5;  25  et  n.  9,   459,  464  et 
n.  3,  465.  466,  469-471,  475  et  n. 
4.  5;  479-488,  491,  495,  502,  .506. 
Richemont  (Arthur  de),  468  n.  5. 
Ricd,  96  n.  4. 

Riedhourg  (Eric  de),  96  et  n.  4. 
Rienzo  (Cola  de),  192  n.  4. 
Rimeriz  (Jean   de,   doyen   deTudèlo), 

162  n.  2. 
Rivière  (Bureau  de  la).  278  n.  3;   424 
et  n.  2,  439  et  n.  3.  442,  447,  467 
et  n.  1,  3;  408,  478  et  n.  1. 
Rivière  (Jean  l"  de  la),  439  n.  3. 
Rivière  (Jean   II   de  la,    frère   de   Bu- 
reau), 278  et  n.  3,  282  n.  4;  306  et 
n.  4,  354  et  n.  8,  424  et  n.  2. 
Rivière  (Jean  de  la,    avocat   du  roi), 

278  n.  3. 
Rivière  (Thibaut  de  la).  278  n.  3. 
Rizo  (Zanachi),  252  et  n.  4. 
Robert  I»""  (roi  de  France),  25  n.  9. 
Robert  I"  (roi  de  Naples),  37,  66. 
Robcrli  (famille  des),  220  et  n.  1. 
Rohine  (Marie),  437  et  n.  6. 
Rochas  (comte  de).  —  V.  Morf  (Jean 

du). 
Rochefort(sire  de),  285,  354,  357-360. 

369  n.  6:  371,  372,  491. 
Rochelle  (ville  et  bourgeois  de  la),  185. 
Rodez  (Ponce  de),  491. 
Rodez  (vicoinlo  de),  491. 
Roland,  25,  487. 
Roland  (.lean,  évêque  d'Amiens),  11, 

436,  448,  453. 
Rolland.  —  V.  Roland  (Jean). 
Romagne   207,   215,    217,    218,   222, 

223  et  n.  1.  228  n.  5;  270. 
Romain  (Guillaume),  412. 
Romains,  25  n.  4;  26  n.  3;  157,  202 
n.  3;  204  n.  8;  214  n.  1;  219  n.  1; 
271,  349  et  n.  2,  433  et  n.  5. 


—  548  — 


Romani  (Marc),  200  n.  4. 
Romanie,40n.9;46,55n.  1;  101,140 

n.  3; 158,  171, 277, 288  n.  9;  307  n. 

3;  330  n.  5;  411,  477  et  n.  8,  502. 
Romans,  48,  267. 
Rome,  1,  4,   45,  84,   101  n.  7;  136, 

139  n.  7;  156,  157  n.  1;  185,209, 

210  n.    2;   251,   270,    326  et  n.  2, 

341,   360,  369-374,  378-380,  383, 

385,  395  n.   1;  400,  411  n.5;  433 

n.  1;  435,  457,   466  n.  1;  469  n. 

5:  470  n.  4;  488  et  n.  1. 
Roosebeke  (bataille  de),  162  n.  4. 
Roquetaillade  (Jean  de),  30  n.  3;  469 

n.  5. 
Rosate  (frère  Antoine  de),  307. 
Rosette,  35,  100,  276  n.  1  ;  289  n.  2, 

4;  295,  296. 
Rossellino,  222. 
Rossi  (Jacques  des),  253  n.  3;  280  et 

n.  4,  5;  314,  317,  320  et  n.  2. 
Rossi  (Pierre  des).  280  et  n.  4. 
Rossi   (Pierre    des,   fils  de  Bertrand), 

280  n.  4. 
Rosso    (Micaletto),   366   n.  1  ;  367  n. 

2;  368  n.  2. 
Rouen,  99, 173  n. 4; 176, 177  n. 3; 189. 
Rouen   (Jean    d'Alençon,   archevêque 

de),  177  n.  3. 
Rouergue,  480. 
Roumains,  5. 

Roumélie.  —  V.  Romanie. 
Roupcnides,  2,  110  n.  2. 
Roussillon,  62  n.  2;  93  et  n.  4. 
Roussillon  (Aimar  de),  508  n.  2. 
Roux  (Robert  le),  356,  357. 
Ruad,  35,  368  et  n.  1. 
Rue,  177. 

Russie,  195  et  n.  3,  288  n.  1. 
Rutland  (comte  de),  491. 


Saïd,  356. 
Sains,  23  n.  3. 


Sainte-Catherine    (Ordre    de),    48   et 

n.  8. 
Saint-Clément  (Guillaume  de  la  Jugie, 

cardinal  de),  413. 
Sainte-Colombe,  48. 
Saint-David  (Jean-Gilbert,  évêque  de), 

491. 
Saint-Denis,   187,   188  et  n.  3,  'i63  n. 

7;  512. 
Salnt-Dié,  382. 
Saint-Eloi    (prieur    et   censive    de,    à 

Paris),  422  et  n.  2. 
Saint-Epiphane  (cap),  121. 
Saint-Etienne-sur-le-Cœlius  (Pierre  de 

Mortemart,  cardinal  de),  38  n.  2. 
San-Felice,  379  et  n.  5. 
Saint-Fiacre  (cure  de,  à   Paris),  427, 

508  et  n.  1. 
Sainte-Foy-de-Bclvès,  131  n.  4. 
Saint-Georges  (bras  de),  337  n.  1. 
Saint-Geours  (Raoul  de),  508  et  n.  3. 
Saint-Giiles,  166  n.  3. 
Saint-Jacques  (chevaliers  de),  74. 
Saint-Jean-cn-Grève  (de  Paris),  16  et 

n.  4. 
Saint-Lazare,  187. 
Saint-Léger  (Gui  de),  128  n.    4. 
Sainte-Marie-in-Via-Lata    (Pierre    de 

Véruchc,  cardinal  de),  414. 
Saint-Martial   (Hugues    de,    cardinal), 

414. 
Saint-Michel  (Jacques  de),  128    n.  4; 

256  et  n.  5. 
Saint-Ouen,  175  n.  3;  463  n.  6. 
Saint-Paul  (Hôtel   et  église  de),   183, 

461,  498,  506  n.  2;  511  n.  2. 
Saint-Pol   (connétable    Walerand    de 

Luxembourg,  comte  de),  466  n.  1  ; 

491. 
Sainle-Prisque  (cardinal  de).  —  V.  Fi- 

geac  (Bertrand  Lagier  de). 
Saint-Robert  (Bénédictins  de),  48  n.  1. 
Saint-Saturnin  (Nicole  de),  435. 
San-Secondo,  200. 
Saint-Vaubourg,  66  n.  3. 
Saint-Victor  (abbé  de,  à  Marseille).  — 
V.  Urbain  V. 


549  — 


Saint-Viclor  (Hugues  de),  2'i  n.  6. 

Saintonge,  184.  185,  465. 

Saintrc  (Jean  tic),  56,  166  n.  1. 

Salines,  121,  282,  287. 

Sallcs-dc-Bclvcs,  131  et  n.  4. 

Salonique,  280. 

Saluées  (Guillaume,  marquis  de),  26. 

Saluées  (Thomas  111,  man^uis  de),  157 
n.  1. 

Salzbourg  (archevêque  et  Eglise  de), 
i;57  n.  7;  171  et  n.  2. 

Samodia.  —  V.  Samoggia. 

Samoggia,  222. 

Sanalhem,  198  n.  4. 

Sandwich,  180. 

Sanseverino  (Ilogcr  de,  comte  de 
Mileto),  214  et  n.  3,  216. 

Santerre,  12,  23  et  n.  3. 

Santcrre  (maréchal  de),  442  n.  1. 

Sanudo  (Nicolas),  40  n.  5. 

Sanudo  (Januli,  duc  de  1  Archipel),  41. 

Saragossc,  307  n.  5. 

Sardaigne,  84,  477. 

Sarlal,  131  n.  4. 

Sarou-khan  (ou  Magnésie,  principauté 
de),  42. 

Sarrasins,  5,  17,  25-27  n.  5;  32  et  n. 
1,  2;  33,  35,  37,  39,  60,  72,  73  n. 
1;  85n.l;  86,  100,110,  113,  129, 
138  et  n.  4,  165  et  n.  2,  177  n.  2; 
276,  285  et  n.  3,  288,  290,  292, 
293,  298  et  n.  2,  6  ;  299,  307,  308 
n.  2;  309  n.  4;  318,320,  321,  322 
n.  3  ;  323,  324,  328  n.  2;  335,  337- 
3'il,  344,  349  n.  1;  351  n.  3;  353 
n.  1;  355  et  n.  2,  356  et  n.  3,  4  ; 
363  et  n.  1.  364,  368,  369  et  n.  5; 
375  n.  4;  376,  380,  381  n.  1;  383, 
384,  385,  397,  398,  399,  401,  433 
et  n.  5,  454  n.  1;  459  n.  4;  464, 
466,  470  et  n.  4,  472  et  n.  1,  474 
n.  5;  475  et  n.  1,  477,  488  n.  6; 
513  n.  1. 

Sas.so  (Andréa),  324  n.  5. 

Satalie  (ville  et  émir  de),  3,  5,  109, 
115,  119  n.  5;  121-127,  142-145, 
160,  165  et  n.  1,  174,  203,  213  n. 


2;  246  n.  1;  255  n.  6;  256,    260, 

266,   274  et  n.  4,   275,  276,  278, 

294-296,  299,  302  et  n.  7,  320,  330 

et  n.  6,  344,   360,   364,  391,  410, 

511  n.  5. 
Satalieu,  511  n.   2. 
Sauvaget  (maître  Jean),  510  n.  5. 
Save  (la),  199. 
Savena,  209. 
Savoie,  174  et  n.  2,  220,  334,  337  n. 

1;  456  n.  11;  491. 
Savoie  (Aimon,  comte  de),  47,  120. 
Savoie  (Amédée  VI,  VII,  VIII,  comtes 

de).  —  V.  Amédée  VI,  Amédée  VII 

et  Amédée  VIII. 
Savoie  (Antoine,  bâtards  de),  334,  337. 
Savoie  (Eugène  de),  468  n.  3. 
Savoie  (Humbert,  bâtard  de),  333,  334. 
Savoie  (palais  do,  à  Londres),  186. 
Saxe  (Rodolphe  II,  duc  de),  169,  170, 

191,  192  et  n.  6. 
Scabinir.  —  V,  Satalie. 
Scafas.  —  V.  Escaface. 
Scala  (Albert  dclla),  41. 
Scala  (Gansignorio  délia),   150,  205  n. 

5;  208  et   n.  6,   209  et  n.    5,  210, 

213,  228,  271  n.  15. 
Scala  (Maslino  délia),  41. 
Scala  (Paul-Alboïn),  210,  228. 
Scalanum,  125  n.  6. 
Scandelion  (Échivc  de),  390,  391. 
Scandinaves,  502. 
Scandinavie,  249. 
Scangenia  (?)  (Raymond  de),  157. 
Schabàn  (comte  de  Gorigos),  J  12. 
Schabân-Aschraf,  311,  321,  361-364, 

368-371.   373  n.   7,   9;   375,  376, 

380  et  n.  5,  381,  383,  384  et  n.  2, 

4;  397-402,  409. 
Schischman  III  (tzar  des  Bulgares),  335. 
Schoglan  (montagne  de),   307,  308. 
Schwcidnitz,  194. 

Schweidnitz  (Boleslas  de),  195  n.  8. 
Scipion  (l'.Vfricain),  25  n.  8. 
Scbreil.  —  V.  Breil  (le). 
SéchcUcs  (Mahieu  de),  23  et  n.  3. 
Séchelles  (Pierre  de),  23  et  n.  3. 


—  550 


Scdamonr  (émir).  — V.  Assandimour. 

Scgiia,  l'i5  11.  6. 

Scldjoucidcs,  ll'i. 

Sélef,  lil. 

Selvc  (la),  319. 

Senlis,  188  n.  3. 

Senlis  (Jean  Dodicu,  cvcqiic  de),  492. 

Sens,  443  et  n.  1. 

Sens  (Guillaume  de  Mclun,  archevêque 

de),  155,  188,  267,  444,  446. 
Serailler  (Raymond),  434  etn.  1,  435. 
Serbes,  135  et  n.  3. 
Serbie,  135,  197,  411,  490,  500. 
Serbie  (Hélène  Cantacuzène,  reine  de), 

135  et  n.  3. 
Serbie     (rois    de).     —    V.    Douchan 

(Etienne  et  Ourosch). 
Serbie   (Joannice,  patriarche  de),  135 

et  n.  3. 
Serravalle,  222. 
Serravalle  (Panccrot  de),  337. 
Séville  (archevêque  de).  —  V.  Albor- 

noz  (Pierre). 
Séville  (Isidore  de),  24  n.  6. 
Sicile  (île  cl  royaume  de),  46,  56,  65, 
68,  91,    142,    155  n.  1;  158  n.  4; 
171,222  n.  1;  265,  307  n.  3;  351, 
374  n.  1,4;  477. 
Sicile   (rois    de).    —    V.    Charles    II, 

Charles  III  et  Robert  I""  (rois  de). 
Siculus  (Philippus),  10. 
Sidon,  369,  397. 
Sienne,  377  cl  n.  1,  4. 
Sienne  (Sainte  Catherine  de),  408  n.  2. 
Siénois,  41,  50,  377. 
Sigeros  (Nicolas),  136  n.  6. 
Sigismond  (roi  de  Hongrie),  471,  488, 

497,  498.  500,  501. 
Sigoli  (Simon),  438  n.  1. 
Siki,  275  cl  n.  2. 
Silésie,  194. 

Simon  (maître),  202  et  n.  3. 
Simonnet,  511  n.  3. 
Sion,  138,  46 'i. 

Sis,  35,  110,  171  n.  2;  275  n.  2;  462. 
Sixte-Quint,  415  n.  1. 
SizéboU,  336  n.  1. 


Sizcboli  (Guillaume,  cvêque  de),  136, 
137  et  n.  8,  138. 

Skanocr,  248  n.  2. 

Smaccano,  209. 

Smilhfield,  180  et  n.  6,  182  n.  1. 

Smjrne,  42-45,  47,  51  n.  5;  52  cl  n. 
3,  54  et  n.  3,  55  et  n.  2,  3;  60  et 
n.  4,  62,  63,  69-71,  89,  96-98, 
100,  101,  112  et  n.  10,  113  etn. 
3,  120,  139-143,  152,  158  etn.  2, 
205,  329,  355,  374,  478. 

Smyrne  (archevêché  de),  140  n.  4,  242 
n.  6. 

Smyrne  (Paul,  archevêque  grec  de), 
136  n.  6. 

Snayth  (Henri),  180  n.  6. 

Soissons,  188  n.  3. 

Soissons  (Jean  de),  256  et  n.  4,  264, 
265,  305"et  n.  5,  385  n.  2. 

Soissons  (Marguerite  de),  385  n.  2. 

Solaro,  212  etn.- 4,244  n.  1;  280  n.  5. 

Solarolo.  —  V.  Solaro. 

Soldane.  —  V.  Lusignan  (Soldanc  de). 

Solino  (Arnaud  de),  313. 

Soller,  94. 

Soragna,  64. 

Soranzo  (Pierre),  231,  253,  310,  323. 

Soranzo  (Soranzo),  310  n.  2. 

Souabe,  246. 

Soudans  (du  xiV  siècle),  40,  45  et 
n.  1,  51,  55  n.  1;  60,  86,  114,  150 
n.  8;  170,  237,  239  n.  1;  260, 
264,  277  n.  2,  7;  284  etn.  4,  286, 
287  n.  4;  290  et  n.  2,  291,  293, 
296,  298  et  n.  2,  299,  301  n.  4; 
304,  306-311,  318-329,  333,  335, 
337,  339,  340  et  n.  3,  341  et  n.  4, 
353,  355-357,  360,  361,  376,  410, 
438  n.  1;  45'i  n.  1;  471,  484. 

Spalalo  (nrchcvêché  de),   171  n.  2. 

Spinclii  (Nicolas,  chancclierdu  royaume 
de  Naplcs),  213ct  n.  2,  374  et  n.  4. 

Spinola  (Aron),  213  n.  2;  238,  241 
n.  4. 

Spinola  (famille  des),  213  n.  2. 

Spinola  (François),  115  n.  3;  213  n. 
2;  275. 


—  551 


Spinola  (Léon,   Lucas,  Jean,  Laurent, 

Robert  et  Etienne),  213  n.   2. 
Spinola  (Nicolas).   —  V.  Spinelli  (Ni- 
colas). 
Staplcton   (Milon  de),  166  n.  7  ;  279 

et  n.  8. 
Stavro-vouni  (couvent   de  Bénédictins 

de),  81. 
Stelaria,  90  et  n.  2. 
Stellata.  —  V.  Solaro. 
Sténo  (Jean),  62  n.  2;  97. 
Stenon,  124. 

Stcrtz  (Albert),  269  n.  2. 
Strasbourg,    163   et   n.    6,    174,  271, 

508  n.  4. 
Strovili,  103  et  n.  5. 
Sturla,  151  et  n.  3. 
Stury  (Richard),  179. 
Suchem.  —  V.   Sudlieim. 
Sudhcim  (Ludolpho  de),  289. 
Suède,  248. 

Suède  (Eric  XH,  roi  de),  491. 
Suffolk  (comte  de),  269. 
Suisses,  489. 
Suiure.  —  V.  Smyrne. 
Sur  (Jean  de),    17.    108,   120,    127, 

256,   264  et   n.   1,   265,  274,  276, 

277,    282,  294   n.   2;  301   et  n.  7, 

302  et  n.  1,  304  et  n.  2,  305  et  n. 

4,  321  et  n.  4,  324,  327,  341  n.  1; 

354  n.  6;  369  n.  5;  383  n.  3;  405 

n.  11. 
Sur  (Pierre  de),  144,  405  n.  H. 
Syativa  (Georges),  322,  400  et  n.  3. 
Syracuse  (Encchus,  évoque  de),  227  cl 

n.  7,  242  n.  4. 
Syriacus,  291. 
Syrie,  2,   3,  4,  33,  3'.,   77,  86,  123, 

138,  248,  297,  306,  307,  309  n.  4; 

326,   333,   341  et  n.  4,  347  n.  2; 

352,  355,  365,  368-375,  503,  511 

n.  5. 
Syriens,  100,    115,    119  et  n.  1,  128. 

273,  275.  276,  284, 285,  288, 290. 

292,    299   et  n.    2,    318.  319  n.  1; 

327  n.  4;  330,  334  n.  5;  356  n.  5: 

366,  368,  495. 


Tabari  (notaire).  441. 

Tacca,   122.   123  et  n.  4.  124  et  n.  2, 

126,  127,  274,  410  et  n.  0. 
Taillanville     (seigneur    de,     roi    d  Y- 

vetot),  278  et  n.  5. 
Tailleur  (Camus  le),  388  et  n.  3. 
Tainvilla.  —  V.  Dainville (Gérard  de). 
Tambach  (Jean  de).  —  V.  Dambach 

(Jean  de). 
Tarnerlan,  98. 
Tancarville  (Jean,    comte  de),  160  n. 

11;  165  n.  6;  187. 
Tapèrcs  (Galiot).  119  n.  3. 
Tarcnlc  (Louis  de),  67. 
Tarn.  —  V.  Drave. 
Tarragone  (Pierre  Glasquerin,    arche- 
vêque de),  338  n.  3. 
Tarse,  110. 
Tarse  (archevêque  de),  381  n.  1  ;  425 

n.  2. 
Tartarie,  86. 
Talars.  —  V.  Mongols. 
Taurus  (mont),  121. 
Tavernini  (Ange),  213. 
Tciboghà  (amiral),  361. 
Tekkc-Ill,  122. 
Templiers  34,  74. 
Tenaeghel.  —  V.  Nâgcl  (de). 
Téncdo,  333. 

Termo  (?)  (Matteo),  53  n.  1. 
Tcrouaniic  (ville  et  diocèse  de),  15  et  n. 

4,  17. 
Terraneh,  296. 
Terras  (?)  (Guillaume),  353. 
Terras  (:')  (Thomas),  401  et  n.  7. 
Tctramyli,  123  et  n.  4. 
Teutons  (chevaliers),   74.   98.    178  et 

n.  7.  247,  279,  280  n.  1,  2;  471. 
Teutons,  249,  280  n.  1. 
Thcbaïde,   53  et  n.  2. 
Thèbes  (ville  et  Eglise  de),    51  n.  5; 

273  et  n.  6. 
Thèbes  (archevêché  de),  l'iO  n.  4;  242 
n.  6. 


—  552  — 


Thénouri  (Alvise).   —   V.  Norès  (Al- 

vise  de). 
Thénouri  (Jean),  142  et  n.  4. 
Thénouri  (l'icrre),  116,  142. 
Thénouri  (Simon),  89, 116  n.  6;  152  n. 
2;  261  n.  4;  285, 293,  354,  357,  360. 

Thcodose  le  Grand,  25. 

Thodi  (Nicolas,  comte  de),  270  n.  5. 
Thomas  (Pierre),  6,  11,  89  n.  1;  103 
n.  3;  105-110,  118-120,  126,  129- 
144,  150  etn.  1,  152,  153,  158  n. 
4;  165  et  n.  1,  202,  204-206, 
212,  215-228,  233.  234-239,  242- 
244,  251 ,  252  et  n.  4,  255,  261-265, 
272  n.  6;  277  n.  2;  279  et  n.  7,  8; 
280  n.  6;  283-285,  291  et  n.  5, 
292,  295  et  n.  4,  298-305,  311-317, 
325,  329,  343  n.  4,5;  344  etn.  1, 
345  etn.  1,  412,  441,  473. 

Thorn,  247. 

Thouars  (vicomte  de),  184. 

Thuringe,  190. 

Tignonville  (Guillaume  de),  511  n.  2. 

Tinen  ou  Tinicn.  —  V.   Tnéna  (Jean 
II,  évoque  de). 

Tite-Live,  26  et  n.  4. 

Tlemcen,  470,  477  n.  7. 

Tnéna  (Jean  II,  évoque  de),  202  n.  3. 

Tolède,  207. 

Tolède  (archevêque  de).  —  V.  Albor- 
noz  (Gilles). 

Tomacclli  (Pcrrin).  —  V.  Bonifacc  IX. 

Tomarî  (Barthélémy  des),  60,  61. 

Toqbophà,  321,  353  et  n.  1. 

Terre  (Raphaël),  259  et  n.  3. 

Torriani  (Louis),  139  et  n.  2. 

Tortonc,  150. 

Tortose,  35,  367etn  3,  4;  368  et  n.  2. 

Toscane,  64,  212,  213,  269. 

Toscans,  253. 

Tosque  (?)  (évcque  de),  162  n.  2 

Toul,  168  n.  5. 

Toulouse,  156  et  n.  7,  328,  476  n.  5. 

Toulouse  (GeolTro)  de  Vayroles,  évcque 
de),  156. 

Toulouse  (Robert  de).  —  V.  Lusignan 
(Robert  de). 


Touraine,  166  n.  1. 

Touraine  (Louis  do).    —    V.   Orléans 

(Louis  d  ). 
Tournellcs  (château  des),  3,  463  et.  n. 


6,  479. 


V.    Henri 


Transtamare    (Henri}. 
(roi  de  Castillc). 

Traré  (Barthélémy),  119  n.  3. 

Traù  (Barthélémy,  évêque  de),  135 
et  n.  2. 

Trébisonde,  503. 

Trévisan  (Gui),  398. 

Trévisan  (Pierre),  153  n.  1. 

Trévise,  50,  100,  145  n.  6;  147  et  n. 
5,  7;  199,  200,  223, 333  n.  7;  379, 
380. 

Trévise  (Pierre  de  Baone,  évcque 
de),  395  et  n.  3,  396  et  n.  2. 

Trie  (Jean  de),  478  n.  3. 

Trie  (Philippe  de),  510  n.  1. 

Trieste  (diocèse  de),  171  n.  2. 

Tricstins,  373  et  n.  2,  276,  278  n.  7; 
307,  340  n.  3. 

Tripoli  (de  Syrie),  355,  356  n.  1  ; 
358,  365  et  n.  7,  8,  11  ;  366,  367 
et  n.  2;  368,  376,  387,  511  n.  5. 

Tripoli  (comtes  de).  —  V.  Pierre  I'^'' 
cl  II  (rois  de  Chypre). 

Tripoli  (comté  de),  101  n.  7. 

Troie,  26  n.  3. 

Troie  (guerre  de),  30. 

Tschélébi  (Chidrhcgh).  —  V.  Zalabi. 

Tunis,  2,  34,  35,  193  n.  6;  307  n.  3; 
470,  477. 

Turcomans.  —  V.  Turcs. 

Turcs,  5,  32,  38-42,  45,  46  et  n.  3, 
51-57,  60-62,  70,  77,  82,  86,  97- 
99,  111-115,  122-129,  135-137, 
140,  141,  148,  158  et  n.  1,  165  et 
n.  2,  167,  170,  203  et  n.  3,  205, 
222  n.  1;  231,  233,  267  n.  8;  272- 
276,  288-290.  299,  320  et  n.  2, 
328.  330-332.  335-338,  341.  349, 
351  n.  3,- 358-360,  365  n,  7. 

Turcus,  30. 

Turenne    (Guillaume-Roger,    vicomte 
;      de),  49,    50   n.    1;   166  n.  7;    279 


—  553  — 


et  n.  4,  284,  299  et  n.  5,  301,  303 

et  n.  8. 
Turcnnc     (Raymond-Louis,     vicomte 

de),  471  n.  3, 
Turquie.  86,  99,  109,  125  n.  6;  141 

et  n.  2,  271   n.   3;    330   n.  6;  387 

n.  3;  487,  502,  511  n.  5. 
Turin,  221  n.  1  ;  332  n.  3,  4  ;  430  n. 

2  ;  449. 
Tyr,  101  n.  7;  277  n.  1;  356  n.  1., 


U 


Ufford  (Tliomas),  269  et  n.  6,  279. 

Umurbeg  (émir  turc),  55  et  n.  1,  60 
et  n.  4,  61,  62,  502  n.  1. 

Urbain  V  (pape),  4,  14  et  n.  5,  24  n. 
1;  89  n,  1;  105  n.  3;  110  n.  2  ; 
118  et  n.  4,  126  n.  2;  131,  144, 
152-173,  176,  177  n.  1,  2;  185  n. 
5;  189  et  n.  4,  8;  190,  194  n.  3; 
196,  202-223,  225  et  n.  6,  228  n. 
4,  5;  233-239,  242  et  n.  5,  243  n. 
7;  246  et  n.  1,  252,  254-259,  261- 
273,  277  et  n.  7,  279  n.  4;  280  et 
n.  6,  281  n.  1;  303,  305  et  n.  1, 
308  n.  2;  309,  310  et  n.  3;  319 
n,  2;  322,  324-341,  346-348,  356 
n.  3;  360,  369,  370-376,  378  n.  1; 
380,  382-385,  392,  393  et  n.  3  ; 
397-402.  408,  412,  413,  416,  426, 
508  n.  2. 

Urbain  VI  (pape),  415  n.  1;  435-438, 
441  cl  n.  3,  4;  459  n.  8;  466  n. 
1;  468  n.  2;  470  n.  4  ;  487. 


Vaissy,  Vassy  (Roland  de),  241  cl  n.  1, 

333,  335  et  n.  8. 
Valachic,  195  et  n.  3,  490,  498,  500. 
Vaianic,  368  et  n.  2.  3. 
Valacjues,  489. 


Valente  (Manuel  de),  128  n.  4. 

Valcnlinois  (Aymar  VI  de  Poitiers, 
comte  de),  268  n.  6. 

Valère-Maxime,  26. 

Valois  (Charles  de),  36. 

Valois  (Isabelle  de),  482,  486,  487. 

Valois  (.Jeanne  de),  165  n.  4. 

Valois  (Marie  de,  duchesse  de  Bar), 
188. 

Varese  (Philippe  de),  258  et  n.  7. 

Varna,  336. 

Varrey,  334. 

Vaudemont  (comte  de).  —  V.  Lor- 
raine (Antoine  de). 

Vaulrichier  (Geneviève  de),  421. 

Végèce  (Flave-),  26. 

Veglio  (Monte-),  217. 

Velletri  (cardinaux-évêques  d  Ostie  et 
de).  —  V.  Ostie  (évêques  d). 

Vcnier  (famille  des),  230  et  n.  2,  251, 
252. 

Venier  (André),  308. 

Venier  (Marin),  310  et  n.  3. 

Venier  (Teodorcllo),  230  n.  2. 

Venier  (Titus),  230  n.  2,  253. 

Venise  (ville  et  république  de),  4,  18, 
20,  27  n.  5;  36-42,  44.  47,  50  et 
n.  3,  51,  56  n,  1;58,  61,  63,  79, 
97  eln.  2,  99-101,  134-139,  141, 
143-149,  153  n.  1;  170,  185  et  n.  3, 
190  n.  2;  199-206,  212  n.  8;  214  n. 
4;  221  et  n.  3,  226  n.3;  229-247, 
251-255,  259-265,  270,  271,  277- 
280,  286  n.  6  ;  288  n.  1  ;  300,  308- 
311,  318  n.  6;  319,  323-341,  346 
et  n.  2,  347,  354  n.  5,  10  ;  364, 
370-373,  376  cl  n.  5,  7;  378-385, 
387  n.  3  ;  393  et  n.  3,  7  ;  394  et 
n.  2,  396,  397,  399  et  n.  3,  401  n. 
6;  402etn.  l,4;409etn.2,8;  412, 
425  n.  2;  426,  451,  452  n.  2  ;  454 
n.  1  ;  470  cln.  6,  498  et  n.  4,  502. 

Verbérés  (congrégation  des,  de  S. 
Jean  l  Évangclisle,  à  Venise),  394, 
402  et  n.  5.  403. 

Vcrmandois,  23  n.  3. 

Vcrmc  (Jacques  dal),  260,  334  n.  5. 


—  554 


Verme  (Lucchino  dal),  236,  251,  253, 

260,  332,  334  n.  5. 
Vernon-sur-Seine,  278  n.  3. 
Verny.  —  V.  Vérone  (Jean  de). 
Verny  (Gui  de).  388  n.  2. 
Verny  (Thomas  de),  282. 
Véronais,  6'i,  211. 
Vérone,  64,  150  et  n.  3,  4;  209,  210, 

213. 
Vérone  (Jean  de),  119  et  n.  2. 
Vertus    (comte  de).    —    V.     ViscontI 

(Jean-Galéas). 
Vertus  (Jean  de),  430  n.  2. 
Vicence,  150. 
Vichy,  446  n.  7. 
Vicopisano,  377. 
Vienne  (ville    et  concile  de),   36,   41 

n.  9;  48. 
Vienne  (Bertrand  de  la  Chapelle,  ar- 
chevêque de),  58  n.  2. 
Vienne  (Gautier  de),  337. 
Vienne  (Jean  de),  333,  337,  442  n.  1  ; 

491. 
Vienne  (en  Autriche),  198,  468  n.  3. 
Vierzinek,  195  et  n.  5. 
Viez-Texerranderie     (rue     de    la,     à 

Paris),  161  n.  4. 
Vigevano  (Gui  de),  37. 
Villareal,  462. 
Villaret   (Foulques  de,    Grand-Maître 

de  l'Hôpital),  36  n.  1. 
Villars  (Henri  de,  archevêque  de  Lyon), 

47. 
Villeneuve,  506  et  n.  1. 
Villeneuve   (Hélion  de,   Grand-Maître 

de  1  Hôpital),  43. 
Villeneuve-lès-Avignon,  93,  160,  161, 

172,  173. 
Villiers  (Pierre  de),   96   n.  2,  442  n. 

1. 
Vincennes,  423  n.  7. 
Virgile,  30  n.  3. 
Visconti  (famille  des),  215  n.  3. 
Visconti  (Ambroisc),  244  et  n.  1. 
Visconti  (Bernabô),  150,  151,   153  n. 

3;  154  et  n.  4,  157,  161,  189n.  8; 

207,  208  et  n.  4-6,   210-220,   222 


etn.  4,226-229,241-244,    280   n. 

5;  332,  333  et  n.    4,    372,  379   n. 

5;    408,  425-428,  449-451. 
Visconti   (Galéas  II),    150,  151,    207, 

208  et  n.  4,  209,  244  et  n.  2  ;    327 

n.  6;  427. 
Visconti    (Jean,     archevêque    et    sei- 
gneur de  Milan),  41,  59,  206,  207, 

209. 
Visconti  (Jean-Galéas),  333,  426,   427 
et  n.  3,  5;  428  etn.  1,  490  n.  1; 

491,  507. 
Visconti  (Lodrisio),  243  n.  9  ;  244. 
Visconti  (Lucchino,  seigneur  de  Milan), 

41,  59,  63,  64  etn.   2,  66. 
Visconti  (Lucchino),  425  n.  6. 
Visconti  (Matteo),  207. 
Visconti  (Robert).  —  V.  Milan  (arche- 
vêque de). 
Visconti  (Valentine,  fille  de  Bernabô), 

425  et  n.  6. 
Visconti  (Valentine,  fille  de  Galéas?), 

332. 
Visconti  (Valentine,  fille  de  Jean-Ga- 
léas), 427  et  n.  5. 
Visconti   (Valenza).    —    V.    Visconti 

(Valentine,  fille  de  Bernabô). 
Visconti  (famille  chypriote).  —  V.  les 

noms  suivants. 
Visconti  (ou  Vicomte,  Eermond).  —  V. 

Visconti  (Raymond). 
Visconti  (Guillaume),  282. 
Visconti  (Jean),   35  n.    3  ;    370,  386, 

387. 
Visconti  (Raymond),  35  et  n.  3. 
Visconti      (Raymond,      chevalier      de 

Pierre  I"'),  354. 
Viscrebet  (Roger  de),  16  et  n.  4. 
Visitation    (de   la  Vierge,   fête),    415 

n.  1. 
Viterbe,  336,  397. 
Vitry  (Guide),  510  n.  5. 
Vitry  (Philippe  de,  évèque  de  Meaux), 

417. 
Vivarais,  508  n.  2. 

Vladlslas  V  (roi  de  Pologne),  195  n.  3. 
Voghera,  150  etn.  9,  151. 


555  — 


Volterra.     —     V.    Corsini     (Pierre, 

évoque  de). 
Vouilly,  16  et  n.  4. 
Voulte  (Albert  de  la),  20'i  n.  4. 
Voultc  (Brcmond  delà),  279  et  n.  2, 

293,  317,  354  n.  2  ;  359,  364,  366, 

405  et  n.  4. 
Voulte  (Philippe  de  la),  279  n.  2. 
Vuyres  (?),  16  et  n.  4. 


W 


Waldcmar  IV  (roi  de  Danemark), 
162  et  n.  8.  9;  163  et  n.  4-8  ;  164 
et  n.  1,  180  et  n.  3,  190,  195  et 
n.  4,  8;  249,  338. 

Warwick  (comte  do).  —  V.  Beau- 
champ  (Thomas  de). 

Waudenay  (Thomas  de),  56. 

Waydot  (prince  de  Lithuanie),  178  et 
n.  7. 

Wenceslas  (empereur  d'Allemagne), 
245  et  n.  2.  246,  470. 

W^est  (Thomas),  491. 

Westminster,  180  et  n.  6. 

Wcslphalie,  244,  245. 

Widdin,  497. 

Wittelsbach  (Maison  de),  191. 

Woincourt  (Quiéret  de),  96  n.  3,  4. 

Woodhousc  (Kohcrl),  269  et  n.  1. 

Wordingborg,  164. 


Yalboghâ  (émir),  291,  296,  302,  307, 

308  n.  2  ;  311    et  n.    3,  321  et  n. 

6,  11  ;  323,  327,  353,  360,  361  et 

n.3,  364  etn.  5,  10. 
Yémen,  297. 

York  (Edmond, ducd'),  480etn.  8, 491. 
Ypres,  198  n.  2. 
Yvetot    (roi  d).    —    V.    Taillanvillc 

(seigneur  de). 


Zaccaria  (Benoît),  41,  43. 

Zaccaria  (Martin),  41  n.  9. 

Zalabi  (émir),  54,  59,  60,  61  et  n.  6, 
62,  141. 

Zane  (André),  147  et  n.  4,  7  ;  149  et 
n.  4. 

Zara  (archevêché  de),  171  n.  2. 

Zélande,  245. 

Zcno  (André),  231. 

Zcno  (Carlo),  149,  393  n.  2. 

Zeno  (Marin),  260. 

Zcno  (Nicolas),  40  et  n.  2. 

Zcno  (Pierre),  42,  43,  46  n.  4  ;  79. 

Ziani  (Pierre,  doge  de  Venise),  229. 

Zirone,  217. 

Zurivaco  (Guillaume  de),  400  et  n.  3. 

Zurnigi  (Guillaume  de).  —  V.  le  pré- 
cédent. 


TABLE    DES    MATIÈRES 


Pages 

Bibliograpliic i 

Préface 1 

Chapitre  I.  —  Famille  de  Mézières 9 

Chapitre  II.  —  Naissance  de  Philippe.  —  Sa  jeunesse.  —  Son  voyage 

en  Orient 19 

Chapitre  III.   —  La  croisade  au  xiv*  siècle. —  Expédition  d'Humbert  II.  33 

Chapitre  IV.   —  Premières  armes  de   Philippe.  —  Voyage  en  Orient 

et  création  de  lOrdre  de  la  Passion 63 

Chapitre  V.  —  Mézières  en   Chypre.  —   Hugues  IV.  —   Voyages  en 

Occident 76 

Chapitre  VI.  —  Mézières  en  Occident.  —  Dernières  années  du  règne 

de  Hugues  IV.  —  Avènement  de  Pierre  1'='' 92 

Chapitre  VII.  —  Voyage  de  Pierre  I*""  en  Occident.  —  La  croisade  de 

1362. —  Mézières  à  Avignon 144 

Chapitre  VIII.  —  Eflorts  du  pape  pour  la  croisade  (1363-1364).  — 

Activité  du  légat  et  de  Philippe  de  Mézières 202 

Chapitre  IX.  —  Guerres  en  Chypre.  —  Prise  d'Alexandrie.  .  .  .  273 
Chapitre  X.   —  EfTorts  du  pape  en  1366.  —  Expéditions  d'Amédée  de 

Savoie  et  de  Louis  de  Hongrie 328 

Chapitre  XI.  —  Derniers  combats  de  Pierre   le"".   —  Son  voyage  en 

Occident  et  son  assassinat 353 

Chapitre  XII.  —  Philippe  de  Mézières  à  la  cour  de  Cliarles  V  .  .  .  416 
Chapitre  XIII.  —  Mézières   aux  Célestins.   —   Son   activité  littéraire 

jusqu'en  1397 443 

Chapitre  XIV.  —  Epislre  lamentable.  —  Derniers  jours  de  Mézières. 

Sa  mort 500 

Table  des  noms 515 


CHAKTKES. 


O 

m 
$» 


o 
o 

f 


I 

SI 


PONTIFICAl  1NSTITUTE  OF  MEDIAEVAL  STUDIES 
59  QUEEN'S  PARK  CRESCENT 
TORONTO-5,   CANADA 
16336 


km